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Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce…

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Twin Temple, amants maudits ?

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution. L'annonce survient…

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Belle & Sebastian

Un groupe profondément attachant...

Depuis leur passage remarqué au Botanique, il y a environ quatre ans, les charmants Ecossais de Belle and Sebastian n'étaient plus jamais revenus fouler les scènes de notre plat pays. Selon Stuart Murdoch, le chanteur à la voix d'ange mais aux idées noires, ce concert-là n'était pas à retenir dans les annales du rock… " Nous essayerons de mieux jouer cette fois-ci ", lance-t-il goguenard aux fans venus nombreux en cette fin de journée printanière pour déguster ses chères ritournelles folk-pop. Mais quoi qu'il dise, on ne le croit pas : ce concert, il y a quatre ans, était fiévreux et onctueux, et l'on croise les doigts pour qu'encore une fois, lui et ses amis nous emmènent dans leur petit monde chéri, où les délicats Simon and Garfunkel (pour les mélodies) jouent à la marelle avec Stephen Jones (pour l'ironie) et Leonard Cohen (pour la poésie). Venus spécialement pour promouvoir leur nouvel album (bientôt dans les bacs) et la BO de " Storytelling " (qu'ils ont composée), les douze (ou treize ?) membres du groupe ont tout l'air d'un groupuscule néo-hippie, les chemises à fleur en moins : en parfaite symbiose pendant tout le concert, ils n'auront de cesse d'échanger leurs instruments, comme on se passe un joint. L'atmosphère est d'ailleurs des plus bucoliques, et les mélodies chantées à bout de voix par Stuart et sa jolie copine semblent parfaites pour les veillées autour du feu… Mais attention : derrière ses complaintes baba susurrées d'une voix presque enfantine et ces minois charmants se cachent des petits malins qui jouent avec nos nerfs, plus proches de songwriters comme Randy Newman que de la Kelly Family. Car en se penchant sur les paroles de leurs chansons soi-disant guillerettes, l'auditeur attentif trouvera des thèmes souvent pessimistes, voire glauques. Belle and Sebastian n'est donc pas un groupe pour midinettes, mais plutôt le moyen idéal de refouler ses pulsions négatives dans une musique apparemment inoffensive : en d'autres termes, celui qui dit encore une fois que c'est de la musique de tapette a mon poing dans sa figure.

A part ça, le concert privilégia dans sa première partie de nouvelles compositions, dont une très flamenco. Puis les tubes s'enchaînèrent, de " Dog On Wheels " à " Sleep The Clock Around " en passant par " The Fox In The Snow ". En une heure et demie, Belle and Sebastian a prouvé, encore une fois, qu'il était un grand groupe, peut-être pas assez aventurier (c'est finalement toujours à peu près la même recette) mais profondément attachant.

 

Sean Lennon

Sean d'antan et Sean d'aujourd'hui

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Le ticket punaisé depuis des semaines sur le mur tapissé de liège semblait me narguer. Il était le sésame qui offrirait, selon mes espoirs, une soirée inoubliable. Et ce sera le cas ; ce carré de papier présageant bien au-delà de mes espérances, un moment privilégié vécu à l'Orangerie du Botanique. Un moment qui se rapprochait à grand pas, lorsque le premier mars à 19h30, je réalisais qu'il ne me restait que 30 minutes pour traverser la ville et atteindre la 'grotte', lieu où l'intimité moite ravirait mes sens. Le casse-tête pour trouver une place de parking achevé, une bière consommée et un cachet énorme estampillé  sur la main, me voilà armé, prêt à savourer ce moment tant attendu.

Le supporting act nous est venu d'Italie : les Joujoux d'Antan. Et manifestement, son patronyme n'indique pas son origine. En 45 minutes, le quintet a enchaîné mélodies douces et déstructurées comme supports à la voix bucolique du chanteur. On sent que les membres du groupe prennent plaisir à jouer sur les planches. Et il est toujours très agréable de commencer une soirée sur ce genre de note. Même si le style plus rock de cette première partie n'est pas dans le registre de l'homme de la soirée, on imagine qu'eux aussi vivent au sein d'un monde à part, très riche et généreux. Parfois, ils me font penser à Blonde Redhead. Ils ont même l'audace et pour nous la joie, d'inviter Sean himself à les rejoindre, sur le podium, pour chanter une chanson en italien, la dernière de leur répertoire pour ce soir. L'artiste hirsute et barbu ne semble néanmoins pas trop à l'aise lors de cet exercice. Il salue le public en lui donnant rendez-vous quelques instants plus tard.

Démontage du matos pour le premier groupe, montage de celui du second : les roadies s'attèlent à transformer le terrain de jeu en plaine calme et apaisante. 21h10. Entrée en scène de l'autre quintet. A sa tête, le fils de l'autre, l'heureux créateur de « Friendly Fire », son dernier né. Sean Lenon se présente amicalement et humblement en s'exprimant dans un français parfait. Il porte une cravate et une veste bien taillée. C'est dans la liesse générale que la formation ouvre le « Spectacle »…, puis embraie par « Dead Meat », « Parachute », « Wait for Me »… Un petit mot dans la langue de Molière entre chaque chanson accentue la confidence échangée entre le combo et l'auditoire. A un tel point que des questions aussi idiotes que déplacées commencent à fuser du public : 'Sean, où as-tu appris le français ?' Questions auxquelles il répondra très sympathiquement : 'Je ne suis pas là pour une interview, je suis là pour la musique' ; mais en souriant du coin des lèvres, il finira par avouer une réponse toute en harmonie avec son album : 'C'est une femme qui m'a appris le français, ce sont toujours les femmes'. Notre joie s'intensifie encore lorsque nous devenons l'auditeur et le spectateur d'un morceau encore inconnu : « Smoke & Mirrors », mise en bouche, sans doute, d'un nouvel opus en préparation. Les musiciens prennent leur pied. Leur attitude bien sage perd en crédibilité. Les traits d'humour fleurissent. L'ambiance est plus que détendue. Le reste de l'album est interprété très posément et tout en finesse par la troupe. « Friendly Fire », « Headlights », « Would I Be The One ». Cette dernière sonne la pause et incite le public à réclamer un rappel. Il lui sera accordé… « Tomorrow » étanche cette soif d''encore' et crée un climat de plus en plus 'cosy'. Le concert s'achève cependant par le retour sur scène des Joujoux d'Antan. Histoire de leur rendre la politesse. Cette invitation débouche sur un grand bazar bien sympa, à 10 sur scène. 'Le groupe s'appelle Sean d'Antan' plaisante l'hôte, et rigole à l'avance du résultat.

