La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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Pascal Comelade

La Star Academy, c'est une tragédie…

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Rendez-vous était donc pris ce jeudi 4 octobre au bar ‘La Quarantaine’, à quelques encablures de la place Flagey. En fait de bar, ‘La Quarantaine est plutôt une librairie achalandée en livres, Cds et Dvds plutôt underground. On me demande si partager l’interview avec une autre journaliste ne me dérange pas trop. Je réponds par la négative, mais suis un peu déçu quand même. Pour faciliter la rencontre, un Dvd relatant une interview vidéo très intéressante (NDR : il retrace le parcours de Comelade) a été transmis aux journalistes en même temps que le CD promo de « Mètode de Rocanrol ». La première question concerne donc cette vidéo.

S’agit-il un moyen d’éviter les promotions ?

Il s’agit d’un produit promotionnel… je me souviens du tournage…

Il existe une dimension humoristique dans ta musique. Eprouves-tu une aversion pour la musique triste ?

C’est une question de caractère. C’est aussi la question de savoir où on place son nombril. J’ai eu le temps de relativiser en 30 ans de carrière. Je sais exactement ce que je fais et où je vais. Je ne suis pas dans la situation d'un type en train de construire une carrière. J’ai 52 ans. Je vis de ma musique et mon besoin de représentation est très léger. C'est une musique instrumentale, totalement anonyme, qui doit se suffire à elle-même. Je suis beaucoup plus proche du musicien de jazz, de musique traditionnelle ou de musique classique. Je n'ai pas de posture pseudo-intellectuelle. Je garde mes idées sur la cuisine et la politique. Je suis capable de parler du processus d’écriture de ma musique, de son histoire, des gens que je côtoie. Les événements sont d'une simplicité infantile. Je les aborde d'une façon très humaine. Je jouis d’une certaine réputation, même si elle est très réduite. J'estime vivre dans un luxe. Tu te rends compte, pour éditer ce disque, je n'ai pas dû rechercher une maison de disques. Je n'ai jamais concocté de maquettes de ma vie. A cause de mon passé, et parce que j'ai marné pendant vingt ans.

Est-il plus facile, pour un artiste, de se faire connaitre aujourd'hui?

Il y a beaucoup plus de poudre aux yeux aujourd'hui. Regarde les castings : il y a 25 000 gamins qui se battent pour être la star d'après-demain. La Star Academy, c'est une tragédie… Donc il n’est pas très rigolo pour un jeune d’y arriver aujourd'hui. Paradoxalement, il y a une chape de plomb culturelle. Tout se ressemble. Comment comprendre qu’on soit retombé aussi bas. On demande du clone. Prends pour exemple, la chanson française. A partir du moment où un mec fonctionne, 50 répliques sont balancées sur la marché. Ils ont dépassé la politique du clonage à la japonaise. Ca va très loin… C'est la nouvelle politique des maisons de disques. Compare un peu les directeurs artistiques d’aujourd'hui et ceux de Tamla Motown ou d’Island… Alors peut-être, si c'est hors norme et hors sujet, ça peut fonctionner.

Où le rock intervient-il dans ta musique?

Le rock c'est la façon de jouer, de présenter sur scène. Ce que je fais est éloigné du rock, mais toute ma vie je n'ai écouté que ce type de musique. C'est une culture qui continue à me passionner, comme la BD. Je suis resté sur des trucs du siècle dernier…

Mais ton batteur est un ancien membre d'OTH?

Oui, mais il a conservé une manière spontanée de jouer sur scène. C'est la façon de s’y produire, d'enregistrer. Je me sens proche de gens comme Jonathan Richman (Modern Lovers).

Qui ça?

Jonathan Richman.

Dans ‘Rock & Folk’, Nicolas Ungemuth a chroniqué « Monofonicorama ». Il t’y qualifie de Tom Waits muet et méditerranéen, de négatif total de Yann Tiersen. C’est plutôt sympa ?

(Rires) Ce n'est pas de la critique. C'est que du positif là…

En même temps, il est très méchant pour les autres. Il casse "Young Marble Giants" que tu cites dans tes références…

Il ne peut pas aimer ce type de musique. Je vois le gars. Il chronique surtout des rééditions de rock et rythm'n blues. Quand ce disque est sorti au début des années 80, je vivais à Montpellier et étais très lié au milieu punk. Tu ne serais pas parvenu à faire écouter 10 secondes de YMG à ces mecs là. C'était des hippies pour eux. Par rapport à Tom Waits, il a tout à fait raison. Mais il m'arrive de réaliser des choses plus décaféinées.

A propos de décaféiné, tu as composé la musique du film "Espace Détente" (long métrage basé sur la série "Caméra Café")

Alors là je dis aïe aïe aïe, et en trois temps. Tout d'abord, il faut savoir qu'en matière de musique de films, la production prend l'édition et sort la B.O. du disque. C'est un coup de poker car si le film marche, 8% du public achètera les produits dérivés, dont la B.O. Il faut que cette BO soit dans les bacs avant la sortie du film. Ce sont généralement des films qui ont fait 4 jours en salle. Pour moi, c'était du pur alimentaire, une œuvre de commande. Mais c'est un disque chroniqué nulle part, qui est passé au pilon direct…

Chez moi, j’ai un concert enregistré à Barcelone et à Lisbonne d’un musicien danois qui s'adresse au public en danois… le rock européen, ça existe réellement?

On était le plus interlope des orchestres, on avait là un groupe réellement européen. Tu connais la fameuse phrase de John Lennon: "Le rock français… et le vin anglais".

Le catalan est ta langue maternelle?

Oui, et Barcelone est une ville que je préfère vivre, de loin à Paris, où je me suis jamais vu. Ce n'est pas une ville pour piétons. A Barcelone, on se perd, les cafés sont mieux que les brasseries parisiennes. J'aime bien Bruxelles pour cette raison également.

Pourquoi toutes ces sonorités différentes?

Ce que tu entends sur mes disques, c'est la bibliothèque imaginaire d'un type qui ne voyage pas (NDR: Pascal n'aime pas voyager, surtout en avion). Il y a des instruments que je n'arrive pas à nommer. Il faudra peut-être utiliser un Dvd pour tous les montrer. Mon travail, c'est de produire le plus d'informations sonores.

Connais-tu l'œuvre d'un certain Paul Dodu. Elle est publiée sur internet, et on t’y compare à Georges Jouvin?

(rires) Il a raison! L'histoire de la musique instrumentale en Europe, c'est la musique post-guerre, la muzak, les grands orchestres de violons (dont Georges Jouvin fait partie), Pop-Corn. Georges Jouvin a enregistré plus de 200 albums. Il y a toujours cette femme de couleur noire sur la pochette, dans toutes les situations possibles : aux sports d'hiver, à la mer, devant son frigo (rires) En fait le dernier groupe instrumental en date c'est Pop Corn, si on évacue la techno et l'électro. Et aussi Bimbo Jet (?)

L'interview s’achève. Le temps d'installer son grand ‘toy piano’ et d'offrir ce fameux ‘showcase’, trop court à mon goût, mais qui permet de se rendre compte du talent de ce mec. On attend fermement un vrai concert…

Ed Kuepper

Deux versions des mêmes chansons

Écrit par

Voici deux ans, lors d'une première rencontre, cet ex Saints s'était montré peu loquace, passant le plus clair de son temps à boycotter les questions qui lui étaient posées. De retour en Belgique pour une nouvelle tournée des petits clubs, mais en solo, Edmund était particulièrement surpris de nous revoir. Et peut-être également touché. Une insistance qui a sans doute enfin permis de lever une partie du voile qui recouvre l'histoire de ce chanteur, compositeur, interprète que guitariste aussi talentueux et prolifique...

Ton dernier album, "Character Assasination" est double, mais se limite sur le deuxième disque à une adaptation acoustique du premier. Une raison?

En fait, au départ, il ne devait y avoir qu'un seul disque enregistré en compagnie de mon groupe, mais comme je n'étais pas satisfait du résultat, je suis retourné en studio pour en réaliser une nouvelle mouture, avec pour seul accompagnement la guitare sèche. J'ai à la fois voulu revenir à une écriture plus basique et démontrer que j'étais capable d'aborder mes compositions sous des angles différents. Ce qui explique pourquoi j'ai réalisé ces deux exercices de style.

Pour chacune des versions, tu as choisi un titre différent: "Character assassination" et "Death of the howdy doody brigade" Une raison? Et que signifient ces deux titres plutôt curieux?

Les deux titres sont très liés, mais recèlent différentes significations. "Character assasination" exprime une face cachée et symbolique de mon caractère dans la musique. Je m'efforce constamment de détruire mon passé, mes expériences antérieures pour pouvoir me ressourcer entièrement. C'est un "leitmotiv". "Death to the howdy doody brigade" exprime sans doute le sentiment que j'ai éprouvé après avoir enregistré la première version du disque. A moins qu'il ne reflète le sort des Aints lorsque je les ai liquidés...

Sur ces disques, tu interprètes un classique de Johnny Cash, "Ring of fire", une chanson qui a déjà été reprise par un nombre incalculable d'artistes. Il existe même un spot publicitaire qui s'en est inspiré pour vanter les mérites de jeans. Que représente pour toi ce mythique folk singer?

