La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Equal Idiots

Volcanique !

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Equal Idiots est un des finalistes de l’édition 2016 du concours ‘Nieuwe Lichting’, organisé par Studio Brussel. Ce soir, il est venu défendre son premier elpee, « Eagle Castle BBQ », paru en juin 2016.  

Le supporting act est assuré par Robbing Banks, un Batave bien sympathique. Véritable homme-orchestre, il est originaire d’Utrecht. Il chante, joue de la guitare et de la batterie. Un kit composé d’une grosse caisse, d’une claire et de pédales montées sur cymbalettes, qu’il manœuvre à l’aide de ses pieds. Ce soir, il va nous proposer de larges extraits de son long playing, « This and that ». Nerveux, son garage/rock est largement teinté de glam. On se croirait revenu au tout début des seventies. Lorsque sa voix monte dans les aigus, on ne peut s’empêcher de penser à Noddy Holder, le chanteur de Slade. Il est particulièrement impressionnant aux percus, qu’elles soient tribales, sauvages ou imprimées sur un tempo à deux temps. Rockabilly, « Let's go home » est chargé de testostérone. Il nous réserve une version plus folk et plutôt paisible du « Bad Man » d’Oblivians, un combo garage/punk yankee. Et le show s’achève par le judicieux « Let's All Go To The Bar », une nouvelle compo. Et pour cause, l’artiste déclare qu’il nous y attend…

Setlist : « Head For The Coast », « Let'S Go Home », « Bad Man », « Search And Destroy », « Sleep This Off », « God Love Need Money », « Lilyfield », « Time Bomb », « Best Friend », « Let's All Go To The Bar ».

Le rideau rouge est fermé. A 21h00 précises, la Koninklijke Harmonie Sint-Cécilia de Westmalle grimpe sur le podium. Soit une section de cuivres de 7 musicos (sax, bugles, trompettes, flûte à bec et, clarinette) et en retrait, un drummer équipé d’un kit, réduit à sa plus simple expression. Et cet orchestre attaque alors une adaptation du « Escape (The Piña Colada Song) » de Rupert Holmès, que l’auditoire, constitué d’une majorité de néerlandophones, fredonne...

Puis, le team se retire pour laisser la place à Equal Idiots, un duo réunissant le chanteur/guitariste Thibault Christiaensen et le drummer Pieter Bruurs.

La ‘Blitzkrieg’ est déclarée. Titre d’ouverture, « Seduction Of Judas » dégouline de riffs en fusion. La voix de Thibaut semble hantée par Ty Segall. La frappe de Pieter est à la fois primaire, instinctive, sauvage, tribale et métronomique. Mais dès « Hippie Man, un spectateur monte sur l’estrade. Il se retourne, regarde Thibault qui hoche la tête. C’est le signal. Ce spectateur se jette alors dans la foule. Et on est parti pour une séance interminable de crowdsurfing. Thibaut va à son tour s’y lancer. Il exécute même un aller-retour entre le podium et le fond de la salle. Il est facile à repérer, à cause de sa tignasse rousse. Le public est très jeune. Quelques parents ont cependant accompagné leur progéniture. Il y a une ambiance de feu dans le cratère de l’AB. La montée en température est éruptive et phréatomagmatique, surtout lors des hits « Salmon Pink » et « Toothpaste Jacky », que l’auditoire reprend en chœur. Soudain une voix puissante émane du fond de la salle. Dvtch Norris saute au-dessus des barrières dévolues à la protection des consoles. Il traverse la foule et monte sur les planches pour se joindre au duo afin d’aborder « Money Man Midas ». Le flow est rapide. Cordes et fûts alimentent un rap punkysant digne d’une compo de Run DMC. La prestation terminée, le rapeur de Coely Dvtch s’éclipse, sous les acclamations d’un public… bouillant. Pendant « Fuck the politicians ! » et « Fuck the N-VA! », le public semble ravi. Thibault nous demande s’il peut chanter en français. Pourquoi ? Pour nous réserver le « Ca Plane Pour Moi » de Plastic Bertand. Et le délire atteint son apothéose dès les premières mesures de « Butter (Up Down) ». Robbing Banks débarque et empoigne la gratte de Thibaut. Ce dernier s’installe derrière un tom bass. Dieter Beerten, le drummer de High Hi, rejoint l’équipe, et se consacre à l’autre tom bass. Les percussions alimentent un climat véritablement volcanique. Fin du set ? Pas vraiment ! Le public applaudit à tout rompre. Et le duo revient en rappel pour accorder deux compos. Tout d’abord le titre maître de l’album « Eagle Castle BBQ », puis un « Put My Head In The Ground » littéralement sismique…

En une heure, Equal Idiots nous a proposé un show terriblement efficace tout en laissant vagabonder notre imagination à travers des références qui ont oscillé des Ramones (Ces ‘Ho, ha’ caractéristiques) à Nirvana, en passant par Pearl Jam, et pour les combos les plus contemporains, Metz, Idles, voire Black Box Revelation…   

Setlist : « Escape », « Seduction Of Judas », « Styx », « Cover The Corpse », « Hippie Man »,  « What You Gonna Say », « I Know », « Toothpaste Jacky », « Salmon Pink », « Money Man Midas », « Ca Plane Pour Moi », « Butter (Up Down) ».

Rappel : « Eagle Castle BBQ », « Put My Head In The Ground ».    

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Sohn (SOHN)

Chamane de l’électro…

Écrit par

Prévu en octobre dernier, le concert de Sohn a été reporté ce lundi 14 mai. La pression était trop forte. L’artiste a préféré prendre du recul, postposer sa tournée et présenter un set pertinent. De son vrai nom Christopher Taylor, ce producteur et musicien insulaire est originaire de Londres, mais s’est exilé à Vienne depuis 2012, année où il a signé sur le label 4AD. Outre son talent de remixeur pour Disclosure et The Weeknd ainsi que compositeur pour Rihanna, ce maître de l’électro/soul a publié deux albums à ce jour, « Tremors » en 2013 et un « Rennen » en 2017.

Nouvelle sensation pop/r’n’b danoise, Goss assure le supporting act. Il débarque dans l’obscurité totale. Puis, on remarque la présence d’une dizaine de projecteurs qui partent depuis le bas de son pied de micro vers le haut, disposés en cercle. Elles se focaliseront exclusivement sur le Scandinave. Il chante en s’appuyant constamment sur des samples dispensés par un ordinateur. Mais il a beau avoir une belle voix, les morceaux se suivent et se ressemblent sur un ton, bien trop monocorde…

Trois estrades sont disposées sur le podium. L’une est destinée à un bidouilleur coiffé d’une casquette de rapeur, la deuxième à un préposé aux percus électronique, et la troisième à Sohn, un bonnet rivé sur le crâne, qui se consacre aux claviers ou à la guitare, et bien sûr au chant. La formation est disposée en triangle, afin de renforcer la cohésion du band.

