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Farfouiller dans la Pure Carrière…

Après des années de chaos et de réinvention, Pure Carrière revient avec « Farfouiller », une ode brute, étouffante mais libératrice à l'ennui, au chaos et à la mort. Née des racines du slacker punk, cette pièce marque un nouveau départ et un retour en force.…

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Interviews

Cold War Kids

Des Clash aux Cold War Kids

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Les questions bouillonnent à l’approche d’une rencontre pour ‘remettre les points sur les i’. On ne peut que vouloir comprendre les critiques assassines, assénées sans répit par Pitchfork, aux quatre Californiens, depuis leurs débuts. A travers leurs langues de vipère, elles résonnent, cinglantes et sans appel. Les Cold War Kids ne feraient donc que du ‘pastiche poli qui insulte l’intelligence des amateurs d’indie-rock’ ? Du son de ‘boy-scout’ ? Du ‘storytelling superficiel’ ? Il y a de quoi s’étonner d’une telle hargne alors que les autres avaient encensé –avec raison– « Robbers and Cowards » (2007) et préludaient un avenir tout aussi radieux à « Loyalty to loyalty » ; surtout que ce nouvel album, derrière des mélodies en apparence moins indélébiles et plus décousues, dévoile en profondeur un ton plus mûr et décomplexé. Certes, il faut aimer encore et toujours cette voix poussée à l’extrême dans les aigus; s’accommoder de cette allure brouillonne et chiffonnée, de ce côté touche-à-tout de l’accent blues du terroir, de ce riff de rock crasseux. Mais quand on dit pleinement ‘oui’, l’énergie devient carrément contagieuse et les refrains se vident de leur contenu pour imposer leurs formes, bousculer les endormis, rappeler à la vie. Impressions recueillies auprès du chanteur/pianiste/guitariste Nathan Whillet et du bassiste Matt Maust.

Le patronyme ‘Cold War Kids’ s’inspire de ton website ?

Nathan Willett : oui, je me suis occupé d’un website pendant quelques années. Il permettait à mes proches d’exprimer toutes les formes de leurs expressions artistiques. Comme le contenu était alimenté par cet éventail aussi large de collaborateurs, tous les membres du groupe s e sont identifiés, comme lieu de création. Une idée traduite en création ‘collective’.

J’ai l’impression que l’atmosphère du premier album était plus uniforme, alors que « Loyalty to loyalty » se révèle plus éclectique ? Intentionnel ?

N. : Ce n’est pas étonnant, car on a enregistré ce deuxième album dans plusieurs pièces. Ce qui explique pourquoi les morceaux sonnent différemment. Après réflexion, ce n’est pas un hasard si on a opté pour cette formule, car c’est vraiment le chemin qu’on voulait emprunter. A l’instar des Clash, dont le répertoire propose des compos très différentes les unes des autres. Et disons que pour notre second cd, nous avons accompli un petit pas dans cette direction.

Cherchez à appliquer d’autres principes à vos compositions ?

N. : oui. On estime qu’il existe une différence fondamentale entre les groupes qui ‘sont’ leur son et ceux qui sont beaucoup plus grands que leur album, pour le meilleur et pour le pire. Pour ces derniers, c’est l’image qu’on leur attribue ou leur manière de la projeter qui détermine si sa musique est consistante et intéressante. Prend par exemple Neil Young et Tom Waits. Ils enregistrent des albums. Mais ils ont une manière très personnelle de jouer. Surtout sur scène où ils sonnent complètement différent. Aucun des morceaux interprétés en ‘live’ ne ressemble à ceux figurant sur leurs disques. Parce que ces compos on grandi, ont été interprétées. Celles de Tom Waits, des dizaines de personnes, au cours des dix dernières années, les ont adaptées. Mais ces versions n’atteignent pas le phénomène Tom Waits, car son personnage est beaucoup plus fort que ses albums. Et nous, on serait plutôt enclin à adopter une philosophie similaire. Une chose est sûre, vu la manière dont le public parle de nous, nous serions davantage un ‘live band’ qu’un groupe de studio. Sur scène, les morceaux interprétés sont parfois totalement différents de ceux proposés en studio. Certains apprécient, d’autres pas du tout. Mais ce n’est guère important pour nous. Notre ‘live show’ tient la route et c’est un atout important si on souhaite que notre musique grandisse et devienne plus ‘mature’.

Qu’avez-vous évité de reproduire sur ce deuxième opus ?

N. : Notre premier était plus serré, plus dense. Il y avait plus de basse et de batterie.

Matt Maust : en fait, pour le second, on a voulu que les compos respirent davantage, que l’ensemble soit plus aéré.

J’étais surprise de lire à la fois de très bonnes critiques, mais aussi, comme celle émise par Pitchfork, d’autres qui vous descendent carrément. Avez-vous une explication ?

N. : il existe différente causes à ce phénomène. Parce que lorsqu’on est ambitieux, et je pense à un groupe comme les Clash ou à des formations qui sont ‘plus grandes que leur nom’, le public a une réaction plus tranchée. On est pour ou contre. Et puis, on a tellement polarisé son attention depuis longtemps que sans s’en rendre compte on a placé la barre rapidement très haute. Tout dépend de la manière dont les individus découvrent un groupe. En ce qui nous concerne, nous avons été essentiellement révélés par nos concerts et internet. Et c’est totalement différent de quelqu’un qui découvre un groupe par lui-même ou par l’intermédiaire d’un ami. Parce que tu as peut-être moins d’attente. C’est une règle pour tous les groupes ; mais en ce qui nous concerne, cette situation a provoqué une bipolarisation entre ‘ceux qui nous aiment’ et ‘ceux qui ne nous aiment pas’. Alors que lorsque tu entames ta carrière –un acteur, un chanteur– tu voudrais que tout le monde t’aime. C’est même un objectif ! Pourtant quand on a réalisé que l’avis du public était si tranché à notre égard, on en a conclu qu’il avait quelque chose de positif ; car il oblige les gens à avoir une position franche par rapport à ta musique.

Mais revenons à Pitchfork. Leur critique est aussi très contradictoire. Elle attaque beaucoup vos références religieuses. On se demande même si ce n’est pas un règlement de compte personnel !

N. : Nos textes se rapportent souvent à de simples références à la musique pop. Des références qu’on adore. De Bob Dylan à Tom Waits en passant par Leonard Cohen. Il y a toujours un sens spirituel chez ces artistes. Leurs morceaux abordent des thèmes sérieux et fondamentaux. Mais enfermer notre musique au sein d’un concept religieux est très réducteur. Cette réaction s’écarte réellement de la véritable nature de notre musique. Car elle n’est pas religieuse. Elle reflète simplement un éventail de styles que nous aimons. Mais franchement, on s’en fout de ces réflexions, non ? Enfin, les médias, tu sais…
M. : On ne voulait pas édicter un quelconque dogme religieux, mais rappeler quelques principes fondamentaux de la morale. Car aujourd’hui, elle est tellement bafouée. Ou même tout simplement oubliée. Quels groupes s’en soucient encore ? On voulait aborder des sujets un peu plus profonds. Le discours de notre deuxième album a été stéréotypé. Un exemple ? Nous avons osé décréter que boire 73 bières en une nuit, n’était pas vraiment une bonne idée… Cependant, il y a un message un peu plus profond là derrière.
N. : Ces médias prennent leurs cibles pour des idiots. Mais ce sont leurs jugements qui sont stupides. Ils ne se rendent pas compte que n’importe quel bon groupe véhicule des idées intelligentes. J’en reviens au Clash. Leurs messages étaient parfaitement négociés. Et c’est ce que les gens attendent ! Sauf peut-être les ados. Mais toutes les autres générations confondues préfèrent écouter des lyrics qui ont du sens. Autre chose que ces textes qui invitent juste à faire la fête, à prendre du bon temps, parlent de ‘fun’ et de sexe. Et il est dommage que lorsque tu essaies de trouver une alternative, les médias ricanent derrière toi…

 

 

Cali

Ne pas oublier les lo(Cali)tés…

Écrit par

Lors de la tournée de concerts intimistes, programmée à travers la Wallonie, Cali s’est produit à la Maison de la Culture de Tournai. Une belle occasion pour l’interviewer. Rencontre avec un personnage sincère, réellement sympathique et amoureux de notre Belgique.

Autant l’écrire tout de suite, la plupart des vedettes de la chanson ou de variétés françaises n’accordent (lorsqu’elles vous l’accordent), en général, qu’un temps d’interview très limité. Souvent même minuté. Soit par souhait de l’artiste ou tout simplement par décision de leur management. Et je craignais le pire ce soir, après avoir transité par Live Nation, le label et enfin un attaché de presse… Car finalement, un autre contact m’annonçait vers 16 heures que l’interview prévue à 18 heures serait déplacée à… minuit !

