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The Divine Comedy

Le ridicule du sérieux…

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Dans le jargon journalistique, il y a, en matière d’interviews, les bons et les mauvais clients. A ces derniers, il faut tirer les vers du nez, poser 15 questions pour obtenir 10 malheureuses lignes écrites. Neil Hannon, alias Divine Comedy, lui, est un des meilleurs clients! Il suffit de lui lancer quelques mots en pâture et ce sera toujours intelligent, pertinent et drôle... Car le bonhomme ne se prend jamais au sérieux et il semble toujours hésiter entre une belle formule ou un bon mot. A Paris, peu avant un excellent concert au Trianon, il a parlé de « Casanova », bien sûr, son nouvel album, mais aussi des précédents et de son désastreux concert au Botanique, accordé en septembre dernier.

Scott Walker, mon grand fan

Pour « Promenade », le précédent album, tu avais avoué avoir beaucoup écouté Philip Glass et Mychael Nyman. Qui cette fois?

Je ne prends jamais la décision consciente d'écouter quelqu’un de bien précis pour ensuite le copier : ce serait lamentable. Mais il y a toutefois des influences évidentes: Burt Bacharach, John Bany et... Scott Walker, comme toujours. C'est mon grand fan.

Vraiment?

C'est ce que tu es censé écrire (rires). Il a dit des choses assez gentilles à mon sujet. Des journalistes ont dû l'acculer dans un coin et lui demander de citer un artiste contemporain qu'il aime! Et comme il a reçu tous mes CD, il a dû citer mon nom. Il a dit ‘Divine Comedy, ils sont très bons. Je ne les ai jamais entendus, mais ils sont excellents.’

Que dirais-tu de ta vie?

Quand je réécoute « Promenade », je repense à tous ces jours passés au lit dans le flat de mon frère à Ealing. J'avais écrit toutes les musiques mais je n'avais aucune idée pour les textes. Je suis juste resté couché des semaines entières. Et j'ai rêvé le tout. L'idée que des gens écoutent ce disque et pensent la vie merveilleuse que je mène, est vraiment absurde: j'ai vécu une époque épouvantable. Parfois, les plus belles choses naissent des pires! Ce sont des expériences rêvées bien plus que vécues. D'ailleurs, il faudrait un certain culot pour affirmer avoir volé (« Tonight We Fly »). J'aurais peut-être dû me jeter par la fenêtre?

« Tonight We Fly » terminait « Promenade ». Est-ce à dire que pour toi, le dernier morceau d'un disque est très important ? Est-ce le cas encore cette fois?

Sur la dernière chanson, je tiens à finir sur une note plus positive. Il est de mon devoir de ne pas déprimer les gens. Mon problème, c'est que j'ai beaucoup de chansons pour la fin de l'album et peu pour le début! Alors, cette fois, j'ai essayé d'écrire un morceau dans le but spécifique de commencer le disque... De là, ce « Hellooo », un peu ridicule ! « Casanova » est un album sérieux, mais ridicule aussi, par certains côtés. C'est toujours marrant de voir à quel point certaines personnes peuvent se prendre au sérieux. Moi, je ne rate jamais une occasion de me rendre idiot, de me tourner en bourrique. « Theme from Casanova » en est un exemple parfait : partir du rigolo pour arriver au divin. Les deux notions sont indissociables, comme le Ying et le Yang. Tu dois être sérieux, ce qui forcément te fait marrer. Et tu dois être sérieux quand il s'agit de rigoler. Cela dit, je ne suis pas un comique: je me contente de montrer du doigt le côté ridicule de la situation. Si je veux vraiment bien rire, je n'ai qu'à me prendre pour une popstar. C'est tellement absurde. Je suis juste ce petit bonhomme, fils d'un homme d'église. Je devrais sans doute suivre les traces de mon père mais je ne suis pas sûr que ce choix soit judicieux.

Sur ce morceau, « Theme From Casanova », tu donnes les crédits de l’album. As-tu hésité avant de te décider ?

Un peu et puis je me suis dit merde, allons-y! Il vient après « Through a Long and Sleepless Night » dont la fin est énorme et pompeuse. On dirait presque la musique de « Rocky ». Il fallait quelque chose de plus léger. Il y aura sûrement des gens très sérieux qui diront ‘Tu ne peux pas t’autoriser ça sur un disque. Tu es un artiste!’ M'en fous... Une précision au passage: ce n'est pas ma voix qui énonce les crédits, mais celle de mon claviériste.

Ce morceau commence comme de la musique d'ascenseur pour ensuite prendre une autre direction…

Oui et je suis assez content de ce titre. Il y a d'abord ces deux parties très ‘easy listening’ et un peu idiotes mais je ne savais pas comment conclure. Un ami s'est occupé des arrangements de cordes de cette finale. Ceux, stupides, du début sont de moi. On a ajouté ce bruit de tonnerre, ce qui communique ce sentiment de progression, de quelque chose qui grandit, grandit, pour soudain s'évanouir. Il fallait aussi que je case ma référence à « Pet Sounds »: de là, les aboiements de chien! Après, il y a encore cette chanson enregistrée en live avec un grand orchestre. Comme je ne cesse d'y dire ‘Goodbye, goodbye’, c’était difficile de la mettre au début... Et puis, je ne pouvais quand même pas finir sur ce « Theme From Casanova », cela aurait été trop nul.

Vraiment bizarre

Le texte de « Through a Long & Sleepless Night » est vraiment bizarre. Comment est-il né?

C'est une mélodie qui existait depuis 4 ou 5 ans. J'en ai toujours beaucoup qui me trottent dans la tête et dont je ne sais pas trop quoi faire. Apparemment, celle-ci attendait cet album-ci. Cela dit, je n'arrivais pas à lui trouver un texte, alors que tous les autres titres de l'album avaient le leur. Alors, j'ai rouvert mon carnet de notes de l'année dernière et j'ai mis ensemble tous les petits bouts que je n'avais jamais utilisés. Le procédé peut sembler paresseux mais il est intéressant... Je ne sais pas ce que j'ai à être aussi satisfait de moi. Dans les autres interviews, je n'ai cessé de trouver mes idées stupides. Pour celle-ci, je suis redevenu ce mégalomane égocentrique que je suis habituellement.

En fait, « Through... », c'est comme la traversée d'une nuit blanche et…

Au petit matin, tu allumes la radio, il y a un de ces stupides ‘Breakfast Shows’ où ils passent « Theme From Casanova». Le soleil se lève, tu entends les chiens aboyer dans les jardins... c'est affreux. C'est un concept-album! En fait, non, pas du tout, c'est un album qui respecte un thème, mais pas un concept-album.

Estimes-tu important qu'un album soit cohérent ?

Oui, pour moi, ce n'est pas qu'une collection de chansons que j'aurais, par hasard, écrites pendant une certaine période. Toutes les chansons font parties d’un tout ; c'est pourquoi il m'a toujours été difficile d'en extraire des singles. Enfin, cette fois, on le fera, parce qu'on veut faire rentrer un peu d'argent (rires). Il y aura sans doute « The Frog Princess » mais je ne suis pas sûr. Il faudra attendre... Mais tu en feras une excellente critique, tiens, voilà de l'argent...

A propos de cohésion, tu ne crois pas qu'elle est automatique quand les chansons ont été écrites au cours d’une même période ?

C'est sans doute le cas pour la plupart des artistes. Et pour moi aussi, vraisemblablement. Les textes sont le reflet des sujets de préoccupation réunis à un moment précis de l’existence. Quant à moi, j'essaie que ce soit un processus plus conscient. Le seul ennui, c'est que pendant l'écriture de cet album, je ne pensais qu'à une chose: au sexe !

Et comment te sentais-tu?

J’ai vécu pas mal de bon temps, à tourner en Europe. Mais je finissais toujours par me retrouver à Londres... sans argent! J’avais, comme toujours, tout dépensé. J'ai écrit la plupart des textes dans une piaule minable à Brixton. C'était assez déprimant. Je traversais des périodes où je me trouvais génial, et d'autres où je me trouvais à chier!

Quand écris-tu?

Il semble que ce soit toujours en hiver... Mais ce sera sans doute différent la prochaine fois, parce que je voudrais sortir un disque plus vite. Je n'aime pas disparaître deux ans, les gens ont tendance à m'oublier.

En concert, tu sembles toujours vouloir désamorcer une chanson trop sérieuse par une vanne. Par pudeur?

Je ne sais que répondre à cette question. Je suppose qu'il faut préserver une part de mystère. Tu as raison... Je ne peux pas me taper une dépression nerveuse chaque soir quand ma chanson devient trop personnelle… Comment Mark Eitzl d'American Music Club parvient-il à survivre, lorsqu’il part en tournée? Il semble à chaque fois déchirer son âme. Je ne pourrais jamais faire comme lui, je finirais en épave.

Ta musique est étonnamment ambitieuse pour quelqu'un de ton âge (25 ans). Vieillir te fait peur?

Non, non, au contraire, je suis impatient. Je pense avoir le cerveau d'un vieil homme (rires). Et donc, plus j'avancerai en âge, plus je me sentirai en accord avec moi-même. Du moins, je l'espère. En tout cas, je suis persuadé que mes meilleures années sont encore à venir. A moins que ça ne marche pas. Peut-être faut-il que je sois jeune? C'est vrai que cet album est terriblement ambitieux. Parfois, je me demande ce qui a bien pu me passer par la tête. Il y a quelque chose de trop gros, de presque boursoufflé. Mais si tu places la barre très haute, tu as peut-être une chance d'accomplir au moins la moitié du chemin. Parce que les contraintes sont si grandes, de temps et d'argent, qui te tirent vers le bas. Mais tu dois essayer. Plus c'est difficile, plus c'est intéressant.

(Article paru dans le magazine MOFO n°43 du mois de mai 1996)

 

Cowboy Junkies

L’esprit de famille…

Écrit par

Mike Timmins est le frangin de Margo, la belle crinière des Cowboy Junkies. Ce grand frère –aussi noir qu’elle est blonde ou rousse– compose les chansons délicates qu'elle susurre. Si la guitare que se réserve Mike est plus présente sur « Lay It Down », elle est tout de même loin d'être galopante... Une évolution due au changement de label, aux luttes intestines de la famille ou à une tournée opérée en compagnie de ce blueseux de Townes Van Zandt qui a d’ailleurs dédié une chanson aux CJ ?

