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Destroyer

Au bord de l’ivresse…

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En juillet dernier, Dan Bejar s’était produit sur la Plaine de la Machine à Feu. Après Dour, il est donc de retour, mais au Botanique, pour défendre une nouvelle fois son dernier opus, publié il y a quelques mois, « Kaputt ». Personnage illustre de la scène indie-pop, Bejart est certainement un des musiciens canadiens les plus inspirés de cette dernière décennie. Outre son projet personnel Destroyer, pour lequel il a déjà gravé une dizaine d’albums, le natif de Vancouver est également impliqué dans d’autres aventures ; et en particulier chez The New Pornographers et Swan Lake.

Pas de supporting act, ce soir. Tant mieux. D’une part, le dimanche, je n’aime pas trop rentrer chez moi aux petites heures. Et si mon souhait est exaucé en évitant de devoir me farcir une première partie –trop souvent médiocre– c’est tant mieux. La Rotonde n’est pas comble (NDR : il faut dire qu’à l’AB, se produit The Beach House…)

Le concert débute donc à 20h00 pile. Béjar et sept musicos montent sur l’estrade. Un batteur, deux guitaristes, un trompettiste, un bassiste, un claviériste, un saxophoniste (entre autres) et, bien entendu, au beau milieu du podium Dan, qui se réserve le micro. La soirée s’annonce riche en instrumentation. Le set s’ouvre par les meilleures compos issues de ses précédents opus ; et en particulier « Your Blood », « Rubies » ou encore « European Oils ». Parfait ! Si Bejart signe le répertoire de Destroyer, il est loin d’être un despote. Il lui arrive de s’effacer afin de laisser son backing band s’exprimer. Des moments au cours desquels il s’agenouille et en profite pour se désaltérer...

Après avoir dispensé ces titres ‘énergiques’, on se demandait quand même comment le collectif allait se débrouiller pour reproduire le climat sensuel de « Kaputt », sur les planches. Mais également, comment la forme 80’s de cet opus allait être restituée. Et bien on est immédiatement rassuré. La formation impressionne par sa facilité à maîtriser son sujet. En outre, le saxophoniste tire parfaitement son épingle du jeu. Dan est un poète. Son aura irradie son entourage ; et on ne peut que tomber sous le charme. Il récite ses textes, des textes torturés, empreints de passion. Les plages de son plus récent long playing s’enchaînent : « Chinatown », « Kaputt », « Blue Eyes », « Savage Night at the Opera », … Après une heure de prestation, la troupe se retire quelques minutes, avant de revenir sur l’estrade (NDR : comme si on ne s’en doutait pas !)

Destroyer clôture son spectacle par « Bay of Pigs (detail) », une chanson qui va rencontrer un petit problème technique, démontrant au passage, que cette prestation était bien ‘live’. Et puis que cette technique est parfois imprévisible.

Poète des temps modernes, humble et talentueux, Dan Bejar et son team nous ont accordé un excellent concert. Et si de nombreux spectateurs sont demeurés assis tout au long de la soirée, l’atmosphère s’y est révélée chaleureuse, presque voluptueuse, grisante même…

(Organisation Botanique)

 

Alt-J

La pierre angulaire d’un mouvement rock contemporain…

Écrit par

Quel bonheur d’être de retour au Grand Mix pour un des concerts les plus attendus de cette fin d’année. Effectivement, le groupe originaire de Leeds, déjà pressenti comme LE groupe rock de l’année, a raflé le prestigieux ‘Mercury Music Prize’ dans la catégorie ‘meilleur album de l’année. Ce sera l’occasion de voir si le live vient confirmer le talent du quartet anglais. 

En première partie, nous découvrons un groupe local proposant une chouette énergie sur les planches, un show original, bien calé et qui n’a pas peur d’explorer de nouvelles hybridations musicales. Ce groupe s’appelle Delbi et j’ai l’intime conviction que nos amis français risquent d’encore en entendre parler.

Dans un timing toujours irréprochable propre à la salle, la sensation britannique entre sur scène avec comme seul décor un grand néon représentant le signe Delta (un triangle ou ‘Tessellate’ en anglais) tiré directement du raccourci clavier Alt-J. Vous aurez compris que la boucle est bouclée et le style geek-moderne avant-gardiste est posé. Laissons donc place aux artistes...

Pour débuter cette intime représentation musicale, la formation prend la carte de la cohérence vis-à-vis de l’album. On est directement bercé par l’intro au piano suivie de l’interlude « Ripe & Ruin » durant laquelle nous pouvons apprécier les capacités vocales des musiciens. En enchainant par leur excellent morceau « Tessellate », le combo a déjà conquis le public du Grand Mix. Nous sommes ensuite emportés dans leur univers aux influences prog-rock/indie illustré par « Something good » ou encore « Dissolve me ». Les protagonistes s’exprimant dans un français très correct dévoilent leur touche électronique lors du succulent « Fitzpleasure » et l’assemblée est ravie... Une belle démonstration de maîtrise musicale pour les Anglais. Un set bien calé, très sensible et original. C’est le mashup « Slow dre » (« So slow » de Minogue mixé avec « Still dre » de Dr. Dre) qui atteste de cette originalité. Bien trouvé !

Nous sommes à un peu plus de la moitié et une galère technique leur tombe dessus. Mea culpa, les zicos prennent très bien ce contretemps. Ils en informent leur public et embraient par le suave « Matilda »... Dommage que le rendu sonore ne soit pas optimal à ce moment là. Mais qu’importe puisqu’on est rapidement rattrapé par « Breezeblocks ». Quelques secondes après le morceau, le batteur est invité à prendre place au glockenspiel pour l’intro de « MS », interprété tout en douceur. « Bloodflood » vient sonner l’heure de la fin, mais heureusement pour l’auditoire qui en réclamait encore, les quatre mousquetaires reprennent le plateau d’assaut pour accorder deux morceaux époustouflants en rappel, à savoir « Hand-made » et « Taro ».

