Après sept albums, le trio de Berkeley s’offre un live : « Bullet in a Bible », enregistré devant quelque 65 000 fans sur la verte prairie anglaise de Milton Keynes. Suite à leur opéra rock engagé, signé le point levé contre l’establishment de l’Oncle Sam, Tré Cool, Billie Joe et Mike Dirnt se sont lancés dans une tournée contre la guerre, les décisions alambiquées d’un gouvernement redouté et surtout, contre la neurasthénie ambiante qui, chaque jour, menace plusieurs milliers d’adolescents à travers le monde. Green Day, par un beau jour de 1988 voyait le jour. Plus de 15 années se sont écoulées et le trio balance toujours son mélange de punk, de pop et de rock sautillant. A l’époque, les mauvaises langues avaient perçu chez Green Day une énième resucée des Clash, Ramones et autres Pistols. Certains se souviendront même de les avoir ballottés dans le même sac puant qu’une horde de ploucs pseudo-punks innommables. Mesdames, messieurs, en 2006, reconnaissez votre erreur, interrogez jeunes et moins jeunes. Green Day est là, fringuant, assoiffé d’activité et de riffs aux relents sociaux. Depuis l’inusable « Dookie » (1994), les albums se sont enchaînés. Dans les salles de concerts, l’audience n’est jamais retombée. La clef du succès de la bande de Billie Joe est également à chercher de ce côté. Ces types sont de véritables bêtes de scène, toujours animés par la même nervosité juvénile qu’à leur début. Le DVD, accompagnant gracieusement le disque, le démontre ; reprenant toutes les chansons jouées ce soir-là. La performance est agrémentée d’interviews intéressantes et d’interventions cocasses de nos protagonistes. On y découvre un Billie Joe soucieux de son public et de l’importance sociale de ses chansons. Pitre de service, Tré Cool se présente en définitive comme un excellent batteur, fidèle serviteur de ses deux amis et grand amateur de substances psychotiques. Pour sa part, Mike Dirnt révèle sa peur permanente de monter sur les planches. « Bullet in a Bible » est donc une source intarissable d’informations et d’anecdotes. Aussi, ce double objet (album et DVD) dépasse-t-il largement l’image et le son, se voulant riche d’enseignements. Aujourd’hui, Green Day est un truc immense, une machine à tubes (« American Idiot », « Holiday », « Brain Stew », « Basket Case », « Minority », « Longview », etc.), certes. Mais conscience éveillée de son succès, le groupe prend soin d’un auditoire, sans cesse renouvelé. Oubliés les petites clubs et espaces enfumés d’antan, Green Day a grandi, prenant exemple sur ses plus illustres prédécesseurs, pionniers d’un punk politisé, The Clash en tête. Joe Strummer aimerait-il discuter politique en compagnie de Billie Joe Armstrong ? Aucun Américain ne le saura un jour. Idiot ou pas. Mais dans son for intérieur, le fan tente de se convaincre qu’une rencontre entre les deux personnages aurait esquissé les périphéries d’une musique pour laquelle mélodie et société n’auraient plus aucun secret.

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