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Farfouiller dans la Pure Carrière…

Après des années de chaos et de réinvention, Pure Carrière revient avec « Farfouiller », une ode brute, étouffante mais libératrice à l'ennui, au chaos et à la mort. Née des racines du slacker punk, cette pièce marque un nouveau départ et un retour en force.…

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Hugo Race

La trace blues d’Hugo Race

Sur sa bio, on le surnomme ‘Mr. 21st Centurv Blues’. Rien de moins! C'est vrai qu'Hugo Race est de ceux qui revitalisent un genre qu'on croyait à jamais confiné à une mythologie immuable. Cet ex-Bad Seed –à l'époque de ‘From her to eternity’, c’est-à-dire au milieu des années 80– en est déjà à son 6ème album. ‘Valley of light’ sort chez Glitterhouse et est distribué chez nous par Rough Trade. C'est toujours un blues hypnotique que l'Australien –un ‘grand type’ au front proéminent, qui parle en alternant chuchotement et voix normale– pratique en compagnie de son groupe baptisé The True Spirit.

Pas comme un puzzle!

Il nous parle donc d’abord de son nouvel album, ‘Valley of light’ : « Il est plus clair. Il représente une image quasi-parfaite de ce qu'était le groupe lors de l'enregistrement. J'ai essayé qu'il soit le plus live possible, que le groupe soit le plus uni possible, en évitant de faire trop technique. Bien sûr, on a ajouté çà et là une guitare ou quelques samples. Mais rien de comparable avec certains disques précédents, où il m'est arrivé de construire le son en l'assemblant pièce par pièce comme un puzzle. En prenant du recul, je dois admettre que le résultat était voilé, tandis que là, c'est du direct et c'est donc plus communicatif. Quand tu chipotes trop, le message devient plus difficile à faire passer."

Fait-il référence aux paroles, quand il parle de ‘message’? Il explique : "Si on veut. Les paroles sont écrites de manière plus claire aussi. Elles sont comme un squelette, il y a plus d'espace pour y construire son interprétation propre. Non, en réalité, je n’accorde pas beaucoup d’importance aux textes. Quand j'entre en studio, j'ai 3 ou 4 vers par chanson qui sont écrites. Ils me servent de résumé. C'est à partir de ceux-là que je rédige le reste des paroles. "

Sur ce nouveau disque, Hugo Race reprend ‘Clear Spot’, un morceau composé en 72 par Captain Beefheart. Pourquoi cette reprise? ''Aucune raison particulière. Si ce n'est que Beefheart est une icône, une figure sainte pour le groupe! On voulait adapter une de ses compos depuis longtemps, mais le projet ne s’est jamais concrétisé, par paresse ou pour une autre raison, je ne sais pas. ‘Clear Spot’, on la jouait souvent en soundcheck. Et cette fois-ci en studio, on l'a réussie en une seule prise. C'est une chanson qui parle de claustrophobie, je crois..."

Mais quand on lui dit que sa voix est proche de celle de Don VanVliet (le vrai nom de Beefheart), on voit tout de même percer un sourire sur le visage de Race. Il ne nie pas : "J'aime autant qu'on me compare à lui plutôt qu'à Michael Bolton! Non, on ne m'a pas souvent comparé à Beefheart. Peut-être parce qu'il reste largement inconnu du grand public. Il n'a jamais été un gros vendeur et il y a longtemps qu'il s’est retiré de la scène musicale. Perso, Captain Beefheart est une sorte de révolutionnaire qui est parvenu à changer la façon dont on aborde la musique en tant qu'auditeur. C'est aussi ce à quoi je voudrais modestememt arriver..."

Nico, un belge qui quitte Mad Dog Loose...

Pour ses prestations live, notamment celles livrées chez nous, Hugo a intégré à sa formation Nicolas Mansy, un musicien belge sur la carte de visite duquel on lit les noms de Brian James, Split Second, Franck Marx et Mad Dog Loose. Mais comment s’est-il débrouillé pour atterrir chez True Spirit ? Il raconte : ''J'ai beaucoup d'admiration pour Hugo. C'est quelqu'un de courageux et de profondément honnête. Je l'ai découvert grâce à un copain disquaire qui m'a invité à écouter ‘Earl's World’, à Berlin. J'ai attendu 20 secondes et je lui ai demandé de me l’emballer ; mais c'est moi qui étais emballé! Ensuite, je suis allé voir Hugo en ‘live’ et je l'ai rencontré. Puis j’ai organisé des concerts pour son groupe, ici en Belgique. De fil en aiguille, on est devenus amis. Travailler avec Hugo Race dans True Spirit, c'est mon truc, sans la moindre discussion. J'ai d'ailleurs renoncé à un très bon deal avec Bang! dans Mad Dog Loose. Beaucoup de musiciens rêvent d'un contrat pareil, mais pour moi, il n'y a pas eu d'hésitation ; quand Hugo m'a proposé de rejoindre True Spirit, j'ai accepté sans même réfléchir!"

De son aventure chez Mad Dog Loose, Nico a gardé le souvenir de quelques discussions tendues même si, aujourd’hui ces tensions se sont apaisées. Cependant, pour connaître la vérité, il a quand même fallu lui tirer les vers du nez : "Ce n'est pas pour tirer la couverture à moi, mais le premier single de Mad Dog Loose –que j'ai réalisé seul avec Alain– me plaît mieux que leur album. On pouvait tout se permettre: mettre du piano ou du violoncelle, si ça nous chantait. Qu'il ait voulu un groupe, c'est son choix, je le respecte et je le trouve cohérent, comme je pense que l'album atteint son but, mais... " Mais quoi, Nico? "Ben, tout d'un coup, une grosse influence est apparue. Perso, j'aurais aimé l'éviter... Bon je suis parti, j'ai fait mon choix, je ne vais pas cracher dans la soupe. Je souhaite bonne chance à Alain et à Mad Dog Loose!"

(Article paru dans le n°42 du magazine Mofo d’avril 1996)

Townes Van Zandt

Je n’ai jamais cherché à être reconnu…

Townes Van Zandt est un mec dégingandé. Filiforme, les traits burinés par une cinquantaine d'années consacrées principalement au cafard, à la guitare et au whiskar... Le genre de type qui au lieu de gérer sa carrière en pro, a toujours préféré se tailler pour vivre des mois en ermite à cheval dans les montagnes. Difficile de devenir Garth Brooks dans ces conditions... Un peu malgré lui, le Texan est à présent reconnu, par ses pairs surtout, comme un des country-bluesmen ricains les plus importants de la 2ème moitié du siècle. Mais cette reconnaissance, un peu tardive, Townes s'en tape un peu, se réfugiant sans cesse derrière une modestie et une humilité qui sont tout sauf feintes.

Où en est ton projet de réenregistrer 62 anciens morceaux destinés à faire le point sur ta carrière ?

En fait, ce n'était pas mon idée, mais puisqu'on me l'a proposé, j'étais partant. D'ordinaire, je ne suis pas quelqu'un qui se penche volontiers sur son passé. En principe, le projet est en cours de finition. C'est en boîte. Il ne faut plus y apporter que quelques aménagements, faire le mix final et régler tous les détails de manufacture… J'ai travaillé selon trois formules différentes, avec un groupe d'Austin, un de Nashville et un mexicain. Ma préoccupation principale était de payer tout ce monde. J'y tenais absolument, mais les chèques de la compagnie de disques se faisaient parfois attendre. Maintenant, ils ont investi suffisamment d'argent pour ne plus faire marche arrière! J'ai quand même le sentiment que si ça traîne, c'est que ma firme de disques espère attendre ma mort pour sortir ce coffret ! (rires) Je ne sais pas s'ils font un bon calcul A leur place, je préférerais négocier avec un type comme moi, plutôt qu'avec ma future veuve... Jeanene est mon éditeur et elle est autrement plus forte en affaires que moi! En principe, ce sera un coffret de 3 Cd, uniquement composé d'anciennes chansons réenregistrées pour l'occasion, mais en utilisant les moyens actuels. Je garde les nouvelles compos pour d'autres projets.

La douche et la sieste

Quel genre de vie mènes-tu en 95?

Je suis tout le temps sur la route. C’est une vie où la douche et la sieste revêtent une importance aussi capitale que le concert du soir. Elle est dangereuse aussi. Quand on voyage tout le temps, on est forcément plus exposé aux accidents. Cependant, j'aime ce mode d’existence. Il me maintient en forme et m'aide à garder la santé. Bien sûr, je fume et je bois de la vodka…  mais ma femme et mon fils Will détestent me voir saoul!

Tu vis où?

A une cinquantaine de kilomètres de Nashville. Mon épouse et moi vivons dans 2 maisons différentes... Chaque fois que je rentre à la maison, après une tournée, j’ai toujours besoin d’un délai, d’un temps d'adaptation pour réaliser que je suis rentré chez moi. Au début, j'arrive difficilement à faire autre chose que regarder la télé!

Tu appartiens à cette catégorie de songwriters qui sont, au fil du temps, devenus des références et dont les chansons sont fréquemment reprises, même par les plus grands. Si tu devais en choisir une ?

C'est bien simple, je les aime toutes, sans exception. Même quand c'est un gosse de 5 ans ou quelqu'un qui n'arrive pas à reproduire les accords. Peu importe, c'est formidable! C'est un grand honneur pour moi. Je n'accorde aucune importance à la valeur de la reprise, il n'y a aucune qualité requise. Bien sûr, je sais que mes enfants (1) sont fiers d'entendre des stars comme Bob Dylan ou Willie Nelson interpréter les chansons de leur papa, mais pour moi, elles n'ont pas plus d'importance.

Tu es une référence, mais tu n'as jamais eu une grande popularité. Au départ, pourtant tu devais quand même rechercher une sorte de reconnaissance de la part du public, non?

Je ne crois pas. Je n'ai jamais cherché à être reconnu, ni par les connaisseurs, ni par le grand public. Au départ, je vivais des concerts au jour le jour, dans les arrière-salles de café où on me payait quelques dollars. Je ne rêvais à rien d'autre, mon optique était proche de celle de Woody Guthrie.

Composer une chanson, quelle serait ta définition?

Composer une chanson est à la portée de tout le monde, d'un électricien ou d'un garagiste. Mais ceux-là en général laissent passer l'idée, ne la figent pas. Je crois que les chansons nous traversent tous, et que le songwriter est celui qui est conscient qu'il doit noter ce qui lui traverse l'esprit. Tout est une question de moment.

Avec Sonic Youth

Les Cowboy Junkies t'ont invité sur scène. Je suppose dès lors que "Cowboy Junkies Lament", une des chansons de ton dernier Cd, leur est dédiée, non?

