La Ballroom de l’Ancienne Belgique célèbre le reggae roots ce soir. Burning Spear, figure majeure du genre et disciple revendiqué de l’héritage jamaïcain, revient à Bruxelles à 81 ans, toujours alerte, entouré de neuf musiciens parfaitement soudés. La salle affiche complet et rassemble un auditoire multigénérationnel, où les rastas se mêlent aux amateurs de longue date comme aux curieux venus découvrir une légende vivante.
Winston Rodney, alias Burning Spear, débute sa carrière dans les années 1960 en Jamaïque, sur les conseils de Bob Marley, avant d’enregistrer son premier single, « Door Peep », en 1969 sur le label Studio One. Profondément ancré dans la foi rastafari et les idéaux panafricains de Marcus Garvey, il forge un reggae hypnotique et militant, traversé de rythmiques puissantes, de cuivres et de percussions. Son opus « Marcus Garvey » (1975), devenu un classique du genre, a célébré son cinquantième anniversaire en 2025. Burning Spear compte deux Grammy Awards, remportés pour « Calling Rastafari » (2000) et « Jah Is Real » (2009), ainsi que plus de douze nominations. Son dernier disque studio, « No Destroyer », sorti en 2023, a été nommé aux Grammy Awards 2024 dans la catégorie Best Reggae Album.
L’influence de Burning Spear sur le reggae reste considérable. Son héritage musical rappelle l’autonomie et l’autodétermination de la diaspora africaine. Après plus de six décennies de carrière, son message conserve toute sa force et son chant garde cette intensité immédiatement reconnaissable. Winston Rodney attribue le lancement de son parcours musical à une rencontre décisive auprès de Bob Marley. Tous deux vivaient dans la paroisse de St. Ann, en Jamaïque. Comme le raconte Burning Spear : ‘Bob se rendait à sa ferme. Il avançait auprès d’un âne, quelques seaux, une fourche, une machette et des plantes. Nous avons simplement discuté d’homme à homme, et je lui ai dit que j’aimerais me lancer dans le monde de la musique. Bob m’a répondu : “D’accord, passe au Studio One.” ‘. C’est là que Burning Spear enregistre ses deux premiers elpees cultes, « Burning Spear » et « Rocking Time ».
Son retour constitue donc un événement pour le reggae en Belgique. Sa dernière prestation à l’AB remontait à 1992 : trente-quatre ans d’attente avant de revoir cette voix majeure, dont les chansons continuent de défendre la paix, la justice et l’amour.
La première partie revient aux Roots Warriors, formation liégeoise active depuis 1983.
Le combo réunit B Dread aux drums, Ioanis au chant, Raph au mix, Sarahyan et Hugo aux claviers, Seb à la basse, Sam au saxophone et Serge à la trompette. Dès les premières mesures, les Liégeois installent un climat roots solide, nourri de riddims jamaïcains, de lignes de basse rondes et d’une pulsation souple qui met rapidement la fosse en mouvement. Les claviers dessinent un tapis chaleureux, les cuivres répondent par touches nettes et le mix injecte de discrètes secousses dub sans brouiller l’ensemble. Ioanis guide le set d’une voix posée, efficace, qui privilégie la ferveur collective plutôt que l’effet facile. Les reprises de classiques jamaïcains trouvent leur place auprès de compositions originales plus engagées, et le band évite l’exercice de style nostalgique : il joue sur l’intensité, respire ensemble et garde le tempo vivant. Les dreads se balancent, les premiers rangs répondent, les refrains circulent, tandis que la section rythmique prépare idéalement l’arrivée de Burning Spear. Cette entrée en matière ne cherche pas à voler la lumière ; elle chauffe patiemment la salle, rappelle l’ancrage liégeois du roots en Belgique et offre un set généreux, cohérent, traversé de vibrations dub profondes.
Votre serviteur découvrait cette formation et la surprise s’avère heureuse : une première partie solide, chaleureuse et parfaitement calibrée pour ouvrir la soirée (page ‘Artistes’ ici).
Setlist : « Promise Land-Satta », « True Rasta », « Slave Driver », « Jogging », « Police And Thieves », « Fade Away », « Caution », « Fisherman », « Israelites », « Jehosaphat », « Melt Away », « Johnny Big Mouth ».
Place ensuite à Burning Spear et à son backing group.
Les huit musiciens prennent place sur les planches. À gauche, un solide trio de cuivres — trompette, trombone à coulisse et saxophone — s’installe en fond de plateau. Au centre, le claviériste se poste derrière ses instruments, tandis qu’à droite, un impressionnant batteur domine l’estrade. Devant lui, le bassiste, parfaitement synchronisé auprès de son complice de la section rythmique, s’aligne près du guitariste rythmique. À leurs côtés, le second guitariste, Cecil Ordonez, impose rapidement une ambiance brûlante et fait monter la température au fil des morceaux. Burning Spear arrive en dernier. Il court, danse, bondit et traverse l’espace d’un pas incroyablement vif, comme si les années n’avaient pas prise sur lui. Dès les premières notes, Winston Rodney embrase la Ballroom et galvanise la foule, qui se lève et vibre au rythme de sa musique. Sa voix puissante, alliée à un jeu de percussions inspiré, touche l’auditoire et déclenche une ovation après chaque morceau.
La formation impressionne par sa cohésion. Cecil Ordonez s’impose toutefois comme l’un des grands favoris de la salle : ses pas de danse nerveux et son énergie communicative électrisent le concert du début à la fin.
La section de cuivres, emmenée par le tromboniste Micah Robinson, le saxophoniste Clyde Cummings et le trompettiste James Smith, entretient un groove irrésistible et révèle son aisance lors de solos précis.
Face à une Ballroom comble et vibrante, le chanteur jamaïcain livre une performance spirituelle et militante, soutenue par des cuivres efficaces et des rythmiques hypnotiques. Il célèbre plus de six décennies de carrière sans relâcher l’intensité.
Ce concert s’inscrit dans le cadre du ‘Continuation Of The Marcus Garvey Self Reliance Tourr’, et confirme qu’à près de 81 ans, sa voix, sa présence sur le podium et son message d’autodétermination demeurent bien vivants.
La setlist accorde naturellement une large place aux classiques, tout en intégrant plusieurs titres issus de son projet collaboratif « Call On Me » (Burning Spear and Friends), paru au printemps 2026. Les fans saluent une véritable communion auprès de l’artiste, notamment pendant les morceaux emblématiques qui nourrissent sa légende depuis les grandes heures du mythique Studio One.
Le concert restera comme un moment fort pour l’un des derniers grands témoins vivants du reggae roots. L’ambiance circule entre les musiciens, la star jamaïcaine et une foule conquise. Burning Spear tient 96 minutes sans faiblir : respect pour l’artiste et pour ses musicos, solides jusqu’au bout.
Setlist : « Happy Day », « She's Mine », « Columbus », « Tumble Down », « Driver », « Identity », « Great Men », « The Youth », « Nyah Keith », « The Sun », « Old Marcus », « Garvey », « Man In The Hills ».
(Organisation : GreenHouse Talent)