Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

logo_musiczine

La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre et lumière pour un voyage qui durera un an. Une lente année pour dévoiler 6 chapitres de 2 chansons, 12 titres qui narrent l'histoire de Light. Le groupe invite les…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Hooverphonic
Suede 12-03-26
Concerts

Amadou & Mariam

Une transe purificatrice ?

Écrit par

Amadou et Mariam sont de retour à l’Ancienne Belgique. Alors, un tel concert, votre serviteur n’a certainement pas envie de le manquer. Le spectacle est sold out. Le début des hostilités est fixé à 20h30, et il n’y a pas de supporting act. Normal, puisque la prestation va durer deux bonnes heures. Et être particulièrement propice à la danse.

Le couple Amadou et Mariam, de leurs véritables noms Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia, sont des musiciens et chanteurs de nationalité malienne. Ils sont aveugles tous les deux. Amadou a perdu la vue à l'âge de seize ans, tandis que sa compagne l’est devenue à celui de cinq ans. Ils sont en tournée pour défendre leur dernier opus, « La confusion », paru 5 longues années après « Folila ». Peu d’artistes ou de formations pratiquant la ‘world music’ sont parvenus à autant transcender les genres et à bosser en compagnie de figures aussi marquantes de la scène internationale que Damon Albarn, Manu Chao, Nas et Damian Marley, Santigold, TV On the Radio ou encore Bertrand Cantat.

Les musicos débarquent sur les planches au compte-gouttes. Le drummer et le percussionniste se plantent sur une même estrade surélevée, du côté gauche. Ils saluent le public en frappant dans les mains. Le claviériste, s’installe sur un autre petit podium, à droite. Et après le bassiste, Amadou et Mariam font enfin leur apparition, en compagnie d’une choriste/danseuse. Et danser, elle ne va jamais s’en priver tout au du show, se lançant le plus souvent dans une forme de transe. En outre, son timbre de voix est à la fois puissant et grave.

Extrait du nouvel elpee, « Ta Promesse » ouvre le bal. La frappe du drummer est résolument rock. La ligne de basse soutient parfaitement l’imparable rythmique. On apporte une gratte à Amadou qui demande à la foule, s’il va bien. Pendant ce temps, Mariam chauffe déjà la fosse. Des spots rouges se focalisent sur les visages des artistes, qui sont –et ce n’est jamais une surprise– de bonne humeur. Il y a quelque chose de fort à voir deux personnes, atteintes de cécité être aussi heureux et complices sur les planches.

« C’est chaud » véhicule un message politique engagé. Les mots sont pourtant simples, puisqu’il s’agit d’une énumération des troubles subis par le monde contemporain, comme l’insécurité, la xénophobie, la haine et la crise économique, qui forcent les hommes à quitter le pays, laissant derrière eux, femmes et enfants. Non seulement, Amadou impose sa voix, mais il affiche un fameux toucher sur les cordes, parfois digne d’un Joe Bonamassa. « Filaou Bessame » campe un blues du désert ; plusieurs morceaux vont d’ailleurs nous y entraîner…

Pas de Mathieu Chedid pour « Masiteladi ». Les textes mêlent français et bambara. Et le résultat est fabuleux. Une chanson propice à la transe purificatrice et à l'éloignement des mauvaises ondes.

Issu du dernier elpee, le single « Bofou Safou » parle de jeunes garçons fougueux préférant aller danser plutôt que de travailler, une composition pimentée de sonorités électroniques, fait plutôt rare chez le duo malien.

« Africa » reflète la joie de vivre de ce couple magique et si chaleureux. Le titre maître de l’opus « La Confusion » pose un constat flagrant : ‘Les hommes et les femmes ont démissionné / Les enfants sont abandonnés dans les rues / Les mariés sont en train de divorcer, alors que jadis ils se mariaient tranquillement le dimanche’. Il soulève cette confusion ambiante qui ronge le Mali. Et « La Réalité », qui termine le show, communique un message de la même trempe.

Lors du rappel, le hit intemporel « Dimanche A Bamako » va faire chavirer le public. Même qu’à l’étage, plus personne n’est assis. Et le message de « La Paix » clôt ce magnifique set. Aujourd’hui, c’est également l’anniversaire d’Amadou, auquel la foule va lui réserver un vibrant ‘happy birthday’…

(Organisation : AB + UBU)

Noa Moon

Rien que des vaguelettes…

Écrit par

C’est la troisième fois que le Salon de Silly accueille Noa Moon, aka Manon De Carvalho Coomans. Elle est venue défendre son deuxième elpee, « Azurite », paru en avril dernier. Cette date est la dernière de sa tournée programmée pour 2017.

Le supporting act est assuré par Ebbène, un duo masculin liégeois réunissant le multi-instrumentiste Jérôme Magnée (NDR : de grande taille, il est parfaitement reconnaissable), également impliqué chez Dan San et Yew, mais encore drummer au sein du backing group de Gaëtan Streel, et le tout aussi connu Ben Baillieux-Beynon, le fondateur de feu The Tellers. Les deux musicos se consacrent aux claviers, à la guitare et au chant. Interprétées dans la langue de Voltaire, les compos séduisent manifestement le public féminin. Faut dire que les deux artistes ne manquent pas de charme. Au cours des 30’ de set, le tandem va notamment interpréter « Tu devrais », suivi de « Tout Oublier ». Sans doute les soucis de la semaine écoulée... Les grattes semi-acoustiques illuminent « Barcelone », un morceau imprimé sur un beat subrepticement électro, mais dont la voix évoque Jean-Louis Aubert, surtout lorsqu’elle devient plus atmosphérique. Atmosphérique comme les chœurs qui enrobent « Un », une compo plus paisible. Quiétude qui baigne également « Ne Penser A Rien », un titre à nouveau subtilement teinté de beats électro. Et lorsque les voix se superposent en couches, on pense alors inévitablement à Dan San. Bien équilibré, le concert va cependant proposer autant de compositions empreintes de sérénité que nerveuses. Un Ep est en préparation…

Sur les planches, Noa Moon est épaulée par la bassiste Aurélie Muller, le drummer Fabio Zamagni ainsi que la préposée aux claviers et aux synthés Laetitia Collet. Elle chante en s’accompagnant à la guitare. Elle remercie d’abord le public de l’avoir suivie sur son second opus. Et confesse s’être remise beaucoup remise en question.