Et pourtant, une fois face à Bruno (alias Cali) et son entourage, tout s’arrête. La générosité dont vient de faire preuve le Français sur scène, ainsi que tout son staff –sa ‘famille’ comme il l’appelle– va se prolonger pendant la bonne demi-heure d’interview. C’est juste à sa sortie de scène que Bruno est attendu. Très affable, il nous demande gentiment de patienter 5 minutes, le temps de prendre sa douche. Mais surprise, une bonne vingtaine de fans féminines ont été autorisées à faire la file devant la loge. Cali est à peine rhabillé que celles-ci se bousculent au portillon pour le rencontrer. Aussi, il me demande toujours aussi poliment d’attendre encore 5 minutes. Et nouveau témoignage de sa générosité, il ne va pas leur consacrer 5, mais 20 minutes, au cours desquelles il va signer des autographes ou se faire mitrailler par les flashes des admiratrices. Son producteur finira quand même par écourter la séance. Juste avant d’entamer l’entretien, je leur demande quand même le temps qu’il me reste pour cette interview. Ils me rassurent tous les deux, en m’invitant à prendre tout le temps nécessaire pour la réaliser. Je n’en croyais pas mes oreilles, et pourtant, c’était la vérité…

Vous vous transcendez toujours sur scène. Où puisez-vous votre énergie ?

Et bien figurez-vous que ces derniers jours j’étais fiévreux. A quelques heures du concert, je me demandais encore comment j’allais me débrouiller pour assurer le spectacle. Mais la scène c’est ma vie. Je me sens plus vieux quand je ne suis pas sur les planches. Et puis il y a ce public. Beaucoup d’artistes commencent d’ailleurs leur tournée par la Belgique pour se mettre en confiance.

Vous prenez également le temps de rencontrer vos fans…

C’est adorable de les rencontrer, et j’en profite. Un concert permet de passer la journée avec ses amis, répéter ; mais aussi, après le spectacle, de consacrer du temps à ses fans.

Après Forest National en 2008, vous avez opté pour la formule de la tournée acoustique et dans des petites salles. Pourquoi ce choix ?

En fait ce n’était pas prévu. Fin octobre 2008 on pensait arrêter après la tournée des grandes salles et des festivals. Et puis j’ai rappelé mes copains. J’avais besoin de rhabiller mes chansons. De les interpréter sous un format plus intimiste. Il est aussi important de se produire un peu partout et pas uniquement dans les grandes villes.

En 2007 vous aviez annoncé vous ménager une trêve. Elle a été de brève durée…

(rires) C’est vrai ! Depuis 2003, je n’ai pas vraiment arrêté. Ma tournée s’achève fin juin et puis je vais m’imposer un gros break. Je vais quand même jouer en compagnie d’un groupe qui s’appellera ‘Les Hyènes’. Seront impliqués le batteur et le bassiste de Noir Désir.

Votre label vous impose-t-il de débattre de votre album ?

Oh non, c’est pas grave, tu es libre de causer de ce que tu veux, tu sais ! Tu peux me poser toutes les questions que tu souhaites...

Merci, mais parlons en quand-même. Un live serait-il en préparation ?

Et oui, je peux même t’avouer que les concerts de Tournai et Mons serviront de ligne de conduite. Mais ce disque sera couplé avec la tournée électrique qui avait visité les grandes salles, en 2008.

Un mot sur notre compatriote Karin Clercq qui vous accompagne en première partie…

Je l’adore. On a partagé des scènes ensemble à nos débuts. Et là je suis content de la retrouver. C’est une artiste qui n’hésite pas à se remettre en question. A changer de formation. Elle m’interpelle beaucoup car elle évolue constamment. Et c’est très important.

Y a-t-il une question que vous aimeriez que l’on vous pose ?

J’aimerais surtout évoquer notre date du 10 mai aux Nuits du Botanique au cours de laquelle nous partagerons l’affiche avec Matthieu Boogaerts. Je suis très content d’y retourner. Je suis déjà passé par toutes les salles du Bota.

Que manque-t-il encore à votre brillante carrière ?

Je suis fier d’avoir chanté en compagnie de Simple Minds et des Waterboys. Mais aussi de Goeffrey Burton, dont le groupe Hong Kong Dong devrait bientôt percer. Mais lors d’une émission du ‘Grand journal’ de Canal +, j’ai eu la chance de croiser les musiciens de U2 et j’ai demandé une dédicace à Bono. Je rêve d’un duo avec lui. J’adorerai aussi partager l’univers d’Anton Corbijn.

Vous avez du succès auprès du public féminin ?

Ce qui me réjouit avant tout, c’est de voir des familles entières se déplacer pour assister à mes concerts. Quand je vois des grands-parents (NDR : et il y en avait dans la salle) et des petits-enfants qui se côtoient, cela me fait chaud au cœur.

Lorsque je me lève pour remercier Cali et clôturer cette sympathique interview, il n’hésite pas à prolonger la discussion.

Tiens je vois à ton T-shirt que tu es fan des Pogues, j’adore aussi, m’avoue-t-il…

Il me questionne sur l’actualité du groupe, sur la photo. Il revient à nouveau sur le Botanique… Bref la discussion se prolonge encore quelque temps. Cependant, je ne tiens pas à abuser, et quitte les lieux, après l’avoir vivement remercié de son accueil. Sans quoi, j’ai vraiment l’impression que nous en avions encore pour toute la nuit, à discuter…

Sad Lovers & Giants

Un Géant aux pieds d’argile…

Écrit par

Dans l’histoire du rock’n roll, une multitude d’artistes ou de groupes n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. C’est de notoriété publique. Pour le groupe Sad Lovers & Giants, la pilule est d’autant plus amère à avaler, qu’il est considéré aujourd’hui comme une légende, alors que le succès lui a toujours été refusé. Issu de la scène post cold wave, à l’instar de Modern English (NDR : du même patelin), des Chameleons (NDR : Mark Burgess était un pote) et d’And Also the Trees (combo toujours en fonction), SL&G n’a jamais caché ses affinités pour Cure, Joy Division et les Smiths. Mais il n’en a jamais porté les stigmates claustrophobes. Mieux encore, sa musique il l’a toujours voulue esthétique, empreinte d’une poésie visionnaire et chargée de pureté émotionnelle. Ce qui explique sans doute pourquoi elle exerce une véritable fascination chez ceux qui ont une fibre quelque peu romantique. D’une manière plus technique, SL&G était parvenu à créer un son unique, tout en atmosphère, en tirant habilement parti des sonorités cristallines obtenues par les deux guitares, sur fond de claviers ouatés. Un phrasé de guitare(s) qu’on retrouve régulièrement chez les adeptes de la britpop tels que Radiohead, Bluetones, Muse, Marion, Whipping Boys, ainsi que les défunts Strangelove. Et la liste n’est pas exhaustive. Sans oublier House Of Love, qui en a conservé le virus pendant plus d’une décennie, pour mieux le transmettre à la génération suivante. En outre, SL&G a déclenché en France, fin des eighties, un mouvement baptisé ‘touching pop’, au sein duquel on retrouvait Little Nemo, Asylum Party, Mary Goes Round et quelques autres.

Un peu d’histoire…

Fondé en 1981, par Garce (chant, guitare) et Tristan Garel Funk (guitare), SL&G est rapidement devenu le porte drapeau du label britannique Midnight Music. A l’époque où les labels indépendants faisaient florès, c’était pour le groupe, une aventure chargée des plus belles espérances. Face à la rationalisation opérée par le marché du disque, dès le début des nineties, l’expérience était plutôt risquée…

Auteur de deux superbes albums en 1982 (« Epic garden music ») et en 1983 (« Feeding the flame »), la formation entre dans les charts indépendants et décroche une Peel Sesion pour Radio 1. De plus en plus apprécié chez les teenagers en Grande-Bretagne, SL&G est invité à l’émission TV de la BBC, ‘Rock goes college’. Mais curieusement, la formation se sépare la veille de l’événement. J’avais eu l’occasion de rencontrer Garce en septembre 1989, mais rien n’avait filtré sur les raisons de ce split. Il faut d’ailleurs croire que le groupe adore entretenir le mystère autour de cette affaire, puisque apparemment aucun journaliste n’est parvenu à leur tirer les vers du nez. Toujours est-il qu’en 1984, le label Midnight music est dans l’expectative. Aussi, pour pallier à la disparition du groupe, il sort une compilation (« In the breeze » - 1984), puis un album live réunissant des prises opérées lors de leur tournée aux Pays Bas (« Total sound » - 1986). Dans le même temps, la firme de disques prospecte tous azimuts pour engager de nouveaux talents. Recrutant au passage les Waltones, et puis recueillant Snake Corps, le nouveau groupe de Tristan Garel Funk et du frère de Garce...

