Si en 1989, date de la première édition limitée à sa scène unique, qui avait notamment programmé Bernard Lavilliers en tête d’affiche, Dour était un festival, les choses ont drôlement évolué depuis, puisque les festivités se déroulent maintenant sur 5 jours, au cours desquels 230 artistes sont répartis sur 7 scènes. Sans oublier évidemment les 6 campings. Bref, d’un improbable festival artisanal, une machine industrielle s’est imposée aujourd’hui.
Le décor est à l’image de la Belgique ! Surréaliste ! Le site est entouré d’éoliennes gigantesques.
Le festival de Dour traîne, depuis ses origines, une mauvaise réputation : drogue, viols, décès, etc. A tort, évidemment, les services de police et de sécurité veillent au grain. Il n’y pas plus de problèmes ici qu’il n’en existe ailleurs. Ce n’est d’ailleurs pas l’évènement qui crée le problème, mais les individus, tout simplement.
Dour est synonyme de découvertes. A vrai dire, il y a peu de têtes d’affiche connues, surtout ces jeudi et vendredi. Le festival mise avant tout sur un concept unique en son genre, le concept se résumant à flâner entre les différents podiums, s’imprégner de ce qui existe en matière musicale, mais surtout de garder de bons souvenirs, dans la joie et la bonne humeur.
Outre ‘The Last Arena’, la plus grande scène qui peut accueillir 20 000 âmes, ‘De Balzaal’ consacrée à la musique électronique, la ‘Boombox’, qui fait la part belle au hip-hop, à la musique soul, au r’n’b et au swing, il reste ‘La Petite Maison dans la Prairie’ destinée aux fans de musique indie. Sans oublier le ’Garage’, scène mythique pour les amateurs de rock et de rock and roll. On a fait le tour du propriétaire. Enfin, presque, puisque de nombreux endroits proposent encore et encore du son aux potentiels insatisfaits.
Hormis la main stage, toutes les autres sont couvertes. Si la météo est agréable ce jeudi, elle risque de changer les prochains jours, notamment ces samedi et dimanche. Dour, victime d’un acharnement météorologique ? On pourrait le penser. Si certaines années, les pompiers ont dressé leurs lances pour arroser le public, à d’autres, ils sont intervenus pour empêcher la formation de torrents de boue.
Si depuis quelques années, la musique électronique, le hip hop et le rap étaient devenus la clé de voute du festival, le line-up est quelque peu revenu à ses fondamentaux depuis peu, puisque sous l’impulsion de vieux briscards, de temps à autre, des ensembles ‘guitare-basse-batterie’ ont à nouveau voix au chapitre.
Les festivités ont commencé la veille. Seules quelques scènes ont décidé de laisse tomber le rideau afin d’y servir de la musique… électronique aux plus fervents. Une mise en bouche en quelque sorte, puisque le repas et le dessert risquent d’être riches eux aussi.
Autant le dire, la journée du jeudi ne s’annonce pas spectaculaire pour autant ! Dour est par excellence un lieu de compromission à toute épreuve !
Question people, ici, on voit de tout. Tout et son contraire d’ailleurs. Inutile de vous mettre en quête de famille en emmenant un bambin. Au DMF, on ne badine pas avec les looks les plus exubérants : crêtes colorées et gonzesses à moitié à poils déambulent aux côtés de gars déguisés, tantôt en panthère, tantôt en ours. Bref, une style faunistique propre à cette région du centre. Mais toujours dans le respect, précisons-le.
Il faut s’y faire, les badauds vocifèrent ‘Douuuurreeeeehhhhhh’ à n’en plus finir. Un signe distinctif dialectal quel seuls les initiés comprennent.
Comme le système économique est au centre de toutes les préoccupations, les stands de boissons et de bouffe fleurissent comme des pâquerettes sur les pelouses. Le constat est sans appel, les prix deviennent excessifs. Il faut débourser au minimum entre 4€ et 5€ pour une boisson. Même chose pour la nourriture. Et que dire des parkings à trente balles ?
Votre serviteur, tel un explorateur, arrive sur le site, aux alentours de 16h30. Lovelace se produit sur la main stage.
Une sacrée belle expérience pour celle qui vient seulement de goûter aux joies des festivals. En effet, ingénue, elle avoue partager ce genre d’expérience depuis seulement 4 ans.