Eh oui, elle cause du groupe canadien. J'étais en tournée avec eux. J'ai écrit cette chanson au fond d'un car. C'était la toute première fois que je dédiais ainsi une chanson à quelqu'un. Ne me demande pas pourquoi, je l'ignore moi-même.

Comment vois-tu ta carrière évoluer maintenant? Tu as des souhaits?

Je voudrais m'éloigner un peu de Nashville, enregistrer ailleurs. C'était déjà le cas pour le dernier disque que j'ai réalisé en Irlande, en faisant auparavant un crochet par Seattle. Tu sais que le grunge m'intéresse beaucoup? Normalement pour mon prochain album, je devrais me faire accompagner par un grunge band.

Ah oui, lequel?

Il est peut-être un peu tôt pour le dire, mais il se pourrait bien que ce soit Sonic Youth. Ils me connaissent, je crois qu'ils m'apprécient. Bien sûr, rien n'est encore confirmé, mais apparemment ils en auraient envie.

Tu dis qu'ils te connaissent ; mais toi, tu les connais?

Pas fort bien, je dois avouer. Tu sais, je reçois des tonnes de K7 et de Cd. A commencer par les groupes qui assurent mes premières parties. Je mets tout ça dans ma valise. Mais à la maison, je préfère mettre sur ma platine Lightnin' Hopkins ou Hank Williams. Je ne m'explique pas pourquoi j’aime mieux me farcir quelque chose que je connais déjà. C'est comme ça, c'est tout... En tout cas, il y en a un que je n'écoute jamais, c'est Townes Van Zandt!

(1) Townes a trois enfants John alias JT (26 ans), Will (11 ans) et Katie Belle la petite dernière qui n'a que 4 ans.

(Article paru dans le n° 39 du magazine Mofo de décembre 95/janvier 96)

Ultra Vivid Scene

La technologie n’apporte rien à la musique, elle oblige à calculer, à trop réfléchir…

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Bien que « Joy 1967-1990 » soit sorti depuis deux ans à peine, une éternité semble s'être écoulée depuis la dernière fois où quelqu'un a mentionné le nom d'Ultra Vivid Scene. Mutisme médiatique et désertion des planches européennes ont contribué à faire oublier un groupe américain qui a pourtant beaucoup influencé la scène indépendante britannique actuelle. Derrière ce pseudo-groupe se cache un compositeur doué : Kurt Ralske. A 27 ans, ce New-Yorkais ne veut pas (encore) faire figure de musicien-culte. Et en publiant « Rev », son 3e album, il prouve que, même si elles sont toujours habitées par le psychédélisme des années 60, ses chansons restent parfaitement contemporaines...

On a tourné pendant neuf mois aux Etats-Unis. C'est à San Francisco, où j'ai passé un an, que j'ai écrit les compos l'album. Après quoi, je me suis enfermé dans mon studio à NY pour l'enregistrement. Au départ, je voulais faire subir aux chansons un traitement électronique. J'ignore pourquoi j'avais cette idée. Peut-être, par curiosité. Au bout d'un mois, je me suis rendu compte que cette méthode ne menait nulle part et je suis revenu à quelque chose de plus naturel. La technologie n'apporte rien à la musique, elle t'oblige à calculer, à trop réfléchir. Je ne pense pas qu'elle puisse donner de bons résultats. Finalement, on a enregistré "Rev" à la manière de ce qui se faisait dans les années 60 ; sans préméditation et en donnant libre cours à notre imagination.

Ultra Vivid Scene, est-ce un groupe de studio avant tout?

Oui, mais la prochaine tournée a toutes les chances d'être intéressante, car les musiciens qui m'accompagnent sont ceux qui ont pris part au travail de studio. Ils ont participé à l'élaboration de l'album, ils ont laissé leur empreinte dans le son. Ce qui se sentira sûrement sur scène.

Es-tu obsédé par la recherche de sons?

J'aime faire sortir une émotion des instruments, et créer des climats sonores. Mais pour qu'une chanson soit bonne, il faut d'abord la jouer sur une guitare acoustique. Après seulement, on travaille le son. Ici, pour ce disque, j'ai joué la carte de la simplicité, en tirant profit de l'apport de chaque musicien. Ainsi, on a joué ensemble en studio, sans traiter chaque instrument à part. Je ne voulais pas passer des heures sur des détails, à corriger quelques petites imperfections qui, tout compte fait, ont leur charme.

Tu as suivi l'évolution du rock depuis 1990. Que penses-tu du ‘grunge’ ?

Je n'ai jamais appartenu à une scène bien précise. Mais j'étais conscient qu'un vent nouveau soufflait sur les States. Sur « Rev », il y a quelques morceaux très durs, aux guitares agressives, comme « Slood and Thunder » qui dépasse les 10 minutes. Si j'ai choisi cette orientation, c'est pour me faire plaisir, pas pour copier qui que ce soit. Tu sais, je ne pense pas qu'il y aura un nouveau Nirvana. Peu de groupes sont capables d'atteindre un tel niveau de qualité. Il ne suffit pas de jouer le plus fort possible...

Tu n’as pas l’impression qu’aujourd’hui, toutes les maisons de disques veulent signer des groupes à tendance ‘dure’ 

Si. Perso j’étais persuadé que le single extrait de l’album serait « Cut Throat », un morceau accessible. Immédiat. A ma grande surprise, c’est justement « Blood and Thunder », un titre beaucoup plus dur, qui a été choisi. Je suis certain qu’un idiot s’occupant de la promotion s’est dit : ‘Genial, c’est plein de guitares, on dirait du Nirvana’.

4 AD est une boîte de disques comme les autres, alors?

Ce sont quand même des gens plus tolérants que ceux qui travaillent pour les firmes américaines. Le boss de 4AD a bon goût, il a l'art de dénicher des jeunes talents. Mais 4 AD fonctionne comme tous les autres labels. Ce n'est pas une religion, on n'y entre pas par vocation.

Crois-tu qu'il est encore possible d'être original de nos jours ? Le rock peut-il innover perpétuellement ?

Les Beatles, les Stones et le Velvet n'ont pas tout dit. Il faut connaître l'histoire de la musique avant de proposer ses propres créations. On a beaucoup exploré au cours de ces 30 dernières années ; mais on ne peut pas utiliser cette excuse pour justifier un manque d'originalité. On vit une époque différente, peut-être moins intéressante que la fin des années 60, mais il ne faut pas croire qu'il n'est plus possible de se renouveler.

A ce propos, Quelle était la signification du titre de ton album précédent (« Joy 1967-1990 ») ?

On pourrait y voir l'épitaphe inscrite sur la tombe d'une jeune femme, par exemple. Rassure-toi ce n'était pas la tombe du rock 'n' roll ! Enfin, qui sait ?

Que penses-tu de la réédition des 45 tours des Sex Pistols ?

C'est un peu ridicule, mais ces rééditions vont certainement satisfaire beaucoup de gens. C'est quand même triste d'exploiter commercialement des disques qui sont sortis il y a 15 ans. Récemment, j'ai jeté un œil sur les charts anglais, on y relève la présence de Mike Oldfield, Abba, Eric Clapton… Ils ne sont plus tout frais, ceux-là !

As-tu, comme la plupart des Américains, été influencé par les groupes anglais ?

J’aime le Velvet, les Beatles, T Rex, Love. Tu vois, il y a des Anglais et des Américains.

Te considères-tu comme un Américain typique?

Non, ma sensibilité s'apparente davantage à celle des Européens. Et puis, de toute façon, New York ne ressemble en rien au reste des USA ; c'est une île sur la côte Est de l'Amérique. On y rencontre des tas de cultures différentes. Dans ma ‘petite’ ville, il y a des Portoricains, des Ukrainiens, des Italiens ou encore des Chinois. Les Etats-Unis sont si vastes! Je crois qu'il y a beaucoup d'autosatisfaction aujourd'hui aux USA, alors que tout ne tourne pas rond ! Le rap, c'est peut-être l'équivalent du rock'n'roll de la fin des années 60. Pour les Noirs, c'est un véritable engagement politique. La vague ‘grunge’, elle, n'a rien de politique. Elle ne peut en tout cas pas changer les mentalités, parce que les Américains n'ont aucune conscience politique et sont souvent plongés dans l'apathie. Ils n'ont pas davantage une grande ouverture d'esprit et sont incapables de prendre du recul par rapport aux événements.

Tu as suivi l'affaire « Cop Killer », la chanson d’Ice-T ? Ton avis ?

Je ne commets pas d'actes violents. Je n'ai jamais tué personne et j'espère que personne ne me tuera. Cependant, je ne sais pas ce que c'est d'être Noir aux Etats-Unis, en 92. Donc je suis mal placé pour juger. J’imagine qu’Ice-T a eu de bonnes raisons d'écrire ce morceau. Et les gens ne s’en rendent pas compte. Si mon meilleur ami était tué par un flic, j'éprouverais certainement le besoin d'en parler. Il faut connaître le contexte d’une situation avant d'émettre un jugement.

(Article paru dans le n° 7 du magazine Mofo de novembre 1992)

 

 

Black Sabbath

On prend les mêmes et…

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Black Sabbath vit actuellement une situation paradoxale. D'une part, ce dinosaure n'est plus trop sacré dans le monde du heavy-metal (même s'il ne faut tout de même pas oublier tout ce qu'il a apporté au genre depuis ses débuts en 69). Mais d'autre part, il est actuellement crédibilisé par les pointures les plus imposantes de la vague grunge déferlante –les Nirvana et compagnie– qui vouent à Tony Iommi et ses acolytes un vrai culte et l'avouent publiquement.

Cependant, d'un point de vue strictement commercial, Black Sabbath accumule les pirouettes et les échecs commerciaux avec une sidérante régularité : pas moins de cinq chanteurs différents ont occupé le poste de front-man du groupe depuis 82! Il y a eu Ian Gillan, Glenn Hughes, Ray Gillen, Tony Martin, Ronnie James Dio (2ème épisode) et, enfin, Tony Martin pour un retour, lui aussi ! On ne compte pas l’‘épisode Ozzy’, annoncé de retour au bercail, avant que l'histoire –est-ce réellement étonnant ?– ne tourne à la confusion et au ridicule. Résultat : B.S. ne cesse de voir son étoile pâlir aux yeux d'un public heavy qui semble se désintéresser de son cas. A la fois ‘in’ et ‘out’, le combo vit actuellement, un épisode (un de plus !) crucial dans sa carrière. Possède-t-il les moyens de mener ce défi à bien ? Sans doute, si on s'en réfère uniquement aux critères musicaux et, donc à son nouvel opus. ‘Cross Purposes’ vient de sortir chez EMI, et il est réellement fort bon. Pour le reste, l'avenir nous apprendra si le quatuor peut tirer un maximum de bénéfice de cette ‘bonne œuvre’ et si le public choisira de redonner un peu de crédit à un ensemble qui a, depuis 10 ans, pas mal joué avec ses nerfs.

