En une bonne dizaine d'année d'existence, Les Sidemen ont commis quatre albums : "The sidemen" en 92, "When the sun goes down", produit par Joe Louis Walker, en 95, "Dig in" en 99 et ce petit dernier, produit par l'un des plus célèbres bluesmen canadiens, Colin Linden. Paul Reddick en est le leader, le chanteur et l'harmoniciste. Il écrit ses propres chansons, dans l'esprit du blues rural des années 30, de Sleepy John Estes, de Fred McDowell et d'Alan Lomax lorsqu'il consacrait ses enregistrements pour la Librairie du Congrès.
Paul est flanqué de Kyle Ferguson aux guitares, de Greg Marshak à la basse et de Vince Maccarone à la batterie. La production de Colin Linden est excellente. Le son est assez sale. Solide et soudée la section rythmique est bien en avant. L'introduction laisse augurer une excellente plaque. Un fragment assez court, intitulé "P.r Jubilee", chanté comme une work song. Les premières plages sont très électriques. Hommage au vieux country bluesman, "Sleepy John Estes" est en réalité un boogie pur et dur, propagé sans le moindre compromis. Une entrée en matière très heureuse mais féroce, au cours de laquelle l'harmo est déjà bien allumé. Le funky "Pinegum" trempe dans une ambiance Memphis soul. Paul souffle puissamment dans l'harmonica pour introduire le mélodique "King o' the zig-zag". La guitare est très aventureuse. "One way trip" est superbe. Chanté divinement il est imprimé sur un rythme à la "Wang dang doodle", alors que l'harmonica ne demande qu'à décoller! A partir de la sixième plage ("Pearl river blues") l'opus amorce un virage acoustique. Signée Colin Linden, "Blind river bound" est une roots song bien relax, balisée par le dobro de Linden et l'orgue de Richard Bell. Linden s'assied et empoigne la mandoline pour aborder "Trouble again", dans l'esprit d'un passé lointain. "Scufflewood" marque un retour au hard blues. La voix bien graveleuse de Paul rappelle celle de Billy Gibbons. Le riff de guitare peut également nous faire penser au trio texan, alors que le piano vient donner une touche plus personnelle. Cette référence à ZZ Top réapparaît régulièrement, mais avec bonheur, sur "I'm a criminal" ; notamment au niveau du chant. Imprimée sur un rythme hypnotique, cette assez longue plage laisse libre champ au guitariste Ferguson. Le dobro, l'orgue et la section rythmique funky alimentent un étrange "Dreamin' dreamin" à l'ambiance roots, très dépouillée. La plage titulaire est un shuffle à la texane. Le rythme est bien imprimé par la guitare. Elle suit à la trace basse et drums, pendant que l'harmonica s'évade de cette puissante trame pour atteindre les sommets. Court intermède instrumental, au cours duquel l'harmo est dupliqué avec un maximum d'écho et de réverbération, "06/19" introduit "Smokehouse". Une plage vive, imprimée sur le rythme du chemin de fer. L'harmonica apaisé et l'orgue paresseux entretiennent le très laidback "Tumblin' down", une finale qui respire la quiétude... Je recommande tout particulièrement cet excellent album. Un disque dont la démarche est très originale ; hard blues for modern times, comme ils le clament eux-mêmes...

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