La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

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Jean-Claude Mondo

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jeudi, 27 juin 2013 11:53

Strong

De son véritable nom Billy Price, William Pollak est né dans le New Jersey ; cependant, il y a près de 40 ans qu’il vit à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il est aujourd’hui âgé de 63 balais. Ce chanteur de soul et de blues a été, pendant plusieurs années, le chanteur du légendaire guitariste, feu Roy Buchanan. C’était au cours des 70’s. Price fonde ensuite le Keystone Rhythm Band ; puis en 1990, enfin le Billy Price Band. Le premier album publié sous son nom paraît en 1993. Il s’intitule "Danger zone". Depuis, il en a gravé quelques autres, dont "Nightwork" en 2009, déjà chez Dixiefrog ; et fin 2012 "Live on stage". Lors des sessions de ces deux elpees, il avait reçu le concours du gratteur français Fred Chapellier.

Price n'est pas un musicien professionnel, il est toujours marketing manager au sein d’une boîte de Pittsburgh. Et c'est toujours au cœur de cette cité que l'enregistrement de "Strong" a été réalisé. Billy est entouré de son band, le guitariste Steve Delach, le claviériste Jimmy Britton, le drummer David Ray Dodd, le bassiste Jason Hollar, ainsi qu’une section de trois cuivres. Enfin, il a reçu le concours de quelques invités. Billy signe la majorité des titres dont deux en compagnie de son ami français Chapellier.

Le BPB démarre par "Drivin' wheel", une compo issue de la plume du pianiste de blues, Roosevelt Sykes. Cette version lorgne davantage vers un R&B plutôt funky et cuivré. La voix de Billy trempe dans la soul la plus pure. Aux six cordes, Steve Delach est déjà bien affûté. Typiquement blues, "Can't leave it alone" est bien rythmé. Mark Wenner, le leader des Nighthawks, se réserve l'harmonica. Et un billet de sortie lui est accordé pour rivaliser avec les cordes. Billy chante d’une voix douce, claire et suave, "Sweet soul music", une ballade soul, écrite par Neal Black et Fred Chapellier, préposé à la guitare pour la circonstance. Dans son style Price est vraiment un chanteur fascinant. Et il le démontre une nouvelle fois sur "Gotta be strong". Blues lent fin de soirée, "The lucky one" est destiné aux couples qui peuvent enfin s'enlacer, sur la piste de danse. Limpide, la voix est balisée par les ivoires de Britton et le saxophone ténor d'Eric Defade. La reprise en mode funky du "Never get enough" de James Brown n'est guère une surprise. Mark Stutso, chanteur/drummer des Nighthawks partage les vocaux. Et on épinglera encore, la reprise du "Part time love" de Clay Hammond, un excellent slow blues bien cuivré, soutenu par l'excellent Monster Mike Welch, aux cordes. 

 

jeudi, 27 juin 2013 11:50

Double Life

Paul Rose est un guitariste anglais. Quoique fondamentalement branché sur le rock, il est également capable de se débrouiller au sein d’un large éventail de styles, que ce soit le blues, la country et le folk. Il est originaire du nord de l'Angleterre. De Newcastle très exactement. Il avait été découvert par le populaire Rory Gallagher, en personne. Il compte déjà une bonne dizaine d'albums à son actif, dont un ‘best of’, au cours d’une carrière qui, il est vrai, s'étale déjà sur une vingtaine d'années.

Ce "Double life" est consacré à des reprises destinées à mettre en exergue l’amplitude de sa technique sur son instrument. Il ne chante d’ailleurs pas, mais a reçu le concours de plusieurs de ses amis pour se succéder au micro. Les sessions se sont déroulées au Steakhouse de Hollywood, au sein d’un studio qu’il a réservé pendant deux semaines, afin de pouvoir faire un choix parmi les chansons et soigner les arrangements.

