L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

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Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

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Frank Black

Au bout du tunnel?

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Depuis le split des Pixies, Frank Black éprouve toutes les peines du monde à faire décoller sa carrière solo. Il a pourtant gravé 'Teenager of the year' en 1993, 'The cult of Ray' en 1996, 'Frank Black & The Catholics' en 1998 et 'Pistolero' en 1999. Des albums de bonne facture, variés, oscillant du punk au métal en passant par le surf et la new wave. Mais dont le succès n'a été que trop confidentiel. En fait, le fantôme des Pixies hante encore la musique de Frank. Un spectre dont il ne parvient d'ailleurs toujours pas à se débarrasser sur les planches. Un passé qui lui est aujourd'hui plus préjudiciable que profitable. Pourtant, si Frank n'est pas encore au bout du tunnel, il faut reconnaître que son nouvel opus embrasse un nouvel horizon sonore. C'est d'ailleurs principalement au sujet de ce 'Dog in the sand' que nous avons eu un long entretien…

" Au départ, le disque devait s'intituler 'Lano del Rio', mais le manager penchait plutôt pour 'The swimmer', alors que le batteur avait un faible pour 'I'll be blue'. Un jour, en me promenant, j'ai vu chien dans le sable, et cela a fait tilt ". Pas d'ordre alphabétique pour enchaîner les titres, cependant, comme sur les précédents opus ; même si au départ Frank en avait l'intention. " Nous avons décidé, après en avoir débattu entre nous, que 'Blast off' entamerait le CD et que le titre maître l'achèverait ". Enfin, à l'intérieur du booklet, des fossiles marins apparaissent en trame de fond, conférant à la pochette un petit aspect arty tellement caractéristique du design 4AD. A propos de son ancien label, la sortie simultanée de 'Complete B sides' des Pixies ne le dérange pas trop. Bien du contraire. " Rien de tel pour attirer plus de monde lors de mes concerts. Et puis pour la santé de mon compte en banque ! " Pour Frank, si les fans incarnent son inspiration, c'est parce que ce sont les mécènes. Il est l'artiste qui donne la représentation, et ils apportent l'argent. Un peu comme jadis…

Frank aime beaucoup la France. Sa cuisine, sa culture. Mais il ne baragouine que quelques mots dans la langue de Molière. Sur 'Blast off', il a ainsi glissé une phrase ('Union pour la promotion de la propulsion photonique') qui méritait bien une explication. " Il s'agit d'une organisation que je connais mal, mais qui s'intéresse à la planète Mars, en développant des arguments pour justifier le voyage pour s'y rendre. Robert Zubran est un personnage qui est beaucoup respecté dans l'industrie aéronautique. Il a travaillé autrefois dans la NASA avant de devenir interlocuteur privilégié chez CNN. En fait c'est un fameux personnage qui a toujours des bonnes idées à propos de ce périple. Il est même allé jusqu'à suggérer la méthode la plus efficace et la moins coûteuse pour réaliser le projet ; mais personne ne l'écoute. Faut dire que la bureaucratie et la lenteur du monde politique ralentissent considérablement les prises de décision ". 'Blast off' s'intéresse donc à ce voyage difficile entre la terre et Mars. Un voyage qui devrait durer entre 6 à 9 mois. " Je me demande ce que les passagers vont pouvoir faire pendant tout ce temps. Du point 'A' au point 'B' ". Mais pourquoi, alors évoquer dans la même chanson Samuel Beckett ? " Personnellement, voyager dans l'espace et vivre sur une autre planète est quelque chose de très abstrait. Et les abstractions me font penser à Samuel Beckett. Il était Irlandais, mais avait fait de la France sa deuxième patrie. Du moins, il avait décidé que sa deuxième culture deviendrait française. Ainsi donc, pour aller de la terre à Mars, tout le monde a son propre programme. Ses propres idées. Qu'elles soient politiques, économiques, financières, religieuses ou autres. Ce qui fait beaucoup d'opinions différentes à propos de ce qu'on devrait faire avec le nouvel espace à découvrir. Donc le sentiment qui circule dans la chanson c'est ma propre façon de voir les choses. Je retrouve ainsi l'Irlandais qui est en moi, le Beckett qui est en moi… "

Sur 'St. Francis Dam Disaster' il évoque un raz-de-marée qui a endeuillé la Californie en 1928. Un événement qui ne date pas d'hier, mais qui semble encore marquer la population de cette région, et surtout celle de Los Angeles. " J'ai vécu et grandi en Californie. On y voit de belles choses, mais aussi d'affreuses. Notamment dans le domaine de l'environnement. L.A. n'est pas une ville type comme on pourrait la connaître en Europe. C'est une métropole. Elle ne s'est pas américanisée. Elle est en quelque sorte futuriste. Et le responsable de cette situation est William O'Land (NDR : orthographe du nom pas garantie !), un ingénieur des eaux qui a imaginé la construction d'un immense barrage pour alimenter la ville en eau. La Californie pour le meilleur ou pour le pire ! Et sans cette alimentation en eau, L.A. serait un désert. L'eau détient donc ici le pouvoir. La métropole est-elle une bonne ou une mauvaise chose ? L'eau, la terre, le feu et l'air sont les quatre éléments fondamentaux de la nature. Ils sont plus puissants que l'être humain. L'eau va de la montagne à la mer. La détourner de son chemin naturel n'est techniquement plus un gros problème. Mais l'accident est toujours possible, car l'eau essaie toujours de trouver son propre chemin. L'eau a sa propre vision de son futur. C'est ce qui s'est produit en 1928. Il y a eu une gigantesque inondation qui a tout emporté sur son passage… et cette situation pourrait survenir un peu partout dans le monde… "