Cette fin symbolise bien le climat entretenu tout au long du spectacle : qualité, humour, ouverture d'esprit et générosité. 22h35, les lumières sont rallumées, on se presse vers la sortie et le bar. On est même surpris de croiser le guitariste perdu dans les couloirs, signant des autographes. Vraiment une agréable soirée qui restera longtemps dans les mémoires. Celle où j'ai fait la rencontre d'un homme propriétaire d'un lourd héritage familial, mais qui n'influence en rien sa véritable qualité artistique. 

Candlemass

Sur les traces de Black Sabbath ?

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Accolé à la salle Hof Ter TO, que les fans de métal fréquentent régulièrement, le club Trix est un endroit cossu et moderne, d’une capacité de 472 personnes très exactement. Les lustres style dix-huitième contrastent avec les abats jours sixties suspendus à des grilles métalliques. Des fauteuils en cuir rouge invitent à se prélasser devant de larges baies vitrées avec vue sur la spacieuse terrasse. L’endroit a des allures de discothèque branchouillée, et les metal heads qui débarquent dans cet espace un peu insolite pour un tel événement se ruent sur le comptoir interminable du bar de la salle. L’organisation Heartbreaktunes, spécialisée dans le punk et le psychobilly, avait mis les petits plats dans les grands ce soir là, en invitant les maîtres incontestables du doom métal : Candlemass. Sulfureux combo suédois dont la dernière venue sur nos terres remonte à Mathusalem.

En ouverture, les Belges de Serpentcult débarquent sur la scène du Trix dans un fracas insupportable. Un larsen de plus de trois minutes en guise d’intro et un son d’une rare médiocrité nous invitent à nous replier vers le bar, même si la plastique de Michèle, chanteuse à la voix caverneuse, est loin de laisser indifférent Geoffrey Leonard, notre photographe pour l’occasion. Le sludge metal de Serpentcult fait souvent référence à Electric Wizard où à Blutch, mais juger de la qualité de leurs compos n’est pas chose aisée dans une telle cacophonie ! On a même aperçu un fan de Manowar prendre ses jambes à son cou, c’est dire…

Il est un peu plus de 22h, lorsque les premières notes de « Well of Souls » retentissent. Chacun pousse un ‘ouf’ de soulagement ! Le son est parfait. Robert Lowe (Solitude Aeternus) se défend plutôt bien derrière son micro. Succéder au charismatique et imposant Messiah Marcolin n’est pas une tâche à la portée de n’importe quel vocaliste. Mais le timbre de Low colle parfaitement au doom ténébreux de Candlemass. C’est un autre extrait du culte « Nightfall » qui s’enchaîne au morceau introductif. « At the Gallows end » et son riff dix tonnes provoque un headbanging général dans le club, tout comme le classique « Solitude », emprunté au non moins mythique « Epicus Doomicus Metallicus ». Après 20 minutes d’un show intense et sans bavure, le groupe se décide enfin à offrir à son public deux extraits du nouvel et excellent album « King of The Grey Islands ». Une plaque équilibrée, profondément plus enlevée que le classique « Epicus… », et moins foncièrement épique que « Nightfall ». « Emperor of the void » et l’immense « Devil Seed » font mouche ! Accrocheurs dans leurs chorus, progressifs par moment, riches en détails subtils, ces deux titres rendent grâce à Leif Edling, grand-prêtre de cette messe digne de Black Sabbath des grands jours. Le combo pousse même le mimétisme en plantant dans son décor scénique quatre croix lumineuses, à la manière de la bande à Iommi et consorts. Seul fragment issu de « Ancient Dreams », « Mirror Mirror » séduit par son atmosphère hypnotique. S’ensuivent deux morceaux de bravoure « Under the Oak » et « Sorcerers Pledge ». Des incontournables. Des titres taillés sur mesure pour la scène. « Samarithan », réclamé par la foule depuis le début du set, clôture la prestation des Suédois.

A l’issue du set, les avis sont partagés. Même si les musiciens sont toujours au sommet de leur art, certains déplorent l’absence de Messiah Marcolin. Il reste irremplaçable aux yeux des fans de la première heure. Mais ne tenait-on pas les mêmes propos lorsque RJ Dio a remplacé le Sieur Ozzy Osbourne au sein du Sab ? Ce bouleversement n’a pas empêché les géniteurs du doom métal d’accoucher d’un « Heaven and Hell » référentiel ! 

Organisation Trix 

 

An Pierlé

De l'émotion, de l'énergie, du charme et de l'humour...