L’elpee s’ouvre par "Cold sweat" un shuffle aussi solide que notoire. Issue de la plume de Pee Wee Ellis, cette compo figurait au répertoire de James Brown. Et il faut reconnaître que Mr Rose impressionne à la guitare, dans un style qui oscille entre Stevie Ray Vaughan et feu Rory. Raffia Ford est une chanteuse R&B, soul et jazz. La Californienne se réserve le "Honey Hush" de Big Joe Turner. Le flux de notes dispensé par Paul remplit parfaitement le moindre espace libre. Signée par Latimore, il y a plus de 40 ans, "Let's straighten it on" est une jolie ballade soul. Cet ancien succès est remarquablement interprété par Sweet Pea Atkinson, l'un des vocalistes de Was (Not was). La sortie aux cordes est empreinte d’une grande sensibilité. Autre ballade r&b, "Drowning in the sea of life" est illuminée par la présence du choriste habituel des Rolling Stones, Bernard Fowler. Blues rock funky, le "Crazy' bout you baby" d'Ike Turner est bien mis en valeur par la participation de Raffia Ford. Mais si Paul excelle sur son manche, il a souvent trop tendance à en remettre une couche ; m’enfin, c’est dans son style. Sculpté dans le country/rock, "Dark end of the street" libère une très belle mélodie, une piste issue de la plume de Dan Penn. Tio Banks siège derrière son l'orgue. La voix de Terry Evans est étincelante. Rose libère des notes exceptionnelles de sa gratte, rappelant même les sonorités d'une lap steel. Encore un autre blues rock shuffle : "Ball and chain" ; et rien à voir avec le même titre autrefois magnifié par Janis Joplin. Ce qui ressort le plus chez Paul, c’est le soul blues. A l’instar de cette cover d’"I don't want to be right" de Homer Banks, au cours de laquelle sa sortie à la six cordes est vraiment épatante. La fin de parcours de ce "Double life" vire au blues. Tout d’abord à travers le classique "Just a little bit" de Rosco Gordon, un "Uphill climb" signé Terry Evans, que le compositeur est venu chanter d’un timbre empreint de douceur et enfin l’illustre "Stormy Monday" de T-Bone Walker, un slow blues de près de 10'. Superbe, cette version opère une solide corrélation entre la voix de Sweet Pea et la guitare, parfois proche de Roy Buchanan. Excellent dans le style!

 

jeudi, 27 juin 2013 11:47

Hot mess

Chanteuse, guitariste, auteure et compositrice, Pam Taylor est issue de la Caroline du Sud. Au sein de son backing group figure son propre père, Mike Taylor, préposé au saxophone, mais également le guitariste soliste Kyle Phillips. Et cette équipe tient parfaitement la route. Doué d’une jolie voix, Pam signe de solides chansons inspirées par ses expériences personnelles. Kyle est un bon gratteur et les interventions au sax de Taylor senior sont manifestement originales. "Hot Mess" est le premier opus du PTB (NDLR : rien de politique dans cette histoire !)

Rock/blues, "Smile again" ouvre la plaque, dans un style proche du Cream époque sixties. La voix de Pam est convaincue et convaincante. Le sax paternel cuivre le riff de guitare. Les deux solistes se libèrent déjà, conduits par une soif commune d’évasion. Pam aborde le titre maître sur un ton offensif. Le tempo est vivace. Tour à tour, Mike et le tout jeune Kyle prennent un billet de sortie, sans pour autant nuire à la cohésion de l’ensemble. Phillips est un musicien créatif, et il le démontre sur "Watcha doin'", une excellente compo qui met en exergue les modulations vocales féminines de Pam, dont les dernières phrases sont susurrées. Le sax ténor de Mike hurle pour introduire "It's so easy", un morceau à la ligne mélodique contagieuse et au cours duquel Kyle tire une nouvelle fois son épingle du jeu. Pam chante avec puissance et maîtrise "Not the only one", bien talonnée par l’ensemble des musiciens, parmi lesquels se détache une fois encore le sax dont les oscillations vont et viennent au gré de la chanson, et tout particulièrement de la voix disciplinée de sa fille. Une formule qui fonctionne à la perfection ! "All the same to me" adopte un tempo particulièrement rock. Une plage balayée par les interventions du saxophone et de la slide, mais surtout caractérisée par un riff stonien. Long blues lent, "Next time you think about cheating" me fait penser au "Red house" de Jimi Hendrix. Surtout à cause de la guitare. Car si ce morceau est superbement chanté, c’est par la voix d’une Miss Taylor qui semble possédée. Une seule reprise, "I'd rather go blind". Une ballade r&b régulièrement adaptée et qu’Etta James avait traduite en énorme succès. La nouvelle version n'a rien à envier aux autres. La voix est remarquable. Ravageur, le sax se fond dans les cordes, pour se mettre au service de la composition. Blues rock funkysant, "It ain't the one" épouse un profil proche du mambo. De bonne facture, cet opus s’achève par le tendre "All I got left", blues réminiscent d"It hurts me too" de Tampa Red.