Quelle soirée, quelle prestation, quelle maîtrise de leur art ! Quel régal de profiter de la présence du groupe de l’année venu nous présenter son album de l’année pour un des meilleurs ‘live’ de l’année ! OK, c’est confirmé, Alt-J jouera bien dans la cour des grands d’ici quelque temps.

 

Marillion

Une leçon de vie…

Marillion est un cas particulier dans l’univers du rock. Fondé il y a 30 ans, en Angleterre, ce groupe associé au revival du rock progressif continue à remplir les salles sans aucun support de l'industrie du disque ou des médias. Comment ? Tout simplement en entretenant une relation privilégiée, très émotionnelle avec ses fans. Et dans ce domaine, ils sont des précurseurs. Avant tout le monde, ils ont exploité le potentiel de l'Internet et lancé des appels de fonds pour permettre la production de leurs œuvres (ce que l'on appelle aujourd'hui le crowd-funding). Aujourd'hui, Marillion a enregistré 17 albums, qui se sont vendus dans leur ensemble, à plus de 15 millions d'exemplaires et s’est produit devant plus de 3 millions de spectateurs. Leur style musical a évolué au fil du temps, particulièrement quand le premier chanteur, Fish, a été remplacé par Steve Hogarth (ex-Europeans). Aujourd'hui, Marillion évoque tout autant Radiohead, Talk Talk, Simple Minds, Razorlight, Waterboys, Split Enz ou Coldplay que Genesis et Yes.

Une preuve de l'engouement suscité, le concert prévu au Splendid à Lille est très rapidement décrété sold-out. Ce qui a décidé les organisateurs à prévoir une seconde date au même endroit, le lendemain. En tournée pour promotionner "Sounds That Can't Be Made", Marillion va nous réserver au total 5 titres de cet excellent album. C'est d'ailleurs par "Gaza" que débute les hostilités. Un choix osé, car il s'agit là d'un monstre de 17 minutes. Un tour de force caractérisé par moult changements de rythmes et d'ambiances. Mais les musiciens s'exécutent en affichant une déconcertante facilité. Steve Hogarth, porte un large t-shirt sur lequel est imprimé le symbole de la paix, une allusion claire au conflit actuel dans la bande de Gaza. Parmi les autres extraits de "Sounds" figurent le magnifique "Power", sur lequel Pete Trewavas révèle d'étonnantes aptitudes aux backing vocals, les très paisibles "Pour My Love" et "The Sky Above The Rain", sans oublier la plage éponyme.

"Beautiful" démontre que Steve Hogarth est capable de composer de très belles ballades romantiques. On est étonné par son incroyable maitrise vocale. Il parvient à atteindre les notes  les plus hautes, alternant passages doux et intimes et incantations déchirantes. Son contact avec le public est aisé et empreint d'une totale authenticité. Après "You're Gone" et le très beau "Cover My Eyes",  Marillion opère une incursion dans le répertoire de la période ‘Fish’ et attaque "Slàinte Mhath", issu de "Clutching At Straws". Dans la dernière partie du morceau, Steve peine quelque peu à reproduire les vocaux plein de puissance et de fureur de Fish. Aux réactions du public, on constate l'attachement, toujours vivace, des aficionados pour le géant écossais.

"Neverland" est un autre point culminant du set. Un véritable chef-d'œuvre, extrait du long playing "Marbles", considéré par certains comme le meilleur du groupe version ‘H’. Ce sont 10 minutes de pur bonheur, surtout lors des solos très ‘gilmouresques’ dispensés par un Steve Rothery toujours particulièrement concentré. Si Steve Hogarth est très mobile et en interaction avec le public, les autres musiciens se montrent, en général, plutôt discrets. Pete Trewavas, le bassiste, est très efficace et évite les fioritures. Mark Kelly trône aux claviers sur son podium, mais on doit constater que son rôle dans le groupe est moins conséquent qu'auparavant. Il n'aura guère que deux ou trois occasions de placer un de ses fameux solos. Quant à Ian Mosley, aux drums, il est d'une précision et d'une perfection tout simplement métronomiques. 

Steve Hogarth dédicace ensuite "A Voice From The Past" à John Lennon et "Real Tears For Sale" à Sinead O'Connor, en référence au fameux clip où elle pleure ("Nothing Compares To U"). Au moment de "Three Minute Boy", un problème technique aux claviers force Hogarth à meubler en improvisant seul au piano des paroles de circonstances ("Three Minutes to wait for the keyboards, ..."). Quand, enfin le contretemps est résolu, le public est invité à chanter les ‘La La La’ du refrain et il s'exécute avec enthousiasme! La partie principale du concert se termine par "The Great Escape" ("Brave") et le band revient très vite pour aborder "No One Can", tiré de "Holidays In Eden" et enfin, un second extrait de "Clutching At Straws", "Sugar Mice".