Le set débute par le tout nouveau single, « Hue ». La voix est tour à tour puissante, écorchée ou délicate, mais en général, elle est surtout incantatoire et cristalline ; et quand elle devient atmosphérique, propices aux harmonies visionnaires, on ne peut s’empêcher de penser à l’Islandais Ásgeir. Tout au long de « Fool » (« Tremors »), le cerveau est torturé par des boucles électroniques oppressantes dispensées par les claviers, alors que le martèlement des percus nous plonge dans une forme d’angoisse. Et manifestement, les arrangements électroniques sont bien maîtrisés. Dignes de James Blake voire Brian Eno. La voix sublime l’instrumentation sur l’électro/pop, « Oscillate », une compo mélancolique. Sohn adresse un timide remerciement à l’auditoire. Minimaliste et vaporeux, « Signal » constitue le point d’orgue (?!?!?!) du set. Pourtant, l’électro y domine les vocaux. Les battements des percus électroniques sont rapides. Généralement, troisième élément de l’expression sonore, le synthé s’impose par ses samples répétitifs, mécaniques même, se succédant comme un vieux vinyle rayé. Eblouissant (NDR : dans tous les sens du terme), parfois démesuré (NDR : Orbital et White Stripes en avaient également abusé au sein de cette même salle), le light show est parfaitement modulé en fonction de la musique et atténue heureusement son intensité, lorsque le Londonien est au micro. Ainsi, sur le slow langoureux, « Nil », flip side du dernier single, il met en exergue sa voix soul et pleine de groove.

En 70 minutes, ce chamane de l’électronique est parvenu à envoûter son auditoire. Cela valait la peine d’attendre plus de 6 mois pour un vivre un concert aussi exceptionnel.

(Organisation : Live Nation + Ancienne Belgique)

 

 

Roger Waters

Wish you were there...

Oh oui : ceux qui n'étaient pas présents vont le regretter en lisant ce compte-rendu. Affichant déjà 74 printemps, ce brave Roger reste un des artistes les plus impressionnants à voir en 'live'. Est-il nécessaire de rappeler qu'il est un des fondateurs et le chanteur/bassiste/compositeur de Pink Floyd, un des groupes majeurs de l'histoire du rock, qui a vendu plus de 250 millions d'albums ? Ce soir, au sein d’un Sportpaleis archi-comble, le Britannique accorde le premier des deux concerts programmés à Anvers, dans le cadre de sa tournée mondiale baptisée ‘Us+Them’...

La période d'attente est rythmée par une musique ambient et, sur l'écran géant disposé en fond de scène, par une vidéo, très relaxante d'une femme assise sur une dune, devant la mer. Vers 20h20, le ciel dans cette projection commence à rougeoyer et le décor idyllique se transforme en cauchemar alors que des sons effrayants retentissent... Les musiciens sont à peine montés sur le podium qu’une explosion assourdissante et en quadriphonie éclate, avant de déboucher –et c’est un contraste absolu– sur les deux accords harmonieux et célestes de « Breathe », le classique de Pink Floyd. Une entrée en matière époustouflante, qui laisse présager un show spectaculaire...

Sur les planches, on reconnaît, bien entendu Roger Waters, traditionnellement vêtu d'un jean et d'un t-shirt noirs. A droite de l’estrade, Jonathan Wilson a la lourde tâche de prendre en charge les parties vocales de David Gilmour, mission dont il s'acquittera avec maestria tout au long du set. Au passage, signalons que le musicien californien mène une carrière solo très intéressante, dans un style proche du Floyd mais également de The War On Drugs.

La première partie de la setlist fait tout naturellement la part belle aux chefs d'oeuvre du Floyd, enfilant « Time », « One of These Days », « Welcome To The Machine » et un superbe « A Great Gig in The Sky » interprété en duo par les deux chanteuses, Jess Wolfe et Holly Laessig (également dans Lucius). Les nouvelles compositions de Waters, parues l'année dernière sur l'excellent opus, « Is This What We Really Want », tiennent parfaitement la route pendant le show. « Dejà Vu » et « The Last Refugee » font mouche et « Picture That » surprend par sa puissance et son côté engagé. Ici, comme à de nombreuses reprises, Donald Trump en prend pour son grade et ses photos sont copieusement conspuées par la foule.

La première partie du set se clôture par un grand moment : « Wish You Were Here » enchaîné à « The Happiest Days of Our Lives » et enfin « Another Brick in The Wall part 2 & 3 ». Suivant une tradition désormais bien établie, Waters a invité des enfants à rejoindre la formation pour un premier final endiablé. ‘Merci, les enfants ! Magnifique’, ajoute-t-il, en français, avant de se retirer…

Au cours de la pause, des inscriptions et des slogans tels que ‘Resist’ sont projetés sur l'écran géant. Dès le début du second acte, on comprend l’affectation de l'énorme rail disposé à l'avant du podium, au-dessus du parterre. Durant les premières notes de « Dogs », une structure semble sortir du rail pour s'élever jusqu’au plafond : c'est un gigantesque écran en huit parties qui s'installe ainsi perpendiculairement à la scène et projette l'image de l'usine iconique de l'album « Animals ». A la fin du track, les musiciens enfilent un masque de cochon et organisent un petit intermède ‘champagne’ sur les planches : très fun ! Waters saisit ensuite une pancarte sur laquelle est mentionné ‘Pigs Rule The World’, un geste qui introduit la version complète (plus de 11 minutes quand même !) de « Pigs (Three Different Ones) », une compo qui lui permet de fustiger tous les dictateurs et les puissants de ce monde. A l’avant du podium, il adopte une posture quasi-christique, les deux bras tendus devant lui, comme pour exhorter le public à prendre conscience de la situation et à agir ! Les images récentes projetées sur les écrans confirment que le morceau (NDR : il remonte à 1977 !) n'a pas pris une ride et son propos est, plus que jamais, d'actualité. Jolie surprise en fin de parcours, lorsque s’affiche sur l’écran l’inscription, en néerlandais, ‘Trump is een idioot’ (Trad : Trump est un idiot) !