 

jeudi, 27 juin 2013 11:45

Soundscape road

D’origine arménienne, Eric Ter est de nationalité française. Agé de 61 ans, il est d’ailleurs né dans la capitale de l'Hexagone. Ce qui va marquer au fer Eric, c'est sa présence aux spectacles accordés par Jimi Hendrix, Bob Dylan et Frank Zappa, à l’Olympia. A l'époque, nous sommes alors à la fin des sixties et notre jeune musicien fréquente beaucoup Londres. Il devient donc rapidement branché. A la mode si vous préférez. Et succombe aux charmes de la musique psychédélique. Mais il ne parvient pas à décrocher de contrat et finalement rentre chez lui, en France, avant de finalement s'exiler aux USA, de 1979 à 1994. Depuis son retour, il a publié plusieurs albums personnels, "Grandeur et Mystères" en 1998, "Barocco" en 2002, "Guitare blues" en 2006, "Chance" en 2008 et "Nu-turn" en 2011. Philippe Langlois le signe enfin sur son label Dixiefrog ; mais il a laissé à Eric la totale maîtrise musicale de son nouvel opus, "Soundscape road". Cette aventure sonore est marquée des premières influences de l'artiste et il laisse aller ses diverses impressions sur une base marquée par le blues. Ter est ici soutenu par une section rythmique réunissant le bassiste Daniel Cambier et le drummer J.B Lepape. Il assure également la production.

Il débute l’elpee par "The fella", une fresque rock plutôt free. Il parle ou il ‘rappe’, si vous préférez, mais dans un style très personnel, de manière à converser avec sa guitare, dans l’esprit d’un Frank Zappa. Son jeu est très riche, dense et tout de même très particulier. C’est au "Sunset/Sunrise", entre le coucher et le lever du soleil, que se produit l’attaque déjantée des cordes. Un exercice de style très psychédélique, mais malheureusement, un peu trop court à mon goût. "I dig R&R Music" creuse manifestement dans le rock'n'roll. Tout au long de cette cover de Peter, Paul & Mary, la voix est plutôt flemmarde, et les interventions à la gratte acides, corrosives, mordantes. "She said it" est une courte jam instrumentale. "Things to visualise" véhicule un message personnel. Eric se réserve tous les instruments : guitares, clavier, basse et batterie. Il chante paresseusement à la manière d’un Kevin Ayers ou d’un Syd Barrett égaré, souvent en monologue rap, et poursuit ce périple sur "Matter of time". Eric se rappelle alors qu'il est censé enregistrer du blues. Il reprend alors le "Walking the dog" de Rufus Thomas, en se réservant une solide partie de cordes inspirées par le British blues Boom déjà quinquagénaire. Les pecus impriment un rythme soutenu au titre maître. Les interventions de guitare naviguent quelque part entre Jimi Hendrix et Carlos Santana. Les vocaux sont répétitifs. Nous retombons sur Ter. Il pose sa voix grave sur "The bells", une compo réminiscente du Velvet Underground voire du David Bowie lors de son cycle germanique. Les cordes fluctuent, mais les sonorités sont bien contemporaines. Eric empoigne sa steel guitar acoustique pour attaquer "Got me bad", et nous fait le coup du blues originel en y mêlant très vite la slide électrique. En finale, il nous propose sa version du "Wild child" de Tom Rush ; et elle est très réussie, collant parfaitement à son style nonchalant.

 

DJ écossais, Keb Darge est un spécialiste du Northern soul et funk ainsi que du rockabilly. Très jeune, il animait au Casino de Wigan avant d'émigrer vers la capitale britannique. Le label BBE (Barely Breaking Even) a décidé, il y a quelques années de collaborer avec Keb pour des séries de ‘Deep Funk’ et ‘Funk Spectrum’. Cet elpee constitue le troisième volume de la série "Legendary Wild Rockers". Il se concentre sur les années 50, 60 et 70 ; et en particulier le rockabilly, le R&B ainsi que la soul aux perspectives amusantes. Et épingle des artistes ou groupes, pour la plupart obscurs...