Frank a une aversion profonde pour les spots publicitaires, et il communique ce dégoût sur 'I've seen your picture'. Sympa, il me remercie pour avoir bien compris le sens de la chanson. " Parce qu'il y a beaucoup de monde qui en donne une interprétation erronée. Ce qui m'amuse. Nous sommes bombardés d'images. Je ne veux pas qu'on me prenne pour un socialiste, mais je suis opposé à cette publicité à outrance. J'ignore pourquoi ? Mais elle me rend malade. Tu sais, j'ai lu dans des magazines qu'on envisageait de mettre des panneaux d'affichage dans la stratosphère. Ce serait vraiment un comble ! On verrait la pub dans les cieux. Comme si on allait à la rencontre de la lune ou des étoiles. J'ignore si ce truc va se réaliser, mais j'ai des appréhensions. C'est un peu comme pour l'affaire des immenses panneaux solaires que la Russie imaginait y placer pour rendre la Sibérie plus lumineuse. Au premier instant, tu te dis que c'est génial, mais après mûre réflexion ; c'est une idée horrible et dangereuse… "

Joe Santiago est venu donner un petit coup de guitare sur 'Rober Onion', mais si cette chanson possède un climat proche des Pixies, ce n'est pas parce que l'ex guitariste des Pixies tient la guitare solo ; il s'est juste contenté de jouer de la rythmique. Autre invité de marque, Eric Drew Feldman. Ce vétéran qui a sévi dans le passé chez Captain Beefheart et Pere Ubu, avait déjà travaillé en compagnie de Frank. Mais sur le nouvel album, il y épand généreusement ses notes de clavier et de piano. Pourtant, Frank avait un jour déclaré que le recours à ce type d'instrument ne correspondait pas à l'esprit de sa musique. Il admet avoir changé d'avis, même si Eric avait déjà prodigué un peu de clavier sur 'Teenage of the year'. Et il remercie les Stones pour lui avoir ouvert les oreilles à ce sujet. Notamment à travers la chanson 'Sympathy for the devil'. Des Stones, le groupe a beaucoup écouté l'album 'Exile on main street' dans la camionnette. " Il était chargé dans un lecteur à 10 CD, et c'était toujours le premier qui passait. Parfois on en avait marre de l'écouter, et puis on le laissait quand même parce qu'on se disait qu'il était vraiment bien. "

Influence inattendue sur son nouvel opus : c'est celle de Dylan. Ce qui explique sans doute pourquoi le groupe a eu recours à une steel guitar et une pedal steel. Il faut croire que la formation voulait s'imprégner du climat laissé par le Zim, parce que 'Blonde on blonde' était également dans le fameux chargeur… " J'ai toujours aimé la musique de Dylan, depuis ma tendre jeunesse. Surtout son attitude faite de mystère et d'intellect, qui est intéressante. C'est difficile à comprendre. Il projette des images fortes dans ses chansons. Tu sais dans les années 60, un kid qui écoutait Dylan devait se demander ce qu'il racontait. L'impact politico-culturel d'une chanson comme 'Blowin' in the wind' est considérable, mais il faut avoir une certaine maturité pour comprendre son message… "

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Eric Burdon, un autre mythe des sixties a également exercé une influence sur le nouvel opus de Black. Et on le ressent très fort sur 'The swimmer'. " Exact ! J'ai un jour lu la critique d'un journaliste qui comparait ma voix à celle de Burdon. Et j'en étais fier. Oui, sur cette composition j'ai fait une fixation sur les Animals. Mais c'est particulièrement difficile à réaliser. On était un peu sur le mode de 'The house of the rising sun'. Dans le même style on a longtemps essayé de reprendre 'Sister isabel' de Del Shannon. Mais j'étais obligé de chanter une octave plus basse. Trop difficile, on a abandonné le projet ". Pour 'Stupid me', Frank a utilisé la reverb dans la voix, un peu comme Lennon. " J'allais oublier l'influence qu'il a eu sur moi. Jusqu'au jour ou un journaliste m'a dit que cette chanson lui faisait penser à Lennon. Teenager, j'ai beaucoup écouté ses disques…"

L'album a été enregistré sans retouches, ni overdubs. En prise directe quoi. " Il y a des groupes qui enregistrent en 4 à 5 jours, et d'autres qui campent pendant des semaines. Mixer et tout le bataclan pour ne tirer que le meilleur. Un peu comme si on voulait atteindre la perfection technique de Steely Dan. Après 15 années de route, cela fait du bien de se sentir musicien. S'asseoir près du producteur et discuter avec lui. Faire une prise et s'entendre dire : elle est bonne ! Le timing est là, les notes sont là, tout y est. Et c'est mieux que de toujours créer des fac-similés d'un morceau. On a déjà donné quand on était jeunes. "

Et pour terminer l'entretien, nous avons causé des OVNIS, mais vous ne saurez rien de la conversation, nous risquerions d'être fichés par les aliens…

Merci à Vincent Devos, Danièle (Aéronef) à Alice (Naïve).

(Version originale de l'interview parue dans le n° 91 - mars/avril/mai 2001 - de Mofo)

 

 

 

 

Doves

La scène de Manchester n’a jamais existé…

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Issus de Handforth, dans le Cheshire, les Doves ne sont plus tout jeunes. Même s'ils n'en sont qu'à leur premier album. Ils ont vécu la scène new wave du début des 80's aux côtés des Smiths ou de New Order. A Manchester. Mais c’est en 1991 que leur carrière a vraiment débuté. A l'époque, ils répondaient au patronyme de Sub Sub et avaient même décroché un hit intitulé « Ain't no love, ain't no use ». Outre les frères jumeaux Jez (batterie et chant) et Andy Williams (guitare et chant), le groupe implique Jimi Goodwin. Et ce dernier, préposé au chant et à la basse, n'est sûrement pas un nostalgique de cette époque, car il ne verse même pas une larme sur la mythique ‘Hacienda’, l'endroit de ralliement à l'époque, qui a été transformé en appartements.

