Tom Russell est un musicien hors normes : déjà 17 albums à son actif, des millions de fans parmi lesquels Johnny Cash, un sacré don de conteur-prêcheur, une plume féroce qui rappelle les essais de Greil Marcus, un regard perçant d'ethnologue à la John Lomax, … A chaque album, il dépeint la condition humaine avec une profondeur apprise par cœur chez Bob Dylan, des trajectoires surréelles de grands noms de l'Histoire aux destins oubliés des laissés-pour-compte de notre société. Les mots, chez Russell, seraient donc plus importants que les notes : c'est à moitié vrai, puisque la country n'est pas en soi un genre tourné vers le futur. En tant que musique peu évolutive, ressassant à l'envi de vieilles traditions musicales dont s'est d'ailleurs inspiré le rock'n'roll, la country n'a plus, depuis bien longtemps déjà, le monopole de l'innovation… Les textes s'avèrent donc essentiels pour garder le genre en vie, ce que Russell, manifestement, a bien compris. Loin d'être un rentier de Nashville jouant au cow-boy dans les foires pour collectionneurs de stetsons, Tom Russell excelle dans la chronique populaire, racontant ses histoires comme si lui-même les avait vécues. Sur son nouvel album, " Modern Art ", il parle ainsi (entre autres) de Mickey Mantle (" The Kid From Spanivaw "), de Muhammad Ali (" Muhammad Ali "), de Charles Bukowski (" Crucifix in a Death Hand ", un poème de l'écrivain récité sur le " Carmelita " de Warren Zevon), et même de lui (" Modern Art ") ; parce que le talent d'un chroniqueur se mesure le plus souvent à sa faculté d'auto-analyse. Mais le songwriter n'est pas seul pour évoquer aussi bien ses souvenirs que ceux de poètes, de légendes du sport ou de musiciens oubliés (Stephen Forter sur " American Hotel ") : il est accompagné de musiciens talentueux et d'une vieille amie, Nanci Griffith, dont il reprend ici le " Gulf Coast Highway "… Beau disque pour qui sait l'apprécier lentement, avec attention, " Modern Art " émeut parce qu'il raconte plein d'histoires extraordinaires d'hommes et de femmes ordinaires (et vice-versa). Un tableau réaliste, fort et décent de l'Amérique des outlaws et des petites gens.
Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…
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