Le recueil ouvre dans une casbah, en compagnie de Ganimian & His Orientals. L’opus recèle bien sûr du pur rockabilly. A l’instar du "The raging sea" de Gene Maltais, commis par le Gibson String Band en 1957, le tonique "Rock& roll guitar" de Johnny Knight, l’"Ice cold baby" de Marion ‘Madman’ Mitchell et "Be-bop battlin' ball" d'Eddie Gaines and the Rockin' Five. La guitare est intenable sur le "Sunset blues" de Tony and Jackie Lamie et leurs Swing Kings. L'intensité et le rythme y sont omniprésents. Parmi les petites perles instrumentales, figurent le superbe surf "Headache" d'Angie & the Citations, le "Thunder reef" des Shindigs, le bluesy "Crawlin' the Crawl" des Untouchables ainsi que le "Barricuda" des Page Boys, caractérisé par les échanges entre saxophones ténor et baryton. Les percussions tribales et les saxos débridés d’Ole Miss Downbeats dominent "Geraldine". Des cris de rage s'échappent de l'irrésistible "I'm the wolfman" de Round Robin. L’opus recèle néanmoins des plages plus blues. Et tout particulièrement le remarquable "Connie Lou" de Ray Taylor and Alabama Pals et le "Let your hair down baby" d'Everett Carpentier, un boogie dynamisé par un piano roadhouse. Le "Have a ball" des Country Dudes achève cette compile, une piste davantage country… 

 

jeudi, 27 juin 2013 11:42

Remembering Little Walter

De son véritable nom Little Walter, Marion Walter Jacobs a sans doute été le plus prestigieux harmoniciste de blues. Personnage talentueux mais également belliqueux et bagarreur impénitent, son existence s’est arrêtée à l’âge de 37 ans, suite à une rixe qui avait éclaté dans une rue de Chicago. Sa technique révolutionnaire, il l’avait empruntée au saxophone. A ses débuts, il ne confessait qu’une seule influence, celle de ‘Sonny Boy’ Williamson I. Il n'avait que 22 printemps lorsqu'il enregistre l'instrumental "Juke", un compo qui lui est restée collée à la peau, 45 ans après sa disparition. Ce Louisianais d'origine avait émigré à Chicago à l'âge de 15 ans. C’est un des tous premiers harmonicistes à avoir amplifié son instrument, à l’aide d'un microphone. Il a milité au sein du Muddy Waters Band, de 1948 à 52. Il fonde ensuite son propre groupe, les Aces, en compagnie des frères Louis et Dave Myers aux guitares, et de Fred Below aux drums. De son vivant, il a décroché deux numéros ‘1’ : "Juke" et "My babe" ainsi que trois numéros ‘2’, "Sad hours", "Blues with a feeling" et "You're so fine". Le label Bling Pig a confié au Californien Mark Hummel, également remarquable souffleur, le soin de produire cette collection pour rendre hommage à cette légende du blues. Plusieurs harmonicistes notoires se sont bousculés au sein du club ‘Anthology’ de San Diego et du studio de Kid Andersen, pour participer à ce ‘Tribute’…

Il revenait au maître de cérémonie d’entamer les hostilités. Mark Hummel interprète passionnément "I got to go". Mark se réserve également l'instrument chromatique sur l’instrumental "Blue light", un merveilleux slow blues. La lecture du classique "Just a feeling" opérée par le vieux Charlie Musselwhite est absolument extraordinaire. Son jeu et son chant sont bouleversants. Et il remet le couvert sur "One of these mornings", soutenu par les interventions palpitantes de Charlie Baty à la six cordes. Billy Boy Arnold est le seul bluesman noir qui a participé aux sessions. A 78 balais, ce citoyen chicagolais a encore de bons restes. Tout comme Musselwhite, il a connu Little Walter de son vivant. Il est étincelant tout au long de "You're so fine" et "Can't hold out much longer". James Harman est également un souffleur réputé. Il adapte impeccablement "It's too late brother" d'Al Duncan et "Crazy mixed up world" de Willie Dixon. Sugar Ray Norcia est un autre souffleur émérite. Il a longtemps été l'acolyte du guitariste Ronnie Earl et membre de Roomful of Blues. Et il est véritablement épatant sur sa version du classique "Mean old world" et "Up the line". En guise de bouquet final, tout ce beau monde se retrouve sur "My babe". Successivement James, Mark, Charlie, Sugar Ray, Billy Boy et –ô surprise– l’ex-leader des Nightcats (au sein duquel militait un autre génie de l'harmonica, Rick Estrin), Little Charlie Baty –plus habitué aux parties de cordes– se relaient. Un très bel hommage!

