Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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The Hu

Un folk métal venu des steppes…

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En route vers la Mongolie, à travers les steppes, en compagnie de The Hu, un groupe dont la musique mêle métal et musique traditionnelle. Ils sont 8 sur les planches ! Pour y parvenir, ils se servent d’instruments conventionnels (guitares, basse, batterie) mais aussi folkloriques, comme la flûte tsuur, le morin khuur et le tovshuur, soit un violon et un luth à deux cordes, surmontés d’une tête de cheval, et assurent les vocaux en khöömii, chant diphonique guttural mongol.

Huit millions de personnes dans le monde parlent le mongol, mais The Hu a récolté plus de 90 millions de vues sur You Tube, comme si on reconnaissait dans sa musique, celle de notre passé.

C'est que la formation originaire d’Oulan-Bator, fondée en 2016, a attiré la grande foule. L’ancienne Belgique est blindée et une longue file nous attend, à notre arrivée jusqu’au bout de la rue des Pierres à hauteur de Music Village.

Le supporting act est assuré par le combo londonien King Nun. Un quintet dont le premier elpee, « Mass », est paru en 2019. Son style ? Quelque part entre punk, grunge et garage rock. Sa musique est à la fois énergique, hargneuse et explosive. Un peu comme s’il avait hérité quelque chose des Stones à leurs débuts, des Sex Pistols, des Ramones, de Nirvana et de METZ pour rester dans l’air du temps. D’autant plus que charismatiques, les musicos libèrent une expression sonore chargée d’angoisse adolescente.

En 35 minutes, le combo va livrer 10 morceaux qui décapent ou dépotent, selon que vous aimez vous y frotter ou vous y transvaser. Et tout particulièrement le single « Mess Around ». Evidemment, quand on compte trois guitaristes au sein de son line up, l’électricité gicle de partout ; et même si parfois elle est maladroite, elle s’avère particulièrement rafraîchissante. En outre, le sens mélodique est préservé. Une bonne entrée en matière !

Pour les photos, c’est ici

Setlist : « Golden Age », « Lightning To Fly », « Heavenly She Comes », « Selfish », « OCD », « Black Tree », « Live On The Beach », « Chinese Medicine », « Hung Around », « Escapism ».

The Hu débarque sur les planches sous des applaudissements nourris. Chaque musicien prend sa place sur les planches. Outre le chanteur (qui se sert encore circonstanciellement de la flûte ou d’une guimbarde) et les deux préposés à l’instrumentation folklorique, le line up implique deux guitaristes, un bassiste ainsi que deux drummers installés sur de hautes et imposantes estrades. L’un d’entre eux frappe sur des immenses tambours, dont les peaux claquent littéralement. Ces deux percussionnistes cognent tour à tour ensemble ou séparément. Mais soyez-rassurés, l’invasion de ce collectif n’est pas dirigée par Gengis Khan. Ils ont un look effrayant, mais ils sont super cool et en perpétuel interaction avec le public.

C'est par « Shihi Hutu », titre du dernier elpee que les hostilités débutent. Les instruments à cordes frottées sont bien mis en exergue et apportent une coloration vraiment exotique à une expression sonore métallique, mais mélodieuse.

Le répertoire va osciller aléatoirement entre morceaux issus de leurs deux opus (« The Gereg », publié en 2019, et Rumble of Thunder, en septembre dernier). Quelques compos plus entraînantes incitent à danser, mais pas de pogo, de round circles ni de crouwdsurfing. Le public est attentif et chante même ce qu’il ne comprend pas, lève les bras, frappe dans les mains en cadence ou pour applaudir. L’ambiance est vraiment bon enfant. Les spectateurs semblent heureux d’être là. Galbadrakh Tsendbaatar, le chanteur et leader, prend régulièrement la parole en s’exprimant dans sa langue natale. Ce qui provoque des scènes assez cocasses au cours desquelles la foule hurle et acquiesce, sans forcément comprendre ce qu’il raconte.

Il fait très chaud dans la salle, et la performance du groupe accentue encore la température dans la fosse. La setlist nous réserve des titres plus pop, à l'instar de « Bii Biyelgee » ou encore « Yuve Yuve Yu », que l'assemblée se met à reprendre en chœur. Parmi les morceaux les plus métalliques, on épinglera « Wolf Totem », « Tatar Warrior » et « This Is Mongol », qui clôture le set proprement dit.

En rappel, The Hu va nous s’autoriser une reprise mémorable du « Sad But True » de Metallica. Mais avant de tirer sa révérence, le groupe va remercier son auditoire et prendre des photos de la salle ou auprès des fans en faisant coucou par-ci, coucou par-là…

Une superbe soirée !

Pour les photos c’est là

Setlist : « Shihi Hutu », « Shoog Shoog », « The Gereg », « Huhchu Zairan », « The Great Chinggis Khaan », « Uchirtai Gurav », « Shireg Shireg », « Bii Biyelgee », « Tatar Warrior », « Yuve Yuve Yu », « Wolf Totem », « Black Thunder », « This Is Mongol ».

Rappel : « Sad But True » (Metallica cover)

(Organisation : Ancienne Belgique et Biebob)

TV Priest

TV Priest : un groupe qui ne prêche pas dans le désert !

Écrit par

Ce samedi 19 novembre, la formation londonienne TV Priest se produit à l’Aéronef de Lille. Un quatuor responsable de deux elpees, à ce jour ; soit « Uppers », paru en 2021 et « My other people », en juin dernier. Si le premier opus reflétait les angoisses et les colères du chanteur, à travers des textes politiques, dénonçant les travers de la société britannique, le second se révèle plus sombre et introspectif, tout en abordant des sujets existentiels, tels que l’amour, la joie, la perte ou le deuil. Mais une constante : les lyrics sont empreints d’un humour caustique… bien britannique. Charlie Drinkwater (NDR : quel nom !), le leader, est également directeur artistique et signe notamment les pochettes de Sports Team ainsi que de Fontaines D.C. Enfin, le combo a signé chez Sub Pop, célèbre label de Seattle qui a, notamment, hébergé Nirvana, Sonic Youth, Soundgarden, Afghan Whigs, The Shins et White Stripes, et compte aujourd’hui, parmi ses nouveaux fers de lance, Metz et Rolling Blackouts Coastal Fever…

Il doit y avoir plus ou moins 120 personnes, partagées entre jeunes et quadragénaires, lorsque le quatuor grimpe sur les planches. Outre le vocaliste, barbu, crâne rasé et costard un peu trop étriqué pour lui, qui prononce quelques mots d’accueil en français, le band implique également un guitariste, un bassiste et un drummer, en short et la casquette vissée sur le crâne (NDR : il finira même le show, torse nu !)