Manifestement, et ce concert en est une nouvelle illustration, c'est principalement sur scène que Marillion prend sa pleine dimension, en créant une véritable communion avec ses fans. La foule chante les chansons qu’elle connaît par cœur, criant et applaudissant sans cesse. Le concert a duré environ 2 heures ; mais, vu la très riche discographie du groupe, on aurait préféré ne pas devoir se farcir une première partie (Carrie Tree, une jeune folkeuse anglophone) et que Marillion joue (encore) plus longtemps. Mais ne boudons pas notre plaisir, car cet excellent concert a été accordé par un groupe tellement attachant et dont la longévité est une véritable leçon de vie…

Pour voir la vidéo de "No One Can" sur Youtube, c’est ici  

Pour lire l'interview de Steve Hogarth, c’est  

Setlist

Gaza
Beautiful
You're Gone
Cover My Eyes (Pain and Heaven)
Slàinte Mhath
Sounds That Can't Be Made
Neverland
A Voice from the Past
Power
Three Minute Boy
Pour My Love
Real Tears for Sale
The Sky Above The Rain
The Great Escape
Encore:
No One Can
Sugar Mice

Organisation : A Gauche De La Lune

(Voir aussi notre section photos ici)

Django Django

Bien, mais peut mieux…

Écrit par

Pour accueillir la formation Django Django, l’AB était presque sold out. Rappelons quand même que cette salle est susceptible d’accueillir 1800 personnes debout et 730 assises au balcon. Pas de doute, le quatuor écossais fait le buzz. Pas étonnant, quand on sait que pour l’exercice 2012, la formation a presque atteint la barre de 150 concerts. Dont un passage à la Rotonde, dans le cadre des Nuits Botanique et un autre au festival Pukkelpop.

Le combo accuse quelques minutes de retard sur le timing prévu, lorsqu’il monte sur les planches. Et vu le décor, on a vite compris qu’on n’est plus en présence d’un groupe qui débute. En effet, trois écrans géants surplombent le podium. De toute évidence, on va en avoir plein les yeux et les oreilles…

Les lampes s’éteignent, les écrans s’allument, le show peut commencer. Le set s’ouvre par l’intro de l’album. Une ampoule s’allume sur la scène. Elle est également reproduite sur les écrans. Elle se balance progressivement et en cadence, avant que le band n’enchaîne par « Hail Bop ». Explosion des couleurs et paroxysme rythmique. Nous sommes conquis. Le public aussi.

‘C’est notre plus grand concert’ déclare Jimmy Dixon. Manifestement, le quatuor a mis la gomme. Et puis, c’est mignon, trognon. Pourtant, on se rend compte que les musicos ne sont pas encore rompus aux grands spectacles. Ils manquent encore d’assurance, affichent une retenue certaine. Un « default » qu’ils devront apprendre à corriger. Dommage car, s’ils avaient eu davantage de confiance en eux et osé prendre plus de risques, ce spectacle aurait pu être épique.

Ce qui n’a pas empêché le public d’y trouver son compte. Chauffés à blanc, excités, les spectateurs commencent à réagir. Les morceaux s’enchaînent naturellement. Les transitions sont impeccables. La foule danse et entre presque en transe, baignant au sein d’un light show original et se gavant d’images hypnotiques. Bref que du bonheur !

Leur musique est un véritable cocktail de styles et d’influences qui se marie à la perfection : blues, afro beat, house, et la liste est loin d’être exhaustive. Malheureusement, le son n’est pas exceptionnel, et les voix trop peu mises en exergue.

Quant au rappel, il nous a laissé mi-figue, mi-raisin. Une compo trop peu connue de leur répertoire. Et non seulement la mise à feu était plutôt brouillonne, mais le titre n’était pas assez dansant.

Néanmoins, on doit reconnaître avoir passé une excellente soirée lors de ce concert accordé par Django Django, un groupe qui possède un énorme potentiel, mais qui manque encore de charisme et d’aplomb, pour faire vraiment la différence. Ce sera, sans doute, pour plus tard. C’est tout le mal qu’on leur souhaite…

(Organisation Ancienne Belgique)

 

Tryo

Un peu trop dans l’air du temps…

Écrit par

Depuis une semaine, je chante à tue-tête « L’hymne de nos campagnes », « La main verte » ou encore « Mademoiselle Bulle ». Pourquoi ? Ce mardi 14 novembre, Tryo se produit en concert à Forest National. Et je serai présente assister à ce spectacle. Malheureusement, ces trois chansons, je n’aurai pas le bonheur de les entendre. En effet, la formation a privilégié les morceaux de leur nouvel opus, publié le 27 août 2012.

Forest National, 20h00. La salle est à moitié remplie. En première partie, un groupe inconnu au bataillon monte sur les planches : Boulevard des Airs. Huit musiciens enchaînent quelques chansons très festives et entraînantes. Une excellente découverte !

Tryo entre à  son tour, dans l’arène, dès 21h00. A la surprise générale, le groupe apparaît sur une toute petite scène, au milieu de la fosse. Il enchaîne « Pas banal », « Marine est là », « Ladilafé ». Et crée une ambiance chaleureuse, en communiquant souvent avec le public. Le groupe aura bientôt 15 années d’existence. Il n’est cependant pas venu présenter un simple concert, mais un véritable ‘show’ : chorégraphies, DJ, ambiance boîte de nuit, scènes mouvantes, tout y est. Une seule chose manque : l’influence reggae, une caractéristique de leurs albums précédents. On peut donc souligner une tendance à vouloir s’intégrer dans le registre musical actuel (remix de chansons, grattage de platines, ...)

Les compositions sont toujours très engagées et expriment leurs opinions politiques et sociales : « Marine est là » fait référence à Marine le Pen, « Ladilafé » rend hommage à feue Patricia Bonnetaud, qui les a accompagnés tout au long de leur carrière, « Brian Williamson » reflète leur combat pour la reconnaissance de l’homosexualité dans le monde. 

Le décor, très original et varié, est plusieurs fois renouvelé : au départ, il est composé d’une structure métallique sur fond blanc qui permet au public de voir les différents musiciens aussi bien que les chanteurs. Ensuite, un autre arrière-plan nous est dévoilé : celui de lucarnes et fenêtres ; et à cet instant, on a l’impression d’être sur les toits d’une ville. Les musiciens en jouent, ils apparaissent et disparaissent à leur gré.

Impression générale : un concert chaleureux et captivant mais qui n’a pas répondu à mes attentes. Cette nouvelle tournée s’éloigne un peu trop de l’univers créé par les premiers elpees du combo.

