Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Cradle Of Filth

Moins satanique, mais plus horrifique…

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Même si le soufflé est un peu retombé, le black metal demeure un registre musical fort prisé par un bon nombre de metal freaks. Les hurlements sataniques, les looks démoniaques, ça marche toujours. Et là, Cradle of Filth est bien le leader de la meute...

Depuis leurs débuts en 91, ces Britanniques n'ont cessé de faire monter la sauce et de s'attirer haine et sympathie, jouant avec les mots, thèmes, apparences, images et propos chocs.

Leur slogan ‘Jesus is a cunt’, notamment, ne leur a pas rapporté que des amitiés. Certains organismes de censure et des associations catholiques (NDR : la Catholic League de New York, par exemple), s'en sont donné à cœur joie pour leur rentrer dans le lard. Le groupe leur répond à sa façon : cette année, il entamera sa tournée mondiale en... Israël!

« Il y a aussi là-bas des gens qui ne rentrent pas dans les moules théologiques conventionnels », nous a expliqué le vocaliste Dani Filth, de passage à Bruxelles. « C'est bien sûr ceux-là qui nous tiendront compagnie. On est vraiment impatients de s’y produire, même si la situation politique y est assez inquiétante... »

Toujours un brin provoc’ donc, même si l'on perçoit une certaine ‘évolution’ dans leur attitude. Ainsi, leur nouvel album ‘Midian’ semble moins porté vers le malsain religieux mais plus vers l'atmosphère quasi ‘gore’ qui les a logiquement accompagnés depuis leurs débuts. La formation sortira d'ailleurs d'ici peu un film, ‘Cradle of Fear’, franchement sanguinolent, et dont ils accorderont la primeur à leurs fans, via leur site web officiel.

En fait, il semble assez clair que le groupe a traversé récemment une sorte de période de remise en question. Il a connu quelques changements de line-up et a peut-être réorienté quelque peu son identité, sachant fort bien que dans le registre satanique, un Marilyn Manson a plus d'une longueur d'avance et de plus gros moyens.

A propos de moyens, on peut d'ailleurs se poser la question de savoir si le groupe n'est pas, là aussi, occupé à tenter de ‘faire le break’. ‘Midian’ est produit par John Fryer (Nine Inch Nails, Him...) et le groupe s'est entouré de spécialistes des films d'horreur (‘Nightbreed’, ‘Hellraiser’) pour la partie visuelle de son projet. Il s'est donné les moyens de frapper fort, donc. Evidemment, Dani Filth défend l'approche purement créative. « Pas question pour nous de tourner en rond. Et tant qu'à faire, si c'est pour se lancer dans le bon plan basé sur le roman ‘Nightbreed’ de Clive Barker, autant le faire à l’aide de spécialistes, non ? Bien, c'est sûr, on veut avancer, mais on est aussi conscients de qui on est et de ce qu'on fait. On n’aura jamais les possibilités financières de l'autre nulle qu'on voit derrière moi... »

Quelle nulle? Dani Filth bavarde dans un bureau de Zomba Records, devant un poster grandeur nature de Britney Spears. Et d’ajouter : « Mais on s’en tape évidemment. Par contre, on veut donner le meilleur avec nos moyens et répandre notre bonne parole. »

(Article paru dans le n° 88 du magazine Mofo de novembre/décembre 2000)

 

Brendan Croker

Payé en liquide…

Écrit par

Brendan Croker est un joyeux quadragénaire (il est né en 1953) qui poursuit une carrière en dehors de toute mode et de toute pression (plutôt genre country-blues dépouillé). Son dernier album (« Red neck tate of the art ») est aussi son meilleur à ce jour et aussi le plus électrique de sa carrière.

Ton premier groupe s’appelait les Five O'Clock Shadows?

En effet… oh non! Le premier, c'était Dynamite Twins. Nous étions trois. Il avait déjà été fondé, à Leeds, dans les 70s. Puis, au début des 80s, j’ai monté les 5 O'Clock Shadows.

Enfant des 60's

Que signifie ‘Ombres de 5 heures’?

Quand tu travailles et que 5 heures sonnent, ça y est, il est temps! La journée commence seulement. Alors tu pars en virée et tu bois beaucoup. Comme tu n'as pas eu le temps de te raser, il y a comme une ombre sur ton visage. C'est juste une expression. Et le 1er album du groupe était intitulé "A close shave" (rasé de près!)

Les premiers long playings que tu sors baignent dans des racines country-blues. Pourquoi?

J'étais un enfant des 60s. Ce que j'écoutais, c'étaient les Kinks, les Rolling Stones, les Beatles, des gens du style. A partir de là, spécialement les Rolling Stones, tu prends d'autres directions, c'était la grande période anglaise des pop-songs toutes simples et c'était très bon.

Sur le dernier album des 5 O’Clock Shadows, tu avais reçu le concours de Mark Knopfler, mais aussi d’Eric Clapton. Pourquoi Clapton chantait mais ne jouait pas de la guitare?

J'ai discuté avec le producteur de l'album John Porter. Nous avions besoin d'un 2ème chanteur pour "This kind of life". Il a déclaré que Clapton serait très bien. Et comme je l'ai rencontré la semaine suivante, je lui en ai parlé et il a chanté. Il n'avait pas besoin de sa guitare, il a une bonne voix, Clapton! Les gens ne se rendent pas toujours compte qu'il est un chanteur merveilleux. Hendrix aussi, était un de mes chanteurs favoris.

Ton groupe suivant, pourquoi l'as-tu appelé, Serious Offenders?

Une blague! J'avais joué en solo au festival de Gand et quelqu'un de complètement bourré m'a demandé d'aller jouer derrière les barreaux. J'ai répondu : ‘Pourquoi pas si tu l'organises?’ J'ai oublié cet épisode ; et puis, 2 ou 3 semaines plus tard, le gars me téléphone et me dit: ‘J'ai organisé une tournée des prisons’. Ma réaction? ‘Merde alors!’ J'ai recruté des musiciens, tous des Belges, des amis. Le nom de Serious Offenders (Serieux délinquants) était un choix évident.

La Belgique a de bons musiciens et de bonnes bières...

Et du bon chocolat, de la bonne mayonnaise et de la viande de cheval. Miam!

Ton petit dernier, c’est un album solo ou celui d'un groupe?

Au départ, c’était un projet solo. C'est devenu un album de groupe.

Les 5 O'Clock Shadows pratiquaient plutôt de la world music; les Serious Offenders, une musique plus européenne ; aujourd'hui tu parais assez américanisé.

Oui mais mon album "Great Indoors" l’était tout à fait. Il a été enregistré à Nashville en compagnie de musiciens locaux la production est américaine.

Où est-ce que tu joues le plus?

Dans ma tête. J’ai des tas d’idées qui y trottent. Nous n'avons pas joué depuis pas mal de temps. On a enregistré ce disque, on est allé à Nashville pour une série TV… Je joue encore parfois dans un petit club comme à mes débuts à Leeds : les gens se connaissent, aiment être ensemble et s'amusent. Quand j'ai commencé, j'avais une résidence dans un club, un bar, j'étais pas payé mais j'avais droit à mes bières. Oui, c'était bien à l'époque, on était bourré mais on jouait encore très bien. Aucune pression (il avait pourtant ses bières - MPSU), merveilleux!

On répondait folk

Quel est le public type de Brendan Croker?

