‘Un paradis tropical’… : à les entendre inventer des slogans pour vendre leur camelote baba cool, Nick Franglen et Fred Deakin auraient tout capté à l’industrie du disque. Depuis leurs trois Eps compilés il y a cinq ans, ces deux esthètes du son policé n’ont jamais failli à leur réputation d’affairistes post-hippies (le revers du baby boom et de Mai 68 ?). Ainsi leurs disques se veulent des « œuvres totales » : pas seulement musicales, mais aussi graphiques et visuelles, et pour la circonstance nos deux amis ont mis les bouchées doubles. En plus des dix titres sonores, l’auditeur lambda peut donc se délecter d’un supplément en images, mix 5.1 et tout le bazar. Objectif (subliminal ?) du produit : accaparer l’acheteur en exauçant tous ses vœux sensitifs, pour qu’au prochain cd (etc.) du duo les mots « Lemon Jelly » provoquent chez lui un réflexe d’attirance pavlovien. Côté musique, on retrouve ce mélange d’électro et de rock extatiques, teintés de soul, de funk, d’ambient et de gospel (les samples). Côté filmique, ça part aussi dans tous les sens (au rayon des influences : Saul Bass, H5, John Maeda, Lewis Trondheim, M/M, la japanimation,…), sans qu’on n’y trouve quoi que ce soit à redire. C’est ici que se situe le problème : Lemon Jelly serait-il un ‘concept’ trop beau pour être honnête ? Subsiste en tout cas cette sensation tenace d’être un peu trop mené par le bout du nez… En voilà une idée : pour son prochain plan de carrière, Lemon Jelly devrait aussi penser à investir notre champ olfactif.