Le set s’ouvre par « The big curve », une compo imprimée sur le rythme du chemin de fer, un tempo que vont adopter de nombreux morceaux de ce concert. Quand il ne se révèlera pas tribal. En fait, Ed Kelland se sert d’une batterie conventionnelle, mais également d’une boîte à rythmes, un peu comme Butch Vig. A la guitare, Alex Sprogis fait grincer ses cordes, très souvent à la manière de feu Andy Gill, le leader de Gang of Four, insufflant un côté funk blanc au post punk du band. Et puis, Nic Bueth construit des contre-mélodies à l’aide de ses lignes de basse. L’ensemble se révèle excitant, intense et particulièrement cohérent. Et devant le podium, ça pogote sec. La six cordes se fait scie circulaire sur « I was a gift » et on se rend compte que Charlie est un fameux showman. Il grimpe sur l’estrade du batteur. Il brandit son pied de micro d’une main pendant qu’il tient le microphone dans l’autre lorsqu’il n’abandonne pas, tout simplement, son support. Sa voix est grave, très souvent déclamatoire. Sa présence est théâtrale, charismatique. Il semble prêcher en y ajoutant la gestuelle ou en se frottant le crâne. Alex fait sonner sa gratte comme une armée de mandolines, sur « Lifesize », dans l’esprit de Justin Jones (And Also The Trees). La basse devient latente et le baryton de Charlie, profond, tout au long du plus lent « Limehouse cut ». Charlie s’éloigne même parfois du micro pour communiquer davantage de profondeur à la compo. Des synthés préenregistrés s’invitent pendant « Bury me in my shoes », alors que des samples d’arrangements s’incrustent pendant le grondant « Unravelling ». Le light show est dominé par la couleur rouge tout au long d’« It was beautiful ». Charlie interprète même quelques vers a cappella, au milieu de la chanson.

Les musiciens ne sont pas pourtant pas suffisamment mis en exergue par le light show, à tel point qu’on a l’impression qu’ils se produisent dans la pénombre. La guitare gémit tout au long du dramatique « Powers of ten », alors que le tempo semble restituer des battements de cœur. La fin du set nous réserve à nouveau des morceaux imprimés sur un rythme infernal, et tout particulièrement pendant « House of York » …

Suite aux acclamations de la foule, TV Priest va accorder un morceau en rappel, avant de tirer sa révérence et de rejoindre le stand merchandising. Un super concert !

Voir aussi notre section photos ici

Setlist

The Big Curve, I was a gift, This Island, One easy thing, Lifesize, Limehouse cut, Bury Me in my shoes, Unravelling, Slideshow, It was beautiful, Powers of ten, Press gang, House of York, Decoration

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

 

 

Suzane

Sous les couleurs de l’arc-en-ciel…

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Suzane vient de se produire à l’Olympia de Paris, devant une salle comble. Elle a littéralement retourné le site de l’abbaye de Floreffe, dans le cadre du festival Esperanzah, cet été ; et elle avait fait forte impression, lors de l’édition 2020 des Nuits Botanique, sous une pluie battante. Ce soir elle est de retour en Belgique, et à Bruxelles, dans la grande salle de l’Ancienne adaptée en Ballroom. Les 800 tickets prévus pour ce spectacle ont été vendus. Donc, il est sold out.

Océane Colom aka Suzane est née le 29 décembre 1990 à Avignon. Auteur, compositrice et interprète, c’est un électron libre de la nouvelle chanson française. Elle se définit elle-même comme une conteuse d'histoires vraies sur fond électro. A son actif deux albums : « Toï Toï », paru en 2020 et « Caméo », début de ce mois de novembre. Lors de Victoires de la musique 2020, elle a décroché celle de la révélation scène, il y a deux ans.

La première partie est assurée par Kalika. Également originaire d’Avignon, elle a publié son premier elpee, « Latcho drom », en mars dernier. Son patronyme est inspiré de ‘Sara-la-Kali’, sainte vénérée par la communauté des gitans des Saintes-Maries-de-la-Mer, mais également de la déesse indienne de la destruction et de la reconstruction. Elle a d’ailleurs été élevée dans la communauté des gens du voyage. Kalika leur est reconnaissante.

Elle dépeint ses émotions et défend ses propos dans des titres créés à partir du quotidien. Des morceaux à scander tels des véritables hymnes en concert, sur un ton souvent décalé. Ses paroles crues et provocantes racontent les histoires tumultueuses d'amour et de sexe d'une jeune féministe de 22 ans. Si elle n’a aucun tabou, ses textes sont à prendre au second degré.

En ‘live’, elle est soutenue par son compagnon aux synthés, aux machines, à la guitare et à la caisse claire.

« Chaudasse » dénonce le ‘slut-shamming’, un concept américano-canadien qui consiste à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l'attitude ou l'aspect physique serait jugé provocant ou trop ouvertement sexuel ou qui cherche à se faire avorter. Des thèmes bien dans l’air du temps.

Déterminée, Kalika exprime sans détour son désir sexuel pour un homme dans « Olala ». Elle parle de ses émotions, ses pulsions, ses désirs propres, le tout sans retenue. Cette Catherine Ringer des temps modernes possède le regard crépitant de rage mais son sourire barre son doux visage.

Le flamboyant « Dinosaure » retrace l’histoire personnelle d’une de ses fans à l’égard d’un père rigoureux. Elle interprète ce morceau, uniquement en mode piano/voix.  