En toute logique, Waters poursuit dans la même veine par « Money », une autre pure merveille de Pink Floyd, au cours de laquelle Dave Kiliminster et Jonathan Wilson exécutent à l'unisson le solo de David Gilmour et ce, avec une précision chirurgicale. Coup de chapeau au passage à Kiliminster, qui, d'une façon générale, reproduit à la perfection les parties de Gilmour, même si, dans le legato et certains sons, le génie de Gilmour reste inimitable. Pendant « Us and Them », les images sélectionnées par Waters font clairement allusion au conflit syrien et aux réfugiés. On a la gorge serrée, bouleversés par la beauté de la musique et la tristesse véhiculée par les images.

Mais ce diable de Waters nous réserve encore de belles surprises ! Après avoir goûté au sublime « Brain Damage », place au titre de clôture, « Eclipse ». Soudain, des lasers blancs installés devant l’estrade s’élèvent, dessinant une monumentale pyramide. L’auditoire clame son émerveillement ; et lors de la partie finale de la composition, hypnotique et solennelle, d'autres lasers, colorés ceux-là, descendent pour épouser la forme du dessin de la célèbre pochette de « The Dark Side of The Moon ». L'effet est tel qu'au moment de la dernière note, le public, assez calme jusqu’alors, se lève comme un seul homme et laisse échapper une clameur inouïe…

Au bout de quelques minutes, le groupe revient sur les planches et Roger Waters reste de longues minutes debout dans la lumière, baignant dans les applaudissements, les deux poings serrés en croix sur le coeur. ‘Merci...’, murmure-t-il, visiblement ému. ‘Cet amour que nous ressentons ici ce soir est palpable. Lui seul peut nous aider à changer le monde...’ Il se saisit ensuite de sa guitare acoustique et entame seul le très beau « Mother », un autre grand moment avant l'orgasme final, qui est, comme prévu, procuré par un « Comfortably Numb » d'anthologie.

Au moment de quitter la salle, on a l’impression d’avoir assisté à un concert d'exception, magistral à tous points de vue. Musicalement, bien sûr, même si l'on connaît la difficulté de produire un bon son dans le Sportpaleis, mais surtout visuellement grâce à un show multimédia et multimodal particulièrement innovant. Enfin, il y a le contenu, car ce que Waters nous a apporté ce soir, c'est une vision acerbe, sans concession de notre société et un regard profondément humain sur notre condition...

Pour les photos, c'est ici

Setlist:

Set 1:

Speak to Me
Breathe
One of These Days
Time
Breathe (Reprise)
The Great Gig in the Sky
Welcome to the Machine
Déjà Vu*
The Last Refugee*
Picture That*
Wish You Were Here
The Happiest Days of Our Lives
Another Brick in the Wall Part 2
Another Brick in the Wall Part 3

Set 2:

Dogs
Pigs (Three Different Ones)
Money
Us and Them
Smell the Roses*
Brain Damage
Eclipse

Encore:

Mother
Comfortably Numb

* From Roger Waters' latest album (all the other songs are from Pink Floyd)

Organisation : Live Nation

Angèle Van Laeken

Avec en filigrane, une stigmatisation, à peine voilée, des réseaux sociaux…

Écrit par

Abandonnée à son triste sort, suite au déclin de l'industrie sidérurgique, l'usine de ‘La Providence’ renaît depuis quelques années. En effet, les anciennes forges ont été réaménagées en un centre urbain dédié aux cultures populaires, sociales et alternatives. Ce soir Angèle Van Laeken s’y produit. Dans la grande salle. C’est la dernière date de sa tournée et la seule qui ne soit pas soldout.

Lorsque Juicy grimpe sur l’estrade, il y a déjà un bon millier de spectateurs dans le Rockerill. Réunissant Julie Rens et Sasha Vonck, ce duo belge pratique un r’n’b insolite et complètement déjanté. Il s’était produit en supporting act de La Chiva Gantiva, à la Rotonde du Botanique, en novembre 2017. Depuis, il a publié un premier Ep, intitulé, « Cast A Spell », en mars dernier, un disque dont deux plages ont été traduites en clips, « Count Our Fingers Twice » et « Die baby Die ». Issues du conservatoire de Bruxelles, les deux artistes cherchent à remettre au goût du jour le r’n’b et le hip-hop des années 2000, dans un style minimaliste et électrique.

Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés samplers et au chant. Plutôt jolies, elles montent sur le podium presque tout de rouge vêtues, y compris la fourrure à longs poils et les chapeaux ornés de rubans ! Elles s’installent derrière leurs instruments et attaquent « Bollywood », un titre de hip hop insolent, traversé par un air de flûte arabisant…

Il fait de plus en plus chaud. Les donzelles se débarrassent de leurs vestes et de leurs couvre-chefs. Tout au long de « Mouldy Beauty », elles se tortillent sensuellement, comme des geishas. Même les mains ondulent sur les instrus. Mélodieuses, les voix semblent habitées. Conjuguées, elles libèrent des mélodies qui font mouche. On a parfois l’impression que le tandem est fusionnel, tellement il est homogène. Après l'imparable « Count Our Fingers Twice », elles changent de place pour proposer un instrumental à quatre mains. « Something Is Gone » est un r’n’b mélancolique, tragique même. Insolite et ponctué de noms de volatiles, « Didn't Knock » baigne dans une forme de nu soul, mais surtout vise un certain Théo Franken. Alors que Sasha empoigne sa gratte, Julie caresse délicatement les lamelles des chimes (NDR : utilisé comme accessoire de batterie, notamment dans l’univers du r’n’b, cet instrument percussif est composé de tubes en laiton de longueurs différentes tenus par une barre ; et c’est la matière métallique qui produit un son chromatique et cristallin). Les deux filles rappent pour aborder le sujet du GHB. Et « For Hands On As », celui des agressions sexuelles. A l’avant de l’estrade, elles continuent d’ondoyer lascivement, tout au long de la nouvelle compo qui clôt le set, « Da Beat »…

