La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

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Suede 12-03-26
Gavin Friday - Het Depot
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Paul Weller

Le parrain du punk a encore de beaux restes...

Le Modfather était de retour en Belgique, quelques mois seulement après son dernier passage sur nos terres, pour un concert de présentation de son dernier album, « Illuminations »… La salle presque pleine semblait démontrer la preuve du regain d'intérêt que rencontre l'Anglais, malgré l'indifférence quasi générale que suscitent les sorties de ses albums depuis quelques années. Vieux, le Weller ? Pas encore, à voir la vigueur avec laquelle il empoigne sa guitare, comme au bon vieux temps d'« All Mod Cons » et de « Seting Sons »… Le concert sera d'ailleurs ponctué de nombreux classiques du parrain de la brit-pop, entre autres « That's Entertainment » et « A Town Called Malice » des Jam, sans oublier une version jazzy d'« Have You Ever Had It Blue ? », l'un des rares hits que connût Style Council, son groupe soul des années 80. Le reste, fût à l'avenant : plusieurs morceaux d'« Illuminations », comme ce « It's Written In The Stars » à la limite de la rengaine pop sautillante, preuve que son dernier album possède bien des vertus – son meilleur depuis « Wild Wood », sans aucun doute. Paul Weller commence à se faire vieux, mais a donc de beaux restes (les classiques solo « You Do Something To Me », « Wild Wood », « The Changingman »). Peu importe que certains le trouvent ringard : pour nous, il restera toujours l'auteur de chansons intemporelles.

 



Le Peuple de l’Herbe

Si vous ne dansez pas, c'est que vous êtes mort...

Sacré meilleur groupe français live aux Victoires de la musique l'année dernière, Le Peuple de l'Herbe était de retour chez nous pour présenter son nouvel album, "PH Test/Two" (sortie le 24 juin). C'est vrai que Le Peuple, sur scène, est une furieuse machine à danser - les habitués de Dour et de l'Axion Beach 2001 s'en souviennent encore. Leur mix explosif de dub, de rap et d'électro fonctionne à merveille, avec ou sans herbe, propulsant le spectateur en orbite, mais pas géostationnaire : ici on danse, on trépigne, on s'agite dans tous les sens, du breakbeat désaccordé genre drum'n'bass aux rythmes chaloupés d'un dub-ragga bien moite. Sur scène, Le Peuple de l'Herbe met donc le feu au dance-floor, tout en ménageant parfois le public avec quelques titres plus calmes mais pas moins inspirés. Trompette, samples-platines et batterie au service d'une musique décomplexée, le groupe est soudé et s'amuse. Les nouveaux morceaux révèlent quelques surprises, comme ce "Maison en dur", sorte de bravade techno un peu fier-à-bras mais furieusement sautillante. Vous n'avez jamais vu Le Peuple de l'Herbe en live ? Pas grave : ils sont partout cet été (Klinkkende Munt, Dour, Seat Beach Rock,…). Et si vous ne dansez pas, c'est que vous êtes mort.

 

Bertrand Burgalat

Une association impressionnante de virtuosité et de classe...

Soirée psyché-glamour au Bota, dans le cadre du Parcours Chanté, avec au programme le groupe bruxellois Fantomas Pop, les Français de Frandol et en apothéose, Bertrand Burgalat en personne, accompagné de son groupe déjà mythique, AS Dragon.

Fantomas Pop se la joue sixties, n'hésitant pas à ressortir le visuel d'époque, boule à facettes et projections à base d'hallus à La Grateful Dead. Leur musique oscille entre le psychédélisme de bon ton et la variété yéyé si chère à Gainsbourg période France Gall. En grande partie instrumentale, leur set list recèle quelques perles aux relents acid - dommage que le maniérisme de la chanteuse ternisse un peu l'ensemble (à cet égard, la voir rouler des yeux en chantant ses préférences en matière de Chupa Choup est à pleurer de rire).