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La grande salle de la Maison de la Culture était presque pleine pour accueillir An Pierlé et son White Velvet. Pas vraiment un endroit adapté pour un concert de pop ou de rock, vu sa configuration en gradins et ses chaises (davantage destinée aux spectacles de théâtre, de cinéma ou de variétés et surtout de musique classique), mais finalement jugé très confortable par la majorité du public présent au cours de soirée, un public constitué pour la majorité de trentenaires, de quadragénaires et même de quinquas. En avril 2002, l’artiste s’était produite dans la petite salle devant un parterre réunissant essentiellement des jeunes. Depuis, elle a quand même commis un opus en compagnie d’un orchestre symphonique ("Live Jet set with Orchestra") et l’an dernier, « An Pierlé & White Velvet ». Il était donc fort intéressant de la revoir, sous un nouvel angle…

En première partie, Allan Muller s’est fendu d’un set d’une demi-heure. Muller n’est pas un néophyte, puisqu’en 1994, il militait chez Metal Molly, une formation belge responsable de trois albums. En 2003, il a également transité par Satellite City, un groupe dont les deux elpees sont passés inaperçus. Il a sorti, en mars dernier, un opus solo intitulé « Resting My Case ». Allan chante en s’accompagnant d’une gratte acoustique électrifiée. Il possède une belle voix dont les inflexions peuvent rappeler Mark Eitzel, mais en plus optimiste. Il entame son concert par la cover d’« Accident will happens » d’Elvis Costello, et embraie par plusieurs compos de son opus solo. C’est sympa, c’est frais, mais trente minutes suffisent amplement. A revoir dans un local de plus petite taille. Un club ou un bar, par exemple…

Cinq minutes plus tard, An Pielé et son White Velvet montent sur les planches sous les applaudissements. An est vêtue d’une robe noire signée Sonia Rykiel. Ample mais mi-courte. De couleur noire. Elle est d’ailleurs tout de noir vêtue, y compris les collants. Elle se dirige immédiatement vers son piano sis à gauche de la scène et s’assied sur son traditionnel ballon ergonomique transparent. Les musiciens sont disposés de manière assez curieuse. En escalier. De droite à gauche, Koen Gisen le guitariste et pilier du groupe (c’est également le compagnon d’An). Au même niveau, le drummer. Il a une très longue chevelure qui lui couvre la quasi-intégralité du dos. Face à lui : un minimum de toms et une cymbale. Dans ses mains deux baguettes. Il joue debout. Un peu plus haut, le bassiste ; épisodiquement, il redescend s’asseoir pour jouer du violoncelle. On monte encore d’un cran où se cache presque Tom Wolf, préposé au laptop, à la sèche et aux backing vocaux. Un des deux musiciens de tournée. Le second, Dominique Vantomme trônant à sa droite derrière ses claviers, lorsqu’il ne vient pas remplacer Pierlé aux ivoires –après avoir pris soin de remplacer le ballon par un tabouret– lorsqu’An se consacre exclusivement au micro. Et manifestement si elle arrache une dose phénoménale de sensibilité de son piano, Dominique est un surdoué.

La première chanson nous plonge dans une atmosphère jazzyfiante, languissante, proche même d’un Robert Wyatt, s’il n’y avait les chœurs très mâles en fin de parcours. Pour « Good year », les claviers se font vintage alors qu’An chante avec un peu de reverb dans la voix. Une voix superbe, ample, sensuelle, dont le timbre peut osciller de Kate Bush à Tori Amos en passant par Hope Sandoval et Tanya Donnelly (NDR : à moins que ce ne soit Kristin Hersh). Les compos oscillent entre morceaux empreints de quiétude, d’intimisme (lorsqu’elle s’assied sur le bord du podium), parfois même dramatiques (« It’s got to be me » surtout !) et titres plus pêchus. Tout en y manifestant tantôt de l’émotion, de l’énergie, du charme ou de l’humour. Beaucoup d’humour même, notamment lorsqu’elle propose comme remède à nos problèmes de sexualité ou de kilos superflus d’acheter son cd à l’issue du spectacle. Ou lors du rappel, lorsqu’à l’instar d’une Liza Minnelli, elle passe la main ou le pied derrière le rideau, avant de réapparaître hilare. Mais revenons-en au contenu du show. On épinglera ainsi un « How does it feel », au cours duquel claviers atmosphériques et riffs de guitares ‘reverb’ tissent une trame presque floydienne circa « Echoes ». Sans oublier ce morceau assez insolite partagé entre An et Peter. Ce dernier joue sur le dossier d’une chaise pendant qu’An chante en s’accompagnant aux ivoires. Elle taxera même ce passage de numéro de cirque. « Jupiter », moment choisi par An pour siffloter. Le légèrement reggae « Tower » qui se mue lors du final en chaos organisé, presque psychédélique. L’accordéon, elle ne l’empoignera que pour interpréter « Not the end ». On ne l’entend presque pas, mais à cet instant sa longue silhouette et son piano à bretelles se déploient comme un éventail. Le charleston « Any time you live ». Elle en profite alors pour se livrer à quelques petits pas de claquettes. Et puis deux nouvelles chansons. En final, elle demande au public de se lever pour faire un peu la fête. Et, enfin, survolté il acclame et participe en frappant généreusement dans les mains à sa reprise du « C’est comme ça » des Rita Mitsuko. Elle arpente alors toute la largeur du podium, en tournoyant sur elle-même.