Je n'ai pas repris cette chanson par admiration pour Johnny Cash, mais simplement parce que j'aime cette chanson depuis ma plus tendre enfance. Et puis, je souhaitais en réaliser une version très personnelle. C'est vrai qu'il en existe de multiples. La dernière que j'ai entendue appartient à Dick Dale. Elle m'a particulièrement amusé. Mais j'ignorais que ce titre avait servi de bande sonore pour une pub. Je n'ai jamais vu ce spot passer à la TV australienne.

As-tu le sentiment d'être sous-estimé? Ne penses-tu pas qu'une signature chez un major pourrait t'ouvrir les portes du succès?

Je pense recueillir un certain succès. Mais je ne désire pas supporter une quelconque pression sous prétexte d'acquérir une plus grande notoriété. Je n'ai pas à me plaindre de ma situation actuelle. Ce que je récolte me paraît justifié et pas davantage. Relever d'un label major soulève d'autres problèmes. Et pas nécessairement faciles à résoudre. Trop de monde pense que signer sur une major permet de vivre pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je ne partage pas ces idées préconçues. Pourtant, si la proposition était intéressante, je ne dis pas que je la refuserais. Mais, jusqu'à ce jour, aucune ne m'a semblé suffisamment solide pour être étudiée. Personnellement, j'estime essentiel de préserver mon intégrité artistique. Conserver le contrôle de ma création. Enregistrer des disques lorsque j'en éprouve le désir. Des conditions difficilement admissibles pour un label major.

Oui, mais justement, un label indépendant doit avoir les reins solides pour voir défiler une telle prolifération de disques. Est-ce que ce système est viable, surtout lorsque les ventes ne suivent pas?

Sur un label major, un artiste a droit à approximativement un album tout les deux ans. Or, j'estime que le rythme d'une sortie annuelle constitue le minimum pour rester dans le coup. La période qui sépare les enregistrements s'allonge exagérément à cause de la campagne de promotion, campagne dont il est indispensable d'amortir le coût, souvent beaucoup plus élevé que le prix de revient du disque lui même. Au cours des sixties, les artistes de rythm 'n blues, de blues, et de rock 'n roll gravaient un vinyle tout les deux mois. Ils se remettaient constamment en question, travaillaient sur leurs nouveaux projets à peine la matrice mise en boîte. Ils pensaient à se renouveler constamment. Evidemment, je concède que la sortie trop rapide d'un nouvel opus s'effectue au détriment du précédent, surtout lorsque le laps de temps qui les sépare est très réduit. Mais dans ma perspective artistique, dès que mes chansons sont terminées, reproduites sur bandes et suffisamment solides à mon goût, je n'attends qu'une seule chose: la graver sur un album.

Considères-tu ta musique comme une religion?

Ma musique n'est pas une religion, mais elle polarise une grande partie de mon existence. Et même davantage. Je suis totalement hanté par la musique. Et en même temps, il existe une déchirure entre cette obsession et la partie de ma vie qui me comble. Cette déchirure peut également expliquer le titre de mon album. Mais lorsque tu es totalement obsédé par la musique, tu cherches à te protéger, à t'isoler du monde, à te couper des autres. J'en suis conscient, mais j'essaie de me remettre en question, de prendre du recul par rapport à cette passion. J'y ai tellement consacré de temps qu'elle y a pris une place très importante dans ma vie.

Est-ce la raison pour laquelle on te qualifie de taciturne?

Ah bon? Je n'avais jamais entendu cette réflexion à mon sujet.

L'inspiration te vient en tournée ou à la maison?

Rarement en tournée. Nonante pour cent de mes chansons sont écrites chez moi. J'ai besoin d'une concentration optimale pour les concevoir. Mais les voyages peuvent être également une source d'inspiration.

Pourquoi tes lyrics sont-ils obliques? Y réserves-tu une place pour ton sens de l'humour?

La perspective de mon écriture est très personnelle. Je rédige essentiellement à la troisième personne. Ce qui explique sans doute pourquoi mes textes sont obliques. Mon sens de l'humour. Il s'exerce à travers les mots à double sens...

Es-tu un guitariste pyrotechnique?

Non, pas du tout. Disons qu'en compagnie des Aints, je suis parvenu à libérer une certaine intensité électrique. Mais cette technique est plutôt réservée aux groupes de metal yankee. Je préfère la guitare acoustique. Elle offre davantage de versatilité. J'écris d'ailleurs la plupart de mes compositions à l'aide de la guitare sèche. Même si sur scène, j'aime en amplifier le son (rires)...

N'est-ce pas un handicap de toujours changer de musiciens?

Mon but est d'atteindre un résultat chaque fois différent. Que ce soit en studio ou live. Au cours des quatre à cinq dernières années, je n'ai jamais tourné deux fois avec la même formation. C'est vrai que parfois certains musiciens sont interchangeables. Ou que d'autre me côtoient plus régulièrement comme la flûtiste ou le drummer Mark Dawson. Mais je n'ai aucune exclusive dans ce domaine...

 

(Version originale de l'interview parue dans le n° 37 - octobre 95 - de Mofo)

 

Ben Ricour

Son image

Écrit par

Ben Ricour, alchimiste des mots et sorcier des rythmes est de retour. Après son ‘Aventure’ plutôt solitaire, il s'est joliment entouré pour son second album, ‘Ton image’. Albin de la Simone, Thomas Bloch et autres talents ont mis les pieds dans ses ballades, de hasard en envies…

"Je ne voulais pas faire de collaborations à tout prix. C'est venu comme ça, au fil des rencontres. Au départ, il devait y avoir un truc avec Olivia sur l'album (NDR : Olivia Ruiz), mais ça ne s'arrangeait pas bien, c'était compliqué… et j'ai horreur de ce qui est compliqué. En ce qui concerne Mickaël de Mickey 3D il y avait un réel désir de collaboration. Pour -M-, c'était totalement imprévu. Il est passé au studio et je crois qu’il a été  électrisé de se retrouver une gratte dans les mains, du coup il m'a fait un truc très psychédélique." Et quand une improvisation chédidienne rencontre l'univers de Ben Ricour, ça donne ‘5 minutes’, un rendez-vous manqué, une aventure qui se termine à bout de souffle pour ne jamais finir à court d'idées. Une des nombreuses versions de ces passions, omniprésentes dans l'album: "J'aime m'adresser à une seule personne dans mes chansons. Cette proximité est indispensable". De l'amour donc ; forcément aventureux, entier, brûlant. Du sexe aussi, à la fois extension et genèse: "C'est un peu devenu une tradition. J'ai l'impression que quand on introduit du sexe dans les chansons on y met automatiquement de la légèreté. Puis il y a l'idée de tout lâcher, c'est cette évasion qui me plait."

Ces fugues hors du temps s'attaquent aux frontières dans ‘1/4 de sang,’ réflexion sur la filiation adressée à sa mère, Eurasienne arrivée en France à 14 ans: "C'est venu tout d'un coup, dans mon évolution. Petit, on m'appelait le Chintock, j'ai la trentaine et en grandissant on repense à tout ça. Puis je sens ce côté en moi, je mange asiatique et je ressens des choses qui m'interpellent." L’Asie fantasmée dans le regard, il évoque le Vietnam qui l'intrigue et l'appelle: "Je n'y ai jamais mis les pieds, je n'ai jamais rencontré ma famille là-bas, mais je pense que cette chanson va me permettre d'y aller. Je vais peut-être partir pour une tournée en septembre. J'espère…"

Impossible de parler de ‘Ton image’ sans évoquer la problématique écologique. Délicate déclaration d'amour à la nature, aveu de culpabilité et crainte de l'impuissance qui échappent à la moralisation: "Plus j'avance et plus je me dis que c'est important. Le premier album était déjà très nature, mais plus dans la description. Là j'ai vraiment la trouille pour la planète. Si j'ai l'occasion de faire quelque chose pour l'aider, si j'ai l'opportunité de faire des concerts, des actions, je n'hésiterai pas. Tout le monde veut réagir mais on est déjà tellement occupé d'essayer de s'en sortir soi même qu'on en oublie où l'on vit. On a quand même troué la couche d'ozone… c'est dingue!"

De l'amour, du sexe, des petits oiseaux… Résumé comme tel, l'album a de quoi laisser perplexe. Pourtant la force de ses ballades résulte de cette capacité de sublimer, par l'emprunt de chemins de traverse. Ben Ricour parvient à surprendre en tirant parti du trop entendu. Les pieds dans la neige, courant derrière un train, il se plait à apparaître là où nous ne l'attendions pas, tout en restant à distance raisonnable: "Je veux rester accessible, même si, la prochaine fois, je me lancerai peut-être dans quelque chose  de plus barré…" Il échappe aux tournures alambiquées des chanteurs prétentieux faute de mieux et livre, sans même chercher d'accords compliqués, des titres énergiques d'une profondeur aérienne. Alors quand, les traits de papier glacé, il lance en interview "Avant, j'ai été électricien, plombier. A force de m'être retrouvé sur différents chantiers, je pense que je pourrais carrément construire une maison, monter les murs,… " On ne s'étonne pas outre mesure tant la richesse du personnage est perceptible au premier contact. Il suffit qu'il ajoute: "J'adore le contact avec les matières, le toucher", pour qu'on retrouve la sensualité qui transpire des textes, de la voix subtilement rauque et que ce parcours atypique devienne l'évidence même.