Deux jours plus tôt en première partie de Noir Désir à Forest National, les Français de Frandol se la jouent davantage rock'n'roll : leurs mélodies transpirent sous les aisselles, et les guitares se font plus avenantes. Sorte de croisement incertain entre Bow Wow Wow et Matmatah, ce groupe de seconde division parvient rarement à déchaîner les passions, tant leur rock variet' un peu bâtard reste coincé au ras du plancher.

Tout le contraire de Bertrand Burgalat et AS Dragon : depuis son album solo ("Sssound of Mmmusic"), le producteur-remixeur-compositeur et patron de Tricatel nous étonne à chaque livraison. Cette fois accompagné d'un groupe sacrément solide, à la rythmique imparable, le joyeux luron de la vague néo-psyché nous livrera un concert puissant, parfait, voire, à certains moments, ahurissant. Car sa formation, initialement constituée pour accompagner Michel Houellebecq sur les plages de France, impressionne de virtuosité et de classe : rarement groupe français nous aura tant bluffé par sa technique et son aisance sur scène. Reste la voix de Burgalat, pas toujours au point mais émouvante de sincérité, et ses paroles pince-sans-rire, à des années lumière de la soupe hexagonale desservie par tous ces Enfoirés de Goldman et Garou. S'éclipsant parfois derrière la beauté androgyne d'une nouvelle chanteuse à la voix d'or, Burgalat reviendra pour un final dantesque, avec une reprise du " Tears of a clown " des Smokey Robinson. Que demander de plus ?

 

The Cranberries

Un petit goût de déjà vécu...

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Absent au Beach Festival, il y quelques années, les Cranberries affrontaient le public belge ce 28 mars sur les planches de Forest National.

Assurée par Brainstorm, la première partie m'a parue un peu tirée en longueur, n'affichant en guise de tempête cervicale que le nom et une technique défaillante.

Les musiciens qui composent les Cranbrerries sont hyper professionnalisés, bénéficient d'une infrastructure digne des tsars, d'un light show épatant et peuvent compter sur une chanteuse extrêmement dynamique (NDLR : qui a dit dynamite ?), capable de déménager dix mille personnes. Il n'en fallait pas plus pour mettre en poche une foule en délire, vouée à la cause, il est vrai, de ce Cranberries déifié. Tous les succès de ces Irlandais ont d'ailleurs été revisités : ballades mielleuses, compositions énergiques et hymnes repris en cœur par les aficionados. Ce spectacle dégageait malgré tout un petit goût de déjà vécu. Mais comme la recette fonctionne et que les rouages ne sont pas prêts à gripper, pourquoi bouder son plaisir ?...

The Notwist

Oser s'affranchir des étiquettes...

Avec Neon Golden, The Notwist a livré l'un des premiers grands albums de cette année : concassage subtil de rock minimaliste et d'électro la plus aventureuse, leur cinquième opus (en douze ans de carrière) s'affirme comme le complément idéal au Kid A de Radiohead, mais sans les gémissements meurtris de l'ami Thom. Révélé il y a quatre ans avec Shrink, The Notwist pourrait bien cette fois-ci casser la baraque, tant Neon Golden regorge de mélodies sublimes, toujours entre deux chaises (guitares ou samplers) mais sans jamais perdre l'équilibre. Ce parfait dosage entre riffs, machines et chant trouve son aboutissement logique sur scène, où les quatre Allemands s'en donnent à cœur joie dans le brouillage de pistes, n'hésitant pas à jouer du post-rock binaire et incisif après une ballade électro toute en finesse. C'est donc ça, la musique de The Notwist : un embouteillage élégant d'influences, où Can se cogne à Fugazi sur l'Autobahn qui relie Munich (leur bastion) à Manchester. Une musique accidentée mais dans laquelle on se plonge volontiers, sans avoir peur des carambolages.