Kalika a bien joué son rôle de supporting act…

Setlist : « Intro », « Kalika Gang », « Olala », « Chaudasse », « Réveille-Toi », « Dinosaure », « L'Eté Est Mort », « Latcho Drom », « Tu Fais La Gueule », « La Dispute »

On entend Suzane déclamer un texte. Le rideau tombe et chaleureusement applaudie, elle débarque sous les applaudissements pour entamer le particulièrement « Génération désenchantée » (NDR : non ce n’est pas la reprise d’une chanson de Mylène Farmer !)

Le podium est surélevé sur les ¾ de sa surface, d’une estrade. Suzane est vêtue d’un pantacourt et d’un body de couleur noire, le tout recouvert d’un voile transparent de la même teinte.

Si elle n’est pas soutenue par des musicos en ‘live’, elle bénéficie d’une fameuse équipe technique qui se charge de la bande son, des lumières et de la projection de vidéos, sur un grand écran planté en arrière-plan. On va y découvrir des clips consacrés à ses chansons, des doublures de silhouettes de l’artiste quand il n’est pas inondé de lumières qui changent alors constamment de couleur. Et pourtant, ce team demeure discret. Un light show très susceptible d’aveugler la foule ou de se focaliser sur une Suzane en perpétuelle évolution, changeant de couleur au gré des beats et des sonorités électro dispensées.

Dès le premier titre, « Suzane », l’ambiance est déjà brûlante dans la fosse. « Et Toi Ça Va » relate le compte-rendu de ses apéros entre copines.

Suzanne s'aventure sur des rythmes plus dansants, parfois franchement festifs, un climat illustré par le single « Belladonna », tout en laissant la part belle aux paroles empreintes de réflexions sociétales, qui caractérisent son répertorie depuis ses débuts.

Lors de la chanson « « Pendant 24 H », Fabien Marsaud aka Grand Corps Malade apparaît sur l’écran, sa béquille à la main droite. S’ensuit un duo virtuel impressionnant. A l’issue du morceau on a droit à près de 10’ de ‘standing ovation’. Elle n’en oublie pas les compostions de son premier elpee, et tout particulièrement « L’Appart Vide », « SLT » et « Il Est Où Le SAV ? ». Pour ce dernier morceau, au cours duquel des images de désastres climatiques et de pauvreté défilent, un grand brun au cheveux bouclés déboule du backstage armé d’une gratte électrique : Témé Tam. Le tandem va alors mettre le souk, entrainant à nouveau, 10’ d’applaudissements. Et lorsqu’elle est émue, l’artiste nous renvoie alors des cœurs formés avec ses mains.

Le spectacle est vivant, les mots sont d'actualité, le son est excellent, mais un peu froid. Le public est jeune et même très jeune. Suzane chante son époque avec une énergie fédératrice et émouvante à souhait. Des titres immédiats, des thèmes universels et engagés.

« Krishna » raconte l’histoire de la restauratrice parisienne qui avait engagé Suzane, comme serveuse. Elle signale qu’elle lui a permis d’écrire les morceaux de son premier opus et cette chanson lui est dédiée. Bel hommage ! Adoptant la position de la déesse à plusieurs bras, elle nous parle du déracinement des populations migrantes et enchaîne par « 90 », une ode à la nostalgie de l'enfance.

« Clit Is Good » est un manifeste en faveur du plaisir (solitaire) féminin. « P'tit Gars » évoque la chronique glaçante d'un coming-out difficile. L'homosexualité est toujours présente dans l’album « Caméo », avec une différence de taille : cette fois, il ne s'agit plus d'un sujet. Car les quelques chansons d'amour de l'album sont simplement genrées au féminin. Comme une volonté, après avoir raconté, de normaliser. Deux drapeaux aux couleurs « LGPT » sont levés et un autre aux mêmes couleurs est lancé à Suzane qui l’embrasse. Le public est chaud et applaudit à tout rompre, alors que Suzane lâche quelques larmes. Le set s’achève par « Un Ticket Pour La Lune », sous un univers étoilé, tandis que sur l’écran apparait la voie lactée et la lune. Un ‘Happy Birthday’ sera même entonné pour fêter l’anniversaire de la tour manager qui débraque brièvement sur les planches.

(Organisation : Live Nation)

Rita Payés

Un concert à épingler… avec un trombone…

Écrit par

Double affiche, ce soir, à l’Ancienne Belgique où vont se produire des artistes catalans. Tout d’abord, Tarta Relean, un duo qui réunit Marta Torrella et Helena Ros. Puis Rita Payès Roma, une étoile montante du jazz. La soirée est organisée en collaboration avec LivEurope et l'Institut Catalan Ramon Llull. La grande salle est configurée en mode théâtre et c’est complet.

En général, Tarta Helena figure à l’affiche des festivals de musique traditionnelle, baroque ou contemporaine. A son actif, un album, « Fiat Lux », paru l’an dernier. En boutade, la paire qui s’inspire du mysticisme, de la liturgie et du cycle de la vie, a baptisé son style de ‘chant grégorien progressif’.

Pratiquant la polyphonie, Marta Torrella et Helena Ros chantent tour à tour en catalan, espagnol, grec, latin ou séfarade. Deux superbes voix orchestrées de manière raffinée. Des mélodies souvent anciennes, mais paraissant intemporelles à travers une vision globale. Cette musique chorale est très répandue en Catalogne.

Une table est plantée au milieu du podium. On y remarque la présence d’une loop machine, de deux petits claviers ainsi que d’une cruche en cuivre équipée d’un micro. Pas de setlist. Les vocalistes sont vêtues d’une longue robe noire à paillettes fendue sur le côté alors qu’un foulard argenté enserre leurs têtes. Très interactives, elles s’expriment, entre chaque chanson, en français, en espagnol ou encore dans un anglais… parfois hésitant.

