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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Chroniques

Lecherous Gaze

On the skids

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Oakland, c’est la grande cité portuaire qui mouille la baie de San Francisco. Il faut traverser un pont de Frisco pour la rejoindre. Elle était devenue universellement célèbre au cours des sixties, célébrant alors l’apogée du mouvement hippie, son flower power et le rock acide. Lecherous Gaze en est issu. Un groupe qui pratique un punk rock teinté de psychédélisme. Il avait publié deux Eps à ce jour, "Bagagazo", en avril de cette année, et "Born on a river", en juin dernier.

En 2001, le guitariste Graham Clise et le bassiste Chris Grande fondent Annihilation Time, un groupe de hardcore punk. Ils sont alors rejoints par le drummer Noel Sullivan. En 2009, la formation remplace son vocaliste et en profite également pour transformer son patronyme en Lecherous Gaze. Depuis, le line up a encore changé de chanteur, un rôle qui a été confié à l’ex-Char-Man, Zaryan Zaidi…

La voix de Zaidi est agressive. Elle semble refléter une extrême souffrance. Le plus souvent garage/punk, la musique est puissante, offensive, saignante, dévastatrice même. La rythmique est dense. Dès la première plage, "Lyin' in the road", la guitare en profite pour se réserver un billet de sortie. Et elle savoure cette liberté. "Scorpion" adopte un schéma semblable. Le tempo est échevelé. Plus punk, le chant peut rappeler un Iggy Pop juvénile, face à un mur du son construit par des cordes très rock’n roll, au sein de la Motor City à Detroit. Le riff qui gouverne "Bagagazo" est particulièrement âpre. Le tempo nous renvoie au Led Zep du début des 70s. La voix est cependant ravagée, totalement différente de celle Robert Plant. Clise a tout le loisir de se libérer. Il dispense de nombreuses notes bien inspirées. Son envol est impressionnant, déterminé. Il s’autorise des débordements spatiaux, nous réserve une véritable panoplie de teintes psychédéliques, mais manifeste une sauvagerie qui n'est pas sans rappeler le MC5. Zaryan adopte parfois le timbre et les inflexions d’Alice Cooper. "Fustrated" n’hésite pas à prolonger ses soli, à la manière du Thin Lizzy de la grande époque. Bien construit, "Born on a river" laisse s’échapper une pluie de sonorités de grattes. Mr Zaidi implore. Clise se libère et est incapable de s'arrêter. La voix est à nouveau fulgurante et féroce tout au long de "Ravenous", une autre compo sculptée dans un punk très MC5. "War woman" véhicule une agressivité qui symbolise bien le style de LG. Zaryan ne peut souffrir en silence. Il est au bord de l’agonie, noyé dans un bain de cordes tumultueux. Sur "Passion flower", Graham Clise démontre tout son potentiel créatif. L’imagination au pouvoir ! "The grasp" nous replonge dans le hard rock des 70’s, même si la mise en forme est plus contemporaine. Un stoner rock qui a néanmoins la pêche! L’elpee s’achève par un bref instrumental plus paisible, "Redeemer".

 

Mory Kante

La guinéenne

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A celles et ceux à qui le nom de Mory Kante ne dit pas grand-chose, souvenons-nous du tube « Yeke yeke » dont il est l'auteur, rendant célèbre la kora. Les présentations ainsi faites, il convient maintenant de placer MONSIEUR Mory Kante sur la planète des tous grands artistes africains. Musicien hors pair et polyvalent (balafon, guitare, batterie, etc.), sa voix perçante et puissante est exceptionnelle.

Après avoir décroché trois ‘Victoires de la Musique’ et un Kora, il nous propose son 11ème opus, intitulé "La guinéenne". Il s'agit d'un hommage rendu aux femmes de ce monde, trop souvent opprimées et délaissées, malgré tous les sacrifices, le dévouement et le rôle central qu'elles jouent au sein de la société.

  C'est aussi un tour de force musical dû à un retour à la formule emblématique du grand orchestre.

"La guinéenne" se veut avant tout une œuvre qui multiplie les hommages et les marques de respect : aux femmes donc ("La Guinéenne"), au Mali ("Malibala"), à la jeunesse ou à la culture guinéenne ("Tedekou", "Sarantan", "Oh Oh Oh"). Mais qui met en garde face aux hommes injustes et malhonnêtes ("Nodiche") ou encore suscite le doute quand on évoque les affaires et l'amour ("Sikaa").