Les applaudissements sont nourris et après avoir passé le pied, puis la main derrière le rideau, An revient s’installer derrière son piano. Au grand complet son team la suit comme son ombre. Et ils se lancent dans une remarquable version du « It’s a shame » de Talk Talk. La formation s’éclipse, mais le public en demande encore. Ce sera une adaptation en français du « Anytime you leave ». Nouvelle ovation et remerciements de l’équipe qui bras-dessus, bras-dessous vient saluer une dernière fois le public. Pas de « Sing song Sally » dans le tracklisting de ce set, mais une chouette soirée au cours de laquelle tout le monde s’en est retourné ravi. Une chose est sûre, en ‘live’, bien soutenue par son Velours Blanc, An Pierlé prend une toute autre dimension, sans pour autant attraper la grosse tête. Et cela méritait d’être souligné.

Ian Brown

Ian Brown nous a enlevé le dessert de la bouche!

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Suivant sa (bonne ?) mauvaise habitude Ian Brown est monté sur les planches avec un retard plus que certain. M'enfin, il n'était quand même que 9h10, lorsqu'il a entamé son set. Faut dire que pendant les 40 minutes d'attente (NDR : il n'y avait pas de supporting act), il a fallu se farcir des vieux disques de Genesis, qu'on entend plus que chez Marc Isaye. Une chose est sûre, le band de Brown dispose d'un matos d'enfer qui occupe toute la scène de l'Orangerie. Enfin, le combo arrive. Ian salue la foule. Il est vêtu de son anorak baggy. Un vêtement qu'il ôtera après deux chansons pour arborer un superbe t-shirt à l'effigie de Beethoven. Mais ce qui frappe tout d'abord, ce sont ses musiciens. D'abord le percussionniste, que Ian surnomme Mr Goldfinger. Probablement un Indien ou un Pakistanais. Enrubanné, vêtu d'une longue robe blanche, on le croirait sorti tout droit du film " La lampe d'Aladin ". Et ce qui ne gâte rien, il est vraiment brillant tout en virevoltant au beau milieu d'une panoplie impressionnante de percus. Le guitariste, ensuite. Il porte à la main droite des bagues, sur lesquelles des lasers ont été adaptés. Et comme sa guitare clignote comme un sapin de Noël, il incarne un light show à lui tout seul. Le drummer joue constamment un écouteur hi-fi sur les oreilles, tandis que le claviériste supervise le tout d'un portable high tech. Plus sobre, mais terriblement efficace, le bassiste donne l'assise du groove, même si sur le morceau d'ouverture, il joue d'un clavier miniature. Ian Brown n'a pas une voix exceptionnelle, mais c'est un showman charismatique; et il peut compter aujourd'hui sur un groupe particulièrement solide. Son caractère a beaucoup changé. Il accorde des autographes entre les morceaux, se laisse photographier, sourit (parfois) et remercie le public. Il offre même un t-shirt à une admiratrice qui s'était approché de la scène. En outre, il parvient à adapter son timbre vocal à la musique, par la technique de la réverbération. Le concert commence sur un mid tempo, passe ensuite au dub, avant de nous entraîner dans la house mancunienne. A partir de cet instant la fièvre commence à monter et la magie house à produire ses effets. Le public ne peut plus rester en place et se met à danser, comme s'il commençait à entrer en transe. Les percus vous envahissent. Le groove est irrésistible. De temps à autre Ian imite l'attitude d'un adepte du bodybuilding, à laquelle le public répond par les mêmes gestes. Mais alors que nous étions prêts à vivre un des meilleurs moments de l'année 2002, la formation s'est retirée. Juste le temps de saluer et nada ! 50 minutes, pas de rappel, nonobstant les clameurs du public. Frustrant ! Un peu comme si on nous avait enlevé le dessert de la bouche. M'enfin, il est vrai que cette attitude était déjà celle des Stone Roses. Faut croire que Ian veut entretenir un certain mythe…

Asian Z

Un univers manga sur fond de karaoké…

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La soirée du 25 octobre 2007 s’annonçait festive. En effet, Le Peuple de l’Herbe et Asian Z se produisaient ce soir-là dans le cadre de l’Audi Jazz festival, à l’Orangerie du Botanique. Les premiers étaient venus présenter et défendre leur dernier album « Radio Blood Money », les seconds m’étaient complètement inconnus et éveillaient en moi une curiosité amusée.

En surfant sur leur site, l’univers d’Asian Z m’a semblé farfelu, volontairement immature et particulièrement cocasse. Deux heures avant le concert, Spagg du Peuple de l’Herbe me confiait lors de l’interview : ‘Tu connais Asian Z, ils passent avant nous ? Tu vas voir c’est assez particulier, moi j’adore !’ Cette phrase est venue tout naturellement aiguiser ma curiosité à leur égard.

Sur le coup des 20h, la foule venue en nombre s’agglutine à l’entrée. Juste le temps de déposer mon sac et mes affaires au vestiaire. ‘Bad done’, le vestiaire est fermé. Et je suis forcé d’entrer dans la salle avec tout mon barda. J’essaye de dénicher une place près de moi pour les déposer, je sors l’appareil photo, mon carnet de notes, et je regarde se dérouler devant mes yeux ébahis un spectacle complètement délirant monté par cinq Japonais.

Asian Z plaque ses chansons sur fond de karaoké. Les titres sont projetés sur un écran placé dans leur dos. Les paroles reproduites en japonais, en phonétique et leur traduction en français clignotent entre des images et des phylactères dignes d’une bd. Nous sommes pongés en plein univers manga. Tels des samouraïs, la posture fière et le verbe fort, la pop/rock un rien eighties d’Asian Z enrobe le spectacle, et propulse une énergie sympathique et communicative. Il faut lire ces traductions pour essayer de suivre. On y parle de poils, de ‘rasage de chatte’, de trous du cul poilus, d’alcool à outrance, etc. Deux minuscules danseuses japonaises se dandinent derrière le chanteur, levant les bras et sautant sur une chorégraphie apprise par cœur. Le public derrière moi prête plus attention aux textes qui défilent, et se marrent en lançant des ‘rhooo’ à tout va. Je crois que, comme moi, il se demande si tout ça est bien sérieux. Manifestement, ils en ont tout l’air. De nombreux ados postés aux abords de la scène se fendent la poire et se délectent de la prestation. Hurlant pour un rien, tels des groupies de la première heure. Une ambiance ‘bon enfant’ se trame ; et après 9 chansons les Japonais (quoique Lyonnais d’adoption) prennent congé de la salle.