Nous avons toujours été de grands fans de Townes. Nous ne le connaissions pas à l’époque mais nous appréciions déjà sa musique. On s'est dit que ce serait formidable de partir en tournée avec lui. Nous l'avons simplement appelé et l'idée de nous accompagner lui a plu. Il s'est joint à nous pendant les 4 mois de la tournée US. Vraiment une expérience extraordinaire parce qu’évidemment on a davantage découvert sa musique mais aussi le personnage qui est très attachant.

C’est marrant parce qu’on a souvent l’impression qu’il n’y a pas vraiment de relations entre le groupe qui ouvre et la tête d’affiche…

Tout dépend du groupe vedette. En général, en ce qui nous concerne, nous choisissons nous-même ceux qui ouvrent pour nos concerts. Parce que nous les apprécions et que nous voulons les faire connaitre. Mais il n’est pas toujours possible de se voir durant la tournée. Les premières parties viennent, accomplissent leur set et doivent faire place nette tout en pensant au spectacle suivant, alors que la tête d’affiche se prépare. Mais lorsqu’on est ensemble pour un bon moment, il est toujours bon d’échanger des idées.

Vous n’en avez pas marre de cette sempiternelle référence à votre reprise du « Sweet Jane » de Lou Reed ?

Ah ! Ah ! Bien sûr que j’en ai marre. Mais ceux qui connaissent bien la musique savent que nous avons fait autre chose. Le grand public, lui, n’a entendu que cette reprise. Pas grave, il vaut mieux qu’il la connaisse plutôt que rien du tout …

Ne croyez-vous pas qu’au moment de sa sortie, votre version de « Sweet Jane » a déclenché un déclic chez Lou Reed. Il aurait été en quelque sorte inspiré pour enregistrer à nouveau de bons albums, comme « New York » ?

J’ai le sentiment qu’au moment où nous avons sorti notre « Sweet Jane », Lou Reed était déjà bien avancé dans l’écriture des chansons de « New York ». Désolé, mais je ne peux pas nous créditer cette étincelle. (Il rit) Comme beaucoup d’artistes, Lou traverse des cycles ; pour l’instant, il est dans un très bon. « New York » est un album prodigieux. Je n’ai pas encore entendu le nouveau.

Margot dit ‘fuck’

Je me trompe peut-être mais il me semble que sur « Just Want To See », on entend Margo jurer, elle dit ‘fuck’, non ?

Oui, tu as bien entendu. Simplement, ces mots font partie des paroles de la chanson. Margo jurait aussi sur l’album précédent donc…

Est-ce un problème de lui demander d’adopter un tel langage ?

Elle aime ça ! Margo n’est pas une petite fleur, elle ne rougit pas chaque fois qu’elle dit un gros mot (il rit).

N’a-t-elle pas peur de tenir son image ?

Je ne pense pas que ce genre de considérations la touche énormément.

Cet album semble un peu plus remuant qu’à l’accoutumée, surtout au niveau des guitares…

Il est certainement plus orienté vers ma guitare. Parce que nous voulions nous concentrer davantage sur l’impact créé par les quatre instruments des Cowboy Junkies : une guitare, une basse, une batterie et le chant. Et c’est vrai que la guitare ressort plus ici, parce qu’elle remplit enfin l’espace qui lui est normalement dévolu. Il y a une évolution, mais ce n’est pas réellement neuf pour nous. Sur le premier album, « Whites Off Earth Now ! », je jouais en fait beaucoup plus de guitares qu’ici. La seule chose qui change, c’est le style.

Tu te sens proche de quels musiciens canadiens ?

Neil Young, Leonard Cohen, The Band, ce sont les trois grandes influences qui m’ont affecté musicalement.

Dans ta jeunesse, tu as pourtant milité au sein d’un groupe de new wave qui reprenait les chansons de Joy Division et Siouxsie & The Banshees…

Je crois que c’est venu plus tard. Une influence ne signifie pas nécessairement dire copier, à l’aide de ta propre expression, ce que d’autres ont fait. Une influence peut émaner d’une source d’inspiration, de quelqu’un qui te donne envie de te mettre à la musique, la peinture ou écrire un livre ? Heureusement, tu ne joues pas la même musique que cette personne !

Et Daniel Lanois, par exemple, est-ce vrai qu’il t’a influencé ?

Pas vraiment, je ne suis pas un grand fan… Je sais qu’il existe des points communs entre notre musique et la sienne mais je n’achèterai jamais un de ces disques.

Tu écoutes parfois de la musique québécoise ?

Il y a très peu de musique québécoise qui parvienne dans la partie anglophone du Canada. Ce que j’ai entendu ne m’intéresse pas beaucoup. Peut-être est-ce trop traditionnel pour moi ?

Petites chamailleries

Crois-tu que les groupes canadiens sont plus ouverts que les américains, vu l’existence de deux communautés dans ton pays ?

En général, nous sommes plus liés à l’Europe. Ce qui donne une plus grande tolérance aux gens. Un autre goût, aussi. C’est vrai pour la musique, mais pour tous les autres domaines, aussi.

L’esprit familial est-il important pour un groupe comme les Cowboy Junkies dans lequel on compte deux frères et une sœur ?

Oui. Dans un groupe, il est très important de communiquer, personnellement et musicalement. Et je crois que ce côté familial est d'une grande utilité sur ces deux plans. On se connaît très bien. Au niveau musical, notre compréhension mutuelle, le sens inné du rythme et de ce que nous aimons nous aide vraiment à communiquer ensemble.

Qu'en est-il pour Alan Anton, la 4ème roue du carrosse? Il ne sent pas oppressé par la domination de la famille Timmins?

Je le connais depuis l'âge de 4 ans, depuis plus longtemps que mon jeune frère Pete, en fait. Il fait donc aussi partie de la famille.

Y a-t-il souvent des disputes de famille, des querelles de frères et sœurs?

Non. Enfin, oui mais sans grande importance. On ne se bat pas. Nous ne sommes plus des enfants, nous avons nos petites chamailleries mais elles n'ont aucune influence sur la vie du groupe. D'un autre côté, puisque nous sommes frères et sœurs, nous disposons de plus de liberté que si nous étions étrangers l'un à l'autre. On peut vraiment se parler franchement. S'il y a un problème, on ne marche jamais sur des œufs.

Croyez-vous qu'il existe un plus grand sens de la famille au Canada qu'aux Etats-Unis?

Je ne sais pas. Tout dépend des familles. On ne peut pas généraliser ainsi. La nôtre compte six enfants et est très unie. Nos parents sont toujours ensemble. Il existe entre nous un lien vraiment très fort.

L’album recèle deux versions de « Come Calling ». Une rapide et une lente (qui rappelle d'ailleurs celle de « Sweet Jane » par rapport à celle de Lou Reed). Explication?

Nous avons d'abord écrit une version rapide. En fait, nous cherchions un nouveau rythme pour cette chanson. Nous aimions bien la version rapide mais en l'enregistrant, nous sommes passés par une phase de déconstruction du morceau : c'est-à-dire que nous l'avons ralenti pour voir comment il sonnait. On a vraiment savouré ce ralenti qui donnait en plus une nouvelle connotation aux paroles. Au final, les deux chansons étaient différentes. Quand nous les avons enregistrées, nous adorions les deux versions. On s'est dit qu’il pourrait être intéressant d’inclure les deux sur le disque. D'une certaine façon, nous avons réalisé une reprise d'un de nos propres morceaux. Mais d'un autre côté, les paroles traduisent deux points de vue de la chanson, un masculin et un féminin. Le morceau rapide constitue la vision masculine des événements et la lente, la féminine. Ce sont donc les mêmes événements et les mêmes paroles, mais leur côté émotionnel est différent.

C'est pas un peu cliché? La masculine est rapide et plus ‘violente’, la féminine est lente et plus ‘délicate’...

Peut-être mais il n'existe pas de clichés qui ne contiennent pas une partie de vérité. (Il rit)

N'êtes-vous pas à l'étroit dans le style musical que vous avez créé?

Non. Nous avons un son très distinct et spécifique. Pour des raisons étranges, certains estiment que c'est un inconvénient, alors que perso c'est un avantage! C'est en tous cas très inhabituel pour un groupe comme le nôtre. Dès qu'on nous entend, on peut dire que c'est nous! Devrions-nous sonner comme tous les autres? Les Cowboy Junkies ont leur son. Si je veux créer autre chose je monte un projet parallèle ; c'est d'ailleurs ce que concrétise dans les musiques de films. Et je travaille avec d'autres groupes... Mais je n'ai pas l’intention d’enregistrer un album solo: je fais ce que je veux dans le contexte des Cowboy Junkies, puisque je suis le responsable de l’écriture des chansons. Je n'ai donc aucune frustration musicale.

Important pour vous, le changement de label?

D'un point de vue business, il était temps de prendre cette décision. Nous pensions qu'il serait judicieux de travailler en compagnie d'autres personnes, de compter sur un label plus motivé à l'idée de collaborer avec nous. Le temps était venu de changer, après avoir réalisé 4 albums chez RCA.

Es-tu toujours satisfait de la façon dont Margo interprète tes chansons?

Oui, parce que je n'ai pas d'idées préconçues sur la manière dont elles doivent être interprétées. Le plaisir qu'elle a de chanter émane de la latitude dont elle dispose pour y mettre sa propre expression. Cela me fascine toujours de l'entendre interpréter une de mes compositions. Il n'y a pas une chanson où je me suis dit: ‘C'est tout à fait faux’. Si ça arrivait, on en parlerait et on arriverait à se mettre d'accord sur la façon dont elle doit l’être.

Est-ce qu'un jour vous réenregistrerez un disque dans une église comme vous l’avez effectué pour le 1er album?

M'étonnerait... On pourrait recommencer des sessions à l’aide d’un seul micro, mais ça m'étonnerait qu'on retourne dans une église pour le faire... D'accord, les conditions permettent de communiquer une certaine atmosphère au disque. Parce que c’est une église d'abord ; et puis à cause de la réverbération qu'elle produit.

