La dopamine est une hormone clé pour la motivation, le système de récompense et le contrôle de la motricité. Souvent qualifiée de « molécule du plaisir », elle ne procure pas ce dernier de façon directe, mais suscite le désir d'obtenir une récompense. Ce n'est pourtant pas cet aspect que la formation irlandaise a souhaité souligner dans le titre de son cinquième opus. « La chambre à dopamine » symbolise ici la décharge neuronale reçue par quiconque s'isole face à un écran, captivé par le défilement infini des réseaux sociaux.
Sous la houlette de James Ford (The Klaxons, The Last Shadow Puppets), Grian Chatten et son band s'éloignent, dans cet elpee, du post-punk de leurs débuts. Ils proposent un alliage de dark wave, de cold wave et de synth wave qui évoque tour à tour The Cure, Depeche Mode, Clan of Xymox, The Church ou encore le Fischer-Z de l'époque « Battalions of Strangers ». Ce disque s'avère très varié et d'une excellente facture du début à la fin, bénéficiant d'un agencement intelligent des différentes plages.
Tout commence par « Six Shot Morning », un morceau rythmé et percutant qui rappelle Joy Division. Vient ensuite le premier single, « Marianne » : une pièce à la mélodie magnifique que l'on écoute en boucle, subjugué par la voix de Grian soutenue par des synthétiseurs irrésistibles. « Mimesis » évolue à mi-chemin entre le Cure de « Charlotte Sometimes » et Clan of Xymox ; le titre se révèle particulièrement entraînant grâce à une ligne mélodique accrocheuse et des guitares qui dictent le tempo. Le combo plonge pleinement dans la cold wave sur « Happy for You », qui relate les douleurs d'une rupture amoureuse. La plage « Demolition », quant à elle, convoque l'esprit de « Battalions of Strangers » par sa rythmique soutenue et sa mélodie entêtante.
« Tongue » s’impose sans doute comme le morceau le plus singulier de ce long-playing, affichant des couplets très répétitifs et un refrain en rupture mélodique ; deux ou trois écoutes s'avèrent nécessaires pour l'apprivoiser. « One Man » se révèle plus calme et lancinant. Sur « Where Is Gone », Grian accueille l'auteure-compositrice-interprète, actrice et productrice espagnole ROSALÍA. Cette dernière s'illustre d'ordinaire par des compositions mêlant le flamenco et la pop, tout en raffinement. Sa voix, unie ici à celle de Grian pour une jolie ballade, scelle une vraie réussite. « You Miss Me » ramène les auditeurs sur un terrain plus familier : une ballade presque acoustique qui évoque le célèbre « Under the Milky Way » de The Church. « Japan » » constitue probablement le moment le moins inspiré de l'ensemble, restant une ballade sympathique, sans plus. Enfin, « Intimate » clôt l’opus en force. Aux côtés de « Six Shot Morning », cette composition est sans doute celle qui rappelle le plus les précédents disques du quintette.
En résumé, cet elpee bien balancé bousculera peut-être les fans de la première heure et en décevra quelques-uns, mais il s'avère idéal pour découvrir un collectif qui n'a pas fini de faire couler de l'encre. Le quintette cartonne d'ailleurs un peu partout en Europe et, bien sûr, en Grande-Bretagne.
The band : Grian Chatten (vocals + guitars), Carlos O'Connell (guitars + synths), Connor Curley (guitars), Connor Deegan (bass guitar) and Tom Coll (drums and percussion)
Produced by James Ford
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