Sad Lovers & Giants, le retour…

En 1987, Garce rencontre le guitariste Tony Mc Guiness. Une réunion féconde, puisque les deux compères décident de remonter SL&G. Ils rappellent l’ancien bassiste Cliff Silver, engagent de nouveaux musiciens et partent en tournée, dès l’enregistrement de l’album « The mirror test ». Le succès qui semblait les bouder jusqu’alors semble enfin poindre à l’horizon. Un ancien titre, « Thing we never did » devient un hit en Espagne. Les States s’intéressent de plus en plus au groupe. Mais surtout le Vieux Continent. Et notamment la France où un fanzine leur est totalement consacré. Garce déclarera un jour n’avoir jamais trop bien compris pourquoi leur musique avait toujours eu un tel impact dans l’hexagone. Probablement une question de sensibilité… 1991 coïncide avec la sortie d’une nouvelle compilation, « Les années vertes », et puis surtout du remarquable « Headland », avec sa fameuse pochette illustrée par les fameuses statues de l’Ile de Pâques.

La fin, faute de moyens…

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque Midnight Music commence à battre de l’aile. En fait, toutes les petites formations engagées par le label coûtent plus qu’elles ne rapportent. Les finances plongent dans le rouge. Le bureau de Paris ferme ses portes. Le distributeur en Espagne rompt le contrat. Plus personne ne voit arriver sur son compte bancaire le moindre penny. Et arrive ce qui devait arriver, Midnight Music dépose le bilan. Très ennuyeux, puisque SL&G venait d’enregistrer un nouvel opus, « Treehouse Poetry ». Il restera d’ailleurs longtemps à l’état de maquette. Le groupe ne s’en remettra pas, puisqu’il décide de splitter pour la deuxième fois…

L’espoir fait vivre…

C’est à l’initiative d’un fan texan que l’intérêt vis à vis du groupe recommence à naître. Il monte un site consacré au groupe. Contacte la firme Anagram qui vient de racheter les droits de Midnight Music, et leur propose de sortir une compilation des meilleurs morceaux. Choisis par les aficionados. Sur le Web. Avec pour résultat la sortie, en 1996, de « E-mail from eternity ». Depuis, Anagram a également sorti un live, réunissant des enregistrements commis à Lausanne en 1988, « La dolce vita ».

Après la seconde séparation de SL&G, Garce avait bien monté un nouveau groupe. Tentative sans grand lendemain, puisque la chanteuse s’est barrée avec le guitariste, au Canada. Ils y filent le parfait amour et jouent au sein des Lovebabies.

Tristan Garel funk, Garce et Tony Mc Guiness sont toujours en contact. Ce dernier prépare un projet en solo. Dans son propre studio à Londres. Il se chuchote qu’il a enregistré un mini album avec Garce. Sous le patronyme Sad Lovers & Giants ? On peut toujours rêver, mais tout les espoirs sont permis !… 

(Article paru dans le n° 83 du magazine Mofo d’Avril 2000)

Epilogue

Et finalement, en 2002, le groupe est retourné en studio pour enregistrer un nouvel elpee, « Melting in the Fullness of Time », avant de recommencer à jouer sporadiquement, sur le Vieux Continent ; notamment en Italie. C’est d’ailleurs en Italie qu’on a retrouvé leur trace, puisqu’ils y tournaient encore récemment, avant d’envisager un périple en Grèce. Pour l’instant, on n’en sait pas davantage. Tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’ils décident de se produire près de chez nous ; et croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle…

Garçe - chant
Tony McGuinness - guitare
Cliff Silver - basse
Juliet Sainsbury - claviers
Nigel Pollard - drums et percussions

 

Sad Lovers & Giants

L’indépendance, un souci majeur...

A l’issue de la seconde édition du ‘Festival for fun’ organisé à la Gaieté de Bruxelles, le 24 mars 1989, nous nous sommes entretenus avec Tony et Garce, respectivement guitariste et chanteur du (mythique) Sad Lovers & Giants. Exténués, ils nous accordent une interview à l’issue d’une prestation remarquable. Il est deux heures du matin et pourtant, cet entretien se déroulera dans une ambiance à la fois décontractée et constructive. Nous vous en proposons un condensé…

Nous venons d’assister à un excellent concert !

Tony : c’est vrai ?
Garce : nous apprécions le compliment.
T. : pourtant, ce n’était pas facile pour nous.

C’était votre première apparition en Belgique ?

T. : absolument !

La presse britannique traite rarement de Sad Lovers & Giants. Comment justifiez-vous ce manque d’intérêt ?

G. : nous ne jouons pas souvent en Grande-Bretagne.

Pourquoi ?

G. : la plupart des groupes tournent dans les mêmes clubs.
T. : la véritable explication émane de l’absence d’enregistrement en Angleterre depuis plus d’une année. Notre dernier album, enregistré en France (NDR : décembre 88) est une compilation (NDR : « Les années vertes »). La presse ne rencontre donc aucun motif précis pour évoquer notre cas. A la sortie du nouveau 30 cm, davantage d’articles seront consacrés à S.L.&G.
G. : vous lisez beaucoup la presse spécialisée anglo-saxonne, en Belgique ?

Effectivement.

G. : Nous n’avons plus rencontré de journaliste britannique depuis notre dernière tournée en Espagne.

Votre style musical convient à la sensibilité des Continentaux, un peu à l’image de Modern English. Et tout comme vous, les Iles Britanniques semblent les bouder. On se souvient d’un fabuleux concert accordé par Modern English à Zedelgem. Le climat musical baignait d’ailleurs dans une atmosphère assez proche du spectacle que vous avez accordé ce soir.

T. : réellement ?
G. : cette réflexion me surprend agréablement. En fait, si nous divergeons côté musique, nous sommes issus du même patelin. Question d’affinité géographique, probablement !

(un peu ennuyés) Que devient Tristan Garel Funk (NDR : ex-guitariste de S.L.&G.) ?

G. : mon ami !

(ouf !) C’est vrai ? Snake Corps, son nouveau groupe, existe-t-il encore ?

G. : oui, nous relevons en outre du même label ‘Midnight Music’.

A quand l’album ?

G. : nous sommes occupés de l’enregistrer.

Vous participez à d’autres concerts ?

G. : Non ! C’était l’unique prestation sur le Continent. Richard (NDR : l’organisateur) souhaitait spécialement nous engager pour ce festival ; et comme nous estimions qu’il répondait à nos aspirations, nous avons accepté.
T. : une tournée coïncide généralement avec la sortie d’un album. Comme il n’est pas terminé, nous envisageons de revenir plus tard, dans l’année, pour honorer plusieurs dates en Belgique, en France, en Suisse et en Espagne.

Connaissez-vous le Futurama (NDR : à Deinze) ?

G. : un grand rassemblement pour lequel nous serions intéressés de figurer un jour.

Souhaitez-vous décrocher un contrat auprès d’un ‘major’ ?

G. : tout dépendrait des clauses de la convention. Nous disposons, chez Midnight Music d’une grande autonomie d’action. Nous sommes libres de jouer la musique que nous aimons, libres de sortir un album lorsque nous le souhaitons, libres…
T : je pense que les labels ‘majors’ œuvrent sur un marché différent aux masses. Un marché qui s’adresse avant tout aux masses, comme la musique pop. Nous n’émargeons pas réellement à la pop. La scène indépendante constitue le meilleur environnement pur enrichir et développer notre créativité. Que pourrait faire un label ‘major’ avec nous ?

Qu’écoutez-vous pour l’instant ?

G. : j’aime les Waterboys. J’ai assisté à leur spectacle. J’en suis devenu un fan, d’autant plus que leur album est absolument épatant. J’écoute également McCarthy, les Corn Dollies…

The Sun & The Moon ?

T. : ils sont également chez Midnight Music.
G. : Marc Burgess est un ami.
T. : signés par WEA (NDR : Geffen), ils se sont rendus compte qu’ils faisaient fausse route. Ils vendaient davantage d’albums sur un label indépendant.
G. : nous regagnons nos pénates cette nuit. Nous embarquons sur le ferry à Zeebrugge pour un trajet de six bonnes heures au cours duquel nous essaierons de dormir un peu.

(Interview parue le 8 septembre 1989, dans le journal Le Courrier de l’Escaut.)

 

The Gun Club

Le surréalisme de Jeffrey Lee Pierce

Écrit par

In mémoriam Jeffrey Lee Pierce : 27-06-1958 - 31-03-1996

Jeffrey Lee Pierce, leader du groupe culte américain The Gun Club, est sur le point de sortir un album solo (« Ramblin’ Jeffrey Lee »). Marqué par le mouvement punk, ce Texan est très imprégné de la tradition littéraire du rock américain, à l’instar de Jim Morrison. Gun Club et les Cramps partagent, en outre, la paternité du psychobilly… Rencontre d’un Américain à Bruxelles… vivant à Londres mais rêvant d’Amsterdam. Chapeau noir sur lunette rondes, un visage à la Terry Gilliam sortant de Fisher King, les yeux de Robin Williams en prime.

Quelle est ta réaction quand on te dit que Gun Club est considéré comme un groupe culte ?