Je ne peux pas le dire, de 9 à 90 ans? Je ne sais pas, aucune idée. Il existe un club à Manchester, le ‘Band on the Wall’, plutôt jazz & blues, on ne sait jamais qui va débarquer, si les gars vont venir de loin ou pas, quelles seront les tranches d'âge. Je n’ai pas de public type.

Appartiens-tu à la culture rock?

Oui bien sûr, mais aussi folk. Le rock est une extension du folk. Chez les Notting Hillbillies, on demandait souvent à Mark Knopfler, à Steve et à moi: ‘Quelle sorte de musiciens êtes-vous?’. On répondait ‘folk’ et on rigolait.

(Article paru dans le n°35 du magazine Mofo de juillet/août 1995)

 

The Ramones

Pourquoi voudrais-tu qu’on change?

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Il y a vingt ans que les Ramones nous la ramènent courte, fun, joviale et bruyante. Vingt ans que ces faux frères nous donnent une leçon de punk-rock à la fois minimaliste et absolu. Vingt ans qu'ils nous font comprendre qu'avec peu on peut faire beaucoup, qu'avec juste de l'énergie à revendre on peut bâtir un rock monumental. C'est vrai, le statut des Ramones, aujourd'hui, n'est plus, paradoxalement, celui de l'époque "End Of The Century". Mais il est clair que ce groupe restera ‘quelque part’, une formation essentielle. Johnny Ramone, en tout cas, n’imagine pas le rock sans eux…

On est vraiment un prototype de groupe rock. Tu nous mets sur une scène avec nos guitares, une batterie et Joey, et on te donne une définition du vrai rock. Sniff. Cela, le public le comprendra toujours. Merde, si ce groupe est là depuis deux décennies, c'est pas pour nos beaux yeux uniquement! Je regrette mais toute cette musique ‘fusion’, c'est pas du rock’n'roll. Le rock c'est de l'excitation, pas des trucs tellement tortueux que tu es même incapable de suivre la mélodie.

En vingt ans d'existence, vous n'avez que fort peu modifié vos batteries et...

Pour quoi faire? Que veux-tu changer quand tu fais vraiment ce que tu aimes? Pourquoi tout remettre en question quand tu joues la musique que tu ressens et que le plaisir pris est partagé par le public? Faut pas se compliquer la vie, mec, nous on est vachement heureux ainsi. Sniff.

Pourquoi Dee Dee a-t-il quitté le groupe et joue-t-il désormais en solo?

Je n’ai pas encore compris. Les autres non plus d'ailleurs. Dee De a complètement bouleversé sa vie. Il a quitté sa femme et on peut dire que dans la foulée il a quitté le groupe. Il avait des tas de problèmes ; note, Dee Dee, s'il se met à boire ou à fumer, il devient vraiment dur à suivre. Normalement, il est clean maintenant.

Son apport au niveau du travail d'écriture des morceaux était important. Comment comptez-vous vous y prendre, sans lui?

Dee Dee va toujours écrire des chansons pour les Ramones. Sniff. Qu'est-ce que tu veux? Il sait bien qu'il gagnera toujours plus d'argent en écrivant pour nous que pour lui tout seul.

Tu es un type riche, toi?

Je pourrais en tout cas sans problème terminer aujourd'hui ma carrière au sein du groupe et vivre de mes rentes, sur le même ton, jusqu'à la fin de ma vie, auprès de ma famille. Mais bon, je n'ai pas des goûts de luxe, non plus. J'ai juste une âme de collectionneur. Je collectionne des tas de trucs, notamment des trucs Disney, j'adore ça!

Il y a quelques mois, vous avez publié "Acid Eaters", un CD sur lequel vous avez commis des reprises de classiques de groupes comme les Who, les Troggs, les Beach Boys, les Stones... Pourquoi ce projet?

C'est parti un peu par hasard. Sniff. Durant l’été de l’année dernière, on a enregistré trois de ces reprises destinées uniquement à un Ep. Le résultat était tellement bon qu'on nous a demandé d'en faire d'autres pour sortir un CD complet. L’expérience nous a amusés et on l'a réalisée.

Comment avez-vous choisi les chansons que vous alliez adapter? Selon quels critères?

Au départ, on imaginait qu'on allait surtout reprendre des titres sortis originellement entre 66 et 68 parce qu'on estimait que c'était une époque formidable pour la musique. Puis, c'est vrai, on a un peu débordé mais on a juste choisi au feeling. Si on avait envie, on prenait et on a retenu le meilleur de ce qu'on a interprété. Sniff. Il fallait aussi que les chansons se prêtent à notre manière de les jouer, bien évidemment.

Kiss a lui-même organisé une série de reprises de ses chansons par d'autres et un CD basé sur ce schéma vient de sortir ("Kiss My Ass"). Tu imaginerais faire la même chose avec des compositions des Ramones?

Un album est sorti aux States. Il s'intitule "The Gabba Gabba Hey" et réunit une vingtaine de formations qui ont joué nos compos ; mais nous n'avions pas organisé ça nous-mêmes. Il s'agissait d'un truc un peu ‘low budget’ impliquant des groupes pas trop connus, tu vois? Le projet de Kiss est différent. Mais tu imagines, toi, une version funk-pop de "Sheena is A Punk Rocker"?

Pas vraiment, non. J'ai entendu dire que vous aviez demandé à Ted Nugent d'enregistrer avec vous?

Ouais, mais son label n'a pas arrêté de tout faire pour que ça ne marche pas! C'est nul. On aimerait bien aussi recevoir le concours d’un mec comme Pete Townsend sur un de nos albums. C'est gens-là sont aussi vrais que nous. Sniff.

Si demain les Ramones se séparent, que fais-tu ?

Rien

Comment ça ‘rien’?

Oui. Je reste chez moi, je vis dans ma famille et auprès de mes potes, mais je ne monte pas un autre groupe et je ne rentre pas au sein d’une autre formation. Je serais incapable de faire ça. J'ai pris un trop grand pied au sein de cette aventure –et ça continue– pour pouvoir assumer autre chose. Je jouerais des trucs pour moi.

(Article paru dans le n°25 du magazine Mofo de juillet 1994)

 

Scorpion Violente

Déséquilibre orthographique…

Scorpion Violente, c'est un groupe issu de Metz, qui pratique une musique trance-disco-psyché-indus complètement hypnotique et hallucinante. La formation a littéralement explosé le Café Central à Bruxelles lors de la release party de son dernier Ep, ‘The Rapist’, le 15 février dernier. Nous avons profité de l'occasion pour discuter avec la bête à deux têtes....

Il y a d'abord ce nom, 'Scorpion Violente', très intriguant: "Il s’inspire des films policiers de série B italiens", raconte Thomas Violente. "Particulièrement d'un long métrage qui s'intitule 'Rome Violente'. On a donc pensé à 'Scorpion Violent', mais c'était plus marrant en y commettant une faute d'orthographe. Elle crée une tension, un déséquilibre." Et cette tension et ce déséquilibre, on les retrouve dans le son, à cause du clash permanent entre une rythmique minimale obsédante, des synthés indus lancinants et des rares voix délayées dans des réverbs et delays ; le tout baignant dans une atmosphère glauque, crade, très sexuelle. Les références mises en avant sont bien sûr Suicide, D.A.F. mais aussi Throbbing Gristle. "Oui, Throbbing Gristle, je suis tombé dedans à pieds joints", précise Thomas. "Je n'ai écouté qu’eux pendant deux ou trois ans. Dans l'ensemble, on aime surtout les musiques des années 60, 70, jusque 80. Après, on ne connaît pas trop. On ne s’intéresse pas aux productions actuelles." Pour Scott Scorpion, "c'est surtout Suicide : je suis un grand fan. Et puis les groupes krautrock comme Can ou Neu!"