La première partie du set va s’avérer plutôt tranquille. A l’instar du titre qui ouvre le show, « Kaleidoscope », un morceau qui invite des beats électro, en milieu de parcours. Une des filles se consacre parfois à la basse, et l’autre aux percus. Les voix se superposent en couches, tout au long du tempétueux « Ocean ». Le sable est chaud, mais l’eau est toujours froide. Balisé par les vocaux et dynamisé par cordes de plus en plus graves et agressives, « Let It Shine » incite les spectateurs à remuer le popotin. Après ce premier rayon de soleil, on s’attarde en Baie de Somme pour contempler « The Sea ». La plage n’est pas loin. On entend le bruit des vagues.

Le « Paradise » aurait-il élu domicile à Kingston ? La version proposée est davantage langoureuse. Blues, « Nightwalk » nous entraîne au cœur du Bayou. Plus nerveux, le plus notoire « Run » emballe enfin la fosse. Electro/pop, « A Live » concède de nettes références africaines.

D’une duré d’à peine 50’, ce concert s’achève par le très serein « Just A Song », un morceau traversé par une intervention à la clarinette. Sur sa faim, le public réclame un rappel. Qui lui sera accordé, le combo lui réservant un « My City » ‘unplugged’. Moment choisi par Manon, sèche à la main, et sa troupe pour descendre dans la fosse. Une fin de parcours à la fois cosy et intimiste pour un concert au cours duquel l’auditoire aurait aimé qu’il fasse davantage de vagues, et pas seulement des vaguelettes…

(Organisation : Silly Concerts ASBL + Le Salon)

Brain Damage meets Harrison Stafford

Liberation Time

Écrit par

S’adresser à tous, tout en adressant un clin d’œil à chacun : c’est le credo d’un projet fou mais tellement vrai réunissant deux artistes, dont la sincérité et le brio ravissent nos oreilles par leurs nombreuses productions sur les scènes Reggae et Dub.

A peine arrivé dans la chaleureuse salle de l’Atelier 210, réputée pour son ambiance familiale et empreinte d’humanité, nous entendons déjà les grosses basses balancées par les belges du Roots Corner. Ils assurent le warm up de cette grand-messe destinée aux amateurs du style. Installé à la régie derrière leur platine vinyle et leur préampli –repiqué sur la sono de la salle– le crew belge propose une musique qui oscille entre reggae rockers, UK-dub, roots-reggae ou encore dub-stepper. Et pour le plaisir de l’assemblée.

Sans transition, Martin Nathan –plus connu sous le pseudo Brain Damage– débarque sur les planches et prend le contrôle du système sonore, armé de sa table numérique qu’il maîtrise à merveille. Cette dernière est d’ailleurs reliée à un DAW recelant l’instrumentation et les mélodies composées et arrangées dans son studio, à Saint-Étienne. Les petits sons mystérieux surgissent de tous côtés et dans une scénographie épurée et intimiste. Il distille un dub intelligent et subtil en guise d’introduction. Nous reconnaissons d’emblée la patte du dubmaker qui joue entre silence et nappes sonores. Le contrôle de chaque élément permet d’accrocher de suite le public pour ce voyage sonore inédit.

Ce soir, le duo défend son nouvel album « Liberation Time », dont la sortie est prévue pour ce 20 octobre 2017, chez Jarring Effects. Chaque morceau a été composé, produit et arrangé par Brain Damage. Ensuite, Harrison Stafford s’est réapproprié les morceaux, en Californie, afin d’y poser sa voix douce et si particulière, reconnaissable à travers mille. Une rencontre entre l’univers du Dub et celui très large et varié du Reggae façon Groundation. Il est déjà sur le podium entonnant le sublime « Liberation Time » pour séduire le public déjà conquis. Un morceau stepper dansant et énergique embraie. De quoi (re)découvrir l’ampleur du talent de Brain Damage. Côté jardin, Harrison Stafford accompagne et ponctue les morceaux par quelques percussions et accessoires qui sont mixés et dubbés en direct par son compagnon installé côté cour. Pas de temps à perdre, « Rebel Music » fait la part belle au caractère militant de la musique rastafari qui sera également mise en exergue grâce à un transcendant « Singing Soldiers ». Cette œuvre rend hommage à tous les chanteurs qui ont milité ou militent encore pour plus de paix, de justice sociale et de solidarité dans ce monde. Harrison Stafford est comme habité par un danseur fou ; et Martin, de son côté, se balance tel un métronome infernal tout en assurant le mix en ‘live’. Quelle performance ! La foule danse et remue suivant le tempo de la grosse caisse syncopée par la partie de clavier bien connue du Reggae/Dub, toujours en contretemps. Tout au long de « Baby », la voix du leader charismatique de Groundation se balade littéralement. Ce moment plus romantique passé, les deux comparses balancent leur fameux « Raw Talking Rebel », suppléé d’une seconde partie exclusive complètement explosive, tellement explosive qu’elle ira jusqu’à générer un petit couac technique en toute fin de parcours. L’enchaînement ne se fait pas attendre dès « Pick up Yourself ». Cette collaboration vient rallumer la flamme créatrice qui hante les deux gaillards et le résultat est époustouflant. L’ambiance atteint son apogée sur « Stand by me », morceau représentant à merveille le sens qu’insufflent les artistes à cette prestation. Un track sans concession dans lequel se mêle la voix aérienne et mystique d’Harrison Stafford et le Dub agressif mais poétique de Brain Damage qui finira cette première session seul sur l’estrade pour dispenser un dernier dub aux accents électroniques toujours bidouillé à une vitesse incroyable.

La soirée aurait pu se terminer à ce moment là, mais le duo a plus d’un tour dans son sac. Harrison revient seul sur le podium pour une session acoustique guitare/voix, chargée d’émotion. Il reprend deux grands morceaux de Groundation dont « Waterfall » et… l’homme aux machines le rejoint pour attaquer l’audacieux et très original « Everyone a Christ ». Des sourires sur toutes les lèvres traduisent un réel partage entre musicos et spectateurs. Il est clair que dans ces moments, l’artiste se retrouve totalement porté par l’énergie qui règne dans la salle. Cette épatante prestation se termine par Brain Damage qui retourne la salle à l’aide d’une création endiablée dans laquelle il joue parfaitement sur la longueur d’ouverture et de clôture des effets. Pour conclure, « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas » disait Malraux. Au niveau musical, cette citation a trouvé sa concrétisation à travers l’œuvre commune de Brain Damage et Harrison Stafford.