21h00. Les roadies s’affairent, les instruments et l’univers des prochains acolytes s’échafaudent. ‘Le Peuple de l’Herbe’ me gueule dans l’oreille un jeune chevelu, ‘mais ouais vieux !!’ lui rétorque son camarade. Ces deux énergumènes seront collés dans dos et à mes oreilles tout le long du concert, répétant sans cesse ces deux phrases énervantes au possible. C’est recta, à chaque coup je me tape un voisin de concert débile. Mais ces deux-là, c’est le pompon.

21h10. Le bruit des hélices d’un hélico vient ouvrir le jardin où Le Peuple de l’Herbe (‘mais ouais vieux !’) semble impatient de jouer. La batterie de Psychostick trône au centre. A l’arrière. A gauche, Dj Pee a les yeux rivés sur le laptop et ses platines. A droite Spagg se consacre aux claviers et à la basse. Une basse, qui fait pour la première fois son apparition sur scène, lors de cette tournée. Plus à droite encore, N’Zeng s’occupe aussi bien des claviers, de la programmation, du chant que des cuivres. Le décor est fidèle à l’univers graphique de la pochette du dernier opus ? Nous sommes embarqués dans une machine de guerre aux reflets métalliques. Nous nous dirigeons vers une ville perdue où un groupuscule d’irréductibles hisse le pavillon de la révolte. « Viva La Revolucion » ouvre les festivités Conséquence : le public s’enflamme autant que les artistes. Très vite JC001 débarque sur les planches, le pas chaloupé et la casquette vissée jusqu’aux oreilles. Sa voix caverneuse débite un flow mortel, et se lance aussi dans des ‘beat box’ vraiment excellents. Le tout sans postillons. Ce qui est une prouesse et nos objectifs lui sont reconnaissants. En vraie bête de scène, JC001 est souvent accompagné par N’Zeng ou/et par Sir Jean. Ce dernier est d’ailleurs accueilli en guest star par un public déjà conquis. La participation de Sir Jean sur le dernier elpee a des effets positifs sur le groupe qui l’a du coup embarqué dans ses valises. Tel un chef de tribu, il balance ses tresses et son dynamisme est propulsé par l’élément fédérateur du groupe : la trompette. Car si star il y a ce soir-là, c’est bien elle. Scintillante de mille feux, elle souffre contre les joues tendues de N’Zeng. Cet instrument nous rappelle un peu le sens du festival et le pourquoi de sa présence en ces lieux: le jazz. Ce dernier se dissipe assez vite entre les morceaux trip hop/dub/jungle du groupe, mais n’est jamais complètement enterré. Les nouveaux titres de « Radio Blood Money » ont un peu de mal à tenir l’énergie que diffusent les morceaux plus anciens des précédents albums comme « PH Theme », « Dawg Beat » ou « Cow Boy ». Le public semble ne pas avoir encore imprimé, complètement dans sa mémoire, les derniers titres. Il faut dire que l’album n’a que deux mois d’existence ; et ce sont ses premières transpositions scéniques. A l’instar du morceau « Plastic People » plus agressif dans sa conception, « Radio Blood Money » est plus tranché. Le temps sera nécessaire pour sa digestion. Malgré tout, des compos telles tels que « Judge Not », « History Ghost » ou « Traces » passent bien la rampe. On pourrait regretter le manque de freestyle ou d’impros lors du set, juste pour sentir mieux encore, l’unité et le sens d’équipe que les Lyonnais développent tout le long de leur prestation. Tout est bien huilé, bien calé, bien calculé. Il n’empêche qu’une ambiance surchauffée reste bien présente et les 75 minutes de concert s’écoulent à toute vitesse.

Au premier rappel, le groupe nous gratifie d’un quart d’heure supplémentaire, mais ne semble pas encore fatigué. C’est à l’issue du second, d’une durée de 10 minutes, qu’il décide de prendre congé de l’audience. 100 minutes : c’et le timing de cette soirée. On en a eu pour notre argent. D’ailleurs, l’énergie transportée par le public le long des couloirs, en se dirigeant vers la sortie, est la preuve qu’elle s’est collée à nous, et que nous continuerons à la diffuser un bon moment encore. Je rentre chez moi content mais encore surexcité. C’est que c’est tenace Le Peuple de l’Herbe, mais ouaiiiiis vieux …

(Organisation Botanique)

 

And Also The Trees

De vieux arbres toujours bien verts…

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And Also The Trees est une formation mythique. Britannique. Née en 1978, en pleine explosion punk. Les deux leaders sont frères : Simon et Justin Huw Jones. Le premier est chanteur et le second guitariste. Ce sont les seuls rescapés du line up originel. En 28 ans, la formation a enregistré dix albums, dont le dernier « (Listen for) the rag and bone man », vient de paraître. AATT est réputé pour sa musique gothique, tantôt introspective, tantôt violente, parfois jazzyfiante, mais au sein de laquelle l’imaginaire occupe une place importante. Un climat entretenu par la nature des lyrics. Vous n’en saurez pas plus pour l’instant, puisqu’à l’issue de leur set, les frangins Simon se sont prêtés à l’exercice de l’interview. Un entretien qui sera publié d’ici quelques jours. Vous pourrez ainsi mieux comprendre l’univers romantique, ténébreux, rural et typiquement insulaire de ce combo issu du Worcestershire…