(Article paru dans le magazine MOFO n°42 d’Avril 1996)

 

Jah Wobble

Les PIL étaient plates, il a fallu les recharger…

Écrit par

Il commence sa carrière à 18 ans, en 78, comme bassiste de Public Image Limited. Les deux albums enregistrés en compagnie du groupe de Johnny Rotten ("First Issue" et "Metal Box"), avant de le quitter, ouvriront les portes à la new-wave. Dès les premières lignes de basse concédées à PIL, on se rend compte qu'il s’agit d’un bassiste d'exception. Jah Wobble le prouvera en solo (en publiant des long playings comme « Betrayal » ou « Snakecharmer ») et aujourd'hui, chez ses Invaders of The Heart. Son dernier opus (« Take me to God ») est un des ses meilleurs disques ; il y utilise la recette de la world music pour mitonner sa spécialité du chef : d'excellentes chansons chargées d’atmosphères. Le premier sujet abordé par Jah concerne la longue éclipse qui l'a éloigné des studios et des scènes...

Je n'ai jamais été quelqu'un de très régulier. Je ne suis pas comme ces musiciens qui réalisent un album tous les ans, tels des métronomes. Je suis plus dissipé. Je ne reste jamais à rien faire. Je me déplace d'un endroit à l'autre, sans toujours me soucier de mon emploi du temps. J'aimais aussi bien aller boire un verre, plutôt que de travailler. Et puis un jour, je me suis rendu compte que j'étais devenu alcoolique. Oh, rien d'extraordinaire, juste un alcoolo comme il en existe beaucoup...

Alcoolo

Tu en parles volontiers?

Pourquoi pas? Ce n'est pas un problème qui sort du commun... Il y a des tas de gens qui ont des problèmes avec l'alcool ou la cocaïne, peut-être plus encore dans le rock business... Sans doute à cause de la pression terrible qu’il fait subir aux rockers. Le rock bizness encule les gens! (rires) La conséquence de la frustration. Ce qui n'est pas neuf, ni spécifique aux musiciens : les mineurs de fond connaissaient aussi des problèmes d'alcool ! Mais finalement, je crois qu’il est bénéfique d’être confronté à un tel danger. Bien sûr, il faut arriver à s'en tirer. Mais en ce qui me concerne, c'était devenu si grave, que je devais trouver une solution. Obligé.

Tu as donc arrêté la musique. Tu as eu un autre job?

Oui, des petits boulots. Et je me suis désintoxiqué, je suis redevenu sobre. Camionneur… J'ai aussi été conducteur de métro à Londres. De retour à la vraie vie... Il a dû se passer 3 ou 4 ans pendant lesquels j’ai décroché de la musique. De 84 à 88, même si un album est paru pendant cette période. Mais là, je m'étais laissé bouffer par la drogue et l'alcool. Et puis, une fois clean, j'ai ressenti que l'envie revenait

Tu acceptes de parler de ce passé?

Ca m'est égal !

Quel souvenir gardes-tu de l'époque de Public Image Ltd?

Très, très amusant ! C'était une période un peu folle. Des tas d’événements dingues me sont arrivés. Et je suis très heureux de les avoir vécus, et surtout d’y avoir survécu, bien sûr. Après avoir quitté le groupe, je me suis dit que l’aventure PIL n’était guère extraordinaire, que des tas de groupes partageait un même concept, revendiquaient un même son. Un an plus tard, je me suis rendu compte que ce n'était absolument pas le cas. Pour l’époque, nous étions vraiment des marginaux. Notre créneau était totalement spécifique ; mais c'était aussi quatre types qui prenaient quatre drogues différentes à des moments différents…

C'est la raison pour laquelle tu as claqué la porte?

Non. Il y a un aspect qui me dérangeait. Trop de monde tournait autour de PIL. Des coiffeurs, des gens du style ; et de moins en moins de paramètres retenaient mon attention. Perso, j'ai toujours apprécié, sur le moment, ce qui pouvait se produire d'intéressant autour de nous. Et là, j'avais l'impression qu'il ne se passait plus rien ou en tout cas, pas suffisamment d’événements. Trop peu de concerts, par exemple. Il me semblait qu'on pouvait en accorder davantage et bien meilleurs... Mais au fil du temps, on a tendance à ne retenir que le positif, même si la période était difficile, même si les egos étaient surdimensionnés, les disputes débiles et la tension permanente... D'une certaine manière, je garde une image parfaite de cet épisode. PIL, je n'y suis resté que deux ans, mais au cours de cette période on a enregistré deux albums importants, deux disques qui ont permis d’ouvrir des voies...

Ensuite, tu rencontres Holger Czukay, de Can. Tu le considères comme un professeur?

Je l'ai rencontré à Londres vers 78, grâce à un ami commun. Je connaissais quelques bribes du répertoire de Can, et je n’en connais pas davantage aujourd'hui. Je ne me considère pas comme un grand fan de Can, mais j'aime bien certains trucs. Les plus bizarres, les plus allumés. Un morceau comme « Hallelujah », j'adore! Mais le reste, ce qui est davantage orienté rock'n'roll, me semble moins intéressant. Bref, je préfère le répertoire le plus expérimental, surtout quand Jaki étale sa technique incroyable à la batterie. Les bandes live que j'ai entendues m'ont semblé excellentes. Pour en revenir à Holger, il est devenu un professeur, car il est parvenu à faire ressortir des capacités qui existaient déjà en moi, mais à l'état latent. J'avais déjà en mon for intérieur, cette suspicion vis à vis de la musique. Holger m'a aidé à la formuler. Il a été une grande inspiration pour moi, et j'aime les gens qui m'inspirent. Aujourd'hui, à mon tour, c'est une grande fierté de rencontrer des gens qui me disent qu'ils s'inspirent de moi. A ceux-là, jamais je ne dis : ‘Tu dois faire ci ou ça’. Je préfère les discussions sur les principes généraux, pour les aider à se positionner comme interprète ou musicien. Je n'ai jamais cherché à copier Holger, mais bien à appliquer ses principes à mon cas personnel. Je travaille dans son esprit, mais pas comme lui. Il y a aussi chez lui un côté ‘Jouons d'abord, réfléchissons ensuite’ qui me plaît beaucoup.

A quelle musique tu t'intéresses aujourd'hui?

Parmi les formes modernes, je dirais la techno. C'est très naïf mais très énergisant, ça me plaît bien. Je crois qu'il y a un parallélisme avec la musique punk de l'époque où j'ai débuté.

Ta musique reflète-t-elle, d'une certaine façon, une ‘prise de position politique’?

Oh, tout est politique, si on veut. Le comportement de chacun a une signification, donc c'est de la politique à la limite. Mais je veux éviter la politique avec un grand P, parce que j'estime que c'est de la merde ou quasi. J'essaie de me construire une vie la plus efficace possible. Et pour y parvenir, à mon avis, il faut chercher une sorte de spiritualité. Donc, la politique... Attention, j’admets que cette manière de vivre n'est valable que pour moi et pas pour les autres. Je comprends bien qu'on se passionne et se batte pour une cause comme la préservation de la forêt amazonienne ou quelque chose de ce style-là. Mais, ma propre vie est guidée par une spiritualité et par la musique, bien sûr.

Tout est jeu

Tu es marié?

Non, divorcé, j'ai deux gamines.

Qu'as-tu appris d'elles?

Une ouverture d'esprit. Je les regarde comme celui que j'étais à leur âge. Chez les gosses, il y a, à la fois, folie et spontanéité. Je me dis qu'elles représentent l'équilibre que j'ai cherché pendant des années... Il suffit de les observer jouer. Pour elles, tout doit être merveilleux, tout est jeu, tout est joyeux : qu'elles s'imaginent être dans le cosmos ou soient simplement dans le jardin… Une ouverture d’esprit qui m'a aidé à voir les choses différemment.

John Wobble, c'est ton vrai nom?

Oui, oui.

Sais-tu que la drummeuse d'L7 a appelé son chien Jah Wobble?

(très pince-sans-rire) Génial, excellent. Il doit effectivement y avoir quelques chiens, quelques chats qui portent mon nom. J'en suis heureux.

Tu portes toujours ce béret?

Non, pas toujours. Des chapeaux ausi. J'aime revêtir de beaux costumes et les assortir d’un couvre-chef. J’adore les grands chapeaux. En général, je suis très, très bien habillé.

Tu imagines ta carrière future?

J'ai l'intention de rester longtemps dans la musique. Et c'est bien, j'y suis à ma place et il y a une place pour moi, je ne dois pas trop me tracasser. Je ne peux pas imaginer un jour en avoir marre au point d'arrêter d’en jouer ou ne plus avoir suffisamment d'idées pour pouvoir continuer. Bien sûr, c'est comme tout le monde, il m'arrive d'être un peu las, surtout quand il s'agit de faire la promo d'un disque. Je t'assure. Par exemple, je déteste accorder des interviews par téléphone. Quelle horreur! Bref, c'est comme quelqu'un qui prend le train chaque jour pour aller au travail, il lui arrive d'en avoir ras-le-bol. Mais, je ne crois pas que je puisse être complètement dégoûté de mon métier au point d'arrêter de le pratiquer.

(Article paru dans le magazine Mofo n°27 de septembre 1994)

 

Siouxsie & The Banshees

La peur de l’inconnu, c’est dans la nature humaine…

Écrit par

Trois ans de silence radio pour Siouxsie & The Banshees et enfin s'annonce le successeur de « Superstition », dernier effort studio du groupe, à ce jour. Rencontrée dans un grand hôtel parisien, Siouxsie Sioux, grande prêtresse du band, évoque ses projets, la musique en général et sa collaboration avec John Cale, qui produit le nouvel album, « The Rapture ».

Confortablement installée sur un sofa moelleux, ses longs cheveux noirs ramenés en chignon, le visage couvert d'une couche épaisse de fond de teint (elle est tombée dedans, à mon avis), ses grands yeux fixant vos moindres mouvements et vos plus discrètes réactions, Siouxsie Sioux se confie paisiblement. Elle avoue une grande admiration pour John Cale et explique le choix de ce dernier comme producteur.

Nous avons terminé l'enregistrement de l'album, au cours de l'été 93. Peu de temps après, nous devions nous produire dans plusieurs festivals. Avant notre départ, je suis allée à Paris pour vivre le concert du Velvet Underground : un des meilleurs shows auquel je n’ai jamais assisté. Ensuite, nous nous sommes embarqués pour cette tournée de festivals : Reading, le Portugal, la Grèce etc... Quand tout s’est terminé, j'ai réécouté « The Rapture ». Il comptait neuf titres à l'époque, et j'ai eu le sentiment qu'il n'était pas achevé. Je voulais y ajouter d'autres morceaux. La firme de disques était prête à sortir le CD, mais j'ai refusé. Je voulais disposer d’un peu plus de temps, écrire d'autres chansons, et peut-être rencontrer quelqu'un susceptible de le finir, parce que jusque-là, nous l'avions produit entièrement nous-mêmes.