Organisation AJA Concerts

(Voir aussi notre section photos ici)

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

A contre-voie…

Écrit par

There is no more than this ending
That I can give to you
There is no more than this ending
There is nothing more at all

Les larsens saturent encore les tympans assourdis. La déferlante sonique se retire lentement, comme une mer abandonnant les débris d’épaves arrachées à la tempête, laissant pantelants les spectateurs qui s’accrochent désespérément à l’hypothétique espoir d’un second retour du groupe de Leeds.

Las !

Jusqu’au bout de l’effort, jusqu’à bout de souffle, I Like Trains se sera livré ce soir, comme tous les soirs, entiers, impeccables, généreux et si désespérément humains, dans toute la beauté tragique de ce constat.

Dernière date de la tournée, synonyme de contrastes. Entre le plaisir de retrouver leurs pénates et tristesse consécutive à la fin d’une aventure. Entre fatigue extrême et exaltation. Entre les profondeurs d’un océan de chagrin et les cimes d’un ciel tourmenté.

Et au milieu, les cinquante degrés de gris qui, nuance après nuance, dessinent la palette d’un univers visuel et sonore fortement imprégné par l’encre qui coule dans les vaines prières des hommes ; en particulier dans le chef de David Martin, leader et figure de proue de ce groupe dont la musique oscille entre Post Rock et Pop classieuse.

I Like Trains, comme un périple en terres de contrastes exaltés. I Like Trains qui avait donc décidé de déposer pour cette dernière nuit ses valises sur notre sol. Cet événement se passait mardi, à Opwijk. Et votre serviteur était du voyage.

I will be taking care of business.

Ainsi commence « Beacons », ainsi commence « The Shallows », dernier album en date, et donc fort logiquement, ainsi commence chaque set de cette tournée. Dans ses sonorités plus synthétiques, qui ne sont pas sans rappeler l’approche d’Editors sur « In This Light, On This Evening ». Le rapprochement entre ces deux groupes n’est du reste pas fortuit. Beaucoup de points communs, mais qui au final mènent à deux destinées sensiblement différentes.

Appelés à n’être que d’éternels outsiders, I Like Trains a sûrement manqué le bon wagon. Qu’importe ! Car la locomotive qui les emmène dans son sillage a fière allure. Et parce que dans leur musique, ils mettent toute leur âme. Et si les sirènes du showbiz se refusent ostensiblement à leur tendre les bras, nos lascars ne semblent en avoir cure. Pour le plus grand plaisir de la poignée de fans réunis ce soir, tout à la joie de revoir cette formation dans des conditions optimales. Loin de toute hystérie mercantile, au plus près du podium. I Like Trains, groupe de proximité, au génie sous-estimé, et s’offrant tout entier.

Parmi les personnes au plus près de l’estrade, il y a cette famille. Le cadet doit avoir tout bonnement une dizaine d’années. Il arbore fièrement un T-shirt du groupe, comme les autres membres de son clan. Il ressemble vaguement à Harry Potter. Et tout au long du concert, il boira avidement le calice tendu par ses idoles. Sensible à la magie du moment. Comme tous ceux présents. C’est une image forte de cette soirée. Un peu décalée, et dans le fond, tout à fait banale. Touchante, parce que juste anodine. Une image qui résume à elle seule la musique d’I Like Trains.

Accessible et contrastée, pleine de finesse et de sensibilité, elle continue cependant à échapper au plus grand nombre. Comment rester insensible à ces envolées brutales, qui précédent ces accalmies sauvages ? Ou ces doux déchirements qui font suite à de claquantes caresses ?

De moments forts pour public conquis (« Terra Nova » ou encore le magistral « Sea Of Regrets » en rappel) en singulières déflagrations d’émotions, on est bercé par les images et montages vidéo autant que par la musique. Cette traversée laisse entrevoir que ce groupe n’a décidément pas dit son dernier mot. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de tendre l’oreille au chant de ce géant si fragile.

(Organisation : Nijdrop)

 

Lescop

Bruxelles, la nuit...

En cette soirée pluvieuse de novembre, il y a deux spectacles auxquels je veux absolument assister à Bruxelles : Lescop au Botanique et Animal Bodies + Bestial Mouths au Café Central. On peut dire que, dans mon agenda, les deux affiches se té-Lescop-ent... Hum... Mais comme je suis incapable de choisir, je décide de combiner les deux. Les vertus de l'ubiquité sans être... cuité. Un choix opportun puisqu’il va me permettre de rencontrer Lescop après son concert et de tailler une bavette en sa compagnie (voir plus loin)...

Lescop, de son vrai nom Matthieu Peudupin, est l'ex-chanteur du groupe Asyl (de La Rochelle) et semble incarner aujourd'hui la nouvelle sensation ‘made in’ France. Il pratique une ‘pop wave’ minimale qu’il chante dans la langue de Molière et teinte d'éléments 'dark'. Une ‘pop noire’ si on se réfère au nom du label qu'il vient de créer. Le hit lumineux "La Forêt" et le tout récent album éponyme ont révélé au grand public un artiste talentueux et discret, qui évolue dans un style sis quelque part entre Daho, Taxi Girl et Indochine, mais dont les arrangements dépouillés lorgnent vers Joy Division. 

Lescop s’était produit en première partie de Daniel Darc, au Botanique, en mai dernier. Il est en tête d'affiche pour ce concert intimiste prévu dans une Rotonde achi-sold out. Une sirène retentit, puis l'hypnotique "Paris s'endort" ouvre efficacement le concert. Lescop investit les lieux avec classe et discrétion. Pendant "Ljubljana", une capitale où, dit-il, ‘on trouve de très belles filles’, nous prenons le temps de l'observer. Il porte un simple polo Fred Perry fermé jusqu'au dernier bouton, un jean et des Converse. Derrière son pied de micro, concentré et les yeux fermés, il ressemble à Ian Curtis. Mais quand il danse, ce ne sont pas des mouvements frénétiques qui l'animent mais bien d'élégants déhanchements, légèrement androgynes.