« La situation n'a pas été très claire au sein du band, au cours de ces dernières années », admet Tony Martin, chanteur méritant réintégré après le second départ de Ronnie James Dio (auquel il avait été contraint de laisser sa place, il y a trois ans). Et d’ajouter : « Je peux comprendre que les gens aient été un peu perturbés. Néanmoins, je pense aussi qu'il ne faut pas tout voir négativement. Black Sabbath a, au moins, eu l'occasion d'expérimenter quelque peu en travaillant en compagnie de chanteurs différents (NDR : cinq en dix ans!) Pour le public, ce n'était pas tout à fait inintéressant… »

Admettons. Mais il ne faut tout de même pas prendre les gens pour des idiots! Si Dio est revenu (pour l'album ‘Dehumanizer’ sorti en 92), ce n'était pour aucune autre raison que de tenter de renouveler le coup de ‘Heaven and Hell’. Si un rapprochement avec Ozzy a été entamé, après l'échec du second épisode Dio, c'était là encore, pour redonner une bouffée d'air frais à un groupe manquant cruellement de souffle. « Effectivement, je ne peux qu'admettre cette vision des choses » reconnaît Tony. « Mais ce sont des événements qui se produisent sans cesse et dans tous les groupes. Lorsque j'ai quitté Black Sabbath après l'album ‘Tyr’, c’était sous la pression de Tony Iommi et de Geezer Butler qui souhaitaient tenter l'aventure Dio. Que pouvais-je faire d’autre ? Bien sûr, je n'avais pas l'impression d'avoir démérité ; mais je comprenais leurs motivations. Et je n'avais pas le choix! En réintégrant le groupe, récemment j'ai fait table rase du passé et je me suis remotivé pour repartir du bon pied. »

Mais quelle est la situation actuelle au sein de Black Sabbath? La réponse était évidente : « Excellente (ben tiens!). Nous brûlons d'envie de repartir en tournée et nous espérons vraiment que notre nouveau cd recueillera le succès qu'il mérite. C'est à mon sens le meilleur que Black Sabbath ait produit depuis un bon bout de temps. » Alors que peut-il bien apporter de bien positif par rapport aux réalisations précédentes? Tony argumente : « ‘Cross Purposes’ perpétue bien la lignée entamée par ‘Headless Cross’ et ‘Tyr’ jadis. J'estime aussi que ce disque affiche une formidable force mélodique et baigne dans des atmosphères puissantes. Je suis terriblement fier d'un titre tel que ‘Dying for love’ (NDR : effectivement excellent). Il est, en outre, la démonstration que Black Sabbath est toujours un très bon groupe. Je souhaite que le public s'en souvienne! » Pourvu que le statut de groupe-référence pour le mouvement grunge les y aide? Notre interlocuteur y croit : « Ben, pourquoi pas? Ce serait bien. Un juste retour des choses, en somme. Je souhaite en tout cas que cela donne envie aux jeunes amateurs de rock actuel de nous écouter. Black Sabbath a été une formation essentielle. Sincèrement, je pense que sur un plan musical, nous sommes toujours et même plus que jamais un groupe important. Je souhaite vraiment que nous soyons appréciés sur notre valeur intrinsèque. Bien sûr, la période complexe que nous avons traversée a un peu perturbé la confiance du public, mais j’affirme qu’il n’a pas nécessairement perdu au change ; et aujourd'hui on a l'occasion de redresser la barre. »

(Article paru dans le n°20 de février 94 du Magazine Mofo)

 

The Experimental Tropic Blues Band

C’est dans l’imperfection que se fait la perfection…

Écrit par

Pour introduire cette interview, on va simplement vous rappeler l’essentiel de ce que vous avez déjà lu ou entendu, dans la presse spécialisée ou non, au sujet de “Liquid love”, le 3ème  opus de The Experimental Tropic Blues Band. Cet elpee a donc été enregistré sous la houlette de Jon Spencer. A New York. Au sein des studios de Matt Verta Ray (Heavy Trash). Et pas de prises digitales, mais comme autrefois, analogiques. Deux ou trois maximum. Afin que les compos soient les plus spontanées possibles. Le titre de l’album ? Inspiré d’un club de rencontres entre ‘blacks’, sis sur la Bedford Avenue, au sein duquel, Jon les avait invités. Un choix judicieux, puisque les lyrics parlent de sexe et de fantasmes. Et le reste, on vous invite à en prendre connaissance, en compagnie de Jeremy, alias Dirty Wolf, rebaptisé Dirty Coq, qui nous a accordé cet entretien à Liège, deux jours après le concert du trio, accordé au Magasin 4 de Bruxelles, c’est-à-dire ce 26 novembre.

Et inévitablement, il était intéressant de savoir comment s’était déroulé leur set. Réponse : « Perso, j’ai vraiment pris mon pied, comme je ne l’avais plus pris depuis longtemps ; enfin je veux dire comme je le prends rarement. En tous cas, sur la scène, c’était très bien, très intense aussi. Maintenant, je n’étais pas au sein du public. Mais après le concert, j’ai croisé de nombreux spectateurs qui m’ont avoué avoir adoré notre prestation. Et toute la soirée, dans son ensemble, s’est parfaitement déroulée. Une affiche très rock ’n roll, entamée par les Magnetix et clôturée par DJ Ponpon et Bronco Billy. Une belle fête, du début à la fin. Partagée par le public… »

On entre maintenant dans le vif du sujet. Et tout d’abord le recours aux bandes analogiques, lors des sessions d’enregistrement. « C’est différent. On n’avait jamais enregistré sous cette forme. Et au début, on a été un peu effrayés, parce quand tu te plantes, tu te plantes. Tu ne sais pas rectifier les erreurs aussi facilement qu’en digital. Bref, tu disposes de bien moins de marge d’erreur qu’en numérique. Mais finalement, les sessions se sont plutôt bien déroulées. En y laissant nos qualités et nos défauts. Et puis on y a gommé toutes les fioritures. Ce qui rend le disque plus humain… La différence entre l’analogique et le numérique ? C’est que l’analogique, ce n’est pas parfait. Et c’est dans l’imperfection que se fait la perfection. La magie, en tout cas. C’est dans l’imperfection que la magie prend naissance… » Pourtant, les trois musicos sont des éternels insatisfaits. Aussi, avec le recul, qu’auraient-ils changé à cet album, maintenant qu’ils ont eu le loisir de le réécouter ? « Bonne question ! Parce que lorsque tu as réalisé deux albums, tu cherches à ce que le suivant soit parfait. Que les vocaux soient impeccables. De ne pas faire une seule erreur, même au niveau du rythme. Et là on s’est retrouvé en studio, en compagnie d’un mec qui nous dit d’y aller à fond ; et que si on se plante, c’est tant mieux. Et il y a des tas de morceaux où on s’est planté. Où ça sonne faux ou on pète une corde. Et il nous disait que c’était bon. Tu imagines, après ces incidents, on était un peu interloqués, en se demandant s’il n’était pas dans l’erreur. Je crois que c’était en mars que nous étions en studio (NDR : il s’adresse à JF, qui opine de la tête) ? Après ce laps de temps, on a un peu digéré cette aventure. Et finalement, je pense qu’il avait totalement raison de nous pousser vers la déglingue. Car en ‘live’, c’est ce qui correspond à notre identité. Ce n’est pas parfait. C’est même loin d’âtre parfait. Notre musique passe plutôt dans l’énergie et dans l’émotion. Et c’est ce qu’il a voulu reproduire en studio. Il a récupéré notre énergie et notre émotion pour l’immortaliser sur un support. Finalement, je n’ai aucun regret. Et je ne changerai rien à ce disque, parce que Jon a vraiment bien fait son job… » Alors, à l’avenir, le groupe a-t-il déjà une petite idée du prochain producteur, en compagnie duquel, il aimerait travailler, pour enregistrer leur futur elpee. La réponse fuse : « Le prochain ? Ce sera nous trois. Parce qu’en enregistrant ce disque, on a appris énormément. Vraiment. Aujourd’hui, nous sommes suffisamment mûrs pour se charger de ce boulot. Nous ne serons plus dans nos petits souliers, quand on pénètrera dans un studio d’enregistrement. Nous ne serons plus honteux, parce qu’on n’est pas super bien en place. C’est cette spontanéité qui va faire notre force. Et on sera tout aussi bien capable de la traduire sur un support… »

Jon Spencer a produit l’elpee. Mais s’est-il également investi au niveau instrumental. Un peu de theremin ? Des claviers vintage ? Des interventions à la guitare ? Ou quoi encore ? « Il ne joue pas de claviers, mais c’est lui qui nous a proposé d’en jouer. Des idées un peu improvisées. Il imitait un motif de la voix. Et après il fallait le reproduire. Puis on recherchait les notes avec lui. Et quand c’était à son goût, on pouvait foncer. C’est vrai que le clavier, c’est pas habituel chez les Tropics. Mais c’est aussi la raison pour laquelle on lui a demandé de produire le disque. Afin d’avoir des idées qui sortent de l’ordinaire. Avant de le rencontrer, ce genre de fantaisie ne nous aurait même pas effleuré l’esprit… Et il n’y a pas de theremin. En fait, ce sont des sonorités produites par les nouvelles pédales de disto. Après les avoir enclenchées, il suffit de moduler le bouton de volume pour obtenir le même résultat. Par contre, oui, il joue de la guitare ; et notamment sur ‘Do it’. C’est lui qui se réserve le solo. Sans quoi, il participe essentiellement aux chœurs et aux voix criées… »