Collaborant étroitement avec le producteur Philippe Avril, Mory Kante a enregistré son dernier opus dans la banlieue de Conakry, en Guinée, où il a reçu le concours d’une section de cuivres. Cinq musicos. Des Norvégiens ! Le résultat est un véritable mélange culturel aux racines du folklore authentique ouest-africain, qui étincelle grâce à la précision et au soin apportés à la production.

A n'en point douter cet album devrait ravir les mélomanes qui recherchent les bonnes vibrations produites par la musique africaine…

 

Husky

Forever So

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Le Husky est un chien de traîneau utilisé, en Sibérie, par les mushers. C’est également le patronyme choisi par Husky Gawenda, le chanteur et membre cofondateur d’une formation aussie. Un groupe qui apparemment, prend un malin plaisir à brouiller les pistes. En effet, après avoir écouté leur premier opus, difficile d’imaginer que le band nous vient des Antipodes (NDR : de Melbourne, pourtant), tant leur musique évoque les Rocheuses, sises à l'Ouest de l'Amérique du Nord.  

« So Forever » baigne dans une forme de pop-folk mélancolique qui n’est pas sans rappeler leurs compagnons de label (Sub Pop), The Fleet Foxes. La musique est brumeuse, boisée, rafraîchissante. Les lyrics empreints de poésie. Un climat paisible qui colle parfaitement au timbre vocal fragile de Gawenda. Paisible, mais jamais soporifique. Ainsi les Kangourous n’hésitent pas à appuyer sur le champignon quand ils en ont l’opportunité. A l’instar de l’excellent « History’s Door ». En outre, certaines mélodies sont naturellement contagieuses. « Dark Sea » et « Animals & freak » en sont certainement les plus beaux exemples.

En signant Husky, le groupe australien le plus américain, Sub Pop a de nouveau eu le nez creux…

 

Eric In The Kitchen

A Heart Of Clouds And Stars

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C’est une cuisine qui flotte quelque part dans un petit coin de l’espace. Quelque part, en suspension dans les étoiles.

Un beat martial sur le pas de la porte, comme un battement de cœur monotone. En avançant plus loin, les boucles d’arpèges se succèdent et forment une toile éclairée par une constellation lumineuse (« A Heart Of Clouds And Stars », plage d’ouverture).

Subtile ascension en spirale dans l’escalier d’Escher. Celui dont les montées et les descentes se déclinaient en d’improbables infinités.

A l’in(star) de cet album dont les écoutes répétées renvoient de mélancoliques images en rebonds successifs sur les parois de nos imaginaires.

La voix paraît anodine, presque superflue au premier abord, avant de s’imposer comme une médiane indispensable de cette architecture arachnoïde. 

Insidieusement Pop dans cet univers ouaté, les chansons se succèdent et s’imposent à nos sens, sans jamais les brusquer. Sans verser dans l’insipidité. Ni la facilité.

Evidentes mais forgées dans l’intégrité.

Autant de recettes qui demandent un grand doigté et qu’Eric maîtrise à la manière d’un ‘Master Chief’ ayant eu la bonne idée de nous inviter chez lui.

Et chez lui, c’est ici, entre les strates vaporeuses de nuages en formation.

Quand « Pop Evolution Soccer » s’achève dans le chaos nébuleux d’un orage d’été, les doux rayons d’« Another Man » se succèdent sur un mode qui n’est pas sans rappeler les premiers Cat Power ou encore Silver Jews.

Quant au final de « Fly Away », épilogue de cet elpee, il se charge de transformer l’horizon en une dernière et désespérée décharge électrique où l’apesanteur n’a plus guère droit au chapitre.

A cette heure tardive où Lo-Fi est un terme usurpé, cet album rappelle qu’il n’est nul besoin de grands moyens pour réussir toute bonne sauce.

 

Rian De Waal

Rian De Waal plays Schubert

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Pour son deuxième enregistrement chez The Valthermond recordings, Rian De Waal interprète la Sonate no 21 en si bémol majeur de Schubert et quatre transcriptions pour piano de lieds de Schubert par Liszt. La Sonate en si bémol majeur est la dernière sonate du compositeur qui l’a terminée exactement six semaines avant sa mort. ‘[Schubert] parvient à faire de sa dernière sonate une sorte de lied continu, illimité, si long, si varié et si touffu à la fois. Si particulier et si général qu'il donne l'impression de l'infini’ écrit l’écrivain et biographe Marcel Schneider. Cette notion d’infinité, Rian De Waal en a aussi pris conscience et écrit dans la notice du livret que pour jouer ou écouter Schubert il faut du temps ou du moins une autre perception du temps. 