Tant qu'on est dans les noms de villes, Lescop enchaîne par "Los Angeles", lieu où ‘des choses importantes se sont passées pour nous’. Sur scène, il est flanqué de Cédric Leroux (ex-Phoebe Killdeer) à la guitare, un croisement improbable entre Prince, Fred Chichin et Phil Lynott (une tête de Lynott?). Il joue de sa Fender Jazzmaster en exécutant des mouvements saccadés et épileptiques. A droite, on retrouve Antoine de Saint-Antoine, l'acolyte des débuts chez Asyl. Il est préposé à la basse, aux chœurs et au PC. Il n'y a pas de batteur, mais les morceaux ont nettement plus de pêche que sur disque. En outre, le son est, dans l'ensemble, excellent.

Dans "La Nuit Américaine", Lescop démontre que ‘live’, il a nettement gagné en aisance, par rapport au concert de mai. Il convainc aisément le public à taper dans les mains et enchaîne les morceaux en les agrémentant d’une présentation humoristique. Il remarque la disposition en amphithéâtre de la salle, qui lui rappelle ses cours à la fac. Quand il demande si quelqu'un a déjà pratiqué l'hypnose, votre serviteur –adepte de l'hypnose ericksonnienne– ne peut s'empêcher de lever la main. Lescop me fait un signe et la formation nous balance "Hypnose". Plus tard dans la soirée, Lescop me confiera qu'il utilise cette technique pour gérer son trac. Ce qui peut paraître étonnant pour un artiste qui se produit en public, au sein d’un groupe depuis 1995 ; mais la situation est évidemment différente quand on doit défendre un projet solo.

Revenons au concert, car le combo attaque son hit "La Forêt". Le public acclame chaleureusement les premières notes de basse, rejointes par le rythme minimal de batterie. Lescop campe sur le devant de la scène. Son interprétation est impeccable. Nous dansons en remuant la tête, comme ensorcelés par cette mélodie envoûtante. Après des applaudissements nourris, le set se termine par le puissant "Un Rêve" et le fascinant "Le Vent", une chanson sur ‘les souvenirs brûlants’.

Une courte pause et Lescop revient sur le podium, pour aborder le très paisible "Tu m'écrivais souvent", un inédit (voir la vidéo ici ). On attend impatiemment la sortie de l’Ep, sur lequel devraient figurer des inédits et remixes. Ensuite, place à "Slow Disco", une chanson proche de "La Forêt", mais plus indolente. Enfin, l'excellent "Tokyo, La Nuit", le deuxième hit du combo, n’a pas été oublié…

Lors du second rappel, au moment de choisir la toute dernière chanson, Lescop suggère d’adopter une formule instituée au cours des 60’s, en reprenant le hit à la fin du concert. Et on est reparti pour "La Forêt" (voir la vidéo ici ), mais cette fois, surprise, Lescop descend dans le public et demande aux spectateurs de s'asseoir. Il chante ainsi les premiers couplets de la chanson au milieu de ses fans. Au moment où le rythme redémarre, il saute en l'air et tout le monde l'imite. De retour sur l’estrade, il se déchaîne. Il communique son enthousiasme aux autres musicos. Tel un lion rugissant, il se dresse au bord du podium en tendant le micro vers le public, qui lui répond par un vacarme assourdissant. Un grand final pour un concert un peu court, certes, mais en tous points convaincant! Lescop promet de revenir pour un show plus long et dans une salle plus grande... Le rendez-vous est pris!

Je me dirige ensuite sans attendre vers le Café Central pour assister aux concerts de deux groupes issus de la très vivante scène 'witch-wave' américaine: Animal Bodies et Bestial Mouths. Issu de Vancouver, Animal Bodies réunit Natasha (voix et guitares) et Sam (claviers, programmations). Ils sont influencés par les musique 'dark' (EBM, new-wave, punk...) mais leur approche, très ‘Lynchéenne’, est résolument novatrice et s'inscrit dans un mouvement où l'on rencontre aussi Zola Jesus, Chelsea Wolfe, The Soft Moon ou encore In Death It Ends... Bref, on baigne encore dans l'ambiance d’Halloween! Devant une cinquantaine de fans et de curieux, le groupe a interprété une majorité de morceaux figurant sur leur excellent Ep "The Kiss of The Fang" (Sweating Tapes). On attribuera quand même une mention particulière à l’hallucinant "Venus Transit" (voir la vidéo ici ). Les rythmes sont saccadés et obsessionnels. Joués en ‘live’ par Sam, les synthés reposent sur des basses EBM aux accents 'drone'. Quant aux vocaux de Natasha, ils sont saturés, stridents et torturés. Un set court mais puissant!

Bestial Mouths émargeait au rayon ‘découvertes’. Mais je dois avouer avoir été impressionné par leur synth-punk expérimental, caractérisé par une rythmique tribale, saccadée, des synthés déjantés et la voix incantatoire, très ‘Siouxsienne’, de Lynette Cerezo. Affichant un look de PJ Harvey gothique illuminée, Cerezo ne chante pas, elle éructe. Le concert ressemble à un rituel illuminé et infernal. En fin de parcours, le groupe attaque une reprise du "Never Alive" de Snowy Red. Une belle manière de remercier Michael Thiel, le fils de Snowy Red, présent au premier rang, et dont la collaboration à l’organisation de ce concert a sans doute été plus que précieuse.
http://youtu.be/w-FylKnc56k

Mais la soirée était loin d'être finie car c'est à ce moment que Vincent, sa compagne Valéria, accompagnés de... Lescop et de son band, ont débarqué. Une très chouette surprise, qui nous a permis de mieux connaître ces artistes en sirotant quelques bonnes bières belges.