Un détail qui permet de passer au chapitre suivant. L’analyse des plages de ce ‘Liquid love’. Dont la compo la plus influencée par Jon est manifestement ‘Nothing to prove part 2’. Pas dans l’esprit du Spencer, mais plutôt de Pussy Galore. « Tout à fait. Parce qu’il n’était pas convaincu du refrain proposé par Jean-Jacques. Et il lui a proposé une autre ligne vocale. Et elle est clairement estampillée Jon Spencer (NDR : il la reproduit au chant). Je veux dire très rythmique… » Quant à ‘Keep this love’, c’est incontestablement la compo la plus radiophonique de l’opus. Un peu ragtime, très country & western, mais sous une forme qui peut rappeler Johnny Cash. Jeremy acquiesce : « Johnny Cash, Buddy Holly. Ces légendes issues des 60’s. Un peu, c’est vrai. Et c’est assez curieux, car quand on l’a enregistré, on n’y pensait même pas. On a limité l’instru à une gratte, un harmo et une boîte à rythmes. Mais c’est après l’avoir enregistré qu’on s’est seulement posé des questions. Enfin, c’est Jon qui nous a dit que cette compo lui rappelait Johnny Cash. Mais c’est aussi lui qui a voulu qu’elle sonne ainsi. Car la musique, ce n’est qu’une question de son. Je veux dire que si quelqu’un d’autre enregistrait cette chanson, elle ne ressemblerait pas du tout à du Cash ou du Holly… » Après l’entretien, dans la voiture qui me reconduisait au centre de Liège, je me suis quelque peu entretenu avec JF. Justement au sujet de cette compo, qui pourrait, vu son sens mélodique, passer en radio. Et même faire un hit. J’ai donc été très étonné d’entendre que chez Pure FM, on estimait que le son n’était pas assez propre. Sans commentaire…

Lors des sessions, le trio a donc eu recours à une boîte à rythmes, on vient d’en causer, mais aussi à l’électronique, malgré l’immortalisation sur bandes analogiques. Et c’est manifeste sur ce fameux ‘Do it to me’, dont nous parlions en début d’interview. Mais sous une forme épileptique, abordée dans l’esprit de Suicide. « Encore une fois, et je le répète, lorsqu’on a composé ce titre et quand on l’a joué, on ne ressentait pas cette influence. Elle est apparue postérieurement. Jon nous avait confié, que si jamais, pour un morceau, nous souhaitions emprunter une certaine direction, de lui signaler. Il voulait qu’on lui cite des noms d’artistes. On lui a lancé, Suicide, Alan Vega. En fait, je pense que nous avons émis cette idée au même moment. C’était comme une évidence. Et sur cette piste, il y avait un long passage au cours duquel il y avait comme un vide. On se demandait ce qu’on allait bien pouvoir y insérer. Alors Jon a pris sa guitare et a branché son ampli. Il a joué un solo. Il nous a demandé si son intervention nous bottait. Et puis de la reproduire. On n’a pas insisté, on lui a répondu que la sienne était impeccable… » Les deux titres les plus frénétiques du long playing sont ‘Break up’ et ‘Sex games’. Dignes de Bad Brains. Un pur hasard, car finalement, ils ont été initiés par le drummer qui adore ce type de rythme. Par contre, après avoir écouté ‘Worm wolf’ et ‘Holy peace of wood’, il est clair que le groupe a cherché le lien manquant entre Captain Beefheart et Prince. « Très bien vu ! En fait pour ‘Worm wolf’, l’idée est née en studio. La compo n’aurait pas dû être enregistrée sous cette forme ; on devait uniquement entendre ma grosse voix (NDR : il la reproduit, à titre d’exemple). Mais lors de l’enregistrement, il en fallait une ‘témoin’. Et simultanément, en ‘off’, je chantais faiblement, de manière aigüe. Et Jon a dit que ça tuait. Qu’il fallait utiliser ma voix sous les deux formes. Quand au funk, il touche surtout ‘Holy peace of wood’. Une rencontre entre Prince et Captain Beefheart ? C’est ce qui s’est dit à New York… » Si le meilleur burger se prépare avec un gros morceau de punk, saignant à souhait, en y mettant beaucoup de sauce piano dessus, on se demandait quand même où les Tropics étaient allés pêcher un titre comme ‘TETBB Eat Sushi’. Pas au Japon, en tout cas ! Jeremy s’adresse à JF : « Dis tu l’as briefé avant ? » JF répond par la négative… Et notre interlocuteur de poursuivre : « Au départ ce morceau était instrumental. Et il n’avait pas de titre. En fait, tous les midis, Jon nous emmenait dans un resto différent de New York. Et nous sommes allés manger des sushis. Bref, lors de l’enregistrement de ce morceau, il a indiqué sur une pancarte, ‘TETBB Eat Sushi’. Il l’a brandie, derrière la vitre ; et il nous a dit, c’est ce que vous allez déclarer dans la chanson. Il ne nous l’a même pas proposé, mais imposé… »

Alors, ‘Liquid love’, album charnière ou simple exercice de style ? C’est vrai qu’il est moins blues, plus roots et surtout sujet à des influences inhabituelles pour les Tropics. La question méritait quand même d’être posée. « Album charnière, parce que je pense qu’on s’est déplacé à New York pour l’enregistrer et qu’on s’est imprégné du climat de la ville. De sa puissance. Et puis on a enregistré en compagnie de quelqu’un qui est assez connu dans le milieu underground. C’est ce qui nous a permis de franchir une étape. Enfin, je ne sais pas. Peut-être qu’auparavant, nous étions dans une situation de recherche. Et elle nous a permis d’aboutir à cet album. Nous ne sommes pas un groupe qui proclame jouer du blues ou du rock. Notre éventail d’influences est tellement large. On ne se focalise pas sur l’une d’entre elles tout particulièrement. On répète. On interprète naïvement nos morceaux et puis on les enregistre. C’est tout. Bien sûr, ce disque est beaucoup plus dur, plus rock’ n’roll aussi. Mais ce n’était pas conscient au moment de créer les morceaux. On les a composés, suivant le processus habituel. En répète, on crée un riff. Et il sert de base au morceau. Ensuite on passe au suivant. Maintenant, il est probable que nous allons prendre cette direction, par la suite. Enfin, je n’en sais trop rien, si ça tombe, on va s’engager dans une voie plus électro (rires)… »

Et Jeremy a confié un scoop à Musiczine. Pas le fait qu’il soit bleu du dernier album de Tom Waits. « Il me troue le c**. C’est un pote qui m’a informé de sa sortie. Il n’était pas trop emballé. Or, je possède tous ses disques en vinyles. Je suis allé l’acheter, simplement pour compléter ma collection. Et j’ai pris une claque comme c’est pas possible. En fait, si je l’apprécie autant, c’est sans doute parce que mon ami m’avait dit qu’il n’était pas terrible. C’est comme lorsque tu vas au cinéma voir un film que l’on t’a vivement conseillé. Faut que t’aille le voir ! Et quand t’es devant l’écran tu déchantes. Il n’est pas à la hauteur de tes attentes. Parce que tu es influencé. Et là, à l’inverse, l’avis négatif a rendu mon opinion positive. C’est mon disque de chevet, car il baigne dans un univers remarquable, unique en son genre. Et chez les Tropics on essaie de créer le nôtre. Je trouve que le plus important, dans la musique, c’est d’incarner un univers. Peu importe comment tu y parviens, avec ton corps, ton cul, ta bouche ou en te frappant dessus, l’essentiel dans la musique c’est d’incarner un univers. » On en vient quand même au scoop : « En fait, après les sessions, il nous restait encore deux jours à passer à New York et Jon m’a demandé d’enregistrer ma voix sur un morceau de Heavy Trash. Attention, il m’a précisé qu’il ne savait pas si mon intervention figurerait sur la version finale. C’est à l’état de démo. J’y parle de sexe (NDR : on y revient !), mais en français, pendant 2’30, à la manière de Serge Gainsbourg. C’est ce qu’il souhaitait. Touchons du bois pour que ce soit sur le disque… »

(Album « Liquid Love », paru chez JauneOrange ce 14/11/2011)

 

Beastie Boys

Des garnements, pas des malades…

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Il ne vous est jamais arrivé, quand vous étiez gosses, d'avoir envie d'enquiquiner votre vieille voisine? De lui improviser un petit concerto pour cymbales à l’aide de deux couvercles de casseroles piqués à maman? Eh bien, les Beastie Boys, c'est un peu ça! Trois freluquets insolents auprès desquels ‘on’ a eu le malheur de laisser traîner des instruments de musique... Résultat, "Ill Communication", leur dernier album en date, décline une fois de plus le mot ‘boucan’ à toutes les sauces.

Causez-leur de rap, de hip-hop, voire de hardcore, soit. Mais surtout ne vous laissez pas aller à évoquer ce que ce genre de musique pourrait véhiculer comme message à caractère social. Le premier qui prétend être resté sérieux en compagnie des Beastie Bovs plus de cinq minutes, on l’enferme avec le dernier 2 Uillimited en bruit de fond. D’accord, ils ne repeignent plus aussi souvent que dans le passé, leurs chambres d’hôtels avec la confiture du petit déj’. Mais au naturel, les Boys sont restés de vrais garnements. Répondant à côté des questions qu’on leur pose quand ils ne vous lâchent pas un ‘you see what I mean’ laconique. Vous regardant droit dans les yeux lorsqu’ils vous accordent une réponse supposée philosophique, histoire de voir après combien de temps vous aller tenir avant de succomber au fou-rire. Bref, rencontrer ces trois zozos-là, c’est comme esquinter du pain frais avec du beurre même pas frigotartinable ! On en veut pour preuve les réflexions de Mike D, alias Michael Diamond, balancées entre deux dégustations de pralines ! Des chocolats, quoi… Affublé d’un sweat et d’un pantalon vert dans lequel on aurait pu tenir à l’aise à trois, notre homme venait de se prêter à une petite sessions-photos, sous l’objectif attentif d’une mignonne photographe. Visiblement, il en aurait fallu plus pour faire un ange d’un Beastie Boys, en tournée de promotion !

C'est con, un violon?

Vous n'avez pas dû trop insister pour qu'on vende votre nouvel album en y appliquant l'autocollant ‘Parental Advisory’.

Ce n’est pas la première fois que cette aventure nous arrive! Tous nos disques ont été rangés ‘Parental Advisory’, sauf "Licence To Ill", qui est sorti avant qu'on ne développe cette merveilleuse pratique. Tout ca, c'est très con. Et en plus, chez vous, l'autocollant est presque aussi grand que le CD. Aux States au moins, il est de petite taille !

Pourtant, vous vous y permettez quelques prouesses artistiques, comme de jolis instrumentaux ou l'utilisation d'un violon...

Sur "Eugene's Lament", juste! Bah, c'est surtout parce qu'Eugene aime bien emporter son violon en studio. A force de l'entendre, on l'a autorisé à en jouer sur un morceau. C'est fun, d'insérer des trucs qui ne collent pas vraiment à notre image. Mais ne va surtout pas t'imaginer que c'est pour faire comprendre aux gens qu'on sait aussi utiliser de vrais instruments de musique.

Idem pour la flûte sur "Flute Loop"?

Si tu veux... Sauf que là, c'est samplé d'un truc qui s'appelle "Flute Thing", d'Al Kooper.

Il vous est déjà arrivé de respecter un artiste au point de vous jurer de ne jamais le sampler?

