Gregor Hilden nous vient d’Allemagne. De Munster pour être plus précis. Il comptait déjà six albums à son actif, dont le dernier, "Sweet rain", est paru en à 2002. En métissant son blues et en s’ouvrant au R&B et surtout au jazz, Hilden s’ouvre dorénavant un spectre sonore bien plus large. Et on s’en rend compte dès la première plage, "Flying home", un instrumental coécrit, dans les années 40, par Benny Goodman et Lionel Hampton. C'est tout dire ! La guitare ici purement jazz, disserte avec la trompette de Christian Kappe et le piano électrique de Thomas Hufschmidt. Gregor ne chante pas ; mais pour ne pas se limiter à un exercice uniquement instrumental qui pourrait être qualifié de nombriliste, il a invité deux chanteurs noirs américains : Johnny Rogers et Stevie Woods. En 2001, il avait d'ailleurs déjà commis un album en duo avec Rogers, "Soul senerade". Un opus paru chez le même label. Johnny chante "Who's makin' love" d’une voix parfaitement adaptée au style soul blues. Mais Rogers peut aussi interpréter magistralement le blues. A l’instar de la reprise du "I loved another woman" de Peter Green. Un pur bonheur ! Très parcimonieux de ses notes sur sa Gibson Les Paul, Hilden a parfaitement assimilé la technique et le feeling du grand Green. Même la tonalité réverbérée y est! La cover du "Love and hapiness" d'Al Green est également impeccable. Mais que Mr Rogers possède d’une belle voix ! Thomas est à l'orgue. Tommy Schneller au sax. Le solo de Hilden démontre à nouveau toute l’étendue de son immense talent. Stevie Woods est un chanteur qui évolue dans un registre purement soul. Il emprunte à ce style pour colorer "Joy & pain" de jazz mélodique et le rendre très dansant, légèrement exotique. Je préfère nettement son intervention lors de la reprise légèrement funky du "Inner City blues" de Marvin Gaye. Constituée de Sascha Oeing à la basse et surtout de Dirk Brand aux percussions, la section rythmique imprime bien le tempo. Une fois encore, Gregor se réserve une excellente sortie sur sa Telecaster, en écrasant et en torturant le son. Excellent ! Le niveau instrumental ne trahit jamais la moindre faiblesse. Nouvelle démonstration, le "Milestones" de Miles Davis dévoile, dans son ambiance feutrée, de petits trésors ciselés par la guitare et le piano électrique. Longue plage jazz, "Jam" adresse précisément un clin d'œil à Miles Davis. La trompette de Christian Kappe y est talonnée par le piano électrique et la guitare. Dernière plage instrumentale, "Blue hour" se révèle très mélodique. Le style de la guitare y est assez proche de Peter Green, ou plus exactement d'un de ses adeptes, Snowy White. En finale, Rogers revient chanter le classique "Fever", une adaptation ‘live’ immortalisée l'année dernière, lors de la "Gregor's Blues Night…