Place ensuite à la tête d’affiche. Les musiciens –un drummer, un bassiste et un claviériste– débarquent théâtralement sur les planches et s’installent derrière leurs instruments respectifs. Angèle arrive à son tour. Elle a enfilé un pantalon rouge et un body blanc, sur lesquels elle a revêtu, de nouveau, un manteau de geisha. « Les Matins » ouvre le show. Angèle campe derrière ses claviers. Entre ombre et lumière, elle ondule sur place. Dès la fin de la chanson, elle vient s’asseoir sur un siège, juste devant votre serviteur. Le band embraie par son futur single, « La Thune », un titre qui traite des dégâts causés par les réseaux sociaux et les smart phones. Elle demande de ne pas filmer afin de simplement vivre le moment présent. Angèle se déhanche et arpente les planches de long en large, comme si elle était sous le soleil de Kingston. Indolent, « Oh Non » adopte un profil beaucoup plus électro. Même le drummer utilise ses drum pads. Le discours de la Bruxelloise affiche une grande maturité, alors que constant, son flow est empreint de sensualité. Elle excelle (NDLR : ça rime !) en mode piano/voix. A l’instar du lent « Jalousie », même si apparemment, il n’y a pas de jaloux dans la salle. A cet instant, sa voix semble hantée par Béatrice Martin, aka Cœur de Pirate. Pendant « Balance Ton Koi », elle susurre qu’elle n’aime pas casser les codes et qu’une fille qui rappe n’est pas stylée. Elle présente ses musicos (NDR : Sam à la batterie, Brieux à la basse et Géronimo aux claviers), avant que ceux-ci s’autorisent, chacun leur tour, un petit solo. Brûlot co-écrit par Veence Hanao et Matthew Irons, le chanteur de Puggy, « La Loi De Murphy » met littéralement le feu. L’interactivité entre Angèle et le public est totale. Le public connaît les paroles du refrain et les reprend en chœur. Pas de « J’ai Vu » au programme, ni de Roméo Elvis sur les planches. Elle parle de son succès dû à Instagram, mais malmène, une nouvelle fois, les réseaux sociaux à travers « Big Shit », une compo qui oscille entre lounge et jazz. Pendant « Je Veux Tes yeux », l’auditoire est invité à exécuter des exercices de fitness. C’est un rituel ! Tout le monde se prête au jeu puis se lève au signal d’Angèle. Elle ajoute ironiquement que la gym c’est bon pour le cul. Le set s’achève par « Troubles ».

En rappel, on aura droit à trois chansons, dont l’excellente reprise du « Bruxelles » de Dick Annegarn, limité aux ivoires et à la voix. Et deux titres électro. D’abord « Nombreux », au cours duquel les musiciens vont modifier la position de leur tête en fonction des sonorités dispensées. Puis, en final, « La flemme », sous les lumières qui flashent. Bref, on n’a pas vécu le même concert qu’au Botanique. Moins de pression et une setlist mieux équilibrée. 

(Organisation : Rockerill)

Saule

Ce soir, Saule était dans son Salon…

Température tropicale au Salon de Silly pour accueillir Saule (NDLR : idéal quand on cherche de l’ombre…) Et pour cause, le concert est soldout. C’est la quatrième fois que la bande à Baptiste Lalieu s’y produit. Faut croire qu’il s’y plait bien. Et puis, il est venu, notamment, présenter quelques nouvelles compos d’un nouvel album à paraître…  

Lisza assure le supporting act. Fondé en 2014, ce projet réunit Lisa Debauche et Vincent Liben. En 2015, lors du BSF, cette comédienne assurait les chœurs au sein du backing group de Vincent. Le couple, sur scène comme à la ville, est venu défendre son premier elpee, « La Vie Sauvage », paru en février 2017. C’est un peu le Bruxellois qui l’a poussée à se lancer dans une carrière musicale. Souvenez-vous, avant d’embrasser une carrière solo, il a milité au sein de Mud Flow, de 1994 à 2010. 

« Orphelin » ouvre le concert. Un titre douloureux mais également lumineux et aux mots empreints de délicatesse. Amoureuse des mots, passionnée de littérature, Lisa s’est détournée des pages pour écrire sa propre histoire en quelques couplets finement ciselés. Le phrasé dans sa voix est précis et épanche un sentiment de mélancolie. « Les Rives Rouges » évoque la perte de l’innocence. Les textes portent le poids des souvenirs et des sentiments douloureux. Le dialogue est permanent entre le chant et les instruments.

Lisza est accompagnée par deux excellents guitaristes. Vincent et son ami Fred, ce dernier se chargeant également des claviers. Et ce sont ces deux musicos qui assurent la rythmique des compos. Quant à Lisa, elle me fait parfois penser… à feu Barbara… qui aurait été plongée dans un environnement contemporain…  

Setlist : « Orphelin », « Cendres », « Les Rives Rouges », « La Confession » (reprise de Lhasa, « Accident », « Faux Semblants ».

Saule a composé de nouvelles chansons. Enfin Baptiste Lalieu. Il se sert du public, un peu comme un laboratoire, avant d’en réaliser les versions définitives… La dernière fois que le groupe s’était produit au Salon, il avait adopté une configuration scénique atypique et originale. En fait, il ne s’était pas installé sur le podium, mais au milieu de la salle, pour s’y entourer de l’auditoire. C’était en 2016. Aujourd’hui, il a opté pour une autre disposition. Ainsi, lorsque le set démarre, Baptiste est assis dans un sofa, planté sur une avancée scénique. Il est accompagné par son guitariste. Le duo attaque alors « Maman Seul », à la sèche. Une entrée en matière paisible et atmosphérique, au cœur d’un décor insolite.

Véritable bête de scène, Lalieu a la pêche ce soir. Et il est en totale interactivité avec son public qu’il va faire participer tout au long de son set. Mr Bio vient nous parler en toute intimité et humilité de sa crise de la quarantaine à travers ses « 40 Ans ». Un cap qui n’est parfois pas facile à vivre, car on a l’impression d’être entre deux âges…

En ‘live’ la version de « Comme » est bien nerveuse. Un morceau dont la musique lorgne vers Charlie Winston, alors que le texte est aussi soigné que chez de Dominique A.  

En milieu de set, Saule invite les rappeurs Céo et Bâti sur les planches. Et ils vont électriser la foule de leurs impulsions vocales (NDR : ces artistes apportent leur soutien à Baptiste, au projet destiné aux enfants ‘Zombie kid’, une histoire de zombies qui nous plonge au sein d’un univers effrayant, sis à la croisée des chemins de Tim Burton et de Gorillaz, mais se termine bien). Camille Bazbaz est également convié à grimper sur l’estrade comme guest, pour chanter et donner un coup de clavier. Saule va nous réserver 4 titres issus de son futur opus. Outre « Maman Seule » et « 40 ans », il interprètera encore « Troue » et « De L'Autre Côté De La Route ».

Face à un public survolté et participatif, Saule va accorder deux rappels, dont le fameux hit « Dusty Man », mais sans Charlie Winston. On soulignera, une fois de plus, la qualité du son. Saule l’a promis, il reviendra à Silly. Cool, quand on est dans son Salon…

Setlist : « Maman Seule », « Je Reviens », « Mieux Nous Aimer », « Delove Song », Type Normal », « Comme », « (Elle Sait) LC », « Eclaircie », « 40 Ans », « Des Mots », « Troue », « Infini Solitude », « Personne », De l’Autre Côté De La route ».

