L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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Raphael

Raphaël, l archange sibyllin?

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Raphaël est ce jeune poète de la pop française. Un style, un univers, des mélodies qui donnent des frissons. Et pour ne rien gâcher, un charme fou au regard profond et ténébreux. Rencontre avec le Rimbaud des temps modernes…

Vous êtes multi-intstrumentiste, chanteur, auteur, compositeur, quels autres talents nous cachez-vous ?

Aucun, hormis peut-être que j'ai longtemps hésité entre faire de la musique et du tennis. J'étais très admiratif d’Yvan Lendl et de David Bowie ! D'ailleurs un des premiers disques que j'ai écoutés était " Let's dance " de Bowie. J'étais fou de ce titre. Mais comme tout le monde, au début, je n'étais rien, et je ne dois cela qu'à l'apprentissage de la guitare et du piano, qui sont venus relativement tôt dans ma vie. Et puis, vers l'adolescence, j'ai commencé à écrire et le reste s'est fait naturellement.

Justement, vous évoquez David Bowie, dont vous avez assuré la première partie, lors d'un de ses concerts. Que gardez-vous de cette expérience ?

C'était, bien sûr, un grand moment…que dire d'autre ? Oui, un grand moment…

Pour une chance, c'est une chance " de vivre de ce métier ?

Oui absolument, je suis chanceux. Il n'y a pas d'horaires. Quand on a une envie, il faut la réaliser, et pour l'instant, je dois dire que je fais ce que j'ai envie de faire ; autrement dit, ce que j'aime, je le fais.

Vos textes révèlent une sphère qui vous est propre. Comment décririez-vous cet univers ?

J'ai du mal à décrire cet univers, sinon de dire qu'il est sûrement mystérieux. Mais il est très difficile d'en parler soi-même. Disons que j'aime ce qui a rapport aux voyages, au thème de la route, qui revient d'ailleurs souvent dans " La Réalité ". L'idée d'aller de mer en terre, de traverser des pays, comme peuvent le faire les marins, me plaît beaucoup. A mon avis, les hommes libres sont Saint-Exupéry et n'importe quel marin. La route et l'aventure sont, à mon sens, synonymes de bonheur. Enfin, musicalement, mon univers porte principalement sur l'imaginaire…

Le duo avec Jean-Louis Aubert " Sur la route ", est-il une opération " marketing " ?

Non, parce que je ne raisonne pas du tout de cette manière. En fait, il fallait un titre qui porte l'album, justement parce que les autres morceaux sont d'un abord moins facile. En tout cas, ce n'est pas stratégique puisque je connais Jean-Louis Aubert depuis trois ans ; c'est un ami pour qui j'ai une vraie tendresse et que je vois pratiquement deux fois par semaine. Je suis très admiratif de ce Salinger de la chanson française. Et en fait, pour l'anecdote, j'avais écrit " Sur la route ", juste avant de partir en vacances avec Jean-Louis Aubert. On la fredonnait souvent, ce qui nous avait donné envie de faire un duo, mais je ne pensais pas que ce serait pour " Sur la route ". J'avais plutôt envisagé un duo sur " Il y a toujours ". Mais comme " Il y a toujours " était plus intimiste ou moins accessible, le duo ne fonctionnait pas sur ce morceau. C'est pourquoi, nous en sommes revenus à " Sur la route "…

Vous dites aujourd'hui de votre premier album " Hôtel de l'univers ", qu'il est " naïf ". Ce n'est pourtant pas le sentiment que l'on en a, même après trois ans…

Je pense que j'ai dit cela dans le sens où il était plus contestataire, et que foncièrement, ce n'est pas ce dont j'ai envie. Je ne le renie pas, j'en suis même plutôt content, mais j'avais envie de parler de la société de manière plus brutale, alors que pour " La Réalité ", l'imaginaire prend le dessus. D'autant que ma seule ambition est de faire de la chanson populaire, et que je n'ai pas de discours en particulier. C'est aussi ce que j'admire chez Jean-Louis Aubert ou Renaud, c'est l'intemporalité de leurs chansons. Idéalement j'aspirerais à cela mais le chemin est long.

Le temps qui passe revient souvent dans La Réalité. Cette notion vous angoisse ?

Je n'ai pas le sentiment que ce thème revienne souvent, mais il est vrai que les textes amènent peut-être à une libre interprétation. C'est votre perception et peut-être est-ce vous qui avez raison, mais chacun interprète selon son vécu. Sinon, je ne suis pas plus angoissé que cela par le temps qui passe, par la mort peut-être, mais comme tout le monde.

Comment appréhendez-vous le travail d'écriture ?

Je pense que plus on écrit et plus on a envie d'écrire ; j'ai donc décidé d'écrire tout le temps, de manière beaucoup plus régulière qu'avant. Je crois aussi qu'écrire est non seulement une défense mais surtout, elle permet de retrouver l'espérance…

(Interview réalisée à l'occasion de sa tournée, en France)

 

 

 

 

The Raveonettes

Nous ne sommes pas des copi(ll)eurs

Écrit par

Bien que vivant à Londres, les Raveonettes nous viennent du Danemark. Un duo partagé entre Sune Rose Garner (NDR : le mec) et Sharin Foo (NDR : la fille, et quelle belle fille !) qui voue un véritable culte à l'imagerie des 50's et des 60's ; mais dont la musique semble à la fois influencée par la noisy de Jesus & Mary Chain, la surf music des Beach Boys, le rock'n roll de Buddy Holy et les groupe féminins qui ont sévi au cours des sixties, tels que les Crystals ou les Ronettes. Pas pour rien que Richard Gottehrer (Blondie, Go-Go's) a accepté de produire leur dernier album, alors qu'il avait déclaré, il y a belle lurette, avoir mis un terme définitif à sa carrière. Encore que sa volte-face méritait une explication…

Mais tout d'abord plantons le décor. L'interview se déroule en compagnie de deux correspondants d'un autre website. Je fais face à Sharin. Qui va mener les trois quarts de l'interview. Mes genoux pratiquement collés contre les siens. Impressionné par sa beauté toute scandinave, j'affiche une fébrilité inhabituelle. Ce qui n'empêchera pas la conversation d'être émaillée de grands éclats de rires… Oui, justement, comment expliquer la présence de Richard Gottheherer à la mise en forme de 'Chain gang of love' ? " Nous avons rencontré Richard à Berlin. Nous y avons fait connaissance. Et au fil de la conversation, il s'est épanché. Il a abondamment parlé des sixties, et puis du bon temps qu'il avait passé en compagnie de Richard Hell & The Voivoids. Fatalement, je lui ai parlé de notre musique. Précisant qu'elle était inspirée par les 50's, et en particulier par les groupes de filles de cette époque. Et qu'en outre, nous aimions ce qu'il avait réalisé en leur compagnie. Nous avons gardé le contact, et nous lui avons transmis une démo. Il nous a répondu qu'elle lui plaisait et nous a suggéré de travailler ensemble sur ce projet. Ainsi, nous sommes donc parvenus à le sortir de sa retraite… "

Lorsqu'on écoute la musique des Raveonettes, on ne peut s'empêcher de penser à celle de Jesus & Mary Chain. A cause de leur art à rendre leur noisy mélodique. A Suicide aussi. Enfin, à la musique des eighties, en général. Et puis aux groupes féminins qui ont émaillé les sixties, tels que les Go Go's, les Cookies et les Angels. Des influences que revendique d'ailleurs le duo. " Nous en sommes mêmes fiers, parce qu'elles sont évidentes à l'écoute. Nous n'avons pas peur de le proclamer. Et on peut même y ajouter Buddy Holy, les Everly Brothers et Television. Toutes ces références s'y retrouvent. En mélangeant toutes ces sonorités qu'on aime, on est parvenu à créer notre propre style, quelque chose d'original. Par contre, nous ne supportons pas qu'on nous dise que fassions du copi(ll)age. Nous ne sommes pas des copi(ll)eurs, nous écrivons nos chansons… " Pourtant, dans le futur, le duo n'envisage pas de confier la production à un des frères Reid (NDR : les deux, ce serait un peu difficile, puisque les frangins sont en bisbille depuis un bon bout de temps). " Nous rêvons de pouvoir travailler un jour sous la houlette de à Phil Spector. Ce serait beaucoup plus intéressant, je pense "

Chez les Raveonettes, l'imagerie a une grande importance. Suffit d'analyser la pochette de ‘Chain gang of love’, pour s'en rendre compte. L'imagerie influencée, à l'instar des Cramps, par les films d'épouvante et de série b ; mais aussi les thrillers d'Alfred Hitchcock et de Roger Corman. " Oui, nous sommes des fans de ces films. Surtout ceux des fifties. Ces vibrations cinématographiques correspondent très bien à notre musique. Nous aimons, en outre, restituer cette iconographie, comme des affiches de cinéma. Elle donne également un sens à notre musique… " Mais alors, quel est le duo qui mérite le titre de Bonnie & Clyde du rock'n roll ? Les White Stripes ? Les Kills? Ou les Raveonettes? Une question qui déclenche l'hilarité générale. " Les Kills! Parce que leur musique transpire la plus forte connotation sexuelle… " Un groupe que les Raveonettes apprécient beaucoup. Mais aussi Interpol et les Warlocks. Certains médias ont même écrit que le duo avait confessé que tous ces groupes avaient de nombreux points communs avec eux. Ce qui surprend très fort Sharin. " Qui a dit ça ? Moi ? Je ne pense pas avoir un jour effectué une telle déclaration. Ce que nous avons en commun ? Rien avec Interpol. Nous les apprécions beaucoup, et c'est réciproque. Nous avons tourné et fait la fête ensemble. Les Warlocks ? Le mur de son ! Un son sonique et très intense. Mais notre sensibilité est davantage pop, davantage noisy, davantage bruyante. Les Kills ? C'est un duo comme nous qui essaie de trouver la chanson simple, efficace et immédiate. Composé d'un garçon et d'une fille. Qui chantent. Dont l'attitude est sexy. Notre approche du retour aux roots est similaire. Mais nous évoluons à quatre sur les planches…"

