Tindersticks fait partie de ces groupes qui peuvent se vanter de posséder un son unique, doublé d’une intégrité à toute épreuve. A chaque disque, on se retrouve en territoire connu, et pourtant l’excitation reste intacte tant la bande à Stuart Staples parvient à se renouveler à l’intérieur de son propre univers.
C’est un instrumental étonnant qui vient inaugurer le premier disque des Anglais depuis cinq ans. Sur quelques notes rêveuses de piano viennent progressivement se greffer une basse, un orgue, un xylophone et enfin un violon, comme autant d’acteurs arrivant humblement sur scène. On retrouve ensuite, le temps d’un « Yesterday Tomorrows » classieux, la voix de Stuart Staples, noble et grave, toujours retranchée dans cet espace si particulier, entre inquiétude et sensualité. S’ensuivent une série de paysages magiques, que l’on foule à moitié endormi, bercé par le piano hypnotique de « Feel The Sun » ou flânant sur les routes sinueuses de l’entêtant « The Hungry saw ».
Tindersticks a atteint sur ce disque –certainement l’un de ses meilleurs– la quintessence de son style. Il n’est pas ici question de profonde remise en question. On y retrouve le minimalisme soul de « Simple Pleasure », les couches de violon bouleversantes de « Curtains » et le son plus rêche des premiers albums. Pourtant, rien ne ressemble à une redite. De la guitare furieuse et incontrôlable surgissant au terme de « Mother Dear » au piano lunaire de « The Other Side of the World », nombreuses trouvailles et ambiances variées écartent toute possibilité de lassitude.
Tindersticks vogue dans sa bulle, loin des modes et des poses tapageuses. Toujours lyriques mais jamais sirupeux, non pas ringards mais définitivement hors du temps, les Anglais sont des amis précieux, fidèles, chez qui on aimera encore longtemps se réfugier lorsque le bruit du monde au-dehors effraie et que l’âme cherche l’apaisement.

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