Sur scène, le projet est minimal sous tous ses aspects. Il y a très peu de matériel. Juste un vieux Korg Poly61 pour les basses, un Caravan R6, un vieil orgue italien des années 70, pour les nappes et les lignes mélodiques façon scie sauteuse ; et, enfin, une boîte à rythmes Yamaha RX11. Sans oublier les effets vintage comme les réverbs à ressorts ou les sound stretchers paramétriques. "Au niveau du jeu, l'idée était de n'utiliser que 4 doigts au total (2 x 2) pour jouer. Et le côté minimal, on l'applique aussi aux moyens : pas de voiture, les déplacements sont effectués en train, on aime le côté 'à l'arrache' de ce genre d'organisations", rappelle Scott, en affichant un sourire carnassier.

Mais si les moyens sont 'minimaux', le résultat est, lui, sans limite. Ces sonorités obsédantes s'insinuent de façon très insidieuse dans votre esprit et provoquent une sorte de transe. "On aime bien le côté psyché, voire psychobilly. On reprend d'ailleurs ‘Strychnine’ des Sonics. Tout est mélangé à une musique plus froide. Principalement instrumentale... sur des morceaux de 5 à 6 minutes..." Leur tout dernier titre-phare, ‘The Rapist’, s'étale, lui, sur plus de 10 minutes, et son adaptation ‘live’ a clairement été un des tout grands moments du concert, au Café Central.

Au niveau des ambiances, vu la région d'origine du duo, on identifie bien sûr un côté postindustriel. Mais aussi une dimension sensuelle très marquée. On se croirait dans une boîte SM... "C'est vrai, il y a un côté sexe dans notre musique, mais c'est plus du désir que du sexe consommé", corrige Scott. "Comme si tu avais quelqu'un qui transpire un peu, son odeur t'attire mais il n’est pas sûr que tu rentres avec elle (ou lui) le soir. Et en plus, on vient de Metz, une ancienne région minière. C'est un peu comme à Bruxelles : le temps est gris 200 jours par an ; donc l’ambiance est particulière".

Leur musique affiche une forme très trance, très dansante. Au concert, nous avons été très étonnés par la moyenne d'âge des fans, qui oscille autour des 20 ans. Ce sont des jeunes qui viennent d'un univers techno, electro, absolument pas goth ni dark. "En fait, on est vraiment le cul entre plusieurs chaises, placé entre différents styles musicaux... Au début, c'était en effet orienté 'dark', mais maintenant on a un pied dans plusieurs zones. Pour moi, en montant Sorpion Violente, je voulais couper avec une scène expérimentale où je commençais vraiment à m'emmerder. Je voulais créer une musique que j'ai envie d'écouter, qui m'éclate la gueule... Donc forcément, il y a cet aspect dansant, viscéral, body : c'est délibéré. C'est pour se faire plaisir. C'est la musique que je souhaitais entendre dans un club."

Les albums de la formation sont publiés exclusivement en format vinyle: "On aime les vinyles pour le son, mais surtout pour l'esthétique des pochettes, qui claquent quand même beaucoup plus en format 33 tours qu'en Cd." Comme le nom du groupe, les graphismes se réfèrent également aux films vintage de série B. "Sur le premier maxi, la photo est de Maurizio Merli, le comédien qui joue dans 'Rome Violente'...", précise Thomas. "C'est un flic à la Dirty Harry, un 'Justicier Dans La Ville', mais sans le côté moralisateur... On a trippé grave sur ce film et on a déniché cette image, où Merli a un putain de look... Pour ‘The Rapist’, on a repéré le cliché par hasard. On cherchait des illustrations sur internet en utilisant des mots-clés comme viol, etc. et je suis tombé sur un film japonais très sérieux et cette photo d'un japonais très malsain et ses fleurs… On en a conclu qu’elle collait bien avec le titre."

Le dernier Ep est d'ailleurs déjà complètement épuisé, quelques semaines à peine après son lancement. Le label, Teenage Menopause, se démène pour faire connaître la formation en Europe et même sur les autres continents. Jusqu’à présent, leurs tournées ont couvert la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et bien sûr l'Italie... 'Rome Violente', joué en Italie, c'était en somme logique! Au chapitre des projets, Scorpion Violente participe à l'album d'hommage à Snowy Red que prépare le nouveau label Weyrd Son. Une compilation où une quinzaine de formations alternatives européennes et américaines reprennent des titres de ce génie belge de la new-wave et de la new beat, malheureusement disparu trop tôt, en 2009. "On reprend ‘Euroshima (War Dance)’, se réjouit Scott. "C’est une copine qui m’a permis de découvrir ce titre, il y a deux ou trois ans. Il est excellent. Puis j'ai approfondi le reste. Quand on nous a proposé de réaliser une reprise pour le 'Tribute', on a tout de suite accepté et on a vite imaginé une manière d'adapter le morceau à notre son, sans le dénaturer… Il y a des points communs clairs entre Snowy Red et nous, notamment ce côté répétitif et hypnotique. On est resté assez fidèle à l'original. Le son est un peu crade. On a utilisé un 4 pistes pour obtenir ce résultat... Ca va le faire, je pense..."

Ensuite, Scorpion Violente a l'intention de graver des nouveaux titres sur un maxi via le label Bruit Direct et dans un avenir proche, d'enregistrer de nouveaux morceaux plus ambient en studio, à l’aide d’un matériel plus important. "Jusqu'à présent, on a toujours accompli nos projets de façon brute, dans l'urgence. Là, on va prendre le temps. Ce sera une musique pour voyager, pour faire des trips... On va se servir d’un matos qu'on ne pourra pas emmener en tournée, etc..  On va tenter ce challenge, mais ça donnera peut-être de la merde..." (rires)

Page de Scorpion Violente sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Scorpion-Violente/203358213043181?ref=ts&fref=ts

 

The Third Eye Foundation

Parano des bois…

Écrit par

Matt Elliot est un de ces adeptes des collages musicaux sans cesse aux aguets d'ingrédients à enfourner dans la moulinette de son sampler. Ce qui en ressort a habituellement un fort arrière-goût d'électronique, mais piétine joyeusement les plates-bandes du post rock comme celles de la drum'n'bass, du trip hop et de l'avant-garde. Pour un peu, on aurait l'impression qu'il ne se sent bien, comme son compatriote Jonny L., que devant ses machines...

Avec des titres comme « There'sA Fight At The End Of The Tunnel », « Fear Of A Wade Planet » ou « An Even Harder Shade Of Dark » ce serait presque un jeu de retrouver les originaux auxquels tu sembles faire référence...

Je suppose, oui. Malgré leur ironie, ils donnent déjà une petite indication du morceau. Pour moi, c’est comme un mécanisme de défense contre le ridicule dans lequel je tomberais si j'étais trop explicite. J’essaie qu’ils soient marrants ; mais en général, je choisis le titre quand le morceau est terminé. Je n'y pense pas en composant. Après coup, je me dis: ‘Il faut encore que je ponde quelque chose’. Je tourne un peu en rond, et n'importe quoi peut m'aiguiller. En fait, ces titres, c'est juste moi en train de me marrer. Je suppose que je suis quelqu'un d'assez ironique. Dans la vie, tu ris ou tu pleures. Et je préfère rire de la religion, de l'homme en général, de tout quoi. Il n'y a que par rapport à la musique que je ne suis pas ironique. C'est trop important pour moi!