Conjuguées, les voix passent aisément des graves aux aigus, même que parfois le spectre de Björk se met à planer. Quand elles s’écartent de la table et des micros, c’est pour communiquer une impression de distance. Mais les beats électroniques apportent une coloration contemporaine à l’ensemble. Tout comme la loop machine. Mais en multipliant les chœurs, le climat vire au baroque. En outre, le son est d’une telle pureté, qu’on a la sensation d’être dans une cathédrale.

Une jolie surprise pour cette première partie…

Rita Payés vient de fêter ses 22 printemps. Sur les planches, elle est soutenue par un drummer, un contrebassiste, la casquette en pied de poule vissée sur le crâne ; et puis surtout Elisabeth Roma, la maman de Rita, qui se charge de la gratte semi-acoustique, qu’elle joue dans un style flamenco, perchée sur un siège haut. Rita se réserve le chant (NDR : parfois on dirait qu’elle croone) et le trombone à coulisses. Bref, entre mère et fille, c’est la rencontre émouvante entre deux générations. On peut même affirmer qu’elles sont fusionnelles.  

La formation va nous réserver des extraits de ses deux elpees. Chaque musicien a droit à sa petite jam. Lorsqu’elle est limitée à la mère et la fille, l’expression sonore est plutôt paisible, Elisabeth affichant sa technique en picking, alors que Rita nous caresse les tympans de ses tonalités au trombone….

Après une performance sans voix dans la salle barcelonaise, Luz de Gas, il y a deux ans, le duo a publié son second opus, « Imagina ». Au sein de cette nouvelle aventure, il propose un répertoire de musiques originales aux sonorités sensuelles et subtiles, en mêlant jazz, bossanova, lounge, guitare classique et parfois americana. Vocaux chatoyants, dans la langue de Cervantès et parfois dans celle de Shakespeare, trombone troublant, guitare énergique et ambiance totalement ibérique, l’AB programme rarement ce type de spectacle.

Un concert à épingler… avec un trombone…

(Organisation : Ancienne Belgique, LivEurope et l'Institut catalan Ramon Llull)

 

Fallen Sanctuary

Du speed/power metal…

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Un peu plus d’une cinquantaine de personnes s’étaient déplacées, ce samedi 5 novembre 2022, pour assister au concert de Fallen Sanctuary, une formation née de la rencontre entre l’Autrichien Georg Neuhauser (Serenity), qui au départ voulait se lancer dans un projet solo, et l’Italien Marco Pastorino, un chanteur/compositeur également impliqué chez Temperance. Les deux musicos se lient d’amitié et finalement décident de monter un nouveau groupe. Le patronyme du band est emprunté au second elpee de Serenity, paru en 2008. Le combo a gravé un premier opus, « Terranova », en juin dernier.

Le supporting act est assuré par Solitude Within. Issu du nord de la Belgique, il pratique un rock symphonique illuminé par la voix mélodique et rythmée de la chanteuse/claviériste/compositrice, Emmelie Arents (NDR : pour votre info, sachez également qu’elle écrit des livres consacrés au monde du ‘fantastique’, pour la jeunesse). La formation a publié deux elpees à ce jour. « Disappear » en 2017 et « When Kingdoms Fall » en octobre dernier. Et bien que métallique, sa musique nous entraîne au sein d’un univers fantasmagorique, à l’instar des publications de la front lady, un univers peuplé de fées, d’elfes, de chevaliers, de sorcières et de magiciens.

Le line up implique également deux sixcordistes (Jean-Paul Laffargue et Quincy Van Overmeire), un bassiste (Fré Delaey) et un drummer (Hans Sarazyn).

Le set s’ouvre par « Beautifully Broken », la plage d’entrée du dernier album. Et instantanément on est plongés au sein d’un climat mélodico-symphonico-gothique réminiscent de Delain, Evanescence, Within Temptation, Lunatica et Blackbriar, l'empreinte de The Birthday Massacre ayant apparemment disparue. Les mélodies sont superbes, les percus tonitruantes et les solos de gratte flamboyants.

Des sonorités de violon électronique entraînants traversent « Further Away », un morceau au refrain bien construit, à l’instrumentation recherchée et aux chœurs puissants qui soutiennent la voix d’Emmelie. « I’M Not Lost » calme quelque peu les esprits. Malgré l’emballement des cordes, « Land Of Disarray » accroche par son refrain entêtant et plaisant. Le drummer se distingue tout au long de « Over And Over ». « When Kingdoms Fall » bénéficie d’arrangements dramatiques et cinématographiques. Alors que les guitares se densifient, la voix douce et éthérée d'Emmelie devient particulièrement expressive. Les vocaux masculins dispensés tout au long d’« Astray » communiquent un sentiment d’angoisse, un peu comme s’ils émanaient du fond des ténèbres…

Setlist : « Beautifully Broken », « Breathe », « Further Away », « I’M Not Lost », « Over And Over », « Land Of Disarray », « Ice And Fire », « Astray », « To The Grave », « When Kingdoms Fall ».

Il doit y avoir 70 spectateurs, lorsque Fallen Sanctuary grimpe sur l’estrade. Outre Georg Neuhauser et Marco Pastorino, le band compte aussi sur le drummer Alfonso Mocerino et le bassiste Gabriele Gozzi (NDR : il assure également le chant chez Rhyme). Et trois vocalistes au sein d’un combo apportent un plus à l’expression sonore, la voix atmosphérique de Gabrielle constituant la cerise sur le gâteau.

Le set s’ouvre par « Terranova », le titre maître du nouvel opus. La rythmique est endiablée. Les riffs sont mélodiques. C’est Georg Neuhauser qui assure le lead vocal. « Now And Forever » se révèle plus graisseux qu’écrasant. Les voix de Georg et de Marco sont parfaitement complémentaires. L’ambiance monte alors d’un cran. « Rise Against The World » baigne au sein d’un climat dramatique. La construction du morceau est plus complexe. Les harmonies vocales sont à nouveau superbes, alors que les sonorités de gratte dispensées par Marco Pastorino, survolent l’ensemble. « Destiny » est d’une efficacité redoutable. La cover du « I Want It All » de Queen emporte, bien évidemment les suffrages. Georg s’autorise un petit bain de foule, et manifestement il est heureux de se mêler au (maigre) public. Bien que parfois old school, « Broken Dreams » ne les brise certainement pas, et nous rappelle des formations telles que Helloween, Angra ou Rhapsody. Et pour clôturer le concert, Fallen Sanctuary va nous réserver un titre acoustique…

Mais globalement, Fallen Sanctuary aura accordé un set de speed/power metal assez proche de ce que les musiciens pratiquent au sein de leurs formations respectives….