Paradoxalement, les Raveonettes ont dû attendre de s'imposer sur la scène internationale avant d'être reconnus dans leur pays. Sharin confirme. " Il est très difficile de mener une carrière au Danemark lorsqu'on pratique une musique alternative. En fait, les Danois éprouvent toutes les peines à faire le premier pas lorsqu'ils sont confrontés à la nouveauté. Ils attendent toujours la reconnaissance dans les pays anglo-saxons pour leur emboîter le pas. Maintenant nous y sommes également populaires. Nos chansons passent enfin à la radio et le public achète nos disques. "

Pour composer leurs chansons, les Raveonettes se sont imposé des règles : pas plus de 3 minutes pour une chanson (ou exceptionnellement) et un maximum de trois accords. Pourquoi ? Sharin nuance : " Nous préférons parler de canevas plutôt que de règles. Nous avons imposé cette trame sur notre premier mini elpee ('Whip it on'). A l'époque, Sune en avait un peu marre de la musique. Surtout celle qui était surproduite. Et puis il traversait une période de déprime. Il a donc voulu revenir à quelque chose de plus basique, de plus simple. Finalement, en imposant des contraintes, on a tendance à devenir plus créatif. A se fixer des défis. Et à parvenir à repousser nos limites. C'est un peu comme chez les écrivains ou les journalistes. A qui on impose un nombre de lignes. Ou un peintre. Qui décide de n'utiliser que certaines couleurs… Toutes nos chansons sont écrites avec la même clef. En si bémol pour le mini elpee et en si bémol majeur pour le dernier opus. D'une durée de maximale de trois minutes. Et avec un maximum de trois accords. Enfin, sur 'Chain gang of love', on a un peu cassé le canevas. Certaines plages comptent plus de trois minutes et débordent jusqu'à quatre accords. Ces lignes de conduites n'ont pas été élaborées comme des contraintes, mais des outils pour explorer… " Et en 'live' alors ? " Nos sets sont régis par des règles très strictes. Nous essayons de recréer le même son que sur le disque. Un peu comme si c'était une bande qui défilait… " Ah bon !… Dune Rose Wagner est entré dans la loge depuis quelques minutes, et tout en se tenant en retrait, il reste attentif à la conservation. Et justement, lorsque la conversation se porte sur Jack Kerouac, auquel on lui prête une manière similaire de composer, il se manifeste. " Ce n'est pas vraiment au niveau des lyrics, mais de la façon dont il écrivait. A cause de la spontanéité du genre 'stream of consciousness', si vos préférez. La voie mouvante et insaisissable de la conscience. Et donc, j'écris très vite, sous une forme qu'on pourrait qualifier d'écriture automatique…"

Merci à Vincent Devos.

 

 

 

 

Supergrass

Sans la musique nous serions probablement au bord du suicide...

Écrit par

Supergrass est, pour l'instant, allergique aux interviews. Surtout Gaz Coombes et Mickey Quinn, respectivement chanteur/guitariste et bassiste du groupe. C'est donc Danny Goffey, le drummer, qui les a remplacés au pied levé. Si certaines questions allaient inévitablement demeurer en suspens, cet entretien devait au moins permettre de rencontrer un autre son de cloche. Ce fut rarement le cas. En fait, le trio (passé depuis l'arrivée du frère de Gaz, à un quartet), s'est fabriqué une telle carapace, qu'il devient de plus en plus difficile de lui tirer les vers du nez. Difficile, pourtant, de comprendre qu'on ne puisse récolter l'une ou l'autre info, au sein d'un terreau aussi fertile que le Supergrass ( ?!?!? ). Heureusement, en creusant un peu, on finit toujours par trouver…

' Life on other planets' constitue le titre de leur quatrième album. Un titre qui en vaut bien un autre. Encore qu'on aurait pu croire qu'il serait une réponse, à peine voilée, aux médias, coupables de les avoir imaginés figurants dans le film 'La planète des singes'. Ce n'est pas le cas. La science-fiction n'est pas la tasse de thé de Danny. D'ailleurs sa réaction fuse, lorsqu'on lui parle de 'La machine à remonter le temps' d'H.G. Wells ou de 'La guerre des étoiles' de Georges Lucas : " A mon avis, c'est toi qui viens d'un autre monde ! " Réponse facile, il faut l'avouer. Même le surnaturel n'a pas l'air de le chiffonner. Sur 'Brecon beacons', les lyrics font pourtant des références bizarres aux sorcières galloises. Danny s'explique : " La chanson est inspirée d'un fait divers imaginaire qui s'est produit dans une petite vile du Pays de Galles, au sein de laquelle une fille a été assassinée. Les sorciers étaient accusés. Or, ce crime avait été commandité par la municipalité. C'est même un policier qui avait commis le crime. Mais la rumeur persistante était parvenue à jeter le discrédit sur des innocents. Même si c'était des sorciers… " En y réfléchissant bien, cette histoire tient bien la route et aurait même pu faire l'objet d'un faits divers…

Mais qu'est ce qui inspire essentiellement les lyrics des chansons ? Pas la politique, en tout cas. La guerre en Irak ? La position de Tony Blair dans ce conflit ? Pas davantage. " Nous avons notre avis personnel sur le sujet, mais nous ne connaissons pas suffisamment la situation et les enjeux pour prendre position. Ce ne serait pas honnête de notre part. " Alors ce n'est pas demain la veille que Supergrass composera une chanson à caractère socio-politique. " C'est vrai que nous pourrions davantage nous consacrer aux questions du bien être social. Nous essayons d'y apporter notre écot, en participant aux concerts caritatifs. Mais de là à écrire un texte sur le sujet… Tu sais, on ne comprend pas toujours ce qu'on raconte dans nos chansons. Ce qui s'explique facilement, lorsqu'on sait que certaines d'entre elles sont écrites par différents intervenants. Ce qui justifie, aussi parfois qu'une même chanson est susceptible d'avoir une signification différente. Aussi bien celles et ceux qui écoutent que pour les musiciens… "

Les relations avec la presse (NDR : surtout britannique) ne sont donc pas au beau fixe, pour l'instant. Faut dire que Gaz a déclaré récemment qu'au plus les groupes ou artistes devenaient médiocres, au plus ils prenaient de la place dans leurs colonnes. Pensait-il à Oasis en faisant cette déclaration ? Danny rectifie : " En fait Gaz parlait surtout des tabloïds. Tu sais cette presse qui passe son temps à photographier les artistes accompagnés de jolies nanas. Ce n'est pas notre truc. Mais c'est vrai que si elles ne posaient pas en notre compagnie, personne ne voudrait nous photographier… " (rires)

Sans la musique, les membres de Supergrass vivraient probablement comme des reclus. " Parce que notre situation nous a obligé à parler avec vous. Lorsque nous étions jeunes, nous sortions beaucoup à Oxford. C'était avant que nous ne devenions aussi connus. Nous étions et nous sommes toujours des êtres sociables. Notre vision de l'existence n'est pas négative. Mais pour nous, la vie serait très difficile sans la musique. Nous serions probablement au bord du suicide. Probablement… (rires)… car nous ne sommes pas foutus de faire autre chose… " Mais comment un (super)groupe comme Supergrass parvient à décompresser ? En général, les artistes qui ont atteint un statut semblable, se réfugient dans le cocooning. Danny nuance " Tout dépend si tu es déprimé… Je ne suis pas nostalgique et préfère regarder vers l'avant. Personnellement, je préfère m'extérioriser. Sortir et boire un coup… ouais ! "

En chroniquant leur dernier opus, j'avais conclu que Supergrass n'en finissait plus de revisiter l'histoire de la pop britannique, adressant, pour la circonstance, quelques clins d'œil au glam de Bowie et de Bolan. Et, empruntant même, sur 'La song', l'un ou l'autre riff aux Stanglers. " Oui, mais après 8 années d'existence, on peut quand même affirmer que le groupe s'est forgé sa propre identité. Nous ne voulons pas piquer les idées des autres, même si on ne peut nier l'influence de tel groupe ou de tel artiste. La musique de Bowie est intemporelle. On peut écouter n'importe laquelle de ses chansons. L'oublier un certain temps. Et puis y revenir. Elle plaira toujours autant. J'apprécie aussi beaucoup le rythm'n blues. Sly & The Family Stone, Marvin Gaye. Mais nous écoutons tellement de choses différentes. Nous n'avons pas de préjugés, pourvu que ce soit bon… " Originalité, cet elpee est parsemé de bruitages curieux : des oiseux qui pépient, des moutons qui bêlent, etc. " C'est parce qu'on est légèrement tarés. Parfois il existe trop d'espace entre les plages. Et en réfléchissant à la question, on s'est dit qu'on pouvait y glisser des bruits d'animaux. C'est sans doute de l'enfantillage ; m'enfin… "

Danny aime jouer des drums sur un tempo rapide. Il a l'habitude de jouer de cette manière. Mais sur le dernier opus, quelques titres sont imprimés sur un tempo plus lent. " Gaz et Mickey préfèrent jouer plus lentement, plus doucement. Mais c'est plus difficile pour moi. Jouer vite est plus marrant. J'y prends vraiment mon pied… " Le 9 décembre dernier, Taylor Hawkins, le drummer de Foo Fighters est monté sur scène pour y remplacer Danny, lors d'un concert accordé à Amsterdam. " En effet, nous étions à la même affiche. Et Taylor était venu me voir avant le concert, pour me demander de lui refiler quelques petites astuces techniques. Il a encore besoin d'apprendre. Au cours du rappel, je lui ai fait signe de monter sur les planches. Et il s'est mis à jouer très, très vite. A la fin du morceau, je lui ai sauté dessus et je l'ai aplati. Dave Grohl s'est alors fâché, en me criant 'Ca ne va pas la tête, saute pas sur mon batteur !' "... (rires)

Merci à Vincent Devos.