Lescop nous a ainsi confié en 'off' que le buzz créé par les médias à son sujet l’avait mis très mal à l’aise. La couverture des Inrocks (‘Lescop ressuscite la cold wave’) apparaît à cet égard déplacée vu que l'intéressé ne semble nullement motivé par la nostalgie et estime jouer une musique moderne, bien d'aujourd'hui.

En dépit de cette situation, il estime indispensable de rencontrer les médias populaires, avouant même n’exclure ni la Star Ac' ou The Voice. Pour lui, l'important est en effet de toucher un maximum de monde, notamment les kids. Après tout, il avoue avoir lui même découvert Blur et le grunge grâce à des programmes TV populaires.

Je n'ai pas pu m'empêcher de lui poser la question concernant la ressemblance entre "La Forêt" et la chanson "Cran d'Arrêt", de Dernière Volonté, une analogie que Geoffroy, le chanteur de DV, avait épinglée lui-même lors de son interview (voir ici ). La réponse à cette question est claire: Lescop ne connaît pas DV et ne peut donc pas s'en être inspiré. Nous mettrons dès lors ces corrélations sur le compte de l'inconscient collectif... et de la référence commune à The Cure, bien sûr.

Enfin, Lescop nous a confié qu'il allait à nouveau collaborer avec Indochine pour leur prochain album, aux côtés de Air. Rappelons qu'il avait déjà cosigné "Les Portes du Soir" sur "Alice et June".

‘Allons danser!’, lance soudain Lescop, et nous nous retrouvons aussitôt sur le ‘dancefloor’ du Café Central sur la musique de notre copine DJ Nancy Bruxelles. Je lui suggère de glisser dans sa programmation, "Tokyo, La Nuit" ; et pendant que nous nous déhanchons sur ce sublime morceau, je me dis que c'est quand même beau, Bruxelles, la nuit...

Merci à Lescop, Cédric, Antoine, Vincent, Valeria, Nancy et Mat.

(Organisation : Botanique pour Lescop et Cheap Satanism Records pour Animal Bodies/Bestial Mouths)

 

Efterklang

Classieux…

Écrit par

Il y a quelques mois, Efterklang publiait son quatrième album, « Piramida ». Une œuvre directement inspirée d’un leur voyage accompli au large d’une île proche du pôle Nord où se dressait autrefois une cité minière. Durant ce périple, le groupe a enregistré des sonorités et des ambiances qui ont servi ensuite, à l’écriture de l’album. Pour retranscrire ce climat froid et atmosphérique en ‘live’, les Danois ont tout simplement décidé de se produire en compagnie d’un orchestre symphonique, lors de leur tournée. En coopération avec les Bozar et la Muziekgebouw d’Eindhoven, l’Ancienne Belgique accueillait donc Efterklang et l’Orchestre de Rotterdam, le Sinfonia Rotterdam sous la direction de Matthew Coorey. Pour l’occasion, les sièges sont entièrement sortis et il n’y a apparemment, plus aucune place libre.

La première partie n’est pas étrangère à Efterklang, puisqu’il s’agit de Peter Broderick, ancien membre du groupe. Multi-instrumentiste, cet Etasunien vient défendre son nouvel opus solo. Il impressionne par son aisance tant instrumentale que comportementale. Il change d’instrument morceau après morceau (banjo, violon, guitare,…) et manifeste un tel aplomb, qu’on a parfois l’impression qu’il foule les planches de l’AB, depuis sa plus tendre jeunesse. Il arpente ainsi l’estrade, seul, au violon en chantant presqu'a cappella. Après une bonne demi-heure de prestation, il vide les lieux. Pour quelques instants seulement, car Broderick fait partie du backing group d’Efterklang, et s’y réserve le clavier tout en participant aux chœurs. 

A 21h, l’orchestre de Rotterdam monte sur le podium. Il réunit une petite trentaine de musiciens, dont une section de cuivres, une autre de cordes et un percussionniste. Le trio de base est également soutenu par trois choristes, Budgie (le drummer de Siouxsie and The Banshees) et Peter Broderick. Rien qu’à regarder la scène, sans avoir entendu la moindre note, on sait déjà que la soirée sera classe ! La première heure du concert est consacrée au dernier long playing. Les morceaux sont interprétés dans l’ordre du traklisting. L’orchestre apporte de la consistance aux compositions. Le chanteur Casper Clausen et son acolyte à la basse, Rasmus Stolberg, occupent le devant de l’estrade et semblent apprécier le déroulement des opérations. Plus tard, Clausen expliquera que ce concert était le dernier de la tournée sous cette formule ; en outre, il nous a rappelé que l’AB est une des premières salles, hors Danemark, a les avoir accueillis, en 2005. Ce qui explique, certainement ce plaisir clairement perceptible et communicatif. Les morceaux s’enchaînent. Si le meilleur moment du set est atteint, lors de l’interprétation de « Black Summer », on retiendra surtout les 30 minutes au cours desquelles l’orchestre va réaliser une véritable performance, sous les yeux et pour le plaisir des oreilles, des membres d’Efterklang. Après « Monument », dernier titre de l’elpee, tout ce beau monde quitte le podium, non sans avoir remercié à diverses reprises les musiciens, sous les applaudissements d’un public debout qui en redemande.

Il sera récompensé, puisqu’Efterklang revient toujours flanqué de l’orchestre pour attaquer deux anciens morceaux. Dont le très attendu tube « Modern Drift ». Au cours de celui-ci, Clausen communie avec le public en descendant à son niveau.

Le groupe déserte une nouvelle fois les lieux, mais y revient quelques instants plus tard. Seul problème, tous les morceaux ont été interprétés et tenter une impro en compagnie d’un orchestre de trente personnes est plutôt scabreux. Le groupe s’en excuse, mais reprend toutefois « Hollow Mountain », une compo jouée en début de concert.