« C'est peut-être triste, mais tout a une fin. L'Hacienda n’était pas éternelle et en plus, il ne faut pas s'imaginer que c'était un paradis! Le club était confronté à des problèmes de violence et de drogue. On y a vécu de bons moments, mais aujourd'hui, il faut regarder vers le futur... » Les Doves n’aiment d'ailleurs pas trop les références à leur ville d'origine et encore moins l'évocation de la scène ‘Madchester’... « Ni les Happy Mondays, ni les Charlatans n'ont eu la moindre influence sur nous. On les a adorés, il y a dix ans, mais c'est tout. D'ailleurs, on n'a jamais cru à l'existence de cette scène baggy. Elle a était montée de toutes pièces par la presse. Il n'existe aucun groupe de chez nous qui passe son temps à regarder dans l'assiette de son voisin : New Order ne sonne pas comme les Smiths, les Smiths pas comme les Buzzcocks, les Buzzcocks pas comme The Fall et les Doves n'ont rien à voir avec Joy Division. La scène de Manchester n’a jamais existé… »

Pour en revenir au style du groupe, on dira qu'après avoir digéré des références house, les Doves en sont revenus à une instrumentation rock, influencée par la dance, mais qui va beaucoup plus loin... L'enregistrement de ‘Lost Souls’ a duré trois ans dans un studio... qui ne comportait aucune fenêtre! « Tout simplement pour éviter que les cambrioleurs ne viennent dérober le matériel… » De leurs contemporains, les Doves affirment apprécier Baldly Drawn Boy, avec lesquels ils sont partis en tournée. « On a participé à l'enregistrement de leur album et on est même devenus amis. » Ils estiment également Shack, mais davantage pour des raisons de sensibilité musicale. Enfin Embrace les a beaucoup impressionnés, en ‘live’. Mais Jimi respecte aussi une foule de groupes issus du passé. Il avoue ainsi un faible pour le King Crimson de l'époque ‘Discipline’ et ne s'en cache pas. « Je ne suis pas du style à brûler ce que j'ai adoré. Et tous ceux qui adoptent cette attitude sont des hypocrites… »

(Article paru dans le n° 89 du magazine Mofo de Février 2001)

 

IQ

The Seventh House (a)

Écrit par

Tout comme Arena et Pendragon, IQ est un des groupes les plus représentatifs de la scène anglaise néo-progressive, qu'il engendra dans les années 80 en compagnie d'autres grands noms du style tels que Pallas ou The Enid. Ce nouvel opus n'échappe pas à la règle du rock progressif, dont la particularité se détermine par la conception d'une musique qui se révèle au fur et à mesure des écoutes. "The seventh house". Digne successeur du grandiose "Subterranea", "The seventh house" demeure difficile d'accès pour les non initiés. Breaks, rythmes impairs, envolées aériennes, mélodies superbes, la finesse d'interprétation toute anglaise des six nouvelles compositions à tiroirs, constituent une invitation au voyage. Mike Holmes a toujours ce don pour accoucher de parties de guitares splendides et touchantes ; alors que la voix de Peter Nicholls réussit encore à remplir l'espace sonore avec une rare maestria. Chaque composition repose sur des bases solides et possède cette flamme qui fait toute la différence. IQ demeure la référence en matière de prog, depuis que son frère d'arme Marillion a pris une direction définitivement différente. A découvrir d'urgence!

 

IQ

The Seventh House (b)

Écrit par

Après le fameux concept et double CD « Subterranea », grande réussite artistique et succès critique et public, nous étions perplexes : qu'allait nous proposer IQ ? Le groupe allait-il à nouveau exploiter les mêmes recettes, ou s'écarter radicalement des sentiers déjà empruntés ? Les deux voies n'auraient pas manqué de provoquer pleurs et grincements de dents. Très intelligemment, IQ nous offre « The seventh House », CD tout simplement irréprochable, empreint à la fois de maturité et d'audace. C'est toujours bien du IQ ; les fans ne seront donc pas déroutés. Peut-être auront-ils un peu de mal à appréhender cet opus à cause de sa complexité. Pourtant, dès qu'on lui accorde l'attention qu'il mérite, il révèle toute la richesse et la beauté sophistiquée de ses six plages ; toutes passionnantes, en définitive. On est loin de la fluidité de Subterranea : ici, tout est plutôt grave et mélancolique, voire torturé. Rythmes alambiqués, contrastes, séquences qui semblent ne mener nulle part, sonorités de guitare non dégrossies, sont quelques-uns des ingrédients qui participent à la révolution douce. Chaque musicien semble en pleine forme. On a droit à un peu de saxophone. Les claviers de Martin Orford sont impériaux. Mike Holmes nous délivre plus d'un de ces soli de guitare assassins dont il a le secret. Paul Cook aux fûts et John Jowitt à la basse tissent une rythmique solide et pêchue. Et la belle mais fragile voix de Peter Nicholls n'est ici jamais prise en défaut. Les arrangements sont somptueux, la production étincelante …CD irréprochable, vraiment ! Et la moindre des qualités du groupe n'est sûrement pas cette volonté affichée de continuer à évoluer et à nous surprendre. IQ se pose ainsi en groupe majeur de ce début de millénaire. A nous de ne pas passer à côté !

