Imaginez que vous êtes paumés au fin fond du Colorado. Dans un tout petit patelin, non loin du Nouveau Mexique et de l'Utah : Telluride. Un trou perdu, pensez-vous ? Ben, pas tant que vous le craigniez. En fait, c’est en ce lieu que se rencontrent une cinquantaine de micro-brasseries et surtout une vingtaine d'artistes issus d'horizons musicaux divers. Les plus proches du blues, quand même. Le 15 septembre 2007, se déroulait le ‘14th Annual Telluride Blues & Brews Festival’. La prise de son est remarquable. On a même l’impression d’être au beau milieu du public!
Fin 2006, flanqué de son band et soutenu par une flopée d’amis, Sean Carney avait concocté un superbe album intitulé "Life of ease". C'est au sein de cet opus qu'il puise son répertoire pour nous le restituer sur les planches. Il démarre sur les chapeaux de roues par une plage instrumentale très tonique. Les trois acteurs se réservent successivement le devant de la scène. Leur technique est brillante, mais ils manifestent également une cohésion remarquable. Après avoir présenté ses musiciens, Sean s’adresse au public pour leur présenter le titre maître de son dernier elpee. Un blues lent qu'il chante d’un timbre tempéré, mais harmonieux. La basse acoustique est très sonore. L’atmosphère cool. Sean prend le temps d’imaginer et de structurer son solo, empruntant d’abord au maître T-Bone Walker, avant de laisser libre cours à son inspiration. "Bad side baby" est caractérisé par des changements de tempo. Une situation qui permet à notre Mr Carney de prendre son pied. Il aime l’éclectisme, mais aussi l’électricité. Il est aussi capable d’afficher un profil rocker. Et d’apporter à une ligne de conduite très conventionnelle, des tonalités enivrantes. Bref, c’est un gratteur créatif. Après six minutes de fluctuations en tous genres, il se décide de passer au blues lent. Il se met à chanter sans se soucier de savoir qu’il se trouve à plusieurs mètres du micro. Il vit son blues, notre Sean. Il le célèbre dans son monde intérieur. Il a le blues à fleur de peau. Les notes émanent du cœur. Sa sensibilité est exacerbée. Le blues de Carney, c'est du bonheur à l'état pur! Après avoir sifflé sa bière, il attaque "All these worries". Un blues subrepticement inspiré par la Nouvelle Orléans. Les percussions d'Eric Blume sont bien mises en exergue. Sean remet le couvert en alignant des chapelets de notes incisives, ravageuses et vivifiantes. Et manifestement, il prend un grand plaisir dans son trip. Le Carney Band achève le set par un "Why do you lie" bien saignant. La section rythmique est saturée de swing. Elle autorise une dernière fois le leader à prendre le large. Il se lâche complètement, puisant au passage dans l’univers d’Albert Collins, tout en adoptant une démarche (NDR : mais pas le style) que n'auraient pas reniés un Rory Gallagher ou un Johny Winter au sommet de leur art. Franchement en observant Sean jouer le blues, on ne peut qu’être admiratif…

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