Quelle est la chanson que Danny préfère chez :

Bowie ? " Hang on to yourself "

Curtis Mayfield ? Il mime, mais ne se souvient plus du titre.

Smiths ? " Asleep "

T Rex ? "Ride the white swan"

Stone Roses ? "Bye bye badman"

Happy Mondays ? "Wrote for luck"

JJ Cale ? Passons le mot grossier…

The Who ? " I can't explain "

The Beatles ? "Helter skelter" et "Happiness is a warm gun"

The Kinks ? "Thank you for the days"

Supergrass? "Richard the Third"

M83

Les paysages sonores cinématographiques de M83

En prélude à leur concert aux Nuits Botanique (le samedi 27 au Cirque Royal), nous avons rencontré les deux jeunes gens de M83, fans de noisy rock mais aussi d'Iron Maiden, auteurs d'un album excellent, " Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts ", mélange improbable d'électro, de shoegazing, de krautrock et de cold wave. Bizarre, mais jouissif : imaginez-vous sur une plage déserte battue par un vent glacial, perdu dans ce coin de terre où votre écho se noie, à des milliers de kilomètres de la moindre âme qui vive. Imaginez-vous sur une autre planète, rouge et sulfureuse, à dormir dans votre caisson en attendant la délivrance. Au dehors, des bruits lointains ricochent sur votre sarcophage. Il fait chaud, et des voix sans corps vous bercent de leurs ululements craintifs. Rêve ou cauchemar ? C'est ça, l'effet M83.

Qu'est-ce qui a changé pour vous entre la sortie de votre 1er album et de ce deuxième ?

Nicolas : Le premier album (M83) était quand même différent. Il était beaucoup plus ambient. Sur celui-ci on a essayé un truc plus noisy, plus rock.

Avez-vous du faire face à une certaine pression ?

N. : Ouais, mais juste dans le sens de vouloir faire mieux, tout simplement ! C'est une pression positive, constructive : on voulait essayer de garder le même son tout en le faisant évoluer.

Combien de temps avez-vous travaillé sur cet album ?

Anthony : Pareil que pour le premier : un an, de la composition au mixage puis à l'enregistrement. Ce n'est pas énorme…

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Est-il exact que vous êtes issus de la Côte d'Azur ?

N. : Ouais ! D'Antibes. On s'est rencontrés au lycée. Et on est devenu potes parce qu'on écoutait le même style de musique. On a alors fondé un petit groupe de noisy rock qui a vécu pendant 2-3 ans, et puis après on s'est mis à l'électro.

Antibes, c'est un peu la ville ennuyeuse, où les jeunes se mettent à la musique parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, pour créer leur propre amusement ?

N. : Je ne sais pas… Moi je fais de la musique depuis que je suis super jeune, donc je ne me suis jamais posé cette question ! (rires)

A. : On ne s'ennuie pas à Antibes ! C'est cool, il y a la mer, le soleil. C'est sympa !

On a du mal à déceler vos influences : ok, il y a le noisy rock, la pop, l'électro,… Mais du métal aussi, non ?

N. : (agréablement surpris) Ca fait plaisir que tu parles de métal, parce qu'on est des fans de Judas Priest ! (rires) Même si on écoute aujourd'hui plus de noisy, de pop, d'électro et de krautrock… Je pense que notre musique mélange le tout.

Comment composez-vous ? Exclusivement par ordinateur ou bien utilisez-vous également des instruments live ?

A. : En fait, pour la composition, on n'utilise pas d'ordinateur… On utilise que des machines, des synthés, des boîtes à rythmes, des trucs ainsi… De la guitare aussi. Mais on n'a pas de logiciels.

Et en live ?

N. : En live, on a maintenant un batteur et un bassiste, et donc c'est un peu plus noisy, plus rentre dedans, plus rock en fait… Et puis on voulait montrer autre chose. En fait, je pense que cette nouvelle tournure colle mieux au deuxième disque.

Votre musique est un peu fantomatique, comme le suggère le titre de l'album… On dirait qu'elle a été composée sur les " ruines d'une civilisation perdue ". Les voix, par exemple, sont comme fossilisées.

A. : Ouais ! C'est notre son à nous. On voulait incorporer un peu plus de voix par rapport à notre premier disque, et les utiliser de façon originale, " fantomatique ", comme tu dis. Ca fait partie de notre son : empiler des synthés, des boîtes à rythmes, de la batterie, et les mixer comme un mur de sons.

Ces voix, d'où viennent-elles ?

A. : Ce sont de vraies voix. Elles ont été enregistrées en compagnie d'amis musiciens, qui appartiennent plus ou moins au même label que nous, Gooom. Nous avions envie de travailler avec eux, parce qu'on partageait les mêmes affinités musicales. Cela s'est fait naturellement.

Des noms ?

N. : Il y a la chanteuse de Cyann & Ben, Benoît de Villeneuve (qui va bientôt sortir quelque chose sur Gooom), deux copines à lui, et Montag, un Québécois qui fait de la musique électronique. Il s'est chargé des pistes de violon.

Gooom est une structure assez atypique dans le paysage musical français, comme votre musique. Comment vous positionnez-vous par rapport à la scène électro française ?

A. : On ne se pose pas trop la question, en fait… On n'essaie pas de ressembler à tel ou tel groupe ou de faire partie de la même mouvance musicale. On fait juste notre musique comme on la sent.

On parlait d'Antibes tout à l'heure : on a l'impression que votre environnement influence directement votre travail. Votre musique est assez cinématographique, remplie de " paysages sonores ", si vous préférez…

A. : C'est vrai qu'on regarde beaucoup de films, des vieux, des plus récents, des films SF,… Ce côté spatial, atmosphérique vient sans doute de là. Les images évoquent pour nous de la musique.

Vous avez composé la musique d'un film, justement !

N. : Ouais ! D'un documentaire… Sur la PAC, la " politique agricole commune " : c'est vachement excitant, c'est super rock'n'roll ! (rires) Mais c'était un reportage de la BBC. Il colle bien à notre musique, parce qu'il recèle beaucoup de paysages.

Votre musique, en tout cas, est difficile à décrire, mais s'accorde bien en effet à l'élément spatial… Dans quel état d'esprit l'avez-vous composé ?

A. : Dure comme question… Tout dépend du moment, du temps qu'il fait dehors. En fait, c'est assez bizarre.

Bizarre, vous avez dit " Bizarre " ? Nicolas et Anthony nous auraient-ils trompés sur leurs origines terrestres ? Des fans de Judas Priest ! ? Rendez-vous aux Nuits pour en avoir le cœur net, avec à l'affiche également : " rinôçérôse ", The Eternals et Zongamin.

 

 

Fireside

On écoute vraiment de tout : d Aphex Twin à Tchaikovsky?

En Suède, Fireside est un groupe de rock plutôt connu, qui arpente les scènes en compagnie des Hives et des Hellacopters, des amis d'enfance et de tournée. Ici, la réputation du quatuor est encore à faire : si on parle souvent de " feu " pour les décrire, c'est de feu d'allumettes, d'un incendie qui peine encore à s'embraser… Mais " Get Shot ", un sixième album bourré de chansons faciles à chanter et de refrains malins, devrait changer la donne. " Allô, les pompiers ! Y a la maison qui brûle ! " : avec son rock énervé mais pas minet, Fireside met le feu à nos tympans. Les jeux de mots faciles, ça nous connaît… Encore un : " Il n'y a pas de fumée sans feu ". Autrement dit : derrière ce rock enlevé se cachent sûrement des types bien, qui ne demandent qu'à mieux se faire connaître. Nous avons voulu en avoir le cœur net, direction… Leuven, pour une interview-vérité. Juste avant un concert furibard, le bassiste Frans Johansson a répondu à nos questions. Et révélé que malgré cette violence qui sourd de leur musique, ils sont d'adorables personnes. Et de sacrés buveurs de bières.

Votre nouvel album est fort différent des précédents : il sonne davantage comme un mélange de pop, d'EMO, de folk et de rock psychédélique… Qu'en penses-tu ?

Oui, je suis d'accord… Sauf en ce qui concerne l'EMO ! Je pense qu'il est le résultat d'un bon mélange de pop songs et d'éléments plus rock… Tu sais, on écoute autant les Beatles que les Stones, même si les gens pensent qu'on écoute des trucs plus violents…

C'est clair qu'il y a toujours une tension dans votre musique, entre calme et violence, mélodies pop et passages plus colériques. Comment faites-vous pour garder cet équilibre ?

Je ne sais pas… On écrit juste des chansons : c'est assez simple, en fait… L'un d'entre nous vient avec un riff, par exemple, et on essaie de créer une chanson autour, de développer une idée. Le principal, c'est que la chanson soit bonne. On ne pense pas à cet équilibre dont tu parles… Si elle sonne bien, c'est OK : on garde le titre… Suivant ! On ne se dit jamais avant de se lancer dans l'écriture d'une chanson : " Essayons de faire sonner ce morceau comme ceci ou comme cela ", on vient chacun avec son truc, et puis tout le monde y va de son commentaire, on rajoute une ligne de basse, un couplet, de la voix par-ci par-là, … Rien de très révolutionnaire !

Il n'empêche que cet album marque une cassure, non ? Vous étiez plus " hardcore " dans les années 90…

C'est vrai que de 1992 à 1995-96, on nous rattachait à cette scène hardcore… Mais ce n'est pas de notre faute ! Il s'agit d'un amalgame : en Suède cette scène était très vivace, et comme on jouait dans le même circuit de salles, on nous a rapidement catalogués " hardcore "… Même si cette étiquette ne nous a jamais collés à la peau : on n'a jamais été un groupe " en colère ", ce genre, on voulait juste être considéré comme un groupe de rock ordinaire… Mais le fait de jouer fort, et voilà vous êtes hardcore !