 

Scumbucket

Finistra

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Désolé pour la carte de visite de Scumbucket, mais ils viennent de me replonger inopinément dans la vague grunge. Post grunge, pour être plus précis ! Encore que je me demande si ce mouvement a vraiment existé. Nanti de qualités mélodiques et de riffs inévitablement bien sentis, leur registre n'évolue pas plus haut que celui des Foo Fighters, mais en un peu moins punk, ou de Weezer, en un peu plus rock. Les membres de Scumbucket ne sont pourtant pas des manchots. Ils ont produit et mixé ce " Finistra ". Et pas de doute, c'est du beau boulot. Ils sont même prêts à passer en division supérieure. Celle qui leur permettrait de les propulser hors de leur Allemagne natale, de les voir s'envoler vers des cieux plus étoilés. En attendant, ils devraient faire les beaux jours des médias ‘alternatifs’ américains. Good luck, guys !

Clover´s Cloe

Fast Fast

Écrit par

Deuxième maxi CD pour cette formation bruxelloise drivée par Cloé Defossez, chanteuse, guitariste, pianiste et compositrice du groupe qui avoue puiser son inspiration dans ses voyages au bout du monde, ses rencontres et ses nuits blanches partagées avec sa guitare. Ce qui frappe d'abord dans la musique de Clover's Cloé, c'est la structure classique de la chanson qui enrobe le format pop. Il y a bien une batterie, quelques samples et puis deux guitares. Une acoustique et une électrique. Sans oublier la contrebasse aux accès paradoxalement jazzy. Mais la présence du piano, d'une clarinette et surtout d'un violon (NDR : tenu par Jean Richelet, premier prix de conservatoire) balise inévitablement cette structure. Ce qui n'est pas un obstacle en soi. Au contraire. Et se révèle même agréable au contact légèrement new wave de " Fast fast (the lovers of the sky) ", ou encore du mélancolique " Out of time ", réminiscent de l'album intimiste de Kristin Hersh, " Strange angels ". Les deux derniers titres de ce maxi CD épousent, cependant, un profil beaucoup plus minimaliste. Presque lo fi, à l'instar d'une Mary Timony, voire d'Ani DiFranco. Comme sur " Bay-fall ", lorsqu'elle colle sa voix douloureuse aux accords plaqués, écorchés, de sa guitare et aux drums tribaux. Et lorsque pour " No matter ", elle accompagne uniquement sa voix intimiste, chargée d'émotion, de son piano sonore, c'est alors à Tori Amos que l'on se met à penser. Dommage que la production soit un peu terne ; sans quoi, avec un peu plus de maturité, Clover's Cloé pourrait, d'ici quelques mois, devenir la bonne surprise de la scène pop/rock belge…

 

Gomez

Machismo (Ep)

Si Gomez a bien l'intention de sortir tout prochainement un box de 25 titres partagés entre inédits, raretés, faces B de singles, prises live et reprises, il a repoussé à l'année prochaine l'idée d'enregistrer un nouvel album. A la place, il nous gratifiera de deux EP ; et ce " Machismo " en est le premier. Découpé en cinq titres, il recèle en " The Dajon song " un psyché blues de plus de 13 minutes digne des trips les plus acides pratiqués sur la West Coast au début des seventies. Et on pense ici plus particulièrement à Grateful Dead, Jefferson Airplane et à Quicksilver Messenger Service. Beaucoup plus étonnant, le titre maître tente une diversion dans la dance, sans pour autant convaincre. Nous lui préférons le groove acoustique de " Do's and Don'ts " et surtout la très jolie et luxuriante ballade, " Touchin' up " qui bénéficie, pour la circonstance, du concours du London Session Orchestra. Seul " Waster " correspond au profil r&b bien spécifique à Gomez. Un titre qui aurait d'ailleurs pu revendiquer un statut de hit, s'il était sorti au cours des sixties...

 

Internal/External

Featuring...

Écrit par

Quel obscur objet. Trip hop, electro, techno pop, indus, on ne sait sur quel pied danser. Enfin un disque intéressant me direz vous, sortant des sentiers battus. Détrompez vous, car même eux ne connaissent apparemment pas le à chemin emprunter pour arriver à leurs fins.

Plus collection de titres rapidement ficelés qu'albums à part entière, on est parfois surpris, souvent agacés. Surpris par la façon où sont amenées les influences, samplées ou imitées pour le plaisir, tel un jeu de pistes pour mélomanes cultivés (guitare Pixies sur « Talk too loud », Nine Inch Nails pour « Stepping up to the mic » ou Quantize, New Order pour  « I knew Them »). Agacés parce que passés l'effet de surprise, elles ne nous permettent pas de décoller, prenant alors des allures de voix sans issues. Bien qu'effectivement l'énergie subsiste, on s'ennuie ferme, sauf sur un ou deux tracks un peu plus surprenants, comme « Quantize », exercice d'expérimentations incongrus, ou le détonnant « I/E », jungle au mélodica qui gagnerait à servir de B.O.F.

Et si leur générosité devait s'accomplir dans cette direction, plutôt que dans le recyclage indélicat de références écrasantes ?

 

Linoleum

The race from the burning building LP

Écrit par

Au moment de lire ces lignes, cet elpee est peut être déjà posthume. En effet, le guitariste et co-compositeur, Paul Jones, est sur le point de rejoindre Elastica. Et je vois très mal comment Linoleum pourrait se remettre d'un tel départ. Ce qui est vraiment dommage, car ce disque est vraiment intéressant. Leur deuxième. Datant de 1996, leur premier avait été enregistré sous la houlette de Paul Kolderie et de Sean Slade (Radiohead, Hole, Pixies). C'est dire si le célèbre duo de producteurs avait beaucoup d'estime pour eux. Mais venons en à cet opus. Qui alterne compositions atmosphériques, vaporeuses, abordées dans l'esprit d'un Mazzy Star, mais en moins sinistre ; chansons angulaires, fouettées par une conjugaison de cordes de guitares bringuebalantes et bourdonnantes, réminiscentes de Drugstore ; et puis titres carrément post new wave, insidieusement contaminés par le virus gothique. Pas pour rien d'ailleurs qu'on y retrouve une cover du célèbre " I'm in love with a german film star " des Passions. Une seule constante : les lyrics de Caroline Finch, qu'elle décrit comme l'antithèse de l'archétype de la chanson d'amour. Des lyrics qui reflètent la paranoïa, la folie et la désillusion…