A l’issue du show, votre serviteur a pu rencontrer les deux artistes quelques minutes, le temps de leur poser quelques questions… Le tandem incarne quelque chose de très fort, grâce à une présence scénique puissante qui génère une énergie dingue et fait parfois penser à quelque chose de spirituel. Mais estiment-ils qu’il existe un lien entre cette dimension spirituelle et l’acte de création (musicale ou autre) ? A cette question, Harrison Stafford (Groundation) & Martin Nathan (Brain Damage) partagent un même point de vue : « Oui, totalement ! Tout est spirituel et lorsque vous êtes dans une démarche créative, c’est toujours une forme de challenge, de défi que nous nous lançons. Nous croyons beaucoup à la nécessité d’être en phase avec nos créations. Que le message porté soit honnête et élevé… » Bien qu’évoluant chacun dans son univers, le duo embrasse une démarche artistique qui s’apparente à la quête de la pierre philosophale ou d’un nouveau diamant à découvrir. Une réflexion qui fait rire nos interlocuteurs : « Oui, nous cherchons tous le diamant. Quand vous venez nous voir en live et que vous nous soutenez en y mettant l’énergie, vous êtes aussi à la quête de cette pierre précieuse. Nous sommes tous connectés. D’ailleurs, c’est justement ces instants magiques que nous explorons sur scène en se permettant d’improviser, en se laissant porter librement… » Mais à contre-courant des standards du genre et en se permettant la liberté d’explorer différents registres musicaux, n’est-il pas parfois difficile de faire reconnaître son travail à sa juste valeur ? La réponse fuse : « Non car nous ne pourrions pas faire la musique que nous aimons sans respecter notre identité propre. Nous ne voulons pas scander ‘Smoke the weed’ ou d’autre slogans du genre pour recueillir du succès et attirer des foules devant notre scène. Ce qui nous intéresse, c’est justement de pouvoir se permettre d’innover dans des domaines diversifiés… »

 

 

Angus & Julia Stone

De quoi faire fondre les cœurs, comme neige au soleil…

Écrit par

Il y a déjà trois ans que votre serviteur n’avait plus assisté à un concert de la fratrie Stone. La dernière fois, c’était déjà à Lille, mais à l’Aéronef. Pour un spectacle à la fois électrique et lumineux. Ce mardi 17 octobre, Julia et Angus se produisent encore au sein de la métropole, mais au Zénith ! Une salle qui peut accueillir 7 000 personnes. Or, ce soir, elle ne recense qu’une bonne moitié de spectateurs. Pourtant, fort de son succès en progression constante, le duo est de plus en plus souvent programmé au sein de grands espaces. La semaine dernière, Forest National a fait salle comble. Allez comprendre…

Le supporting act va nous réserver une belle surprise. En l’occurrence le Londonien Isaac Gracie. Arborant une longue chevelure blonde, il affiche une belle gueule d’ange. De quoi faire frémir le public féminin. Il a enfilé un pantalon bariolé, digne de Johnny Clegg et un pull à damiers blanc et noir. Ce soir, il se sert d’une gratte tour à tour électrique ou acoustique, et est flanqué d’un drummer et d’un bassiste. Son doigté sur les cordes est impressionnant. Et que dire de sa voix ? Tout simplement bouleversante, divine même ! Un peu dans le registre de celle de Jeff Buckley. Bref, pas étonnant que juste après avoir publié son premier Ep, il ait signé sur le label britannique, EMI. Une chose est sûre, il a littéralement retourné le Zénith et surtout est parvenu à faire chavirer le cœur de ces dames… A suivre de très près !  

Angus et Julia Stone sont donc partis en tournée européenne, un périple baptisé ‘Snow European Tour 2017’, qui transite notamment par Bruxelles et Lille. Ils vont y défendre leur dernier opus, paru en septembre dernier. Un album particulier comme l’explique Angus : ‘C'était la première fois que nous avons commencé à écrire ensemble, dans la même pièce’. Ils ont passé 8 semaines dans le même studio, coupés du monde pour concocter ce « Snow », dont ils vont présenter de larges extraits…

Vêtue d’une minirobe de couleur noire et chaussée de souliers à hauts talons pailletés, Julia se plante à droite. Barbu, casquette en pied de poule de teinte brune vissée sur la tête, Angus a choisi le côté gauche. Le duo est soutenu par un drummer, monté sur une estrade assez haute, un claviériste, un bassiste et un gratteur qui se consacre aussi bien à la guitare qu’au banjo. Ces deux derniers sont coiffés de Stetson. En fond de scène, trône un totem amérindien à l’effigie d’un renard, de 5 à 6 mètres de haut, placé devant un écran géant destiné à la projection des nombreuses vidéos. Elles vont donner tout leur sens au spectacle. Depuis les vagues à la lave en fusion, en passant par un cerf, une forêt de sapin où traîne un loup, des nuages, un ciel étoilé ainsi que les grandes plaines poussiéreuses ; et la liste est loin d’être exhaustive. On y reviendra. Notamment en fin d’article…    

« Baudelaire » ouvre le set. Julia souffle dans sa trompette. Elle se consacre également au lead vocal, Angus exécutant les chœurs. Tournoyant, le light show finit par devenir aveuglant. Armé de sa sèche, Angus déclame à la manière d’un slam, « Make it Out Alive », Julia inversant alors les rôles. D’une durée de 8 bonnes minutes, « Cellar Door » s’ouvre par un long passage instrumental, au cours duquel le tandem se réserve les six cordes électriques, avant qu’Angus n’opte pour le dobro. De couleur bleue, le light show projette une image du totem au plafond. Impressionnant ! Parfois Julia chante en agitant les mains, à la manière du regretté Joe Cocker. Irrésistible, « Chateau » est balisé par les ivoires et se distingue par ses harmonies vocales en couches ou conjuguées. Les spots se focalisent, l’un après l’autre, sur les musicos. Julia tapote le bord de sa sèche et salue le public avant d’entamer un titre indolent, mais carrément americana, « Wherever You Are ». Les trois guitares entrent en action sur le rock et bien nerveux « Bloodhound ». Etonnant, « Private Lawns » adopte un profil reggae avant de virer au ska, un morceau que se réserve Julia au micro, alors que le second gratteur est passé au banjo. Et c’est elle qui le ponctue à la trompette. Le public siffle pour marquer sa satisfaction. Chanson d’amour, « Who Do You Thinck You Are » est d’abord tapissé par le Hammond et traversé par un filet de guitare. Puis Angus saisit d’abord un harmonica et plonge la chanson au sein d’une atmosphère dylanesque. Et alors, décide de siéger derrière les ivoires, en fin de parcours. Pendant tout ce temps, Julia invite la foule à frapper dans les mains…