A première écoute de cette Sonate de Schubert, l’exécution peut paraitre un peu froide et mécanique. Elle manque de ‘pâte’, d’élasticité et de tension entre les notes. Rian De Waal écrit dans le livret qu’il ne faut pas trop se pénétrer de la musique de Schubert, mais la laisser couler en paix. Ainsi peut-être n’est-ce là qu’une manière plus classique d’aborder Schubert. Pourtant l’interprète sait fondre sur son clavier si on en juge par ses interprétations des transcriptions de Liszt. Quoi qu’il ne quitte jamais vraiment sa réserve, une sorte de pudeur, enfin la musique se fait chaude et sensible, souffre, berce, meurt puis revit. Enfin comme pour le premier volume destiné à la musique de Bach, les qualités de l’enregistrement et de l’instrument sont excellentes.

 

Rian De Waal

Rian De Waal plays Bach

Écrit par

Le premier volume de The Valthermond Recordings permet d’apprécier la musique des œuvres de Bach arrangées par les grands Liszt, Busoni, Hess et Brahms. L’idée est intéressante, le défi est de taille : l’interprète doit dépeindre Bach dans les couleurs de différents compositeurs sans y laisser pour autant sa propre compréhension de l’œuvre. On retrouve les deux célèbres Chaconnes, celle de Brahms et de Busoni, ainsi que la Fantaisie et Fugue et la Prélude et Fugue arrangés par Liszt, et des Chorals de Cantate par Busoni et Hess.

Tout d’abord, il convient de saluer la qualité superbe de l’instrument et de l’enregistrement. En ce qui concerne l’interprète Rian De Waal, dont la biographie est impressionnante, il joue bien... mais sans plus. Mozart affirmait que la vraie musique figurait entre les notes, et c’est précisément cette vraie musique qui manque ici. Le son est beau, bien formé, il a une belle résonance, la bonne couleur, la bonne température et on ne peut nier entendre Bach du début à la fin de l’enregistrement. Malheureusement, la pulsation –pourtant si importante chez le compositeur– vire souvent à la précision robotique ; et l’articulation tout aussi primordiale prend parfois de telles proportions qu’elle en tue l’idée. Les débuts des Chaconnes donnent particulièrement le ton d’un jeu trop tiède et mathématique. On aimerait entendre davantage de l’interprète : plus de sentiments, de chaleurs, d’attaque, de tension… de passion!

 

Craig Chaquico

Fire Red Moon

Écrit par

Craig Chaquico est guitariste. Agé de 58 balais, il est de descendance portugaise et indienne (NDR : d'Amérique !) Il a longtemps milité chez Jefferson Starship dont le patronyme s’était ensuite transformé tout simplement en Starship. Drivé par Paul Kantner et Grace Slick, ce groupe était né sur les cendres de Jefferson Airplane. Au cours des 20 dernières années, il a souvent été courtisé comme musicien de studio. Ce qui ne l’a pas empêché d’embrasser une carrière en solitaire. Il est d’ailleurs responsable d’une discographie personnelle plutôt conséquente. 