En première partie, Kim Novak a tenté de nous faire croire qu’il était hanté par Joy Division, The Cure, et toute la scène cold wave des eighties. Mais ne sont pas Editors ou Interpol qui veulent. Responsable d’un premier album en avril dernier, le quatuor normand (NDR : de Caen très exactement) manque assurément de planches. Et son set de piètre facture fait peine à écouter. Ils sont pourtant six sur scène : un drummer, un bassiste et deux guitaristes dont le chanteur (à la voix plus que limite) ainsi que deux mannequins de couturière postés de chaque côté de la scène. Dommage que les modèles n’étaient pas en chair et en os, à l’image d’une jeune Kim Novak, par exemple ; on se serait au moins rincé l’œil à défaut de se boucher les oreilles.

Lorsqu’And Also The Trees monte sur les planches, la Rotonde du Botanique est pleine à craquer. Le public y est même debout. Le line up campe aujourd’hui un quintet. La claviériste (Emer Brizzolara) joue circonstanciellement de la guitare et du melodica. Elle s’est installée à droite de la scène. Le batteur (Paul Hill) participe à l’aventure depuis 1997. Son drumming est à la fois ample, impulsif et syncopé ; il complète parfaitement la ligne de basse jazzyfiante de Ian Jenkins. En fait de basse, il s’agit le plus souvent d’une double basse, que ce virtuose joue tantôt en pinçant les cordes de ses doigts, tantôt avec un archet. A gauche, Justin (NDR : toutes les filles étaient en pâmoison, en regardant ce beau mec au physique à la Léonardo Di Caprio), costard BCBG, joue sur ‘sa’ guitare (NDR : de couleur rouge !) en s’aidant de pédales de distorsion. Lorsqu’elle lui prend aux tripes, il se cambre en arrière. Elle a un son propre. Il a un style très personnel, privilégiant l’émotion, qui a d’ailleurs influencé toute une génération de groupes noisy pop du début des eighties. Et ses interventions aussi parcimonieuses que judicieuses sont un véritable régal pour les oreilles. Simon porte une chemise blanche à col relevé. Il a enfilé une redingote qu’il ôtera au beau milieu du concert, au même moment où Justin laissera tomber la veste. Simon n’a pas une voix extraordinaire, mais elle colle parfaitement à son style déclamatoire, un style qu’il accompagne de postures très théâtrales. Il lève les yeux au ciel, puis les clôt comme s’il cherchait des images d’un autre monde, s’agenouille, étend les bras en croix, susurre dans son micro toute en l’étreignant de ses mains. Parfois, il entame quelques pas de danse semi-classiques, semi épileptiques. La setlist puise dans toute la discographie du groupe, même si elle épingle cinq morceaux du dernier opus, un répertoire parfaitement équilibré pour cette prestation, dont l’intensité croît au fil du temps, atteignant un premier sommet lors du classique « A room for Lucy ». L’envoûtement commence à produire son effet…

Mais lors du premier rappel, la version de « Slow pulse boy » fait monter l’ambiance encore d’un cran. Justin y est sublime sur ses six cordes. Un premier rappel. Puis un second, clôturé par un bouleversant « Virus meadow ». Enflammé, le public en redemande obtient satisfaction. Il en réclamera même un quatrième, qui ne viendra jamais, malgré les acclamations nourries de l’audience, qui se prolongeront encore cinq bonnes minutes. Une situation qui peut parfois engendrer des réactions incontrôlées. Surtout quand on laisse les lumières éteintes et que la musique de fond ne vient pas calmer les ardeurs résiduelles. Heureusement, les frères Jones avaient bien saisi la frustration ; et assez rapidement, après le concert, ils sont venus près du merchandising, signer des autographes, se laisser prendre en photo avec de fans et serrer des pinces. Mais quelle soirée !

Setlist : The beautiful silence – Gone… like the swallows – The suffering of the stream – Under the stars – Maps in her wrists and arms – Brother fear – Paradiso –  Stay away for the accordion girl – Feeling fine – Shaletown – Rive droite

1er rappel : Slow pulse boy – Dialogue

2ème rappel : The legend of Mucklow – There was a man of double deed – Virus meadow

3ème rappel : Vu l’ambiance, j’ai oublié de noter les titres… c’est dire !

Organisation Botanique 

 

 

Interpol

Hanté par les fantômes de Chameleons, Joy Division et même des Smiths...

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Girls Against Boys et Interpol partageaient donc l'affiche de l'Aéronef ce mardi 12 novembre. Si à l'origine, Interpol devait se produire en première partie, c'est avec beaucoup de sagesse que les rôles ont été inversés, cette dernière formation rencontrant déjà, nonobstant une moins grande expérience, davantage de succès Outre-Quiévrain. Faut dire que leur dernier album " Turn on the bright eyes " a réveillé, au fond des âmes, le spectre de Ian Curtis et de Joy Division. Et la cold wave fait apparemment encore recette en France. Maintenant, il est vrai que sans être particulièrement novateur, cet opus véhicule de bonnes vibrations. Ne connaissant pas suffisamment Girls Against Boys, je ne me risquerai donc pas à réaliser une review sur leur prestation. Grégory s'en est chargé lors de leur passage à l'AB de Bruxelles.