Auteur, compositeur, interprète, cet artiste polymorphe prête à l'occasion sa plume à d'autres chanteurs, le temps d'émotions partagées: "Quand on écrit pour soi, on est en permanence dans le doute, poussé à extraire des choses de soi. Quand c'est pour quelqu'un d'autre, j'ai l'impression d’accomplir le travail d'un peintre. Il faut coller le plus possible à la personne qu'on a devant soi, c'est très intéressant." Outre sa présence auprès de Florent Pagny pour « Abracadabra », il a caressé de ses pinceaux ‘J'traine des pieds’, un des succès peps d'Olivia Ruiz. Une autre toile en vue? "Là, j'entame ma tournée, puis elle vient de terminer la sienne et je sais qu'il faut parfois plusieurs mois pour reprendre un contact complet avec la réalité. Mais si elle me redemande de bosser pour elle, j'y retourne avec plaisir. D'ailleurs, j'ai déjà une super chanson pour elle. Elle est fascinée par l'univers des Rita Mitsouko et ce que j'ai écrit c'est vraiment une Ritasong qui lui irait bien."

Sa tournée, il va la débuter, seul et impatient, avant d'être rejoint par ses musiciens: "Les concerts, c'est mon environnement. L'album est un peu un prétexte même si j'aime beaucoup le travail en studio. J'ai hâte de repartir sur la route, de redevenir un performer. En plus les musiciens sont des amis de longue date, on va pouvoir créer une confiance et se fabriquer une famille. On débutera dans des clubs, j'aime beaucoup cette idée de repartir de zéro."  L'album quant à lui sortira le 26 octobre.

 

 

Miam Monster Miam

Une libellule dans la tête

Écrit par

Artiste tout terrain, boute-en-train légèrement schizophrène, Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam, revient sur le devant de la scène pour nous présenter « L’Homme Libellule », son septième album. Depuis Liège, l’artiste plane à travers les décennies et (ré)explore les galaxies axiales de la pop moderne. Après une série d’albums ancrés dans la plus pure tradition folk, Miam Monster Miam signe une petite tuerie, méchamment décalée, clin d’œil assumé à l’Homme à la tête de chou et à de nombreuses théories scientifico-fictives. Une pochette splendide, des sonorités seventies arrangées en pleine guerre des étoiles, une bonne dose d’humour : c’est le grand retour de Miam !

Sur « L’Homme Libellule », ton nouvel album, tu délaisses la musique folk, tes côtés les plus sombres, pour te concentrer sur des mélodies ouvertement rétro futuristes. Comment expliques-tu ce changement de direction ?  

J’essaie toujours de me surprendre en suivant mes inspirations du moment. J’avais enregistré un disque, juste après « Soleil Noir ». Ce mini album s’intitulait « L’histoire de William Buckner ». Il était très minimaliste… La suite logique de « Soleil Noir » devait être « Baby Banjo », un enregistrement très folk. Mais sur cet album, je touchais vraiment aux limites du style. D’une certaine façon, il s’agissait du disque de trop. Si bien que le jour du mixage, je suis arrivé en annonçant : « On ne mixe pas l’album ! Je vais faire autre chose ! ». A l’époque, l’envie de retravailler avec des synthétiseurs était très forte. J’ai donc commencé à enregistrer des morceaux qui me passaient par la tête en m’accompagnant de synthétiseurs. De fil en aiguille, le disque s’est profilé. Tout s’est passé très vite : pour me rendre au studio, je prenais le bus. Chaque jour, sur le trajet, j’écrivais les paroles des nouvelles chansons. 

Une partie de l’album a été enregistrée au Danemark. Comment tes chansons sont-elles arrivées en Scandinavie ?

Quelques morceaux ont été composés, voire retravaillés, là-bas. Mais je ne m’y suis pas rendu… En fait, le gros du travail s’est déroulé à Liège, à la Soundstation.

Sur l’album, tu es accompagné des ‘Love Drones’, un orchestre un peu particulier. Peux-tu nous en parler ?

En fait, les ‘Love Drones’, c’est l’équipe de Phantom sous un autre nom. En gros, il s’agit de tous les musiciens qui accompagnaient Jacques Duvall sur son dernier album : Sophie Galet, Pascal Scalp, Georges Hermans, etc. On retrouve aussi Jérôme Mardaga (NDR : alias Jeronimo). Marc Moulin est également venu prêter main forte. Mais je tiens à souligner que Marc n’est pas un membre permanent de Love Drones ! Pour le disque, je me suis aussi entouré de gens qui s’appellent les Massachusetts. Dans la vraie vie, ils ne font que des reprises des Bee Gees. Là, pour l’occasion, je les ai invités à venir faire des chœurs sur le disque ! 

Sur le morceau « 69 Love Songs », tu collabores une nouvelle fois avec Jacques Duvall. Depuis quelques années, vous semblez vous attirer mutuellement. Comment êtes-vous arrivés à travailler ensemble ?

Sur l’album « Baby Banjo », Jacques avait réalisé quelques reprises de grands standards de la musique traditionnelle américaine. Cette collaboration était géniale. Ensuite, on a embrayé sur l’aventure Phantom. Au départ, Jacques nous rejoignait uniquement pour enregistrer un disque. Mais l’ambiance aidant, il a pris goût à la scène. Aujourd’hui, je pense que nous formons une petite famille qui se personnalise sous les traits de Freaksville. Pour revenir à « 69 Love Songs », Jacques m’a aidé à écrire les paroles. C’est vraiment le roi de la rime : il est très fort ! A mes yeux, Jacques Duvall est un héritier de Gainsbourg. Et comme Serge Gainsbourg est assez présent dans les ambiances de « L’Homme Libellule », la collaboration de Jacques tombait sous le sens…  

Justement, parlons de Gainsbourg… Son spectre traverse de façon évidente ton nouvel album. Comment cette idée est-elle, née ?

A la base, j’avais envie de réaliser un disque pop, en français… Très vite, la volonté de parasiter mes chansons s’est imposée… Après avoir trituré les synthétiseurs pour composer les nouveaux morceaux, je me suis posé une question : quelle grammaire utiliser pour les textes ? Mon désir, c’était de donner naissance à un disque de genre. C’est pour cette raison que j’ai composé des chansons dans un moule clairement défini. Ensuite, il fallait faire évoluer cet album vers d’autres horizons, afin d’éviter qu’il ne sonne comme une sorte de sous-Gainsbourg.

Selon toi, quel est l’impact de Gainsbourg sur la musique pop, en général, et sur ta propre musique, en particulier ?

Si on parle aujourd’hui de génie en évoquant Gainsbourg, il faut garder à l’esprit qu’en son temps, il enregistrait bide sur bide… Jacques Duvall me disait encore récemment qu’à l’époque, il n’était pas facile de dénicher les premiers enregistrements de Gainsbourg chez les disquaires belges… Dans le fond, le génie de Gainsbourg, c’est d’être arrivé à sentir ce qui allait marcher à l’étranger pour, ensuite, le mettre à sa sauce. Partant de là, avec Freaksville, on se sent proche du processus créatif entamé par Gainsbourg. Nous aimons mélanger la chanson à l’indie rock américain, l’esprit lo-fi à la langue française. Par contre, je pense sérieusement que certaines personnes pourraient être déstabilisées par « L’Homme Libellule », en le concevant comme une vulgaire photocopie de l’œuvre de Gainsbourg. Pour comprendre cet album, il faut creuser et dépasser les clichés.

Qui est « L’Homme Libellule » ?

Je trouvais très amusant d’opposer ce titre à d’autres intitulés de ma discographie : « Soleil Noir », par exemple. On se trouve là du côté sombre et crépusculaire de la chose. Cette fois, le titre implique quelque chose de plus lumineux. C’est assez logique en somme : « L’Homme Libellule » tire sur quelque chose de plus léger…

Sur l’album, tu allonges une liste de références artistiques à la mode (The Arctic Monkeys, la Star Académy, Asia Argento, etc.). Cherches-tu à opposer ce côté nouveau, hype, à une musique délibérément rétro futuriste ? 

Peut-être inconsciemment. Mais ma musique s’inscrit dans mon époque… En ce sens, elle est terriblement présente. Après, on peut vraiment parler de ‘name droping’, une technique pop ancestrale…

En concert :

le 19 à la Soundstation

le 20 au Botanique

le 26 octobre à l’Abbaye de Stavelot

le 17 novembre au Rayon Vert à Jette

 

Hollywood P$$$ Stars

Repartir pour un tour

Écrit par

L’effet de surprise est passé. Cette fois, tout le monde a entendu (parler) des morceaux d’ Hollywood P$$$ Stars . Attendus au tournant après un premier album (« Year of the Tiger ») à l’énergie contagieuse et au succès retentissant, Anthony Sinatra et son collègue Redboy voulaient éviter les redites. « Satellites », le nouvel album des P$$$  Stars, prend donc le contre-pied de « Year of the Tiger ». Né de l’imagination fertile d’Anthony Sinatra, remodelé démocratiquement, enregistré sous la houlette de Christine Verschoren (Ghinzu, Montevideo) et mixé par John Goodmanson (Wu-Tang Clan, Blondie, Death Cab for Cutie), ce second essai prend rapidement de l’altitude. Logique quand on s’intitule « Satellites ». Mais avant d’évaluer son champ de gravité, nous nous devions de les rencontrer.

Que ce soit par l’entremise de My Little Cheap Dictaphone ou de Piano Club, vous êtes aujourd’hui sur tous les fronts musicaux. Est-il évident pour vous de vivre l’aventure Hollywood P$$$  Stars en étant impliqués dans ces autres projets ?

