Savoy Brown est une véritable institution dans l'histoire du british blues et du boogie. Il est né au beau milieu des années 60, juste à temps pour goûter au succès du blues boom. Sous la houlette du guitariste Kim Simmonds, le groupe a traversé les âges. Ce Gallois d'origine s'est même fixé, depuis belle lurette, dans l'Etat de New York. Lui et le chanteur/bassiste noir Nathaniel Peterson avaient mis fin à la dernière formule du combo en 1999.
Le nouveau line up implique donc aujourd'hui, Simmonds, Dennis Cotton aux drums (NDR : il a joué en compagnie de Duke Robillard et chez Commander Cody and his Lost Planet Airmen), David Malachowski à la guitare (NDR : également un ex Lost Planet Airman), et Gerry Sorrentino à la batterie (NDR : il a aussi joué pour Robillard). Nouveaux musiciens : nouveau style ! Enfin, pas tout à fait, puisque l'expression sonore n'est jamais très éloignée du blues. Simplement, elle opère plutôt un retour au style qui avait fait leur succès commercial au milieu des 70s. Pensez aux elpees "Street corner talking" (72) et "Hellbound train" (73), lorsque Dave Walker se réservait le chant. Première constatation, Nathaniel parti, les vocaux sont désormais assurés par Kim Simmonds. Une situation qui s'était rarement produite dans le passé. Encore que ce soit lui qui donne de la voix sur ses deux albums solo, "Solitaire" et "Blues like midnight", parus chez Blue Wave. Kim n'est pas un chanteur né. Et il est à souhaiter que dans un futur proche, il trouve un remplaçant.
"When it rains" entame ce "rêve étrange". La section rythmique marque le coup. Kim chante. Mark Nanni a été invité pour participer aux sessions d'enregistrement. Il est bien calé derrière son orgue pour donner du corps au rythme. La première étincelle se produit dès l'envol initial des cordes. Des cordes allumées par Kim ! Une flamme entretenue lors de la subtile fusion entre le blues et le rock exotique, réminiscent de Carlos Santana. L'étiquette rock blues accessible peut être collée sur cette plage. En fait, Savoy Brown semble avoir opéré un retour de trente années dans le passé. A une époque considérée comme la mieux exploitée, d'un point de vue commercial. "Can't take it with you" évolue sur le même tempo. Une composition agréable, au cours de laquelle les soli de Kim conservent une trame bien mélodique. L'orgue de Nanni se fond dans le décor, à l'instar de celui de Paul Raymond, naguère. Kim passe à la slide pour la reprise du "Meat shaking woman" de Blind Boy Fuller. Le bottleneck glisse avec douceur le long de la Gibson. Pour la circonstance la voix se fond bien dans l'ensemble et la slide ressort bien de son environnement rythmique. Une plage récréative qui me plait beaucoup. Le morceau maître possède un impact commercial indéniable. Les interventions de la guitare glissent toujours harmonieusement au creux de nos oreilles. J'ignore si ce morceau deviendra leur "Tell Mama" des années 2000, mais il passe la rampe sans difficulté. "Keep on rollin" sent bon le british blues. La guitare répond au chant. Des échanges qui me rappellent de glorieuses années passées ; et en particulier, le "It hurts me too" paru sur l'album live "Blue Matter", en 68. "Shake it all night" est un boogie pas trop furieux, que Savoy Brown a parfois dispensé dans le passé ; mais un boogie bien dans la ligne de conduite observée par le présent opus. "Pain of love" et "(Hard time) believing in you" marquent un retour au style des premières plages, un style teinté par des sonorités de guitare qui me plaisent beaucoup. Invitation à se tortiller les orteils, "Memphis last night" est une plage assez longue, un peu répétitive. Les percussions s'activent pendant que Kim peut jouer son côté Santana. Savoy Brown achève son album par "Can't you let go", une composition dont les accents dépouillés et dramatiques baignent au sein d'un climat traditionnel. Kim m'y fait un peu penser à l'un de ses anciens potes, Stan Webb, leader de Chicken Shack.

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