Julia et Angus proposent une version acoustique, mais surtout bouleversante, du « Uptown Folks » de Dope Lemon, un titre ponctué par des interventions au piano et au banjo. Une lune immense apparaît sur l’écran. Elle rougit et développe des effets pyrotechniques. Puis Julia s’autorise un superbe solo de gratte. Angus étale tout son talent à la cigar box, sur « Nothing Elses ». Des faisceaux blancs se concentrent sur les deux stars. Julia apporte la conclusion à la trompette. Enfin, place au hit « Big Jet Plan ». A la demande d’Angus, les spectateurs allument leur smartphones, dans un bel ensemble. Magique !

Julia chante en français « For You ». Le texte aborde les sujets de la passion du vin et de la vertu. Le public est conquis et frappe des pieds sur le sol. Deux renards lumineux, colorés et décorés de plumes d’indiens apparaissent sur les écrans pour souligner le solo de gratte électrique accordé par Angus, sur « My House Your House ». La fosse reprend le refrain en chœur. Et il fallait s’en douter, de la neige envahit l’écran et la scène pendant « Snow ». Un titre mélancolique pimenté par l’intervention du banjo. Le duo présente ses musiciens… qui sont apparemment tous américains. Au bout d’une heure quarante, le concert s’achève par  la reprise du célèbre « Harvest Moon » de Neil Young.

Manifestement, la fratrie a vaincu sa timidité maladive. Et lorsque Julia sourit, le cœur de votre serviteur fond comme neige au soleil...

Voir aussi notre section photos ici

(Organisation : Verone Productions + Uni-T Production)

King Child

Néo-prog et dansant à la fois…

Écrit par

Pas plus d’une centaine de personnes pour assister à la release party du premier elpee de King Child, « Meredith », une formation drivée par le compositeur et multi-instrumentiste Jean Prat. Pour la circonstance, le combo franco-belge se produit au Théâtre Marni, et plus exactement au bar. Et c’est au sein de ce lieu insolite et particulièrement cosy et convivial que le combo est venu présenter cet album.

Lyonnais, Prat n’est pas un inconnu, puisque avant de se lancer dans ce nouveau projet, il a milité comme drummer au sein du backing group de Joe BeL, qu’il a quitté, il y a déjà deux ans. Chez King Child, il se consacre également au Therevox (NDR : un clavier/synthétiseur analogique) et au piano électrique. Bruxellois, Quentin Hoogaert se réserve le micro et la gratte semi-acoustique. Ce n’est pas la première fois que ces deux musicos partagent une même aventure, puisque ils avaient déjà collaboré à celle de Leopold Tears et, plus tard, de Redrocks, un combo neo prog lyonnais.

Le line up de King Child implique également le bassiste David Kostman (ex-Morpheus Secrets et Dario Mars and The Guillotines), le guitariste Philip Bolten (ex-We Stood Like Kings, il a également côtoyé Elia Fragione, Denis K et Magy Tyson) et le pianiste de jazz Camille Mouton (il milite chez le Honey Jungle Trio ou au sein de son propre quartet). Les trois musicos se consacrent également aux synthés.  

Après une petite intro, le band entame le set par le morceau maître du long playing, « Meredith ». Couvrant plusieurs octaves, la voix de ténor de Quentin évoque tour à tour Ozark Henry, Thom Yorke et surtout Matthew Bellamy. Et on est parti pour un périple d’une bonne heure au cœur d’un univers atmosphérique, presque prog rock, qu’illuminent claviers ou ivoires et que caressent des cordes de gratte vaporeuses…

Synthé/pop, « Bending Time » nous plonge plutôt dans les eighties, mais dans l’esprit de Crowded House, même si on y décèle des traces d’XTC. Dominé par les ivoires, « 23 Février » aborde le sujet des violences causées aux femmes. Entretenus par le therevox, « Grief » et « Butcher » sont manifestement contaminés par la prog des 70’s, et en particulier le « Mechanical Moonbeams » de Machiavel ainsi que le « Trespass » voire « Wind And Wuthering » de Genesis. Abordé dans l’esprit de Queen, malgré les quelques touches électro, « True Romance » auraient pu figurer au répertoire de Beautiful Badness, le vocal se révélant alors très proche de celui de Gabriel Sesboué… « Monsters » retrouve sa Muse. « Opal » est taillé pour la bande FM ou le dancefloor, selon…

Un premier inédit : « Maxiliary Disfunction ». Egalement dansant « Ghost Dance » entretient une forme de mystère, comme si la musique explorait les fjords nordiques à la recherche des elfes et des fées. Et changement radical de climat pour « Désert » que l’auditoire est invité à danser jusqu’à plus soif.  

En rappel le combo va de nouveau proposer « 23 Février », mais en format piano/voix et puis un autre inédit, « One Last Ride », une plage empreinte d’émotion…

(Organisation : Urban Invaders + Théâtre Marni)

 

Airbourne

De la bière et du rock n roll

Écrit par

Alors que l’été vient de rompre son bail, Airbourne débarque à point dans la ville estudiantine de Louvain (NDR : Leuven en nl !) afin de propager une ondée de chaleur australienne, gorgée d’un Hard Rock explosif. Démarré à Santiago à la fin du mois d’août, ce ‘Breakin Outta Hello Tour’ affichait pour le coup sold out dans le plat pays. Fidèles à leur réputation, les musiciens ont mis le feu aux planches et ont arrosé généreusement leur public autant de houblon que de bonne humeur…

Il est un peu plus de 20h lorsque la salle Het Depot ouvre ses portes. Peu à peu une file constituée de métalleux, dans l’attente d’un contrôle, se forme. La plupart sont vêtus de t-shirts de couleur noire et de vestes patchées. Une volée d’escaliers plus tard, une porte conduit vers le théâtre des opérations. Plusieurs rangées de sièges de teinte rouge entourent la fosse, permettant d’accéder au podium, de taille modeste. Le concert est décrété complet, mais force est de constater que bon nombre de spectatrices et spectateurs préfèrent encore s’hydrater en ce début de soirée. Les plus impatients se collent, cependant, contre la stage, prêts à se ramasser une dose de Thrash old-school.