Anthony : C’est quelque chose qui a toujours existé chez nous. Nos groupes parallèles ont précédé notre projet commun. Au fil du temps, nous avons réussi à mettre sur pied trois groupes aux influences et à l’imagerie différentes. La composition des morceaux ne pose pas spécialement de problème. La répartition s’effectue naturellement. Entre Hollywood et My Litlle Cheap, la question ne se pose pas. Ce n’est pas le même compositeur, pas le même chanteur. Par contre, entre Piano Club et Hollywood P$$$ Stars, on retrouve forcément une même griffe dans la mesure où je chante et compose la plupart des morceaux…

Redboy : On rencontre parfois quelques difficultés pour gérer nos agendas respectifs. Mais à partir du moment où nous sortons un nouvel album pour Hollywood P$$$ Stars, il est évident que, pendant deux ans, ce sera notre priorité absolue… 

Est-ce que vos expériences au sein de vos projets respectifs sont bénéfiques pour Hollywood P$$$ Stars ? 

R. : Que ce soit sur scène ou en studio, tu tires toujours des enseignements de tes expériences musicales. Sans parler d’échappatoire, l’existence de nos projets personnels nous permet de respirer pour, finalement, mieux nous retrouver…

A.: Cette situation favorise également notre envie de jouer ensemble. A nos yeux, nos projets respectifs constituent davantage un bon moyen de se ressourcer qu’une cause d’éparpillement artistique.

Hollywood P$$$ Stars est un groupe né dans l’urgence, l’impulsion et la précipitation d’un concours (NDR : le Concours Circuit). Conservez-vous encore des traces de cette époque : une attitude spontanée, un côté empressé ? 

R. : Nous sommes très attachés au côté spontané de nos chansons. En composant les nouveaux morceaux, on a toujours évolué en ce sens. Par contre, au fil du temps, nous avons appris à prendre du recul. Cette distance nous permet d’être plus performants, d’aller au-devant de chacune des étapes qui jalonnent la vie d’un disque : le choix du studio, des chansons à enregistrer, etc. Nous avons donc trouvé un équilibre au sein du groupe.

A. : Ce qui ne nous a pas empêchés de conserver notre esprit d’aventure. Quand on se lance le défi de créer un groupe pour essayer de remporter un concours, ça laisse forcément des traces... Pour le nouvel album, on s’est également imposé des challenges. On sait que ce disque est attendu, contrairement au premier. A partir de là, nous pouvions passer des mois en studio. Mais, une fois encore, on a préféré foncer. Prendre des risques. Se limiter à dix jours de studio et ne pas regarder en arrière.

Vous avez enregistré l’album en compagnie de Christine Verschoren. Pourquoi ce choix ?

R. : Sur le premier, elle avait mixé deux morceaux. On était très content de son travail. Pour « Satellites », elle a donc opéré toutes les prises sonores. Chaque morceau a bénéficié de sa propre journée. Ce timing nous permettait de dépasser l’approche initiale de nos chansons. Chaque jour, on repartait donc à zéro, en quelque sorte. Pour le reste, il a été mixé par le producteur John Goodmanson. Depuis nos débuts, on rêvait de travailler avec lui. Il a bossé sur les albums de groupes qu’on apprécie énormément : Death Cab for Cutie, Blonde Redhead, The Von Bondies, The Blood Brothers ou Sleater-Kinney.

Après le succès de « Year of the Tiger », ressentiez-vous une certaine pression à l’entame de votre nouvel album ?

R. : Peut-être… Mais elle n’a pas eu de conséquence sur le résultat final. On a réalisé « Satellites » dans notre bulle, sans tenir compte des avis extérieurs.

A. : Par contre, on a tiré des enseignements de notre premier cd. Dans le passé, on jouait sur le second degré. On s’est aperçu que certaines personnes ne nous comprenaient pas. On identifie donc un côté plus posé, plus mature, en filigrane de nos nouveaux morceaux. En fait, sur « Year of the Tiger », on entrevoit les prémisses du nouvel album. Cette fois, nous avons poussé les choses plus loin sans recourir aux clichés du simple rock basique…

En attendant, ‘Andy’, votre premier single, verse dans un rock puissant. C’est un titre assez différent des autres chansons de l’album…

A. : A nos yeux, c’est un morceau qui opère une charnière entre « Year of the Tiger » et « Satellites ». C’est pour cette raison que cette chanson ouvre le disque. Après ce titre, on plonge dans une autre atmosphère…

R. : Néanmoins, ce n’est pas le morceau le plus représentatif du nouvel album… On a beaucoup travaillé sur les intensités. De nombreuses chansons vont ainsi se dévoiler au fil des écoutes…

A. : Il est certainement moins immédiat. Mais on a vraiment l’impression d’avoir enregistré un ensemble de chansons cohérentes, pas seulement un tube perdu dans la mêlée. 

« Satellites » est-il obsédé, voire persécuté, par la mort et les disparitions ? Des titres comme « Crimes », « Ben’s dead », « Calling the ghosts », « There’s a god » pourraient, en effet, le laisser penser. Pourriez-vous nous éclairer à ce sujet ?

A. : Ce sont les différents concepts qui traversent l’album : la distance qui sépare les gens, la vie et la mort, l’absurdité et la réalité. Ces grands thèmes côtoient des histoires réellement vécues, abordées de façon romancée. Si le disque s’adresse à la première personne du singulier, il n’est pas autobiographique pour autant. Tous les textes ont été écrits sur une période très courte. Pas nécessairement la plus heureuse de ma vie. Mais je n’ai jamais cherché à verser dans l’amertume. On recherche toujours l’espoir, les aspects positifs de l’existence.

Nicolas Alsteen

 

En concert :

Le 3 novembre à la Cecoco (Ciney)
Le 10 novembre au CC René Magritte (Lessines)
Le 14 novembre à la Soundstation (Liège)
Le 15 novembre à l’AB Club (Bruxelles)
Le 16 novembre à L'Entrepôt (Arlon)
Le 17 novembre à L'Eden (Charleroi)

Russ Tolman

Peintre du rock U.S. ? (archive du mois)

Écrit par

Lorsque True West s'est séparé, Russ Tolman a décidé d'entreprendre une carrière solo. Une expérience qui aurait pu sombrer dans les profondeurs de l'oubli, si le Californien n'avait eu la chance de rencontrer Patrick Mathé, boss du label parisien New Rose. Depuis, Russ cherche sa voie. Acoustique, elle lui permet de raconter des histoires richement imaginées qui évoquent très souvent le monde du cinéma. Electrique, elle devrait lui permettre d'effectuer une tournée sur le Vieux Continent en compagnie de son groupe. Un périple qui devrait suivre la sortie d'un nouvel album dont la sortie est imminente...

Que symbolise pour toi John Kerouac ?

A l'origine, sa littérature m'a beaucoup passionnée. J'étais alors âgé de 16 ans et il était devenu mon guide spirituel. Aujourd'hui, ma pensée a évolué, même si quelque part elle confesse toujours une certaine influence.

Pourquoi y-a-t-il une telle corrélation entre ton écriture et le cinéma dans tes chansons ? Te considères-tu comme un peintre du rock américain ?

Belle image ! Je n'y avais jamais songé. Peintre du rock américain, c'est vraiment bien tapé (rires). Pas comme Picasso quand même ! Pourquoi existe-t-il une corrélation entre mon écriture et le cinéma dans ma composition ? (...) Difficile à expliquer ! Autrefois, j'allais souvent au cinéma. Mon ex girlfriend adorait le grand écran et m'y entraînait en permanence. Cela pourrait être une explication. Mais aujourd'hui mon emploi du temps ne me permet plus d'assister aussi régulièrement à la projection de films. Je suis trop occupé pour me permettre ce genre de distraction. Bref, lorsque j'écris une chanson, j'imagine un scénario. Et développe des images dans ma tête. C'est sans doute pour cette raison que mes lyrics procurent une certaine sensation panoramique. Tu penses peut-être que cette perspective pourrait m'inciter à écrire des romans. Mais je suis trop paresseux pour me lancer dans une telle aventure. Composer une chanson demande beaucoup moins de temps que rédiger un bouquin. Et puis c'est mon mode d'expression. Je n'ai d'ailleurs jamais eu l'intention de devenir un romancier...

As-tu la nostalgie du Paisley Underground ?

Pas tellement? J'ai joué avec de nombreux musiciens qui ont participé à cette vague neo psychédélique. Mais je n'ai jamais appartenu à ce mouvement.

Est-ce que tu croises encore les autres musiciens du défunt True West ?

Rarement. J'ai encore rencontré le guitariste Richard Mc Grath et le batteur Steve Tackenham, quelque temps après la séparation du groupe. Mais plus Gavin Blair et encore moins le bassiste Kevin Staydohar puisque depuis il est décédé.

Que représentent pour toi des artistes comme Steve Wynn, Chris Cacavas ou John Wesley Harding ?

