‘Ennemi de soi-même, comment aimer les autres ?’, chante Etienne Daho dès les premières notes de ce nouvel album : une introduction d'une impudeur téméraire, qui nous rappelle avec véhémence que le Français s'est toujours plu à tout remettre en question, aussi bien lui-même que sa musique. Une " réévolution ", comme l'impose le titre. Une confidence, murmurée à nos oreilles comme l'on dévoile ses plus grandes faiblesses. Un témoignage étonnant, presque intimidant, dévoilant les obsessions et les peurs d'un grand songwriter au cœur tendre mais fragile. Le doute, donc, est semé… Mais déjà la mélodie s'envole, les violons s'élancent, et Daho nous rassure : " Quand demain se lèvera/Je serai libre ". " Retour à toi ", à l'amour sans cesse évalué, à ces nobles sentiments qui font de belles chansons. Retour à la normale. Daho, " debout et les poings levés " (" Réévolution "), se bat vaillament face à ces démons qui le hantent. Le son, plus rock, plus live, traduit cette assurance. " Pourquoi sentir l'orage en soi " (" L'orage ") puisqu'il reste de l'espoir, d'être un jour aimé, compris, choyé ? C'est le souhait d'Etienne Daho, dont chaque album ressasse les mêmes lubies : la peur de vieillir, d'être oublié, " d'in-voluer ". Depuis " Corps et Armes ", on sent pourtant poindre un sentiment de quiétude chez l'homme d'Oran, ne serait-ce que dans le chant, si juste, si clair, si apaisé. Les mélodies, elles aussi, distillent cette envie d'être en paix, avec soi-même et les autres. A la première écoute, ça paraît trop mou, un peu vague. Mais le temps donne vite raison à ces chansons sans morgue, au charme insidieux. Si " If " (déjà présent sur l'album de Ginger Ale) agace par ses rimes du Jeu des Dictionnaires, des titres comme " L'inconstant " (et ces riffs orageux) et " Talisman " (son " Heroes " à lui ?) subjuguent par leur évidence. Daho, l'éternel adolescent, à la fois charismatique et fragile, délicat et viril : une image qu'il cultive avec honneur et sincérité. " Peu importe si le flacon est éphémère, pourvu que le charme opère ", clame-t-il à la fin de l'album (" Les Liens d'Eros ", en duo avec Marianne Faithfull)… Pour nous, cette pop n'a rien de périssable, puisqu'elle distille ses charmes depuis plus de 15 ans. Une ré(é)volution, encore et toujours…