Derrière le kit de batterie, disposé à l’avant-plan, le backdrop de Desecrator, en lettrage blanc déformé et géométrique, a été accroché à l’arrache. Ce type de logo ne laisse généralement que peu de place au doute : la fosse va essuyer du Thrash old-school. Les quatre musicos débarquent. Ils ont enfilé des vestes en jeans noir et sans manches sur leurs torses nus. Seul le vocaliste, Riley Strong, a opté pour un simple t-shirt, mais de la même couleur. Il a la boule à zéro. Enfin, pas tout à fait, puisqu’à l’arrière de son crâne, il laisse pendre une longue chevelure bouclée. Du plus bel effet ! Sourire aux lèvres, les artistes prennent plaisir à se produire en ‘live’ pour y balancer un Thrash lourd et rapide, réminiscent des débuts de Testament voire de Slayer (‘On leur a piqué ce riff-ci’, avoue même le chanteur) ou encore d’Anthrax. Plutôt timide, l’audience finira pourtant vite par se laisser emporter et hoche la tête, l’index et l’auriculaire pointés vers le podium. Même si en fin de set, Riley interrompt son morceau avant de déclarer : ‘Non, là ce n’est pas possible… c’est mon riff préféré qu’on est occupé de jouer ; je veux tous vous voir bouger de la tête !’ La formation nous réserve, en outre, une reprise musclée du « Born To Be Wild » de Steppenwolf. L’occasion de s’échauffer la voix pour la tête d’affiche du jour. Desecrator ne réinvente certes pas l’eau chaude, mais assure plutôt une continuité de la saveur du Thrash old-school des années ’80. Une généreuse première partie bien grasse, qui a duré ¾ d’heure. De quoi être parfaitement huilé pour le reste de la soirée.

Trente minutes plus tard, le temps nécessaire à la préparation du matos, la salle est à présent bien remplie (NDR : mais pas de trop pour un sold out : on respire, quel bonheur !) et la foule s’attend à se prendre une volée de décibels. La menaçante mâchoire animale entrouverte qui figure sur le backdrop du band est une reproduction qui figure sur la pochette de l’elpee « Black Dog Barking » ; et elle toise la fosse qui lui fait face. Les baffles crachent les mélodies épiques de la bande-son du ‘Terminator 2’. Une mise en condition efficace pour stimuler l’audience, avant que ne déboule le quatuor infernal sur « Ready to Rock ». Un morceau qui annonce la couleur pour le reste de la soirée, placée sous les auspices d’un Hard Rock survolté, largement influencé par AC/DC, leurs compatriotes australiens (NDR : pour l’anecdote, lorsqu’il avait été question de remplacer Brian Johnson, le chanteur d’AC/DC, celui d’Airbourne, Joel O'Keeffe, avait été pressenti). Torse nu, vêtu d’un vieux jeans noir troué aux genoux, chevelure bouclée en pagaille, O'Keeffe est survolté derrière son micro. Chaque parole lui vient du fin fond de l’estomac. Comme s’il était victime d’un mouvement compulsif, qu’on appelle tic, il hausse sans cesse les sourcils, laissant deux grands yeux électriser le public. Quand il ne se livre pas de sa voix rauque derrière le micro, il se démène comme un beau diable sur son manche, arpentant les deux extrémités de l’estrade.

Malgré la sortie, il y a quelques jours, de son cinquième opus, « Diamond Cuts : the B-Sides », Airbourne va essentiellement piocher au sein de ses quatre long playing précédents. Tout au long de « Too Much, Too Young, Too Fast » et « Rivalry » l’auditoire chante à l’unisson. Le show est carré. Chaque morceau ou presque se clôture telle une apothéose de fin de concert. L’audience, bien que remontée, reste néanmoins assez calme. Certains pratiquent le crowdsurfing, finissant tant bien que mal en bout de course dans cet interstice située entre le podium et le public. Malgré cette ambiance bon enfant une jeune fille, probablement coincée contre les barrières, est à deux doigts de tomber dans les pommes. Tout en chantant, Joel O'Keeffe adresse plusieurs signes au service de sécurité afin de la sortir de ce mauvais pas (‘I hope you’re fine, girl !’, destine-t-il à son attention, à la fin du morceau, dans un accent australien particulièrement prononcé).

Airbourne, c’est du Hard Rock sous amphétamines, mais c’est également un show à part entière. La configuration de la salle ne le permettra pas pour ce soir, mais le frontman a la fâcheuse réputation de grimper un peu partout afin de jouer de la gratte le plus haut possible. Il est également connu pour se balader au milieu de la foule, sur le dos d’un sherpa-roadie,  avant d’écraser, quelques minutes plus tard, une cannette de bière d’un demi-litre sur la tête, arrosant de houblon toute personne qui gravite dans un rayon de trois mètres autour de lui. Des ficelles qui certes, mettent de l’ambiance lors du concert, mais peuvent paraître récurrentes, pour toute personne qui a déjà assisté à un set du band kangourou. Autant les morceaux sont interprétés librement, autant les artifices qui grèvent le spectacle relèvent d’une mise en scène un peu trop prévisible. Comme ces bières disposées devant la batterie, qui ne sont pas destinées à abreuver les artistes au cours du show, mais bien pour être lancée sur les spectateurs, en fin de parcours. Le vocaliste en invite d’ailleurs à grimper sur les épaules de leurs congénères afin de rattraper les gobelets au vol. L’effet aurait sans doute été décuplé si cette connivence avait été spontanée et non pas préparée…

