Cette formation est née en 1998. Dans la bourgade de Maimee, du côté des faubourgs de Toledo, dans l'Ohio. Elle a été fondée par deux gars du coin : le chanteur/guitariste/harmoniciste Johnny Wirick (alias Walker) et le drummer Ben Smith (alias Swank). Ils sévissaient déjà au sein d’un blues band : Henry and June. La formation allait ensuite transformer son paronyme en Soledad Brothers. Faut-dire que l'album fétiche de Walker n’est autre que le "Live at Soledad" de John Lee Hooker! Ce groupe de dark blues punk a été rapidement intégré à la scène de Detroit, en compagnie des White Stripes et de Greenhorns. Le duo est entre-temps rejoint par un second guitariste : Oliver Henry qui double également au saxophone. Ils commettent un premier elpee éponyme en 2000. Et embraient en 2002 par "Steal your soul and dare your spirit to move", un "Live" en 2003 et "Voice of treason" en 2004. Lié au mouvement des Black Panthers, dont ils affichent fièrement le logo, le combo est engagé politiquement. John Sinclair (NDR : il fut jadis le manager du MC5, groupe révolutionnaire de Detroit dont le "Kick out the jams" est toujours considéré comme un classique de l’histoire du rock’n roll !) en devient rapidement un fan. Un soutien qui signifie beaucoup pour les Soledad.
Leur nouvel opus a été enregistré en France, du côté de Bordeaux. Un quatrième musicien a participé à la confection du disque : un certain Dechman. Un Français. Ce multi-instrumentiste y joue de l'orgue, des synthés, du sitar, de la basse, du banjo et toute une variété d’autres instruments ; de manière à ajouter davantage d’épaisseur au son des Brothers. Dès l’ouverture, les Soledad Brothers dispensent une folle énergie. En respectant l’esprit des libertés prises par les formations punk de la fin des années 70. La rythmique est implacable. Dans un style que pouvait emprunter l'énigmatique Wilko Johnson, le premier guitariste de Doctor Feelgood. Et en remontant dans le temps, je ne peux m’empêcher de penser aux premiers ensembles de R&B anglais du début des 60s : les Stones bien sûr ; mais aussi les Yardbirds, les Pretty Things ou encore Downliners Sect. Les Soledad pratiquent un R&B âpre, musclé, primaire. Le vocaliste pose sa voix sur une expression sonore à la musicalité approximative. Mais le groupe est très soudé ; et puis sa musique bien plus convaincante qu'elle n'y paraît à première écoute. A l’instar de "Truth of consequences" et "Dowtown paranoia blues" : de la pure dynamite. Nos oreilles sont à peine acclimatées que le décor change. Plage très lente, "Crying out loud" véhicule une tension cotonneuse presque insoutenable. Blafard, le timbre vocal se complait dans un style immortalisé par les bands anglais d'autrefois. La tonalité lugubre d’un harmonica hante le décor. Le tonitruant "Crooked Crown" marque un retour au climat trash. Le guitariste a sorti sa slide primaire et poisseuse. Les jaillissements de l’harmo attisent l’incendie. Les cordes ne quittent guère l'avant-scène. Les sonorités ne font pas dans la dentelle, comme si elles avaient été enregistrées dans un bon vieux garage. "Sweet & easy" observe une quiétude toute relative. Les sonorités acoustiques infiltrent les guitares indomptables, bien amplifiées. Ce rock blues est dispensé sans concession, même si on recèle en filigrane une volonté pop manifeste chez les Brothers. L'intro de "Dark horses" est divin. Les flots de guitare me remémorent l’ouverture majestueuse des Doors en quête de la fin. Cette ballade en apparence inoffensive évolue dans un climat oppressant. Une fresque sonore magnifique qui ne laissera personne indifférent… Bref interlude instrumental, "White jazz" véhicule une violence sous-jacente avant de céder le relais à "Good feeling", un rock implacable dont la rythmique est digne des Stones. Une compo qui laisse cependant libre cours à de nouveaux délires free ; et en particulier ceux produits par le saxo de Henry!! Les Soledad ont bien intégré leur instrumentation diversifiée. Leur frénésie devient psychédélique pour "Let me down", un délice lysergique, une aventure intense au cours de laquelle l'orgue s'évade vers les sphères cosmiques du Pink Floyd originel (NDR : quarante ans déjà!). Et ce périple peut même bifurquer vers l’époque "Their Satanic Majesties Request" des Stones. Lorsque Brian Jones était toujours de ce monde. "Mean ol' Toledo" en est la plus belle démonstration. "Loup Garou" entretient ce voyage acide ; mais de ce fragment émane une profonde douceur, entretenue par la présence d’un sitar bien en place. Après une dizaine de minutes de silence, les Soledad reviennent concéder un dernier fragment : un boogie instrumental, parfaitement marqué du sceau de Detroit. Et une nouvelle fois, le spectre de John Lee Hooker plane tout au long de cette plage. Véritable puzzle, cet opus est une ode au délire. Je vous conseillerai donc de le consommer sans modération mais en gardant l'esprit bien ouvert…

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