Rappel 1 : « L’Homme Bio », « Inventaire », « Breath ».

Rappel 2 : « Dusty Man », « Silent ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Protomartyr

Pas de la petite bière…

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Responsable de quatre elpees à ce jour, dont le dernier « Relatives In Descent » est paru l’an dernier (NDR : un opus qui figurait dans le Top 20 de votre serviteur), Protomartyr se produisait ce jeudi 3 mai en la salle De Kreun, à Courtrai. Issu du Michigan, de Detroit très exactement, ce quatuor pratique une forme de post punk qui doit autant à Joy Division que The Fall. Compte-rendu.

C’est Tyvek qui ouvre le bal. Un autre quartet également issu de la même Motor City. Mais à coloration légèrement féminine, puisqu’il implique une guitariste. Malheureusement, au bout de deux morceaux, les oreilles incitent à battre en retrait. En cause : des balances désastreuses et un volume sonore bien trop élevé. Surtout pour un supporting act. Dommage, car le band possède une belle notoriété sur la scène underground, compte une solide discographie et partage même régulièrement les planches avec la tête d’affiche… (voir photos ici)

Chaque musicien de Protomartyr semble venir d’un univers différent. Chevelu, balaise et barbu, le bassiste campe un look de métalleux. Hormis la tignasse en gâteau de riz, le guitariste ressemble à Baptiste Lalieu, le leader de Saule. Vêtu d’une veste grise et d’un pantalon foncé, Joe Casey, le chanteur, est un personnage anti-charismatique par excellence. Seul le drummer a une tête… de personnage lambda. Une petite table a été installée près du vocaliste, sur laquelle sont alignées quelques bouteilles de bière. Souvent, entre les morceaux, il les boit au goulot ou verse le contenu dans un verre en plastique, qu’il emmène alors avec lui tout en déambulant sur l’estrade. Il prêche plus qu’il ne chante, d’une voix déclamatoire, un peu à la manière de Nick Cave, des textes profonds, complexes, notamment sur la désintégration de la politique américaine.

C’est le batteur qui trace le fil rouge de la musique, selon un drumming qui peut se révéler ample, syncopé, hypnotique, tumultueux ou luxuriant, alors que cotonneuse, la ligne de basse adopte résolument un ton cold wave, tout en s’intégrant parfaitement à la section rythmique.  

Casey se tient droit. Son pied de microphone est légèrement plus haut que sa tête, qu’il lève pour chanter, menacer ou rugir. On dirait un prof mécontent qui exprime sa rage, son exaspération et ses angoisses. Chaque syllabe est chargée de venin. Plus puissante que la précédente, elle est répétée pour qu’elle pénètre bien dans votre matière grise.

Au cours de la première partie du show, les morceaux s’enchaînent sans temps mort, et le chanteur ne remercie l’auditoire qu’après quelques morceaux. Les accords de gratte de Greg Ahee sont alternativement complexes, répétitifs, caustiques, sauvages, vibrants ou tintinnabulants, et rappellent parfois ceux dispensé par Justin Jones, au sein d’And Also The Trees. Et tout particulièrement sur le remarquable « A private understanding. Au fil du set, le son devient de plus en plus puissant, peut-être un peu trop. Si bien qu’avant le rappel, lorsque Joe vient s’adresser à la foule, difficile de comprendre ce qu’il raconte, tellement on a les oreilles en compote.

Si le set s’ouvre par « My children », un morceau dont la mélodie me fait furieusement penser aux Stranglers circa « No more heroes », lors du rappel, c’est à nouveau dans un même climat que l’excellent « Why does it shake ? » va d’abord nous replonger, avant d’entamer des méandres sonores énigmatiques et éruptifs. Et la prestation de s’achever par le post punk bien enlevé, « Scum Rise ! ». Si ce public constitué essentiellement de quadras et de quinquas semble beaucoup apprécier la prestation, chante même ou hoche gentiment la tête, il reste plutôt calme, alors que 35 ans plus tôt, à l’écoute d’une telle musique, il se serait mis à pogoter… il est vrai que depuis, beaucoup d’eau est passée sous les ponts, et qu’en outre, ce concert n’était pas de la petite bière… (voir photos )

(Organisation : Wilde Westen)

 

 

Selah Sue

En attendant la sortie du troisième album…

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La tournée semi-acoustique de Selah Sue passait par l’Ancienne Belgique, ce mardi 1er mai. De son véritable nom Sanne Putseys, la Louvaniste compte, à ce jour, deux elpees à son actif : un éponyme paru en 2011 et « Alone », en 2015. Après avoir accouché de son premier enfant, Selah devrait sortir, début 2019, un troisième album. Ce qui ne l’a pas empêchée de participer à la B.O. du film « Jazz Loves Disney 2 ». Du jazz et de la lounge, des styles auxquels elle a décidé de se frotter après avoir exploré la soul, la pop, le reggae, le dancehall et l’électro contemporaine. Elle est en début de périple. Hier, elle se produisait à la Roma d’Anvers (voir les photos ici). Toutes les dates sont sold out.

Su les planches, Selah est épaulée par son compagnon, Joachim Saeren, au piano et aux claviers, ainsi que Semon Lenski, à la ‘double bass’ (instrument qui cumule violoncelle et contrebasse). Elle se consacre à la guitare sèche amplifiée. Une prestigieuse ‘Martins and Co’ de couleur jais.

A 20 h 30, les lumières s’éteignent. On entend une bande sonore, émaner de fond de la scène. Il s’agit de « Game Is On ». Elles se rallument et Selah apparaît, vêtue simplement d’un legging noir et d’une chemise ample à fleurs. Après une intro aux cordes, les ivoires illuminent une compo que chante Sue, d’une voix trempée subtilement dans la reverb. Elle devient douce sur le lent « So This Is Love », un titre qui navigue quelque part entre lounge et jazz, et que module la contrebasse. Déjà, le corps de Selah ondule sensuellement. A l’issue de ce morceau, Selah salue la foule en français, néerlandais et anglais. Elle ajoute : ‘C’est le début de la tournée, on a quelques nouvelles chansons, mais on a surtout encore le droit de se tromper’. Le tout sur un ton espiègle. Ce qui déclenche de nombreux applaudissements dans la fosse. Et ces nouvelles compos, manifestement, sont bien moins mélancoliques. Il ne faut pas oublier qu’elle souffre de dépression bipolaire. Si pendant « In A Heartbeat », ses cordes sont vaporeuses, celles du violoncelle, torturées, libèrent de l’agressivité. Elle interprète de manière plus académique « Night And Day », un deuxième nouveau morceau.