Et ça fait mal ?

Tout ton travail est-il basé sur l'expérimentation?

En général je démarre par un drumbeat. C'est le plus simple, et ce processus est assez neutre, émotionnellement parlant. Après, je réfléchis à la tournure que je veux donner au morceau, ce que j'ai envie d'explorer comme sentiment. Il peut emprunter n'importe quelle voie. Et j'écoute aussi beaucoup de musique. Enfin, uniquement ce qui pourrait me servir, des trucs que je peux... voler ! Cette méthode peut prendre du temps. Alors je fume, je ne dors presque pas, je ne mange plus et je deviens fou. Parfois au bout de quelques jours, je n'ai qu'un ou deux morceaux valables. Parfois je reste en rade avec ce drumbeat...

Ta musique nait aussi de cette frustration?

C’est plutôt le travail en lui-même qui est parfois frustrant. Ou terriblement déprimant. Tu sais, quand rien ne marche... Alors j'éteins tout et je vais dormir. Ou me soûle la gueule. Mais j'aime ce que je fais. J’essaie d'ailleurs de me conduire de1a manière la plus dingue possible quand je travaille, je repousse sans cesse mes limites. C'est la musique qui veut ça... Aucune sensation n'équivaudra jamais celle que tu peux ressentir quand tu entends enfin ce morceau qui t'a fait suer sang et eau...

Comment travailles-tu les samples?

Chez moi, ils sont essentiels. Il n’y a que le séquencer que j'utilise autant qu'eux, mais de mon point de vue, la musique basée sur les samples est la seule qui puisse encore apporter quelque chose aujourd'hui. Je ne dis pas que tout doit être computarisé ; des types comme Elliot Smith ou les Palace Brothers ont leur place, bien sûr, mais j'aime assez l'idée selon laquelle le sample te permet d'utiliser n'importe quel son, puisé n'importe où dans... l’univers. Et de pouvoir faire ce que tu veux avec. Ces derniers temps, j'ai passé plus d'heures à jouer avec les samples qu’à réellement enregistrer de la musique. A vrai dire, je ne comprends pas très bien ces producteurs qui utilisent juste des sampleurs pour coller un ‘ooh yeah’ sur un beat. D’autant qu’aujourd'hui, ils sont à la portée de toutes les bourses et qu'ils t’ouvrent des horizons infinis...

Ne crois-tu pas que cette façon de ‘t'amuser’ devienne une recette en soi, au détriment de ta créativité par exemple?

Je ne sais pas. En tout cas, je n’ai pas le sentiment d’essayer des sons bizarres juste pour le plaisir d'avoir l'air bizarre. Si mes titres sont étranges, c'est parce que je suis moi-même un type étrange. Je le sais, on me la dit! Au départ, j'enregistrais des trucs vraiment durs, sales, agressifs. Aujourd'hui, j’ai plus envie de créer de belles choses. Enfin, quand je dis ‘belles’, ça ne veut pas dire ‘gentilles’. ‘Belles’ comme de la musique classique quoi, qui peut être sombre en même temps.

Tu réécoutes souvent tes disques?

Hum...! Il y a un truc que tu dois absolument faire avec ma musique, c'est te balader dans les bois ou dans un parc et l'écouter sur un minidisc. Là, le son est vraiment exceptionnel. Je l’ai expérimenté après avoir achevé l’enregistrement de « You Guys Kill Me ». Les bois, c'est un bon plan, parce qu’on y a plus vite peur. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de regarder par-dessus mon épaule... Mais bon, c'est peut-être parce que je suis parano.

Ce qui ne t'empêche tout de même pas de t’intéresser à la scène électronique anglaise? A ton avis, elle évolue?

Oui, elle bouge, mais on n’y rencontre plus grand-monde de créatif. Cinq ou six artistes, d'après moi. Et des centaines qui les copient! Mais ce n’est pas un phénomène typiquement britannique. En Angleterre, la scène musicale est saturée par la house, que je trouve très, très casse-pieds. La jungle y est aussi de plus en plus stylisée et ennuyeuse. En plus, il y est très facile de faire parler de toi, même quand tu n'as absolument rien à dire. Pour l'instant, je crois que c'est le hip hop qui bouge le plus, sous une certaine influence américaine. On y retrouve beaucoup de samples classiques, des éléments plus sombres... Quant à l'électronique, le meilleur vient pour l’instant du continent, et d'Allemagne surtout. Un groupe que j'aimais beaucoup était presque belge : Tuxedomoon. A mon, avis, ils ont composé une des plus belles musiques jamais réalisées ; et quasi personne n'est arrivé à les égaler, sauf peut-être The Aphex Twin. Lui, je l'admire parce qu'il se moque de l'avis des gens et ne s'excusera jamais pour aucun de ses disques.

(Article paru dans le n°69 du magazine Mofo de décembre 1998)

 

Blonde Redhead

Amour et simulation…

Blonde Redhead est un trio new-yorkais réunissant les frères jumeaux Amadeo (guitariste/chant) et Simone (batterie/chant) Pace, ainsi que Kazu Makino (chant/guitare rythmique). Fondée en 1993, la formation a longtemps été comparée à Sonic Youth, avant d’emprunter, progressivement, un style plus personnel. Ce sont les frangins qui se sont prêtés à l’exercice de l’interview, en particulier pour nous parler de leur dernier album en date, « Fake can be just as Good », un disque épanoui et enfin affranchi.

Amadeo : Quand nous écrivons ou jouons ensemble, nous explorons énormément d’idées consciemment et inconsciemment. A nous trois, dans Blonde Redhead, nous partageons une sorte de conscience commune qui ne se développe pas seulement quand nous nous produisons, aussi quand nous sortons ensemble que ce soit chez des amis, au cinéma ou au théâtre...

Blonde Redhead appartient-t-il à une scène musicale précise ou bien vous considérez-vous plutôt comme hors de tout mouvement ?

Simone : On se considère plutôt comme des indépendants. En tout cas par rapport à la scène de New-York. Nous nous sentons bien plus proches de ce qui se passe à Chicago, point de chute de notre label Touch and Go. Et plus à Washington DC.
A :
Nous entretenons une véritable relation d’amitié avec Fugazi (Guy Picciotto a notamment travaillé pour eux, lors de l’enregistrement d’un single). Il existe une sorte de communauté, on s'invite les uns les autres soit pour un repas, pour une fête ou pour simplement boire un verre. L’esprit est très différent de celui de NY, où les gens sont frileux, ont peur d'approfondir les rapports humains, comme s'ils craignaient toujours d'y perdre quelque chose.

De la Sicile A New York

La tension constamment présente dans votre musique reflète-t-elle cette difficulté de rencontrer les New-yorkais ou l'expression du choc que vous avez dû ressentir quand à 13 ans vous avez débarqué aux USA?