6 mois de recherches

Vous avez cherché longtemps?

Pendant six mois! La maison de disques nous suggérait des titres... débiles! Ils prenaient la liste des hit-parades et disaient: " Voyons un peu... qui s'en sort bien? ". Les noms étaient suggérés en fonction du classement!! Bref, on commençait à devenir nerveux... A la même époque, Budgie et moi devions nous rendre à Paris. Nous avions été invités par Hector Zazou (Sahara Blue) pour participer à quelques sessions de son nouveau disque, « Songs From the Cold Sea », une œuvre consacrée à des chants lapons norvégiens, de la mer des pays nordiques... Une très belle idée à laquelle je prête ma voix. Un dimanche de février, nous étions en studio. Et là, nous avons appris que John Cale devait venir chanter sur un des morceaux. Nous l'avons approché.

Sa réaction?

Il était très flatté, mais il désirait d'abord écouter une cassette avant de s'engager. Nous nous sommes rendu compte qu'il était fort occupé : musiques de films, composition d'un opéra, réalisation d'un nouvel album... Il a écouté la cassette et a conclu: ‘Je serais enchanté de produire votre disque, mais tentons d'abord de trouver un moment pour s’y mettre’. Il a débarqué à Londres fin mars, début avril. Nous avons opéré les réenregistrements et mis en boîte les chansons que nous avons composées avec lui. En une semaine, tout était terminé! Puis nous nous sommes repartis à New-York où John connaissait un studio pour remixer les morceaux enregistrés, ainsi que « Fall From Grace » qui demandait à être retravaillé. Voilà pour l'histoire...

Quels sont les avantages et les inconvénients de l'autoproduction?

J'avais l'impression que nous avions perdu une partie de notre âme sur « Superstition » : trop de computers, de mixages, etc. Cette succession de traitements avait fini par dénaturer notre musique ; et puis je ne voulais plus entendre parler de boîtes et de machines. En 92, j'ai définitivement quitté Londres pour m'établir en France. J'ai emmené avec moi tout le groupe et nous nous sommes  installés dans ma nouvelle demeure. J'avais des idées très précises sur la façon dont je concevrais ce nouvel album. Nous l'avons produit nous-mêmes, nous avons pu faire sonner les morceaux exactement comme ne le souhaitions. Le problème, c'est que lorsqu'on travaille intensivement sur un projet, on ne peut plus le mettre en perspective et prendre le recul nécessaire. Nous avons compris qu'il nous fallait quelqu’un d’extérieur pour superviser le travail. C'est la raison pour laquelle nous avons demandé à John Cale de nous épauler. C'est quelqu'un que nous respectons et qui a engendré chez moi une confiance que je n'aurais ressentie avec personne d'autre. Je crois qu'on peut dire qu'il y avait entre nous une vraie complicité : il était très facile de lui expliquer ce que nous voulions.

Facile d'intégrer des instruments comme le violoncelle et l'accordéon dans votre musique?

Oui, parce que Martin est accordéoniste de formation. Il s’était surtout chargé des synthés sur « Superstition ». Je lui ai demandé de jouer du violoncelle, parce que c'est un instrument plus physique: on peut facilement entendre les cordes et l'archet ; et de plus il peut être utilisé de façon très agressive. Sa place est importante dans la construction du son de l'album.

Ce projet semble plus calme et reposé ?

Il est certainement plus relax. Nous nous sentons beaucoup plus en paix avec nous-mêmes qu'avant. Mais cet album a ses humeurs; il commence de façon très innocente et stupide (« O Baby ») mais il évolue ensuite au fil du voyage au pays des sentiments, des dilemmes sur la vie et l'amour…

Avez-vous déjà pensé à changer complètement le style de votre musique?

Non, parce que je ne conçois pas Siouxsie & The Banshees comme un concept limité par ses influences… Nous n'avons jamais prétendu être un groupe de jazz, de rock ou une formation punk ou blues. Nos goûts sont très éclectiques. Si nous entendons quelque chose d'intéressant, nous essayons de le réinterpréter à notre façon: nous reprenons à notre compte plusieurs styles sans jamais les parodier.

Creatures

The Creatures, est-ce une sorte d’échappatoire aux Banshees ?

Perso, The Creatures est un projet beaucoup plus simple et dépouillé que les Banshees : c'est un croquis par rapport à une peinture à l'huile. C'est rapide, ce sont des percussions et des voix, c'est instantané ; l'approche est plus simple, on s'embarrasse moins de détails.

Mais un croquis peut être très réussi?

Oui, bien sûr. Je ne donne pas l'avantage à l'une ou l'autre formule. Mais The Creatures est un travail spontané et vite fait.

Peut-on espérer un nouvel album des Creatures?

Oui, mais je ne sais pas quand, dans un an ou deux...

La musique des Creatures utilisait des ingrédients de la world music...

Les Creatures intégraient des influences espagnoles, et des séquences de tambours japonais, dont Budgie est grand amateur.

Comment jugez-vous la musique actuelle de Robert Smith ?

Je ne l'écoute pas. Je ne juge personne.

Vous n'aimez pas ce qu'il fait?

Je ne connais pas son emploi de temps. Il a été guitariste des Banshees durant quelques mois, il y a très longtemps. Je n'ai plus de contacts avec lui.

Vous jouez de la musique depuis longtemps... N'y a-t-il, à vos yeux, pas quelque chose d'injuste dans le statut de musicien rock confirmé? En comparaison avec le blues, le jazz et la musique classique, plus un rocker dure, plus les gens ont tendance à se méfier de lui...

C'est une ‘disposable attitude’. Sans doute parce que le culte de la jeunesse est très important ! Pour ceux qui baignent dans la musique rock, le fait de vieillir pose problème: ils n'acceptent pas que ce qu'ils écoutent vieillisse aussi. Donc ils mettent une date de péremption sur tous les produits musicaux qu'ils écoutent. Ils refusent d'évoluer. Mais c'est leur problème.

Sur l'un des morceaux, « The lonely one », on remarque la présence d’un accordéon et puis d’une voix qui s’exprime en français. Un hommage à la France, pays où vous vivez à présent?

Non pas vraiment. En fait, c'est John Cale qui a suggéré l'idée. Elle s'intégrait bien au morceau, il n'y a pas d'autres significations. C’est un peu cliché, mais il était amusant de jouer avec cette fausse image de la France qu'ont les Anglo-Saxons.

Pauvre scène anglaise

Quel regard portez-vous sur la scène anglaise actuelle?

Je crois que la presse britannique est un élément destructeur. Les journaux musicaux y tentent désespérément de trouver ‘the next big thing’, la prochaine sensation. De jeunes groupes se retrouvent ainsi à la une alors que leur premier single vient à peine de sortir. Le poids à porter subir pour ces artistes est énorme pour la suite de leur carrière qui vient à peine de commencer. Ils sont portés au pinacle instantanément pour être aussitôt descendus en flammes et oubliés au plus vite.

C'est dommage, parce que la scène anglaise a toujours joué un rôle important dans la musique rock?

Oui, mais plus maintenant! Le public écoute plus volontiers des formations ou des artistes américains, aujourd’hui. Et c'est inévitable. Pour deux raisons: d'une part, aux States, il existe la tradition des ‘colleges radios’ ; d'autre part il faut analyser la façon dont les maisons de disques et la presse musicale anglaises se comportent. J'espère que les Anglais se réveilleront bientôt et mettront fin à ce phénomène. Les groupes eux-mêmes doivent être assez intelligents pour prendre leurs distances vis-à-vis des médias et se protéger.

Un nouveau courant, baptisé nouvelle vague de la nouvelle vague, serait occupé de prendre la relève, en Angleterre. Votre opinion?

C'est un signe d'appauvrissement, je pense. Mais ce phénomène renvoie à mon opinion sur la presse musicale anglaise qui veut être la première à dénicher la nouvelle ‘hype’ et pouvoir annoncer que c'est à la mode. C’est le résultat de la compétition entre les magazines. Si j'étais un de ces groupes, je détesterais cette appellation, comme d'ailleurs je détestais qu'on nous définisse comme un groupe punk. Qu'est-ce que cela signifie? Trop limité et si pratique pour les paresseux qui manquent d'imagination. On ne laisse pas les gens décider eux-mêmes, j'ai horreur de ça!

Pourquoi le public accepte-t-il très difficilement qu'un artiste change de style, non pas par pur intérêt commercial, mais simplement parce qu'il vieillit et que son approche musicale change au fil du temps?

Les gens, bien qu'ils vous conseillent d'évoluer et de changer, sont coincés par leurs habitudes, ont tendance à écouter ce qu'ils connaissent et n'aiment pas trop l'inconnu. C'est une sorte de filet de sécurité. Ils sont, en fait, très conservateurs. C'est comme ceux qui voyagent : un Anglais au Maroc veut trouver un endroit où on vend des fishs & chips, un Français, un restaurant de cuisine française... C'est incroyable et triste à la fois : l’être humain a peur de l’inconnu. Cette réaction appartient sans doute à la nature humaine.

(Article paru dans le magazine Mofo n°30 de février 1995)

 

Connan Mockasin

Comme un enfant dans sa bulle…

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De son véritable nom Hosford, Mockasin est néo-zélandais. Il avait publié un superbe album l’an dernier, « Forever Dolphin Love ». En fait, il s’agit de son second opus, une version retravaillée de « Please Turn into the Snat », qu’il avait sorti en 2010. Juste avant de monter sur les planches de l’Orangerie du Botanique, ce 26 mars 2012, il nous a accordé une interview. Peu loquace, timide et le plus souvent évasif, déblatérant dans un anglais à couper au couteau, il se révèle néanmoins sympa et souriant. Et finalement, il me fait penser à un ado qui a décidé de s’enfermer dans sa bulle pour n’en sortir que lorsqu’il se produit en ‘live’. Il va d’ailleurs le démontrer, un peu plus tard, tout au long de son set… L’entretien ? Il ne m’apprendra pas davantage que je ne savais déjà. Vu le contexte, cet article a donc été rédigé sous une forme beaucoup plus descriptive que d’ordinaire…

Avant d’entamer une carrière ‘solo’, Connan a milité au sein d’un groupe de blues, Connan & The Mockasins. Un cheminement qui semble logique puisque tout gosse, il écoutait les disques de son paternel, et en particulier ceux de BB King, Hendrix, Clapton et Buddy Guy. Le trio a même tenté de se faire une place au soleil (?!?!) en Angleterre, mais sans grand succès. Et puis, Mockasin n’était pas tellement convaincu par cette aventure. Si bien qu’il est retourné dans l’hémisphère sud.