 

jeudi, 27 juin 2013 11:41

13 Live

Agé de 58 ans, Jimmy Vivino est un bluesman blanc originaire du New Jersey. Il est chanteur, guitariste, claviériste, auteur et producteur. Il a été longtemps le protégé d'Al Kooper en compagnie duquel il se produit encore épisodiquement ; et en particulier au sein des Rekooperators. Jimmy est un musicien très occupé ; et pour cause, il participe à de multiples projets. Il drive également son propre groupe, les Black Italians. Vivino est d’origine italienne. Il se produit indifféremment en compagnie de Cubains, Juifs, Afro-américains, qu'il a baptisé les Black Italians.

L'enregistrement s'est déroulé dans le studio du regretté Levon Helm, à Woodstock, devant un public trié sur le volet. Le répertoire est très diversifié. Les musicos sont de vieux briscards très à l’aise sur les planches. Trois chanteurs s’affichent régulièrement en front de scène : le guitariste Jimmy, Catherine Russell, la dame noire, et l’harmoniciste Felix Cabrera. Le backing group implique une section rythmique, un bassiste, un drummer, un claviériste qui double au trombone, sans oublier les percussionnistes.

La fête s’ouvre par "Fat man", une compo écrite par le chanteur jamaïcain Derrick Morgan. Un reggae blues imprimé sur un mid tempo (un beat à la Bo Diddley ?) La voix de Jimmy est talonnée par l'harmonica et les claviers. Cabrera est un excellent harmoniciste. Dans le style, il est proche du regretté Paul Butterfield. Catherine est au micro pour l’adaptation de "Soul dress", en son temps un succès pour Sugar Pie Desanto ; et le rythme de cette piste aurait manifestement été apprécié par Jimmy Reed. Vivino excelle aux cordes. Pas vraiment un grand technicien, mais un homme capable de mettre le feu à la baraque. Felix est aux vocaux pour le "From a Buick 6" de Bob Dylan. La version est percutante. Les échanges opérés entre le souffleur et le gratteur sont à nouveau très chauds. Jimmy arrache tout ce qu'il peut de ses cordes tout au long de sa cover du "Fast life rider" de Johnny Winter, une piste au cours de laquelle James Wormworth se met bien en évidence aux drums. Miss Russell injecte toute sa puissance et sa passion dans la voix pour attaquer "Fool's gold", un blues lent marqué par de très bonnes sorties de Vivino et de Danny Louis à l'orgue. Vivino chante frénétiquement et se déchaîne sur ses cordes tout au long de "Heaven in a Pontiac", un rock'n'roll à la Chuck Berry. Les Black Italians épaulent judicieusement Cabrera, lorsque la solution sonore vire au pur funk. A l’instar d’"Animalism". Une compo suivie par le très dansant "Light up or leave me alone" de Jim Capaldi (Traffic), puis d’une solide tranche de funky R&B, proposée sous la forme d’une cover du "What do I have to do" de James Brown. Egalement signé par le Zim, "Maggie's farm" est imprimé sur un tempo très enlevé, une piste nerveuse, dansante, au cours de laquelle l'harmo est en effervescence, Danny est passé au trombone et les vocalistes chantent en chœur. "Song for Levon" est une ballade qui rend hommage au regretté batteur du groupe The Band, décédé l'année dernière. De toute bonne facture, ce concert s’achève par le "Shape I'm in" de Robbie Robertson, autrefois guitariste du Band…

 

mercredi, 19 juin 2013 14:29

Elvis Unleaded

Le Mike Eldred Trio est un ensemble qui pratique du blues et du rockabilly. Drivé par le chanteur/guitariste Mike Eldred et secondé par les ex-Blasters, John Bazz et Jerry Angel, il est issu de la banlieue de Los Angeles. Fin de l’année dernière, il avait publié un excellent elpee de blues, "61 and 49", titre qui se référait au célèbre carrefour sis près de Clarksdale, dans le Mississippi. Leur premier opus était éponyme. Il remonte à 2002. L’an dernier, le combo avait rendu un hommage à Elvis Presley, en gravant "Elvis Unleaded". Ce disque vient de bénéficier d’une réédition.