A : Le moins qu'on puisse dire est que New- York et la Sicile sont vraiment deux endroits différents ou vivent deux sociétés très distinctes. Au niveau des valeurs, il n'existe aucune similitude. Les Américains ne sont pas aussi chaleureux, la famille n'existe quasi plus aux USA, les parents ‘s'en foutent’ et laissent leurs enfants seuls. La chose est inimaginable en Italie.
S :
Plus généralement, les Européens manifestent plus d'excitation à vivre, ils n'ont pas peur d'exprimer leurs sentiments, leurs émotions... Mais on ne peut contester l'énorme sentiment de liberté qu'on respire aux States, dès qu'on y débarque. C'est pourquoi, entre autres, que Kazu (elle nous le confirmera plus tard dans la journée), qui est arrivée aux States il y a 9 ans, s'y sent tellement bien. Elle aspirait à cette liberté après avoir souffert du sexisme japonais. Aux States, elle se sent l'égale à tous, acceptée par tous. Au Japon, la société est déjà très dure pour les femmes en général, alors pour celles qui tentent de jouer du punk rock, c'est presque invivable!

De qui est la phrase reprise dans le livret du CD : ‘I love exactly everyone the same amount’ ?

A : Elle est de Vern, le bassiste d’Unwound, qui a enregistré l'album avec nous. Il est très modeste et très honnête. Si on y réfléchit, on peut voir cette phrase comme très positive mais le contraire est vrai également, puisqu'il est impossible d'aimer exactement tout le monde de la même manière, à moins justement de simuler (‘fake’).
S :
Grandir, c'est un peu ça, c'est apprendre à faire semblant, à simuler. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce sont les enfants qui sont les plus honnêtes. Pour en revenir au titre « Fake can be just as Good », c’est un extrait du morceau « Bipolar », écrit par Kazu. Elle y exprime la sensation que si on aime réellement un être, on peut accepter que celui-ci puisse seulement faire semblant en retour.
A :
Dans un certain sens, nous aussi sommes occupés de simuler aux Etats-Unis, car nous n’appartenons pas réellement à la société US. Nous ne sommes pas des Américains dans l'âme. C'est comme si nous commencions à jouer du jazz. Nous aimons beaucoup ce style, mais nous ne pourrions jamais que faire semblant d'en jouer. Notre musique, ce n'est pas du jazz, c'est du punk rock.

Deux titres de l'album, « Pier Paolo » et « Futurism vs Passeism » se réfèrent à deux grands noms de la culture italienne du XXème siècle.

A : Nous avons lu les livres de Marinetti (auteur du manifeste pour une littérature futuriste en 1909). Il y a de bonnes idées. En ce qui concerne Pasolini, nous avons vu presque tous ses films. C'est quelqu'un que nous respectons. Sa démarche est honnête, très réaliste aussi ; c'est un professeur pour nous.
S :
Son génie réside dans la manière de concilier les extrêmes : l'amour et la haine, la beauté et la laideur, le silence et le son... Nous aussi, nous essayons de définir les extrêmes, en passant du bruit à la mélodie, de la mélodie au bruit.

(Article paru dans le n°57 du magazine Mofo d’octobre 1997)

 

ROSA†CRVX

Les artisans gothiques de la machinerie humaine

Peu de groupes peuvent se targuer d'offrir un spectacle complet à leurs fans, en conjuguant son, vidéo, lumières et surtout performances. ROSA†CRVX appartient à cette catégorie. Une légende du XIIIème siècle raconte qu’un ermite s’est affublé du pseudonyme de Rosenkreicht et a consacré sa vie à la recherche du corps et de ses limites… C'est en s’inspirant de cette légende qu'Olivier Tarabo, alors élève à l'école des beaux-arts de Rouen, en 1984, a choisi le patronyme de son nouveau projet : ROSA†CRVX. La rose représente la beauté, la vie, l’éphémère, symbole d’amour et de pureté ; la croix, le sacrifice, la mort exposée (en spectacle), la cruauté et l’intolérance...

Nous avons pu rencontrer Olivier à l’issue de l'impressionnant concert, accordé par sa formation, dans le cadre du Methuselah's Ball au sein du Théâtre des Deux Gares, à Bruxelles. Il nous raconte la genèse de son projet. "L'école des beaux-arts à Rouen est un ancien ossuaire", raconte-t-il. "Un des derniers de France, voire d'Europe. C'est une cour carrée remplie de sculptures qui représentent la peste et la mort. Comme c'était une fosse commune, on racontait qu'en fouillant dans le sol, on pouvait y ramasser des dents. Un lieu qui marque quand on y passe 5 ans. Donc, j'ai eu envie de créer un concept de groupe tout à fait nouveau, très sombre. L'idée n’était plus d’écrire de textes mais d'aller fouiner dans les bibliothèques ; et je me suis mis à chanter en latin. J'ai effectué un an de recherches pour fabriquer des faux parchemins et aujourd'hui, ce sont des copies exactes de ces manuscrits que nous vendons dans la Box de ROSA†CRVX."

On le comprend : c'est en véritables artisans que ces musiciens conçoivent leur art. C’est ainsi qu’ils façonnent les instruments et machineries utilisés sur scène : carillons d'église, batterie de tambours automate et autres machines qui semblent venir tout droit de l'atelier de Léonard de Vinci. "J'ai suivi une formation de beaux-arts, surtout dans le domaine de la construction, la sculpture et le modelage. Donc, j'ai le réflexe naturel, quand je pense à quelque chose, de me demander comment je vais le fabriquer. Avec l'expérience, on parvient à créer un peu ce qu'on veut. Comme nous formons une équipe, on est assez nombreux et j'ai tendance à tenter des projets impossibles à réaliser seul. C'est un vrai petit corps d'armée. Une vraie petite escouade."

Cette petite troupe milite eu sein d'une coopérative d'artistes installée dans un ancien grand moulin, à Rouen. "On a créé cette structure pour disposer d’ateliers en commun. L'idée vient des Quais de la Gare à Paris et de l'Usine, à Genève. Ce sont de grands bâtiments squattés, organisés, où les artistes restent longtemps. Il y a un disquaire, des salles de concert et de théâtre, des boites de nuit..."

En compagnie de Claude Fenny, son fidèle acolyte, Olivier Tarabo a mis en place un style musical unique pour habiller les textes anciens, un croisement entre la musique médiévale, le rock gothique et les chants tribaux. A côté des instruments traditionnels, la troupe exploite les possibilités des technologies modernes. Un côté 'rétro-futuriste'... "Oui, on fouille dans l'ancien alors que, côté technique, c'est très hi-tech… J'ai une grande passion pour la technologie. Evidemment, il ne faut pas qu’elle nous mange. On a, par exemple, créé une BAM (Batterie Automate Midi), qui a demandé 4 ans d'élaboration."

S'inspirant des écrits d'Antonin Artaud, les concerts de ROSA†CRVX sont enrichis de performances exécutées sur scène ou au milieu du public sur le thème du corps en souffrance (Dance de la Terre, Homme dans la Cage) créant dans la salle des situations proches de celles d'un rituel sacré. La première performance a été réalisée sous les voûtes de l'abbatiale de St-Ouen en 1986. Tarabo avait obtenu un double des clés et est entré dans la nuit accompagné d'une équipe de tournage. Un homme a été enfermé dans une cage de fer suspendue au plafond. Elle a été précipitée 22 fois contre la plaque d'acier qui faisait office de gong. Un rituel que le public a pu revivre à Rouen en 2011 lors du festival Dark Ritual. "Tout ce qui est installations et performances a été un boulot énorme", raconte Olivier. "J'ai passé 15 ans de ma vie pour réaliser cet objectif, complètement isolé." Il y a aussi le carillon, dont la confrérie a fabriqué elle-même les huit cloches, la batterie BAM, mais aussi l'octabasse, une contrebasse géante en fer dont on joue grâce à un énorme système de pédales. "J'ai 12 ou 15 machines semblables à Rouen. Il y a aussi un rail de 18 m avec 2 personnes qui se poussent dans un ciseau géant qui se replie et se déplie à 3 m de hauteur."

