De son véritable nom Willie May Thornton, Big Mama Thornton est née en décembre 1926. A Montgomery, dans l’Alabama. A 14 ans, elle chante dans le Hot Harlem Review. Elle se fixe au Texas en 1948. En 53, elle sera la première à enregistrer "Hound dog", une chanson signée Lieber et Stoller ; et ceci trois ans avant Elvis Presley. Elle a écrit et enregistré "Ball 'n chain", un titre que Janis Joplin reprendra quelque temps plus tard, avec succès. En 1962, elle émigre à San Francisco. Et en 1965, accomplit sa première tournée européenne. Devenue une des plus grandes dames du blues, elle est décédée à Los Angeles en 1984, laissant pour héritage de nombreux enregistrements.
En 1966, Chris Strachwitz (NDR : le boss d'Arhoollie) réussit à convaincre Muddy Waters d'enregistrer en compagnie de Big Mama. La prise est réalisée en avril, à San Francisco. Muddy (NDR : à la slide) a entraîné son groupe dans l’aventure : James Cotton à l’harmonica, Otis Spann au piano, Samuel Lawhorn à la guitare, Luther Johnson à la basse et Francis Clay à la batterie. Le répertoire est constitué essentiellement de compositions signées Miss Thornton.
L'album s’ouvre par "I'm feeling alright". Et on est directement interpellé par l'âpreté et la puissance de sa voix. Le tempo est modéré. Le backing exemplaire. A son meilleur niveau, James Cotton se met ici en évidence. La voix de Big Mama arrache tout au long du slow blues classique "Sometimes I have a heartache". L’accompagnement d’Otis Spann est d’une grande sobriété. "Black rat" est imprimé sur un tempo rapide. La voix se détache. La puissance constante de son timbre est plus que probablement le fruit d’une expérience qu’elle a acquise au cours de sa jeunesse, lorsqu'elle chantait dans les églises baptistes en compagnie de la Hot Harlem Review. Elle interprète le blues lent, légèrement saccadé, "Life goes on", d’une une voix grave, en dialoguant avec le clavier de Spann. Elle chante toujours aussi passionnément "Everything gonna be alright", un autre slow blues issu de sa plume. A l’avant-plan, la section rythmique se montre plutôt tonitruante. Peut-être parce que Big Mama s’est installée à la batterie (?). La guitare de Lawhorn tente de mettre le nez à la fenêtre, mais demeure un peu trop en retrait à mon goût. Otis et James parviennent quand même à faire la différence, même si pour la circonstance, on y distingue la slide de Muddy Waters. Tout au long de cet opus, qui comptabilise quand même plus d'une heure, les moments de grande classe alternent avec les périodes plus dispensables, surtout lorsque le backing band est un peu trop abandonné à son triste sort. Manifestement, le pianiste tire le maximum de profit des superbes blues lents. A l’instar de "Gimme a penny" et d’"I feel the way I feel". Aaah, cette main gauche! A l’origine, l’opus comptait dix plages. Cette nouvelle version recèle sept bonus tracks, dont différentes prises de "Black rat", "Gimme a penny" et une version accélérée de "I'm feeling alright". Si "Wrapped tight" conjugue vigueur et tonicité, "Big Mama's shuffle" et "Big Mama's blues", deux plages instrumentales sur lesquelles Lady Thorton joue de l'harmonica face à James Cotton, ne manquent pas de panache.