La plongée dans le noir avant que ne débarque sur les planches le batteur Ryan O'Keeffe –le frère de Joel– équipé d’une sirène d’alarme manuelle, sera de courte durée. Une forme de tocsin qui n’est pas sans rappeler celui qui déchirait le ciel durant la Seconde Guerre mondiale. Il tourne la manivelle le plus vite possible, largement encouragé par la fosse. Et s’y reprend à trois reprises avant l’intro de « Live it up », signe destiné aux musicos de reprendre la scène d’assaut pour attaquer le final attendu « Runnin’ Wild ». La foule acclame. Les musiciens donnent tout ce qu’ils ont dans le ventre jusqu’au dernier moment. Le concert s’achève au cœur d’un imbroglio de riffs, de blast et de larsens. Un feu d’artifice avant l’extinction des feux. Les derniers onglets sont jetés en pâture et les Australiens rejoignent aussitôt les coulisses, laissant un peu abruptement un auditoire à bout de souffle. Un tout petit plus qu’une heure de show : la barre du minimum syndical est certes dépassée, mais quelques morceaux de plus auraient également été appréciés. Quoi qu’il en soit, Airbourne a livré, en cette soirée, une belle leçon de Rock’n’Roll. À celles et ceux qui regardent sans cesse dans le rétroviseur, sachez que l’avenir a assurément encore de belles années devant lui.

Setlist : Ready to Rock - I'm Going to Hell for This - Too Much, Too Young, Too Fast - Down on You – Rivalry - Girls in Black - Bottom of the Well - Breakin' Outta Hell - No Way but the Hard Way - Stand Up for Rock 'n' Roll // Encore: Live It Up - Runnin' Wild

(Organisation : Het Depot)

 

My Baby

Des Baby cools…

Écrit par

My Baby est une formation néerlandaise qui fait un tabac dans son pays. Enfin pas tout à fait, puisque le guitariste, Daniel ‘daFreez’ Johnston, est néo-zélandais. A son actif, trois albums, « My Baby Loves Voodoo’», gravé en 2013, « Shamanaid », en 2015 et « Prehistoric Rhythm », en 2017, ainsi qu’un Ep, « Remedy II », paru en 2015. Fondamentalement revivaliste, sa musique puise ses sources dans le mouvement power flower de la fin des sixties…

Le concert est sold out. Pas de supporting act. Le trio amstellodamois grimpe sur l’estrade vers 20h45. Barbu, le gratteur est coiffé d’un chapeau boule décoré de plumes. Le drummer, Joost van Dijk, se singularise par ses chaussettes de couleur noire. Cato van Dijk, la chanteuse/bassiste, a un look encore plus caractéristique. Pieds nus, elle enfilé un short, une veste longue et un top aux motifs fleuris. Elle a maquillé le contour de ses yeux de paillettes dorées. Et entre ses mirettes, elle a serti ce qui ressemble à un diamant. Enfin, elle porte des colliers à plumes amérindiens autour du cou.

Compo de psyché/blues, « Love dance » ouvre le set. Cato van Dijk se consacre alors au violon. Les interventions aux drums sont particulièrement sauvages, et incitent à la transe. Le gratteur traite son instrument en slide, dans l’esprit des 70’s. Tout au long de « Remedy II », la chanteuse invite la foule à danser. Et elle montre l’exemple, à travers ses déhanchements sensuels. Lorsque sa voix emprunte un timbre plus grave, on ne peut s’empêcher de penser à Janis Joplin. « Luminate » et « Moon Shower » naviguent quelque part en r&b et deep blues néo-orléanais. Titre incantatoire, presque vaudou, « Cosmic Radio » agrège funk, blues et hip hop. Une compo qui aurait pu figurer au répertoire de Skip and Die. « Sunflower Sutra » est un morceau qui touche au sublime. Delta blues, « Make A Hundred » nous plonge dans le Mississippi. Pendant « Uprising », Daniel pousse ses cordes jusqu’à la rupture, alors que le préposé aux fûts imprime un tempo tribal. Avant d’attaquer l’endiablé « Seeing Red », Cato laisse tomber la veste. « Ancient Tribe » est aussi sulfureux. Paradoxal, mais dansante, la musique de My Baby est très susceptible de se teinter circonstanciellement de dub… et parfois même de gospel…

En rappel, My Baby nous réserve « Mad Moutain Thyme », un morceau au cours duquel Daniel s’autorise un bain de foule, alors que Joost, qui a ôté son marcel, soutient sa sœur aux vocaux. Manifestement, le band est prêt pour se produire au sein des grandes salles et même des festivals… mais bon, Woodstock, c’était quand même en 1969… et les éditions qui se sont déroulées en 1994 et 1999 ne véhiculaient certainement plus le ‘hippie dream’…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Slowdive

Eternal sunshine of the shoegaze mind

Écrit par

Premier constat (NDR : et il saute aux yeux) : si vingt-deux années séparent l’album éponyme sorti au printemps dernier du précédent, Slowdive a remarquablement franchi le fossé générationnel. En effet, le public réunit jeunes et moins jeunes et s’agglutine devant le podium comme s’il était pressé de ne rater aucune miette du concert. Un engouement illustré par l’impressionnante liste de demandeurs d’un précieux sésame pour un événement décrété sold out en l’espace de quelques heures.

Issus de la scène Shoegaze (NDR : une étiquette musicale née de l’esprit moqueur d’un journaliste anglais qui décrivait, en ces termes, ces jeunes guitaristes qui, au seuil des années 90, se focalisaient essentiellement sur les multiples pédales de guitare alignées à leurs pieds), le groupe a donc réussi la gageure de survivre au statut de mythe d’un genre qui s’est toujours revendiqué mineur, même si foncièrement frondeur. Là où nombre de ses condisciples ont injustement sombré dans l’oubli, au prix parfois de retours avortés (NDR : notamment Lush), là où d’autres mentors ont clairement affiché leurs ambitions vénales sans vraiment se soucier de se renouveler, Slowdive affiche une santé éblouissante pour ses 28 printemps et surtout une richesse créative intacte.

Le show de ce soir va donc naviguer avec brio à travers le temps sans jamais donner l’impression de ressasser le passé. C’est le deuxième constat.

Mais avant d’aborder le compte-rendu de ce set, revenons un moment sur la première partie. En l’occurrence Blanck Mass.

Moitié de Fuck Buttons, Benjamin John Power est venu défendre « World Eater », son dernier opus solo, devant un parterre déjà copieusement garni.  

Si la prestation statique d’un artiste derrière ses consoles appartient aujourd’hui à la norme, il faut rappeler que si l’évolution des mœurs a vécu une lente révolution, elle n’en a pas pour autant fini de diviser une frange du public aujourd’hui réuni.

