Disparue le 21 octobre 1990, Jo Ann Kelly fut incontestablement la chanteuse de blues la plus authentique, outre Manche. Elle a laissé un héritage discographique conséquent, mais ce double CD lui rend un bel hommage, puisqu’il se penche sur toute sa carrière. Depuis ses premières apparitions, opérées au cœur des 60s, jusqu'à ses derniers jours. Heureuse initiative, la pochette fournit de précieuses informations. En outre, elle est abondamment illustrée ; un phénomène assez rare chez cette artiste, pour ne pas le souligner.
Miss Kelly était née en janvier 1944. Dès les 50s, elle s'essayait déjà au skiffle ; et au début des 60s, elle montait sur scène pour jouer en compagnie des Yardbirds. A cette époque, un certain Eric Clapton y sévissait déjà à la guitare. En 1965, elle commence à écumer les clubs et pubs de Londres, de Bristol et de Newcastle pour chanter son folk blues, dans un style largement inspiré par Memphis Minnie. En 1966, Jo Ann interprète remarquablement "Where is my good man at" et "This is your last chance now", flanquée de son jeune frère Dave (Kelly bien entendu) à la guitare. Ce sont les deux plages qui ouvrent l’elpee. Ce disque inclut les plages enregistrées la même année par Mike Vernon, pour son label Purdah ; des morceaux qui sont parus dans la collection "Blues anytime – An anthology of British blues". "Keep your hands out of my pocket" et le bouleversant "No chance with you" remontent à 1968. Deux superbes plages qui transpirent l'authenticité. Le meilleur pianiste de blues et boogie anglais, Bob Hall, le guitariste Tony McPhee (Groundhogs) et l’harmoniciste Steve Rye lui apportent leur collaboration. Son adaptation d’"I can't quit you baby" vaut le détour. Elle chante a capella "Levee camp holler". Sa voix est est profonde, éclatante. A vous flanquer des frissons partout ! Entourée du duo de Bristol, Simon (Prager) & Steve (Rye), ainsi que de Bob Hall au piano, elle nous concède encore de très bons moments. "Louisiana blues", tout d’abord. Nous pouvons clairement y entendre Jo Ann jouer du bottleneck dans le style de Fred McDowell. Bob Hall est capable de passer du piano à la mandoline avec une facilité déconcertante. Il le démontre à plusieurs reprises. Et en particulier sur le "Boyfriend blues" de Joe McCoy (NDR : un des époux de Memphis Minnie) et "I've been scorned". Elle chante encore "Catfish blues", "Walking the dog", "Can I get a witness, le très barrelhouse "You win again" de Hank Williams et "It's too late that now", un boogie woogie accompli en duo avec Bob Hall. "Jump steady daddy" est un autre exemple de la pureté de son blues. Remarquable, ce premier disque s’achève par trois plages immortalisées en 1974, par la formation Tramp. Bob Hall est toujours au poste, mais aussi les guitaristes Pete Emery et Putty Pietryga, ainsi que les chœurs des Kokomo Singers. Cette même session issue de 74 ouvre le second elpee. Pour la circonstance, elle bénéficie d’un environnement amplifié. Ce qui n’exclut pas les bons moments. A l’instar de "Help me through the night", au cours duquel la voix est toujours aussi impressionnante. Une prise ‘live’ de Tramp, commise la même année, épingle Danny Kirwan à la guitare sur le "Baby what you want me do do" de Jimmy Reed. Bob Brunnning à la basse, Keef Hartley à la batterie et Dave Brooks sont également de la partie. La nouvelle version d’"It's too late for that now" est détonante. Les interventions de Bob Hall et de Brooks y sont brillantes. Jo Ann était également capable de s’illustrer dans d’autres styles. Le cabaret par exemple. Le pianiste Dick Welstood et le bassiste Lucas Lindholm nous plongent dans un milieu franchement jazz pour aborder "Make me a pallat", Key to the highway", "You got to move" de McDowell (NDR : dont le traitement gospel est surprenant), ainsi que la plage titulaire. Sa remarquable interprétation ‘live’ du "Big boss man" date de 1984. Elle s’appuie alors sur le Quaggy Delta Blues Band de son époux et le guitariste Pete Emery. En 1988, elle était en pleine possession de ses moyens. Elle nous enchante par son interprétation de "Come see about me". De nouveau proche de Memphis Minnie, elle manifeste un feeling pas possible, lorsqu’elle chante a capella "Rising sun shine on" et "Death have mercy". Cette remarquable collection s’achève comme elle avait débuté, dans le pur Delta Blues. Ne passez pas à côté de cette artiste qui avait enregistré ‘live’ avec Fred McDowell, en 1969. Et la même année, Bob Hite lui avait demandé de rejoindre Canned Heat. Ah, le blues!