L'album s'ouvre par une plage troublante intitulée "Lie to me". Noah Hunt, vocaliste du Kenny Wayne Shepherd Band, chante passionnément ce titre soul/blues que colore Bill Heller de son orgue Hammond, pendant que la guitare de Chaquico pigmente l’ensemble de phrases bleues tout à fait captivantes. Rolf Hartley se réserve le chant pour "Devil's daughter", un blues imprimé sur un mid tempo. Craig est épaulé par l’Away Team. Craig a volontiers recours au blues pour enrichir son expression sonore. Signé Booker T Jones et William Bell mais popularisé jadis par le grand Albert King, "Born under a bad sign" symbolise bien entendu le blues de Memphis. Chaquito lui inflige un traitement instrumental, typique de ce blues urbain de cette ville portuaire de l'État du Tennessee. Eric E Golbach est au micro pour "Bad woman", un blues lent majestueux au cours duquel il injecte toute sa passion et sa violence tout en se montrant autoritaire. Les chœurs éclosent et propulsent les cordes au firmament. Séduisantes, propres et techniques, elles ne manquent pourtant pas de feeling. Deux instrumentaux, ensuite. Tout d’abord "Rollin' and tumblin'", un classique traditionnel immortalisé par Muddy Waters. La nouvelle version est imprimée sur un tempo enlevé. "Fire Red moon", ensuite, une plage qui baigne dans la douceur et la sérénité. Memphis shuffle léger, "Little red shoes" est balisé par le piano et l’orgue. La voix de Hartley est fluette. Chaquico est très inspiré aux cordes, dans un style réminiscent de Stevie Ray Vaughan! Un dialogue d’une grande pureté et empreint de sensibilité s’établit entre la guitare et le piano, tout au long de "Blue on blue", un peu comme lors d’une B.O. destinée à un film d'amour. Craig libère une dernière fois ses cordes pour revisiter le célèbre "Crossroads" du légendaire Robert Johnson ; cependant Chaquito adopte le rythme qui avait sublimé la version du Cream. La voix de Hartley est toujours aussi inoffensive, mais les interventions de notre soliste sont remarquables, comme si elles émanaient d’un flirt hypothétique entre la gratte de Clapton et celle de Billy Gibbons…

 

Francis Cabrel

Vise le ciel

Écrit par

Que Cabrel soit un fan inconditionnel de Dylan n’est un secret pour personne. Merci Hugues Aufray ! C’est lui, en effet, qui dès 1965 (déjà) adaptait dans sa propre langue, quelques titres du bon Zimmerman et accrochait les oreilles de Francis, alors teenager. Depuis, celui-ci a découvert l’univers de Bob en version originale et n’a jamais, en 35 ans, renié son amour pour sa poésie et ses mélodies. Mais de là à réaliser un album de reprises et en français, il y a une marge qu’on imaginait jamais le voir franchir. D’autant plus que cet exercice de style relève plus de l’identification à son idole que de l’admiration qu’il lui porte…

Pourquoi ? Pourquoi donc un tel artiste aussi talentueux, tant au niveau de l’écriture que de la composition, a-t-il décidé de consacrer une œuvre, sa 14ème, à des covers de Dylan. Onze en tout !

Et bien la raison est toute bête, le manque d’inspiration tout simplement.

Alors qu’il préparait son nouvel opus, Cabrel cale après seulement avoir écrit 5 ou 6 chansons. Sa muse est tarie. Ne voyant plus rien venir, il choisit alors de changer de direction. C’est donc tout naturellement qu’il se tourne vers le répertoire de celui qu’il écoute et admire depuis le début des seventies.

Très adroitement, il évite de marcher sur les plates-bandes de Hugues Aufray en éliminant les chansons déjà revisitées et sélectionne des titres qui sont même pour certains, presque inconnus. On pourrait même penser que ces compos sont personnelles tant elles se rapprochent de ce que concocte habituellement notre homme.

Pour celui qui ne connaît qu’« I Want You », cet elpee pourrait servir de déclencheur et par là-même, servir les intérêts de Bob Dylan. Car le répertoire de cet immense artiste est loin d’être connu de tous. Il recèle encore pas mal de perles et de découvertes possibles ; Cabrel nous met ici le pied à l’étrier.

Musicalement parlant, on est très proche de « Des roses et des orties » sorti en 2008 et ses accents de la Nouvelle Orléans. On ‘nage’ toujours dans le Bayou…

Au niveau des lyrics, il faut reconnaître un talent certain à Francis Cabrel. Alors que le vieil Apache aux cheveux blancs se contentait de traduire quasi littéralement les propos de Dylan, Cabrel privilégie l’idée aux mots. Pas toujours fidèles, les paroles légèrement différentes gagnent en sens et en authenticité. Paradoxal me direz-vous ! En effet, mais Cabrel a privilégié l’esprit à la lettre, conférant une nouvelle dimension à ces onze splendides chansons.

Une excellente parenthèse dans la carrière d’un des meilleurs, si pas le meilleur, représentants de la chanson française. Francis nous promet de sortir son nouvel opus, dans le courant 2013. Fameuse idée que de nous inviter à patienter en publiant ce joli disque. Et puis, si cette formule lui permet de retrouver l’inspiration, perso, je ne dis pas non !

 

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