C’est la maman de Connan qui va jouer un rôle important dans sa carrière. C’est elle qui l’a poussé à sortir un disque. Elle s’inquiétait de voir son fils incapable de décrocher un job et de gagner sa vie. Alors, elle lui a conseillé de foncer. Et le fiston d’enregistrer dans une petite maison en bois à côté de celle de ses parents.  

Donc à l’origine, il a réalisé cet album, pas pour le grand-public, mais pour satisfaire à la demande de sa mère. Il l’a conçu comme un live. En solitaire, suivant l’inspiration. Les rares collaborations extérieures se limitent à quelques drums. « Chaque chanson a été écrite puis enregistrée, l’une à la suite de l’autre, sans jamais chercher à donner un ordre bien précis aux morceaux ».

Hormis Crowded House, groupe préféré de sa maman, et les bluesmen notoires qu’écoutait son père, on ne peut pas dire qu’il soit très réceptif à l’histoire de la musique pop/rock et même à la scène contemporaine. Lui parler de Syd Barrett et de Robin Hitchcock ? Pour le premier, il n’y voit aucune affinité. Quand on second, il n’en a jamais entendu parler. Enfin, le label Flying Nun qui a notamment donné naissance, au cours des eighties et des nineties, à des groupes ou des artistes comme The Bats, Bailter Space, The Chills, The Clean, Jean-Paul-Sartre Experience, David Kilgour, Chris Knox et les Verlaines, il en a entendu vaguement parler. Mais cette scène pourtant aussi remarquable qu’injustement méconnue ne l’a absolument pas touché. Ariel Pink constitue quand même une référence. En fait, il puise ses principales influences dans les B.O. de films. En particulier celles réalisées par Joe Hisaishi et Jonny Greenwood.  

Connan est également peintre, dessinateur et avoue être très branché sur les visuels. Ses dessins, il les réalise en papier mâché avant de les peindre. Ces poupées lui ressemblent. Ou alors à Andy Warhol ! « Je ne sais pas ! J’ai dessiné avant de jouer de la musique. Je me demande si je ne suis pas meilleur en dessin, d’ailleurs. » Ce sont les circonstances de la vie qui l’ont poussé à privilégier la musique. Il estime également que dessiner une pochette apporte une valeur supplémentaire à un disque. Plusieurs de ses figures illustrent ainsi le booklet de ‘Forever Dolphin Love’. Pour lui, il existe cependant un lien entre la peinture et la musique. Car ces deux formes d’art ne demandent pas nécessairement de la réflexion, mais du feeling. Un peu comme quand on se produit en public. Il estime également l’aspect visuel de ses compos très important pour accompagner sa musique ? Mais ce n’est pas lui qui réalise ses clips…

Mais pourquoi Mockasin est-il retourné en Angleterre ? Tout simplement parce qu’il estimait que le public n’était pas assez réceptif à sa musique en Nouvelle-Zélande. Au départ, on ne peut pas dire que l’accueil ait été plus chaleureux en Grande-Bretagne. Jusqu’au moment où Erol Alkan, boss du label Phantasy ne découvre l’artiste et décide de publier l’elpee. « Erol est simplement quelqu’un en qui j’ai confiance ». Est-ce pour autant, son ami ou son guide. La réponse fuse : « Non, c’est mon boss ! »

Charlotte Gainsbourg a demandé à Connan Mockasin d'écrire un titre pour son nouvel opus, ‘Stage Whisper’. Et puis ce dernier va participer à la prochaine tournée de la fille de Gainsbarre et Jane. Qui passera par les Nuits Botanique ce 19 mai 2012 dans le cadre de leur périple commun baptisé justement ‘Stage Whisper’. « Elle m’a rejoint sur scène, hier à Paris (NDR : c’était à la Cigale) et on est souvent en contact, en ce moment. Via le ‘chat’, notamment »

Connan a également d’autres projets. Dont celui qu’il partage en compagnie de Sam Dust, le leader de Late Of The Pier. Et un album devrait paraître. Quand ? C’est une autre histoire, puisque le tandem bosse dessus depuis plus d’un an. Mockasin s’explique : « Mais Sam est présent ce soir. Il a rejoint mon groupe pour cette tournée. L’album est presque achevé. On est content du résultat. J’espère qu’on pourra le sortir cette année encore. Mais il n’a pas encore de titre. ‘Soft Lizard’, peut-être ? » 

Mockasin envisage quand même graver un nouvel opus personnel. Il voudrait qu’il soit plus accessible, plus simple que le précédent. Mais n’est-ce pas risqué de le souhaiter plus abordable ? Il réagit au quart de tour « Non, ça ira, je gère. Même pas peur, j’assure… »

La musique de Mockasin est contagieuse. Lorsqu’une mélodie entre dans votre tête, difficile de s’en débarrasser. Elle peut même trotter plusieurs jours dans votre tête. Il semble étonné : « J’essaie toujours de composer des chansons qui sont agréable à écouter. Mes mélodies sont contagieuses ? C’est bizarre. Enfin, perso, je ne le suis pas ! » (rires) Sa musique est également atmosphérique. Parfois on se demande même si elle ne s’adresse pas davantage aux âmes qu’au corps. Aux esprits plus précisément. Mais notre interlocuteur croit-il aux fantômes, lui qui vit aujourd’hui en Grande-Bretagne où les histoires de revenants sont légion. Au cours de son enfance, dans son patelin natal de Te Awanga, un petit village sis au Nord de la Nouvelle-Zélande, il avait, en compagnie de quelques copains, joué aux fantômes, une histoire qui avait failli mal tourner. Et puis, en Angleterre, il avait aussi commencé à enregistrer son premier opus, dans une maison au sein de laquelle s’étaient produits des phénomènes paranormaux. Connan feint de ne jamais avoir entendu parler de cet épisode : « Oui, il doit exister quelque chose de surnaturel sur cette terre. En Angleterre et en Ecosse, je suis étonné de ne pas rencontrer plus de fantômes. A cause de ces nombreuses vieilles bâtisses. Mais il est vrai que ce sont des expériences complexes et mystérieuses… »

Chaque hiver, Mockasin retourne chez lui. Enfin depuis quatre ou cinq ans. Ce n’est pas pour y vivre l’été. Il n’aime d’ailleurs pas trop la chaleur. Il préfère l’automne. Serait-il nostalgique voire mélancolique ? Il l’était et déclare avoir tourné la page, même s’il aime toujours autant les couleurs de cette saison… sans doute un peu comme Robin Proper Sheppard de Sophia. « Sofia ? C’est ma tour manager. Elle est française » Elle entre à cet instant dans la loge en compagnie de l’attaché de presse, pour me signifier que le temps imparti pour l’interview touche à sa fin…

Juste le temps de sortir les planches destinées à un kamishibaï, illustrant l’histoire des babouches d'Abou Simbel. Et soudain de voir le visage de Mockasin s’illuminer. Comme un enfant, à qui on allait raconter une histoire…

(Merci à Vincent Devos)

 

Elvy

Je suis quelqu’un de bien plus triste et désabusé qu'engagé…

Écrit par

La voix haut-perchée, au timbre si particulier, une guitare ou un piano pour l’accompagner, Elvy est un ‘singer/songwriter from Belgium’ tel qu’il se définit lui-même. En publiant ‘The Home and the World’, son troisième opus, sorti en mars 2012, Lionel Vanhaute alias Elvy n’en est pas à son coup d’essai. L’artiste folk/rock avait déjà sorti un premier album intitulé ‘Farwest’, début 2004. Vient ensuite ‘Home recordings’, un recueil de 24 morceaux composés entre 2005 et 2010, tout au long duquel Elvy nous dévoile un univers teinté d’un subtil mélange de douceur, de tendresse et de mélancolie.

Ce qui frappe à la première écoute de ‘The Home and the World’, c’est cette voix en ‘falsetto’ dispensée un peu à la manière de Neil Young, version acoustique. Elvy commente : « J’ai appris à chanter vers 17 ans. Je suis né en 1980. 1997 est l’année d’‘Ok Computer’. Ainsi, j’ai été, en partie, marqué par Thom Yorke. Neil Young dont j’apprécie les premiers albums acoustiques, constitue également une référence. Je ne sais si c’est ma voix naturelle, elle est venue ainsi. »

Bien que francophone de Belgique, Elvy chante en anglais. Il justifie ce choix : « La culture anglophone, par son omniprésence, est également devenue la nôtre. Nous avons donc une double culture et il est aussi légitime de s’en référer autant à l’une qu’à l’autre. C’est une question de penchant. Certains adeptes d’identité culturelle le regrettent, mais je pense que nous ne pourrons pas revenir en arrière et que cette situation nous donne au final une plus grande richesse intellectuelle. »

Elvy n’est pas uniquement un chanteur-compositeur doué. C’est également un multi-instrumentiste talentueux. En effet, il joue de la guitare, de la basse et du clavier. Tous les autres instruments entendus sur ses albums, comme la batterie et les violons, sont en fait des instruments virtuels interprétés au clavier. ‘The Home and the World’ comporte par ailleurs deux morceaux instrumentaux. Elvy s’en explique « J’ai toujours aimé la musique instrumentale, que ce soit la musique classique, le post-rock ou même la musique de film. En composant, il arrive parfois que les doigts jouent des accords sur la guitare et que le chant n’arrive pas à s’intégrer. On sent qu’on tient un truc instrumental et que mettre de la voix n’aboutirait à rien. C’est ce qui s’est passé pour ces deux morceaux ».