(Organisation : Zik Zak + Rock Nation)

 

Marble Sounds

Bienvenue dans l’univers feutré de Pieter van Dessel…

Écrit par

Ce dimanche 6 novembre, les deux salles de l’Ancienne Belgique sont combles. Votre serviteur a cependant opté pour le club, où se produit le groupe belge, Marble Sounds.

Marble Sounds sort son nouvel elpee, demain. Ce sera son cinquième, et il est éponyme. La formation emmenée par le chanteur Pieter Van Dessel squatte depuis plus de 10 ans les sommets de la scène musicale belge. Une sacrée performance, surtout quand on sait que Van Dessel choisit rarement la facilité et aime se lancer des défis musicaux. Pour cet opus, Pieter s’est chargé de la production. La musique du band évolue vers un son de plus en plus épuré, mais toujours grandiose et universel.

Le supporting act est assuré par Lotte Lauwers aka Patches. De grande taille, la jeune femme est vêtue de noir ; chaussée d’escarpins, elle porte un pantalon transparent en dentelle et une longue veste. Son claviériste (certainement Karel Naessens) se plante à sa gauche, perdu au milieu des instruments du band de Pieter. Lotte regarde très peu l’auditoire. Quand elle ne grimpe pas sur un siège haut, ne montrant son visage que de profil, la plupart du temps, elle tourne le dos au public. Serait-ce de la timidité ?

Elle enfile des gants en dentelles –toujours de teinte noire– juste avant d’attaquer « Road To Ruin », et bien sûr, dos à la foule. Discret, le light show plonge l’artiste dans la pénombre, jonglant entre ombres et lumières. On ne se lasse pas de l'alchimie de ses mélodies, des beats et de sa voix sensuelle qui crée une énergie magique. Tout est étudié. Chaque chanson baigne au sein d’une ambiance feutrée, mais chaque fois différente. Une superbe découverte !

Setlist : « Road To Ruin », « Sweet By And By », « Bye Bye Bye », « Hot Enough », « Silver Foxes », « And Another », « Food For Fantasy », « Venice In Fog »

Marble Sounds est un collectif réunissant 10 musicos. Mais la colonne vertébrale, c’est bien Pieter Van Dessel. Ce soir, il va uniquement se consacrer au chant et au piano. Il est soutenu par un drummer (Mattijs Vanderleen), un bassiste (Gerd Van Mulders, reconverti au bugle pour « The Ever After »), un guitariste (Gianni Marzo, qui milite également au sein de différents projets, dont Isbells et Ansatz Der Machine), un claviériste (le fidèle Brecht Plasschaert), la vocaliste Renée Sys et un quatuor à cordes dont un violoncelliste et trois violonistes, parmi lesquels figurent Beatrijs De Klerck et Stefan Wellens (alto).  

Le set débute par « My Initial Intentions ». On perçoit distinctement le contact des doigts qui tapotent sur les touches d’ivoire, mais pour le reste, on n’entend pas une mouche voler ! Toute l’attention du public est focalisée sur Pieter. La musique est épurée. L’ambiance est feutrée. Les violons enrichissent la fin du morceau. En fermant les yeux, on a l’impression de pénétrer dans un autre monde. De toute beauté ! La setlist propose de larges extraits du dernier elpee, mais aussi des titres plus anciens. De quoi vous éveiller les sens et vous remplir de bonheur. « Quiet », c’est la plage qui ouvre le dernier LP. Elle permet de reprendre son souffle.

En général, l’expression sonore oscille de l'indie pop au néoclassique, en passant par l’électronique, mais elle n’est pas avare d’expérimentations. Ainsi, sur le dernier album, « Soon I'll Make Us Laugh » a bénéficié du concours d’une chorale bulgare ; et même les filles de Van Dessel sont impliquées. Les limites sont donc certainement explorées, bien que d'une manière différente. A l’instar de la version proposée ce soir. Seule Renée et les violonistes participent aux chœurs. On se croirait en stage de retraite spirituelle, dans une abbaye. Les ivoires et le quatuor à cordes constituent la trame de la musique, même si l’électronique se réserve également une part du gâteau. Comme sur « Axolotl », qui évoque Air ou Bonobo. Pieter y change de micro pour passer sa voix au vocodeur, et le résultat est convaincant. Lors du rappel, tout au long de « Jacket » (NDR : une petite merveille !), il utilise le même processus.

Un des meilleurs concerts auxquels votre serviteur a assisté, en 2022. Là-dessus, en rentrant, il va se réécouter l’album en boucle…

Setlist : « My Initial Intentions », « Quiet », « Never Leave My Heart », « All Gone », « These Paintings Never Dry », « Soon It'll Make Us Laugh », « (How It's Going To) End », « K.V. », « Light Years », « Tout et Partout », « A Drop In The Bucket », « Axolotl », « Leave a Light On », « Priorat », « The Ever After ».

Rappel : « Jacket », « Keep Repeating ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Hollie Cook

Tropical pop !

Écrit par

Hollie Cook est née d’un père batteur et d'une mère vocaliste. Et ils sont loin d’être des inconnus. Paul Cook, le paternel, était le drummer des Sex Pistols, alors que Jennie Mathias, la maman, choriste chez Culture Club. Boy George est d’ailleurs le parrain d’Hollie. L’artiste londonienne assurait déjà les chœurs au sein du groupe féministe punk, The Slits, avant de se lancer en solo. Elle invente alors son propre genre musical : la tropical pop, une musique ensoleillée rappelant ses origines caribéennes mêlant orchestrations pop, dub, reggae et r’n’b. Son quatrième elpee, « Happy hour », est paru en juin dernier ; et dans la foulée, elle a gravé un Ep 4 titres, « Move my way »

Elle se produisait ce samedi 29 octobre à la Rotonde du Botanique. Une centaine de personnes avaient répondu à l’appel. Par ailleurs, un public multiculturel.