En concert, The Notwist pratique donc le crash-test des musiques, alternant les complaintes électroniques en chambre avec les déchaînements rock les plus juvéniles. Neon Golden sera largement passé en revue, du hit " Pilot " revu et corrigé (plus long, plus fort) à la chanson titre et son ambiance de blues. Pas mal de morceaux tranchants (sans doute des trois premiers albums du groupe, restés confidentiels) prouveront également que les quatre Teutons, derrière leur air de trentenaires studieux, savent encore croiser fièrement les guitares, tels des Artaban hardcore en pleine puberté. Oui, c'est ça, donc, The Notwist : un groupe de quatre musiciens émérites qui osent s'affranchir des étiquettes (rock, électro, blues, jazz,… ?) tout en restant d'une cohérence et d'une élégance rares. Chapeau bas, chers messieurs.

Jill Scott

Diva, poétesse et prêtresse...

‘Jill Scott est la diva de la nu-soul’, s'entend-t-on dire un peu partout dans les médias, toujours en manque de nouvelle sensation black depuis la putréfaction de Michael Jackson. Mais la nu-soul, qu'est-ce que c'est ? Juste un retour aux sources de la soul, quand Stax et Motown régnaient en maîtresses frivoles sur la musique black, bien avant que le new jack déverse sa mélasse dans nos oreilles, à l'orée des années 90. Aujourd'hui donc, de nouvelles égéries soul reviennent sur le devant de la scène, ravivant l'esprit frondeur de Berry Gordy en célébrant les noces entre soul, rap et techno. Fini les galipettes bodybuildées estampillées MTV (Usher, Sisqo, R. Kelly : pouah !), car la seule chose qui intéressaient ces laveurs de vitres, ce sont les derrières de gazelles en rut. Eh bien justement : Jill Scott a un énorme derrière, comme Macy Gray et Angie Stone, mais elle ne se contente pas de le remuer pour faire bramer les mâles : elle fait aussi de la musique, et de la bonne, en digne descendante d'Aretha Franklin et de Billie Holiday, les influences hip hop en plus.

Jill Scott ne fait donc pas partie de ces donzelles qui roucoulent en balançant leur poitrine de gauche à droite et de bas en haut, dans des clips souvent chauds mais illustrant pourtant une musique tiède. Son premier album, " Who Is Jill Scott ? ", en est la preuve : hésitant entre l'introspection calfeutrée de sonorités reposantes (piano, cordes) et l'étourdissement vocal proche du R.E.S.P.E.C.T. de sa grande sœur de cœur, les chansons de Jill Scott sont une douceur pour l'oreille, à consommer sans modération. En concert, c'est encore mieux, vu qu'on a Jill Scott en chair et en os devant soi, tantôt nous susurrant ces histoires douces amères dans un écrin musical de toute beauté, tantôt nous évoquant avec humour et sensibilité sa jeunesse tourmentée, traces d'un passé de poétesse ou d'enfant de chœur, voire des deux. C'est qu'entre les chansons (The Way, One Is The Magic Number, saisissants), la diva nous abreuve de ses expériences, une fine ligne mélodique l'accompagnant en sourdine pour mieux souligner son flow puissant et (parfois) revanchard, héritage des " spirituals " du début du siècle dernier, ces chants religieux dans lesquels se répondaient pasteur et fidèles dans la joie et l'ivresse. Sauf qu'aujourd'hui, c'est elle la prêtresse, et nous ses fidèles, à laquelle nous répondons par la danse et le sourire aux lèvres, immergés dans cette AB devenue sanctuaire à la gloire de la soul. " Who Is Jill Scott ? ", nous lance-t-elle pleine d'allant… Réponse : une sacrée chanteuse, à la voix d'or pleine de trésors, et dont la musique nous donne des chaleurs. En un mot : Respect.

Cibelle

Un concert en demi-teintes...