C'est intéressant, cette question à propos du sampling. Il y a toujours eu deux écoles... Ceux qui associent sampling et pillage. Et puis, les autres. Nous, peut-être… A l’aide d’un bon sampling, tu peux réaliser un bon morceau. Même si le disque dont tu le tires est très nul, tu vois? Le sampling, c'est quelque chose que tu peux utiliser à l'infini; rien que sur un titre, tu peux faire des tonnes de repiquages. Nous, on trouve cette méthode très créative.

Premier album: "Licensed To Ill; dernier album en date: "Ill Communication". La maladie, c'est quelque chose qui vous branche?

Allons bon, la maladie, vingtième édition! Mais non, pas plus qu'autre chose. Je ne crois pas qu'il faille voir un rapport entre ces deux titres. "Licence To ill", c'était juste un disque de mecs un peu sauvages qui avaient envie de se défouler. "Ill Communication", c'est surtout parce qu'on a l'impression que la plupart des titres de ce disque sont exécutés par des types bizarres. Malades? Je ne sais pas, peut-être juste de mauvais poil…

Mon chien vit à L.A.

Justement, "Ill Communication" commence sur un mode plutôt rageur; ça vous arrive d'avoir la rage?

Oh tu sais... Nous faisons pas mal de bruit, nous créons du bruit même, et on n'essaye pas toujours de le maîtriser. Le volume à fond, du fun avant tout! Ce n'est pas très revendicatif, pas vraiment enragé.

Dans de précédentes interviews, vous répétiez que vos textes, finalement, importaient peu...

C'est vrai, et je ne reviendrai pas sur le sujet. Je crois que les textes ne sont pas tellement importants. Nos albums et nos concerts, c'est plutôt une question de sentiments. Tiens, t'as envie de décrire un micro? Et paf, on y va, on improvise. C'est notre recette.

Irions-nous jusqu'à dire que pour des rappeurs comme vous, la ‘rue’, ce n'est pas capital?

La rue, en général, ce n'est pas vraiment notre monde. Nous sommes plus souvent en studio, entouré d’une bande de potes. Et puis, on partage notre temps entre New York et Los Angeles. Si tu veux tout savoir, personnellement, j'ai 28 ans et je crois que je suis marié. Je vis à New York, mais j'ai un appart' à Silverlake, L.A. Et mon chien vit à L.A. ; donc je suis peut-être un peu plus souvent là-bas, même si je retourne souvent à New York... En fait, c’est à New York que tout se  passe, ce qui nous inspire forcément beaucoup plus. Los Angeles est devenue une ville terriblement chiante.

C'est quoi les Beastie Boys en studio? Un bordel monstre, une salle d'études?

Comme tout le reste: fun! Mais mesuré! Je me rends de plus en plus compte que nous avons beaucoup de chance de disposer d’un studio dans les collines d'Hollywood. Je veux qu'on en profite et surtout qu'on nous évite de courir partout à la recherche d’un autre à louer, là où tu dois respecter des horaires et tout et tout. En plus, tu en connais beaucoup des studios où tu peux également jouer au basket et pratiquer le skate? Dans le nôtre, on peut ! Au fait, tu sais qu'au milieu de tous tes papiers, là, t'as vraiment l'air d’un architecte emmêlé dans ses plans? Perso, si je n'avais pas fait de la musique, c'est un job que j’aurais voulu exercer, architecte. Tu me vois, occupé dessiner de superbes immeubles ? A Bruxelles, vous êtes gâtés, c'est une ville superbe, vraiment!

Vous avez désormais votre propre label ainsi que ce studio, et vous avez tout baptisé du nom de ‘Grand Royal’. Dans le but de lui attribuer de multiples significations?

Oui, oui! Grand Royal, c'est aussi un fanzine qui parle de tout ce à quoi nous nous intéressons. Et puis aussi de tout ce à quoi s'intéressent les gens qui nous entourent. Des rubriques fringues jusqu'aux critiques de disques. Nous expliquons par exemple quels disques il faut écouter, et ceux qu'il vaut mieux virer à la poubelle. On parle éventuellement de ceux qui ont une belle pochette, mais si le contenu est nul; tu penses, on n'hésite pas à le dire. Qu'est-ce qu'il y a d'autre dans ‘Grand Royal’? Ah oui, des articles de fond, de billets d'humeur, et même des recettes de cuisine !

Pieds nus, avec du velours!

Quand vous n'êtes pas derrière les fourneaux, vous vous battez toujours pour avoir le droit de faire la fête?

Pour faire la fête? On ne demande la permission à personne! Disons qu'on se battrait plutôt pour enregistrer des disques.

Au fait, qu’est-ce qu’une fête réussie chez les Beastie Boys?

Aaah (l'œil droit se transforme en clignoteur)! D'abord, une bonne sono, avec un système qui te rend bien les basses, tu vois. Quelque chose qui pulse. Après, un excellent DJ, qui t'envoie des disques sans blanc entre les morceaux. L'endroit aussi, c'est hyper important. Je rêve d'un truc à la japonaise, où on laisserait ses chaussures à l'entrée, comme dans les restos. A l'intérieur, rien que des décors doux pour l'œil, genre du velours ou quelque chose du style. Une ventilation efficace, c'est capital! En général, dans toutes les boîtes, ça déconne ou alors, il n'y en a pas. Et en sortant, tu pues la clope, c'est dégueulasse! Ce qu'il faut aussi, c'est une ‘chill out room’, tu vois, un endroit où la musique est plus cool où tu peux aller te relaxer. Voilà, quand t'as tout ça sous la main, la fête peut commencer…

La fête en question, c’était le 15 juin dernier, à la Luna, qu’elle s’est déroulée. Sold out! Assistés d'un Dj, d'un percussionniste et d'un claviériste, nos trois chérubins s'en sont donnés à cœur joie. Braillards à souhait, fous furieux derrière leurs instruments, l'heure et demie de Mike, MCA et Ad Rock a débouché sur un délire le plus complet. Leur rap hardcore incendiaire a fait valser le public par vagues entières, du frontstage jusqu'au bar. Et si les stagedivers sont restés étrangement calmes, on a assisté certainement à un des meilleurs concerts pour couvercles de casseroles entendu depuis bien longtemps. Peut-être juste un poil moins fort que le nouvel album sur lequel les plages s'enfilent sans temps mort; sur scène, des blancs, il y en a eu deux ou trois, à chaque fois que le trio passait de la formule ‘avec instruments’ à celle ‘juste les platines’. Le set aurait donc pu être encore plus dense. Rien que d'y penser, on frissonne! Mais pour bien faire piger au public qu'en fin de compte, les enquiquineurs, ce sont eux, ils ont quand même gardé "Fight For Your Right" pour une autre fois. Bande de petits salopiauds!

Article paru dans le n°25 de juillet 94 du Magazine Mofo

 

Saint Etienne

Etaler sa tête sur une pochette, c’est ridicule…

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Expérience pour le moins inhabituelle, l'interview de Saint Etienne s'est déroulée pendant le soundcheck. En effet, ni Pete Wiggs qui répondait à nos questions, ni Bob Stanley n'y participaient. Pour ce dernier, c'est normal, il n'est même pas sur scène pendant le concert auquel il assiste en tant que spectateur. Donc, sur fond de musique de Saint Etienne (la voix de Sarah Cracknell est quand même présente), on parle du dernier album, "Tiger Bay".

Sur cet album, contrairement aux précédents, les titres s'enchaînent sans transition ‘parlée’. Pourquoi?

Pete: On aimait cette formule, car elle possède un petit côté ‘soundtrack’ qui liait les morceaux entre eux et donnait une certaine unité à l'album. Elle contribuait à former des images dans la tête de celui qui écoute le disque. On n’y a pas eu recours, cette fois, parce qu'on cherchait quelque chose de différent, mais aussi parce que ça coûte affreusement cher en ‘royalties’. Pour la circonstance, on a utilisé un grand orchestre et il nous a coûté moins cher.

Sur ''Tiger Bay", figurent des chansons plus soul, assez mélancoliques...

C'est un album plus diversifié que les précédents. C'est une volonté qui était présente dès l'écriture. On ne voulait plus seulement balancer des mélodies répétitives sur des beats dance. Les textes sont devenus plus désenchantés. Des histoires d'amour tristes (rires). Quand j’écris des textes, je deviens curieusement d’humeur mélancolique...

Il y a eu peu de temps entre la sortie de ''Tiger Bay" et celle de "So Tough". Explication?

Oui, mais on a quand même enregistré des singles inédits et une chanson de Noël en compagnie de Tim Burgess des Charlatans. Il faut dire qu'on aime beaucoup notre studio. Son confort nous manque assez vite. On devient malades (rires). C'est un petit local dans lequel on travaille toujours ; il est aussi grand qu'une chambre à coucher. Et on bosse constamment sous la houlette du même ingénieur. Enfin, on n'aime pas de trop longs temps morts entre les sorties.

Le studio, c'est votre labo?

En quelque sorte. On aime essayer d'écrire la chanson pop parfaite qui sera numéro 1. Mais quand on travaille dessus, elle se transforme tellement. C'est la raison pour laquelle, je pense, qu'on n'a jamais décroché de gros hit, alors que certaines chansons pourraient l'être, si elles étaient enregistrées différemment. En définitive, on finit toujours par faire ce qu'on aurait envie d'entendre plutôt que ce qui permettrait de vendre. Dans les chansons les plus commerciales, à priori, il existe toujours un élément qui les empêche de l'être vraiment (rires).

J'aime bien Kylie

Il y a toujours le risque de devenir vulgaire, de sonner comme Kylie Minogue, non?

J'aime bien Kylie Minogue. Vraiment (rires). Quand on l’avoue, les gens ne parviennent jamais à savoir si on est sérieux. Mais on est toujours sérieux quand il s'agit de musique. Et si on a une occasion de travailler avec elle, on la saisit. Parce que c'est marrant. On ne pense pas aux conséquences.

"Pale Movie", de ce point de vue, est très ‘limite’.

Oui (rires). Cette chanson a été un enfer à mixer. Ces guitares flamencos... En plus, elle change constamment de mesure.

Que penses-tu des Pet Shop Boys ?

Je les aime beaucoup. "Behaviour" est un grand album. Nous sommes souvent comparés à cause de la dimension ironique. Pourtant, on n’enregistre jamais de disques avec ironie! Aussi parce que Bob, comme Neil Tennant, a été journaliste ; ce qui nous rend suspects. On nous reproche de trop bien connaître le milieu... Et je ne suis même pas sûr que les Pet Shop Boys soient ironiques. Une chanson comme "Being Boring" ne peut pas l'être, elle est trop forte pour ça. Et je crois qu'ils ont été terriblement déçus qu’elle n’ait pas récolté beaucoup de succès, car elle était très personnelle.