Elle nous vient de Bruxelles et appartient à la nouvelle scène pop alternative.
La demoiselle est fort sexy. Habillée d’un petit short et d’un corset, elle fait des envieux. Des jalouses également !
Un grand drapeau noir sur lequel est imprimé de grandes calligraphies trône en toile de fond, histoire qu’on se souvienne de cette artiste.
Elle n’est accompagnée que d’un guitariste, le reste de l’enveloppe musicale étant créée par des samples. C’est un peu dommage.
Le parterre est assez clairsemé, l’artiste ayant sans doute encore un peu de mal à se faire un nom alors que sa musique tourne pourtant en boucle sur les ondes radios, grâce à une collaboration avec Saule sur « Petite Gueule », un titre plein d’entrain.
Elle se plait dans une pop sucrée à décortiquer son existence (encore jeune), alternant murmures et envolées vocales.
A tendre l’oreille, sa tessiture vocale est proche de celle de Billie Eilish (NDR : une auteure-compositrice-interprète et actrice américaine) lorsqu’elle scande au public, les yeux dans les yeux ‘Ça te dirait bien qu’on s’aime’, un refrain tout droit issu de « Corps », une jolie balade émouvante. S’agit-il d’une invitation ?
Trop gentillette et manquant de relief, tant dans l’univers que de l’approche musicale, la musique de Lovelace souffre probablement d’absence d’aspérités pour ce genre de festival, raison pour laquelle elle peine à fédérer.
Trop de love et de mélancolie, tue l’expression musicale en quelque sorte…
Au ‘Garage’, se positionne les membres de Dog Race, un groupe dont la musique a adopté une configuration rock.
Les quatre membres sont prêts à en découvre. Le personnage qui drive la formation est une gonzesse, tout aussi sexy que la précédente.
Lunettes noires vissées sur la caboche, elle est vêtue d’un petit short et de collants noirs, de quoi affrioler même les plus fidèles compagnons.
Il y a peu de monde à cette heure, les festivaliers préférant prendre un maximum de plaisir en soirée.
Même si les patronymes riment, Dog Race est l’antithèse de Lovelace. Ici, c’est de l’énergie à l’état pur, des guitares cinglantes, une atmosphère tour à tour joyeuse ou claustrophobique et onirique.
Cette course de chien est venue présenter le dernier Ep, « Return The Day », un disque faussement mélancolique aux allures foutraques.
Dès la première compo, un constat s’impose : des guitares abrasives, une basse pénétrante et une rythmique implacable. La musique de Dog Race aurait pu naître d’une rencontre entre le profil grave voire gothique de Joy Division et les envolées pop lyriques d'Arcade Fire.
Le chant spectral de la jeune dame trahit parfois des intonations à la Sheryl Crow, lorsqu’elle vocifère ce qui semble être, a priori, des cris guerriers.
Des morceaux comme « The leader » ou encore « It’s The Squeeze » naviguent quelque part entre post-punk inclassable et new wave contemporaine.
Une musique particulièrement vivante à l’image de la vocaliste qui en fait des tonnes afin d’amuser son public.
Direction ‘La Petite maison dans la prairie’, un endroit situé à une encâblure de la précédente scène. L’endroit est parfaitement reconnaissable, grâce à ses couleurs vives et son inscription visible des kilomètres à la ronde.
C’est Nilüfer Yanya qui s’y colle, une autrice-compositrice-interprète britannique.
Son nom est étrange, tout comme ses origines. Elle est née à Londres, en 1995, d'un père turc et d'une mère d'origines irlandaise et barbadienne.
Elle débute en publiant des démos sur Soundcloud dès 2014, refusant un projet produit par un membre de One Direction pour rester indépendante dans sa création.
Son premier elpee, produit chez ATO Records, a reçu un accueil critique très favorable. Il fusionne indie rock, soul, jazz, grunge et trip hop, tout en laissant libre cours à son imagination introspective.
Ils sont cinq sur les planches. Mais c’est elle qui drive le band. Elle est très sexy. Décidément, un des éléments marquants lors de cette première journée de festival pour votre serviteur.
Le style est assurément différent une fois encore. Alors que les ‘portugaises’ de votre serviteur souffrent d’acouphènes, le style de Nilüfer Yanya pourrait y remédier.