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C'est dans une ABBox clairsemée que la Brésilienne Cibelle est venue présenter son deuxième album. Intitulé « The Shine Of Dried Electric Leaves », il devrait bientôt atterrir dans les bacs des disquaires. Le single « London London », auquel a participé Devendra Banhart, commence à se frayer un chemin dans les playlists des radios nationales. Il est chargé de faire connaître un peu plus du grand public une chanteuse qui n'a jusqu'ici touché que les amateurs de nouvelle pop brésilienne.

Trois musiciens accompagnent la donzelle habillée de noir pour l'occasion : un batteur et deux guitaristes. L'un d'eux n'est autre que Mike Lindsay, préposé aussi à l'électronique et coauteur (avec Cibelle) de la majeure partie des titres du nouvel album. Certains d'entre vous en ont peut-être déjà eu un avant goût à l'écoute du quatre-titres « About A Girl », paru il y a quelques mois. Le concert débute par ce mélange d'avant-garde électronique et de bossa nova propre à la chanteuse, qui pour ce soir semble avoir du mal à entrer dans son concert. La faute peut-être à une salle un peu trop grande pour sa musique intimiste ou alors à l'éclairagiste de l'AB qui devait s'être endormi sur sa table pour ne laisser qu'une bien triste lumière blanche éclairer une bonne partie du concert, avant que Cibelle le prie gentiment de varier ses effets. La chanteuse lance des boucles vocales dans un de ses micros et se sert de ce tapis pour poser sa voix sur des chansons vaporeuses qui se disloquent aussi soudainement qu'elles sont apparues, renforçant l'atmosphère rêveuse déjà présente sur les disques. Les musiciens ne semblent pas être tout à fait à l'aise lorsqu'ils jouent sur les bandes pré programmées de Mike Lindsay. C'est quand l'électronique passe à l'arrière plan que la magie opère. La musique se simplifie alors dans des structures plus pop qui permettent à la magnifique voix de Cibelle de s'imposer, moments malheureusement un peu trop rares dans ce concert en demi-teintes…

Après un rappel expédié en vitesse, Cibelle laisse la place au groupe du percussionniste cubain Miguel 'Anga' Diaz. L'homme possède un solide cv : Irakere, Afro Cuban All Stars, et d'innombrables collaborations. Il vient défendre son album « Echu Mingua », paru en 2005 chez World Circuit. Une œuvre hybride où l'homme touche au funk et le marie aux éléments latins. Plus chaleureux et visiblement contents d'être là, les musiciens livrent une première partie de concert irréprochable. Dee Nasty, dj symbole du hip-hop français, est aux platines et balance des scratches inspirés tout au long du concert. Il en va de même pour les autres musiciens (chant, contrebasse, trompette, instruments traditionnels africains et congas joués par Baba Sissoko) qui se lanceront pendant une heure dans des joutes musicales jamais gratuites et pratiqueront du latin jazz de  tout premier ordre. Seulement voilà les personnes présentes sont quand même là pour danser et le groupe finira par se sacrifier à jouer des titres un peu plus accessibles ; loin d'être indignes, mais quand même beaucoup plus convenus.

 

 

The Lunar Tiki's

Surf sur vague garage...

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Moins de monde que prévu pour cette belle affiche programmée par ' Rock it Mourcourt', une organisation particulièrement dynamique issue de la région de Tournai. Fondée début 2004, sa programmation privilégie la mouvance punk rock garage 60's/70's. Et la configuration du Centre culturel de Mourcourt se prête très bien à ce type d'évènement. Par contre, pas mal de spectateurs (dont plusieurs médias) découvraient pour la première fois cette petite salle. Et il ne fait aucun doute, qu'ils auront apprécié la convivialité de cet espace perdu au beau milieu de la campagne tournaisienne.