Ca ne me dérange pas. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons adorés par les critiques. En fait, je souhaiterai que plus de gens comprennent et s’intéressent à ce que nous faisons… Ce serait chouette d’être reconnus par un public plus large.

Tu rêves parfois d’une carrière à la Sonic Youth, c’est-à-dire être un groupe indépendant et atterrir sur un gros label ?

Mmm… Sonic Youth n’a pas changé d’attitude en passant sur un label major ; mais il n’a pas changé de public non plus. J’veux dire en nombre. Il est resté un groupe de rock ‘cool’. Au contraire de Nirvana ; qui a fort changé de style par rapport à ses débuts et ratisse un public bien plus large. Ce genre d’évolution me déplaît plutôt. Aujourd’hui, les ‘majors’ s’intéressent aux groupes indépendants, mais ce n’était pas le cas quand nous avons commencé en 1981. D’une certaine façon, nous sommes arrivés trop tôt…

The Gun Club est-il vraiment un groupe ou bien est-ce The Gun club Featuring Jeffrey Lee Pierce ?

Non, je crois que c’est un vrai groupe ; mais je suis le seul à écrire des chansons pour le ‘band’. Et puis, je suis l’unique survivant du line up original, bien que le batteur soit revenu entretemps. Donc, par la force des choses, je suis le leader, mais… d’un groupe.

Te considères-tu aussi comme un écrivain, à l’instar de Lou Reed, qui prétend l’être dans ses dernières interviews ?

Oui ! Comme un écrivain musical, un orchestrateur. Je suis d’accord avec Lou lorsqu’il dit ‘writer’, mais personnellement ce sont les notes qui m’intéressent, pas les mots. Je ne les utilise que lorsque leur sonorité me plaît ; je peux, par exemple, baser des ‘lyrics’ d’une chanson sur une seule phrase parce qu’elle me botte du point de vue mélodique. Je ne suis pas du genre Bruce Springsteen, qui raconte des petites histoires sur la vie quotidienne des gens. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle j’ai moins de succès que lui (rires). J’aime les surréalistes. Marx Ernst, par exemple. Et son inspiration se base sur leur conception du monde, où les rêves et le subconscient occupent une place prépondérante… Mes rêves sont d’ailleurs la source première de mes chansons.

Un de tes albums, « Mother Juno » a été produit par Robin Guthrie des Cocteau Twins. N’est-ce pas étonnant ce choix, quand on sait que vous n’évoluez pas dans le même univers musical ?

Non, cela me semble normal. J’aime ce qu’ils font ; même si nous ne travaillons pas dans la même dimension musicale, on est assez proche dans l’esprit. Cocteau Twins est un groupe qui se fout éperdument des modes. Pour eux, ce qui compte, c’est de créer des impressions, des images musicales. C’est très surréaliste (rires).

Ces références au surréalisme c’est ta façon d’affirmer que tu te sens plus européen qu’américain ?

Oui, c’est vrai que dans un sens je me sens plus proche de l’Europe au niveau des émotions et de la façon de voir le monde ; mais mes racines sont américaines, du Canada au Mexique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je crois qu’on est toujours influencé par ses premières expériences. En ce qui me concerne, elles datent du début des années 70. A l’époque j’étais fou de Led Zeppelin et de Creedence Clearwater Revival. Ce qui explique aussi pourquoi la musique de Gun Club est également marquée par le blues. Mais ça ne m’empêche pas d’être à l’écoute de tout ce qui se passe maintenant, même si à mon avis, c’est moins bon.

Te plairait-il de jouer dans un autre groupe ?

Oui, bien sûr… Ca me permettrait de me concentrer uniquement sur l’écriture de partition guitare… Mais personne ne me le demande. Ils s’imaginent sans doute que je voudrais absolument m’accaparer le rôle de leader.

Article paru dans le n° 3 du magazine Mofo de mai 1992

 

O’Death

Esprit, es-tu là?

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Une interview qui débute face à trois interlocuteurs, et se termine en compagnie du line up au complet, ce n’est pas courant. Et pourtant, il n’a pas fallu plus de 10 minutes pour que l’ensemble du quintet newyorkais décide de participer activement à l’entretien. Des gars extrêmement sympathiques qui, quelques minutes auparavant, avaient terminé un mini-set destiné aux enfants, accordé en fin d’après-midi. Seul souci, en décryptant la bande d’enregistrement, pas toujours facile de reconnaître qui avait pris la parole. Il a donc fallu, parfois, extrapoler. Ah oui, et pour que vous vous y retrouviez, Greg Jamie est le chanteur/guitariste, Gabe Darling le préposé au banjo, Bob Pycior, le violoniste, David Roger-Berry le drummer et Newman, le bassiste…

Question bateau pour commencer, pourquoi avoir choisi un patronyme aussi funèbre ? Rien de bien extraordinaire, puisqu’il s’agit d’une chanson traditionnelle américaine qu’ils interprétaient en studio à leurs débuts. Elle figure d’ailleurs sur leur premier opus, ‘Carl Nemelka Family Photographs’, paru en 2004. Par contre, la mort, on peut dire que le combo a été confronté à cette épreuve, puisque David Rogers-Berry, le drummer a perdu sa fiancée, il y a plus ou moins deux ans, victime d’une rupture d’anévrisme. Le dernier album recèle d’ailleurs une chanson qui lui est consacrée, ‘A light that does not dim’. Qu’ils interprètent même en ‘live’. Mais que ressentent-ils, et en particulier David, lorsqu’ils la jouent en public. Le principal intéressé semble surpris de la question mais n’élude pas le chapitre. « Cela a un effet catharsis. De temps à autre, c’est un bon feeling. A d’autres moments, c’est plus difficile, et j’y pense très fort. Mais quand vous jouez cette chanson tous les soirs, son sens profond finit par vous échapper… » La mort et le sexe sont deux sujets qu’on retrouve régulièrement dans leurs lyrics. Dans son essai poétique, ‘The Lords’, Jim Morrison liait déjà intimement ces deux pôles. Newman admet : « Le sexe et la mort sont probablement les deux pierres angulaires de la vie. L’histoire l’a démontré… » Des lyrics souvent proposés sous la forme de contes, qui parlent de magie de sorcellerie et de spiritisme. Il était donc bon de savoir s’ils étaient inspirés par des légendes pour écrire de telles fables. Ou si elles étaient le fruit de leur imagination. Pourquoi, ils écrivaient de tels récits ? Et enfin, s’ils croyaient à ce qu’ils racontaient. Aux esprits, à la vie après la mort, à un dieu ? Vaste débat ! Ils se regardent tous en se demandant qui va répondre ; mais c’est Gabe qui se jette le premier à l’eau : « Nous sommes les auteurs de ces paraboles. » Et Greg d’embrayer : « La plupart d’entre elles sont inventées de toutes pièces. Mais certaines d’autres possèdent une signification historique. Ce qui nous intéresse, c’est de proposer une autre approche de la mythologie, de créer notre propre imagerie. » Gabe argumente : « L’imagerie est quelque chose d’essentiel. Le langage imagé est plus important que l’image elle-même » Newman s’épanche : « Cependant, le fait de s’intéresser à la sorcellerie et au spiritisme ne veut pas nécessairement dire que nous croyons à la vie après la mort. Les deux thèmes ne sont pas nécessairement liés. Néanmoins, oui, je crois à la magie. D’autant plus que nous avons vécu des événements qu’on ne peut pas expliquer de manière rationnelle ». Bob insiste : « Tu crois que nos esprits se promènent ? » Gabe revient à des propos plus terre-à-terre : « Ce qui nous passionne, c’est ce qui se passe aujourd’hui ; et notamment les problèmes écologiques… » Car, entre les lignes, le groupe cherche à faire passer un message de retour à la nature. Ce qui évidemment me fait penser à la philosophie prônée par les hippies, à la fin des sixties. La question déclenche de grands éclats de rires. Gabe réagit : « Ce n’est pas une philosophie, mais plutôt une frustration par rapport à notre civilisation. Par exemple quand tu analyses le stress éprouvé par la population de New York City ou de L.A., il y a de quoi se poser des questions. La société contemporaine est devenue égoïste. Egocentrique, même. Beaucoup plus que celle des sixties. Et elle n’en a rien à cirer de l’environnement. Or, il est urgent de s’en soucier. D’essayer de le sauvegarder. » Greg insiste : « Nous sommes capables de dépasser nos petits problèmes du train-train quotidien de la vie en groupe. Nous nous intéressons à des valeurs bien plus fondamentales, primordiales même. Nous nous soucions des aspects de la vie qui ne nous sont pas familiers. Comme par exemple les problèmes relatifs à la nature. On est sensibles à ces sujets, auxquels, apparemment, le commun des mortels ( ?!?!) n’a pas le temps de se préoccuper… »