Fireside existe donc depuis plus de dix ans…

En 1992, Kristofer (ndr : Astrom, le chanteur) et Pelle (Gunnerfeldt, le guitariste) ont fondé le groupe, et m'ont demandé de les rejoindre, tout comme Frederic (drummer à l'époque et remplacé depuis par Per Nordmark). C'était juste un hobby : on jouait ensemble pour le fun… Mais dès nos premières répétitions, la musique sonnait vraiment bien ! N'empêche, c'était juste pour se marrer : quand t'as 17/18 ans, que tu joues dans un groupe de rock, c'est vraiment le pied ! Que demander de plus ? (Il sourit comme un enfant)

Qui a produit ce sixième album ?

Kalle Gustafsson Jerneholm des Soundtrack of Our Lives. Jusque là, on produisait nous-mêmes nos albums, mais pour celui-ci on a voulu un vrai producteur, de manière à pouvoir davantage déléguer. Passer plus de temps à se relaxer et à essayer de nouveaux trucs… Kalle est un peu le cinquième membre du groupe, il vient avec des idées, et tout le toutim… Et puis c'est un bon ami, donc c'était vraiment sympa de travailler avec lui.

Vous êtes connus en Suède, mais beaucoup moins ici…

Oui, c'est exact : ici on joue en général devant 300/400 personnes… Mais j'espère que cet album va changer le cours des événements ! Mais ce qui est cool, c'est qu'ici les gens se lâchent beaucoup plus en concert. En Suède, c'est moins chaud, les gens ne bougent pas, sauf dans les festivals.

Pensez-vous profiter du garage-punk revival, et de la notoriété de vos voisins de palier, The Hives, The Hellacopters, Turbonegro,… ?

Je pense que c'est une bonne chose, même si je ne sais pas si on fait partie d'une quelconque " scène rock suédoise "… Il y a toujours eu des bons groupes rock en Suède. La seule différence aujourd'hui, c'est qu'ils sont maintenant en couverture des magazines anglais ! Ce revival a commencé en Suède en 1995/96, mais c'est seulement aujourd'hui qu'on en parle en dehors de nos frontières ! Les groupes que tu mentionnes sont nos amis. Je les aime bien. Certains sont meilleurs que d'autres, certains sont franchement mauvais… Turbonegro, par exemple, est un sacré bon groupe.

Pelle a produit The Hives, tu as joué avec The Soundtrack of Our Lives, et Kalle de ce même groupe a produit votre album… C'est clair qu'il y a une réelle entente entre vous ! C'est valable aussi pour les autres groupes ?

Oui, parce que la Suède est un si petit pays : tu finis par rencontrer tous les autres groupes… Evidemment tu t'entends plus avec certains qu'avec d'autres. Soundtrack of Our Lives, The Hellacopters : ce sont des groupes qui jouent depuis tellement longtemps… C'est normal qu'on les connaisse ! Bon, maintenant il y a toute une flopée de nouveaux groupes qu'on connaît un peu moins, mais il suffit en Suède de jouer dans un festival, et tu sais vite qui est qui ! (rires)

Et pas seulement en rock, mais aussi en country-folk, en électro, en nu-jazz…

Ouais, il y a beaucoup de ces songwriters folk-americana… Un peu trop à mon avis ! (rires)

Justement : Kristofer a sorti des albums solos beaucoup plus folk que ce qu'il écrit au sein de Fireside… Est-ce important pour lui de garder cette indépendance, d'avoir ce projet plus personnel ?

Il s'agit de deux choses complètement différentes. Il fait des trucs de son côté, et ça ne nous regarde pas. Fireside n'a rien à voir avec ses projets personnels. Nous sommes un groupe. Kristofer, c'est Kristofer, point barre.

De quand date cette carrière solo ?

1996/97. A cette époque on tournait tellement qu'il en a eu vraiment marre… C'est la raison pour laquelle il a entamé une carrière solo en compagnie de Hidden Truck (NDR : le nom du groupe qui l'accompagne). Pour faire un break. Je pense que ça lui a fait du bien… Il faisait ses trucs de son côté, et nous du nôtre.

Comment composez-vous au sein du groupe ?

Pelle et moi composons la musique, et Kristofer écrit les paroles.

Et Kalle, le producteur : avait-il vraiment un rôle primordial ?

Oui. Il était vraiment le cinquième membre du groupe. Il nous a vraiment secondés, en nous poussant à écrire les meilleures chansons possibles… Avec lui on les écoutait 500 fois, on y rajoutait des instruments, de nouveaux éléments, de nouveaux sons, etc. Et puis c'est toujours bien d'avoir un point de vue extérieur, et de pouvoir se concentrer uniquement sur ton boulot d'écriture. Ce qui n'était pas possible quand on produisait et enregistrait tout, nous-mêmes.

La chanson centrale de " Get Shot ", " I'm Coming Home ", surprend par sa mélancolie : voilà une chanson triste et lente au milieu de neufs hymnes pop rock bien enlevés. C'est délibéré ?

Oui. On voulait qu'il y ait une pause au milieu de l'album, sinon il aurait été trop rentre-dedans, constamment rentre-dedans… Un petit break, c'est bien : tu te relaxes, et puis ça repart ! (rires)

Cette chanson est assez proche des travaux solos de Kristofer…

Oui, je sais. Mais c'est Pelle qui l'a composée. Kristofer a juste écrit les paroles.

Ces textes semblent plus dépressifs quand il écrit pour lui, et parlent davantage d'amour. On a l'impression qu'il ne privilégie pas les mêmes thèmes selon qu'il écrit pour ses albums solos ou pour Fireside.

Chez Fireside, ce sont davantage des chansons punk-rock : les textes doivent être plus immédiats. Pour ses Hidden Truck, c'est plus passionné, désespéré. Mais je ne pense pas qu'il se dise " Je dois écrire comme ceci pour Fireside, et comme cela pour mes chansons solos "… Je pense qu'il écrit ses textes, et s'il les trouve bons pour Fireside, il les garde pour Fireside… De toutes façons, ce ne sont que des paroles !

La musique est bien plus importante ?

Non, mais les textes ne sont pas aussi importants.

Idem pour les titres ? Par exemple, " Swinging Sid's Chain Around " ne veut rien dire ?

Si, bien sûr ! C'est un hommage à Sid Vicious. Un jour il est entré dans une discothèque avec une chaîne, qu'il s'est mis à faire tourner au-dessus de sa tête, sur le dance-floor. Cela nous fait marrer ! Mais ce ne sont que des mots. On ne veut pas que les titres de nos chansons aient un rapport avec la musique. Du moment que le titre sonne bien, ça nous convient.

Et " Get Shot ", le titre de l'album ?

C'est une référence aux Happy Mondays.

Vous aimez les citations ?

Tu sais, on écoute vraiment de tout : d'Aphex Twin à Tchaikovsky…

En parlant d'électro, c'est un peu un des parents faibles de votre musique… Une option pour le futur ?

Pourquoi pas ? Même s'il y aura toujours de la basse, de la guitare et de la batterie ! Mais à l'aide de ce canevas, on peut faire ce qu'on veut, rajouter plein de trucs. En studio, on a l'habitude d'aller dans toutes les directions, d'expérimenter à tout va… Du moment que ça sonne bien, c'est tout ce qui compte.

La confection de cet album a nécessité beaucoup de temps ?

Un an rien que pour l'enregistrement ! Mais bon, c'est parce qu'on a fait pas mal de pauses ! (rires) Le seul problème qu'on a eu, c'est quand Kalle a dû nous abandonner pour partir en tournée avec The Soundtrack of Our Lives… On ne pouvait plus travailler sans lui ! (rires)

Les concerts, justement, c'est important ?

(redevenant sérieux) Absolument. C'est même la chose la plus importante. Tu rencontres tes fans, tu vois…

D'où vient l'idée de la pochette ?

Sympa, non ? On voulait qu'elle ressemble à ces pubs d'Absolute Vodka. La photo a été faite en une seule prise, sans retouches ni rien ! Et puis on voulait voir nos tronches chez les disquaires, parce qu'on ne s'était encore jamais montré en couverture de nos albums…

Merci Frans pour toutes ces précisions.

Y a pas de quoi.

Hollywood P$$$ Stars

Du porno, de l emo et Apollo : une vision de l'Amérique

Non, il ne s'agit pas du titre du nouvel essai de Norman Mailer. Ici, on a plutôt l'habitude de parler musique. Chez Hollywood P$$$ Stars, on est servi, d'autant qu'on n'a pas l'habitude d'entendre du vrai bon rock'n'roll en Belgique, à la sauce EMO (mais pas trop). En plus, Redboy et Anthony Sinatra ne sont pas nés de la dernière pluie garage revival : My Little Dictaphone pour l'un, Piano Club pour l'autre ; ces gars-là ne sont pas des novices. Mais cette fois, c'est donc du côté du rock le plus burné qu'on les retrouve. Hollywood P$$$ Stars qu'ils s'appellent : " ça claque ", comme dirait Anthony. Leur son aussi. Rares sont les groupes belges qui sonnent ainsi dans le rouge (leur couleur préférée), guitares en avant et tout le toutim. Ca fait du bien, comme s'envoyer un rail de coke la main au cul d'une starlette X… C'est une image, comme celle qu'affectionnent ces quatre Liégeois dont le premier EP, " All on the six ", vient de sortir. Entretien.

Quelle est l'histoire d'Hollywood P$$$ Stars ?

Redboy : Anthony (Sinatra, voix/guitare) et moi on se connaissait un peu de vue, parce qu'il organisait un festival à Liège, le 'Liège Rock', et qu'on se rencontrait régulièrement lors des concerts. Puis un jour, on est tombé sur une annonce pour participer au Concours Circuit. Mais il fallait rendre les démos deux jours plus tard… On s'est dit en rigolant qu'on ferait bien un truc pour le gagner, et voilà.

Anthony : Au départ on jouait déjà tous de la musique : lui dans My Little Cheap Dictaphone, moi dans Piano Club… Mais on écoutait aussi de la musique plus dure, et on avait envie de faire quelque chose qui aille plus dans ce sens.