Lors des sessions d’enregistrement, le trio avait bénéficié de la participation de quelques collaborateurs. Et notamment l'extraordinaire pianiste californien Gene Taylor, Jerry Donato au sax ténor, Scott Yandell à la trompette et du JOBS Quartet. Au menu, vingt plages puisées dans le répertoire du King Elvis, tant de ses disques et de ses musiques de films ! De quoi proposer un éventail de rockab’, de rock'n'roll et de slows langoureux, que le King avait le don de caresser de son timbre vocal chaleureux.

Le long playing alterne cependant morceaux notoires et autres moins populaires, à l’instar de l’ouverture de la plaque, "Burning love", un single très rock paru en 1972. La version du M.E.T. est soulignée par les chœurs du JOBS Quartet. On passe aux affaires sérieuses, dès "I feel so bad", une compo signée Chuck Willis et reprise par Elvis en 1961. Sur cette piste, Taylor brille aux ivoires. "Rip it up" est plus connu. Un r'n'r sauvage au cours duquel les échanges entre accords de piano et de cordes sont épiques. Première ballade doowop, "Don't" a été le premier n°1 de Presley. C’était en 1958! Et la flip side, "Love me" a également été retenue. Parmi les auteurs qui ont le plus prêté leur plume à Elvis, figurent incontestablement Jerry Leiber et Mike Stoller. De leur répertoire, "Jailhouse rock" (NDR : n°1 en 57), "Little Egypt" et "You're so square" y sont proposés. Sans oublier le subtilement boogie "T.R.O.U.B.L.E", au cours duquel Gene Taylor ne tient plus en place. Sculpté dans le blues, le "Lawdy Miss Clawdy" de Lloyd Price nous conduit près de New Orléans, et profite des interventions exquises d'Eldred et Taylor. Dans le même style, "One night of sin" était issu de la plume de Smiley Lewis. Impossible de passer sous silence "Long tall Sally", un véritable pétard signé Robert Blackwell et surtout un succès pour Little Richard. Côté blues encore, on épinglera "Big Boss man", un grand hit décroché par Jimmy Reed en 1960 qu'Elvis adaptera plus tard, en 1967. Le long playing nous réserve encore une cover du célèbre "Heartbreak Hotel", encore un n°1, mais en 1956. Cet album rend également un hommage aux Jordanaires, le backing band de Presley et à son gratteur de génie, Scotty Moore, qui affiche 81 piges aujourd'hui.

 

dimanche, 23 janvier 2022 10:27

Long island

L'atmosphère glauque de Brooklyn n’est certainement pas propice à la purification. Il faut croire que cette terre est devenue inculte. Le mal de vivre y est persistant ; et si les compos véhiculent un message, ce constat n'est manifestement pas absent. Ce qui ne veut pas dire que la musique d'Endless Boogie n'a pas de saveur ni de couleur. Au contraire. Mis elle est âpre,  volontairement agressive quand c’est nécessaire. Douce et amère parfois. Acide toujours. Endless Boogie est une composition signée John Lee Hooker, dieu du blues et du boogie. Ce band étasunien a donc choisi ce patronyme. Le boogie sans fin, oui, les compositions du groupe sont autant de jams. Les musiciens entament les débats et ne savent pas vraiment comment ils traverseront le temps et termineront cette impro. Ce ne sont pas de jeunes musicos. Plutôt des artistes expérimentés, forgés par le temps, puisant au tour à tour leurs racines dans le blues, boogie, punk, rock et psychédélisme. Découpé en huit pistes, cet opus s’étale sur 80’. Ce qui se traduit par une moyenne de 10' pour chaque titre. Il faut donc être prêt pour une telle aventure.

Le leader c’est toujours Paul Major. Il se réserve et se réserve la première gratte. Mais comme leur expression sonore mérite des échanges entre cordes, le rôle du second sixcordiste, Jesper Eklow, est aussi important. Et puis un troisième soliste est également de la partie, et c’est loin d’être un manchot, puisqu’il s’agit de Matt Sweeney! Il a notamment sévi chez Chavez et Zwan et avait déjà assuré la mise en forme pour Endless Boogie. Pour soutenir toutes ces guitares, une solide base rythmique est nécessaire. Elle est assurée par Harry Druzd et Marc Rezo, et c'est du béton armé.