Et Tarabo de fustiger les pouvoirs publics, qui pratiquent un ostracisme systématique envers les spectacles comme le sien qui ont un côté sulfureux, dérangeant. "Ils ont peur de nous", ironise-t-il. "Ils ont même mené une enquête pour vérifier si on n'était pas des néo-nazis ou des gens d'extrême-droite. Il existe des a priori très lourds. Mais quelque part, ça me plaît. C'est génial qu'après 30 ans, ce mouvement continue encore à faire chier autant les autres ; c'est très bien (rires)..."

Aujourd'hui, ROSA†CRVX prépare un nouvel album. Il sera produit par le groupe et diffusé par le label allemand Trisol. La croisade sacrée de la confrérie continue, contre vents et marées, avec une authenticité et une sympathie qui forcent l'admiration.

Pour écouter l'interview dans son intégralité: http://www.youtube.com/watch?v=Ex-CVkFpY5o

Lisez la chronique complète du concert ici

(Photo : Xavier Marquis)

 

That Petrol Emotion

Libres de contrat!

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Bâti sur les cendres des Undertones par les frères O'Neill, That Petrol Emotion a toujours été un favori des critiques, mais a constamment rencontré des difficultés auprès des firmes de disques. Leur dernière en date, Virgin, les a virés. Ce qui a convaincu le groupe de continuer désormais sur leur propre label ‘Koogat’ (en licence sur New Rose en France et chez Play It Again Sam en Belgique). Les membres du groupe irlandais qui ont bien géré le départ de Sean O'Neill, leur guitariste et principal compositeur, semblent animés d'une foi inébranlable! Sur « Fireproof », leur nouvel album, ils ont même intitulé un morceau « Last of the true believers » ! Explications en compagnie de Steve Mack, le chanteur, américain lui...

Difficile à croire, hein? De toute façon, notre but a toujours été de sortir plus de disques que les Undertones. Aujourd'hui, c'est fait! Le nouveau est arrogant. C'est une sorte de grand ‘Fuck You’ adressé à l'industrie du disque, aux grosses compagnies. Vous ne nous aimez pas? On s'en fout! On est un grand groupe, quoi que vous pensiez...

N'était-ce pas quand même traumatisant de se faire jeter par Virgin, votre firme de disques ? Vous avez songé à vous séparer ?

Oh oui. Spécialement l'été dernier, j'étais retourné à Seattle –d'où je suis originaire– pour voir des amis et de la famille. C'est à ce moment-là que Virgin nous sacqués. 'Libres de contrat!’ On s'y attendait et c'était plutôt une bonne nouvelle pour chacun de nous. Seulement voilà, moi, je suis resté deux semaines de plus que prévu aux Etats-Unis, cinq au lieu de trois. J'ai donc laissé un message sur le répondeur d'un des membres des Petrols. Manque de pot : le message n'a pas été enregistré. Alors, quand je suis revenu à Londres, un copain m'aborde et me dit: ‘Tiens, vous avez splitté ?’ Là dessus, je téléphone à Damian, le guitariste, pour lui demander des nouvelles. Il me dit ‘Ben on était sans nouvelles de toi, on croyait que tu allais rester définitivement aux Etats-Unis!’ Finalement, nous avons tous discuté et nous nous sommes rendus compte que nous étions d'accord : il fallait rester ensemble au moins pour que le disque que nous avions réalisé sorte un jour. On a donc décidé de le réenregistrer, parce que nous n'étions pas tout à fait satisfaits de la première version.

Malgré tous ces ennuis, vous semblez toujours y croire. C'est la signification de la chanson « Last of the true believers » ?

Oui, si tu veux. Les thèmes des chansons, c'est vrai, tournent autour de ‘nous-mêmes’. « Detonate my dreams » est un peu dans le même esprit. On parle des vaches maigres, d'un groupe désargenté qui, pourtant, continue à faire de la musique parce qu'il y croit dur comme fer!

Comment vois-tu l'avenir si vos disques ne se vendent pas mieux?

Ben... Je possède mon propre studio d'enregistrement maintenant. Je pourrai toujours me reconvertir. C'est d'ailleurs mon occupation en dehors du groupe. Mais on a tous l'impression que ce disque va marcher... De toute façon, même s'il n'y a que nos fans habituels pour l'acheter, ça nous permettra déjà d’en faire un autre. Mais on espère plus évidemment. On fera beaucoup de scène pour mettre tous les atouts de notre côté. La situation ne peut donc que s'améliorer.

J'ai lu une critique qui disait que « Detonate my dreams » aurait été un hit dans les années 80, mais qu'aujourd'hui...

Je ne peux pas croire ce genre de truc. Ca m'a tourneboulé. Il est écrit que la chanson est très bonne, de la veine de « Hey Venus » ou « Big Decision »... Moi, je crois qu'à partir du moment où une chanson est bonne, les gens s'y intéresseront. Imagine que ce soit Therapy? qui signe « Detonate my dreams » aujourd'hui. Eh bien, crois-moi, le morceau serait considéré comme un classique des années 90. Par contre, si nous sortions leur single à eux, les gens nous regarderaient en se demandant ce qui nous prend. Attention, j'aime bien l'album de Therapy?, qu'on me comprenne bien. Tout ça me fait rigoler. Une réaction comme ‘OK, quelle bonne chanson, mais personne ne va l'acheter’. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu'on est trop vieux?

Quel âge as-tu?

29 ans, c'est moi le bébé du groupe. Non, pour clore le sujet, je dirais que chaque fois que je vais voir un nouveau groupe, je le compare à ce que nous sommes. Et la comparaison est toujours en notre faveur. Les Petrols sont bons et encore meilleurs qu'il y a quelques années.

Des rumeurs de reformation des Undertones ont circulé. C'était vrai?

Oui. Feargal (Sharkey, le chanteur) ne voulait pas en entendre parler. Nous, on a répondu à Damian qu'il aurait pu l’envisager soit l'an passé, soit l'an prochain, mais pas cette année. Cette année, c'est That Petrol Emotion! De toute façon, je crois que la magie des Undertones était due à leur âge. A l’époque ils étaient très jeunes : 17, 18 ans. Tu les imagines chanter « Teenage Kicks » à 35 ans? Ce serait embarrassant pour des gens qui sont mariés et ont des enfants. Tu ne crois pas?

Tu rencontres encore Sean?

Chaque fois qu'on se produit en Irlande du Nord, il vient nous voir. Il donne des leçons de guitare aux gosses maintenant.

Et s'il voulait rejoindre le groupe?

Il n'est pas le bienvenu (rires). Non, s'il veut nous refiler des chansons, pourquoi pas? Mais, il ne souhaitait plus être dans le groupe, parce qu'il voulait s'occuper de sa famille, de ses enfants. La famille et le rock'n'roll, c'est l'huile et l'eau, ça ne se mélange pas. Sean aurait pu continuer avec nous si nous avions décidé de travailler en dilettante, accorder un concert de temps en temps. Comme professionnels, ce n'était plus possible.