Et Pulp?

Ils sont très bons. Ils commencent à vraiment marcher, non? C'est fou de penser qu'ils sont arrivés à ce stade. Jarvis est quelqu'un qui pourrait tomber dans le ridicule s'il n'était si ‘cool’, si drôle.

New Order?

J'ai été très fan, aux débuts. Et de Joy Division. C'est extraordinaire la manière dont ils ont évolué. Depuis le groupe aux guitares un peu sinistres jusqu'à cette pop. Et puis, leurs pochettes sont fantastiques. Celles de Factory nous ont sûrement beaucoup influencés. On prend des illustrations qui nous plaisent sans qu'elles aient besoin de se raccrocher au contenu du disque. Pour celui de Noël, on avait choisi d’illustrer la pochette par l’image d’une vache. Aucun rapport avec Noël (rires). C’est ridicule d'étaler nos têtes sur les pochettes. Quel intérêt? En France, c’est souvent le cas. Egalement aux Etats-Unis. Là-bas, nos singles paraissent généralement avec nos tronches dessus. Même chose pour "Tiger Bay". C’est terrible! (rires)

Vous vous faites remixer en même temps que vous remixez d'autres artistes...

Ce qui est amusant quand on remixe les autres, c'est qu’il y a également un travail d'écriture, d'une certaine manière, puisqu'on peut atteindre un résultat très différent de l'original Tu as une vision très générale de la chanson et tu en donnes ton interprétation personnelle. On écoute quelquefois le morceau et on sélectionne un extrait dont on trouve qu'il conviendrait comme sample. Pour "Rodney King" des Boo Radleys, on a samplé le passage qu'on voulait et on en a fait une boucle. Et au fur et à mesure qu'on y travaille, on déniche d'autres idées pour emmener la chanson encore plus loin que l’originelle. Au final, ce n'est plus vraiment les Boo Radleys mais ce n'est pas Saint Etienne non plus. C’est assez étrange. Se faire remixer est très excitant aussi. Et puis surtout entendre ce que d'autres vont faire de ta chanson! !

Article paru dans le n°25 de juillet 94 du Magazine Mofo

The Walkabouts

‘Devil's Road’ n’existerait pas sans ‘Born Sandy Devotional’…

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Les Walkabouts viennent donc de publier leur nouvel album. Son titre ? ‘Travels in the Dustlands’. Il fait suite à ‘Acetylene’, sorti déjà il y a six longues années. Entretemps, Chris Eckman et Carla Torgeson ne se sont pas pour autant reposés sur leur lauriers. Chris a même multiplié les projets parallèles. Bref, leur nouvel opus est très riche. Musicalement, mais aussi et surtout au niveau des textes. Et franchement, il m’aurait fallu une bonne demi-journée d’interview, si je m’étais évertué à décortiquer leur prose, en leur compagnie, tant elle est intéressante. Mais, l’important était quand même de vous donner une idée globale du contenu de cet elpee, en essayant de poser des questions (im)pertinentes, auxquelles Chris et Carla ont eu la grande gentillesse de répondre…

Mais où se trouvent donc les ‘Dustlands’ ? Près de la frontière mexicaine, quelque part en Afrique ou en Australie ? Vu les lyrics, pas loin du désert, c’est sûr. D’ailleurs la collaboration de Chris apportée à Tamikrest, formation malienne, est peut-être une explication. Chris réagit : « C’est près du Mexique, pas en Afrique. Bien sûr, j’y ai puisé quelques idées pour écrire mes chansons, mais les ‘Dustlands’ se situent bien en Amérique » Et Carla d’ajouter : « S’ils étaient localisés en Afrique, on aurait mis en scène des chameaux… »

Ex-Willard Grant Conspiracy, Paul Austin a rejoint le line up des Walkabouts. Mais était-ce Chris et Carla qui le souhaitaient ou Paul qui a demandé de rejoindre le groupe ? Carla clarifie la situation : « Nous l’avons invité. On le voulait pour son talent, sa créativité ; et puis parce qu’il fait partie de la famille de nos amis depuis au moins dix ans. En fait, on souhaitait tout réorganiser de fond en comble. C’est un peu comme quand on joue aux cartes et puis qu’on décide de les redistribuer. »

Les lyrics sont donc très importants chez les Walkabouts. Ils sont signés par Chris. Une des compos s’intitule ‘They are note like us’ (Trad : ils ne sont pas comme nous). Mais qui sont-ils ? Chris nous éclaire à ce sujet : « Cette chanson parle d’un gars qui vit en Amérique profonde ; un type issu de la droite conservatrice, un peu fêlé. Il conduit un camion avec semi-remorque et porte un flingue. Il s’est taillé dans le désert avec son véhicule. Et quand il s’arrête enfin, il se place devant son camion, l’arme à la main, en se demandant de quoi sera fait demain. Cette histoire décrit la mentalité de ce type de personnage qui vit là-bas, aux States. Et elle est encore bien d’actualité. Il ne faut cependant pas s’arrêter au rôle du camionneur. En fait, le narrateur se met dans sa peau. C’est un peu caricatural, mais vous savez, aux Etats-Unis, il existe encore des hameaux où les habitants se barricadent dans leur ranch ou s’isolent dans une forme de camp retranché, en érigeant de hautes clôtures faites de fils barbelés. Ils veulent se protéger, se défendre. Mais qui craignent-ils ? Les bourgeois. En fait ce qu’ils considèrent comme des bourgeois : les démocrates, les intellos, les gens qui débarquent de l’extérieur. Ils ne comprennent pas les décisions prises par le gouvernement. Ce sont de farouches individualistes qui votent pour des partis d’extrême droite et s’accrochent à un certain style de vie. D’un point de vue politique et philosophique, je ne partage pas leurs opinions. Elles sont dangereuses. Par contre, je leur reconnais un sens des responsabilités particulièrement élevé. Ils ne demandent rien à personne. »

Dans les textes, Chris évoque souvent la sécheresse. Je lui signale qu’en Belgique, il pleut très souvent. ‘Rainmaker blues’ nous parle d’un faiseur de pluie. Existe-t-il vraiment ? L’a-t-il vu à l’œuvre. Il commente : « En fait, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, on rencontrait des faiseurs de pluie, au cœur des Etats-Unis. Ils se déplaçaient de ville en ville et proclamaient qu’ils étaient capables de faire pleuvoir. En tirant un boulet dans les nuages, par exemple. En fait, cette chanson traite de faux espoirs placés en quelqu’un. Le ‘Rainmaker’ arrive dans un bled et déclare qu’il peut la sauver la région de la sécheresse. Mais rationnellement, on sait que ce n’est pas possible. Donc, le personnage de la chanson, celui que j’interprète, croit fermement qu’il va y parvenir. Mais sa femme émet des doutes sur ses pouvoirs. En fait, elle n’y croit pas du tout. Et lui, répond qu’elle doit y croire et ne pas se montrer aussi cynique, car c’est leur dernier espoir. Il s’agit d’une métaphore qui vise notre monde contemporain, au sein duquel nous sommes tous en attente d’une solution. On espère que la technologie va nous sauver des dégâts causés à la planète. La crise que nous vivons est symbolisée par la sécheresse. Elle n’existe pas seulement en Amérique et en Europe. Elle sévit partout. Beaucoup de gens, aujourd’hui, se posent des questions, doutent et rejettent même la science… » Cette compo est imprimée sur un tempo tribal. Chris argumente : « Il faut demander à Terri. Elle a transmis (NDR : par e-mail) trois propositions pour le tempo, et j’ai choisi celle qui me semblait la plus adaptée à cette chanson. Mais ne me demandez pas quelle est son inspiration ? » Carla approuve et précise : « C’est une compo plus agressive »

Dans les lyrics, on retrouve souvent un sentiment de culpabilité qui ronge les personnages. Pourquoi donc ? Chris argumente : « En fait, l’émotion principale véhiculée est la déception et souvent la culpabilité va de pair avec la déception. Et quand on analyse pourquoi naît cette déception, la réponse est en nous-mêmes. On n’a que soi à critiquer. Et c’est alors que surgit la culpabilité. La plupart des personnages mis en scène dans mes chansons sont des gens qui on le mal de vivre. Qui n’ont plus beaucoup de choix. Qui sont acculés. Et donc, ils jettent un regard rétrospectif. Ils regardent d’où ils viennent et essaient de trouver des solutions (‘Quand tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d'où tu viens’ – Aimé Césaire). La culpabilité est une réponse parmi d’autres, mais une réponse à court terme. A longue échéance, vous devez faire des choix. Un exemple ? On arrête un criminel. On le met en prison. A-t-on résolu le problème ? » Autrement dit, ce dont l’avenir sera fait ne devrait pas être l’héritage de notre responsabilité envers le passé. Mais laissons notre interlocuteur poursuivre ses explications : « On doit regarder vers l’avant. Dans mes textes, on retrouve également des personnages qui sont toujours pressés et d’autres qui décident de mettre les voiles. En fait on pourrait penser qu’ils vont de l’avant pour donner une nouvelle orientation à leur existence. Mais en réalité, ils sont paumés et ne savent pas de quoi demain sera fait… »

Dans la chanson ‘No rhyme, no reason’, on parle d’un scorpion cerné par les flammes, qui se pique lui-même pour ne pas périr brûlé. Une description qui méritait des éclaircissements. Chris nous les fournit : « Cette histoire est puisée dans une de mes lectures. Un épisode qui se déroule au Sahara. Lorsque les indigènes trouvent un scorpion sous leur tente, ils allument des feux autour de cette tente. Et le scorpion se pique. Il meurt. Il se suicide quoi. Maintenant, j’utilise cette image pour illustrer l’état d’esprit d’une personne désespérée, prête à mettre fin à ses jours. Elle pose un choix : je me suicide ou pas ? »

Parmi les références littéraires reconnues par Chris, on retrouve les écrivains Paul Bowles, Willa Cather et William T. Vollmann. On peut lire d’ailleurs des citations de ces artistes, au sein de son booklet. Chris confirme : « Ce sont trois écrivains que j’aime. Ils contribuent à décrire ce que j’essaie d’exprimer. Ils me construisent un cadre qui m’aide dans ma création. C’est une sorte de fenêtre que j’ouvre au groupe. Des sources multiples qui oscillent des écrits journalistiques aux bouquins d’histoire, en passant par la Bible ou des récits mystérieux. Ce qui contribue à focaliser les collaborateurs sur le contenu de la chanson. Il y a 9 ans que je vis en Slovénie. Et donc je communique avec les autres musiciens par internet. » Carla confirme : « Il donne ce cadre général constitué de citations et invite le groupe à digérer le tout… » Tiens, parmi les citations, dans son booklet, figure également un passage de la Bible. De l’Ancien Testament, justement (NDR : Jérémie – chapitre 12 – paragraphe 11 et12 – ces passages évoquent les thèmes de la désolation et de la dévastation). Voudrait-il concurrencer David Eugene Edwards ? (rires) Chris se défend : « Je ne suis pas croyant. J’ai utilisé ce texte comme référence littéraire, pas religieuse. J’apprécie la description de ce qu’il raconte. Pas davantage. En ce qui concerne Eugene, je respecte son œuvre ; mais afin de ne pas nous brouiller, il est préférable de ne pas aborder de sujets religieux ou politiques avec lui, mais plutôt parler de la pluie et du beau temps… »