Difficile de décrire toutes les couleurs sonores qui traversent "Long island". Elles se succèdent tout au long de la jam qui progresse lentement, mais sans jamais susciter l’ennui. Un coup de fuzz et c'est parti pour un très long "The savagist", porté par la voix de Major. Elle semble émaner de l'au-delà, comme un Captain Beefheart fortement dérangé des bronches. La plage libère énormément de groove, et cette combinaison rythmique des guitares aboutit dans une orgie de cordes totalement libérées. "Taking out the Trash" s’ouvre dans un climat ‘hawkwindien’. Linéaire, ce titre de space rock est écrasé par le rythme. La voix campe un hybride entre Beefheart et Lemmy (de Motörhead et Hawkwind). Un morceau plus accessible dont le tempo est en accélération constante. Empreint de douceur, "The Artemus ward" baigne au sein d’un climat cool, minimaliste, parfois proche de Can (NDR : oui, c’est du krautrock !) Quoiqu’en fin de parcours l’acidité se révèle de plus en plus perceptible. "Imprecations" bascule dans le délire psychédélique. Le trip est intégral et se poursuit par "Occult banker", une piste aussi débridée qu’hallucinée. "On cryology" est certainement le titre le plus blues d’Endless Boogie, mais dans l’esprit propre au band. Peu de vocaux sur ce long playing. Cependant, lorsque Paul décide de vocaliser sur "General admission", il est particulièrement sauvage. Il semble furieux et vocifère, un peu comme Iggy Pop chez les Stooges pour "Fun House" ou Rob Tyner et Eddie Kramer du MC5 dans "Kick out the jams". Les guitares affluent de partout lors de ce boogie infernal. Avant de se retirer, EB s'engage dans son plus long périple, "The Montgomery Manuscript", sur une rythmique que n'aurait pas reniée le Velvet Underground, avant de virer progressivement dans une longue transe cosmique, caractérisée par la montée en puissance progressive des cordes. De quoi installer un climat hypnotique qui ne va plus disparaître…

 

mercredi, 19 juin 2013 14:26

Blasting Zone Ahead

Les musiciens qui composent ce trio de jazz rock belge sont tous talentueux. En l’occurrence, le guitariste François Delporte (NDR : il a 40 balais !), le bassiste Olivier Stalon et le batteur Xavier Rogé. Leur musique est très structurée et laisse tout l'espace nécessaire pour permettre à chaque musico de développer ses idées et d’étaler ses capacités instrumentales.

Leur musique est cependant franchement contaminée par le rock. Et dès le premier titre, "Fraxavol 15µg", on en a la parfaite démonstration. "Rapture of the deep" s’oriente davantage dans la fusion. Sans la moindre précipitation, le discours des cordes est excellent, avant qu’il ne cède le relais à Olivier qui se révèle un excellent bassiste. Dans le même style, "Time warp" est la plus longue plage. Elle s’étire très lentement. Le travail de Xavier sur les percussions est particulièrement bien mis en exergue. Agé de 33 ans, ce jeune Tournaisien a fréquenté le Conservatoire local, en compagnie de son concitoyen Laurent Mercier, avant de rejoindre celui de Bruxelles avec Bruno Castelluci. La rencontre des trois musiciens sur ce passionnant "Time warp" est très réussie. La basse crée le riff. Elle est soutenue par les percus vivaces de Xavier. François développe un jeu captivant, plein de subtils artifices. Très créatif, il me rappelle à bien des égards Frank Zappa en personne. "Julie in the sky with diamonds" est une récréation passionnante autour de la célèbre composition des Beatles. Elle allie beauté, passion et douceur en conjuguant les trois talents. Xavier Rogé déborde de créativité. "Tethys" trempe dans un jazz rock délicat, mais plutôt classique. Lorsque le tempo ralentit, un très intéressant dialogue s’établit entre les trois amis ; ce qui incite François à s’arracher sur sa gratte avant de finalement adopter un phrasé audacieux et franchement métal sur la fin, conclu par un ‘ta gueule!’ qui a pour effet de passer de la première à la seconde partie de cette plage. Judicieusement intitulé "Blasting Zone ahead" (Zone d'explosion en avant), cet excellent long playing s’achève par "Gulliver", une finale bien explosive au cours de laquelle, tous les instruments s’emballent…

 

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