Les Lunar Tiki's, vous n'en avez probablement jamais entendu parler. Et pourtant, hormis la chanteuse, ce quintet est composé de vétérans de la scène rock. On y retrouve ainsi le claviériste Simon Rigot (ex- Bernthøler), le bassiste Philippe 'Flupke' De Clercq (il a milité chez les Moonshades et The Nervous Shakes), le guitariste Roland Bettenville (fan de surf music, cet ingénieur en électronique s'est illustré au sein de diverses formations locales au cours des nineties) ainsi que le drummer Michel Zylbersztajn. Alias Michel Z, il a enregistré un album sous le patronyme NOH MASK, sévi chez les Streets et surtout les Names. Pour ceux qui s'en souviennent encore, The Names s'était produit en première partie de A Certain Ratio, à Manchester en 1980, avait commis un single remarquable l'année suivante (« Calcutta ») et un excellent album en 1982 (« Swimming »), sur le label 'les Disques du Crépuscule' et sous la houlette de Martin Hannett. La chanteuse n'a que 18 ans. Mais sa voix est puissante, claire, sensuelle et bien timbrée. Et quoique de petite taille elle possède une véritable présence sur les planches. Musicalement, les Lunar Tiki's pratiquent un rock/garage/psyché/surf assez efficace. Surtout lorsqu'ils interprètent leurs compos personnelles. Une solution sonore délicieusement rognée par l'orgue Hammond. Un regret : le choix de deux reprises : « L'aventurier » d'Indochine et « Tainted love » de Soft Cell, enfin immortalisée par Soft Cell. Pas assez revues et corrigées suivant le code garage. Donc pas assez originales. Mais dans l'ensemble, cette entrée en matière s'est révélée plutôt réussie…

Fort d'un premier album épatant (« Hellelujah »), dont les ventes ne décollent toujours pas (un phénomène invraisemblable !), The Experimental Tropic Blues Band est donc reparti en tournée. Après leur set, le trio devait filer sur Mons pour clôturer un mini festival. Ce qui explique pourquoi, en début de prestation, on avait l'impression qu'il en gardait sous la pédale. Par rapport aux concerts auxquels j'ai pu assister du combo, Dirty Woolf semble plus effacé. C'est Boogie Snake qui se charge davantage des vocaux. Il s'agite, se secoue la longue chevelure blonde et dirige les débats. Il se laisse même porter par le public. Bien équilibré, le tracklist alterne compos bluesy et titres plus trash. L'électricité fait rage. A un tel point que Dirty Wolf, commence enfin à se réveiller et empoigne le fil alimentant  les loupiotes pendues au dessus de la scène. L'effet est immédiat : une panne de courant. Mais le groupe en a vu d'autres et Boogie Snake se lance dans un show improvisé au milieu du public, le temps de remettre le jus. Faut croire que cet incident a eu le don de survolter Wolf, puisqu'il s'est enfin lâché, se laissant, à son tour, porter par le public, et se déchaînant à son tour sur scène. L'intensité est alors maximale ; mais le groupe doit encore prester 50 km plus loin. Et en un éclair, remballe le matos, remercie vivement le public et prend la clef des champs. Dommage, car on a eu l'impression de n'avoir eu droit qu'à un échauffement. Question quand même : pourquoi une guitare rectangulaire (elle me rappelle celle de Bo Diddley) est demeurée dans son rack ?

C 'est dans leur combinaison intergalactique que Two Star Hotel avait décidé de se produire. Sous cet accoutrement, la formation de Al et Ben Plastic n'a jamais été aussi proche de Devo. Même dans l'attitude. Robotique, mécanique, hypnotique, son funk blanc me rappelle même parfois Gang Of Four, mais sans les breaks. C'est sans doute ce qu'ils appellent du plastic-avant-rock. Fatalement, mis sur orbite par une musique semblable, on a envie de danser. Un excellent chanteur, une énergie sidérale, un jeu de scène bien en place, il ne manque plus à Two Star Hotel que de baliser ses compos de ruptures pour s'extraire d'une certaine linéarité mélodique et peut-être le concours d'un clavier pour donner davantage d'amplitude à leur odyssée sonore. C'est un avis que partageaient bon nombre de spectateurs lors de ce rendez-vous cosmique. Et sans doute une condition pour que T.S.H. s'extirpe de la zone nébuleuse de l'underground (encore que vu les costumes on se serait cru catapulté dans un épisode de la 'Guerre des étoiles'). Faut-il encore qu'il le veuille…