Elle se sert de sa loop machine pour « Fyah Fyah » et « Peace Of Mind », deux anciennes compos et parvient à superposer sa voix en couches, tout en lui communiquant différentes intonations, alors que le synthé reproduit des sonorités d’harmonium. Et son flow est toujours aussi fluide. Superbe !

Petit problème technique pour « Alone ». Enfin de sangle. De quoi détendre l’atmosphère. Elle nous réserve une cover du « Whatever Will Be, Will Be » de Doris Day. Et soulignée par les ivoires, la version est superbe. Dynamisés par des beats électro, « My Love » et « This World » adoptent un ton davantage électro. Ce sont également les deux morceaux qui achèvent le concert. Avant un rappel unplugged : Selah Sue et sa sèche ! Mais, c’est le public qui choisit les compositions à interpréter…

Setlist : « Game Is On », « SoThis Is Love », « In A Heartbeat », « Night And Day », « Fyah Fyah », « Peace Of Mind », « I Want Go For More, « Alone », « Full Of Love », « Whatever Will Be, Will Be », « I Need », «  My Love »/ « This World ».

Rappel : « Break », « Mommy », « Explanations », « Ragga Medley ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

EyeHateGod

Une attitude rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante…

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Avril 2016. Alors qu’EyeHateGod s’apprête à partir en tournée, le vocaliste Mike IX Williams est retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel. Le verdict tombe : après des années d’excès d’alcool et de drogues, le foie de l’artiste est en piteux état. Six mois plus tard, il est à nouveau admis aux urgences. Il vomit du sang, son foie et ses reins ne fonctionnent quasi-plus. Il ne peut dès lors plus quitter l’hôpital, au risque d’y laisser la vie. Pris à la gorge face aux coûts faramineux en soins de santé, sa femme et lui lancent un appel au crowdfunding afin de les aider pour faire face à la cirrhose qui le ronge. Contre toute attente, la mobilisation est massive : plus de 70 000 dollars sont récoltés et permettent au chanteur de recevoir un nouveau foie. Deux ans plus tard, EyeHateGod est de retour en terres belges et a choisi Anvers pour fêter ses trente ans d’existence.

Non loin du port anversois, face à un chancre de plusieurs dizaines de mètres de long –tout en boue, béton et autres tranchées– quelques personnes sombrement vêtues sirotent une pression et bravent la pluie. En pénétrant dans la pénombre du ‘Het Bos’, dont les murs sont recouverts de posters, collages et graffitis, on est plongé dans une ambiance underground similaire à celle du Magasin 4, à Bruxelles. Petit passage par l’étal marchandising de la tête d’affiche du jour. À côté des t-shirts frappés de l’imagerie du groupe, un papier scotché au mur attire l’attention : ‘Weed donations, also adderall or opiates’ (Trad : dons d’herbe, adderall [une forme d’amphétamines]ou opium). Le cadre est planté.

D’une capacité de deux cents personnes, la salle commence peu à peu à se remplir. En guise d’éclairage, seuls deux petits néons portables sont posés sur des amplis, de chaque côté du podium, conférant au lieu une lumière blanchâtre, stérile et froide.

Alkerdeel grimpe sur les planches et donne directement le ton : du primitif aux sonorités old-school, de la colère glacée et de la puissance grinçante. Originaire de Zomelgem, le band milite dans un registre difficile à cerner : alors que le début du set déploie les étendards d’un raw Black Metal darkthronien teinté d’accents punks, les morceaux évoluent ensuite vers un sludge hypnotique, alors que la rythmique hardcore se révèle totalement déconcertante. Lorsqu’il ne psalmodie pas, Pede est traversé par un chant rageur et étouffé, agrippé à son pied de micro. Du moins lorsqu’il est branché… un spectateur proche de la scène n’hésite en effet pas à lui tendre une fiche déconnectée par inadvertance quelques secondes plus tôt. La fosse accompagne la formation de la tête, si pas du corps, dans des mouvements quasi-convulsés. Celles et ceux qui n’attendaient pas le combo semblent pour le moins convaincus par cette généreuse prestation de cinquante minutes, délicieusement poisseuse et ‘crissante’, telle une poignée de sable mise en bouche de force. Une fois de plus, il semble que le label belge Consouling Sounds ait eu du flair en signant ce groupe aux sonorités riches et décloisonnées. Plus qu’un opening act, une véritable découverte…

En toute simplicité, Aaron Hill, batteur d’EyeHateGod, est le premier à fouler l’estrade. Il se place derrière son kit de batterie, ajustant au poil ses différents composants. Bonnet noir vissé sur la tête et t-shirt vert à l’effigie de la ville d’Hambourg, Jimmy Bower installe nonchalamment ses deux pédales d’effets et opère ses derniers réglages de guitare. Le bassiste, Gary Mader, en profite pour griller une clope sur le côté droit de la stage, l’air à moitié encore endormi derrière son épaisse chevelure bouclée lui cachant partiellement le visage. Le rescapé Mike Williams finit par débarquer sur scène, la tignasse en bataille et un gobelet en plastique à la main contenant, au premier abord, de l’eau. Il est 21 h 45, soit un quart d’heure avant le timing prévu, et le vocaliste empoigne le pied de micro avant de le faire voltiger dans les airs. ‘We are EyeHateGod’ clame-t-il, pour donner son habituel coup de départ des hostilités. Peu importe si on commence plus tôt, lorsque tout le monde est prêt, la machine peut démarrer. EyeHateGod célèbre ses trois décennies de carrière et ne change pour autant pas son attitude : rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante. L’extrême n’est pas que musical, mais incarne un style de vie à part entière, sous toutes ses coutures.

Une fois sur les planches, Mike Williams se met à nu et dévoile une âme torturée. Comme l’affirmait Phil Anselmo (Down, Superjoint, Scour, Phil Anselmo & The Illegals et ex-vocaliste de Pantera), ‘Quand il chante, Mike a du fil barbelé en bouche’. Chaque mot est extirpé de son corps frêle, lancé violemment en pâture à la fosse tel un jet de vitriol. Auteur des paroles, il est parfois le seul à les comprendre tant elles lui sont propres et lui collent à la peau. Elles ne sont pas uniquement interprétées en ‘live’… elles sont vécues. Une haine et un dégoût cathartiques, qu’il expulse en balançant son pied de micro et en se martelant le visage. Au grand dam d’un des spectateurs qui en réclamait une à la fin du show, EyeHateGod s'exécute sans setlist. Chaque représentation est différente, que ce soit la liste des titres choisis ou l’ordre dans lequel ils sont interprétés. Bon, il y a évidemment des incontournables tels que « White Nigger », « Sister Fucker Pt.1 », « New Orleans is the New Vietnam » ou encore « Medicine Noose », issu du dernier elpee. Un éponyme. Mais le freestyle connaît aussi ses limites. Preuve en est lorsque Mike Williams s’adresse aux premiers rangs pour savoir ce qu’ils souhaiteraient entendre. Et quand un spectateur lui lâche « Take As Needed for Pain », le chanteur hoche la tête pour lui signifier son refus, en esquissant un sourire dissimulé et plutôt embarrassé. Faut pas déconner, non plus !