A l’écoute de la plupart des compos, à l’instar de ‘Sandflower’ et de ‘The Storm’, on remarque l’omniprésence de la guitare acoustique, le plus souvent jouée en picking. Elvy nous confie : « Je n’ai pas de maîtres dans le sens ou j’ai longtemps été mauvais en picking. J’ai appris seul, parce qu’il le fallait bien pour étendre les possibilités. J’aurais voulu être aussi doué que Ron Sexsmith ou Leonard Cohen ». Excepté une base de solfège acquise auprès d’un professeur, Elvy a vite abandonné le classique pour s’adonner à la musique folk, sans être un féru de jazz pour autant. Et d’ajouter : « J’apprécie certains arrangements mais le swing n’est pas trop mon truc. »

Le jeune trentenaire n’a pour le moment plus de lien avec une quelconque maison de production (NDLR : autrefois, il relevait de l’écurie JauneOrange). Au contraire, faute de label, il a choisi la voie de l’autoproduction. Ainsi, quarante-sept morceaux issus de ses trois albums sont téléchargeables sur son site elvy.bandcamp.com. Elvy concède : « Je n’ai que très peu de chansons en réserve car, bizarrement, je valide tout ce que je fais. Au lieu de composer trente chansons à la va-vite et en garder douze, j’en écris douze que je peaufine jusqu’à ce qu’elles puissent être utilisables. J’ai bien sûr des chutes mais elles ne représentent qu’un quart des 47 morceaux sur bandcamp. » Cependant, pour l’artiste bruxellois, les chansons non publiées peuvent toujours être réutilisées, réarrangées, désossées pour reprendre un refrain, un accord voire un son.

S’il s’est déjà produit au Botanique et à l’AB, ce sont cependant les petites salles où Elvy partage son univers particulier, notamment lors de showcases ou de concerts privés ou en tant que support artist. Cet admirateur de Léo Ferré et de Salvador Allende plaide pour une vision artistique globale, ce dont on peut prendre la mesure en parcourant la rubrique ‘extra’ de son site internet elvy.be . Il confesse cependant : « Il y a certainement un engagement dans ces chansons mais il n'est présent que comme part de moi-même. Je n'ai pas l'envie de composer des morceaux dont l'essence même est la lutte sociale. Je suis quelqu’un de bien plus triste et désabusé qu'engagé. »

Elvy s’est construit progressivement un monde à part dans le milieu de la chanson folk. Ses mélodies légères, éthérées et sa voix aérienne et délicate forment un tout indissociable, qui devrait plaire à ceux qui sont à la recherche d’une atmosphère paisible telle que celle qui se dégage de chansons comme ‘Childhood’, ‘Landfall’ et ‘Unwise’.

Elvy, un artiste à découvrir d’urgence pour les amateurs du genre.

 

Chumbawamba

Anars populaires

Il aura donc fallu 8 albums en 14 ans de galère (et de distribution alternative) avant que Chumbawamba ne parvienne à sortir la tête de l'eau, ou du lot, si vous préférez. Le groupe de Leeds, après avoir milité dans un punk anarchiste, rebelle et intello, s'était pourtant converti à la pop, en 1990. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après avoir rejoint une multinationale (EMI) qu'il décroche enfin un hit single avec « Tubthumping ». Pourtant, les paroles des chansons sont restées très révolutionnaires... La ‘contradiction’ méritait les explications du chanteur Danbert ‘The cat’ Nobacon et du bassiste Paul Greco. Et c’est ce dernier qui prend d’abord la parole…

P.G. : En fait, nous nous sommes un peu brouillés avec notre ex-label One Little Indian. Ces gens s'étaient mis en tête de contrôler notre création. Ils ont complètement saboté la promotion d'un album que nous avons enregistré après « Anarchy ». Et lorsque nous leur avons proposé les démos de « Tubthumper », ils nous ont suggéré de plutôt sortir... un ‘best of’. Nous sommes donc partis, finançant nous-mêmes ce CD. Finalement, nous avons conclu un accord avec EMI-Allemagne, mais il ne porte que sur une période de 6 mois. Après quoi, nous prolongerons notre collaboration, si ça colle toujours ».

Collectif Anarchiste

Chumbawamba compte huit membres. Pas trop difficile à vivre?

P.G. : Pas vraiment. Tout au long de notre histoire, nous avons été un collectif anarchiste: quelle que soit la décision à prendre, aussi bien dans le domaine de l'écriture que des concerts, le choix des morceaux, nous nous mettons toujours autour de la table pour en discuter. Nous fonctionnons comme une démocratie réaliste et l'argent est réparti équitablement entre nous.
D. N. :
Bien sûr, nos opinions sont parfois divergentes et des problèmes personnels peuvent surgir. Mais nous sommes ensemble depuis plus de 15 ans, la période est suffisamment longue pour bien se connaître.

Pourquoi Chumbawamba est-il devenu un groupe pop après avoir été punk?

D.N. : C'est le mouvement punk qui nous a donné envie de monter un groupe. Notre premier album était très punk, mais nous n'avons jamais perçu le punk uniquement comme un style musical: c'est plutôt une attitude et un moyen de véhiculer nos idées contestataires. Ainsi après nos disques initiaux, nous avons sorti un album a cappella, constitué de chansons anglaises révolutionnaires. Jamais nous n'avons misé sur l'immobilisme, au contraire, nous avons cherché à atteindre d'autres publics. Aujourd'hui nous jouons de la musique pop, qui contient des éléments dance, punk, folk, etc. Nous essayons de brasser un maximum de styles.
P.G. :
Les puristes punk pensent que nous avons ‘décroché’, mais pour nous, le punk des 70s symbolisait surtout l'opposition à l'autorité. C'est encore le cas de la musique que nous faisons à présent.

Couverture a la Benetton

Vous avez déclaré un jour que l'évolution de la musique s'était achevée avec Crass. Vous qui venez de Leeds, vous n'avez jamais cru à la scène gothique de votre ville?

D.N. : Je comprends que cette scène gothique ait pu frapper certains, mais pour nous, la scène de Leeds, c'était les Mekons et Gang of Four, plutôt que Sisters of Mercy et Mission.

Sur la pochette de votre album « Anarchy », on voyait un enfant sortant du ventre de sa mère. Encore un coup de provoc, en particulier à l'égard des puritains?

D.N. : C'était un peu une couverture à la Benetton censée susciter un choc. Tout le monde est venu comme ça et la naissance est un moment fort. Bien sûr, nous savions que certains petits esprits seraient outrés, qu'il y aurait un petit scandale.

Chumbawamba se sent-il investi d'une fonction sociale?

D.N. : Nous pensons que la musique a une force colossale. Les gens écoutent davantage la musique que les hommes politiques. Bien sûr, c'est devenu un business, ce n'est pas nouveau et il existera toujours des gens qui feront du fric à partir de quelque chose qui devient populaire. J'espère quand même conserver une certaine intégrité. La musique reste un moyen de contestation. En même temps, c'est un moyen d'évasion...

Rien à voir avec le chaos

Quel est le système politique idéal pour Chumbawamba?

P.G. : Le rêve serait d'adopter un système anarchiste au sens étymologique du mot: sans autorité. Les gens se réuniraient et travailleraient ensemble, de leur propre initiative. Il n'y aurait pas besoin de leader pour dire ce qu'il faut faire. Il ne serait pas nécessaire de créer une police répressive ou même un système judiciaire. Evidemment, c'est l'utopie... Et nous avons compris qu'il fallait vivre dans le monde réel. En fait, nous croyons beaucoup à une méthode basée sur la décision collective, à l'instar de ce que nous pratiquons au sein du groupe. Nos systèmes politiques mettent l'accent sur le parti, et surtout sur leur propre intérêt, c'est-à-dire le pouvoir. Ils sont plus intéressés par l'argent que par le peuple. Dans un sens, nous sommes des socialistes avec un ‘s’ minuscule.
D.N. :
Nous gardons les pieds sur terre, mais il faut insister : l'anarchie qui est le mode de vie auquel nous adhérons n'a rien à voir avec le chaos. C'est une lutte pour un monde meilleur. Nous n'avons pas la prétention de prôner un modèle, nous décrivons simplement les choses telles que nous les percevons. Et ce qu'on voit n'est pas franchement joli.     

Vous combattez le fascisme, mais en même temps, vous n'appréciez pas plus le communisme. Explication?

P.G. : le totalitarisme des stalinistes et des nazis étaient fort proches, deux régimes d'oppression, des millions de gens sont morts! Nous n'avons aucune sympathie envers quel que régime totalitaire que ce soit.
D.N. :
Les régimes fascistes et communistes ont un profond mépris envers les individus. La différence? Le nazisme affiche son idéologie vis à vis de groupes ethniques, sexuels, alors que le communiste ne l'affiche pas, mais a le même sentiment à l'égard des pauvres ou des groupes ethniques qui ne s'intègrent pas.

Vous ne semblez pas satisfaits du retour des travaillistes à la tête de l'Angleterre. Pourtant, vous vous étiez prononcés pour le départ des conservateurs...

P.G. : Non, l'état de grâce est fini pour Tony Blair. Les travaillistes se sont déjà attaqués au système de la sécurité sociale. Les citoyens vont devoir souscrire leur propre assurance en cas de chômage. Les étudiants vont devoir payer pour fréquenter l'université. Les promesses électorales sont passées à la trappe. Tony Blair a la même idéologie que son prédécesseur, mais avec un plus grand sourire. Il y a peu de différences, entre le parti conservateur et le parti travailliste. Résultat des courses: de nombreux étudiants rencontrent d'énormes difficultés financières. Ce n'est pas normal! Nous en revenons au régime qui était d'application avant 1940. Le gouvernement britannique est occupé à démanteler le système social mis en place après la seconde guerre mondiale. Et ce sont des prétendus socialistes qui y contribuent!

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le n°60 du magazine Mofo de février/mars 1997)

 

Spain

Si Dieu existe, il trahit ses fidèles

Écrit par
Une affaire de famille. Deux des grands albums rock de cette fin d’année ont été publiés par les enfants du bassiste de jazz George Haden. Celui de That Dog, par ses deux filles, Rachel et Petra. Celui de Spain par son fils, Josh. De son côté, Tanya, la 3ème des triplées, prête son violoncelle aux formations de ses frère et sœurs. Josh Haden vient de passer à Bruxelles. Il parle des relations humaines, du sexe, de Dieu, de That Dog et bien sûr de son fabuleux « The Blue Moods of Spain » où il est d'abord question de durée.
 

