Evoquer Charlotte sans effleurer la mémoire de Serge n’est pas chose évidente. Charlotte Gainsbourg est donc bien la fille de son père. Mais certainement pas une fille à papa. Capable de se débrouiller seule, Charlotte sait s’entourer. Pour son retour à la musique, elle a donc choisi de s’oublier dans les mélodies de Nicolas Godin et Benoît Dunckel (les artisans de Air), de chanter les textes de Jarvis Cocker (Pulp) ou de Neil Hannon (The Divine Comedy). Aux manettes, l’incontournable Nigel Godrich fait des merveilles. Epaulée par de telles pointures, Charlotte ne pouvait manquer son rendez-vous, l’heure fatidique : « 5:55 ».
Près de vingt ans après « Charlotte Forever », les premiers mots de la chanteuse sont fredonnés en français (« 5:55 »). Une exception pour confirmer la règle : « Tel que tu es » mis à part, le reste du disque s’égraine dans la langue de Shakespeare. La deuxième chanson, intitulée « AF 607105 », évoque les aléas d’un voyage en avion. L’album peut enfin décoller. Lentement, d’un ton mélancolique, Charlotte pose son timbre sur une couette sonore aérienne, atmosphérique. Nonchalante, elle abandonne ce filet de voix aux étoiles, à la nuit. « The songs that we sing », premier single de ce recueil nocturne, relance le rythme de l’album. En fin de parcours, Charlotte se laisse aller au gré de « Morning song », hymne oedipien, seul titre du disque écrit de ses mains. « 5:55 ». Il se fait tard. Demain est un autre soir. Ne l’oublions jamais. Et Charlotte chantera... Forever.

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