Qu'est-ce qui pourrait être une consécration pour vous?

Juste la reconnaissance populaire. Les critiques, eux, nous ont toujours aimés. La scène reste importante pour nous. A 17/18 ans, j'ai vu tous ces groupes : Iggy Pop, Killing Joke, Dead Kennedys, Gang Of Four, Public Image Ltd. C'était comme une drogue pour moi. Et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de me lancer dans la musique. On va remonter sur scène, quasi après 5 ans d'absence, et la période est difficile, j'ai l'impression que l'assistance est partout en constante diminution : plus personne n'a suffisamment d'argent pour se payer tous les concerts. Mais il y a peut-être une autre explication : je me demande si tous ces shoegazers n'y sont pas pour quelque chose. Ride en ‘live’, c'est à peu près aussi passionnant que regarder de l'herbe pousser. Je veux bien que leurs disques soient bons, mais sur scène, le rock'n'roll c'est pas ça. Un groupe doit suer et convaincre le gars qui est là d'oublier la journée merdique qu'il vient de vivre. Et ce feeling, il n’y a plus beaucoup d'Anglais qui parviennent à le communiquer. Davantage d’Américains, oui. Suede est un jeune groupe. Pourtant, ses chansons sont extraordinaires. Mais je me demande si ce statut ne va pas leur monter à la tête. Est-ce qu’ils ne vont pas se croire aussi grandiose que Manhattan, un de ces jours? Regarde où sont les Stone Roses aujourd'hui! Eux, ils ont sorti un excellent 45tours ; point à la ligne. J'ai lu un sondage selon lequel Reni est le plus grand batteur de tous les temps, à cause de « Fools Gold ». Cette réflexion me rend furax : sur « Fools Gold », c'est pas un batteur qu'on entend, c'est une boîte à rythmes.

Steve, tu es américain, est-ce un avantage alors, aujourd'hui?

Pendant très longtemps, c’était un désavantage Au départ, on me disait: ‘Comment peux-tu parler de l'Irlande, toi qui es américain?’ Et puis quand on a commencé à jouer live, les autres m'ont demandé de ne pas gigoter autant en chantant, parce que je détournais l'attention du public, et que l'important c'étaient les chansons! Là, j'ai dit: ‘Stop, attendez les gars, je suis ricain ; j'aime la musique et je la vis. Le jour où je ne me démènerai plus en les interprétant, ça voudra dire que je n'aime plus nos chansons.’ Voilà, mais en ce qui me concerne, je crois qu'il vaut mieux être américain en Grande-Bretagne aujourd'hui qu'il y a 8 ou 10 ans. Entre-temps, il y a eu Seattle...

(Article paru dans le n° 12 du magazine Mofo d’avril 1993)

 

Slowdive

Voler de ses propres ailes…

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Quand Slowdive, groupe anglais de Reading, est passé au VK, il y a près de deux ans, il avait surpris les trop rares spectateurs présents. On s’attendait à un set mou et ennuyeux, et on a eu droit à un véritable enchantement sans baisse de tension. Ne les ratez sous aucun prétexte lors de leur prochain passage (sans doute en novembre). Conversation recueillie auprès de la craquante Rachel Goswell (guitare et chant).

Je me souviens de ce concert à Bruxelles. J'étais vraiment très malade. J'ai vu la vidéo que quelqu'un avait filmée. C'était la dernière date de la petite tournée qu'on avait accomplie et j'avais attrapé un sérieux refroidissement. Je me sentais vraiment mal, ce soir-là. Dans les loges, il y avait des lits de camp, et en arrivant, avant de monter sur scène, je m'y suis évanouie. Et quand c'était l'heure de manger, je n'ai rien pu avaler. Après le concert, je suis retournée immédiatement me coucher sur ce lit de camp. On me demandait : ‘Ca va, Rachel?’ Et moi, j'étais là à gémir : ‘Oaahh! Je suis malaaade...’ C'est très ennuyeux parce que chaque fois qu'on part en tournée, je la termine très malade. C'est horrible.

Est-ce la raison pour laquelle, tu t’es assise sur le sol ?

(rires) J'avais tout-qui tournait. Je croyais que j'allais m'évanouir. Et on me disait : il faut jouer ce concert! On est allé aux Etats-Unis pour un mois, en mai, il y a un an. Le matin suivant le dernier concert, quand je me suis réveillée, j'avais perdu ma voix. Je ne pouvais plus parler. En rentrant en Angleterre, quelques jours plus tard, j'ai dû rester au lit pendant trois semaines. J’ignore la raison. On voyage dans un car où on dort aussi ; si quelqu'un chope un rhume, tout le monde est contaminé.

Sur votre nouvel album, les morceaux ressemblent plus à de chansons qu’à des pièces atmosphériques...

Il a fallu un an et demi pour enregistrer cet album. Le précédent, trois mois. Et on écrivait en même temps qu'on enregistrait. Cette fois, on a d'abord répété les chansons. Nos goûts musicaux ont changé, aussi. On est beaucoup plus satisfaits de cet album et du processus de confection. On compose déjà de nouveaux morceaux qui sont plus ‘ambient’, pour le prochain disque. Neil écoute des choses comme The Orb. Et on expérimente de nouvelles voies, à l’aide de synthés... Ca change tout le temps, en fait.

'The scene that celebrates itself’ (la scène qui s'autocélébre) est quasi disparue. C’est une bonne nouvelle pour vous, non?

Au moment où on a sorti notre premier album, il était facile de vendre pas mal de disques vu cette scène créée de toutes pièces par la presse anglaise. Nous, on bénéficiait de l'effet de ‘hype’, comme Chapterhouse, par exemple. C'est comme si maintenant, on volait enfin de nos propres ailes. On ne peut nous associer à personne d'autre, c'est bien mieux pour nous ; ce qui nous permet d’appréhender comment notre disque est reçu, selon ses propres qualités. Nous ne sommes plus à la mode, nous ne sommes pas Suede! Tout a changé et on préfère cette situation. C'est d'ailleurs ce qu'on a toujours voulu : mais on ne peut pas faire grand-chose contre un intérêt outrancier de la presse.

Une autre étiquette qui vous colle à la peau, c'est une image de groupe triste ?

Les gens s'attendent à ce que nous soyons très sérieux. Ils nous imaginent l'air malheureux en concert. C'est très amusant car lors des interviews, on nous pose toujours des questions très sérieuses. Et quand les gens nous rencontrent, ils nous avouent : ‘C'est dingue, vous ne ressemblez pas à ce qu'on attendait de vous.’ Nous sommes des gens heureux, mais quand on joue ensemble, c'est cette musique-là qui sort. Je ne sais pas pourquoi.

Enfant, tu étais plutôt triste ou joviale ?

J'étais vraiment heureuse. J'ai vécu au Pays de Galles jusqu'à mes 7 ans. Ma mère est infirmière et mon père, à ce moment-là, était ingénieur. C’est à cette époque qu’on a déménagé pour Reading. Je m'en souviens parce que j'aimais bien vivre dans ces petits bungalows entourés de champs, au Pays de Galles : c'était magnifique. A Reading, la vie était difficile : j'avais un accent gallois à couper au couteau, et, quand je suis allée à l'école primaire, tout le monde se moquait de moi. Et pendant mes deux premières années, je me suis mise à haïr l'Angleterre. Mais je n'ai pas connu de traumatisme particulier, pas plus que la moyenne des enfants. J'ai vécu ma crise d'adolescence à 16 ans. Elle ne s'est pas très bien passée. A cause de mon père. J'ai quitté la maison et il n'y a plus eu de problèmes.