Ce sont d'excellents amis. J'ai joué avec Steve chez les Suspects il y a une bonne quinzaine d'années. Et depuis nous avons toujours gardé le contact. Nous nous téléphonons régulièrement faute de pouvoir nous rencontrer plus souvent. Il a participé à l'enregistrement de mon nouvel album. A ce sujet, j'ai une anecdote à te raconter. J'avais également invité son ex girlfriend Johnnette Napolitano pour assurer les backing vocaux et je m'étais débrouillé pour qu'ils ne se trouvent pas nez à nez. Evidemment, l'imprévisible s'est produit. Le gag ! Heureusement, ça ne s'est pas trop mal passé. Et finalement je crois qu'ils sont restés en bon termes. John m'a invité à coopérer à la réalisation de "Why We Fight". Et figure toi que je n'ai jamais eu l'occasion d'écouter l'album. Il m'a pourtant envoyé le CD, mais ma girlfriend me l'a confisqué dès que je l'ai reçu (rires). Heureusement comme j'ai participé à toutes les séances d'enregistrements, je me souviens encore de son contenu. Chris, c'est aussi un pote. Avec Steve nous avons aussi participé à une tournée en Espagne, voici un peu plus d'un an. Nous n'y avons accordé que des sets acoustiques. En solitaire, en duo ou tous ensemble, suivant l'inspiration. Une chouette expérience.

Chris n'a pas participé à l'enregistrement de ton nouvel album ?

Non. Il était alors à l'étranger. Robert Lloyd assure les claviers. C'était déjà lui qui s'était acquitté de la plupart des parties instrumentales sur "Road Movie". Et il joue également dans le groupe de Steve. Nous sommes un peu une grande famille...

Cet opus devrait bientôt sortir quand même ! Quel sera son titre ? As-tu invité, hormis Steve et Johnnette de grosses pointures ?

Il s'intitule "Sweet Spot". Il devrait sortir incessamment. Il n'y révèlera pas de grosses pointures. Simplement des musiciens talentueux. Comme ceux qui composent mon groupe régulier, des gars qui m'accompagnent depuis plusieurs années...

Le style de cette œuvre diffèrera-t-il du précédent ?

Oui. Absolument ! Plus rock, plus électrique. Sur "Road Movie", mon inspiration était essentiellement orientée vers la country. D'ailleurs, j'envisage d'entreprendre une tournée qui passera par l'Europe pour le promotionner. Nous avons beaucoup répété et travaillé les arrangements. Et nous allons tenter de restituer ce climat ‘live’ avec un maximum d'intensité et d'énergie...

Même si ton futur semble embrasser des horizons plus électriques, tes racines me semblent plutôt plongées dans la country et le blues. Partages-tu ce point de vue ?

Teenager, j'ai vécu dans un climat spécifiquement country. Ce qui ne m'empêchait pas d'écouter les titres qui remplissaient les juke-boxes. Et puis, j'ai été progressivement converti au blues. Mais, finalement, je pense que j'étais surtout fasciné par la qualité des compositeurs et de leurs compositions. Des chansons qui viennent du cœur, comme celles écrites par Van Morrison. Cet artiste m'a toujours impressionné. Mais ce qui m'a le plus captivé au cours de ma jeunesse, c'est l'œuvre de Hank Williams. Etre capable d'écrire une chanson aussi intelligente, simple et directe que lui, correspond à un idéal. Si j'y parvenais, ce serait une consécration.

Sincèrement je pensais que tu allais me parler de Johnny Cash !

Je respecte beaucoup cet artiste. Il a écrit des chansons fabuleuses empreintes d'une grande honnêteté. Mais je pense que la première phase de sa carrière est la plus intéressante et aussi la plus inspirée. Je le vois encore affichant un regard terrible, s’accompagnant à la guitare sèche tout en chantant d'une voix désespérée et douloureuse "Ring Of Fire"… Mais aujourd'hui, il semble avoir perdu le feu sacré. Ou alors, il l'a légué à sa fille... De très étranges compositeurs de toute façon!

Pourquoi tant d'artistes américains signent sur le label français New Rose?

Je pense que l'explication repose sur la personnalité de Patrick Mathé. Grand fan de musique américaine, il est sans cesse à la recherche de nouveaux talents aux States. Il est réconfortant de rencontrer ce type d'homme d'affaire enthousiaste, compétent dans un milieu d'arnaqueurs qui se foutent complètement de ton travail et ne pensent qu'au fric. Lorsque Patrick parvient à dénicher un nouveau contrat pour son label, tu devrais voir son visage. Il irradie véritablement de bonheur.

Ca doit changer de la tronche d'enterrement affichée par Dan Stuart et Chuck Prophett !

Je connais Chris depuis l'âge de 17 ans. Il jouait alors chez les Wild Games. Et ce groupe a souvent ouvert les concerts de True West. Un excellent guitariste d'ailleurs. Chris était à cette époque un jeune kid passionné et plutôt ouvert. Mais il envisageait déjà de devenir une rock star. Et son attente s'est modifiée en conséquence au fil du temps. Triste, car dans le fond c'est un chouette gars. Quant à Dan, il est totalement fou.

Howe Gelb (Giant Sand) pense la même chose que toi !

Howe est un peu fêlé également, mais dans le bon sens du terme. J'apprécie beaucoup Howe. Nous avons partagé tout un temps une même passion pour le golf, lorsqu'il vivait à los Angeles. Il est même plutôt doué. Mais il exerçait ce sport dans un accoutrement pas possible. Un bonnet, des tricots, des chapeaux et autres fringues extravagantes. Tout le monde le regardait. Et ça l'amusait.  Mais comme il était très fort, il a fini par chercher quelqu'un de plus compétitif pour se mesurer à lui. Nous n'avons plus joué ensemble ensuite. C'est vrai que j'aime le golf, mais je n'ai jamais été tellement doué pour le pratiquer...

Version originale de l'interview parue dans le n° 20 (février 94) du magazine MOFO

 

 

The Tellers

De l'encre sur les mains, des idées plein la tête

Écrit par

Fin du mois d’août, la Belgique prend l’eau. Vu le temps, c’est presque devenu une habitude. Les parapluies sont de sortie, les gouttes inondent le bitume. Pourtant, il en faut plus pour décourager les fans des Tellers, venus en nombre, en cette fin d’été mouillée, fouler le pavé pour se procurer ‘Hands Full of Ink’ (traduisez : ‘Les mains pleines d’encre’), le graal, le premier album de Ben Baillieux-Beynon et Charles Blistin. Véritable phénomène, The Tellers est le groupe du moment, la formation attendue au tournant. Sur disque, le duo s’en sort avec les éloges : des chansons décontractées, plantées, comme si de rien n’était, sur des mélodies folk-rock à siffloter. Sous la pluie, forcément.

Assis sur la banquette d’un café du centre-ville bruxellois, les Tellers gobent un sandwich à l’arrachée. En les voyant engloutir une dernière becquée entre deux interviews, on se dit que même pour manger, tout va très vite pour ces gars-là. « C’est certain », acquiesce Ben en déglutissant poliment. « Après le succès inattendu de notre mini album, notre label nous a fixé des échéances. On n’était pas en avance. En plus, on traîne toujours un peu les pieds. Si bien qu’en arrivant en studio, on n’avait pas suffisamment de morceaux. Alors, on nous envoyait régulièrement dehors pour composer de nouvelles chansons », explique-t-il. Enregistré dans l’urgence des délais imposés, ‘Hands Full of Ink’ respire la spontanéité et la simplicité. « On est très content du résultat final ! Même si le son de certains morceaux aurait, selon moi, gagné à être plus sale, plus crasseux », glisse Charles. « Cependant, on devait sortir ce disque assez vite. Alors voilà, c’est fait. » Mais c’est bien connu, la vitesse n’effraie pas les Tellers. Formé en 2005, remodelé à plusieurs reprises en 2006 suite au retentissement du single ‘More’ et du titre ‘Second Category’, utilisé pour une publicité internationale (celle de la nouvelle imprimante Canon), le groupe semble enfin se stabiliser. « Au début, avec Charles, on privilégiait la formule duo. Face à la multiplication des dates de concerts et l’élargissement de la taille des scènes, on s’est vite présenté en quatuor. Ça n’a pas été simple de trouver le line-up idéal », explique Ben. Cette fois, les Tellers semblent pourtant avoir trouvé leur équilibre. Après quelques changements de personnel, on retrouve François Gustin à la basse et Kenley Dratwa derrière les fûts.

Des filles et des mélodies

C’est indéniable, l’album des Tellers fait souffler un vent de fraîcheur sur les ondes, petit air léger qui dépasse déjà nos frontières. France, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Scandinavie, tous les pays d’Europe succombent au charme d’‘Hugo’, nouveau single tiré de ‘Hands Full of Ink’. « Suite à la sortie de notre mini album, notre label a signé un accord avec ‘Cooperative Music’, un département du label international ‘V2 Music’ », indique Charles. « C’est une chance incroyable de pouvoir diffuser sa musique aussi loin », poursuit-il. Le couronnement médiatique de leurs chansons ne doit cependant rien au hasard. La prouesse des Tellers, c’est d’être parvenu à canaliser une énergie, venue de Grande-Bretagne, de l’intégrer et de la servir sous un jour nouveau, léger et décontracté. « Dès nos premiers morceaux, on nous a comparé aux Libertines, à Pete Doherty. Sa musique nous a motivés, c’est indiscutable », affirme Ben. « Mais notre nouvel album marque une évolution. D’une certaine façon, on peut dire que nous sommes en train de nous affranchir de cette référence. Les chansons et notre personnalité s’affirment. Bientôt, je crois que les journalistes ne nous poseront plus la question. Même si on ne niera jamais l’impact de Doherty sur nos débuts », commente-t-il. Sur album, le point fort des Tellers repose sur l’art de broder des mélodies d’une troublante efficacité. « J’amène toutes les parties instrumentales », souligne Charles. « Et moi tous les textes ! », renchérit Ben. Les deux font la paire et se complètent à merveille. Comme si le destin avait, depuis le début, décidé d’une rencontre entre ces deux-là. Et puis, le tout est chanté dans un anglais irréprochable. « Je n’ai aucun mérite ! », lance Ben. « Ma  mère est d’origine galloise. Alors, forcément, ça aide… » En attendant, son timbre heurté, vaguement râpeux, fait des ravages. Lors des concerts, les Tellers déchaînent les foules, les filles surtout. A chaque sortie du quatuor, les cris des groupies pilonnent leurs joyeuses mélopées. « Ça ne nous dérange pas vraiment », rétorque Charles, « Au contraire, c’est plutôt agréable ! On n’explique pas cet engouement du public, cette exaltation. Mais c’est une bonne chose ». « Même si ce n’est pas toujours évident à gérer auprès de nos copines respectives », rappelle Ben. En attendant, le groupe signe un bel album, une jolie collection de chansons prêtes à enflammer l’assemblée. « Notre réussite est parfois gênante », explique encore Ben. « On passe souvent pour des types arrogants, des chieurs. Pourtant, on n’est pas des méchants… On rencontre parfois l’hostilité de techniciens qui s’énervent sur nous sans aucune raison », ajoute-t-il. « Après, nous devons apprendre à gérer toute cette attention. Et ce n’est pas facile », dit Ben. « Je comprends d’ailleurs le sentiment de jalousie que certaines personnes peuvent ressentir à notre égard. Certains artistes galèrent pendant des années pour parvenir à se faire entendre. Pour nous, ça va vite : on a beaucoup de chance ! De ce point de vue, la jalousie est un ressentiment naturel finalement. C’est tout à fait humain et fort compréhensible. »