 

Marineville

Red path house

A première écoute, la musique de Marineville nous fait penser à The Orb. A cause de ces pulsions électroniques qui font battre le cœur de la solution atmosphérique, pour ne pas dire intergalactique. Mais au fil de l'écoute, on y découvre d'autres perspectives. Jazzyfiantes surtout. Elaborées par un saxophone ou un piano électrique. Hip hop, également, mais ici, elles sont beaucoup moins évidentes. Ce " Realpath house " n'est cependant pas un album studio, mais une sélection d'enregistrements " live ", commis lors d'une tournée américaine qui s'est déroulée entre septembre 96 et juillet 97...

 

Nøught

Nøught

Écrit par

Fans de Godspeed You! Black Emperor, attention! Tant dans la configuration (10 membres) que par les structures des morceaux, beaucoup de choses nous rappellent notre groupe canadien préféré. Ne nous y trompons pas, il y a des différences, heureusement. Mais arrêtons-nous d'abord aux ressemblances. Mariant le noisy-rock et l'instrumentation classique (violons, trompettes et tutti quanti), les morceaux sont articulés en actes. L'aspect visuel et narratif tient également une place importante dans la philosophie de Nøught. A tel point que certains titres illustreraient à merveille des superproductions hollywoodiennes 70's. Un peu comme Jimi Tenor l'a démontré lors de son concert avec " Ensemble ", accordé Nuits du Botanique cuvée 2000. Richesse de l'instrumentation, surenchère, théâtralité et grandiloquence. Les différences maintenant. D'abord Nøught est un groupe rock, pas éthéré. Le ton est plus dur, moins vaporeux. Alors que GYBE structure son expression sonore un crescendo, Nought rentre frontalement dans le sujet et maintient une pression (quelques breaks jazzy quand même) jusque dans une explosion finale. La place de l'instrumentation classique ensuite. Ici les sections de cuivres et de cordes (violons à la " Dirty Three ") ne servent pas à appuyer, à renforcer un mur du son. Elles sont autonomes et participent activement à la construction des " mélodies ". A tel point que l'on pourrait se demander qui, des instruments classiques ou rock, sont les invités des autres. Assurément une très bonne découverte. Pour ceux qui n'ont pas froid aux oreilles.

 

Various Artists

Dealin With The Devil : songs of Robert Johnson

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Plus de 60 ans après sa mort, Robert Johnson demeure le plus mythique de tous les bluesmen. Pourtant ce musicien itinérant avait largement moins de 30 ans lorsqu'il fut empoisonné par un mari jaloux. C'est qu'il avait du tempérament le Robert! Disparu trop jeune, je ne lui connaissais que 22 chansons. Ce qui ne l'a pas empêché d'être, très souvent, célébré.

" Dealin' " constitue donc une nouvelle messe à son intention. Douze titres sont interprétés par autant de vocalistes différents. Une seule constante, le trio de base: Corey Harris à la guitare et une section rythmique ‘de luxe’ composée de Mudcat Ward à la basse et de Per Hanson à la batterie.

C'est d'ailleurs Corey qui inaugure la collection par le très célèbre "Walkin' blues". L'homme nous a déjà prouvé tout son savoir-faire sur ses albums parus chez Alligator. Pas moins de trois chanteuses sont présentes. Debbie Davies reprend avec ferveur "When You got a good friend", en s'accompagnant de sa Telecaster discrètement amplifiée. La moins connue, Kris Wiley, chante avec autorité, respect et passion "Ramblin' onmy mind". Enfin, la rouquine Sue Foley prête sa délicieuse voix de fausset pour s'exercer sur "From four until late", tout en nous confessant que c'était là le premier blues qu'elle ait jamais interprété. Quelques seigneurs sont aussi présents. A commencer par le vieux, mais toujours sémillant pianiste, Pinetop Perkins. Il nous propose ce canon du blues, "Sweet home Chicago" (mais qui donc l'a réellement composé?). Kenny Neal a ramené guitare et harmonica pour chanter "I'm a steady rollin' man". Parmi les meilleures apparitions sur cet album, soulignons celle de Josh White Jr. Ce fils d'un des pionniers du Delta s'exerce sur un bottleneck bien subtil, tout au long de "Come on in my kitchen". Guy Davis prête sa voix graveleuse à "Stones in my passway". Eddie Kirkland joue de manière experte de la guitare acoustique sur ce bon vieux "Dust my broom". On se retrouve, au cœur des Appalaches, pour un curieux et peu connu "Last fair deal". Dave Van Ronk y chante et joue du banjo. Et pour conclure, le chanteur guitariste canadien Colin Linden nous flanque le frisson dans sa version minimaliste et dramatique de "Preachin' blues".

 

 

Symphony X

V – The New Mythology Suite

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Sur fond de mythologie consacrée à l'Atlantide et aux légendes puisées dans l'Egypte ancienne, Symphony X dispense une musique technique mais jamais stéréotypée. Un groupe américain conduit par le guitar-hero Michael Roméo qui réalise la parfaite alchimie entre speed métal et rock progressif. On lorgne du côté de chez Dream Theater pour la construction des morceaux, chez Stratovarius pour les arrangements ainsi que chez Rainbow et Malmsteen pour la haute volée guitaristique. Symphony X s'offre tantôt une touche jazzy, tantôt une envolée mélodique arabisante ; et même l'utilisation parcimonieuse de cuivres renforce ses influences néoclassiques. Enchanteresse, magistralement orchestrée, " Rediscovery ", longue plage de plus de douze minutes, vient boucler ce cinquième opus en guise de démonstration parfaite de tout le savoir-faire d'un groupe aujourd'hui au sommet de son art. On ne se lasse pas de " V " ; et chaque écoute révèle son lot de surprises, à l'image du dernier Dream Theater auquel il n'a pas grand chose à envier. Remarquable!