Tu ne fais pas beaucoup d'efforts pour entretenir la légende de tristesse de Slowdive?

(rires) Je pense que le vécu de Neil (chant, guitares et composition) a été plus difficile. Son père l'a foutu dehors. Avant qu'on soit signés, Neil fréquentait le collège mais il était censé aller à l'université pour étudier la littérature anglaise. Il a décidé d'arrêter un an pour se consacrer au groupe et son père l'a mis à la porte. Il s’est tapé des petits boulots de nuit pour payer son loyer. Le jour, il allait au collège. Il a peut-être été plus traumatisé que nous...

Les gens attendent que vous ressembliez à vos disques...

Cette réflexion me rappelle une anecdote amusante : lors de nos premières tournées, en Angleterre, les spectateurs interpelaient notre ingénieur du son quand on était sur scène pour demander si on utilisait une bande! Ils ne comprennent pas comment on tire de telles sonorités de nos guitares. A cause de nos disques, ils étaient persuadés qu'on devait mimer les chansons, en concert...

Vous avez dit que la population de Reading vous acceptait mal. La situation s’est améliorée aujourd'hui?

Oui, on est beaucoup mieux intégrés qu'avant. Beaucoup de gens étaient agressifs uniquement parce qu'on était signés par une maison de disques. Les autres groupes étaient jaloux. ‘Vous êtes vraiment nuls. C'est nous qui aurions dû être signés. Nous sommes bien meilleurs.’ Ils venaient nous apostropher quand ils lisaient une mauvaise critique à notre sujet. Par contre, quand elles étaient bonnes, c’était le silence radio. Jusqu'alors, quand on jouait à Reading, l'ambiance était assez glaciale, le public semblait dire ‘Allez, impressionnez-nous!’

(Article paru dans le n°17 du magazine Mofo de novembre 1993)

 

Organic

Comme un Yéti dans l’eau…

‘Under Your Carbon Constellation’ constitue une des meilleures productions belges de 2012. Elle est signée par le groupe Organic. Un véritable OMNI (NDR : objet musical non-identifié) qui combine post-rock, électro, progressif, psyché, stoner, new-wave et postpunk. Excusez du peu ! Créé par Raphaël Haubourdin aux voix, claviers et programmations (également dans Graceland) et Joris Oster à la basse et aux programmations, (aussi chez Silver Riot), ce groupe bruxellois inclassable pourrait bien devenir le nouveau dEUS pour notre petit pays ! Une occasion idéale de les rencontrer.

« On n'aime pas travailler avec des œillères », précise d'emblée Joris Oster. « C’est pourquoi notre album est hybride, voire surréaliste, en proposant beaucoup de couleurs différentes. » Raphaël Haubourdin ajoute : « C'est parce qu'on écoute énormément de styles musicaux ; et comme on fait les choses naturellement, sans essayer de sonner comme d'autres groupes, le résultat est varié, tout en respectant un fil rouge, quand même. »

Un des piliers de la musique d'Organic repose sur la basse de Joris Oster. Omniprésente, elle s'inspire de maîtres comme Peter Hook (Joy Division, New Order) mais aussi Chris Squire (Yes). Polymorphe, elle peut se transformer en guitare solo, façon stoner ou metal, grâce à une armada d'effets. Les arrangements élaborés par le duo lorgnent clairement vers le post-rock ou le krautrock. « On aime beaucoup Neu!, Can, Hawkwind ou plus récemment Fuck Buttons ; tous ces groupes qui font évoluer la musique en la déstructurant et en expérimentant », confie Haubourdin. « On a aussi assimilé certains aspects du prog, mais pas les côtés chiants. » En effet, les solos kilométriques ont été évités pour faire place aux sonorités et structures plus complexes susceptibles d’évoquer King Crimson (‘21st Century Schizoid Man’!), mais aussi Porcupine Tree !

Pas de guitares chez Organic ; cependant, la basse, la batterie et les synthés remplissent à ce point l'espace sonore que cette absence ne se ressent pas. Les claviers sont vintage, avec des vieux synthés comme le Casiotone mais aussi beaucoup de plug-in. Ils sont tour à tour atmosphériques ou bruitistes mais toujours intéressants. On décèle çà et là quelques touches d'un émulateur Mellotron, qui renforce le côté délicieusement prog. La batterie, quant à elle, a une présence extrêmement claire adoptant un côté réaliste typiquement krautrock. Notons, que, sur scène, c'est Olivier Justin qui assure les parties de drums. Ajoutez-y une touche de new-wave, synth-pop des années '80, et vous obtiendrez une musique inédite, totalement novatrice. La voix de Raphaël Haubourdin est également très originale. Versatile, elle peut être tout en retenue, comme celle de Franz Treichler (The Young Gods) ou devenir incisive, voire ‘éructante’ à la manière d'un Bertrand Cantat ou d'un Kristoffer Grip (Agent Side Grinder). « En fait, quand je compose, j'écris quelques bases, je me mets dans la peau d'un personnage lors d’une situation précise ; et puis, je me lâche. Ainsi le résultat peut en effet partir dans tous les sens. »

Comme nul n'est prophète en son pays, Organic a dû se tourner vers l'étranger, plus précisément vers un label suédois de musique alternative (Complete Control Production ou CCP) pour être signé. « On leur a envoyé nos morceaux et ils ont aimé, surtout un de nos titres en français : 'Johnny Craque'. » Aujourd'hui, ‘Under Your Carbon Constellation’ est disponible en CD mais aussi sous la forme d'un magnifique double LP vinyle, enrichi de plusieurs titres en bonus.

La pochette mérite quelques mots d'explications, que nous fournit Oster. « Elle représente un Crabe Yéti, un crustacé entre homard et écrevisse, qui niche dans les profondeurs abyssales de l'océan Pacifique sud. Merveille de l'évolution, cet animal a été découvert en 2005 par un biologiste français, Michel Segonzac, à qui nous avons dû demander l'autorisation pour reproduire la photo. »

Cette photo et le titre de l'opus sont en accord parfait avec la thématique qui transcende les chansons du duo. « On est inspiré par la nature, par sa grandeur, sa force, sa complexité. On aime particulièrement l'eau, donc l'océan », raconte Haubourdin. « C'est une vision très post-rock, voire même écologiste : on appréhende l'humain petit face à la Terre, comme un 'singe tout nu'. En corollaire, on fustige la société de consommation. La dictature de l'argent, aussi. Elle est occupée de détruire la Terre à coups de pelleteuses. »

Après quelques concerts, dont un accordé au Botanique, en première partie de Graham Coxon, Organic recherche des 'bons plans' pour tourner en Belgique et à l'étranger. En attendant la suite, nous avons en nos mains cet album étonnant, extrêmement brillant. Véritable jaillissement créatif, il foisonne de trouvailles et gagne à être réécouté plusieurs fois pour être apprécié à sa juste valeur. Comme un bon vieux Yes. A acheter et à écouter d'urgence !

Pour écouter l'album en streaming : https://soundcloud.com/organic-music-1/sets/album-cd

L'album sera disponible en Belgique chez Mandaï distribution www.mandai.be à la mi-janvier.

Photo : Xavier Marquis

http://www.thisisorganic.be

 

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