‘My diviner’ est une chanson très lente, une sorte de slowcore qui me rappelle les Cowboy Junkies. Carla partage cet avis : « Absolument ! Effectivement, ce groupe pourrait reprendre cette compo. C’est une chanson d’amour, et dans cet exercice de style, les Cowboy Junkies sont remarquables. Ce qui est singulier, c’est que lorsque je la chante, le public la reprend en  chœur, et ça me touche. Et si Margo a envie de l’interpréter, j’en serais très flattée. D’ailleurs, je l’encourage à l’adapter… »

The Appolon Chamber Orchestra a participé aux sessions d’enregistrement de l’album, pour plusieurs morceaux. On a même parfois l’impression que l’esprit de Scott Walker plane sur ces compos. Chris nuance : « En fait, personnellement, je fais la distinction entre deux mondes. D’abord, il y a les arrangements pour cordes, ensuite les arrangements de cordes de Scott Walker. Et là, on n’est plus dans la même division. C’est vrai que dès que me viennent des idées d’orchestrations de cordes, je pense à Scott Walker. En fait, c’est la référence. Une voie universelle. Le summum de la maîtrise. Une référence à la production de la fin des années 60, en termes d’orchestration. On n’a jamais l’impression que les cordes écrasent l’ensemble ou le travail de l’artiste. Elles le subliment. Elles font partie intégrante des morceaux. C’est harmonieux. Il ne s’agit pas d’en remettre une couche. On avait repris ‘Cowbell shakin’’ sur une compile intitulée ‘Out of the Blue Volume 6’. Mais je n’imite pas, mes influences sont intégrées, digérées. Sur ce nouvel album, il y a 4 chansons qui bénéficient de ce type d’arrangements. Dès le départ, on savait qu’on les intégrer. C’était prévu. On a arrangé les compos en conséquence, car on considérait cette technique comme complémentaire » Carla insiste : « Les arrangements sont destinés à capter l’attention ». Et Chris d’enchaîner : « Ils ont une présence réelle. C’est une voie fondamentale pour ces morceaux… »

‘Thin of the air’ me fait penser à Jefferson Airplane, surtout la voix de Carla, finalement proche de celle de Grace Slick, et ‘Every river will burn’ lorgne également vers la musique issue de la West Coast des seventies. Ce titre me semble même abordé dans l’esprit d’‘If I could only remember my name’ de David Crosby. Chris s’extasie : “Il est hors catégorie”. Et Carla d’embrayer : “Nous sommes des produits issus de la West Coast. On y est nés. C’est dans notre nature. » Chris approuve : « Même en Slovénie, on est ‘West Coast’. C’est notre seconde peau. Le berceau de notre enfance, c’est CSNY, The Doors, Buffalo Springfield, les Byrds, … le premier album que j’ai acheté, gamin, c’était ‘Déjà vu’. Mes parents avaient bien des albums des Beatles, qu’ils m’avaient filé, mais le premier que je me suis procuré est celui-là… » Carla reprend la parole : « J’aime bien ‘Thin of the air’, c’est une chanson un peu venimeuse… De mon côté, j’appréciais surtout Paul Revere & The Raiders. D’ailleurs, à l’époque, on s’habillait comme les Beatles du ‘Sgt Peppers’… »

Sur ‘Long drive on a slow machine’, il y a une étrange atmosphère, hantée par le spectre des Triffids ; même que la voix de Chris me fait penser à celle de feu David McComb. Chris réagit : « Ah bon, parce que la presse a déjà écrit que je chantais comme Bruce Springsteen. Et soit dit en passant David McComb appréciait beaucoup Springsteen. Il en était même un fan. C’était un de ses 3 ou 4 dieux. Quelle famille ! Bon, on l’avoue, on ne s’est jamais réellement prononcés et on n’a pas davantage émis la moindre dénégation à ce sujet ; mais les Triffids nous ont quand même influencés. » Carla nuance : « Mais ils étaient quand même plus romantiques » Chris reprend le crachoir : « C’est surtout l’atmosphère de leurs chansons qui nous a marqués ; mais nous ne sommes pas des voleurs. Et ‘Devils’s road’ n’aurait jamais existé sans ‘Born Sandy Devotional’. Mais, vous savez, entre le moment de la sortie de l’album de la formation australienne (NDR : 1986) et le nôtre (NDR : 1996), des années se sont écoulées. Oui, bien sûr, ‘My Diviner’ baigne encore dans un climat susceptible de rappeler ‘Born Sandy Devotional’. Faut dire que Paul (Austin) nous avait envoyé un bouquin consacré à David McComb et puis aussi des bandes d’enregistrements ‘live’ réalisé par un Tribute Band des Triffids, juste avant de commencer les sessions d’enregistrement… »

La manière de jouer des claviers de Glenn évoque quand même Garth Hudson, le claviériste du Band. Surtout lorsqu’il nappe les compos d’orgue Hammond. Il fluidifie les compos de la même manière. Chris est d’accord : « Dans le groupe, on le surnomme Garth ! C’est une inspiration majeure pour lui. Il vient pourtant de l’univers de la musique électronique, voire même progressive. En fait, il a tourné en notre compagnie avant d’enregistrer. Je l’avais prévenu qu’il ne devait pas jouer du synthé sur notre album, mais uniquement du clavier et du piano. Et à la fin des sessions, on lui a dit qu’il pouvait mettre du synthé. Il a assumé tous les morceaux d’une traite, mais il ne participe pas à toutes les plages… »

Outre les Walkabouts, Chris et Carla sont impliqués dans de multiples projets. En duo, d’abord. Chris sévit notamment chez Dirtmusic et L/O/N/G, lorsqu’il ne tourne pas au sein du backing group de Willard Grant Conspiracy, alors que Carla bosse de temps à autre en compagnie du musicien grec Akis Boyatsis. Et bien, soyez rassurés, ils ne comptent pas abandonner leur différentes expériences parallèles. Ils vont les poursuivre, sans aucun problème. Carla se déclare quand même moins active, mais publiera quand même un nouvel album avec le producteur et multi-instrumentiste hellène, l’an prochain.

(Merci à Vincent Devos)

Sortie du nouvel album, « Travels in the Dustland », ce 21 octobre chez Glitterhouse / Munich

Recoil

Le choix d’Alan Wilder

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Alan Wilder a choisi Recoil, son projet. Un projet pour lequel, alors qu’il était encore au sein de Depeche Mode, il avait déjà publié deux albums (« Hydrology » en 88 et « Blooline » en 92). Mais le nouveau cd, « Unsound methods », est le meilleur à ce jour, flirtant parfois avec les sons trip hop, voire techno.

Mes disques précédents, tant chez Depeche Mode que Recoil, avaient recours à des sons électroniques et des rythmes orientés techno... Je suis un instinctif, je ne choisis pas consciemment la façon dont je vais sonner. Cette fois-ci, je m'étais juste dit que je voulais des rythmes plus groovy, quelque chose de plus desserré, de plus fluide, de plus relâché. En prenant du recul, quand je réécoute mes disques, ils me semblent tous trop rigides.

Quelle étiquette peut-on coller à ton travail?

A vrai dire, je m'en fous un peu. La plus commune semble être ‘cinématographique’ ou ‘bande-son’ d'un film qui n'existe pas. C'est probablement un peu de ça qu'il s'agit.    .

Il y a d'ailleurs des extraits de la B.O. d'‘Apocalypse Now’ sur ton disque. Pourquoi?

Oui, sur « Incubus ». Parce que c'est un de mes films favoris. Il est très sombre, très noir, très dur. Comme j'aime!

C'est dans les atmosphères sombres et oppressantes que tu te sens à l'aise. Parce que tu es quelqu'un de pessimiste?

Tout le monde me le demande, mais je ne me considère pas comme tel. Créer ce genre de musique me semble plus intéressant que de décrire la joie qu'on éprouve à avoir des enfants, par exemple... La part de moi qui s'exprime en musique est sombre et glacée, mais elle ne correspond pas à ma personne. Peut-être que mon côté sombre, je l'évacue en musique et que je n'ai plus besoin de le faire dans la vie? Je ne suis pas pessimiste, je me considère comme réaliste avec une dose de cynisme aussi. En fait, je suis quelqu'un de très ouvert, même si je choisis mes amis avec la plus grande prudence. Si je me montre parfois sec, c’est que je n’ai pas nécessairement beaucoup de temps à consacrer aux gens. Ce propos paraît sans doute égoïste, mais la vie est courte. Par exemple, je refuse systématiquement de travailler comme remixeur, parce que j'y mettrais trop d'énergie et que je préfère la garder pour moi.

L’ironie du titre

Un mot sur le titre du disque « Unsound Methods »?

Il affiche un côté ironique: ‘Unsound’ et se traduit par quelque chose comme ‘raté’, ‘mauvais’. Une méthode non correcte qui s'applique bien à la plupart des sujets du disque. ‘Stalker’ est typiquement un truc ‘unsound’...

Pourquoi ne chantes-tu pas sur cet album?

Parce que je n'aime pas le son de ma voix! Elle n'est pas atroce, mais elle est terne, un peu fade... Et puis, je ne suis pas très bon pour écrire les textes. J'ai essayé, mais l’inspiration ne vient pas naturellement. Je préfère donc laisser cde rôle à quelqu'un de plus compétent. Quelqu'un comme Douglas McCarthy, de Nitzer Ebb, avec qui j'avais déjà travaillé ou comme les trois filles (NDR : inconnues au bataillon) que sont Siobhan Lynch, Maggie Estep et Hildia Campbell. J'adore travailler en compagnie d'autres chanteurs et je suis persuadé pouvoir tirer le meilleur parti de leur voix. Je ferais un bon entraîneur, je suis capable de pousser quelqu'un à aller plus loin, à être meilleur. L’exemple parfait, c'est Douglas : voilà quelqu'un qui a du talent, mais qui ne sait pas toujours bien comment l'utiliser ni comment l’exprimer. Franchement, j'arrive à le sublimer et lui, il apprécie que je le pousse ainsi. Pourtant, ce sont juste quelques encouragements.