 

Muse

Hanté par le falsetto de Jeff Buckley...

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Depuis la sortie de " Showbiz ", en octobre 1999, album qui a dépassé la barre de 250.000 exemplaires vendus à travers le monde, Muse n'a jamais cessé de tourner. Le trio de Teignmouth, une petite cité balnéaire du sud de l'Angleterre, a bien gravé quelques singles depuis, mais rien de vraiment très neuf à se mettre dans l'oreille. Pourtant, Matthew Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolsenholme ont composé un tas de nouvelles chansons au cours de ce long périple, répertoire qui devrait leur permettre de graver un deuxième opus…

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres, puisque depuis leurs débuts, qui remontent officiellement à 1998, le combo s'est fixé une ligne de conduite draconienne. Matt (qui tient le plus souvent le crachoir) s'explique : " Nous n'entrerons pas en studio simplement parce que nous avons trouvé le temps d'enregistrer. C'était clair depuis le départ. Nous nous y rendrons lorsque nous pourrons offrir quelque chose de radicalement différent et de meilleur que le précédent. Si nous devions nous rendre compte que ce n'était pas le cas, même après l'avoir enregistré, nous ne le sortirions pas. Et ce sera chaque fois pareil ! " La barre est donc placée très haute, puisque ‘Showbiz’ était déjà d'excellente facture. Un disque qui leur avait valu moult comparaisons avec Radiohead, dans la presse spécialisée ou non. Ce qui peut s'expliquer en partie, lorsqu'on sait que c'était John Leckie, notamment responsable de la mise en forme de ‘The bends’, qui en avait assuré la production. Des comparaisons que les musiciens ne dérangent pas du tout. Ils les trouvent même flatteuses. Matt pense d'ailleurs que ces réactions sont dues au fait qu'aussi bien Thom (Yorke) que lui-même vouent une grande admiration à l'œuvre de Jeff Buckley ; et surtout à la force émotionnelle qu'elle était capable de libérer. Il considère même que Buckley est une influence majeure pour Muse. Lorsqu'il chante, il a parfois l'impression que son falsetto le hante. Brrr… ! Matt apprécie également beaucoup Tom Waits. A cause de son sens de la mise en scène. D'ailleurs il considère ‘Blue Valentine’ comme la chanson qui le décrit le mieux. En 1994, en assistant à un set de Rage Against The Machine, accordé au Reading, il a eu la confirmation que le rock devait être une expérience corporelle et pas seulement une nourriture pour l'âme. Ce qui explique sans doute pourquoi leurs concerts sont aussi urgents et intuitifs. Il s'intéresse cependant à d'autres courants musicaux. La musique espagnole notamment. Et en particulier les arrangements orchestraux de Villa Lobos. La musique symphonique également. Berlioz en tête de liste ( !?!?) ; parce que sa muse ( ?!?!) libère une intensité et une puissance incomparables. Le blues, par contre, c'est pas trop son truc, même s'il reconnaît que ‘Falling down’ en a des connotations. " En fait, la presse m'a déniché des racines blues, parce que j'ai un jour déclaré que Robert Johnson était un de mes compositeurs favoris ". Paradoxalement le groupe n'est pas tellement attiré par la britpop des Oasis, Blur et consorts. Mais plutôt par la musique américaine. Nirvana et Smashing Punmpkins en particulier. Parce que leur musique est un conducteur idéal pour libérer des émotions.

Fils de musicien qui a sévi au cours des 60's chez les Tornadoes, Matt est incontestablement la figure de proue de la formation. Normal, puisque non seulement il chante et joue de la guitare, mais aussi et surtout écrit les paroles des chansons. " Sur le premier album, il y a des choses qui sont inspirées par des expériences personnelles. Dorénavant, j'écrirai davantage à ce qui ressemble au monde. La face sombre de la nature humaine. Ses angoisses, ses douleurs, enfin tout ce qui appartient au quotidien. En fait, toute cette énergie négative vient de la ville d'où nous sommes originaires. Beaucoup de nos amis sont allés à l'université ou sont devenus des dealers. Si je ne m'étais pas investi chez Muse, je serais probablement devenu une personne détestable et violente. La musique me libère et véhicule mes émotions. " Quelque part, on pourrait imaginer que la frustration est un des thèmes principaux de ses chansons. Et ses chansons reflètent cet état d'esprit. " Il s'agit davantage de confusion que de frustration ", réplique-t-il. " La confusion au sujet de la vie, de l'existence".

Muse possède la particularité de disposer de six contrats différents à travers le monde. Aux USA, ils ont signé chez Maverick, le label de Madonna, en France, chez Naïve, en Allemagne chez Motor et en Grande-Bretagne chez Mushroom. Une situation qui peut paraître assez compliquée au départ, et même devenir à terme un handicap. Mais qui est finalement devenue la force du groupe. " En fait, cela nous permet de choisir où on va. Nous avons le contrôle total de notre production. Cela nous permet de choisir l'endroit où on veut jouer. En outre, si tu n'es signé que par un seul label, s'il te vire tu te retrouves sans rien. Dans notre cas, si un label nous lâche, nous en avons encore cinq de rechange, et on peut continuer. C'est une forme de stratégie. Et ce n'est pas aussi compliqué que tu penses à gérer. Nous avons engagé des managers compétents pour s'occuper de nos affaires… "

 

 