Pas de supporting act, mais un ingé-son qui embaume la salle et la scène à l’aide d’un brûleur de ganga, 10’ avant le début du concert, répandant ainsi des fragrances d’herbe pour mettre l’auditoire en condition.   

Après une petite intro, Hollie Cook, vêtue d’une longue robe, entame le set par le titre maître du dernier elpee, « Happy Hour », un morceau au mid tempo syncopé. Elle est soutenue par un guitariste rythmique, un drummer, un claviériste et surtout un bassiste, dont les interventions dub sont particulièrement percutantes. Les instruments sont décorés de guirlandes led de couleur blanche (NDR : c’est bientôt Christmas !)

Hollie va nous présenter de très larges extraits de son dernier opus, entrecoupé de quelques tubes.  

Très interactive, elle s’exprime aussi bien en anglais qu’en français (impeccable). Cristalline, angélique, à coloration trip hop et si loin de l’univers jamaïcain, sa voix colle à merveilles aux rythmes et aux mélodies reggae. « Tiger Balm » opère une petite incursion dans l’album « Twice ». Sans jamais s’éloigner de ce style, Mrs. Cook parvient à nous faire oublier qu’on est occupé d’en écouter…

On ferme les yeux et on s’imagine au bord d'une piscine ou sur la plage, à siroter une Piña Colada, les yeux mi-clos, un vent lourd et chaud sur le visage. Les oiseaux chantent, il y a des palmiers, des bruits étranges et des vibes tropicales. Les jambes suivent la cadence et on se surprend à danser.

Parfois l’expression sonore s’ouvre vers des horizons sonores fréquentés par Groundation et inévitablement Harrison Stafford (The Professor et le leader du band californien) ainsi que Black Roots, UB 40, les Marley ou encore Linton Kwesi Johnson. Et puis à une reprise, elle va s’accompagner à la guitare semi-acoustique.

« Kush Kween » promeut les herbes médicinales (NDR : la diva jamaïcaine Jah9 a participé à la version studio). Elle incite à l’amour et à la bamboche sur « Move My Way », un morceau rappelant les ambiances de carnaval de Notting Hill.

Elle n’en n’oublie pas ses autres hits, dont « Vessel Of Love » (2018) et « Hollie Cook in Dub (Prince Fatty Presents) » (2012).

Elle nous enivre par sa douceur infinie tout au long de « Unkind Love » et récidive pendant le rappel, pendant « Gold Girl ».

Une excellente soirée propice à la danse qui nous a permis d’oublier les tracas de l’existence...

Setlist : « Happy Hour » (Intro), « Happy Hour », « Tiger Balm », « Shadow Kissing », « Superstar », « Sugar Water Bam Bam », « Unkind Love », « Toghether », « Win Or Lose », « Love In To Dark », « Moving On », « 99 », « Milk And Honey », « Praying », « Kush Kween », « Move My Way », « Stay Alive », « Postman »

Rappel : « Angel Fire », « Gold Girl », « Outro »

(Organisation : Le Botanique)

 

Wet Leg

Trop court !

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Wet Leg, c’est avant tout les chanteuses/guitaristes/compositrices Hester Chambers et Rhian Teasdale, deux filles issues de l’île de Wight qui ont décroché un tube fulgurant, en 2021, « Chaise longue ». Après avoir publié quelques singles, le groupe grave son premier elpee, en avril 2022. Un éponyme. Le band devient carrément hype grâce à son succès critique et commercial, mais aussi son humour très second degré qu’il injecte dans ses chansons et ses clips vidéo. L’occasion était donc belle d’aller voir ce que le combo avait dans le ventre, ce vendredi 21 octobre, à l’Aéronef de Lille. Et la salle est presque comble pour accueillir la nouvelle sensation britannique…

Vers 21h05, les baffles crachent un air celtique, puis la formation débarque sur le podium. Les deux filles ont certainement dégoté leurs jupes sur un marché aux puces. Courte pour Hester, longue pour Rhian. Elles portent également un body de couleur noire, la première laissant apparaître un dos nu. La première est coiffée d’un bonnet en forme d’oreilles de chat et chaussée de bottes. La seconde est montée sur des godasses à semelles compensées (NDR : vulgairement appelées ‘écrases-merde’). Le tandem est soutenu par un trio de barbus chevelus. En l’occurrence, un drummer (très en retrait), un bassiste et un guitariste/claviériste.

Le quintet ouvre le set par « Being in love » et embraie par le libidineux « Wet dream », mais on ne peut pas dire que le résultat soit « Convincing ». C’est sympa, mais ça manque de punch et surtout de présence sur scène. Les donzelles se lancent dans une forme de yodel sur « Supermarket », en balançant des ‘high’ sinusoïdaux.  Il faut attendre « I want to be abducted », moment au cours duquel Hester abandonne sa gratte afin de se consacrer exclusivement au micro, pour assister à davantage de mouvement sur les planches. Néanmoins, il faut reconnaître que Hester possède une très jolie voix, un peu argentine. Elle signale être de retour d’une tournée aux States et être heureuse d’être de retour en Europe. Les morceaux sont courts et dépassent rarement les 3’. Plus punchy et mordant, « Oh no » se distingue par ses sonorités de grattes stridulantes. Et le contagieux « Ur mum » se nourrit d’excellent échanges de cordes, le tout ponctué de cris primaux. Pendant « To late now », les deux filles tournent sur elles-mêmes (NDR :  Hester a ôté son bonnet de félin), morceau caractérisé par des tonalités de grattes surf et un synthé aquatique. L’ambiance dans la fosse commence à décoller. Et chargé d’intensité électrique en spirale, « Angelica » incite certains audacieux à se lancer dans l’exercice du crowdsurfing. A cet instant, la musique nous replonge en pleine période ‘riot grrrlll’, dans l’esprit des Breeders, Veruca Salt ou encore Blake Babies.