Prince Charles

Les Tellers, c’est d’abord une passion commune pour la musique, pour ces petits détails qui, au final, font toute la différence. « La chanson ‘Another Coin For…’ a été enregistrée de façon artisanale, à la maison, dans la salle de bain », raconte Ben. « Si on écoute bien, on peut même entendre une porte qui claque en bruit de fond », sourit-il. Les détails et les anecdotes forgent donc l’état d’esprit de ‘Hands Full of Ink’. Il y a aussi des sonorités qu’on pensait oubliées, comme celles amenées par l’harmonica sur ‘He Gets High’. « Ce n’était pas du tout prémédité », raconte Charles. « J’ai pris l’harmonica et, quelques minutes plus tard, on avait une nouvelle mélodie. » Petit prince des arrangements et des instrumentations, Charles Blistin laisse ici entrevoir l’étendue de son talent. « J’ai même écrit une chanson à son propos », rigole Ben. « Elle s’intitule ‘Prince Charly’. Mais je ne veux pas en dire plus ! ». Mystère et confidence appuient la tendance : ces deux-là sont faits pour s’entendre.

Okkervil River

L'autobiographie imaginaire

Écrit par

Okkervil River nous vient de New Hampshire. Fondée à la fin des 90’s, cette formation est drivée par Will Sheff. Il en est le compositeur, le chanteur et le guitariste. Leur cinquième album vient de paraître. Il s’intitule « The stage names » et fait suite à « Black sheep boy », un disque qui avait reçu une excellente critique de toute la presse. Plus pop, le dernier opus n’en est pas pour autant moins intéressant. D’autant que ses textes sont toujours aussi inspirés, à la limite de l’autobiographie. Will nous en explique la raison…

« L’autobiographie ? Je l’adapte. J’y inclus de la fiction. Ce qui est intéressant dans cette démarche c’est ce qu’elle te procure. Beaucoup d’autobiographies se complaisent dans l’apitoiement ou à la complainte. Par contre, si tu lui apportes de l’imaginaire, tu enrichis ton récit. Et cette pratique devient une opportunité. L’opportunité de te sublimer. On arrive ainsi finalement à une autobiographie factice. Depuis l’album ‘Back sheep boy’, je parviens à écrire comme je le souhaite. C’était alors la première fois. Et lorsque nous avons commencé à enregistrer ce nouvel album, j’avais la sensation de pouvoir m’adapter. En très peu de temps je me suis senti pousser des ailes, parce que j’étais dans mon trip. » Tout au long de cet opus, on rencontre des références au cinéma, au théâtre et à la littérature. Mais finalement, Sheff, c’est un réalisateur de film, un poète ou un musicien ? « Je suis musicien. Je n’ai pas envie de devenir réalisateur de film. Oui, il est vrai que j’ai effectué une tentative dans cet univers, mais c’était un challenge. Ce n’est pas ce que je recherchais. Au départ, j’étais même intimidé. Pourquoi ? Parce qu’il faut de l’argent. Et beaucoup de temps. Et pour arriver à un résultat, des années de travail sont nécessaires. Ce job exige trop de dépense d’énergie et entraîne si peu de satisfaction. Finalement musicien me convient mieux. Ce qui n’empêche pas que je sois tombé sous le charme du cinéma. Mais ma préoccupation première, c’est d’écrire des chansons… Ce nouvel album, je le voulais différent. Lui conférer une tonalité moderne. Et le meilleur moyen d’atteindre ce but était de le plonger dans le monde du divertissement. C'est-à-dire la TV, le cinéma et en particulier les films d’horreur, les chansons pop qu’on entend à la radio. Tout en le rendant intemporel. Archaïque. Comme dans l’univers du conte… » On en vient enfin à la littérature. Ainsi Sheff aurait vécu son enfance comme un solitaire entouré de davantage de livres que d’amis. Il confesse. « J’ai dit ça moi ? Probablement que c’est vrai. Je me sens souvent proche des écrivains qui sont partis dans l’autre monde. C’est émouvant. J’ai toujours eu ce sentiment de partage et de proximité avec eux. Mais finalement, tu te sens bien auprès des personnes que tu ne connais pas. D’ailleurs, lorsque tu as l’opportunité de rencontrer des personnes que tu admires, tu es souvent déçu. A cause de la différence entre l’image que tu projettes et la réalité. Mais tu peux aussi rencontrer des êtres humains malheureux, perturbés. Il y a quelque chose de touchant, de bouleversant et de triste de se dire qu’on est plus proche d’auteurs et d’écrivains et de films que de la réalité présente. C’est ce sentiment de proximité (film, auteur, etc.) que je voulais introduire dans mon album… » Mais qui est la principale source d’inspiration de ses lyrics ? Henry Miller ? « Pas la principale. En fait, je partage chez Miller, et beaucoup de monde pense la même chose, son aptitude à brosser un portrait susceptible d’embrasser toutes les facettes de la société. Depuis le beau jusqu’au laid. Il les dépeint avec un caractère joyeux. Dans la laideur, il trouve quelque chose de beau. Il existe un espace de langage surréaliste, flamboyant, dans ces descriptions. Les émotions qu’il recherche sont destinées à ouvrir l’esprit. Que tu sois intelligent, stupide, beau ou sale. Et tout ça dans l’allégresse. Entre la beauté et la laideur, il existe quelque chose de commun. J’aime ce manque de rigueur, cette absence de structure, ce désordre… » Et pourtant, certaines compos de Will sont devenues des prédictions. Il s’explique : « Il est vrai que j’ai écrit des chansons à propos d’événements qui se sont déroulés par la suite. En quelque sorte, j’ai anticipé sur le futur. Et pour pimenter le tout d’un peu d’humour, j’ai annoncé à mes potes que j’allais consacrer une compo à ma future notoriété. Donc, c’est devenu une plaisanterie entre nous. Mais cette situation est quand même curieuse. Tu projettes un événement dans ton esprit, alors qu’il n’existe pas. Et puis il se produit. C’est très excitant pour moi… »

Quelques chansons de son denier album ont suscité la controverse. Tout d’abord ‘Plus ones’, un fragment au cours duquel Will utilise des titres de chansons célèbres écrites notamment par les Commodores, REM, Paul Simon, ? & The Mysterians et les Zombies. « Pas tellement une controverse, mais disons qu’elle a fait couler pas mal d’encre. En fait, il s’agit d’une chanson radicalement différente de ce qu’on avait pu faire jusqu’alors. Nous voulions réaliser une compo à la fois amusante et légère. Qui tranche avec tout ce qu’on avait pu concocter dans le passé. Un peu idiote même. Ce n’est pas de l’humour très subtil, mais il a le mérite de faire rire. Tu sais Dylan avait ouvert la voie sur ses albums ‘Blonde on Blonde’ et ‘The Basement tapes’. Ce sont des albums bourrés d’humour mais qui dissimulent un message. Et un gag peut aussi cacher une idée très sérieuse… » A l’instar de ‘John Allyn Smith Sails’. La formation y pastiche ‘Sloop John B’, un traditionnel immortalisé par les Beach Boys mais aussi les Byrds de Roger McGuinn. Et Will y a intégré des textes du poète américain John Allyn Smith. La version est tellement sinistre, qu’elle en devient hilarante (NDR : évidemment, pour percevoir ce type d’humour, il faut bien comprendre la langue de Shakespeare). « Tiens c’est curieux, la plupart des journalistes me parlent des Beach Boys et peu de Roger McGuinn. C’est une chanson célèbre. Au départ, je n’avais pas l’intention de la reprendre. Mais j’ai changé d’avis. Parce que c’est comme si je pénétrais dans une pièce et que je rencontrais quelqu’un que je n’attendais pas. C’est ce qui s’est produit pour ‘John Allyn Smith Sails’. Et j’entre dans la chanson. Ce sont deux compos qui s’entremêlent et finissent par fusionner… »