Ici, pas d’exagération ni dans la forme, ni dans le fond, juste une musique douce et amère, épanouie, relativement épurée, explorant les tensions émotionnelles à travers des guitares semi-nerveuses, des interventions de saxophone et d’électronique dispensés avec une précision chirurgicale, et des paroles qui traitent des anxiétés contemporaines.
Une des particularités du band est de mêler acoustique et électrique afin d’obtenir un son gracieux, propre et glamour, laissant entrevoir de belles envolées sauvages grâce au saxophone joué magistralement par la dame plantée à gauche (qui se consacre également aux ivoires).
Si le set manque cruellement d’énergie, cette situation est largement compensée par la créativité artistique dont on se laisse bercer au gré des compositions, issues notamment du dernier album en date, « My Method Actor » (septembre 2024) ainsi que de l’Ep récemment tombé dans les bacs, « Dancing Shoes ».
Yanga brasse les genres et les sons, de manière presque poétique, voire cinématographique.
Son expression sonore est souvent comparée à celle de Siouxsie and the Banshees. Notamment à cause des riffs de guitare subtils ; et puis de ces sonorités inventives, surprenantes, mais ô combien intéressantes. Et le tout baigne au sein d’‘un univers feutré.
Une ouverture sur le monde de demain, un univers immersif qui sort des sentiers battus et une curiosité belle à entendre. C’est ça l’esprit du festival de Dour.
Retour au ‘Garage’, non pas pour y faire réparer sa bagnole, mais pour y assister au set de Marcel. Le déjanté de service. Enfin, plutôt LES déjantés de service, Marcel ne se cantonnant pas à une seule personne.
Ce sont des (presque) voisins, ils viennent d’Arlon.
Sur l’estrade, trône une inscription rappelant l’idiome de la formation, fabriquée dans une matière qui, à s’y méprendre, ressemble à de la frigolite.
Formé en 2021, ce groupe belge propose une musique hybride, entre post-punk, garage bruitiste et indie rock, tout en affichant une identité visuelle et sonore à la fois décalée et percutante. On est une nouvelle fois loin du style précédent. On a intérêt à se protéger correctement les feuilles de choux, si on ne veut pas, à nouveau, martyriser ses tympans.
A l’heure prévue, des cloches sonnent, comme dans une cour de récréation. Des bruits fusent en backstage. On entend crier froidement ‘Dourrreehhhhh’ repris (évidemment) en masse par le public qui s’est pressé massivement devant le podium.
Les premiers riffs de guitare ne laissent planer aucun doute. La musique immersive de Marcel est un savant mélange, presque improbable, entre celles de Dead Kennedys, Talk Talk, Nina Hagen, Jacques Dutronc, ; et le tout est ponctué de textes poético-horrifiques et d’instruments singuliers (kazoo, darbouka, sifflets).
Le style néo garage rappelle les heures de l’énergie Punk (is not dead), essentiellement dispensée par les Sex Pistols, connus pour être des pionniers dans le genre.
Derrière son micro, Amaury Louis remplit l’espace scénique à lui seul. Dynamique et espiègle, il livre une prestation de manière brute et sans équivoque.
Le combo est venu présenter son dernier né, « Ô Fornaiz », un opus tout au long duquel instrumentation et bonne humeur font bon ménage.
Que ce soient sur des titres comme « Basho Basho Basho », « Six Seconds » ou encore « The Digger », Maxime d’Hondt (guitare), Benjamin d’Hondt (basse) et Ulysse Wautier (batterie) prodiguent un son qui oscille entre violence percussive, humour absurde et ruptures rythmiques constantes, tout en conservant une cohésion post‑punk extrêmement marquée d’un bout à l’autre du set.
Les titres s’enchaînent de manière irrévérencieuse. Le public est excité voire exalté.
A l’issue de ce concert, votre serviteur déambule de scène en scène pour y encaisser, la plupart du temps, des beats électroniques. Facile et pas cher…
On y croise une majorité de jeunes, en général torses-nus, en quête d’ambiance. La nuit risque d’être longue pour eux…
Le précepte ‘Sex and drugs and rock and roll’ serait-il en train de disparaître ?
La question mérite d’être posée.
A demain !
(Organisation : Dour Festival)

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