‘Broken hymns limbs and skin’, leur dernier album a été produit par Alex Newport, un personnage dont la carte de visite mentionne des mises en forme d’elpees de Mars Volta, Two Gallants, Rival Schools, Death Cab For Cutie, Me First and the Gimme Gimmes, At the Drive-In, The Melvins, Sepultura ou encore System Of A Down. Envisagent-ils de collaborer à nouveau avec lui, pour le prochain opus ? Newman réagit immédiatement : « Non. Parce qu’on ne peut plus se le permettre. C’est un cher client. Et pourquoi on l’avait quand même engagé ? C’est parce qu’il avait accepté de baisser ses prix. Même que c’était encore trop onéreux. Finalement, c’est notre label qui s’est chargé de régler la différence. Bien sûr il est un excellent ingénieur du son autant que très bon producteur, mais ce n’est pas sur notre dos qu’il se fera de l’argent. » Gabe a son avis personnel sur le sujet : « En fait, je pense qu’il est plus judicieux de bosser, pour chaque disque, en compagnie de producteurs différents, car ils apportent à chaque fois des perspectives d’enregistrement différentes. » Newman ajoute : « Heureusement, cet album a été réalisé en deux temps trois mouvements. En fait, les morceaux étaient rôdés depuis au moins deux ans. Et Newport a mis trois jours pour tout ficeler. » Gabe enchaîne : « Mais pour le prochain album, on va y consacrer plus de temps ». De nouvelles chansons ont-elles déjà été écrites ? Greg confie : « On vient d’en composer une nouvelle » Pour un nouveau 7 inches ? Probablement, puisqu’apparemment le groupe a l’intention de sortir davantage de disques sous ce format. Gabe nuance : « Il faudra voir. Nous avons déjà concocté des covers qui sont parues en single » Newman explique : « Effectivement, on a enregistré une chanson à Hambourg. Elle est destinée à un 7 inches. Nous étions en congé… » Bob lui coupe la parole : « Il faut être fou pour passer toute la journée dans un studio… » Mais quelle est la part d’improvisation dans le répertoire de O’Death ? Bob reprend le crachoir : « On n’improvise pas tout le temps. Maintenant, il arrive qu’une chanson naisse d’une session d’impro. » Greg confirme : « Quoiqu’il arrive, il y a toujours de l’impro. Mais il faut un élément déclencheur. Alors l’inspiration nous tombe du ciel. » Newman a sa propre idée sur le sujet : « Ce phénomène arrive surtout sur scène. Pas comme lors d’une session de jazz. Mais parce qu’on bondit, fait des cabrioles, se bouscule, balance des vannes… C’est aussi de l’impro. » Gabe poursuit : « Une même chanson est jouée des centaines et des centaines de fois, et donc inévitablement, lorsqu’on la maîtrise parfaitement, on est capable de l’interpréter différemment. » Bob intervient : « On peut y mettre davantage d’effets de violon, de reverb… » Greg donne un point de vue plus pointu : « Mon impro se focalise davantage sur les lyrics. Notamment, quand je formule des paroles différentes de celles du texte original. C’est un peu comme je le sens. » Impro ou pas, David est lui très intéressé par les percussions insolites, à l’instar de Meric Long et Logan Kroeber des Dodos. « J’ai toujours aimé collectionner ce type de matos. J’en fabrique également. Mais je vis dans une maison trop petite pour pouvoir entasser tout ces instruments. Au cours des huit dernières années, j’ai déménagé au moins une fois par an. Et chaque fois, mon domicile est encombré d’un tas de brol. Il me faudrait davantage d’espace pour pouvoir entreposer tout ce que j’acquiers. Un jour j’aurais un studio. Et je pourrais y mettre au moins douze pianos. »

La musique d’O’Death n’est pas vierge d’influences. Violent Femmes, Gogol Bordello et les Pogues, semblent, à mes oreilles, les plus évidentes. A voir maintenant si le groupe partage cet avis. Gabe reconnaît : « Il est sûr que nous sommes très enthousiastes quand on nous parle de ces trois groupes. Ils jouent du folk dans le meilleur sens du terme. D’une manière énergique. » Newman confirme : « Indéniablement, on est influencé par ce type de rock folk énergique, dynamique, rapide, souple, efficace. Et puis on ne nie pas avoir été marqués par des groupes de pré-heavy métal. Peut-être même plus proches du punk que du métal. En fait, ce qui nous botte, c’est l’énergie qu’ils libèrent. On aime ainsi autant Black Sabbath que les Ramones. » O’Death puise aussi ses sources dans la musique gothique et appalache. Un peu comme 16th Horsepower ou Wovenhand. Gabe commente : « J’ai rencontré David Eugene Edwards récemment. En fait, ce sont nos racines qui sont proches. Celles héritées de la tradition. Du gospel aussi. Quand tu es jeune, tu as une approche académique de la musique. Mais au fil du temps, tu construis ton propre style et tu dépasses tes propres influences. Tom Waits est également un personnage qui me fascine. A cause de sa manière d’intégrer différents styles et différentes époques dans sa muse ». Pour en rester aux références, le quintet new-yorkais apprécie tout autant Outkast que John Fahey. Explications confirmées par Newman. « Absolument, parce que l’ex-rappeur de Wu-Tang Klan est quelqu’un qui a marqué le hip hop. Mais c’était il y a cinq ans. Aujourd’hui, ce style musical est devenu insipide. Quant à Fahey, je ne sais pas où tu es allé chercher tes infos. Fallait gratter pour le savoir. Il s’agit d’une de nos influences les plus obscures. En fait, nous sommes intéressés par l’approche scientifique de sa musique… »

Merci à Vincent Devos

The Bony King Of Nowhere

L’important, c’est le groove…

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C’était il y a deux ans, dans une review consacrée au festival Pukkelpop. Votre serviteur écrivait ceci: ‘La dernière journée du Pukkelpop commence en douceur par The Bony King Of Nowhere. Derrière cet étrange nom, se profile le jeune Gantois Bram Vanparys, grande promesse qui s’est révélée au public lors d’un concert de Devendra Banhart. Le jeune homme est ainsi sorti d’un relatif anonymat. Par la suite, il a remporté un concours rock (De Beloften), joué à l’occasion des défricheuses soirées Rock&Brol et figure à l’affiche du prestigieux festival Domino à l’Ancienne Belgique. Et croyez-nous, ce garçon ne va pas s’arrêter en si bon chemin.’ La preuve par neuf: à 22 ans Bram Van Parys sort “Alas My love”, un premier album prometteur qui confirme, en partie, son grand talent.

Tu es très jeune, mais il y a beaucoup de mélancolie dans ta musique et tes chansons abordent des thématiques sérieuses comme la mort (dans « Maria »). D’où te vient ce spleen?

Je ne sais pas… Prenons l’exemple de “Maria”: j’ai écrit la mélodie de cette chanson en une demi-heure. Les paroles m’ont pris dix minutes. Quand je l’ai composée, je n’avais pas du tout l’intention d’écrire à propos de la mort. C’est seulement un an plus tard que la signification du morceau est devenue claire pour moi: un homme est en train de mourir, il ne lui reste plus que quelques heures à vivre. La Vierge Marie lui apparaît et lui dit qu’il sera en sûreté dans les bras des anges: ‘Oh Lord, they have come. They took me high in heaven’… Une chose étrange est arrivée quand nous enregistrions “Maria” avec Koen (NDR : Gisen, producteur de “Alas My Love” et collaborateur d’An Pierlé). Je cherchais une nouvelle guitare pour la chanson et un jour j’en ai trouvé une très bonne et ancienne qui valait une petite fortune. Le type qui la vendait la cédait pour très peu d’argent. Je suis allé le voir en lui demandant pourquoi il bradait une aussi bonne guitare. Il m’a répondu qu’il était en train de mourir et qu’il n’en avait plus que pour quelques mois… J’étais abasourdi, je ne savais pas quoi dire… J’ai acheté la guitare, je l’ai amenée au studio et enregistré “Maria”. Après tous ces événements, tout est clair pour moi maintenant: il y a trois ans j’ai écrit cette chanson pour cet homme, en ignorant que j’allais le rencontrer deux ans plus tard…

Ta musique, ton nom de scène et ta voix doivent beaucoup à Radiohead. Est-ce que la bande à Thom Yorke est à l’origine de ta vocation pour la musique?

C’est seulement un des nombreux groupes qui m’ont incité à faire de la musique… il y en a vraiment trop pour tous les énumérer…

Tu mentionnes une autre influence dans ta bio, beaucoup plus originale: l’excellent chanteur brésilien Tom Zé. Qu’est-ce qui t’as le plus influencé dans sa musique? Ses travaux des années 60/70 ou son retour dans les années 90/2000?

Plutôt ce qu’il a accompli au cours des sixties et seventies. J’aime beaucoup la façon dont il arrange ses morceaux. Par exemple, il fait jouer un riff par quatre guitares différentes et chacune joue seulement certaines notes de ce riff. Il jongle ensuite avec la stéréo et le résultat est vraiment étrange… J’adore aussi les chœurs, les percussions bizarres qui traversent les titres et le son typique des années soixante! Tom Zé est le Léonard Cohen brésilien!

