On retrouve les mêmes Jukes qui ont concocté l'album "Cool cool place to go". Ils démarrent en force par "Rock awhile", du rock'n'roll dynamité par les échanges opérés entre les cordes de Moates et les ivoires de Green. La machine s'emballe. Sur "Tell mama", elle emprunte le rythme du chemin de fer. Derrière ses fûts, le remuant Kokomo en est le principal responsable. Cette musique est à l'état brut, sans fioriture. Signé Guitar Slim, "Things I used to do" campe un blues louisianais par excellence. La version indolente des Jukes ne maque pas d’allure. Les interventions de Moates à la guitare sont superbes. John Lee chante "Black drawers". Son style rappelle Chuck Carbo. Tout au long de ce swing californien, le piano se révèle très présent, léger et sautillant pendant que la guitare manifeste une efficacité sans faille. "Sparks" nous invite à pénétrer dans l’univers d'Elmore James. Slim Green a empoigné sa slide. Il ne la ménage guère. Joe Lee Bush ressuscite Little Walter lors de l’adaptation du célèbre "Blues with a feelin'". Les flots de feeling dispensés par chaque note sont impressionnants. On en a les larmes aux yeux. Pourtant, ils prennent du bon temps nos Jukes et sont incapables de réfréner leurs propres exploits instrumentaux. Cette musique est souvent caractérisée par un son pourri. Simple et naturelle, elle nous pénètre jusqu’au plus profond de notre âme. A l’instar de "She's tryin' to ruin me", un downhome blues reflétant le désenchantement de John Lee. Les cordes sont maltraitées en rythmique pour communiquer cette déchirure. Direct, ce blues puise la majeure partie de son inspiration dans le blues de Chicago. Shuffle léger, "Red headed woman" libère sa dose de groove. Les guitaristes ne sont sans doute pas des virtuoses mais ils manifestent tellement de respect pour leur musique, un feeling naturel, de la sensibilité, du goût et de l'amour. Williamson chante le "Hustler blue" de Juke Logan, un blues très lent, simple et dépouillé. Les vocaux paresseux se traînent. Quelques notes de piano et de guitare s'échappent ça et là. C’est le bonheur! Génial, Bush impose le respect sur l'instrumental "Roller Coaster". Un bien bel hommage au style de son maître! De sa voix chaude, grave et noire LT Jones interprète "King Bee". La tonalité de son timbre est très proche de celle de Muddy Waters. Pendant ce temps, la slide flâne dans le décor! John Lee chante "TV the thing this year", l’esprit serein, alors que l’équipe se charge d’entretenir un excellent swing. "West Memphis" est un autre grand blues qui tourne au ralenti. Bush est au chant ; mais il souffle également dans un registre assez proche de Sonny Boy Williamson (Rice Miller). Cet excellent opus baigne manifestement au sein d’une atmosphère générée par le blues urbain d'après-guerre. Et il s’achève par "Rain", un bel instrumental au cours duquel la slide de Slim Green semble hantée par ses héros, Elmore James et Freddy Roulette.

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