Bien que le show soit soldout, l’air ambiant reste tout à fait vivable, comparé à celui respiré lors son dernier concert belge où le Magasin 4 bruxellois s’était rapidement transformé en une fournaise tropicale. Quelques esprits s’échauffent de temps à autre (particulièrement sur le très énervé « Métamphétamine »), jouant des coudes et pratiquant la bousculade amicale. L’un ou l’autre gobelet de bière s’envole, baptisant des chevelures au passage avant de venir s’écraser au sol. Jimmy Bower, clope au bec, se plante à l’avant du podium, à quelques centimètres des premiers rangs. Entre la salle et la fosse, il n’y a aucun garde-fou. Non satisfait du volume sonore ambiant, le musicien se retourne, après quelques morceaux, pour pousser les décibels au maximum. Et d’un coup sec, adressant un clin d’œil amusé à son bassiste. Extrême, quand tu nous tiens. Profitant d’un break entre deux compos, Mike Williams se dirige vers les backstages et chuchote quelques mots à l’un des roadies, qui revient quelques minutes plus tard, avec une bouteille de vin blanc vide aux trois-quarts. Certains démons ont la dent dure et survivent aux expériences passées, quel qu’en soit le degré de gravité. Le chanteur pose la bouteille derrière lui, face à la batterie, et s’en remplit un généreux gobelet en saluant la fosse. Quelques morceaux plus tard, il empoigne son pied de micro et l’abat brutalement. Désormais vide, elle laisse un cadavre de tessons gisant sur les planches. Chacun y lira la métaphore qu’il souhaite.

C’est par une jam improvisée que les Néo-orléanais signent leur prestation. EyeHateGod est typiquement le genre de formations, pas spécialement connue par le ‘grand public’, mais reconnue par le milieu, qui a laissé son ADN chez une multitude de groupes. Trente années passées à écumer les bars, les espaces underground, les petites scènes sans pour autant se hisser sous les feux des projecteurs. Un statut qui ne les a jamais intéressés et qu’ils semblent même fuir. Et vu la prestation de ce soir, roots et résolument brute de décoffrage, on peut se dire que c’est tant mieux.

(Organisation : Ondergronds + Het Bos)

Typh Barrow

Une voix taillée pour le blues et la soul…

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Typh Barrow se produit, ce samedi 28 avril, au Salon de Silly, et le concert est sold out depuis un bon bout de temps. Comme la plupart de ses shows, par ailleurs. On la compare parfois à Selah Sue. Sans doute à cause de sa voix savoureusement éraillée. Mais également à Janis Joplin voire Amy Winehouse, sans le côté tragique. Son deuxième opus, « Raw », est paru en janvier 2017

Lillie Raphaele assure le supporting act. Un petit bout de femme originaire de la région de Mons. Si son père lui fait découvrir la batterie, à l’âge de 3 ans, adolescente, elle milite au sein d’un groupe. Une aventure qui va durer huit longues années. Mais après avoir rencontré des problèmes de santé et vécu une longue convalescence, elle se met à l’écriture, passe à la guitare et suit des cours de chant. La musique devient alors pour elle, une véritable thérapie. Elle a publié un Ep 5 titres, « Au naturel », dont elle va nous proposer de larges extraits. En extrapolant, elle pourrait être la fille naturelle issue d’une liaison hypothétique entre Cédric Gervy et GiédDré. A cause de sa justesse du verbe, de son humour, de son attitude plutôt déjantée. Bref, elle sort vraiment des sentiers battus.

Sur les planches, elle est flanquée du sympathique François Delmotte, à la basse. Il n’a débarqué que depuis quelques mois, mais il se débrouille plutôt bien dans son rôle. Marrant, mais la setlist est gribouillée sur un sous-verre en carton. « A Toi » ouvre le set. Une compo dédiée au commun des mortels qui traite de l’amour torturé, lorsque la relation n’est pas toujours facile. Puis, on pénètre dans l’univers de la femme orchestre. Après avoir ôté ses chaussures, elle frappe du pied sur sa grosse caisse placée devant elle. De quoi la mettre en confiance. Un zeste de gratte invite « La fée verte », un morceau dont le discours environnemental est particulièrement engagé. « Ode pour Gaïa » nous transporte vers les plages ensoleillées de Kingston. Lillie parle de sa maladie et de la musique qui lui a permis de remonter la pente. Après « Goumiche » (NDR : une femme pas vraiment idéale, mais qui ne craint pas d’afficher sa sensualité…), la prestation s’achève par l’intimiste « C’est Toi Et Moi », une nouvelle composition…

Setlist : « A Toi », « La fée verte », « Citoyen », « Ode pour Gaïa », « Je Suis Une Goumiche », « Ce soir, c’est toi et moi ».

Souriante, élégamment vêtue d’une tenue de couleur fuchsia, Typh Barrow grimpe sur l’estrade. Elle est flanquée d’un guitariste et d’une solide section rythmique basse/batterie. Elle se consacre aux claviers, et bien sûr, au chant. Le matos installé sur le podium est imposant. « Floating » et « Time » sont interprétés en mode piano/voix. Sableuse, sa voix est taillée pour le blues et la soul. C’est dans ce style qu’elle se révèle d’ailleurs la plus convaincante. Coloré par un orgue vintage, « Please Mam » lorgne manifestement vers le « Please Mama Please » des Go Go Cat ; et il aurait pu être enregistré aux Studios Sun de Memphis. Une chanson belle mais dépouillée, magnifiée par les chœurs des autres musicos. Digne d’une chorale ! Découpé par les accords de gratte rythmiques, « Yellow Eyes » brille sous le soleil de Kingston, sur la plage de sable fin et à l’ombre des palmiers. Un moment propice à l’interaction avec le public. Et « To Those Who Waits » est de la même veine. Typh lui demande d’ailleurs si tout va bien et remercie l’accueil que lui réserve le Salon. Tout au long de « The Whispers », sa voix est aussi tourmentée que celle de Beth Hart. Un peu coincé, l’auditoire reprend quand même le refrain, mais sur l’insistance de la Bruxelloise. Le gratteur en profite pour dispenser un petit solo… presque métallique. Typh dédie « Hold You Sister » à sa petite sœur qui vit dans un pays lointain, une chanson chargée d’émotion et empreinte de délicatesse. Et dans un même registre, « Hurt » et « The Absence » épanchent une intense mélancolie.

