Ronnie Earl est un artiste majeur. C’est de notoriété publique. De son véritable nom Ronnie Horvath, Earl est né dans le quartier du Queens à New York, en 1953. Son cursus scolaire est plus que respectable, puisqu’il achève ses études, en 1976, à l'Université de Boston. Ce qui ne l’avait pas empêché de se consacrer à la guitare. Et même de manière intensive. Il apprend beaucoup en écoutant le blues d'Otis Rush et de l'harmoniciste Big Walter Horton. Il entame sa carrière musicale, à Boston, au sein du backing group de Johnny Nicholas, the Rhythm Rockers. Et sévit ensuite chez les Bluetones du chanteur/harmoniciste Sugar Ray Norcia. En 1978, il rejoint le Roomful of Blues, le big band de Providence, dans le Rhode Island, pour y remplacer Duke Robillard. Il y séjournera jusqu'en 1986 ; mais en même temps, il entame une carrière individuelle En 88, il monte ses Broadcasters, formation au sein de laquelle figurent, au départ, le chanteur Darrell Nulisch et l'harmoniciste Jerry Portnoy. Depuis, il a publié un nombre impressionnant d’albums. Que ce soit pour les labels Black Top, Bullseye, Telarc, Stony Plain, et j’en passe.
Lorsqu'il aborde le slow blues, Ronnie adore dédicacer. Une intention qu’on retrouve dans les titres de ses compos : "Blues for... Jimmie and Jesse, for Bone, for Robert Jr, for the West Side, for Henry, for Martin Luther King, for Shawn, for Otis Rush, for the Homeless, for J, for Fathead, for the South side…", autant d'hommages rendus à des artistes, des styles ou des causes. Si Ronnie est un brillant musicien il est aussi avant tout un homme, un humaniste, à la sensibilité exacerbée, à l'inspiration débordante, puisant autant dans le blues que le jazz, et se servant même parfois des rythmes exotiques. Sa musique est celle de ses sentiments, de son corps, de son cœur, de son âme. Ronnie ne chante pas et si dans le passé, il est régulièrement parvenu à s’entourer d'excellents vocalistes, sa musique est avant tout instrumentale. Et très souvent, il laisse libre cours à ses collaborateurs, pour s’exprimer.
Pour enregistrer ce nouvel opus, Dave Limina est préposé aux claviers, Jim Mouradian à la basse et Lorne Entress aux drums. Earl puise dans le catalogue d'Albert Collins, dès le premier titre. "Backstroke" démontre déjà que l'essence même de cette œuvre repose sur les échanges à très haut niveau entre les cordes d'Earl et les claviers de Dave Limina. Ronnie parvient à restituer le style en picking du Master of the Telecaster. Première étiquette, "Blues for Dr Donna" est une déclaration d'amour qu’il adresse à son épouse Donna. Un blues tout en feeling et douceur, caractérisé par son toucher tellement délicat. Il effectue ensuite des lectures très personnelles de compos notoires, telles que le "Chitlins con carne" de Kenny Burrell, au cours desquelles il emprunte à Carlos Santana ainsi que le "Cristo Redentor" de Duke Pearson, un moreau popularisé par la version de Charlie Musselwhite à l’harmonica. Et il faut avouer que cette adaptation est majestueuse. Ronnie entame ensuite une séquence découpée en trois chapitres, "Happy", "Patience" et "Miracle". Un enchaînement proposé sous la forme d’un testament musical ; car cette musique qui lui vient du cœur, de l'âme et de l’esprit, il l’exécute en affichant cette technique impeccable et immaculée, qui le rapproche tellement de Carlos Santana. Faut dire qu’il émane une même spiritualité des deux musiciens. Limina adopte un style réminiscent de Booker T pour attaquer "Happy", une plage empreinte de bonne humeur. "Patience" campe un superbe blues lent. Enfin, "Miracle", parcouru par les interventions cathédralesques à l’orgue de Limina, ponctue cette trilogie. Les échanges entre Ronnie et Limina sur "Spann's groove" nous rappellent ceux, divins, opérés entre Muddy Waters et Otis Spann, et nous projettent ainsi dans le passé glorieux de Chicago. Sa conception très personnelle du blues, qu’il teinte de jazz et parfume d’exotisme, refait surface lors des tempos lents. A l’instar de "Skyman", au cours duquel il adresse manifestement un clin d'œil au regretté Duane Allman. Puis sur "Tommy's midnight blues". Et enfin tout au long d’"Eleventh step to heaven", une onzième marche qui mène au Paradis, et dont le parcours est balisé par l’excellente intervention de l'invité Paul Kochanski, à la basse. Davantage imprégné de jazz, "Ethan's song" met surtout en exergue le talent de Mr Limina. Il reste encore deux hommages. Tout d’abord, "Blues for Slim", qu’il adresse au remarquable Eddie Jones, dit Guitar Slim ; et, enfin, sous une forme acoustique, le traditionnel "Blues for Bill". Manifestement, Ronnie Earl possède un sens aigu du perfectionnisme…

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