Un spectacle de haut vol. Le public est comblé. Il déserte progressivement la salle, dans une ambiance de fête, preuve que ce concert était plus que réussi !

(Organisation AB)

 

Godspeed You ! Black Emperor

L’atelier du chaos !

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Après un hiatus de dix ans, le mythique collectif montréalais est de retour. Il vient de publier un album qui retrouve la furie de sa performance scénique : « Allelujah ! Don’t  Bend ! Ascend ! ». Godspeed You ! Black Emperor –titre d’un documentaire japonais des années 50 sur des bikers nippons– parvient enfin à s’y réconcilier avec son public. Un vide sonique attendu par les fans transis du plus grand groupe de post-rock du monde en manque de nouvelles discographiques depuis le controversé « Yanki U.X.O » (produit en 2002 par Steve Albini). Un cinq titres qui avait d’ailleurs divisé les puristes par son caractère jugé trop conventionnel (son trop travaillé, structure plus classique…), bref excessivement produit ! Un simple regard jeté sur le titre de ce cinquième opus, ‘Alléluia ! Ne ployez pas ! Soulevez-vous !’, suffit à nous en convaincre : le combo canadien n’a rien perdu de sa rage, de son mordant politique et de son radicalisme artistique. Un engagement furieux mais tacite, inexprimé –pendant et entre les morceaux– qui s’incruste, se sculpte, s’inscrit avec force dans les titres, les images et les atmosphères étourdissantes du son des instruments. Plus qu’un groupe, GY!BE est une œuvre d’art.

Après un interminable silence ponctué simplement de quelques prestations scéniques restées timidement dans les tympans en 2010, il va sans dire que l’octet canadien était attendu sous les feux de la critique d’un public exigeant pour nous livrer quelques fragments de son cinquième opus (sans compter « Slow Riot for New Zero Kanada ») sur les planches du Cirque Royal de Bruxelles.

Silence on tourne ! C’est dans un décor minimaliste peuplé d’une armée d’instruments (deux batteries, trois guitares, deux basses, un violoncelle et un violon), une scène  plongée dans le noir, illuminée de faibles lumières rouges et surplombée d’un écran géant que les huit musiciens de Montréal prennent place. Sans un mot. Pas de bonjour, pas de merci. Pas une syllabe prononcée durant tout le concert. Inexpressivité absolue s’ouvrant une voie de silence vers le sublime de l’inhumain au-delà des paroles. Ici, les musiciens quasi inexpressifs s’effacent singulièrement pour que seuls transparaissent et parlent les instruments dans un espace unique consacré à l’art brut et abstrait. Bientôt, le voyage sonore et visuel plonge la salle dans un silence fasciné et hypnotique. Tandis que les artistes se taisent, se murent dans un mutisme têtu et infrangible, les instruments grondent, les images vomissent. La photographie et la musique se mêlent et s’entrecroisent dans un parfait crescendo, parfois avec douceur, parfois avec colère, elles subliment l’espace et arrêtent le temps. Une greffe  littéralement chirurgicale entre les deux nous assomme d’une symphonie des temps modernes où les guitares et les cordes se répondent dans le tumulte des révolutions arabes et de l’érable. Les foudres, mises en image et en son, s’abattent sur un système capitaliste dévastateur. Tandis que l’écran affiche ‘HOPE’ en lettres tremblantes, les guitares grognent puis se renforcent du violon alarmiste de Sophie Trudeau. L’âme même s’asphyxie face à ce paysage dévasté et post-apocalyptique. La synchronisation entre image et musique est magistrale et frôle le sublime qui s’ouvre sur le chaos.

Un nihilisme cinématographique qui garde un degré d’abstraction suffisant pour que chacun puisse créer sa propre imagerie mentale. Les lettres imprimées (‘HOPE’, ‘HIV’, …) Les images défilent (maisons délabrées, visages de prisonniers, rouages de mécanisme, images de dossiers classés, terrains vagues, lieux désaffectés, usines en flamme…) en parfaite symbiose avec la musique, laissant filtrer pourtant sans ambiguïté l’idéologie anticapitaliste des huit artistes canadiens.

Deux heures de spectacle pour cette œuvre dont les fondations alternent une succession de crescendos et de plages plus calmes qui, parfois –faut-il l’avouer ?– pourtant concentrés en cinq morceaux (!) tirent en longueur.

Rétif à toute règle, GYBE ! termine son spectacle, non pas par de nouveaux morceaux, évitant ainsi toute promotion, mais par de vieux succès revisités. Ainsi, « Behemoth » (chanson jamais sortie sur album) hausse le ton pour une claque musicale de trois-quarts d’heure. Une épopée qui tarde à laisser place aux 23 minutes de « The Sad Mafioso », compo figurant sur le deuxième elpee, « fa∞ », publié en 1997. D’une mélancolie obsédante, ce titre libérerait le groupe de ses angoisses politiques vécues à cette époque. Il est illustré par une vidéo qui affiche les chiffres de la bourse en rouge sang et des manifestants au pas. Le message final semble désormais clair.

Godspeed You ! Black Emperor, un groupe qui ne laisse pas indifférent et conduit vers des destinations atypiques sans retour.

(Organisation Botanique)

 

M83

Sidéral et... sidérant!

Il y existe peu de groupes contemporains susceptibles de fédérer les générations. Muse, Coldplay, MGMT, Radiohead, sans doute. Et bien, M83 appartient à cette catégorie. Créé par Anthony Gonzales, originaire d'Antibes, M83 combine judicieusement l'héritage du passé et le temps présent. Le passé, ce sont les références au rock progressif (Pink Floyd, Rush, J.-M. Jarre), au krautrock (Kraftwerk, Schulze, Ash Ra Temple) et à la new-wave (Talk Talk, Tears For Fears). Le présent, ce sont les sonorités électropop, voire trance et les voix hyper-trafiquées. On n'est donc pas étonné de rencontrer dans le public de l'AB un mélange de teenagers et de quadragénaires, pour le troisième passage du combo en Belgique en un an, après les Pias Nites en février et les Ardentes en juillet.