R. : On a enregistré des morceaux en une après-midi puis on a rendu la démo et on a été sélectionné. Quinze jours plus tard, on accordait déjà notre premier concert pour le Concours, ce qui nous a obligé à trouver un bassiste et un batteur. Puis on a passé les éliminatoires jusqu'à la finale, qu'on a gagnée. Alors, tout s'est enchaîné super vite, et Hollywood a un peu pris le pas sur nos autres projets… Maintenant que c'est un vrai groupe, il constitue pour l'instant notre priorité.

Il n'empêche qu'au départ, c'était plus un défi entre potes.

R. : C'était un peu ça, mais on avait quand même la volonté et l'envie de faire un groupe plus rock à côté de nos groupes respectifs, avec des guitares électriques et tout le reste.

C'est vrai que vous sonnez résolument rock, et c'est finalement assez rare en Belgique pour le souligner… Il y a très peu de groupes en Wallonie et en Flandre qui sonnent ainsi " toutes guitares dehors ".

A. : C'est ce qu'on nous dit souvent. C'est vrai que lorsqu'on nous demande de nous comparer avec d'autres groupes en Wallonie, il y a clairement une séparation entre les groupes pop et tout ce qui est musique plus dure, genre hardcore/metal… Mais il n'y a pas de groupe rock, qui enchaîne mélodie et énergie. Pour trouver des groupes de ce style, il faut se tourner davantage vers l'étranger, les USA. Mais en Belgique, ouais !… Bon.

Vous parlez des Etats-Unis… Le rock US est une de vos principales influences ?

R. : En rock, on écoute quasiment que des groupes américains.

Anthony : On est très fan de la scène EMO, mais on n'a absolument pas envie de suivre ce chemin-là dans le sens où c'est vraiment un carcan duquel tu ne sors pas. On a toujours ces influences pop qui nous disent de mettre de la mélodie là derrière, même s'il y a beaucoup d'énergie. C'est très " guitares en avant ", mais on aime que ça reste des chansons avant tout, et que ça soit écoutable.

Quels groupes américains écoutez-vous ?

R. : Notre bassiste est un grand fan de Fugazi. Sinon Blonde Redhead, At the Drive In, Van Pelt, … Mais notre côté pop nous rattrape aussi ; et notamment des groupes comme les Strokes ou les Pixies. On n'est pas braqué : si on a envie de faire des morceaux plus calmes, on le fait. Comme les violoncelles sur " Apollo ". On n'a pas envie que les morceaux se ressemblent trop comme dans l'EMO : on essaie de se diversifier tout en gardant une ligne de conduite, une cohérence.

L'imagerie, le nom, les titres des chansons, … Ca va dans le sens de cette cohérence ?

A. : En fait, quand on a commencé le groupe, on avait deux idées en tête : la première, c'était le style musical, la deuxième, c'était le concept de l'image. On voulait un nom très fort parce qu'on savait qu'en Wallonie, si tu veux qu'on fasse attention à toi, il faut des choses qui claquent. Et on a voulu que ça claque dès le départ. Donc le nom " Hollywood Porn Stars ", qui semble un peu gros comme ça, c'est un peu un cliché du rock… Mais on aime utiliser les clichés du rock : les gros solos à plusieurs guitares, les cordes,… Même si on garde cet esprit de faire des chansons " sérieuses " : on n'est pas The Darkness.

R. : Ca peut être pris pour du second degré, mais on avait vraiment envie d'avoir un concept et une imagerie qui soient cohérents aussi bien au niveau du style que de l'attitude : les T-shirts, les morceaux, les pochettes,… On avait vraiment envie d'un tout homogène qui dégage une image forte et dont on se sent proche.

A. : Ce qui ne veut pas dire qu'on est à plat ventre devant les Etats-Unis, en suppliant d'y aller un jour. On n'est pas du tout dans ce trip-là. On aime juste une certaine idée de l'image et de l'esthétique américaines, sans pour autant en partager les idées politiques.

R. : Les textes, comme celui d'" Apollo ", parlent d'une façon désabusée de l'industrie musicale, du star system. " Betty " parle de Betty Page, la pin up un peu trash des années 50… Tout est un peu lié à ça… Mais c'est ainsi qu'on ressent le groupe depuis le début.

Vous êtes signés sur Soundstation, un label basé à Liège. Etait-ce un choix évident pour vous, vu que vous venez de la région ?

A. : Les affinités qu'on a avec la Soundstation, c'est surtout au niveau de nos choix musicaux.

Redboy : Et puis tous les gens dans le milieu rock indé à Liège se connaissent. Fabrice (NDR : Lamproye, boss du label), on le connaît bien via l'Escalier et la Soundstation, les deux principales salles de concert rock à Liège.

A. : Ca nous plaisait bien de travailler avec lui. Au niveau de la proximité et de la communication, c'est beaucoup plus facile de discuter avec des gens qu'on voit tous les jours que de venir à Bruxelles et essayer d'y organiser une réunion… Enregistrer près de chez nous, c'était une idée qui nous plaisait.

Depuis quelques années se développe à Liège une nouvelle scène rock, vivace et prometteuse, dont vous faites partie. D'où vient le fait selon vous qu'il y ait tant de (bons) groupes à Liège ?

R. : On est tous des passionnés de musique. On se voit souvent, on sympathise, et c'est ainsi qu'on a envie de faire de la musique ensemble, parce qu'on partage des points de vue, on va aux mêmes concerts,…

A. : Il y a aussi cette idée de collectif (NDR : le collectif Jaune Orange), où les groupes travaillent l'un pour l'autre, dans le sens où chacun se pousse. Il n'y a pas de jalousie. On essaie de faire en sorte que les groupes évoluent, s'entraident.

Peut-on parler d'une " nébuleuse " rock à Liège, au niveau des groupes, des associations, des médias, du public ?

R. : Notre bassiste écrit dans Nameless. Le gars qui fait nos lights aussi. Tout est lié : ce sont toujours les mêmes personnes, les fans de rock indé à Liège.

Anthony : En fin de compte, c'est la proximité des gens et des affinités musicales qui fait qu'à Liège ça bouge.

Marcel et son Orchestre

Les sept samouraïs de la musique divergente

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Les Marcel et son Orchestre revendiquent " le droit à être multiple, la sympathie pour le débile, l'antipathie pour le stérile " ! Le ton est donné. Mais sous leurs airs de " mauvais garçons ", les sept musiciens ne sont pas aussi " légers " qu'ils n'y paraissent. Rencontre avec un groupe généreux…

Comment définiriez-vous un collectif de divergence ?

D'être curieux de tout, et spécialiste en rien. Pour nous, un collectif est synonyme de famille, et tous les musiciens qui ont joué avec nous depuis la fin des années 80 font toujours partie de cette famille. Disons que notre idée est d'afficher nos divergences, d'être capables de se moquer des ennemis de la liberté, et de faire du rire une arme. Même si cette année, peu d'événements nous ont fait sourire, il fallait montrer, coûte que coûte, que nous pouvions en rire, et que les conflits, quels qu'ils soient n'auraient pas raison de notre bonne humeur. En l'occurrence, nous avons été marqués par ce nouveau gouvernement ( " demain pour payer ses P.V / faudra la paye d'un député / et pour éviter la prison / avoir un statut d'exception " ), en particulier par le conflit des intermittents. Il n'y a pas beaucoup de subvention en musique, et pour résumer on nous annonce la mort des groupes. Comment font les groupes qui débutent sachant qu'il n'existe aucun statut de musicien amateur ? Autrement dit, un groupe qui joue dans un café est considéré comme un travail au noir. Il y a donc un vrai problème. Mais heureusement, le rire tue la peur…

Que vous inspire Nolwenn qui était invitée à chanter sur le plateau de la braderie, juste avant votre concert ?

En soi, la variété ne nous gêne pas. Par contre, il est très difficile pour les groupes de faire des concerts et monter sur scène. Alors qu'on nous laisse au moins la rue ou des occasions comme la braderie pour faire monter sur scène des groupes, et mieux encore, des groupes régionaux. Mais nous avons rencontré Martine Aubry, à qui nous avons exposé cela. Elle s'est engagée à faire une charte culturelle, ce qui est plutôt bien. Mais il est temps que la politique cesse d'être une opération de séduction. Nous attendons des actions. Sinon, nous reprenons comme Coluche, l'idée que nous préférons la grossièreté à la vulgarité. Et il n'y a rien de plus vulgaire que de faire chanter des Lolita de 9-10 ans déguisées en femme ; il n'y a rien de plus vulgaire que ce culte de l'artificiel, et de cette loterie musicale télévisuelle. On ne tient plus compte du travail, et on nous fait croire qu'en trois mois, on peut devenir chanteur. C'est d'ailleurs un thème que nous évoquons dans la chanson " Minimum requis " ( " Les gagnants du jeu fascinant / pondent des hits si croustillants / que quand ils nous chantent " je t'aime " / on en regrette Stone et Charden ") de notre nouvel album " Un pour tous…chacun ma gueule ".

Le déguisement est devenu un rite pour les Marcel et son Orchestre. A chaque tournée un nouveau déguisement ?

Oui et non. En réalité, nous portons ce que nous trouvons, et parfois, nous mettons des déguisements qui datent ! Mais le déguisement nous permet de rentrer dans la peau de personnages et peut-être d'être encore plus extravertis sur scène. Cela s'explique aussi par le fait que nous sommes dans une région où le carnaval est très important, et nous pourrions nous définir comme un " carnaval itinérant ". Enfin, nous étions fascinés par un groupe qui s'appelait " Au Bonheur des dames ", et qui faisaient du twist en " costard cravate " ! Nous aimons le décalage, et pour toutes ces raisons, nous aimons le déguisement, qui enlève aussi l'identité, et par conséquent amène à une certaine égalité.

Quels thèmes n'aviez vous pas encore abordé et que l'on retrouve dans " Un pour tous…chacun ma gueule " ?