Quand j'écris une chanson, il y a effectivement une conscience du temps. Chaque seconde, chaque battement de cœur, c'est un peu de temps passé. Je perçois de plus en plus cette dimension. Et si j'en tiens compte, ce n'est pas à la suite d'une décision consciente. C'est plutôt dans la nature même de la musique. Je suppose qu’une telle réflexion en 1995, c'est vraiment quelque chose de spécial, parce que la plupart des autres groupes n'y prêtent guère attention. Dans le blues, c'est très important, dans la country également. On vient d'enregistrer une reprise de « Funny How Time Slips A way » de Willie Nelson pour un 45trs (NDR: un vrai vinyle).

La longueur des chansons, c'est souvent un problème pour les radios?

Oui, aux Etats-Unis, les radios ne passent pas une chanson si elle excède les 3 minutes 30. Nous avons donc malheureusement dû prévoir des versions brèves, des ‘radio edits’, pour « Dreaming of Love » et « I Lied ». J’essaie de ne pas y penser parce que ce système n'a plus rien à voir avec ma démarche, à l'origine. C'est vraiment débile. Je ne vois vraiment pas pourquoi un auditeur changerait de station à cause d’une chanson plus longue que les autres. Pour ne pas déprimer, j’essaie d’y penser comme une autre manière de l’arranger, une autre façon de formuler les choses. Live, on peut jouer une compo pendant 15 ou 20 minutes. En tout cas, il me serait très difficile d'en écrire une courte.

Tu parles de blues, tu ne crois que les musiques les plus intéressantes aujourd'hui sont celles qui empruntent aux vieux genres américains en les actualisant, comme chez Mazzy Star ou les Palace Brothers?

Oui, on pourrait ajouter Beck et Spiritualized. En 1988 ou 1989, un ami m'a fait découvrir Spacemen 3 et ce fut une révélation pour moi. Ils attachaient tellement d'importance à des formes classiques de musique tout en restant très contemporains. Ils étaient de notre génération. Je n'avais jamais vu aucun groupe jouer aussi intensément et en même temps intégrer des genres musicaux plus anciens comme le blues ou la country. C'était mon groupe préféré. Aujourd'hui, j'aime bien Spiritualized mais ce n'est plus pareil. La dynamique entre Jason Pierce et Sonic Boom apportait vraiment quelque chose de très fort. C'est dommage qu'ils n'arrivent plus à travailler ensemble. Je pleurerais de joie si leur collaboration pouvait recommencer.

Alors que penser de tes sœurs qui composent des chansons très courtes pour That Dog?

J’adore. La première fois que j'ai assemblé des chansons pour Spain, je craignais que personne ne veuille les écouter. Elles ne présentaient aucun passage bruyant, qui t’explose à la figure. Or, ce sont bien ces chansons ‘en colère’ qui plaisent surtout aujourd’hui. Au début de That Dog, Anna (la 3ème That Dog) venait à la maison de ma mère, chez qui j’habitais à l’époque. Elle montait dans la chambre de mes sœurs, et toutes ces filles assises par terre en cercle, jouaient des trucs très lents à la guitare acoustique, comme sur leur premier album. Je les écoutais dans un coin et c’est ce qui m’a incité à m’y mettre aussi. J’ai donc un grand respect pour That Dog et pour le talent de songwriter d’Anna. Elle a vraiment son style propre et n’accepte pas facilement un compromis. Aucun groupe ne leur ressemble.

La pochette de « Totally Crushed Out » est formidable aussi, non?

Oui. C'est un concept imaginé par Anna et Tony (le 4ème et dernier That Dog). Ils aiment tout ce qui tourne autour de la littérature romantique, un peu à l'eau de rose.

L'ordre des titres est important sur ton album?

Je ne savais pas très bien quel ordre choisir, mais j'étais sûr de deux choses: « It’s so True » devait ouvrir l'album et « Spiritual » le refermer. Je ne voulais pas en faire une histoire de chute et de rédemption. Trop cliché ! Même si « Spiritual » (qui s'ouvre par les mots ‘Jesus, oh Jesus, l don't wanna die alone...’) peut donner ce sentiment de rédemption, en permettant à l'album de se refermer sur une note positive. Mais la chanson peut aussi être interprétée tout autrement. Finalement ce qui m’intéresse, c'est de savoir si Dieu existe et je ne pense pas que ce soit la conclusion qu’on puisse en tirer. Je laisse ouvertes mes chansons à l'interprétation puisque tout y est d'ailleurs sujet dans la vie.

Soigner la fin d'un album, c'est un peu comme prendre soin de raccompagner à la porte son invité, l'auditeur en l'occurrence?

Je n'y avais jamais pensé sous cet angle, mais ce raisonnement se tient. Il faut soigner son invité. En même temps, la porte reste ouverte, pour qu'il puisse revenir. Si on ne peut pas sortir quand on veut de la maison, on ne voudra jamais y entrer. L'intérieur et l'extérieur sont indissociables. Dans ce sens, « Spiritual » est effectivement la bonne chanson pour clore le disque.

Il parle beaucoup de confiance et de trahison?

De foi aussi. Ces thèmes sont récurrents. Et aussi la manière dont une trahison nous affecte. A se demander d'ailleurs comment on peut avoir foi en Dieu. Regarde l'état du monde. Il y a tant de souffrance. Il me serait vraiment difficile de croire en une puissance supérieure. Si Dieu existe, il a trahi la foi de ses fidèles. Si c'est un Dieu chrétien, en tout cas. Finalement, presque tout l'album ne traite que de ce sujet.

La confiance, donnée ou reçue, c'est fondamental aussi non ?

Un dicton dit que le meilleur moyen de connaître quelqu'un est de faire l'amour avec cette personne. Rien n'est caché. Mais je ne suis pas sûr du bien fondé de ces paroles. Il y a tellement de gens qui savent si bien mentir rien que pour pouvoir se mettre au lit avec quelqu'un.

Peut-il y avoir un moment où on ne cache rien?

Non, il y a simplement des moments où on cache moins.

(Article paru dans le n° 38 du magazine Mofo de novembre 95)

 

Faith No More

Ne croyez pas ce que racontent les journaux

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En 1989, Faith No More décrochait un hit :’Epic’, un rap-metal imparable. Trois ans plus tard, ‘Angel Dust’, album riche et complexe brouille les pistes sans altérer la popularité des Californiens. Mieux encore, tous leurs 1eurs concerts européens affichent sold-out. Pour en parler, place à Bill Gould, le bassiste ‘qui tue les enfants’. Sujet de la conversation également abordé : Guns’N’Roses, Metallica et Richet Said Fred. Après avoir joué aux Etats-Unis en lever de rideau, justement de Metallica et Guns’N’Roses, Faith No More s’est lancé dans une longue tournée européenne en compagnie d’L7 et sous le patronage d’MTV. Entre Glasgow et Paris, le quintet de San Francisco faisait escale à Deinze, pour la 2ème fois en un mois, dans un Brielpoort plein à craquer. Après avoir publié 4 albums, Faith No More s’installe parmi les forces majeures de ce début de décennie, aux côtés de Nirvana, Metallica et Red Hot Chili Peppers. Voués malgré eux à un succès planétaire, ces groupes produisent tous un rock féroce, viril et sans compromis.

« La musique, les goûts du public et l'industrie du disque ont évolués, mais je me demande si cette situation va durer ou si ce n'est que provisoire. Il est difficile d'analyser le succès d'un groupe comme Nirvana, tout comme le nôtre. Pourquoi sommes-nous si populaires? Je n'en sais rien. Le 45tours ‘Epic’ a servi de détonateur ; auparavant, personne n'avait entendu parler de Faith No More. Ce qui nous a permis de toucher un public plus large. Jane's Addiction et Red Hot Chili Peppers ont connu le même succès. Nous avons certainement ouvert des portes. C’est plus facile aujourd'hui pour un groupe de rock d'entrer dans le Top 40 qu'il y a 3 ou 4 ans. Les maisons de disques ont compris qu'il y avait une demande pour notre musique. Les radios américaines ont également changé leur fusil d'épaule: elles n'hésitent plus à passer du rock radical »

Maisons de disques et stations de radio ne sont pas les seules à avoir favorisé le succès de Faith No More. Il y a aussi la télévision, MTV plus précisément. La chaîne musicale sponsorise la tournée européenne du groupe et pour promouvoir celle-ci, elle n'a pas lésiné sur les moyens : interviews et clips chaque semaine, pendant un mois, dans le cadre de l'émission ‘Post Modern’.

« Je n'ai pas vu ce programme, précise Bill. On a réalisé toute l'interview en un seul jour. Elle a été découpée en plusieurs tranches pour le programme en question. Oui, je sais, il est agaçant de nous voir constamment à la télé? C’est du matraquage, je partage ton point de vue ; et à la longue, ça devient lassant. Toujours les mêmes questions qui reviennent. Mais bon, on n'a pas touché d'argent pour cette promo. Au contraire, c'est moi qui ai payé MTV: 3 heures de mon temps! Le tournage s’est déroulé en Finlande ; et franchement, j'aurais préféré me balader dans les rues d'Helsinki plutôt que de rester à l'hôtel pour me taper cette saloperie. »

Publics Ennemis

Depuis la sortie du single ‘Epic’ et la confection de l'album ‘The Real Thing’, est paru l’elpee ‘Angel Dust’, décrit en termes laudatifs par l'ensemble de la critique bien qu'étant moins accessible que le précédent opus, tant par la forme que par le fond. Etait-ce le seul moyen de se débarrasser des kids pubères et branchés?

« On ne veut pas enregistrer le même disque à chaque fois. Dès lors, il est normal qu'on touche plusieurs publics en même temps. Parmi nos fans, il y a la phalange pure et dure et puis les petits jeunes qui viennent au concert pour ‘Epic’, parce qu'ils l'ont entendu à la radio. Ceux-là, dans un an, aimeront probablement un autre groupe. Mais ce n'est pas notre problème. On a tourné en compagnie de Guns'N'Roses et Metallica, devant une bonne partie de leur public. Ce n’est pas nécessairement dérangeant. Les gens ont de mauvais goûts musicaux, de toute façon. Il faut être débile pour aimer Faith No More! (rires). Mon boulot ne consiste pas à analyser les motivations de nos fans mais plutôt de leur vendre des T-shirts! (rires) ».