Recoil, c’est un groupe ?

Sûrement pas. C'est un projet en perpétuelle mutation. Il implique des collaborateurs qui entrent et sortent aux moments appropriés. J'adore travailler avec les autres, mais pas tout le temps les mêmes.

La séparation

On le sait ; en juin 95, Alan Wilder a abandonné Depeche Mode après une grosse douzaine d'années passées dans le groupe anglais. Il faut sûrement du courage pour quitter un groupe qui recueille autant de succès. Si on peut avoir l'impression qu'Alan n'y jouait que les seconds rôles, son influence occulte auprès des Gahan et Gore aura sans doute été déterminante sur le son et la popularité de ce groupe.

J'avais fait mon temps dans le groupe. J'en avais assez et j'estimais qu'au sein de Depeche Mode, on avait concrétisé tout ce que je sentais qu'on pouvait réaliser. Pourquoi continuer alors? Bien sûr, il y a eu des moments de tension, les ennuis de Dave liés à la drogue ; mais ce n'étaient pas les motifs primordiaux qui ont conduit à mon départ. Juste que cela n'allait plus!

Parce que tes idées n'étaient pas assez utilisées ?

Non, pas vraiment. J'étais capable de les faire adopter par la formation. Mais peut-être parfois, était-ce quand même un peu frustrant, je veux bien l'avouer. J'ai réalisé, c'est vrai, des trucs qui ont peu été appréciés, du moins pas à leur juste valeur par les autres membres du groupe.

As-tu hésité avant de partir?

Non, je n’ai pas hésité à quitter Depeche Mode, mais entendons nous bien, j’y ai quand même beaucoup réfléchi. C’est normal, on ne quitte pas un tel groupe sur un coup de tête. Mais là, j'en étais arrivé à un point où il fallait prendre une décision. Je n'étais plus heureux ; ni dans ma vie privée, ni dans ma vie professionnelle. J'ai donc choisi le divorce dans un cas comme dans l'autre. Peut-être ai-je commis une grosse erreur, au moins financièrement ; mais d'un autre côté, je me sens mieux dans ma peau et j'ai plus d'enthousiasme que je n'en ai jamais eu!

Quels souvenirs garderas-tu de Depeche Mode?

Il y en a des tonnes et la plupart sont très, très bons. Je ne voudrais pas qu'on se cantonne dans mes explications sur la fin de l'expérience et qu'on oublie tout le reste. Je ne suis absolument pas amer, c'est même plutôt le contraire. Je suis très reconnaissant envers tout ce qui m’est arrivé dans cette aventure. J'y ai appris énormément, spécialement au début, dans le domaine de la production. Et puis, j'y ai pris beaucoup de plaisir, notamment lors de tournées où l'ambiance était fantastique

Enfin, pour que votre info soit complète, sachez que Wilder n’envisage pas de concert pour Recoil. Pourquoi ? Parce qu'il ne voit pas comment il pourrait monter une telle entreprise. Cependant, il souhaite continuer à enregistrer dans le studio qu'il s'est aménagé, juste à côté de chez lui, dans sa maison du Sussex, à la campagne, où il lui faut à peine une heure de route, depuis Londres, pour s’y rendre... mais où il est tellement plus au calme !

(Article paru dans le n° 59 du magazine Mofo de décembre 97/janvier 98)

 

Motorpsycho

Prog pop, mais pas seulement…

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Depuis Bel Canto, la Norvège n’avait plus mis au monde de groupe aussi intéressant. Retenez bien ce nom: Motorpsycho. Fondé au tout début des nineties, il comptait à son actif, avant l’enregistrement d’« Angels and daemons at play » une volée de singles, un mini CD et quatre albums studios. Tous passés inaperçus. Phénomène qui s’explique facilement pour une formation en avance sur son temps. Mais qu’il est difficile d’admettre au vu de l’originalité et de la qualité de sa musique. Entretien avec Snah (NDR: prononcez ‘Schann’), porte parole mais surtout guitariste de cet ensemble finalement plus européen que scandinave.

« Blissard », votre album précédent avait été enregistré dans les anciens studios d’Abba à Stockholm. Cette aventure a dû vous coûter un os?

Effectivement. Mais, nous avons pu bénéficier des infrastructures d’un studio nickel, à la pointe de la technologie moderne, meublé d’instruments historiques tel qu’un piano à queue dont Abba s’était servi pour enregistrer. On a même eu la chance de pouvoir l’utiliser. C’était une chouette expérience qui n’a duré que 15 jours, mais elle nous a coûté la peau des fesses. Pas seulement à cause du studio. Mais aussi des chambres d’hôtel que nous avons dû louer. On en garde cependant un très bon souvenir. « Angels and daemons » a été enregistré en Norvège. En sept jours. Dans un studio moins onéreux. On s’était brûlé les ailes une fois, c’était largement suffisant. Et puis nous ne souhaitions pas y séjourner trop longtemps. Parce que nous serions incapables d’y passer 2 mois. Nous deviendrions complètement fous. Il ne nous a d’ailleurs fallu que 3 semaines pour le terminer. C’est largement suffisant. Nous avons tout fait nous même. Même le mixing et la production. L’inspiration et l’énergie étaient au rendez-vous à ce moment-là. Ce qui nous a permis de conserver ce feeling ‘live’ auquel nous tenions absolument.

« Demon box » en 93 et « Angels and daemons at play » aujourd’hui. Etes-vous fascinés par les forces du bien et du mal? Par la mythologie, les divinités, la vie après la mort?

Oui, bien sûr. Nous lisons énormément de bouquins consacrés à la littérature ésotérique, aux phénomènes paranormaux. Nous sommes intéressés par ce genre de choses. Ce qui ne veut pas dire que nous jouions au tarot pour décider de notre avenir. Nous savons ce que nous devons faire et ne prenons jamais nos décisions sur un coup de tête. Néanmoins, j’estime que la mythologie, l’histoire et les fables sont très importantes pour nous. Surtout lorsqu’on vit dans un monde qui veut se couper du passé, pauvres en relations humaines, ultra matérialiste. Ce qui ne veut pas dire que nous adhérions à la sorcellerie ou que nous organisions des messes noires. On est loin de tout ça. Tout simplement, on essaie de réinventer une certaine philosophie de la vie...

Votre musique est à la fois riche et complexe. Il y a des tas et des tas d’influences. Etes-vous intéressés par l’histoire du rock’n’roll?

Absolument! Nous reconnaissons être influencés par beaucoup d’artistes issus de l’histoire du rock’n’roll. Certains plus que d’autres. Cela nous permettra peut-être de projeter une nouvelle lumière au sein de l’univers du rock et de la pop. Nous aimons les groupes issus des sixties et des seventies. Le jazz aussi. Notamment John Cotrane. Le krautrock de Can et de Faust. Et puis une multitude d’autres formations dont les noms m’échappent pour l’instant.

Telles que King Crimson et Sonic Youth?

Nous écrivons nos chansons un peu à la manière de Sonic Youth. Nous les composons à la guitare en partant d’une hauteur mélodique branchée sur un réglage spécifique. Le problème, c’est qu’en tournée, vous trimballez une bonne vingtaine de guitares. Parce que chaque chanson exige un réglage spécifique. Mais cela en vaut la peine.

Est-ce qu’on peut dire que Motorpsycho est quelque part prog pop? Nous voulons dire dans l’esprit de Spiritualized et d’Ozric Tentacles; mais dans un autre style?

Oui ! Parce que nous exprimons nos chansons à la fois de manière semblable et différente. Différente parce que nous avons chacun notre style. Semblable, parce que l’interprétation de nos compositions est à chaque fois différente. Prend l’exemple d’Ozric Tentacles qui ne programme que 50 % de ses chansons. Le reste se construit suivant un schéma totalement improvisé. Et ça marche!

Comment expliquer ce boom de la scène pop/rock scandinave?

On assiste pour l’instant à une véritable explosion de groupes en Europe et pas seulement en Scandinavie. C’est le résultat de cette nouvelle vague psychédélique. En fait, elle a été fort négligée au cours des 20 dernières années. Le punk et ses dérivés l’ont empêchée de se développer. Surtout sur le Vieux Continent, plus réceptif à une musique progressive, élaborée. Elle a dû se terrer dans l’underground en attendant son heure...

Que représente Bel Canto pour Motorpsycho ?

Nous les connaissons bien. Ils sont en train de prendre du bon temps, ils viennent de sortir un dernier album, qui soit dit en passant n’est pas fameux. Issu du Nord de la Norvège, ils ont un caractère typiquement scandinave. Ils vivent à Tromsø, un lieu très particulier. En fait, l’hiver il fait toujours nuit, et en été presque toujours clair...

Vous avez écrit la bande sonore pour un film de country & western appelé « The tussler ». Aimez-vous le cinéma italien? Et tout particulièrement le western spaghetti?

Nous aimons les films de Sergio Leone et de Clint Eastwood. Et nous avons été très heureux de pouvoir composer cette bande sonore. D’autant plus que nous apprécions beaucoup la musique country. En fait, les Américains de peau blanche sont d’origine européenne, et la country vient également d’Europe. Mélodiquement, nous nous sentons très proche de ce style de musique. Et régulièrement, il nous arrive de jouer du banjo ou de la steel guitare. C’est un défi pour nous. Nous apprenons beaucoup à travers tous ces différents styles de musique. Nous avons même réalisé un projet en compagnie d’un groupe de jazz norvégien. Nous avons beaucoup répété pour finalement nous produire ensemble lors d’un concert de jazz en Norvège. Nous sommes ouverts à tous les styles musicaux. Nous sommes capables de passer du heavy metal aussi sauvage que celui de Motörhead à la musique psychédélique.

Quelle est la genèse du nom du groupe? Y a t-il une certaine corrélation avec la psychomotricité? Et pourquoi?

Nous étions invités à Londres en 1990 pour assister à une conférence sur la psychomotricité, mais nous n’y sommes jamais allés, car nous étions bourrés. Avant de fonder le groupe, je travaillais dans un centre de réhabilitation pour les accidentés de la route. J’étais, il est vrai, déjà dans ce milieu de la psychomotricité. Mais, en réalité, nous n’avons jamais pensé à cela lorsque nous avons choisi le nom du groupe. En fait, nous trouvions que c’était un nom qui collait bien et puis on l’a choisi parce qu’on aimait l’étymologie du mot: Motor Psycho...

Merci à Vincent Devos.

(Article paru dans le n° 56 du magazine Mofo de septembre 1997)

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