L'acné, les vieux garçons, et plus généralement, tous ces gens ordinaires qui sont vraiment extraordinaires car ils ont le courage d'être eux-mêmes ! Nous abordons évidemment des sujets plus profonds et politiques, qui nous tiennent à cœur, notamment dans " Blasphème ", sur la religion dans ce qu'elle a de plus fanatique. Et puis entres toutes les dédicaces, nous avons voulu souligner aussi un triste événement : " Jean Yanne est mort, Brigitte Bardot est toujours vivante : quelle injustice ! "

 

 

 

 

Radio 4

La politique est un moteur...

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" Dance to the underground " constituait le nouvel anthem punk funk de la fin 2001. Dans la foulée, le quintette de New York commettait son deuxième opus l'an dernier, " Gotham ! ". Personnellement, je dois avouer qu'à première écoute, ce disque ne m'avait pas trop accroché. Ce n'est qu'après avoir assisté à leur set 'live' accordé en avril denier, à l'Aéronef de Lille, que je suis tombé sous le charme de leur musique. Et tout naturellement je suis retourné vers l'album, en y découvrant toutes les facettes qui m'avaient alors échappées. Faut dire que j'avais été assez impressionné par la prestation du percussionniste, PJ. Il communique tellement de feeling, de chaleur, de couleurs, aux compositions. Une impression confirmée par leur prestation époustouflante exécutée par la formation lors du dernier festival Pukkelpop. A cette occasion, PJ O'Connor nous avait accordé un entretien, ma foi, fort intéressant.

A l'origine, Radio 4 était réduit à un trio (Greg Collins aux drums, Anthony Roman à la basse et Tommy Williams Jr. à la guitare, ces deux derniers se partageant les vocaux). PJ et Gerard Garone, le claviériste, sont arrivés un peu plus tard. C'est d'ailleurs depuis leur intégration que leur punk funk a pris une orientation plus groovy. A leurs débuts leur style était bien plus radical. Mais comment on réagi les autres membres du groupe à ce changement ? PJ raconte : " La métamorphose s'est opérée spontanément. Il faut d'abord qu'à NYC coexistent une scène consacrée au hip hop et aune autre à la musique électronique. Et Anthony aime chevaucher les deux styles. C'est aussi un peu cela la signification de Radio 4 : quelque part entre les deux. La progression s'est effectuée naturellement sur la chanson 'Dance to the underground'. Avant que je ne débarque dans le groupe. Elle est d'abord sortie sous la forme d'un EP aux States. Nous avons piqué les idées du post punk, là où il s'est arrêté en 1981. Mais on n'a pas voulu faire du revivalisme. Aussi on lui a donné une nouvelle orientation. Il était donc évident que nous allions prendre cette nouvelle direction, après la sortie de ce titre… "

A partir de ce moment, la musique est devenue plus dansante. Le groupe a même déclaré récemment que dans le futur elle le sera encore plus. PJ embraie : " Tout à fait. Sous le nouveau line up, il y aura plus de public qui va taper du pied (NDR : il joint le geste à la parole). 'Dance to the underground' et 'Struggle' sont des appels au groove. Le disco a un son groovy. Le punk recèle une face groove disco. Ce qui nous intéresse, c'est que le public parvienne à prendre son pied, notamment en dansant. Nous allons donc bien accentuer cette tendance… " On comprend ainsi beaucoup mieux pourquoi Tim Goldsworthy et James Murphy, habituellement plus habitués à travailler avec UNKLE ou Primal Scream, ont produit 'Gotham'. " Leur manière de travailler est tout à fait unique. Sur 'Gotham !' je joue des congas sur quelques morceaux. Lorsque j'ai réécouté les bandes, quelle n'a pas été ma surprise de ne plus les entendre ! En fait, ils les avaient enlevés, puis replacés sur d'autres compositions. Donc, vous enregistrez un album, vous leur refilez la matière première, et vous leur laissez faire leur popote. C'est un peu comme si vous donniez une esquisse en noir et blanc à un artiste, pour qu'il y mette de la couleur… "

Radio 4, est le titre d'une composition de PIL, Radio 4 aurait-il des affinités avec l'infâme John Lydon ? " Les affinités sont uniquement musicales. Dernièrement les Sex Pistols ont joué à New York, alors que nous tournions en Europe. Il répondait à une interview, lorsque note single est passé à la radio. Sans se soucier de l'entretien, il a déclaré que nous étions occupés de nous faire un fameux paquet de fric avec cette chanson. Et il pensait au fric qu'il aurait pu se faire s'il avait écrit cette chanson. Ce type est épouvantable, quelqu'un qu'on cherche à éviter. J'ai parfois l'impression qu'il tire une certaine gloriole à décevoir… " Radio 4 se réclame donc du punk. Mais le considèrent-ils comme une mentalité, une mode ou un son ? " Le punk est une mentalité sonore ! Des groupes comme Gang Of Four et les Replacements ont eu une influence énorme sur le groupe. Wire aussi. Et lors de ce festival, nous avons eu le bonheur de les rencontrer. Nous sommes toujours émerveillés devant ce groupe. Ils constituent un exemple pour nous. Leur musique également. Et bien sûr le Clash. C'est aussi un mode de vie. Le DIY. La créativité est un élément indissociable chez Radio 4. Dans ce groupe, il n'y a rien de facile. C'est un peu l'attitude punk. La mode va et vient. Vous avez beau porter des vêtements, ce qui compte, c'est la façon dont le cœur est habillé. " En cherchant à rendre leur musique à la fois furieuse, politique et sexy, Radio 4 marcherait donc sur les traces de Big Audio Dynamite ? PJ acquiesce. " Oui, tu as raison ! Ta réflexion est intéressante. Tout d'abord, l'aspect sexuel de la musique procède des lignes de basse, des drums et des percussions. Dès qu'on entre dans le domaine de la danse, on touche au primal. Le sexe, le rythme et la batterie sont les fondements de la création. Ce qui explique pourquoi nous aimons Big Audio Dynamite ! Mais il est beaucoup plus important de se consacrer à la politique locale, parce que c'est la façon la plus facile de toucher au changement. A contrario de G.W. Bush, on se bat sur ce plan. C'est ce combat qui nous intéresse. Là où on vit. Strummer, Paul Westererg, Dylan et Springsteen se préoccupaient d'événements qu'ils connaissaient et qu'ils comprenaient. Ce sont des modèles pour Anthony, dans le domaine des lyrics. Il n'accorde guère de place à la fantaisie dans ses textes. Il cherche à transmettre des messages importants. C'est aussi la mission de 'Gotham !'. "

Chez Radio 4, la politique est en quelque sorte un moteur. C'est même le comportement du pouvoir administratif de New York qui les a poussés à écrire des textes aussi engagés. A dénoncer ce qu'ils ont vu et vécu. " A la fin des 70's, Clement Burke, le drummer de Blondie, avait annoncé la couleur. Il avait prévu ce qui aller se produire à New York. A Omaha, dans le Nebraska ou à Detroit, les groupes ont le temps d'écrire des chansons sur ce qui se passe. De bonnes chansons. Ils ont même le temps de glander. A Manhattan, les loyers sont trop élevés. Il y a toujours quelqu'un pour frapper à la porte pour te dire qu'il te reste 5 minutes. Ce qui explique pourquoi les habitants émigrent vers Brooklyn. Et que nous les avons imités. L'administration Giuliani, c'était un peu le Big Brother. Un jour, un journaliste du New York Times a écrit que si vous apercevez le sommet de l'Empire State Building, c'est que nous vous apercevons. Il est affolant de devoir subir un pouvoir aussi importun, indiscret. Il empiète même sur votre vie privée. Evidemment, les attentats du 11 septembre continuent de nous affecter. Et il fallait s'attendre à ce que des tas de chose changent. Mais pas dans le sens qu'on imaginait. Je fréquente un club, à cause des lois sur les cabarets. Il n'y a plus moyen de faire la fête. Parfois en pleine soirée, alors que le public est encore occupé de danser, la police vient décréter la fermeture de la salle. C'est absurde et injuste en même temps. On ne peut même plus fumer dans les bars de NY. C'est aussi la raison pour laquelle on est parti à Brooklyn. "

Radio 4 aurait-il trouvé la balance exacte entre l'âme du gospel, l'accessibilité de la new wave et l'attitude du post punk ? " Pas encore. Mais, c'est notre objectif. Mais lorsque nous l'aurons trouvé, cela sonnera le glas du groupe. C'est comme si nous avions accompli notre mission ; atteint la quête du 'Graal', si tu préfères ! "

Merci à Vincent Devos.

 

Guided By Voices

La bonne musique se fait rare aujourd'hui.

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‘Earthquake glue’ constitue le quinzième album de Guided By Voices. Une formation dont le leader, Robert Pollard, demeure le seul membre originel. Il en est aussi le leader, le compositeur et le chanteur. Avant de se lancer dans l'aventure GBV, Bob était instituteur. Au départ, c'est à dire en 1993, ce n'était d'ailleurs qu'un hobby. Mais progressivement, le public a commencé à s'intéresser à leur musique. Qui sera ultérieurement décrétée lo fi. Pourtant, GBV n'imaginait même pas pratiquer de la lo fi. Simplement, faute de moyens, ils enregistraient sur un quatre pistes. D'ailleurs, l'histoire a failli s'arrêter au bout du sixième elpee. A cause d'une situation financière que la formation va sauver en dessinant ses propres pochettes, à la main…

Robert revient sur cet épisode : " Ce disque devait être notre dernier. On en a enregistré 500 copies. Et on a dessiné les pochettes. Les 150 premières étaient élaborées. Parfois agrémentées de timbres. Puis on s'est un peu essoufflé. Et je regrette de ne pas en avoir conservé davantage. Il doit m'en rester quatre ou cinq exemplaires. Certaines personnes m'ont proposé de leur revendre à 1000 $ US pièce. Peut-être que dans le futur on recommencera l'opération. Je ne sais pas… " Les aventures insolites, le groupe les a cumulées à ses débuts. Pour le fun. Ainsi, afin de se créer un press book, le groupe n'avait rien trouvé de mieux que d'inventer ses propres interviews et d'organiser ses propres sessions de photos. " On pensait que c'était la meilleure manière de se faire connaître. On espérait ainsi que quelqu'un aurait pris la peine de nous écouter. En fait, on n'imaginait pas que nous avions du talent. Avec le recul, je me rends compte que les questions n'étaient pas bonnes. Et les réponses non plus ".