Le défi est donc de polariser l’attention sans user d’inutiles artifices. Rôdé à l’exercice, le protégé du label Sacred Bones va, durant 45 minutes, faire étalage de son talent en toute modestie. Sans esbroufe, juste accompagné de vidéos projetées en arrière-plan, l’Anglais tisse une toile captivante où les oreilles sont happées par diverses créatures sonores surgissant de partout et de nulle part.

Une prestation qui fait judicieusement le pont entre shoegaze et musique ambient, là où les barrières s’effondrent sur elles-mêmes en laissant l’esprit se libérer.

Et même si d’aucun estiment plus judicieux de placer ce type de performance en after party plutôt qu’en introduction, l’ami Benjamin n’en a cure et remplit son contrat haut la main.

Son set terminé, on s’attend aux mouvements de foule rituels en direction du bar. Et bien non. L’essentiel de l’auditoire préfère rester sur place. De quoi démontrer, une fois de plus, l’intérêt et la passion que génère aujourd’hui encore (et peut-être même plus qu’hier ?) le band emmené par Rachel Goswell et Neil Halstead.

Ceux-ci ne tardent d’ailleurs pas grimper sur l’estrade, sous une nuée d’applaudissements et de sifflets, en guise de bienvenue. Slowdive entame alors un périple en territoire conquis.

En toute logique, c’est par le premier titre du nouvel elpee que le rideau se lève. « Slomo » flotte donc sur une nappe de sons éthérés et de guitares délayées, sous l’impulsion d’une rythmique au souffle retenu. L’effet est immédiat et appuie le troisième constat : malgré les années, rien n’a changé. Sorte de lente progression dans la perfection, le son de Slowdive s’est forgé une identité propre et unique en son genre.

Revendiquant l’héritage de Brian Eno tout en se posant en digne successeur de la new wave, la formation est devenue précurseur d’un genre au sein duquel de nombreux disciples se sont engouffrés. Ses mystérieuses volutes soniques ont défriché de nouveaux horizons sonores, justifiant un statut de légende, qui n’a donc pas été conquis par hasard.

Et ce soir, elle va nous le démontrer.

Puisant au sein d’un répertoire de quatre long playings en presque trois décennies, le band enchaîne les titres comme autant de perles de pluie lors d’une averse d’été.

Une homogénéité illustrée par les deux extraits de « Pygmalion », sa troisième plaque gravée dans la douleur et se soldant par une séparation de près de dix ans (NDR : entre 95 et 2014, l’aventure a été mise entre parenthèses), LP subtil et clairement électro, tant dans sa composition, son instrumentation que dans son approche, qui ici, en version live, épouse parfaitement les courbes ascendantes des morceaux basés sur les guitares et les effets multiples.

Ainsi, titres d’hier et nouvelles compos s’épousent dans une harmonie intemporelle sans marquer le moindre temps mort.

Frissons et poils dressés garantis !

Réveillant les souvenirs des moins jeunes, fouettant le plaisir des nouveaux fans. Jusqu’à l’apogée, la magistrale reprise de Syd Barrett, « Golden Hair », qui clôture la première partie du concert. Les guitares, au souffle exaltant, se sont mises à balayer l’espace sonore. Et sous une voûte céleste pliant sous le poids de l’émotion, une averse de notes répercutées dans l’infini par des échos dorés, s’est abattue…

Le rappel va d’abord nous réserver un moment intimiste, à travers le magnifique « Dagger » (NDR : un extrait de l’album « Slouvaki ») avant de s’achever par « 40 days », sous un déluge de hourras et de mains dressées vers les cieux.

Un set maîtrisé de main de maître mais qui ne laisse somme toute aucune place à l’impro, redite de soir en soir, ce qui constitue peut-être le seul bémol du spectacle.

Mais il serait sot de faire la fine bouche quand le menu s’est montré si succulent.

Pour les photos, c’est ici

Setlist :

Slomo
Catch the Breeze

Crazy for You
Star Roving
Slowdive
Souvlaki Space Station
Avalyn
Don't Know Why
Blue Skied an' Clear
When the Sun Hits
Alison
Sugar for the Pill
Golden Hair

No Longer Making Time
Dagger
40 Days

(Organisation : Botanique)

 

J. Bernardt

Une fin de set carrément électro…

Écrit par

Balthazar s’est accordé une année sabbatique. Mais cette pause carrière suscite des envies d’émancipation. Les 5 membres du band ne se privent donc pas de cette opportunité. Maarten Devoldere est le premier à avoir monté son projet. Baptisé Warhaus, il est déjà responsable d’un premier elpee. Le deuxième larron, Simon Casier –c’est le bassiste– a également publié un premier elpee ; et il s’intitule « The Afterglow ». Et enfin, Jinte B. Deprez est le troisième à se lancer dans une aventure personnelle. Il a choisi pour pseudo J. Bernardt et a également gravé un premier long playing, « Running days », qu’il va proposer ce soir, dans son intégralité.

Glints assure le supporting act. Il s’agit d’un projet imaginé par le chanteur Jan Maarschalk Lemmens ainsi que les producteurs Jergan Callebaut et Mathias Bervoets. Le deuxième se charge de tout ce qui touche à l’électronique, le troisième se consacre à la guitare. Sur les planches, la formation se produit sous la forme d’un quatuor : un bassiste, un drummer, un guitariste et un vocaliste. Mais vu le matos nécessité par la tête d’affiche, les musicos n’ont guère d’espace pour s’exprimer.

La musique de Glints mêle pop, électro et hip hop. C’est d’ailleurs lors des compos de ce dernier style que le flow du chanteur –qui a enfilé un pantalon de couleur rose flashy– s’emballe, un peu à la manière de Kayne West ou de Jay Z. ; à l’instar de l’excellent « Egotism », un extrait du nouvel Ep 6 titres, « Burgundy », paru en avril 2017. Dynamisé par les percus et les beats électro, auxquels se consacre le préposé aux fûts, « Catalysm /New Flow » est davantage funky. A cause des accords de gratte. Régulièrement, Jan ondule sur place. Sa voix est vocodée tout au long de « Dread », alors que la guitare opère en toute discrétion. Si la suite du set va se révéler davantage pop, c’est lors du percutant « Sirens », un morceau hip hop, que le groupe va se révéler le plus convaincant…  

La grande salle de l’Ancienne Belgique est maintenant pleine à craquer. Trois énormes rampes de quatre spots led sont disposées en losange sur une estrade, à l’avant-scène. Lorsqu’ils tournoient, ils balaient la fosse de lumières multicolores, en synchro avec les samples électroniques. Six stroboscopes sont installés derrière la batterie, dont le kit est monté sur une estrade, plantée au milieu de la scène. Un light show qui pourrait faire pâlir d’envie Orbital voire les White Lies.