Au cours de cette soirée, on a eu droit au show théâtral d'Interlude. Dans les chiottes, dans le public et même sur le podium. Quatre types habillés comme des agents secrets du KGB (devait faire chaud là-dessous) qui chantent –notamment– des comptines de Noël pendant que l'un d'entre eux gratte un ukulélé. Le spectacle est très humour second (voire troisième) degré et s'achève par le strip-tease d'un des membres tournant sur lui-même, la tête surmontée d'une bougie et exhibant des boules (de Noël, bien sûr) accrochées à la taille. Apparemment, le sexe féminin a beaucoup apprécié l'effeuillage…

 

 

Nona Mez

Trop de précaution nuit...

'A chilly night' au Nijdrop d'Opwijk, une maison des jeunes s'improvisant presque toutes les semaines salle de concert. Au programme de cette soirée à l'ambiance résolument feutrée : Nona Mez, alias Geert Maris, de Leuven, et Windsor For The Derby, combo américain à géométrie variable, lointain cousin de This Heat, PIL et Tortoise.

 
 

Nona Mez et son « Songs of Leaving » nous avait scotchés fin de l'année dernière, avec une recette pourtant maintes fois ressassée : une guitare acoustique, un clavier et une voix vaporeuse, susurrant de mornes complaintes sur l'amour et ses dérives. De dérives, il en était fortement question ce soir, à cause d'une maladresse qui fit perdre la patience de notre jeune ami, puis, rapidement, la nôtre. Une guitare qui tombe, et voilà que le tatillon Maris s'énerve et bâcle ses compos, pourtant fort belles… Et la méticulosité, en concert, ça saoule : à force de vouloir réaccorder sa guitare pendant une plombe à chaque fin de morceau (pire : pendant), Nona Mez nous aura fait oublier l'essentiel : que son disque est fort joli. Comme quoi, le live n'est pas une cure pour les timides et les maniaques.

 
 

Heureusement, Windsor for the Derby était là pour sauver la mise, avant que la soirée ne soit rebaptisée « A boring night » : leur post-pop entre L'Altra et The Sea & Cake au placard le temps d'une heure, c'est sous les traits soniques de chevaliers de l'Apocalypse noisy-punk-funk que l'on a pu apprécier, ravis, ces Américains au look impeccable. Une tornade de rythmes binaires hypnotiques, de riffs en boucles, de paroles ânonnées avec grâce : Windsor for the Derby nous aura cloués sur place. Comme l'acid rock à la Grateful Dead, le minimalisme à la Terry Riley et le punk incisif à la Wire, Windsor for the Derby nous aura embarqués dans une quatrième dimension que seuls les grands groupes arrivent à traverser, sans se brûler les ailes. Une fois les dernières notes retentissant dans la salle, le choc avec la réalité fût rude : la marque des grands groupes, assurément.

 

Marble Sounds

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés…

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Curieux ! Marble Sounds est un groupe belge qui jouit d’une énorme popularité à travers le monde, notamment grâce à Facebook et Youtube : depuis l’Australie à la Chine, en passant par le Mexique, le Japon, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Mais en Belgique, il reste calé au stade d’espoir. Probablement encore le résultat d’un problème linguistique belgo-belge. Ce qui explique, sans doute, pourquoi, il se produit rarement en Belgique. Huit concerts sont cependant prévus au sein du Royaume, dont la release party du nouvel opus, « The Advice To Travel Light » (NDR : il vient de paraître ce 21 septembre), qui se déroule à la Rotonde du Botanique.