La lo fi, Robert reconnaît que le groupe en pratiquait à ses débuts. A une époque où le groupe était inconnu. D'ailleurs lorsque le public a découvert Pavement, il y a belle lurette que GBV en avait fait son pain quotidien. Et par la force des choses, le groupe a été intégré au circuit. Robert acquiesce : " Oui, nous avons fait partie du mouvement, mais nous n'en sommes pas les précurseurs. Je crois qu'il faut en attribuer la paternité à Robert Johnson. Je n'ai cependant jamais considéré GBV comme un lo fi band. En fait, nous n'avions pas suffisamment d'argent pour enregistrer en studio. Personnellement, j'estime que la lo fi est l'extension ultime du punk. Pas besoin d'être un virtuose du manche ni d'être un grand technicien de l'enregistrement pour le pratiquer. Il y a un bon bout de temps que nous ne pratiquons plus ce style musical. Je ne dis pas que nous n'y reviendrons pas un jour, mais je me vois mal retravailler avec un quatre pistes ". Propos confirmés par la mise en forme des derniers opus du groupe. Et en particulier 'Isolation Drills', produit par Rob Schnapf (Beck, Elliott Smith) en 2001, et surtout 'Do the Collapse', par Ric Ocasek, en 1999. Depuis 'Universal Truths & Cycles', paru l'an dernier, la production est assurée par le groupe et Tim Tobias, le frère du nouveau bassiste. Dans leurs studios Cro-Magnon, à Dayton (Ohia). Bob précise : " Sur le test pressing que tu as reçu ne figure pas notre single US 'My kind of soldier'. Nous l'avons ajouté. Il s'agit de la seule chanson que nous n'avons pas produite. Elle l'a été à Chicago, dans les studios de Steve Albini ". Mais pourquoi ne plus avoir fait appel à Ric Ocasek ? " Parce que nous souhaitions avoir le contrôle de notre musique. Pour travailler avec Ric, nous avons dû nous rendre dans ses studios dans le Tennessee. Le son y est trop fini, trop uniforme. Et nous préférons que chacune de nos chansons soit un peu différente. Qu'elle ait du relief ! D'autre part, Ric est une rock star. Il a la classe et mène un certain train de vie. Il bosse en col blanc. Le second en bleu de travail. Avec Ric, le climat était austère ; il ne nous aurait jamais suggéré de boire un coup. Au contraire, il nous en aurait empêchés. Etait-ce dû aux injonctions du label ? Je n'en sais rien ! Toujours est-il qu'en compagnie de Tim, c'est l'inverse, il nous arrive de s'arrêter pour décompresser et de prendre un verre. C'est plus cool ".

Malgré son départ en 1997, soit après l'enregistrement de 'Mag Earwhig!', Tobin Sprout et Robert sont toujours en bons termes. D'ailleurs, ils continuent à travailler sur un projet commun : Airport 5. Simplement, la méthode est un peu différente, puisque Tobin qui habite aujourd'hui dans le nord du Michigan, à neuf heures de Dayton, compose la musique dans son studio 'Fading Captain Series'. " Lorsqu'il a terminé, il me transmet les maquettes pour que j'y ajoute les lyrics. Puis nous travaillons les mélodies. Ce système fonctionne bien. J'ai utilisé la même méthode, l'an dernier, pour concocter un album en compagnie de Mac Mc Caughan de Superchunk, 'Go back snowball'. J'aime ce type de collaboration. Tobin est un chic type. C'est bien de rester en contact. Il manque à nos fans… "

En général, les artistes détestent qu'on leur attribue des influences, qu'on cause de leurs références. Pour Robert, ce n'est pas un sujet tabou. Au contraire. Il est même flatté qu'on trouve à son dernier opus, 'Earthquake glue', des affinités avec le Who voire avec le Genesis de Peter Gabriel. Le Who ? Parce que c'était un groupe à hymnes. Et Bob d'ajouter : " 'Who's next' et 'Quadrophenia' sont les albums que je préfère chez le Who. Nous reprenons même 'Baba O' Riley', sur scène. J'ai toujours été fasciné par la puissance de leurs cordes. Sur scène, je balance le micro, un peu comme Roger Daltrey. Oui, définitivement, le Who est une influence majeure. Et puis, nous avons encore besoin d'eux, n'est ce pas ? Genesis ? Leurs quatre premiers elpees sont excellents. Tout le monde est étonné que j'en parle. Parce que leur influence n'est pas très évidente. C'est vrai, qu'elle se limite aux lyrics et aux mélodies. Parce qu'à l'époque, ce type de prog rock accouchait de très longues compositions. On avait même l'impression qu'un seul morceau était découpé en plusieurs chansons. J'apprécie moins le travail de Peter en solo. De cette scène prog, j'ai beaucoup aimé le King Crimson, et puis aussi Vandergraaf Generator. Enfin, je n'ai pas peur de dire que j'aime le Queen ". Une chose est sûre, Bob prend plus son pied à l'écoute de vieux albums qu'à travers la scène contemporaine. " Aujourd'hui, les musiciens pensent plus à la technologie et au recyclage. A mon avis, ces concepts ne correspondent plus à l'esprit du rock. Leur vision est trop à court terme. J'ai même parfois l'impression d'avoir déjà entendu les mélodies. Leur progression de cordes est fatigante. Evidemment, je dois reconnaître qu'il est plus difficile de faire preuve de créativité, aujourd'hui. De se renouveler. Pour l'instant, j'entends trop rarement de bonnes chansons. Il y en a certainement, mais je n'ai plus la patience de fouiller dans les bacs des disquaires. La bonne musique se fait rare aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle je préfère écrire des chansons moi-même. Je ne prétends pas qu'elles sont toutes bonnes. Mais je m'efforce d'y parvenir. Je suis peut-être resté coincé dans l'univers des années 60 et 70 ". Paradoxal, mais les mélodies des nouvelles compositions d' 'Earthquake glue' ne sont pas immédiatement contagieuses. Robert s'explique : " Lorsqu'on accroche instantanément, l'effet à tendance à disparaître assez rapidement. Un bon album nécessite plusieurs écoutes pour se l'approprier. A l'instar de tous les grands elpees que j'ai pu écouter. Ce qui signifie que j'ai peut-être gagné en maturité, en tant que parolier. Aujourd'hui, j'attends que la chanson soit terminée avant de la présenter au groupe. Aussi bien sur le plan de la structure qu'au niveau des textes. Je n'écris plus aussi rapidement qu'auparavant. C'est vrai que les idées me viennent tout de suite. Mais j'ai appris à prendre le temps de la façonner, à devenir plus patient afin que de m'assurer que le produit soit bien fini. Ce qui explique que je prends plus de temps pour écrire, qu'auparavant. Et puis mes chansons ont tendance à devenir plus longues. Pas trop longues, quand même. Pas de 20 minutes comme dans les 70's. Trois à quatre minutes suffisent. Pas davantage. "

Pour compléter le tableau, sachez que Robert apprécie beaucoup Lou Barlow et Colin Newman. Le premier, parce que c'est un bon songwriter qui possède une voix fort intéressante. En pleine phase lo fi, ils ont partagé la même scène. " Mais on ne savait pas toujours qui devait ouvrir le concert pur l'autre. A l'époque, nous avons rencontré de sérieux problèmes de communication ". Il aime le travail solo de Colin Newman. Wire aussi, évidemment. " Je suis content que le groupe se soit reformé avec de nouvelles idées. Ce n'est pas parce que le groupe s'était séparé que je ne m'intéressais plus à leur sort. Personnellement, j'estime qu'il s'agit d'un des groupes les plus intègres sur la scène rock. C'est le genre de groupe qui ne commet pas d'erreurs, même s'il a accompli des choses que j'aime moins. Je les apprécie à leur juste valeur. L'intelligence du groupe est d'être parvenu à se ressourcer sans trop de bouleversement. Le changement dans la continuité, quoi ! "

Les musiciens de GBV ont participé au tournage d'une vidéo des Strokes. " Parce que ce sont des bons amis " rétorque Robert. " Ce sont des fans de GBV. Et nous sommes fans des Strokes. Au départ, je n'étais pas chaud pour y participer. Mais le management nous y a forcés, sans quoi, ils l'auraient refilé à Weezer. Nous ne voulions pas que ce soit Weezer qui nous dame le pion. Et on a collaboré à cette vidéo… "

Merci à Vincent Devos

 

TTC

Pour nous le rap, c est de la musique électronique.

" Ceci n'est pas un disque " était un des albums rap de 2002 : rarement aura-t-on pu entendre telle 'déconnade' intelligente, parce que oui, ça existe. Teki Latex, Tido et Cuiziner, secondés par Orgazmik aux platines, nous ont redonné une bonne raison d'écouter du rap français, sans clichés ni foutage de gueule. Bénéficiant d'une production détonante (DJ Vadim, Tacteel,…) et d'invités triés sur le volet (Dose One, La Caution,…), " Ceci n'est pas un disque " nous changeait enfin du commun exercice de gangsta rap parigo singeant son cousin d'Amérique. En plus, c'est drôle (les paroles, pleines de cadavres - vraiment - exquis), futé et affûté (les beats, inventifs). A l'occasion de leur passage aux Nuits Botanique (le mercredi 24, avec Detroit Grand Pubahs), nous les avons rencontrés. Attention : ceci n'est pas une interview.

" Ceci n'est pas un disque ", un hommage à Magritte ?

