Alain ‘Bill’ Deraime est un chanteur/guitariste de blues. Agé de 66 ans, il est français et ses vocaux, il les exprime dans la langue de Molière. Son premier album était éponyme. Il date de 1970. Pour la circonstance, il avait reçu le concours de l'harmoniciste Jean-Jacques Milteau. Depuis, il en a publié près d'une vingtaine. Dès ses débuts, sa voix est marquée par celle de Ray Charles. Pour la six cordes, il est plutôt adepte du folk blues institué par Big Bill Broonzy et Lightnin' Hopkins. Sa carrière a connu diverses fortunes. Au cours des dernières années, le label Dixiefrog l’a remis, en quelque sorte, sur les rails. En 2010, il a gravé un double elpee intitulé "Bailleur de fond", une œuvre qui opère, une forme de synthèse de son parcours. La voix de Bill est rauque et parfois, on se demande, s’il ne l’élime pas volontairement… M’enfin, les multiples expériences de l’existence ont peut être également forgé son organe, pour le rendre aussi rêche
L’opus s’ouvre par "Il braille". C’est tout à fait le cas. La gratte du fidèle Mauro Serri atténue cependant le message sévère qu'il nous adresse. "La pieuvre" est une plage empreinte de douceur, malgré la tristesse du discours véhiculé par le looser. La slide est cool. Jean Roussel siège derrière son orgue. Bill a toujours eu un faible pour le reggae. D’ailleurs son seul succès commercial demeure "Babylone tu déconnes", un hit qu’il avait décroché dans les années 80. "Mon obsession" exhale ainsi un parfum issu de la Jamaïque. Et on reste dans un registre rythmique semblable sur "Rien d'nouveau" ainsi que le plus léger "Je rêve". Il est vrai que Roussel a quand même été l'arrangeur de Bob Marley et de Police! Sa voix vocifère toute son amertume sur "Esclaves ou exclus", une compo qui dénonce les injustices sociales. La rythmique est funkysante. Serri en ajoute une couche à la slide pour exacerber la colère légitime de l'artiste. Un courroux qu’on retrouve tout au long de "Y'en avait marre", un boogie secoué par des cordes hard rockin' blues. "Après demain" constitue sans doute le meilleur titre du long playing. Une ballade chargée de tendresse, paradoxalement écorchée par le timbre glauque de Deraime, dans un style qui évoque le regretté Bashung. Dommage que le final soit si brusque. Bill nous propose sa version du succès de Jacques Dutronc, "Les cactus". Son gratteur, Fred Chapelier, est d’ailleurs présent pour cette piste. Le rythme est nerveux. On assiste alors à la rencontre entre le béret rouge (NDR : celui de Bill) et le noir (NDR : de Fred). Acoustique, "Le vieil homme" est une plage empreinte de délicatesse. Bill interprète, mais dans la langue de Shakespeare, le titre-phare d’un vieux bluesman mythique, le "Death don't have no mercy" du Reverend Gary Davis. Une aspiration à plus de justice ! Dommage que l’artiste ne parvienne pas à rendre son timbre un peu plus moelleux, pour la circonstance. L'album s’achève par "Bobo boogie", un boogie divertissant, auquel participe San Severino.

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