Eclairé par un light show à dominante rouge, la plupart les musiciens d'Interpol montent sur scène, sapés dans des costards à la fois, seyants, étroits et élégants. Seul le basiste Carlos, a opté pour un look dandy new wave. Même le claviériste qui les accompagne pour la tournée, tout vêtu de noir, se fond dans l'ensemble. Faut croire que les démarrages des concerts sont pour l'instant laborieux, puisqu'il a fallu cinq ou six chansons avant que la formation new-yorkaise ne parvienne à sortir du carcan de son album. Même le riff de guitare, destiné à ouvrir chaque refrain, manquait singulièrement de pêche. Mais progressivement toutes ces imperfections se sont dissipées, pour faire place à un véritable envoûtement. Pourtant, si la belle frimousse du chanteur (Paul Banks), attire tous les regards des filles, pendant que Daniel Kessler et Carlos D semblent plongés dans leur trip, le métronome du set n'est autre que le drummer Sam Fogarino. Son jeu tribal tout en souplesse et en dextérité permet aux autres musiciens de se libérer. Tout au long de ce concert, les fantômes de Chameleons, de Joy Division et même des Smiths vont me traverser l'esprit ; mais sans jamais me communiquer le vague à l'âme. Au contraire! D'autant plus que les musiciens, qui clôturaient leur tournée dans la métropole, étaient de très bonne humeur. Avec deux rappels à la clef, ponctués d'une distribution généreuse de sticks de drums assurée par Sam, on pouvait retourner chez soi l'âme en paix, sans même penser à Ian Curtis. Et pour cause, le public venait de succomber au charme d'une étoile qui vient à peine de naître…

Supergrass

La route pour Rouen passait par Lille...

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Pour accomplir sa tournée dans l'Hexagone, Supergrass a choisi Asyl comme supporting act. Un quatuor issu de La Rochelle qui pratique un punk/rock particulièrement énergique inspiré par Noir Désir et Téléphone. Et ce nonobstant des lyrics interprétés tantôt dans la langue de Voltaire, tantôt dans celle de Shakespeare. Un syndrome qui semble hanter encore aujourd'hui une foule de groupes outre-Quiévrain. Même la voix de Mathieu Lèscop emprunte régulièrement les inflexions de Jean-Louis Aubert, mais sans jamais parvenir à en moduler le timbre. Ce qui confère aux mélodies un aspect particulièrement monocorde. Torse nu, le batteur a beau se démener comme un beau diable (son drumkit implique une énorme cloche) et Nicolas Freidline lézarder l'univers sonore d'excellentes interventions électriques en triturant sa guitare, l'ensemble manque cruellement d'originalité. Résultat des courses les 30 minutes de ce set ne laisseront pas un souvenir impérissable auprès de l'assistance alors présente.

On était prévenu : Danny Goffey ne participe pas au nouveau périple opéré par Supergrass sur le Vieux continent, dans le cadre de la sortie du nouvel album, « Road to Rouen ». Son épouse attend un heureux événement, et il a préféré rester à ses côtés. Pour la circonstance, il a été remplacé par l'ex drummer de Ride, Loz Colbert. Autre absence : celle du claviériste Rob Coombes, remplacé par un autre : Charly Coombes (NDR : oui, oui, c'est le petit frère. Et il milite habituellement chez les 22-20's). En outre, un percussionniste d'origine hispanique a rejoint le line up pour cette tournée.

Gaz Coombes monte sur les planches, armé de sa guitare sèche. Elégant, un superbe chapeau vissé sur la tête, il ressemble à… Neil Young. Il prend place sur un des sièges de bar placés à l'avant du podium et attaque en solo « St Petersburg », puis « Wait for the sun ». Le son est frais, cristallin. Sous cette forme minimaliste, les compos prennent une toute autre dimension. C'est le moment choisi par Mickey Quinn pour entrer en scène. Il s'assied également sur un des tabourets. Soutenu par Gaz, il interprète une version à la guitare acoustique de « Caught in the fuzz ». Et dans la foulée le duo enchaîne par « Caught by the fuzz » et « Sitting up straight ». Superbe ! Vingt bonnes minutes après cette intro, au cours de laquelle les deux comparses ont changé d'instrument pratiquement après chaque titre, le reste du combo fait son apparition. On entre alors dans la phase semi-acoustique du set, le groupe épinglant alors « Late in the day », « Kiss of life », « Sad girl », « Mary » et le single « Low C ». Une phase au cours de laquelle, on se rend compte du rôle joué par le drummer remplaçant. En fait l'ex Ride possède un jeu plus souple que celui de Danny ; un style qui finalement colle idéalement à ces chansons mid tempo. Et lorsque Loz et le percussionniste décident de se lâcher lors d'une version libre de « Sun hits the sky », on n'est plus très loin de l'univers de Santana période « Soul sacrifice », un fragment ponctué par un exercice de style en solitaire particulièrement brillant du second nommé aux bongos. Place ensuite à un duo entre Gaz et Charly, soutenu par une boîte à rythmes. Les deux Coombes s'installent derrière un clavier sis à chaque extrémité de la scène. Ils plongent « Roxy » ainsi que « Funniest thing » dans un bain de mélancolie douce. Et lorsque le groupe au complet reprend la route (pour Rouen ?), la formation entre alors dans sa phase électrique, alignant ses hits (« Richard III », « Pumping on you stereo », « Grace », « Moving », etc.), face à un public qui, ravi, commence à pogoter ferme. Et Supergrass de prendre congé du public à l'issue de cette apothéose, qui en redemande. Souhait exaucé par un autre morceau acoustique : « Fin » ; et puis par  l'inévitable « Lenny ». Et si la formation n'avait pas inscrit « Alright » à son répertoire, c'était pourtant le sentiment qui avait envahi l'âme de chaque spectateur, à l'issue de cette bien agréable soirée…

 

 

 

Cult Of Luna

Un astre de glace

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Un peu plus de trois cents personnes s’étaient déplacées ce mercredi 9 janvier au Bota pour assister au concert du quintet suédois Cult Of Luna ; une prestation  précédée par celle de deux autres formations, l’une anglaise, l’autre belge.