D’un autre côté, sur “Alas My Love” il n’y pas vraiment de chanson évoquant la musique de Tom Zé…

Ouais, peut-être que tu as raison, mais ça ne veut pas dire qu’il ne m’a pas influencé! J’ai aussi été marqué par les Beatles, mais il n’y a encore personne qui m’a dit que “Alas My Love” lui rappelle les Beatles. D’un autre côté, “Adrift” est, je pense, surtout inspiré par le mouvement ‘tropicalista’ (NDR : courant pop avant-gardiste brésilien des années 60) et même Ennio Morricone.

Justement, parlons d’“Adrift”. C’est un instrumental percussif surprenant sur ce cd. C’est aussi une bouffée d’air frais dans ta musique. Envisages-tu de développer cette approche sur ton prochain disque?

J’aime bien le son de ce morceau. Ce n’est pas vraiment une chanson, c’est un peu plus expérimental. Peut-être que le prochain album ressemblera à “Adrift” et “My Invasions”. Ce sont aussi les chansons les plus récentes. Je compare “Adrift” à la bande originale d’un film: quand je l’entends, je peux voir et sentir le désert. Les voix à la fin me font penser à un vieux train qui passe…

Ca t’intéresserait de composer la musique pour long ou court métrage ?

Hmmm, bizarre… chaque fois que je réponds à une question, la question suivante est dans ma réponse précédente! En tout cas oui, c’est quelque chose que j’aimerais réaliser. Je n’écrirais pas des chansons à proprement parler, mais plutôt des vignettes sonores… dans le style d’“Adrift”!

Qui est ton réalisateur favori?

J’aimerais disposer de plus de temps pour regarder des films… Mais j’aime beaucoup David Lynch, Sergio Leone, Oliver Stone…

La presse a beaucoup parlé de toi avant que tu sortes ce disque. Les Inrocks ont écrit que ‘la Belgique avait trouvé son Devendra Banhart’ et Le Soir a consacré des articles élogieux sur ta musique. Comment as-tu géré la pression et l’attention des labels qui t’on courtisé?

C’était très flatteur bien sûr, mais à l’époque je n’étais pas prêt à enregistrer un album complet. Je savais que mes chansons n’étaient pas encore assez bonnes pour être gravées sur disque. Je disais à tout le monde d’attendre encore deux ans. Maintenant il est terminé et je peux finalement dire qu’il est très bon. Ca valait le coup d’attendre!

A propos de Devendra Banhart, on dirait que son influence sur ta musique est beaucoup moins palpable que dans le passé. Tu n’écoutes plus ses disques?

Aaaah, tu as remarqué! C’est vrai. J’aime toujours la musique de Devendra Banhart ; mais aujourd’hui, je préfère me tourner vers les ‘maîtres’: les Beatles, Moondog, Tom Waits, Leonard Cohen, Tom Zé, les Stones, Karen Dalton, etc.! J’estime plus intéressant de me pencher sur la manière dont ces gens écrivaient, arrangeaient et produisaient leurs compositions. Pour l’album, Koen a uniquement utilisé du vieux matériel (micros, préamplis). Le son d’“Alas My Love” est sombre, et on n’a retravaillé aucune compo. Quand une guitare enregistrée était un peu désaccordée, fausse, on s’en foutait et on ne touchait plus à rien. Même chose pour les batteries: si une prise n’était pas tout à fait dans la mesure, on la laissait telle quelle. Tant que le groove était bon, c’est ce qui était important. Si tu écoutes un classique comme “Sympathy for the Devil”, les percussions ne sont pas vraiment dans le temps, mais putain qu’est ce que ça groove! Et est-ce que quelqu’un trouve quelque chose à y redire? Je ne pense pas…

Je t’ai vu plusieurs fois en concert ces dernières années. A chaque fois, j’étais surpris de constater que les membres du groupe avaient changé. Est-il difficile de trouver de bons musiciens ou tout simplement des collaborateurs motivés pour la musique?

Tout d’abord, ce n’est pas facile de travailler avec moi! Je me braque vraiment sur tous les détails… Mais surtout, comme tu dis, il est très difficile de rencontrer les bonnes personnes. J’avais deux choix: engager des professionnels et tuer le feeling dans ma musique ou alors dénicher des jeunes qui avaient envie de travailler. Et par là je veux dire vraiment travailler, pas juste s’amuser ou passer le temps. J’ai bien entendu choisi la seconde option, mais c’était la plus difficile à mettre en place! Le plus dur était de leur expliquer l’atmosphère et le type de groove que j’essayais d’obtenir. Quand tu écoutes le cd, tu te rends compte qu’il y a plein de détails, plus que tu n’en imagines. Obtenir la même atmosphère sur scène était vraiment très difficile. On a dû répéter deux mois pour seulement apprendre tous les arrangements du disque. Et je dois avouer qu’on n’a pas rigolé tous les jours… on a même failli en pleurer! Mais maintenant on vient d’accorder deux concerts sold out à l’Ancienne Belgique et au Vooruit ; et on a pris notre pied. On n’en revenait pas. Les spectateurs ont partagé notre bonheur également, et c’est dans ces circonstances que tu comprends pourquoi tu as choisi ce métier!

A quel type de formation peut-on s’attendre sur scène alors?

En gros, des guitares acoustiques et électriques, une batterie, des claviers, une basse mais on a recours à davantage d’instruments en ‘live’, peut-être trop : une orgue, un Rhodes, un piano acoustique, un synthé, beaucoup de percussions, un ukulélé, d’autres guitares, un xylophone… Ah oui j’oublie: il y aura aussi des tas de chœurs!

Imaginons qu’une radio t’invite à reprendre en studio un morceau des Beatles? Ils te proposent d’interpréter un de ces trois titres : “I’m only sleeping”, “Eleanor Rigby” ou “Good Night”. Lequel choisis-tu?

“Good Night” est la plus belle des trois mais en même temps c’est la plus compliquée… Ca serait un bon challenge mais j’aurai besoin de mon groupe alors. Pourquoi tu demandes? Il faut qu’on commence à répéter?!

Comment imagines-tu ta situation, dans dix ans? Reconverti dans un boulot classique, toujours impliqué dans la musique intimiste ou alors embarqué dans une aventure noise-rock psychédélique, dans un groupe?

Toujours dans la musique! Mais je n’ai pas la moindre idée du style…

The Beta Band

Version 1.0

Malgré un goût prononcé pour les accoutrements loufoques, une mise en scène de leurs concerts pour le moins visionnaire, une approche dadaïste des designs de leurs pochettes et un recours aux lyrics symboliques, les musiciens de Beta Band font preuve d’une maturité intellectuelle, que nous ne soupçonnions pas. Ils savent ce qu’ils veulent. Connaissent l’histoire du rock’n roll. Et laissent finalement peu de place à la fantaisie. Une exception, le studio. Là, ils prennent véritablement leur pied, en jammant pendant des heures. Richard Greentree, le bassiste, et John Mc Lean, le programmateur, s’expliquent…

Peut-on dire que le Beta Band soit un succédané de l’histoire du rock’n roll ?

R : Oui !
J :  Mais progressivement, nous allons essayer de ne conserver que nos propres influences. Celles qui sont internes, pas externes au groupe. C’est la meilleure solution pour aller de l’avant.

Apparemment, vous ne semblez pas trop satisfait de votre nouvel album. Enfin, de la production. Est-ce exact ?

R : Parce qu'il n'est peut être pas aussi parfait qu'il aurait pu l'être. Mais non, je l’aime beaucoup. Il est superbe cet album J : Lorsqu’on crée quelque chose soi-même, on a tendance à jeter un regard de plus en plus critique sur sa propre création. Mais c’est un bon album. Vous pouvez l’acheter les yeux fermés. En fait, c'est surtout du producteur que nous n'étions pas satisfaits!

Est-il exact que vous avez l’intention de remixer chacun des titres de ce disque ? Et si c’est le cas, à qui allez-vous confier cette tâche ? A un DJ, à un autre producteur ? Ou vous sentez-vous capables de l'autoproduire ?

R : Non. L’album est comme il est, et nous n’y changerons plus rien. En fait, nous avons l’intention de sortir un album d’ambient, destiné à susciter des remixes. Mais, c’est toujours à l’état de projet.
J : Tu sais, nous nous sommes rendus compte des problèmes de production, en plein milieu des sessions d’enregistrement Nous n’avions pas fait le bon choix. Nous voulions amener des idées personnelles, mais le producteur était obnubilé par le son analogique. Il avait un blocage. Et nous nous sentions frustrés. Il était têtu comme une mule. Alors on l’a remercié.
R : En réalité, il rejetait sans cesse nos idées. Il faisait une fixation sur les sonorités revivalistes, qu'il estimait plus chaudes et plus bénéfiques au groupe. Il voulait impliquer davantage de guitares. Parce qu’il pensait qu’elles apporteraient un plus. Je ne sais pas. Nous n’étions pas d’accord sur la définition de la musique. De notre musique. Il était très tatillon. Il prétendait que la musique s’assimilait beaucoup mieux lorsqu’on pouvait la danser. Et lorsqu’on a pris congé de lui, il n’était vraiment pas heureux…

Ne penses-tu pas que si la production avait été encore été plus sophistiquée, l’album serait devenu franchement compliqué, alors qu’il est déjà complexe ?