Teki Latex : La peinture flamande et nous, c'est une longue histoire… En fait, c'est flamand ou wallon ?

Il est de la Wallonie profonde.

T.L. : " Il est de la Wallonie profonde " ! Alors arrête un petit peu de dire des conneries sinon ils vont te casser la gueule ! (Il désigne ses amis) Euh ! Matisse… non : Magritte, on l'aime bien. Même si on le confond avec Matisse.

Parce que Magritte, à l'époque, incarnait un peu la révolution picturale… Est-ce que TTC est une révolution au niveau du rap français ?

T.L. : C'est la Révolution française. On a pris les baïonnettes et on est allé buter de l'aristo, et…

Orgazmik : Et ils m'ont récupéré à Versailles au passage.

T.L. : Non, sérieusement… Ce n'est pas vraiment la révolution. On n'a rien inventé. On essaie juste de faire de la bonne musique.

N'empêche qu'il y a beaucoup de jeux de mots dans votre musique, qui…

T.L. : (nous interrompant) On doit tout à Dr. Dre. Et à Death Row Records. Et à Suge Knight. On leur doit tout. C'est du gangsta rap, ce qu'on fait.

Alors, quoi ! ? TTC : rap français ou hip hop international ?

T.K. : C'est du hip hop de chambre.

Pourquoi ? Parce que " (Je n'arrive pas à) danser ", c'est un hit dans ta chambre ?

T.K. : Voilà, exactement. Et parce que c'est dans la chambre qu'on se reproduit, et c'est important de se reproduire pour la survie de l'espèce humaine. Euh ! Donc, voilà : hip hop pour faire l'amour. Vous pouvez faire l'amour à votre copine en écoutant TTC, ça marche.

C'est un concept qui a déjà été pris, 'tention !

T.K. : Ben oui, mais… A partir du moment où on peut contribuer à cette grande chose qu'est la reproduction humaine, et ben on le fait.

Certes, mais là on s'égare. Que pensez-vous de la scène hip hop américaine, de labels comme Anticon, Def Jux, qui expérimentent à tout va ? Vous avez collaboré avec Dose One sur " Pas d'armure "…

T.K. : J'aime beaucoup.

O. : (crachant une fumée à l'odeur de chanvre, et sur un ton nébuleux) Oui, moi aussi.

T.K. : On trouve que ce sont des gens qui font de la très bonne musique et qui mériteraient d'être encore plus écoutés. Et découverts.

Qu'est-ce que ça vous apporte d'être signés sur un label anglais, Big Dada, par rapport au fait d'être un groupe de rap français ?

T.K. : Ca nous apporte des prostituées, des jeunes filles en rut qui viennent à la sortie des concerts avec des minis T-shirts " Big Dada ". On les avait pas avant, mais depuis qu'on a signé, elles sont folles de nous ! (Redevenant sérieux) Non, ça nous apporte la gloire. Ca nous apporte le fait d'être distribué dans 30 pays. Et ça, c'est génial ! Des rencontres, des opportunités. Des gens qui s'intéressent à nous parce qu'ils s'intéressent à toutes les sorties du label et qui vont tendre plus facilement l'oreille que si nous avions été signés sur un label indépendant ou sur un label plus commun avec moins d'identité. Ca nous apporte beaucoup de satisfaction.

Comment vous positionnez-vous par rapport à la scène rap française, et qu'est-ce que vous pensez de ce genre de grande messe hip hop au Stade de France, etc. ?

T.K. : Les grandes messes au Stade de France, c'est très bien. C'est pour la paix urbaine, et nous on se sent vraiment concerné, parce qu'on est urbain.

C'est marrant, parce que les artistes alternatifs ont un point de vue différent du public : ils pensent que musique alternative et musique commerciale peuvent cohabiter.

T.K. : Oui, je pense que c'est de plus en plus le cas.

O. : (cassé) Oui, tout à fait.

T.K. : Justement, on parlait tout à l'heure de Def Jux et d'Anticon, des labels auxquels la presse porte un intérêt croissant. C'est bien ! Ca prouve que ça peut exister aussi. Je pense que tout peut coexister. Après c'est vrai que parfois ça fait un peu mal au cœur de voir certaines personnes sauter certaines étapes et s'autoproclamer " MC's " alors qu'ils se sont un peu moins creusés le cerveau que d'autres… Et ils y arrivent parce que c'est un emballage et toute une stratégie marketing qui sont dus aux majors… Mais ça ne sert à rien de se lamenter là-dessus : on préfère faire notre musique dans notre coin.

Sur quel genre de radios êtes-vous diffusés en France ?

T.L. : Sur Radio Nova, et les radios associatives.

O. : Oui, en province, y a plus de radios qui passent TTC.

On vous sent fan de culture populaire : d'où vous vient cette admiration pour les super héros de la TV, genre Leguman ?

O. : C'est l'époque où on est né qui fait que voilà, on a été bercé par cette culture. Donc c'est logique après que cela se retranscrive dans ce qu'ils disent… Et puis en plus, toute la musique électronique a été créée à cette époque-là.

T.L. : Les jeux vidéo…

O. : Finalement, ce qu'on fait, c'est qu'une évolution de ça.

T.L. : On a été très traumatisé par les années 80.

A côté de ça, vous construisez vos chansons comme certains réalisateurs leurs films. " Pas d'armure ", c'est confus, sans véritable linéarité, comme du David Lynch, et " Reconstitution ", ça ressemble à " Memento "…

T.L. : Ouais ! Ca nous influence. Comme les discussions qu'on peut avoir avec les gens. L'art pictural. La bande dessinée. Tout est musique. Tout est idée. Tout nous inspire.

D'où le fait que vous utilisiez toute une panoplie de techniques d'écriture, comme de production.

T.K. : On accorde beaucoup d'importance au style. Tout doit être fait avec style, sinon ça n'a aucun intérêt. Peu importe la musique ! Comme je dis toujours, on ne condamne pas tel ou tel artiste pictural parce qu'il a dessiné un arbre plutôt qu'une maison. Nous, on essaie d'expérimenter à tous les niveaux, son, écriture, flow, attitude, image, … Pourquoi se limiter ?

Cuizinier : (qui déboule enfin) Bonjour ! Je suis Cuizinier, du groupe TTC !

Enchanté… Le fait de rapper avec une voix suraiguë, ça va dans ce sens-là ?

T.K. : Aussi. Cette recherche d'originalité. Quand j'ai commencé à avoir ce style-là, c'est parce que je cherchais à avoir mon truc à moi, mon terrain à moi. Emmener les gens sur mon terrain.

Et ça rejoint cette idée de passion pour la culture populaire, qui vient de l'enfance.

T.K. : Oui, aussi. Ca peut être les marionnettes de mon enfance qui me faisaient peur. Finalement, la ligne est fine entre cette voix-là (il prend sa voix de scène, tel un gros Titi) et l'autre.

Quel a été l'apport de DJ Vadim sur " De Pauvres Riches ", et celui des autres producteurs ?

T.K. : C'est tout le temps différent, avec chacun d'entre eux.

Pourquoi DJ Vadim par exemple ?

T.K. : Parce qu'on admire son travail, parce que…

C. : (qui l'interrompt) Avant que l'on arrive chez Dj Vadim dans sa gente demeure, nous n'avions aucune idée de ce que nous allions fournir à l'auditeur (ça rime, c'est magnifique en plus). Donc figure-toi qu'on a pratiquement écrit sur place, on avait une très vague, mais lointaine (!), idée de ce qu'on allait produire chez lui. C'est inhérent à TTC, dans la continuité de la création de l'album… Et alors Vadim, pourquoi lui ? On a fait appel à 7 producteurs différents pour essayer de varier un maximum, que l'auditeur ne se lasse pas, et avant tout que (avec Teki Latex) nous-mêmes…

T.K. : … ne nous lassions pas.

Ce qui est très fort chez TTC, c'est quand la musique et le flow se superposent parfaitement, comme sur " Montée d'adrénaline " au niveau des coupures.

T.K. : C'est vrai ! J'aime beaucoup ce morceau : il y a une recherche constante du rythme dans le flow chez TTC, qui est très influencée par la scène californienne, des gens comme Freestyle Fellowship qui ont tout de suite traité le hip hop comme une forme de jazz. Jouer avec les rythmes impliquant des instruments comme la trompette, ce genre… Jouer à se compliquer les choses finalement, pour donner quelque chose de vivant.

C. : C'est la même démarche que Q-Bert peut avoir avec les scratches.

T.L. : Et qu'Orgazmik, notamment sur " Leguman ", où il fait parler Leguman à l'aide de scratches.

Finalement, les frontières entre rap et musique électronique sont de plus en plus floues (même si au départ le rap est de la musique électronique). On pense à Warp et Lex, par exemple.

T.K. : Pour nous le rap, c'est de la musique électronique. Les deux se rejoignent. On est de plus en plus influencé par la musique électronique, et on collabore de plus en plus avec des gens de la scène électronique. On apprécie énormément ce que font les gens de Warp, et par extension les gens de Lex. On a fait un morceau avec Tes, et Tacteel, qui a produit " En soulevant le couvercle " sur notre album, figure sur la dernière compilation de Lex, " Lexoleum 3 ".

Ca fait de vous un groupe unique en son genre, en tout cas en France. Sans parler de vos textes… C'est pas de la pierre poncée comme on peut en avoir dans la variété. Qu'est-ce que vous pensez par exemple de types comme Manu Chao, au discours un peu " cheap " ?

C. : Il faut savoir que Manu Chao, il n'y a pas très longtemps, nous a refilé 100.000 euros pour qu'on ne dise aucun mal de lui.

T.K. : En tout cas, Manu : Chao à toi. C'est une blague facile, mais il fallait la faire. Non : pour finir, je dirais que peut-être la meilleure manière de revendiquer, c'est de le faire de manière déguisée et pas vraiment immédiate. C'est peut-être ce qui marque le plus les gens.

 

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