On retrouve Johnny Williamson près de chez lui. Il est toujours aussi hanté par le downhome blues. Cet elpee remonte à 2005. Et les indications mentionnées sur la pochette nous mettent immédiatement au parfum : on est en présence de Juke Joint music! Johnny drive désormais ses Superstitions en compagnie de son pote louisianais Demar Dupree, un harmoniciste qui a bien intégré la science des maîtres du swamp blues : Slim Harpo, Lazy Lester, Jerry McCain et bien entendu l'inégalable Little Walter. TJ Sullivan se réserve le rôle de premier gratteur. Le trio cherche manifestement à reprendre la place laissée libre par les regrettés Lester Butler et ses Red Devils, du Hollywood Fats Band. A moins que ce ne soit celle des Fabulous Thunderbirds, première époque. Bien sûr, les musiciens ne sont pas aussi talentueux, mais ils parviennent à nous faire partager leur juke joint music.
Demar met le feu aux poudres en soufflant dans son harmo dès l’intro de "Boogie twist". Cette plage est limpide et remarquable. Le rôle des trois musiciens est bien défini ; pourtant, il n’y a ni basse, ni batterie. Le chant de Demar est ponctué circonstanciellement de petites phrases assassines. Johnny assure la rythmique tandis que TJ reste à l'affût! Dupree reprend également le dépouillé et impeccable "Early in the morning", un slow blues notoire signé Sonny Boy Williamson I. Sullivan sort enfin de sa réserve pour attaquer "Extra Jimmy", une courte plage instrumentale au cours de laquelle il ne tolère que la présence de son ami Williamson. Soutenu par les deux guitares, Dupree revient chanter "Ridin'. Manifestement, tout au long de cet elpee, la richesse du jeu rythmique de Johnny est bien mise en évidence. Il assure les vocaux pour "TV"s the thing". Demar est de retour. Il assène de puissants coups d'harmo en soutien rythmique. Williamson est bien conscient d’avoir pu s’appuyer sur deux authentiques disciples de Little Walter : Joe Lee Bush, au sein des Southside Jukes ; et pour la circonstance de Demar Dupree. Une aubaine ! Ces musiciens ne peuvent cacher le plaisir évident de jouer. Instrumental, "Bayou dream" est simple et désarmant. Face aux accords réverbérés de Sullivan, l'harmonica s’élève dans les tons aigus, sans pour autant se départir d’un sens évident de la mélodie. Totalement libéré, Demar adapte "You ain't nothin' but fine", un standard des T-Birds de la grande époque. La mélancolie des bayous louisianais enveloppe "What's goin' on wrong". Toujours en conjuguant simplicité et efficacité désarmantes. Légèrement chevrotante, la voix de Dupree réverbère un écho susceptible de nous rappeler Sonny Boy Williamson 2 ; surtout quand il s'attaque à "Checkin' on my baby". Un exercice de style vocal qu’il reproduit sur "Alley cat". Il chante encore "Pretty little thing", tout en s'accompagnant à l'instrument chromatique. En finale, "Steady" constitue une synthèse parfaite de cet opus sculpté dans le downhome blues, une œuvre dont la simplicité et l’authenticité constituent les ingrédients principaux.

Nederlands
Français 