C’est le groupe anglais Bossk qui ouvre le bal. Sur fond de murs de guitares distordus, sa mécanique rythmique est efficace. Tantôt lancinante, tantôt percutante. Issue du Kent (Angleterre), cette très jeune formation est fascinée par le monde de ‘Star Wars’ (Bossk, c’est le méchant hybride homoreptilien qui apparaît dans le film ; d’ailleurs, les membres du groupe participent à de véritables jeux de rôle dédiés à cette épopée cinématographique). Bossk va dispenser, durant un peu moins d’une demi-heure, un répertoire postcore privilégiant une structure musicale instrumentale et atmosphérique oscillant entre les envolées d’un Explosions in the Sky et celle de Mogwai. Un set d’excellente facture, à la hauteur de son premier EP « 1 », distribué en 2006 par le label QnotQ. Les mélodies suggèrent parfois, et à notre grande surprise, des références de la scène noisy pop anglaise (NDR : osons citer Ride !) ou américaine (Jesus and Mary Chain !) ainsi que le son métallique et lourd d’Isis. C’est pourtant lorsqu’il tente d’intégrer au son métallique des références incontournables de l’underground britannique qu’il se révèle le plus intéressant. Du britcore ? Pourquoi pas ! Ce type d’expérimentation doit faire grincer les dents des aficionados les plus puristes du métal ; mais également ravir celles et ceux qui attendent vainement un sursaut créatif du rock anglais, gangréné depuis trop longtemps par le business et le marketing. Il y a néanmoins quelques bémols. Tout d’abord lorsque les compositions et le show se rapprochent trop dangereusement de leurs repères Neurosis et Isis. Pas très original. Ou encore lorsqu’en fin de set une relative monotonie commence s’installer. Sans oublier un manque de justesse et parfois de relief entre les morceaux. Des imperfections probablement dues à la jeunesse de ce projet que l’on souhaite voir progresser, dans un futur proche…

Ce sont ensuite les décibels de Blutch, trio bleu blanc belge déversés dans la plus pure tradition du doom-sludge-stoner, qui envahissent l’espace de l’Orangerie. Responsable d’un troisième album « Materia », sorti en 2006, et bénéficiant du support de quelques hautes cylindrées comme les Young Gods, le combo montois acquiert petit à petit une notoriété que nous étions impatient de voir mis sur le grill. Le look est ténébreux. La voix lourde et écorchée. Lancinants et torturés, les riffs sont parfois taillés sur une même note durant plusieurs minutes. Et découpée sur une rythmique hyper lente, la structure n’est pas sans nous rappeler celle de Black Sabbath. Excellent dans leur style, dixit les amateurs du métal ‘down-tempo’, Blutch concèdera une prestation efficace et consistante d’une trentaine de minutes, sans susciter le consensus auprès d’une audience composée de convaincus, d’enchantés et d’agacés.

Il est 22 heures lorsque le public belge découvre enfin Cult of Luna. Un show amorcé en catimini, par le titre « Dim », issu du dernier album « Somewhere Along the Highway ». Le ton est alors délicat et satiné. En regardant le look des musiciens du groupes -cinq bouilles d’elfes on ne peut plus scandinaves- pas un seul profane n’imaginerait alors assister au concert d’une locomotive du métal progressif d’Europe du Nord ! Le temps de s’immerger dans un univers mélodieux, atmosphérique, post-rock et psychédélique digne d’Explosions in the Sky, et le son lourd et puissant caractéristique du groupe commence déjà à se libérer. Inévitablement on pense aux deux premiers albums du combo : « Cult of Luna » (2001) et « The Beyond » (2003). Et pourtant, aucun morceau de ces deux premiers elpees ne sera joué au cours de cette soirée. Les riffs assassins et percutants sont commis par les deux guitaristes, Erick Olofsson et surtout le leader Johannes Persson. Arborant une panoplie de tatouages qui feraient pâlir de jalousie plus d’un Michael Scofield, Johannes assume seul les vocaux durant plus d’un quart d’heure, avant d’être rejoint sur scène par le très charismatique chanteur Klas Rydberg. Nous sommes alors en plein cœur d’un des titres icones du groupe « Leave me here » (« Salvation », 2004), qui ouvre véritablement les hostilités. On assiste alors à un incessant ballet entre chants menaçants et écorchés, rythmiques complexes et murs de guitares explosifs, agressifs et sombres. Les accords adoptent parfois un profil plus atmosphérique et mélodique, virevoltant çà et là dans le royaume du ‘shoegaze’ (My Bloody Valentine, Slowdive), du psychédélisme tribal (Apse), du post hardcore (Isis, Neurosis, Jesu, Pelican) ou du postrock. Se succèdent ensuite « Adrift », « Back to the chapel town », « Echoes » et « Finland », quatre autres chefs-d’œuvre du post hardcore, interprétés à la perfection par le quintet. Mais c’est peut-être dans la perfection que croupit la faiblesse du set assuré de manière parfois trop ‘mécanique’. En outre, Cult of Luna ne communique pas avec son public, entretenant une image glaciale et mystérieuse. Certains adorent, d’autres beaucoup moins. Après cinquante minutes, « Dead man » clôture néanmoins un set efficace et plaisant. Les Suédois quittent alors définitivement les planches du Bota, sans se retourner. Un show superbe, dense, mais un peu court !

Organisation Botanique