Elle nous réserve un medley incluant le « Back To Black » d’Amy Winehouse, le « Gangsta’s Paradise » de Coolio (NDR : le Californien l’avait félicitée pour sa cover, via un tweet) et surtout « No Diggity », un classique adapté par Blackstreet Boys et Dr Dre. La version se base sur un sample du « Grandma's Hands » de Bill Withers.

Elle concurrence Selah Sue dans le domaine du raggamuffin, tout au long de « Taboo », avant de clore le set par « Daddy’s Not Comming Back », au bout de 90 minutes…

Typh Barrow se produira à l’Ancienne Belgique, le 5 octobre prochain…

Setlist : « Floating », « Please Mam », « Yellow Eyes », « The Whispers », « Time », « To Those Who Waits », « Your Turn », They’Re Calling Your Name », « Hold You Sister », « Hurt », The Absence », « Medley (BTB, Gang, No Diggity) », « Craving », « Replace », « Taboo », « If I Ruled The World », « To Say Goodbye », « Daddy’s Not Coming Back ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Calum Scott

L’émotion à fleur de peau…

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Calum Scott entame sa tournée européenne, un périple destiné à promouvoir son premier elpee, « Only Human », paru en mars dernier. Un disque enregistré sous la houlette des producteurs Fraser T Smith (Adele, Ellie Goulding), Jayson DeZuzio (Skylar Grey, Imagine Dragons) et Oscar Görres (Taylor Swift, Britney Spears). Scott est considéré comme un véritable phénomène au Royaume-Uni.

Mais la véritable surprise va nous venir du supporting act. En l’occurrence Daniel Docherty. A cause de sa technique en picking et de sa voix à l’accent scottish qui sent bon les Highlands. Les sonorités de sa gratte sont tellement cristallines que vous en avez des frissons partout. Il se produit seul, armé de sa semi-acoustique et d’une loop machine qu’il maîtrise à merveille. Même les tapotements sur le corps de son instrument servent à créer des boucles et surtout le rythme. Et c’est en superposant ces différentes couches sonores, qu’il élabore ses mélodies. Trempée dans le folk, sa musique est plutôt vivifiante et me fait penser tour à tour à celles de The Passenger, Ed Sheeran, Jeff Buckley, Matt Simons ou encore Mumford and Sons. Conteur et troubadour des temps modernes, ce natif de Glasgow a un énorme potentiel. Qu’il est possible de discerner sur ses deux Eps, gravés à ce jour « This Holy Fire » (2016) et « Life Is What Make Of It » (2017), et surtout son hit « Hold Me », une véritable petite perle…  

Place ensuite, à la tête d’affiche. Sur les planches Calum Scott est soutenu par un bassiste, un drummer, un claviériste/pianiste et un guitariste/claviériste. Il débarque vêtu d’une veste cintrée de couleur noire, jaquette qu’il laissera rapidement tomber. Et il salue d’emblée le public.

Sa voix est particulièrement émouvante, une émotion décuplée suivant les morceaux choisis, et tout particulièrement lors de la chanson dédiée à sa sœur. 

Le set s’ouvre par le hit « Come Back Home ». Calum joint le geste à la parole et tend régulièrement la main gauche vers la foule. Il saute sur place lorsque le rythme s’accélère. Son timbre devient carrément soul tout au long de « Only Human », un titre au cours duquel il ouvre son cœur, même si la section rythmique finit par s’imposer pour libérer un solide groove. Et dans le même esprit, caractérisé par ses beats électro, « Rhythm Inside » est destiné au dancefloor.

Premier single issu de l’opus, « You Are The Reason » évoque la douleur dans l’amour. Grâce à sa voix, il parvient à transformer cette souffrance en beauté positive. Interactif, il va expliquer, pendant 5 bonnes minutes, sa démarche artistique et sa conception de l’écriture de son album. La musique est devenue, en quelque sorte, une thérapie qui lui a permet de contrôler ses émotions...

Il dédicace « Good To You » à la ville de Bruxelles. Agglutiné devant le podium, le public féminin réagit et pousse des cris. Une des filles lui adresse un ‘I love You’. Il répond dans un français presque parfait ‘Moi aussi, je vous aime tous’.

Il interprète « Not Dark Yet » armé de sa sèche, mais uniquement accompagné du pianiste. Et c’est limité aux ivoires et à sa voix, qu’il attaque « Hotel Room », tout au long duquel on n’entend pas une mouche voler. Le public boit littéralement ses paroles. Les autres musicos deviennent alors spectateurs en regardant Calum dans son exercice vocal. Et suivant la même formule, « Won’t Let You Down » est enrichi par les chœurs de ses musicos.  Des chœurs ‘cathédralesques’ ! Dans ces circonstances, le travail opéré par l’ingé son est primordial, et à cet égard, il est à féliciter. « Won’t Let You Down » est la fameuse compo écrite pour sa frangine qui a lancé sa carrière. Et l’artiste est tellement ému qu’il ne peut retenir ses larmes en fin de parcours. Il lui faudra quelques secondes pour reprendre ses esprits, avant qu’il ne s’excuse auprès du public de cet épanchement de sensibilité, qui l’applaudit chaleureusement. Manifestement, on peut affirmer qu’il s’agit d’un artiste à taille humaine. Electro/pop nerveux, « Give Me Something » clôt une jolie prestation d’une bonne heure ; mais en quittant l’estrade, Scott signale qu’il accordera un rappel.

Un encore au cours duquel il est en parfaite communion avec la fosse, tout au long de « If Our Love Is Wrong », qui connaît les paroles par chœur ; et qu’il ponctue par la somptueuse cover du  « Dancing On My Own » de Robyn, à nouveau abordée en mode piano/voix. Tout au long de ce set chargé d’émotion, l’artiste s’est mis à nu en vidant son cœur et son âme.  

Setlist : « Come Back Home », « Only Human », « Rhythm Inside », « You Are The Reason », « Good To You », « Not Dark Yet », « Hotel Room », « No Matter What », «Won’t Let You Down », « What I Miss Most », « Give Me Something ».

Rappel : « If Our Love Is Wrong », « Dancing On My Own ».

(Organisation : Live Nation)

 

 

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