R : Justement ! Nous voulions que l’album soit moins travaillé. Qu'on y voie moins la griffe du producteur. Finalement, nous avions besoin d’un bon ingénieur du son, pas d’un producteur.
J : Si, si, pourquoi pas un producteur, mais pas un mec qui mette sans cesse son nez dans nos affaires.
R : Ce qui explique pourquoi la deuxième partie de l’album épouse un style totalement différent. C’est d'ailleurs une nouvelle direction que nous comptons emprunter dans le futur.

Si nos renseignement sont exacts, la version originale de "The hard one" a été expurgée du sample de Bonnie Tyler, “ Total eclipse of the heart ”, parce que son auteur vous avait refusé l'autorisation. Cette interdiction est-elle définitive ?

R : En fait, celle qui figure sur l’album est la version originale. Elle devrait, il est vrai, sortir sous cette nouvelle version, dans un avenir proche…

Pourquoi les percussions et les effets spéciaux prennent-ils une place aussi importante dans votre musique ?

J : J’imagine que la présence des effets sonores n’est pas gratuite, mais qu’à contrario, ils font partie intégrante de la mélodie. Les percussions sont des éléments qui nous intéressent tous au premier degré. Parce que nous sommes tous quelque part percussionnistes.

Vous avez, je suppose, également recours à des instruments insolites, tels que la batterie de cuisine, quitte à en sampler les sonorités produites ?

R : Ce type d’instrumentation était, à l’origine, une nécessité. Mais aujourd’hui, nous avons moins recours aux ustensiles de cuisine (rires). Ils ont retrouvé aujourd’hui une place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, la cuisine… 

Quelle part prend l’improvisation, dans la musique de Beta Band ? Live ? En studio ?

R : Sur scène, tout est bien structuré, programmé, tandis qu’en studio nous parvenons même à composer de nouvelles chansons, rien qu’en jouant ensemble…

Votre méthode de travail va carrément à contre courant des autres groupes ?

J : Il arrive qu’en studio nous utilisions un computer keyboard. Et tout le monde jamme à l’aide de cet instrument, et pas seulement avec une guitare ou une basse…

De toute évidence, vous prenez davantage votre pied en studio que sur les planches ?

R : Effectivement. Et puis, en studio il y a moins de monde.

Pas nécessairement. Il arrive qu'un concert se produise devant un public clairsemé. Nous avons même été témoin d'un set qui s'est déroulé devant une dizaine de personnes. C'était pourtant un excellent groupe britannique.

J : Cette aventure nous est également arrivée. Et en studio, il y en a au moins trente.
R : Mais nous n’avons jamais véritablement expérimenté le live, parce que nos prestations sont extrêmement structurés. Nous n’avons vraiment pas le temps de nous égarer dans une quelconque expérimentation. En studio, nous avons tout le temps de jammer. Un exercice de style que nous adorons. On y est d’ailleurs très bons. Mais en concert, nous ne nous y risquons jamais…

Un jour, vous avez déclaré qu’il n’existait plus de culture jeune aujourd’hui. Ni mods, ni punks, ni rockers. Pour vous, la techno ne reflète donc pas l’esprit de la nouvelle culture contemporaine ?

J : Non, pas du tout ! Toute musique qui rétrécit son champ d’investigation, n’a plus aucun intérêt. Elle se ferme l’accès à l’expérimentation. En fait le public pense que la techno est expérimentale, alors qu’elle n’est qu’un outil destiné à faire danser. Le hip hop était beaucoup plus intéressant, parce qu’il nécessitait un challenge. Enfin, il existe quand même l’une ou l’autre forme de techno qui suscite notre intérêt. Celle qui est pratiquée en Allemagne, notamment…
R : Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’étroitesse d’esprit des jeunes qui déifient la techno…
J : Lorsque tu me causes de culture jeune, je pense spontanément au marketing. Si tu ne parviens pas à coller à la mode, tu t’exclus du cercle des branchés. Donc tu dois acheter tel type de fringues, écouter tel type de musique, etc. Lorsque l’acid house s’était révélée, personne ne se posait ce type de question. Tout le monde vivait le temps présent, prenait son pied sans regarder autour de lui. S’exprimait sans devoir faire abstraction de sa propre personnalité. Et puis le phénomène s’est acidifié. Tout le monde s’est focalisé sur le mot acide. C’est devenu une affaire de fric. Donc pour moi, la culture jeune est manipulée par le fric.
R : La culture jeune n’a plus le temps de se développer, parce qu’elle est immédiatement rattrapée par le fric. Elle est bouffée par le marketing. C’est comme si la culture était devenue financière.
J : Et la plupart des médias font tout pour maintenir la situation en place. Ce qui leur permet ainsi de traiter tout ce qu’ils veulent sans trop se creuser la cervelle. Un stratagème qui fait vendre, et puis qui empêche les jeunes de penser. Ces médias pensent ainsi à la place des jeunes, c’est beaucoup moins risqué, et surtout moins fatigant…

Jérémy & Bernard Dagnies.

Merci à Vincent Devos

Interview parue dans le n° 77 d’octobre 1999 du magazine Mofo.

 

Placebo

Ne pas brûler les étapes

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Si Brian Molko, le leader de Placebo s’exprime dans un français quasi parfait, c’est qu’il a vécu une partie de sa jeunesse au Luxembourg, comme les deux autres membres d’un groupe qui compte un bassiste suédois. Tout cela n’empêche pas Placebo d’être une formation très anglaise, même si –et ce n’est pas un canular !– elle vient de refuser de faire la couverture du Melody Maker ! Une première question à laquelle Brian Molko, notre interlocuteur, ne pouvait échapper…

Accepter de faire la couverture d’un tel magazine à un moment inopportun, c’est risquer de raccourcir, de compromettre, l’existence d’un groupe. Il ne faut pas brûler les étapes. Cette occasion se représentera à un moment plus propice, nous en sommes persuadés. Avant de signer notre contrat avec le label, nous nous sommes accordé 6 mois de réflexion. Un laps de temps que nous estimons indispensable avant de nous engager. Nous avons rejeté des tas d’offres, parfois alléchantes. Entre-temps, nous avons même opté pour la distribution indépendante. Nous ne prenons une décision que lorsque nous estimons qu’elle nous convient parfaitement, après mûre réflexion. Disons que nous préférons prendre des risques à long terme, plutôt que d’abattre nos meilleures cartes dans la précipitation…

En entretenant une image ambiguë et androgyne, un peu comme Marc Bolan de T. Rex le faisait début des 70’s, ne cherches-tu pas à réinventer l’esprit du glam ?

Pas consciemment, en tout cas. Jouer dans un groupe permet de dissimuler certains aspects de sa personnalité et de les exagérer pour manifester une certaine ‘distorsion dramatique’. Sur scène, on a l’opportunité de faire des choses qu’on n’oserait pas ou qu’on ne pourrait pas réaliser dans la vie réelle.

Tes chanteuses préférées sont Janis Joplin et Kristin Hersh. Pourquoi ? As-tu une perspective, disons, féminine de la composition ?

D’un point de vue vocal, ces deux femmes figurent, j’imagine, sur la liste des artistes qui m’ont marqué. Il y en a d’autres comme Polly Harvey, Kim Gordon de Sonic Youth, David Surkamp de Pavlov’s Dog ou Fergal Sharkey des Undertones. Leur timbre est assez haut, et tous ceux-là ont certainement inspiré les chanteurs dont le registre évolue dans les aigus.

A l’instar du punk, la musique de Placebo semble particulièrement énergique et agressive. Pourtant, votre style est davantage américain que britannique. Explication ?

Dans le recours à la guitare, je reconnais une influence majeure américaine, mais notre mentalité reste fondamentalement britannique. En fait, le mouvement punk qui nous a frappés, n’est pas celui qui a explosé en Angleterre en 76/77, mais plutôt la vague post-punk qui a sévi à New York fin des 70’s, début des 80’s ; celle de Sonic Youth, Swans et consorts… Maintenant, tout est fonction de l’attitude adoptée par l’auditeur. En Angleterre, nous sommes assimilés à la vague retro. Le succès récolté par la britpop s’inscrit dans ce contexte. Mais nous ne calquons pas notre répertoire sur celui d’un passé, aussi illustre soit-il. Nous avons digéré nos influences pour en extraire quelque chose de personnel, de nouveau.