En lever de rideau, les Gallois de Man Without Country ont dispensé un set trempé dans un électro-pop-shoegaze de toute bonne facture. Au menu : synthés puissants, guitares cinglantes et vocaux aériens. Contrairement à de nombreux 'supporting acts', Men Without Country a pu bénéficier d’un 'gros son', celui de M83. Un concert intéressant. Leur premier album, "Foe", a été produit par Ken Thomas, qui a aussi mis en forme le "Saturday = Youth" de M83. Un groupe à suivre!

Lorsque retentissent les premières notes, solennelles, du concert de M83, on assiste à la première référence faite au rock progressif. Morgan Kibby, la chanteuse/claviériste, entre seule sur scène vêtue d'une longue robe noire. Elle porte un masque animalier, qui n'est pas sans rappeler la tête de renard arborée par Peter Gabriel chez Genesis. Une référence étonnante! Ensuite, les autres musiciens montent sur les planches ; Anthony Gonzales en tête, suivi de Loïc Maurin aux drums et du tout jeune Jordan Lawlor aux guitares ainsi qu’aux claviers. Lors du morceau judicieusement intitulé "Intro", Morgan prend parfaitement en charge les voix signées originellement en studio par Zola Jesus. Le décor est cosmique, quasi floydien. A cause de ce tapis d'étoiles et des rayons de lumières oniriques. Bref, on est prêt pour un voyage dans l'espace. Direction la galaxie Messier 83 (d'où le nom du groupe). L'AB est sold-out et le public, super chaud!

Après "Teen Angst", un titre électro réminiscent de Fischerspooner, le show prend véritablement son envol. Soit au moment de "Reunion", le deuxième single extrait de "Hurry Up, We're Dreaming". Une plage dont l'intro rappelle immanquablement Rush, un groupe canadien de prog-rock. Lors du refrain, Gonzales a déjà le public en poche ; et pour cause, il parvient déjà à lui faire reprendre en chœur ses ‘Oh oh oh’... Petite surprise ensuite, présentée sous la forme d'un break electro-house et s’achevant par un final grandiose… Regardez ce moment, filmé depuis les balcons ici.

"Sitting" est le premier long instrumental 'psychélectro' du set, une des marques de fabrique de M83. Place alors à "Year One, One UFO", une compo dont les sonorités folk lorgnent tour à tour vers Yes et MGMT. "We Own The Sky" est un autre grand moment : le rythme est plus calme et les voix, aériennes. La fin du morceau a été réarrangée pour la scène. Le rythme accélère soudain, soutenu par le chant répétitif de Morgan Kibby. Inattendu ! "Steve Mc Queen" est un autre exemple de hit électro dominé par les cris de Gonzales et les changements de dynamique. Superbe ! "Wait" constitue leur "Us And Them". Tant les harmonies que la structure du morceau évoquent clairement ce chef-d’œuvre de Pink Floyd. On pense aussi aux œuvres récentes d'Anathema. La fin du morceau est majestueuse, drapée dans des nuages de claviers et traversée par un beau solo de guitare, que Gonzales exécute à genoux, au-devant de la scène. Vidéo: http://youtu.be/UN2XwQB2UXc.

Après "Graveyard Girl", on entend le riff vocal de "Midnight City". Une énorme clameur envahit l'AB. Par ce riff, Gonzales a trouvé un 'hook' universel, qui entre parfaitement en résonance avec notre époque. Il lui suffit de lever les bras en l'air en criant ‘Bruxelles!’ et la foule chante à l'unisson les six célèbres notes, avant qu'un saxophoniste ne vienne quelque peu gâcher cet événement, en balançant un solo bien trop criard. Voir la video ici.

Le corps du spectacle prend alors fin tout en douceur lorsque le paisible "My Tears Are Becoming A Sea" est interprété un demi-ton plus haut que sur disque. Mais le groupe revient bien vite pour interpréter l'excellent "A Guitar And A Heart", un de mes morceaux préférés, tiré de "Before the Dawn Heals Us" (2005). Cette longue progression évoque le célèbre "One Of These Days" de Pink Floyd (paru sur "Meddle" en 1971). Elle est d’ailleurs jouée dans le même ton. Le rythme est martelé sur un tapis de sons synthétiques et enfle petit à petit avant de culminer dans une explosion de drums et de guitares.

Le concert se clôture enfin par le très solennel "Outro" et le tour de force que constitue "Couleurs". Ici, à nouveau, on retrouve une longue construction électronique de plus de 8 minutes. Sur le riff de base dispensé aux synthés, viennent se greffer les rythmiques et les guitares. Le groupe se déchaîne véritablement sur ce morceau, qui se termine dans un orgasme sonore.

C'est incontestable, au vu de leur prestation, M83 est devenu un groupe majeur et peut maintenant jouer dans la cour des grands... Seuls petits bémols, le son un peu trop brut des drums et le problème du playback, malheureusement inévitable de nos jours. Il est difficile d'identifier la véritable participation des musicos. Les seules contributions à 100% live se résument aux voix et à la batterie. Mais ne boudons pas notre plaisir, la setlist était impeccable, les musiciens parfaits, le son énorme et le light show époustouflant. Un concert stellaire, sidéral et... sidérant! 

Setlist

Intro
Teen Angst
Reunion
Sitting
Year One, One UFO
We Own The Sky
Steve McQueen
Wait
Graveyard Girl
Midnight
City
My Tears Are Becoming a Sea

Encore

A Guitar And A Heart
Outro
Couleurs

 

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