Les arrangements opérés sur ‘The stage names’ sont assez riches. Parfois tapissés de cordes et même de cuivres. Un peu comme chez Calexico et Arcade Fire. Will ne partage pas cet avis : « Je connais trop peu ces groupes. J’apprécie Calexico, mais si leurs cuivres sont stimulants,  ils appartiennent à l’univers des mariachis. En ce qui concerne Aracade Fire, enfin de ce que j’ai pu en écouter, nous n’évoluons pas du tout dans le même registre. J’ai parfois l’impression que la formation canadienne superpose tout. Elle amoncèle une quantité d’ingrédients de haute qualité, mais sans en soigner les arrangements. Et à la longue, ça devient ennuyeux. Je n’aime pas trop cette technique. Et leur ‘Neon bible’ m’a fortement déçu. Dans ce domaine, je préfère Scott Walker à Arcade Fire… » A ce jour, Will a pu réaliser ses rêves. D’une part, il a échangé un duo avec Daniel Johnston sur ‘Don’t fall in love’. Et puis il a joué en première partie de Lou Reed, un des artistes qui constitue une de ses influences majeures. Il a même pu le rencontrer. « Oui, c’était absolument génial de pouvoir parler avec lui. C’est un type extraordinaire. J’adore sa manière d’écrire, son œuvre. Il est difficile de parler de choses qui nous rendent heureux, parce que vous ne pouvez qu’utiliser des termes dithyrambiques… » Par contre, il ne faut pas lui parler d’alt country. C’est un sujet qui fâche. « J’aime la musique country, mais aussi la soul et le rock’n roll. En fait, je joue de la guitare acoustique, et il y a neuf ans, lorsque tu jouais de la sèche, de la steel ou du banjo, les médias te collaient cette étiquette. Le pire, c’est qu’à cette époque, ce mouvement alt country était détestable. Aussi je refuse d’y être associé. Je n’ai jamais rien eu à voir avec cette scène. Je ne suis pas allergique à la country, je l’apprécie même beaucoup, mais Okkervil River ne joue pas de la country… »

Will n’est pas toujours satisfait de sa voix. Pourtant, parfois, ses inflexions peuvent rappeler Robert Plant. Surtout lors des ballades. Mais n’a-t-il jamais pensé à partager un duo avec une voix féminine ? « J’adore le Led Zeppelin et cette comparaison me flatte. Tu sais, notre musique a quelque chose de rock classique (NDR : il aime Dylan, Leonard Cohen et Joni Mitchell, entre autres). Ce quatuor mythique n’est pas une influence, mais il est vrai que nos compos les plus paisibles peuvent rappeler le climat d’un ‘Going to California’… Maintenant, ma voix n’est pas très puissante ni accessible, pas comme celle de Bono ; et c’est peut-être un problème. Une faiblesse. Donc on s’est cassé la tête pour qu’elle puisse s’intégrer dans notre musique. Pour que le groupe l’accepte. Mais quelque part cette faiblesse est une force en soi… En ce qui concerne un duo avec une artiste féminine, c’est une idée qui me plait beaucoup. C’est une formule élégante et romantique. Mais par convention, mon entourage me déconseille vivement de la concrétiser. Donc je vais m’y risquer, parce que si l’idée est ringarde, c’est un défi à relever… »

Merci à Vincent Devos.

Iron & Wine

J’évite les pièges du monde superficiel.

Écrit par

Le rendez-vous était pris : mardi 7 août à 17h dans les locaux de la VRT. Un peu anxieux, je gare ma voiture où je trouve de la place, c'est-à-dire à perpète’ les oies, et profite du trajet à pied jusqu’au bâtiment pour me remémorer les questions que je poserai à Sam Beam. Le fondateur et acteur principal d’Iron & Wine jouit d’une réputation de personnage fort sympathique. L’entretien sera très chaleureux selon certaines de mes sources. La sortie en septembre de son nouvel album « The Shepherd’s Dog » est la raison de sa visite dans notre pays. Une multitude de couloirs et d’étages plus loin, nous nous retrouvons assis à une table. Dans le coin de la pièce, il y a une housse de guitare. ‘Ibaneze ‘est gravé sur l’étui. Elle est posée à même le sol. Elle attend son maître. A côté d’elle veille son gardien : une représentante du label Sub Pop. Sam Beam ne doit pas être loin. En fait, il termine un tête à tête pour un autre magazine. Il est 17 h. Je sais qu’un taxi lui est réservé pour 18h00. Il doit l’amener à la gare. Et une autre interview est prévue après la mienne. Je me sens un peu sous pression. En réalité je m’y mets tout seul. J’ai le sentiment que la température de la pièce a augmenté de 20 °. Mes mains s’humidifient, mon t-shirt aussi. Sam apparaît au fond de la pièce, la démarche calme et posée. Reconnaissable à 10 lieues, à cause de la barbe et sa coiffure ‘hippie’. La housse de guitare semble frétiller en voyant son maître revenir. J’enclenche le dictaphone. Je sens déjà le calme me revenir. Sam me réconforte d’un sourire et d’une poignée de mains chaleureuse. Agréable premier contact.

Bonjour Sam, comment vas-tu ?

Bonjour ! Bien, merci.

Tu viens nous présenter « The Shepherd’s Dog », ton dernier album qui sortira en septembre. Dans quel état d’esprit es-tu ?

En pleine forme ! Et je suis très content. Cet album est distinct des autres. Je pense ainsi avoir pu et pouvoir en parler différemment.

Pour concocter ce dernier opus, tu as reçu le concours d’une volée de collaborateurs. Ces contributions deviennent habituelles. Dans le passé tu avais déjà reçu le concours de ta sœur ou de Calexico (sur l’EP « In The Rain »). Qu’est-ce qui détermine ce choix ?

J’aime bien inviter ma sœur pour chanter. Elle a, de nouveau, participé à la confection de cet album (NDR : et participera également à la tournée). J’apprécie tout particulièrement m’entourer d’artistes venus de tous les horizons, de manière à susciter de chouettes associations d’idées. En plus, mon travail est valorisé. J’écris, je compose et je propose. Ensuite, chaque participant apporte sa propre vision. Nous mélangeons alors le tout pour obtenir la mouture finale. Un concept qui améliore mon travail.

En général, tu contactes les artistes ou ils te proposent leur concours ?

C’est toujours moi qui les sollicite. J’ai travaillé en compagnie de Brian Deck, Jim Becker ou Rob Burger, par exemple. J’ai partagé des shows avec Rob, mais c’est la première fois que nous enregistrons ensemble. C’était fantastique ! 

En écoutant « The Shepherd’s Dog » on sent à nouveau ton envie d’intimité et la volonté de communiquer des sensations toujours plus douces. D’où vient cette motivation ? N’as-tu pas envie, de temps en temps, d’opter pour un son plus ‘trash’ ?

Je travaille toujours sur des compositions calmes ; mais parfois il m’arrive de ressentir cette envie, effectivement. Tout dépend du morceau. Sur le dernier album, certaines plages recelaient des éléments troublants, susceptibles d’y parvenir. En fait, pour composer une chanson d’amour ou intimiste, tu dois d’office opter pour un son doux. J’essaye toujours d’écrire des chansons inspirées d’expériences humaines, dont la partie douce et fragile vient dominer l’ensemble. Je tente de refléter cette perspective dans ma musique. 

Pour beaucoup d’Européens, les USA véhiculent une image assez superficielle. Comment fais-tu, pour t’en détacher d’une manière aussi tranchée ?

Oh ! Merci c’est gentil. Tu sais, les USA appartiennent à la planète terre sur laquelle je vis. Si je ne devais plus partir en tournée, ce ne serait pas un problème. En plus, je préfère me concentrer sur la recherche et la création à la maison, que d’écouter le résultat et partir sur la route. Je n’accorde pas trop d’attention au travail des autres, mais je me tiens quand même au courant. Je pense malgré tout, que la plupart des albums qui sortent aujourd’hui n’ont pas vraiment d’âme et ne libèrent guère d’émotion. Contrairement à de nombreux contemporains, je n’écris pas de chansons pour devenir une star, mais parce que j’en éprouve de la satisfaction. Pas spécialement non plus pour être connu. J’évite les pièges du monde superficiel.

Franchement, n’es-tu pas trop agacé d’être si souvent comparé à Nick Drake ?

Non, absolument pas ! Nick Drake ? Je suis flatté. J’adore sa musique. Je pense qu’il est impossible de ne pas comparer le travail que l’on produit, avec celui des autres artistes. C’est impossible de nier les ressemblances ou les influences. La musique de Nick Drake est tellement cristalline qu’on la reconnaît immédiatement.

Ta première expérience studio date de “Our Endless Numbered Days ” ?

« Creek Drank The Craddle », l’album précédent avait été réalisé à la maison. Je l’avais plutôt considéré comme le fruit d’un hobby. « Our Endless Numbered Days » à été enregistré en studio, oui.

Tu sembles adorer enregistrer at home ? C’est à nouveau le cas pour « The Shepherd’s Dog ». Exact ?

J’aime bien aussi travailler en studio. Les machines (NDR : Sam dit littéralement ‘the big toys’) sont plus sympas. Tu as plus de choix, plus d’options disponibles. J’ai fait construire un studio chez moi où j’y ai enregistré « The Shepherd’s Dog ». J’adore y bosser car il n’y a aucune restriction de temps. Tu ne dois pas te dépêcher. Tu peux écouter ce que tu fais. Tu peux encore changer ou modifier des arrangements plusieurs mois après la première prise. J’aime cette autonomie, simplement pour pouvoir me mettre au boulot quand j’ai envie, comme j’ai envie. Le procédé est plus créatif, plus motivant. Je prends mon temps pour réfléchir à ce que je fais.