Wet Leg a enfin trouvé la bonne carburation et nous délivre l’inévitable et rafraîchissant « Chaise longue » (NDR : dont le groupe vient de sortir un clip en français). Les guitares sont débridées. Le public reprend en chœur les ‘Excuse me… what ?’ Et puis, alors que le set commençait à décoller, le quintet tire sa révérence. Les lumières se rallument et on entend le « Careless Whisper » de Georges Michaël, pendant que les roadies commencent à démonter le matos. Frustrant ! Une heure de concert en tout et pour tout. C’est trop court !

Voir aussi notre section photos ici

Setlist 

Being in love

Wet dream

Convincing

Supermarket

Red eggs

I want to be abducted (by a UFO)

Obvious

Oh no

It’s a shame

Piece of shit

Ur mum

Too late now

Angelica

Chaise longue

(Organisation : Aéronef)

Gaëtan Roussel

Dans l’esprit de Louise Attaque…

Écrit par

Gaëtan Roussel a publié son nouvel album solo, « Est-ce que tu le sais », en mars de l’an dernier alors que Louise Attaque va également en proposer son cinquième, le 4 novembre prochain, six longues années après avoir gravé « Anomalie ». Il s’intitulera « Planète terre ». Puis, le groupe repartira en tournée. Quinquagénaire depuis quelques jours, Gaëtan se produisait à l’Aéronef de Lille, ce mardi 18 octobre 2022. Le concert est sold out, et il faut avouer qu’en débarquant dans la salle, il y a du monde partout. Au balcon, bien sûr, mais également sur les escaliers, tant internes que côté hall.

Les lumières s’éteignent, et dans le noir, on remarque la présence d’un guitariste, sur la gauche du podium qui aligne quelques arpèges, presque en boucle alors qu’un personnage traverse la salle en agitant une torche électrique. Puis on entend la voix de Gaëtan Roussel qui s’adresse à la foule en demandant si elle est prête. En bref, il la chauffe. Applaudissements, acclamations et outre le sixcordiste et l’Aveyronnais, qui le plus souvent va s’accompagner à la sèche, on découvre la présence d’un drummer, d’une claviériste et d’un bassiste. Il présente déjà ses musiciens. Et le set de commencer par « Est-ce que tu sais ? ». Derrière le quintet on remarque la présence d’un jeu de lumières constitué de fenêtres, comme celles d’un building, dont la couleur va changer tout au long du show ; et puis au plafond des points d’interrogation inversés sont suspendus (NDR : c’est sur l’artwork de la pochette du dernier elpee). Ils vont également s’illuminer selon les morceaux et déjà pendant « Je me jette à ton cou » (NDR : Daniel Auteuil figure dans le clip vidéo consacré à ce morceau).

Roussel est un fameux showman et il tient son auditoire dans le creux de sa main. Pendant « Si on marchait jusqu’à demain », une compo de Louise Attaque –et la setlist va en dénombrer de nombreuses– les spectateurs commencent déjà à frapper dans les mains, gestes qu’ils vont reproduire tout au long du spectacle.

Avant d’embrayer par « Les Nuits parisiennes », Gaëtan propose de la transformer en nuit lilloise et invite la foule à bondir tout en levant les mains afin qu’il puisse prendre une photo, opération qu’il va d’ailleurs reproduire en fin de concert. Pendant « Dis-moi encore que tu m’aimes », les clappements de mains réveillent le souvenir de concerts d’Indochine.

Roussel nous raconte qu’il voyage de ville en ville en dormant dans le tour bus. Il se réveille dans la suivante et avoue que les matins sont parfois difficiles. Introduction idéale pour « Les matins difficiles ». Il souhaite alors illuminer la salle d’étoiles et demande à l’auditoire d’agiter les smartphones après les avoir allumés. A force d’être reproduit, ce panorama devient de plus en plus banal…

« Tu ne savais pas » est une chanson émouvante qui parle du fil de l’existence, depuis la naissance, jusqu’à la mort…

Il a composé « Il y a » pour Vanessa Paradis et en délivre une superbe version. Les différents musiciens excellent sur leurs instruments, mais le guitariste a parfois tendance à en remettre une couche. Il doit probablement être issu de l’univers du métal… si vous comprenez l’allusion… et rien à faire, le violon d’Arnaud Samuel est irremplaçable.

Le bassiste se plante derrière un orgue et en extrait des sonorités d’église pour « J’entends des voix », une compo autant techno que métallique. Surprenant !

Plus surprenant encore, sa version de « J’envisage » de Serge Gainsbourg, une chanson qu’il avait composée pour Alain Bashung. Roussel emprunte les inflexions de Fred Franchitti, le chanteur d’Astonvilla, pour ce morceau hypnotique, presque techno, au cours duquel de petites loupiotes placées au-dessus des musiciens clignotent en rythme, pour rendre l’ensemble plus robotique.

Gaëtan s’assied sur un retour de scène et attaque « La colère » (NDR : le clip met en scène Kad Merad dans le rôle de personnes différentes courroucées), un peu à la manière d’un Charlélie Couture (NDR : ils ont tous les deux la même coupe de cheveux !) ; mais cette superbe ballade monte alors en crescendo au moment où il se lève pour entamer un final somptueux. L’artiste explique que cette chanson, il avait voulu, au départ, l’améliorer, parce qu’à sa grande surprise, elle était calme ; puis au bout du compte, il l’a laissé ainsi… et puis en fin de parcours, elle gronde…

Le bassiste adopte une ligne de basse cold, un peu à la manière de Simon Gallup (Cure) sur « Chaque jour reste le nôtre », alors que le sixcordiste plaque des accords funkysants.

Le set s’achève par « J’t’emmène au vent », encore un titre de Louise Attaque, et Gaëtan module les voix de la foule qui la reprend en chœur, tout en lui demandant de tout donner, un exercice qu’elle va accomplir a cappella.