Spock´s Beard

V

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A peine libéré du gros bateau Transatlantic, Neal Morse réintègre les rangs de son équipe, pour donner naissance à un autre chef d'œuvre. Intitulé tout simplement " V ", le nouvel opus de la Barbe de Spock dispose de l'intégralité des ingrédients pour devenir un classique du genre. Avec un feeling unique, le combo américain y conjugue d'incroyables mélodies à de superbes harmonies vocales. Rappelons que Spock's Beard s'inscrit dans la tradition classique du rock progressif. Ses sonorités particulièrement soignées et les claviers omniprésents lorgnent du côté du Yes et du King Crirnson cuvée 70's. Parfois pop, souvent jazzy, rarement métal, les six fragments qui composent ce disque contribueront, sans nul doute, à placer ce groupe phare au centre des discussions de tous les inconditionnels du style…

 

Les Rita Mitsouko

Cool Frenesie

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A la première écoute, les rythmes bien soutenus et quelques phrases délirantes accrochent. La marque de fabrique du groupe est bien là, jamais caricaturale mais toujours ‘mitsoukiste’. Et puis, progressivement, les chansons apparaissent et confirment tout le talent de Catherine Ringer et Fred Chichin. Leurs textes bizarroïdes et leurs rythmes déjantés ne sont pas des improvisations mais du travail minutieux. On a même envie de parler d'artisanat malgré ces innombrables artifices électroniques, dont le groupe est très friant. Les ambiances musicales collent vraiment aux propos. Car, oui, il y a de vrais textes chez Rita Mitsouko et pas seulement des bouts de phrases plus ou moins drôles. Les sonorités seront arabisantes sur "Femmes du moyen âge", le violon sera tzigane pour "C'est un homme", le récit poignant du rêve parisien d'un homme (apparemment le père de Ringer mais on n'a pas eu l'occasion de lui demander si c'était vraiment autobiographique) ballotté de camp de concentration en camp de concentration par les Nazis. Bon maintenant, n'allez pas croire que les Mitsouko ont oublié d'être drôles : eux seuls peuvent chanter les touristes qui, le nez en l'air, marchent dans les crottes de chien, sans sombrer dans le ridicule. Pour le plaisir, on soulignera encore un "Pense à ta carrière" où les managers, assistants et autres conseillers qui gravitent autour des artistes en prennent pour leur grade. Un défoulement indispensable pour les deux compères à qui on a dû souvent conseiller gentiment de refaire "Marcia Baila". Ils ont toujours résisté et, rien que pour cela, ils méritent notre respect. Et comme en plus, ils sortent encore d'excellents disques...

 

Eels

Daisies of the galaxy

Tout comme lors de l'enregistrement de son précédent album, Eels a reçu le concours de Peter Buck (REM) et de Grant Lee (de Buffalo). De Butch également, le très inventif drummer du groupe. Mais si " Electro shock blues " correspondait à une méditation intimiste et poignante de son leader E, suite au suicide de sa sœur et la disparition de sa mère, décédée d'un cancer, " Daisies of the galaxy " veut embrasser la vie après la tragédie. Bien sûr, on y ressent encore une profonde mélancolie, stigmate de l'épisode douloureux qu'il a traversé à la fin des nineties. Mais, il épanche ce flux d'émotion avec humilité, quiétude et surtout une bonne dose d'humour. Qui se manifeste dès l'intro dans une sorte de parodie de marche funèbre, abordée dans un style bien New Orleans. Tout au long de cette œuvre, E se révèle aussi habile que talentueux, dans ses mélanges de styles, cependant opérés sur un seul dénominateur commun : la pop mélodique. Enrichie d'arrangements particulièrement soignés ou de petits effets sonores du plus bel effet. Bref, un chouette album qui nous promène dans un univers fait d'assemblages aussi insaisissables que cotonneux, au sein duquel la voix chaude et légèrement nasillante d'E baigne dans l'ensemble, sans jamais s'y noyer...

 

Earthlings ?

Human beans

Redoutable et angoissante, la musique d'Earthlings nous replonge près de vingt ans en arrière. La discographie de Bauhaus, Christian Death, Suicide, Cramps, Swans, mais également " Ziggy Stardust " de Bowie et " Movement " de New Order doivent certainement occuper une place de choix dans la collection de ce trio constitué de Pete Stahl (ex Scream, Wool), Fred Drake (ex Shy Party) et de Dave Catching (ex Tex & The Horseheads). Mais pas seulement. La formation prenant un malin plaisir à saupoudrer son expression sonore de bruitages expérimentaux, un peu à la manière d'Ash Ra Temple ou de Can ; et que la presse spécialisée s'est déjà empressée de qualifier de sci fi kraut rock. Pourquoi pas ? L'album recèle, en outre, une version iconoclaste de Johnny B. Goode, qui fera dresser les cheveux à plus d'un bluesman. Mais les deux fragments les plus intéressants sont, à notre avis, " Moons over milleniums ", chanson folk punk minimaliste, enrichie d'un violon paradoxalement allègre, et puis surtout " From beyond space valley ", qui célèbre une hypothétique rencontre entre Chrome et Porno for Pyros...

 

Ronnie Earl

Healing time

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Ronnie (né Ronald Horvath) est incontestablement un des guitaristes les plus doués de sa génération. Il est né en 1952, à New York City. Mais il n'a acquis sa célébrité qu'en 1980, lorsqu'il a remplacé Duke Robillard au sein de Roomful of Blues. Tout en se produisant avec le célèbre big band de Rhode Island, il enregistre plusieurs superbes albums en compagnie de son groupe, les Broadcasters. Depuis 1988, il a embrassé une carrière solo ponctuée de nombreux albums. Pour la plupart instrumentaux.