“Carried House” et “Kingdom of the animals” figurent sur l’EP “Boy With A coin”, mais n’apparaitront pas sur l’LP. Manque de place ?

J’enregistre toujours beaucoup plus de chansons qu’il ne faut. J’en ai systématiquement de trop. Je n’écris pas sous un format prédéfini. Je les stocke, les réécoute. Je ne réunis sur un même disque que des chansons qui ont un lien commun. L’histoire de « Carried House » est assez amusante ; au début de sa création elle reposait sur une structure rythmique et trahissait une influence africaine. Elle s’est modifiée au fil du temps pour devenir ce qu’elle est à présent. Le résultat est assez chouette, et totalement différent de sa conception initiale. Je prends toujours mon temps pour tisser mes morceaux et embellir les motifs qui en résultent. Sur ce single, je voulais que ma musique adopte un autre type de sonorité.  

Quels rapports entretiens-tu avec Sub Pop ? Tu t’y sens bien ?

(En se relevant vers l’attaché du label à coté de nous) Oh très très bien, génial !! (rires). Sérieusement, cette structure me plaît. Certains artistes choisissent de signer chez un major en disant ‘faites de moi une rock star !’ Ce n’est absolument pas ma façon de concevoir les choses. Chez Sub ils produisent et distribuent mes albums en me laissant une totale liberté. Vraiment, c’est tout ce que je demande. Rien de plus. Ce sont réellement des gens sympas.

Tu te produiras en concert le 9 août à Londres, puis tu retournes jouer aux States. Ensuite tu repars vers l’Ecosse et l’Irlande avant de revenir à nouveau vers l’Angleterre. Tu nous as oubliés dans ton trajet dis donc ?

(rires) Oh non…Toutes les dates ne sont pas encore confirmées. Je me pointerai pour un concert prévu au mois d’octobre, je pense ; et puis pour le printemps.

Fabriques-tu tes propres pochettes ? Je les trouve très réussies. As-tu suivi des cours d’arts graphiques ?

Oui, j’ai fréquenté l’Académie. En fait, à une certaine période de ma vie, j’ai même cru que j’aillais devenir peintre.

Et le choix entre la peinture et la musique n’a pas été trop difficile ?

Je continue toujours à toucher à tout : photographie, film, peinture. C’est mon passe-temps. Je n’ai jamais vraiment fait de choix définitif.

Merci Sam, c’était très sympa de discuter avec toi.

Merci à toi, et bonne continuation.

Il est 17.30. L’entretien s’est déroulé à toute vitesse. Sam ne s’est jamais départi de son sourire tout au long de notre rencontre. C’est en emportant cette image que je le quitte. En voyant de face mon t-shirt sur lequel est imprimé une vieille pochette de Shelter, il me dit encore : ‘Hey Shelter, j’aime ce groupe. J’aime bien Ray’ (NDR : Ray Cappo est le leader de cet ancien groupe de straight-edge hard-core). Après une longue poignée de mains, il me gratifie d’une claque sur l’épaule. J’ai l’impression de quitter un vieux pote. Au coin du couloir je sens une drôle de sensation m’envahir. En fait il me manque déjà…

Lamb

De lumière et d'obscurité

Écrit par

Andy Rhodes et Louise Barlow, passant allègrement d'une tournée promo aux Etats-Unis à quelques apparitions remarquées en festival, estiment Lamb meilleur sur scène que sur disque. Même si "Fear Of Fours", le second et récent en date, sent déjà plus le live. Une chose est sûre: le réjouissant concert, entre drum'n'bass, électronique et chansons pop, livré par le duo de Manchester à Werchter au début du mois est de ceux qui donnent envie de plonger au plus profond de sa musique. En compagnie de Lou, maman d'un petit Reuben d'un an...

Nous avons tourné aux Etats-Unis avec l'album précédent. Ils nous connaissent déjà un peu là-bas, et les réactions sur le second semblent positives. J'ai l'impression que les Américains commencent à s'y intéresser. Le problème, c'est que nous n'entrons pas vraiment dans une catégorie musicale particulière. Tout le monde sait qu'aux States, les radios, par exemple, sont très spécialisées. Mais les ‘college stations’ passent notre musique. C'est dans ce circuit-là qu'on s'intéresse surtout à ce que nous faisons. C'est un bon début

Pas parler, jouer!

Comment parlez-vous habituellement de votre musique aux gens que vous êtes amenés à rencontrer?

Je crois qu'une fois qu'on commence à décrire quelque chose, on s'en éloigne. C'est pourquoi je n'aime pas trop parler de notre musique. Evidemment, ça ne facilite pas le travail des journalistes. Disons simplement que cette musique requiert d'être écoutée, pas discutée, dans un sens. C'est comme pour un tableau; la meilleure chose qu'on puisse faire, c'est le regarder plutôt que d'en parler. Les gens écoutent trop souvent sans faire fonctionner leurs oreilles. Ils se basent sur ce que d'autres ont pu dire et dès lors, ils ont déjà classé la musique avant d'y prêter vraiment attention. C'est la tendance actuelle et ce n'est pas très positif.

Les gens se sont plantés, par rapport à votre premier album?

Quand il est sorti en 96, nous ne savions pas trop quelles réactions il allait susciter. En plus, nous étions très naïfs à l'époque. Forcément, nous sommes restés enfermés en studio, totalement plongés dans ce disque pendant des semaines et nous n'étions jamais montés sur scène. Globalement, il a été bien reçu. Bien sûr, nous avons eu droit au lot habituel de comparaisons stupides. Avec Portishead par exemple. C'est ce qui arrive quand on écoute un disque sans ouvrir les oreilles... C'est réducteur et générateur d'a priori.

Pourquoi être comparé à Portishead? Parce que vous êtes un duo? A cause de ta voix?

Dans un sens, c'est de la paresse... journalistique que de relier ainsi un album à d'autres déjà existants. La musique pourrait être comparée à un jour ensoleillé, une tornade, à un plat qu'on apprécie... Il y a tellement de moyens pour exprimer la musique. Mais non, il semble que coller des étiquettes soit la règle. On dirait que certains s'en sont même fait une spécialité! C'est le pire qu'on puisse faire avec la musique.

Tu penses aux journalistes en particulier?

Les dj's fonctionnent de la sorte également. Et en plus, on en a fait des stars (rires)! C'est du nivellement par le bas. Lamb? Ah oui, c'est une fille et un garçon. Elle chante, il bidouille? Bon, c'est comme Portishead!

Ecrire

Tu n'as pas envie de devenir journaliste?

Non! J'aimerais devenir écrivain.

Ecrire des chansons est proche du métier d'écrivain, selon toi?

Oui, en tout cas c'est plus facile parce qu'une chanson est plus courte qu'un roman (rires). Comme je ne reste enthousiaste que pendant de brefs laps de temps, le format ‘chanson’ me convient parfaitement. Je peux raconter une histoire ou faire passer une émotion en trois minutes et demie, c'est parfait!

Tu fais quoi des textes que tu n'arrives pas à terminer?

Il ne m'est jamais arrivé de haïr une chanson au point de ne plus jamais vouloir en entendre parler. Disons qu'il y en a que je préfère à d'autres et que ça change souvent. Je crois à la spontanéité: quand tu fais quelque chose de bon, c'est parce que tu le fais pour la première fois.

Quand on vous voit sur scène, on a effectivement l'impression que c'est pour vous un plaisir et une découverte à chaque fois renouvelés...

Nous pourrions tomber dans la routine en jouant chaque soir les mêmes choses. Ce n'est heureusement pas notre cas. Les endroits sont différents, nos humeurs sont différentes, en plus nous jouons au sein d’un groupe. A chaque fois, ça doit être neuf pour nous, c'est la seule manière d'évoluer. C'est ainsi que nous essayons de fonctionner. En injectant chaque soir une nouvelle fraîcheur dans notre musique.

Et pleurer

Tu trouves que votre musique se prête à être jouée dans de gros festivals?

Au départ, Lamb n'était qu'un projet studio. Après la sortie du premier album, l'idée de monter sur scène était pour nous une perspective assez effrayante. Nous n'avions vraiment aucune idée de la manière de faire, tout simplement! Au fil du temps, nous avons appris à développer notre show. La plupart des chroniques mentionnent que nous sommes meilleurs sur scène que sur disque. Nous en avons également l'impression! C'est pourquoi l'expérience des concerts a été largement prise en compte au moment d'écrire "Fear Of Fours".

Vos titres plus mélancoliques passent aussi bien sur scène que les plus rythmés? Il y a quand même quelques plages très calmes sur cet album...

Je crois que le public est gavé de pop music qui se veut joyeuse à tout prix. Quand une chanson ne rentre pas dans ce format, on se dit tout de suite qu'il s'agit de mélancolie. Si on écoute attentivement notre musique, je crois qu'elle est l'expression d'une joie profonde. Or, les joies les plus profondes sont très proches de la tristesse, et vice-versa. C'est la vie: elle est faite de lumière et d'obscurité. Il n'y a pas d'émotions pures mais des émotions connexes. Après tout, pourquoi les gens pleurent-ils quand ils sont heureux?

Interview parue dans le n°75 du magazine Mofo de juillet/août 1999

 

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