Tu sembles intéressé par la vulnérabilité et la fragilité de la condition humaine. Dans une chanson, tu dis que depuis ta naissance, tu as commencé à te déprécier… As-tu peur de vieillir ? De contracter le ‘sida de l’âge’ ; comme tu l’écris si bien ?

Ce sont plutôt des métaphores nostalgiques qui traduisent la perte de l’innocence de notre enfance. C’est aussi la raison pour laquelle, nous aimons recourir aux instruments d’enfants, car ils dégagent des sonorités spécifiques… et une naïveté émotionnelle prodigieuse. C’est un peu comme lorsque j’ai entendu pour la première fois PJ Harvey. J’ai senti qu’une émotion nue, pure, une sensibilité très vulnérable s’en dégageaient. Nous essayons d’éliminer l’ironie et le sarcasme par la musique

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le magazine Mofo n° 46 de septembre 1996).

 

PJ Harvey

Comment piéger la P.J.?

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Mi-poétesse, mi-tigresse, à la fois fragile et brutale, vulnérable et provocatrice, Polly Jean Harvey est une jeune femme ambiguë qui ne manque pas d’éveiller la curiosité. Cette Anglaise du Dorset, élevée à la campagne, se passionnant pur la sculpture et les longues balades en forêt, est une des révélations de ces 15 derniers mois. En peu de temps, les deux simples « Dress » et « Sheela-Na-Gig » puis « Dry », un album aussi sec que rafraîchissant, l’ont propulsée du statut d’espoir à celui d’artiste reconnue et respectée. Qu’elle le veuille ou non, PJ Harvey est aujourd’hui un personnage public. Seulement voilà, elle est réservée, peu bavarde et refuse de s’expliquer sur les paradoxes qu’elle cultive avec un malin plaisir : elle tient à préserver son jardin secret tout en écrivant des textes à connotation sexuelle, naviguant constamment entre la pudeur et l’exhibitionnisme ; elle déteste faire parler d’elle, mais pose à moitié nue sur la couverture du NME et le verso d’une pochette. Pour mieux contrôler son image, elle choisit le silence, alimentant inévitablement la rumeur. Timide par nature, elle adore être regardée… Polley, le drummer Rob Ellis et le bassiste Steve Vaughn sont présents lors de l’entretien, mais seuls les deux premiers y participent…

Vous êtes trois lors des interviews, alors que Polly apparaît toujours seule sur les photos et les pochettes de disques. Une raison ?

Polly : Parfois je suis seule pour répondre aux interviews
Rob : Sur scène, on est toujours à trois, par contre.

Rob et Steve, faire partie d’un groupe s’appelant Polly Jean Harvey ne vous dérange pas ?

R. : Non, dans la mesure où Polly écrit tous les morceaux. On n’a pas trouvé d’autre nom, de toute façon. On avait pensé appeler le groupe ‘PJ Harvey and The quelque chose’, mais rien d’intéressant ne nous est venu à l’esprit.

Te sens-tu bien Polly, auprès de Rob et Steve ?

P. : Oui, il n’y a aucun problème. J’ai toujours préféré la compagnie des hommes à celle des femmes.
R. : On est les premiers à être venus la trouver, alors elle nous a gardés (rires).

Caractères

On t’a surnommée la ‘Madonna’ de la scène indépendante.

P. : Je la trouve formidable. Je suis différente, mais j’aimerais lui ressembler. Elle possède une réserve d’énergie incroyable qui lui permet de travailler sans cesse et de s’exprimer ainsi dans plusieurs domaines artistiques. En plus, elle a du caractère. Elle se fiche de ce que les gens peuvent penser de ses actes.

Comme elle, tu joues beaucoup avec l’ambiguïté, non ?

P. : Je suis contente que tu me le dises. Cependant, je ne ‘joue’ pas avec l’ambiguïté. Au moment où j’écris un texte, je n’ai aucune idée de ce qu’il peut suggérer. Mon inspiration est spontanée, naturelle voire inconsciente.

Dans tes chansons, tu mets en scène des personnages. Es-tu toi-même un personnage ?

P. : Tout le monde en est un, non ? Il y a des éléments autobiographiques dans mes chansons, bien sûr. Jusqu’à un certain point. Ils proviennent de mon expérience personnelle, de ma vie, qui n’en est qu’à ses débuts.

La plupart de tes personnages féminins semblent beaucoup souffrir.

P. : Mes chansons ne sont pas dénuées d’humour. Il n’y a pas que des femmes qui souffrent. Il y en a aussi qui se foutent éperdument du mal qu’on leur fait. Il ne faut pas dramatiser ! Beaucoup de gens ne perçoivent pas cette dimension humoristique, peut-être parce que ma technique d’écriture n’est pas encore tout à fait au point… Avant tout, je célèbre la vie. J’essaie de me rapprocher au maximum de la réalité. Je ne vois pas tout en noir et blanc.

Il t’arrive parfois de connaître des faiblesses ?

P. : Parfois, je dois faire des efforts incroyables pour rester forte. Les conséquences de cette exigence me font souffrir de temps à autre.

Penses-tu assumer des responsabilités vis-à-vis des jeunes filles qui écoutent tes disques ?

P. : Non, je ne me considère pas comme étant leur grande sœur. Je ne suis pas assez vieille pour ce genre de responsabilité. Moi-même, je me cherche, alors…

Féminisme et féminité

On t’a souvent reproché ton côté misanthrope, ou plutôt ‘misandre’.

P. : C’est faux, archi-faux ! Ce sont des saloperies qu’on lit dans la presse. Au contraire, j’aimerais bien être un homme.
R. : On aurait déjà quitté le groupe depuis longtemps si c’était le cas.
P. : Tu as probablement puisé cette info dans les journaux anglais. C’est ridicule ! Je suis sûre que je n’ai jamais tenu de tels propos dans aucune interview ; mais bon, je sais que pas mal de journalistes extrapolent, en prenant leurs désirs pour des réalités.

Tu n’es pas féministe non plus ?

P. : Absolument pas. De toute façon, ce n’est pas parce qu’on est féministe qu’on perd automatiquement sa féminité. On peut être jolie, sensible, pure tout en se battant pour une cause que l’on trouve juste. Les femmes ne sont pas là pour satisfaire les besoins de l’homme, il ne faut pas les réduire à de simples objets de contemplation et de désir.
R. : Les hommes peuvent aussi être beaux et innocents. Aucun sexe n’a l’apanage de telle ou telle qualité.

Penses-tu que l’image des filles qui font du rock a changé ?

P. : C’est difficile à dire, parce que j’ignore comment elle était auparavant. A l’heure actuelle, les groupes féminins n’hésitent pas à jouer fort, c’est peut-être là que réside la nouveauté. Personnellement, je sais ce que je veux. Je suis têtue. Ce qui me permet de contrôler la marche de ma carrière.

Les hommes peuvent-ils comprendre la musique ?

R. : Moi, je la comprends, à ma façon. Le sens des chansons est laissé à l’interprétation de chacun, ce qui n’est pas plus mal.

Nudité

Partages-tu mon avis, si je te dis que ta musique est nue ?

P. : Oui.

Est-ce la raison pour laquelle tu as posé nue à certaines occasions ?

P. : Oui. Ces photos reflètent ma démarche musicale. Mes chansons sont nues, dépouillées, c’est vrai. Je ne suis pas complètement nue, non plus. Sur la pochette de « Dry » (au verso), mon corps est plongé dans l’eau et en ce qui concerne la couverture du NME, je suis photographiée de dos. Je suis satisfaite des résultats. D’un point de vue strictement artistique, ces photos sont de qualité. Je ne me suis pas dévêtue pour vendre plus de disques, je peux te le certifier.

Tu ne veux pas qu’on viole ton intimité, tu es peu bavarde aux interviews ; ce qui ne t’empêche pas d’écrire des textes introspectifs et de poser nue. Ce n’est pas un peu paradoxal ?

P. : Je ne dévoile rien au sujet de ma vie privée. En fait, à partir du moment où tu t’ouvre trop aux autres, par excès de confiance, tu ne montres rien du tout. C’est une façon indirecte de se protéger davantage. C’est ainsi que je vois les choses. Au départ, il faut être forte et vraiment sûre de soi pour agir de la sorte ; et tout en s’exhibant, on se crée une défense naturelle.

Si tu as choisi ce métier, c’est pour communiquer quelque chose. Tu ne te contentes pas de jouer de la guitare seule dans ta chambre, tu te produis chaque soir devant des milliers de personnes. Qu’es-tu prête à donner à tes fans ?

P. : Je n’éprouve pas vraiment un besoin urgent de communiquer. Je ne me sens pas investie d’une mission particulière. Je suis plutôt égocentrique : j’aime me retrouver sur une scène et chanter devant plein de gens qui n’ont d’yeux que pour moi. Ca me plaît et ça leur plaît en même temps. Ma motivation première, c’est le plaisir personnel que je peux retirer d’un concert

Interview parue dans le numéro 7 du magazine Mofo de novembre 1992.

 

 

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