En rappel, Roussel revient seul armé de sa sèche pour interpréter « Je vous trouve un charme fou », une chanson qu’il avait composée pour Hoshi. Les musicos sont de retour pour « Le temps passe », un titre du répertoire de Lady Sir, un des projets de l’artiste. Le show va s’achever par « Help myself (nous ne faisons que passer) », compo pour laquelle le bassiste exécute un solo de batterie sur une caisse claire. La foule est en délire. Gaëtan représente une nouvelle fois ses musiciens, en demandant de les applaudir, remercie l’ingé son, le responsable du light show, etc., et même le chauffeur du bus.

C’est bras-dessus, bras dessous, que le quintet salue la foule, au son du « Get back » des Beatles.

Franchement votre serviteur ne s’attendait pas un concert d’une telle intensité, ayant été déçu lors du passage de Gaëtan Roussel, dans le cadre du festival de Dour, en 2011. Une intensité qui avait pourtant déjà alimenté celui de Louise Attaque, le 6 décembre 2005 (à lire ou à relire là), toujours à l’Aéronef…

(Organisation A Gauche de La Lune)

 

Selah Sue

Une véritable bête de scène…

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Caractérisé par ses chorégraphies impressionnantes, des costumes chatoyants et un excellent groupe live, son concert accordé à l’AB, en avril dernier, avait séduit critique et fans. Elle revenait au même endroit ce jeudi 13 octobre 2022.

Sept longues années séparent « Reason » et « Persona », son nouvel opus, publié en mars dernier. Dans l’intervalle, elle a gravé un Ep 5 titres (« Bedroom » en 2020) et surtout donné naissance à deux fils. Mot latin, « Persona » possède plusieurs définitions. L’une d’entre elles signifie ‘les différents masques que l’on porte sur scène’. Aujourd’hui, il évoque l’image publique et les facettes multiples et parfois paradoxales qui constituent chacun d’entre nous. Pour cet LP, Selah Sue n’a pas choisi ce titre au hasard. En passant en revue certaines personnalités qu’elle a incarnées au cours de son existence (l’amoureuse, l’hédoniste, l’angoissée…), la Louvaniste explore son propre moi à travers des morceaux sincères et lumineux, après plusieurs années de pause…

En supporting act, Mixmonster Menno, va dispenser un Dj set de 60 minutes. Une prestation un peu ennuyeuse, surtout qu’il restera dans son monde, sans jamais adresser un regard, une parole ou un geste à l’assemblée. Il a fait son taf, point-barre.

Place, ensuite, à Selah Sue. Un long instrumental (NDR : un extrait de son premier elpee –un éponyme– paru en 2011) résonne dans la salle, alors que le podium est inondé d’une lumière bleue. Les musicos prennent place : le drummer (Klaas De Somer), le guitariste (Dries Henderickx), le bassiste (Dries Laheye) et les trois choristes (Stefy Rika, Judith Okon et Sarah Devos). Sans oublier le préposé aux ivoires (piano, synthé), Joachim Saerens, qui n’est autre que le compagnon de la Louvaniste. Il s’agit des mêmes musicos que lors de son dernier passage, à l’AB. Depuis le backstage, on entend la voix de Selah. Au bout de 2 à 3 minutes, elle débarque sur les planches et vient immédiatement haranguer le public pour l’inciter à réagir. Elle est vêtue de la même tenue jaune et ample qu’en avril dernier.

Elle ouvre le concert par « Just Because I Do ». Déjà les acclamations et les sifflets joyeux de la foule fusent de toutes parts. « Black Part Love » est balisé par les ivoires et enrichi de samples reproduisant beats fortement électrisés et cuivres généreux, qui manquent cruellement en ‘live’.

Son titre emblématique, « Raggamuffin », elle parvient à le réinterpréter, chaque fois, de manière différente. C’est sous un flot de sifflements et d’applaudissements que Sanne Putseys termine la chanson, avant qu’elle ne remercie l’auditoire.  

En véritable bête de scène, elle est partout sur les planches. Chaude, puissante, profonde, légèrement éraillée, faussement fragile l'instant d'après, la voix de Selah Sue est unique et se fond idéalement dans les mélodies reggae-ragga-soul quand elle ne se glisse pas dans les fêlures blues. Petit bémol quand même, les trois choristes couvrent parfois l’organe vocal de Selah ; d’ailleurs, on l’apprécie davantage quand elle chante seule armée de sa gratte.

Sa maman est présente au balcon et Sanne a la bienveillance de la saluer.

Pendant « Alone », le bassiste se lâche à la manière de Bernard Edwards (Chic). Le guitariste aura aussi son moment de gloire, lorsque pendant une dizaine de minutes, il va étaler toute sa technique sur son instrument, qu’elle soit ‘hendrixienne’ (NDR : surtout lorsqu’il traite ses cordes à la pédale wah-wah) ou funkysante (NDR : pensez à Nile Rodgers). C’est le moment choisi par Selah pour retourner dans sa loge afin de se changer et de revenir habillée plus sobrement et légèrement, tout en optant pour le noir, que ce soit le pantalon et le body.

Si la soul et le funk dominent l’expression sonore, la formation va s’autoriser quelques incursions dans le hip hop et le drum’n’bass, en fin de parcours.

Selah Sue révèle au grand jour ses troubles psychologiques et sa façon de les gérer positivement au quotidien. A l’instar de son single « Pills », un de ses succès incontournables, qu’elle interprète à la fin du show.

Selah Sue et son groupe vont accorder un rappel de deux titres (« Full Of Life » et un « This World » énorme). Et comme il y a un anniversaire (NDR : Marcel ou Marcelle) le ‘Happy Birthday’ de circonstance est entonné par le band et la foule…

Un chouette concert ! Que du bonheur !

Setlist : « Just Because I Do », « Black Part Love », « Wanted You To Know », « Catch My Drift », « Raggamuffin », « Right Where I Want You », « Always », « All The Way Down », « Free Fall », « Alone », « Together », « Nouvelle Chanson-titre inconnu », « Kingdom », « Peace Of Mind », « Pills ».

Rappel : Full Of Life », « This World »

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

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