Les reprises du groupe sont particulièrement significatives à ce sujet. « Lors de nos premiers concerts accordés à San Francisco, on nous reprochait de jouer du Black Sabbath, c'était impopulaire, un truc de hippies. Pour emmerder le monde, on a continué à en interpréter. Mais par la suite, les hard-rockers ont commencé à s'intéresser à notre musique et réclamaient constamment ‘War Pigs’. A leurs yeux, on était devenu heavy metal, simplement parce qu'on reprenait ce morceau. C’est pour faire chier ceux-là qu'on joue désormais ‘Easy’ des Commodores. C’est un clin d'œil. Et lorsqu'‘Easy’ aura fait son chemin, on choisira une autre chanson. On aime bousculer les habitudes. »

Sur les Roses

Pour Faith No More, la tournée américaine accomplie en compagnie de Guns'N'Roses et Metallica constituait avant tout l'occasion rêvée de se produire dans des stades, devant la toute grosse foule. Toutefois, Bill garde un souvenir amer de cette expérience: « Avec les Guns, on a joué devant 80 000 personnes en un seul jour. Il nous aurait fallu 40 concerts pour attirer une telle foule. Ce qui nous paraissait être une bonne idée au départ ; mais on s'est vite rendu compte que le public s'était déplacé uniquement pour voir Guns'N'Roses et Metallica. C’est un peu frustrant. En Europe, ce périple nous a aidés, parce qu'on y est moins connus. Le principal, c'est qu'un maximum de gens nous écoute. D'un point de vue humain, cette tournée s'est bien déroulée pour la simple raison qu'on ne s'est pas souvent côtoyés. Je n’ai rencontré Axl qu'une seule fois. Au début, on était attentifs à ce qu'on disait ; mais par la suite, on s'en foutait royalement. On les regardait jouer, sur le côté de la scène, en se payant continuellement leurs têtes. Après, il y a eu un froid. Ils avaient probablement lu dans la presse ce qu'on pensait de ces cons! »

Metallica, par contre, est un groupe que Bill apprécie énormément: « Ce sont de bons amis et j'aime ce qu'ils font. Au niveau metal, il n'y a que 2 groupes qui nous ont influencés: Slayer et Metallica. Avant qu'ils n'apparaissent, j'avais toujours détesté le heavy metal et ses hordes de poseurs. Je préférais le punk rock. Je ne supportais pas Led Zeppelin, par exemple, parce que c'était le groupe favori de mon père. Je l'associais à une certaine forme d'autorité. Moi, j'écoutais Black Flag et les Sex Pistols. Aujourd'hui, j'aime bien Led Zep parce que ce n’est plus une menace pour moi. »

Rumeurs

Les membres de Faith No More possèdent un sens de l'humour hors du commun. Ils adorent faire des blagues ou dire le contraire de ce qu'ils pensent. Malheureusement, leurs gestes et paroles sont souvent interprétés au premier degré. C’est le cas de cette histoire où Jim Martin, le guitariste expliquait à un journaliste anglais comment il avait fait sauter sa chambre d'hôtel à l'aide d'un flingue. Ce que le journaliste en question avait oublié de mentionner dans son papier, c'est qu'il s'agissait d'un pistolet en plastique! Bill a d'ailleurs un message à l'adresse de ceux qui liront cette interview: « Ne croyez pas ce qu'on raconte dans les journaux, ce n'est qu'un tissu de mensonges. Beaucoup de journalistes exploitent les musiciens afin de se rendre intéressants, en inculquant aux lecteurs des mythes qui n'existent pas! »

Ainsi, les choses sont claires. Quand on vous révèle que Bill a pour hobby d'uriner du haut d'un pont, on ne cherche qu'à se rendre intéressant. Mythe ou pas mythe, tentons d'élucider la question. Avec beaucoup de bonne volonté, Bill lève le voile sur les rumeurs qui entourent le groupe. Il est de notre devoir de signaler que certains passages sont susceptibles de choquer les âmes sensibles. Vous êtes prévenus.

Tout d'abord, cette collaboration avec Right Said Fred. Est-ce vrai ? Bill nuance : « C'est davantage une blague, mais si l’occasion se présentait, pourquoi pas? Bien que je n'ose imaginer le résultat! (rires). On serait peut-être les seuls à trouver ça drôle! Ils sont cools, Right Said Fred, pas prétentieux pour un sou ».

La maison de disques de F.N.M. s’est-elle finalement remise des frayeurs causées par le dernier album? Réponse de notre interlocuteur : « On a laissé supposer pendant longtemps que l'album s'intitulerait ‘Crack Hitler’ (titre d'un morceau) pour lui faire peur. Ce n'était qu'une blague de plus. Un autocollant a quand même été appliqué sur la pochette, pour mettre en garde les parents qui se soucieraient du contenu. »

Les musicos de F.N.M. seraient des misanthropes ! Réaction : « Ceux qui prennent tout ce qu'on dit au premier degré doivent nous prendre pour des misanthropes ; mais c’est parce qu’ils n’ont aucun sens de l'humour. Je ne pense pas qu'il faille toujours donner des explications sur tel ou tel morceau. Chacun y trouve ce qu'il cherche et tant pis pour celui qui est incapable de comprendre une blague. Je n'aime pas lever l'ambiguïté, mais je vais quand même avouer que personne parmi nous n'est misanthrope. Tu me trouves méchant, honnêtement? On aime bien jouer avec les pieds des gens, c'est tout. Ca nous amuse. Je trouve que les Européens perçoivent plus facilement notre humour que les Américains… »

Et clôturons cet entretien par la polémique sur les armes. Bill serait-il armé ? « Pas encore, mais je pense m’acheter un flingue dès mon retour aux USA. A San Francisco, il est moins dangereux d'avoir une arme que de ne pas en avoir. Ainsi si tu peux aussi tuer quelqu’un au volant d’une voiture ! » Ah bon, et quelle cervelle aimerait-il faire sauter ? « La mienne (rires). Non, sérieusement, celle d’un petit bébé. Et après, je lui pisserais dessus! » (rires) Et d’en remettre une couche : « Je tue des nourrissons, tant que je ne me fais pas prendre. Personne ne m’a encore jamais attrapé! (rires) La justice est impuissante, tu sais… »

Article paru dans le n° 8 du magazine Mofo de décembre 1992

EMF

On a toujours quelque chose à prouver

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La réussite d’EMF a été très rapide. Elle a donc rendu le groupe suspect. Plan ‘plaqué or’ du business, accident de passage ou groupe crédible et sincère? On n’a pas lésiné sur les interrogations. Normal après tout, il faut bien qu’il y ait une rançon à la gloire. Cette gloire, EMF l’a parfaitement assumée et digérée. Faut voir le professionnalisme exacerbé de ces jeunes types pour le croire: Zac (pour Zachary Sebastian Rex James Foley), le bassiste, tâche déjà de vous vendre, en interview, sa ‘camelote’, avec un désintérêt feint qui égale celui des habitués de ce genre d’exercice…

« Si je crois que ‘Stigma’ (le nouvel album sorti chez EMI) représente une progression ou une confirmation pour EMF par rapport à ‘Shubert Dip’ ? Ben, une progression oui, enfin, j’espère ! Mais demande plutôt au public qui vient nous voir ! Il peut mieux juger que moi. »

Bien, signalons quand même à Zac, pour le cas où il ne l’aurait pas perçu directement, que ledit album est tout de même sensiblement plus sec, plus heavy, que le précédent, tout illustre soit-il. « Je pense que l’explication est simple : nous avons beaucoup tourné depuis la sortie de ‘Schubert Dip’. » Il ne faut pas oublier que ce groupe est très jeune. « Nous n'avions accordé que quelques concerts locaux quand EMI nous a signés. Well, on a tout de suite commencé à enregistrer et on a appris des trucs en méthode accélérée. Le fait d'avoir joué beaucoup a raidi assez sensiblement notre son. C'est normal! On a voulu retrouver sur le disque celui que nous dispensons en ‘live’. Ou, en tout cas, nous en rapprocher au maximum ».

A l’instar de leur premier opus, ‘Stigma’ mélange les styles. On y rencontre à la fois du heavy, du pop, du punk, du progressif (les claviers de ‘They're Here’ évoquent ceux d'Hawkwind voire d'Eloy époque ‘Metromania’). Est-ce ce qui constitue leur marque de fabrique. Soignent-ils cet aspect des choses? Zac s’explique : « Je ne peux pas dire qu'on le soigne parce que tout cela est parfaitement naturel pour nous. Nous ne calculons rien. Nous n'écrivons jamais de chanson en nous disant ‘on va mettre dix pour cent de ceci, vingt pour cent de cela, etc.’ Ce sont les journalistes qui établissent le relevé de ces dosages, plutôt! Nous, en fait, à partir du moment où une chanson nous paraît bonne, qu'elle plaît au groupe, OK, on la classe dans le tiroir du dessus. Mais il faut qu’elle reste naturelle et spontanée, sinon on va se casser la gueule, je pense. On n'est pas des types à jouer aux apprentis sorciers! Le business nous laisse froids de toute manière. Merde, on sait ce que c'est ce business. C'est la musique qui nous botte, sinon on se contenterait de vendre des disques et on ne ferait pas des concerts tant qu'on peut. C'est pas facile tous les jours ces grosses tournées, je peux te le dire! » Ces périples justement, sont-ils accomplis, parce que le groupe a quelque chose à prouver? « Qui peut dire qu'il n'a rien à prouver? A partir du moment où tu proposes quelque chose, tu as quelque chose à prouver! On n'a rien à justifier, ça c'est certain. OK, je vais te donner un exemple: je me souviens parfaitement de notre précédent concert en Belgique. Eh bien on veut démontrer aux gens d'ici qu'on est meilleurs encore qu'alors. Et pourtant, on a été bons, la dernière fois ».

Les lyrics des compos ne sont pas imprimés sur le booklet. On imagine dès lors facilement qu’ils n’ont guère d’importance pour le combo. Réplique : « Ils n’ont pas plus de valeur que nos mélodies. Cela dit, nous n'imprimons pas non plus les partitions de nos chansons! Nos textes sont importants pour nous. On ne dit pas n'importe quelle ânerie. Mais bon, on ne défend aucune cause, non plus. Il ne faut pas que cela devienne une obligation… »

Article paru dans le n° 8 du magazine Mofo de décembre 1992

 

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