Le supporting act est assuré par Moonbeat, une formation fondée par le chanteur/guitariste Michaël Lamiroy, mieux connu pour son implication chez Tin Fingers et School Is Cool. Après avoir bossé pendant des années avec Thomas Jillings (saxophones, reeds, synthés, électronics), le line up s’est enrichi de quatre nouveaux musicos, dont Laurens Dierickx (Hammond, piano), Sep François (percussions), Gerben Brys (basse) et Alfredo Bravo (drums).

Ce soir, le combo est réduit à un trio. Soit Michaël, Laurens Dierickx et Thomas… Si le band reconnaît pour influences majeures Talk, Talk, Kate Bush, Sufjan Stevens et Loney Dear, enchaînés, les trois premiers morceaux évoquent davantage Yes, Alan Parson’s Project ou encore Genesis, avant que Steve Hackett et Peter Gabriel ne quittent le navire. Casquette en pied de poule retournée sur le crâne, Michaël se sert d’une semi-acoustique et chante d’une voix qui rappelle tantôt feu Mario Guccio (Machiavel) ou Gabriel Sesboue (Beautifull Badness), des morceaux le plus souvent atmosphériques, paisibles même, mais surtout empreints de délicatesse et de mélancolie. Cependant, lorsque l’instrumentation s’emballe, le spectre du Queen originel se met alors à planer.

Setlist : « Breeze », « Suller Rain », Shelter », « Walls (Absynth) », » Stone In The River », Sun Drops ».

La Rotonde est presque pleine lorsque Marble Sounds débarque, soit Pieter Van Dessel (voix, gratte électrique ou acoustique) Gianni Marzo (guitare, chant et pedal steel), Frederik Bastiaensen (basse), Mattijs Vanderleen (drums) et Brecht Plasschaert (claviers). Ce soir, le line up est enrichi de trois musicos dont la violoniste Stefan Wellens, la vocaliste Renée Sys et le préposé aux cuivres, Niels Van Heertum (trompette, saxophone, bugle, …) Votre serviteur avait découvert ce groupe, lorsqu’il s’était produit, en première partie d’Hooverphonic, à l’Ancienne Belgique, en janvier 2011.

Baignant dans un light show de couleur bleue, « Fire In The Lake » ouvre le set, un morceau sucré, acidulé, transpercé par les interventions du violon, qui remue instamment les tripes, alors que la voix charismatique de Pieter, destinée à faire fondre les chœurs, semble hantée par Chris Martin (Coldplay). Déjà la magie opère ! D’autant plus que la dernière partie de la compo s’évade dans le post rock. Lorsque Gianni opte pour la pedal steel et que les cuivres deviennent classieux, on ne peut s’empêcher de penser à Beirut. Pieter salue le public en français et en néerlandais. Il dédie le très beau « Speeches » à sa fille. Il nous signale également que la Rotonde lui a permis de rencontrer son épouse. Moment d’émotion. Caractérisé par sa mélodie soignée, beatlenesque même, « In Time » met en exergue les superbes échanges entre les voix de Pieter et Renée. « 39 » constitue manifestement le sommet du show. Les cordes sont délicatement talonnées par les ivoires. Le glockenspiel de Mattijs accentue cette impression de pureté sonore à coloration orientale… Des ivoires vaporeux baignent alors « Leave A Light On », un titre caressé par le souffle du bugle.

Lors du rappel, Pieter revient seul pour chanter « Keep Repeating », en s’accompagnant à la semi-acoustique. Et le concert s’achève définitivement par « One Last Regret », un dernier regret que traduit cette absence incompréhensible de notoriété dont est victime Marble Sounds, en Belgique…  

Setlist : « Fire In The Lake », « The Advice To Travel Light », « In Time », « Speeches », « The Summer Of The Sun », « Smoking Was A Day Job », « The Little Lows », « My Friend », « 39 », Anyhow (Even Now) », « Leave A Light On »

Rappel : « Keep Repeating », « One Last Regret ».

(Organisation : Botanique)