"Healing time" signe ses débuts sous la bannière du label Telarc. S'il est un des adeptes les plus reconnus de T-Bone Walker, il expérimente ici d'autres directions. Et notamment le jazz et la musique du Monde. Il est entouré par ses musiciens habituels. Anthony Geraci au piano, Mark Greenberg à la batterie et Mudcat Ward à la basse. Sans oublier Jimmy McGriff flanqué de son orgue hammond, dans le rôle de l'invité principal. Tous des techniciens émérites dont la performance instrumentale vole très haut, tellement haut que l'âme de la musique en est fragilisée, risquent à tout instant de glisser vers la ‘muzak’, ou pire encore de se transformer en fond sonore pour hypermarchés. Nous n'en sommes pas encore là, fort heureusement.

Pour débuter, il donne le crachoir à Mc Griif, pour un "Churchin" qu'il a écrit très jazz. Et embraie par le célèbre "Catfish" de Muddy Waters. Ronnie démontre tout ce qui fait son talent. La technique, bien sûr ; mais le feeling qui transpire dans son "toucher" de cordes. Sa manière de moduler le son fait merveille sur "Idle moments". Une saveur latino-américaine se dégage à l'écoute de "Thembi". Une composition du saxophoniste d'avant-garde Pharoah Sanders qui bénéficie ici du concours de deux percussionnistes, lorsque Greenberg est rejoint par Don Williams (de l'orchestre de Mc Griff). Geraci est tout à fait remarquable au piano. Ronnie aime dédier ses blues lents. A l'instar de "Blues for Shawn". Un exercice de style empreint d'élégance et de profondeur. Rares sont les guitaristes capables de disserter à ce niveau. La beauté pure, sans artifice, la légèreté, la douceur ultime, est atteinte sur "Glimpses of serenity" et "Song for a brother". Le blues n'a pas dit son dernier mot. Car il revient pour "Lunch at R&M's" au shuffle bien saignant, et "Blues on a Sunday", un blues à fleur de peau au cours duquel il dialogue de bien belle manière avec l'orgue de Jimmy Mc Griff, un musicien qui en profite pour démontrer quelle extraordinaire approche de cette musique il peut avoir!

 

Terry Evans

Walk that walk

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Tout comme Willie Dixon, Terry Evans est né à Vicksburg, au confluent du Mississippi et du Yazoo ; et sa voix reflète bien la chaleur de l'endroit. Une voix en or, qu'on a pu entendre derrière des artistes aussi célèbres que John Lee Hooker, John Fogerty, Maria Muldaur, Dave Alvin, et quelques autres... Depuis 62, il vit sur la côte Ouest. C'est sous la forme d'un duo soul, partagé avec Terry King qu'il s'est fait connaître à travers le monde. Il a franchi un nouveau pas, lorsqu'il a intégré le groupe de Ry Cooder. Ils commettront six albums ensemble.

Dans les années 90, Terry a mené sa carrière solo de manière impeccable. " Walk that walk " constitue déjà son 4è album ; et Ry Cooder est toujours de la partie, alors que Jim Keltner tient les percussions.

D'une pureté rare, forgée dans les chœurs de gospel, la voix d'Evans est un véritable instrument. Ecouter la plage titulaire, c'est tout de suite adopter l'homme. Après quelques notes soufflées par John Juke Logan, la voix grave et puissante nous fait frémir. Et les chœurs doowop enflamment l'atmosphère lorsque Terry est rejoint par Willie Green Jr et Ray Williams. On assiste d'ailleurs au même scénario pour "Dancin' with your belly up". Sa voix emporte tout sur son passage. Le backing des musiciens peut rester discret. Seul son ami Ry se permet de créer de courts soli, très inventifs. Comme sur "The story of my life". Une chanson qui dégage un climat proche du meilleur John Lee Hooker. L'accompagnement sobre du piano de Jeff Alviani suffit à sa voix pour une merveilleuse ballade, "A stone's throw away". Le timbre d'Evans et la slide de Cooder vous flanquent le frisson sur le merveilleux "Don't give up". Et sur le blues rythmé "Let's have a ball", tout est subtilement en place. Les cordes vocales d'Evans sont un trésor national aux USA et sont capables de vous arracher les larmes des yeux. Tendez donc l'oreille à "I'll get over you", et vous n'y résisterez pas...

 

The Eternals

The Eternals

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Ces gars là, ça ne m'étonnerait pas qu'ils portent les dreadlocks sur leurs costumes trois pièces. En élèves appliqués du free jazz, ils tordent les structures pop habituelles en l'agrémentant de sonorités zarbies, de ragga et de percussions inventives. En net, du crossover avec parfois un intellectualisme trop insistant. Heureusement, une bonne dose de post rock brinquebalant ajoute parfois une dimension louable à des compos volontairement étirées, presque maniérées parfois, notamment à cause de cette voix foutraque, croisement improbable entre Bill Galahan et un ogre. Brrr. Par contre, mention spéciale pour le son, notamment sur « Eternallys hours », où les toms étouffés montent progressivement en puissance, s'accordant à un jeu de basse tremblant hérité de Tortoise. Pas un hasard en fait puisque c'est monsieur ‘je suis partout’ John Mc Entire qui produit la chose. On retrouve automatiquement sa patte lorsque surgissent ça et là des zigouigouis électroniques, ou autres guitares retraitées, en ouverture de morceaux souvent improvisées sortant de jams sessions qu'on imagine tordues.

Il y a à prendre et à laisser, forcément, mais rien que pour les risques entrepris, on conseillera aux gens raffinés de jeter l'oreille sur ce disque aux faux airs d'œuvre inachevée. Croyez moi, s'ils poussent plus loin leurs délires on tient peut être là les vrais rénovateurs du dub, en atteste Bewilderness, qui, sans en avoir l'air, maltraite subtilement le free en lui payant un ticket pour la Jamaïque.