Adriaan Van De Velde, aka Pomrad, se charge des synthés. Klaas De Somer (Pomrad, Tourist LeMC), des drums. Chez Balthazar, Jinte se consacre au violon et à la guitare. Au sein de son projet il se mue en multi-instrumentiste. Il se charge même des machines et des samples. Habitée, grave, sa voix passe plutôt bien la rampe. La musique de J. Bernhardt navigue à des années-lumière de celle de Balthazar ; et pour cause, elle est issue d’un cocktail complexe et intéressant entre gospel, hip-hop, r&b et électro. Même si l’électro s’impose le plus souvent. Les cuivres sont d’ailleurs également restitués par les machines. Les vocaux et les synthés sont bien en phase. Intense, le drumming est chargé de groove. Jint relègue très souvent son pied de micro en retrait. Il se débarrasse rapidement d’un long loden de couleur noire. Faut dire qu’il fait de plus en plus chaud. Dans l’enthousiasme, il laisse tomber sa gratte, que s’empresse de ramasser un roadie. Un roadie qui va d’ailleurs souvent récupérer tout ce que Deprez laisse choir sur les planches. Qu’il arpente de long en large. Il va également prendre un bain de foule et squatter une estrade disposée dans la fosse, juste devant la table de mixage.

Du set qui va s’étaler sur 70 minutes, rappel compris, on épinglera « One Fire », un morceau caractérisé par un vocal… chamanique. Une voix qu’il place régulièrement en couches, grâce à la technologie moderne. Puis le hit contagieux « Calm Down ». Sans quoi la deuxième partie du show va nous entraîner au cœur d’une ambiance carrément électro…

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

 

Machine Gun Kelly

Une Machine bien huilée…

Écrit par

Machine Gun Kelly ou MGK, alias Richard Colson Baker, est un rappeur et acteur américain issu de Cleveland, dans l'Ohio. Son patronyme a été emprunté au surnom du criminel George Kelly Barnes. Mais il se réfère également à la rapidité de son flow. Devenu notoire suite à ses quatre premières mixtapes, il truste les Awards dans la catégorie hip hop. Et pourtant considérée comme hip hop destiné aux laissés pour compte, sa musique est largement teintée de rock.

Le supporting act est assuré par UMI, aka Umi Defoort. Avant de devenir Dj, il bossait comme plongeur au sein des cuisines de l’Ancienne Belgique. Seul derrière sa table et ses machines, il présente ses morceaux, tour à tour en français ou en néerlandais. Mais il ne parvient pas à établir le contact avec l’auditoire. La fosse est d’ailleurs envahie par un énorme brouhaha causé par les bavardages. Seules quelques jeunes groupies semblent plus attentives à sa prestation. Au bout de 40 minutes, il est rappelé à l’ordre par l’organisation. Il interrompt alors son set et repart en coulisses, sans adresser le moindre signe à la foule... 

L’Ancienne Belgique est en mode Box. Les balcons sont donc condamnés par une tenture. Réduisant ainsi la capacité de la salle à 600 spectateurs. Qui sont assez jeunes et parmi lesquels on remarque la présence de nombreuses (pré)adolescentes.

Trois cages grillagées sont plantées sur autant d’estrades. Une pour le drummer installé à gauche (NDR : à gauche et à droite de son matos trônent deux grandes rampes de lumières en forme de ‘X’), une autre sertie de pierres reconstituées pour le chanteur, qui a revêtu une veste d’hiver, et une dernière destinée aux deux préposés aux claviers ou à la basse. Un noir et un blanc. Ce dernier se consacre également aux backing vocaux et aux machines. Et lorsque l’un ou l’autre passe à la quatre cordes, il rejoint alors le guitariste, sur une même ligne. Un micro imposant en métal, mais en forme de fleur de tournesol, est planté au milieu du jeu de quilles, et il semble tourné vers le plancher. Sans doute une référence au titre du nouvel LP…

En début de set, le flow de Richard est plutôt rapide. Une véritable kalachnikov ! Il descend de son piédestal pour rendre hommage à feu Cheter Bennington, à travers une reprise magistrale de « Numb », au cours de laquelle le drumming se révèle à la fois précis et métronomique. Richard transpire de plus en plus et décide d’ôter sa veste, puis son tee-shirt. Il laisse ainsi apparaître d’imposants tatouages sur le torse et le dos, un peu comme Lincoln Burows, mais le pantalon est retenu par des bretelles. Régulièrement, il se sert d’une gratte. Et c’est loin d’être un manchot dans l’exercice. Il commence à y avoir du mouvement dans l’auditoire. Surtout chez les jeunes filles. Lorsqu’elles se densifient, les compos virent parfois au rapcore. Richard a envie d’en griller une. Il adresse un signe au public et un type lui balance un pétard qu’il s’empresse d’allumer et de fumer. L’interdiction de fumer à l’AB… ne s’adresse pas aux musiciens. Le batteur est un phénomène à lui seul. Le gratteur remue énormément sur le podium et, à un certain moment du concert, se prend pour Jimi Hendrix, en jouant de son instrument, placé dans le dos. Et il n’a pas son pareil pour muscler les compos. Pas un seul temps mort lors de ce concert accordé par Machine Gun Kelly. Dix-huit morceaux en près de 90 minutes ! Au cours desquels, de nombreuses plages du dernier opus, « Bloom », seront interprétées, dont les deux tubes qui ont cartonné sur le net, « At My Best » et Bad Things, mais sans Hailee Steinfeld, ni Camila Cabello. Richard rappe divinement ou chante, suivant les titres, d’une voix très susceptible de prendre un véritable envol ou alors de coller à un slow crapuleux. Manifestement, le MGK est une machine bien huilée…

 (Organisation : Ancienne Belgique)

Page 38 sur 132