L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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The Cranes

Encore en rôdage…

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Déjà 3 ans que les Cranes ne s’étaient plus produits en Belgique. Qu’étaient-ils devenus ? La voix d'Alison Shaw était-elle toujours aussi pré-pubère?  Et surtout, les ‘grues’ étaient-elles encore susceptibles de déplacer suffisamment de fans pour remplir le VK ?

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas The Cranes, imaginez un peu la musique de The Cure période « Pornography » voire « Disintegration », si Robert Smith avait été de sexe féminin. Enfin, pas seulement, puisqu’il y a du Tolkien dans l'ambiance. Il y a de l’éther atmosphérique aussi. Bref, un trip au sein duquel il faut oser et être capable de rentrer. La salle de Molenbeek n’était qu’aux trois-quarts remplie. Et en majorité de trentenaires. Dommage ! En fait, à l’instar des Charlatans, qui s’étaient également produits au VK en février dernier, la formation issue de Portsmouth éprouve de grosses difficultés à renouveler son contingent de fans. Evidemment, en n’accordant plus de concert chez nous depuis 2005 (un crochet par le VK et une première partie de Cure à Lokeren), difficile de se rappeler au bon souvenir de ses aficionados.

Début de set, les morceaux manquent carrément de pèche. Et le son est tout à fait catastrophique. Mécontent, un spectateur dit même tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Et dans la langue de Molière ! Déjà pas trop à l’aise en début de parcours, la brave Alison n’y comprend rien, imaginant que cette critique lui est adressée. Curieusement, à partir de cet instant –je ne suis pas ingé du son, mais bon je n’ai pas les oreilles bouchées– la qualité sonore est devenue, au fil du temps, de plus en plus nette. Bizarre... Enfin, passons… Bref, à cet instant, la prestation est encore trop inégale pour convaincre. Alison cherche ses marques ; et surtout à poser sa voix. A leur décharge on notera que cette date bruxelloise n'était que la seconde de leur périple (NDR : le combo avait joué à la Maroquinerie de Paris, la veille). Et leur dernière tournée date déjà de trois longues années.

Mais le show s’est bonifié en deuxième partie. Là, la magie a vraiment (et enfin) commencé  à opérer. Carton plein pour "Far away", "Adrift", "Everywhere" et "Paris and Rome", avant une série copieuse de rappels. Soit plus de deux heures de concert. Générosité, tendresse, émotion... ce band est définitivement le genre musique à écouter en boucle pendant un gros câlin. Pas besoin d'un pétard. Leurs mélodies ont toujours eu la formule pour générer des hormones zen, destinées à atteindre directement le cortex reptilien (le plus primaire). Alors, oui, certaines tonalités sont un peu surannées, comme nous le reprochait l’un ou l’autre spectateur lambda. Mais ce côté vintage donne in fine tout son charme à la formation insulaire. Et puis, il y a Alison. Toujours d'une gentillesse, d'une attention rare vis-à-vis de son public. Nous sommes ses invités. Elle ne veut pas nous décevoir… Laissons les enchaîner les dates et rôder encore leur set (leur nouvel album sort cette semaine). Et si pour l’été prochain, des organisateurs de festivals ont suffisamment de flair pour les inviter, ils devraient (comme naguère) casser la baraque.

Setlist :

1 Clear
2 Jewel
3 Vanishing point
4 Future song
5 Worlds
6 Wires
7 Panorama
8 Feathers
9 Sunrise
10 Far away
11 Adrift
12 Here comes the snow
13 Flute song

14 Everywhere
15 Paris & Rome

NB : dans leur élan de générosité, les Cranes ont encore interprété trois titres qui ne figurent pas sur la setlist officielle.

 

Volbeat

Un excellent remède contre la morosité...

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Tandis que nous affrontons les embouteillages coutumiers sur le ring d’Anvers, des centaines de headbangers se pressent déjà à l’entrée de la salle Hof Ter Lo pour un concert qui affiche sold out ! Une fois n’est pas coutume, c’est un double évènement qui est proposé aux fans de metal en cette soirée ensoleillée. Le club ‘Trix’, adjacent à la salle bien connue des amateurs de rock puissant, propose un mini festival de death metal. En tête d’affiche : les Hollandais de Goresfest. Maigre consolation pour les fans de Volbeat sans ticket ; mais vu le droit d’entrée à 5€, il aurait été inopportun de faire la moue…

Il est un peu plus de 19h30 lorsque les jeunots de Serum 114 investissent le podium de l’Hof Ter Lo, déjà envahi par les backdrops de Volbeat. Tatoué, chapeau visé sur le crâne, le chanteur blondinet campe un hybride entre Kid Rock et le leader de Green Day. C’est d’ailleurs dans le registre de ces derniers, et plus particulièrement celui de Sum 41 que milite la formation allemande. Anissa me fera d’ailleurs très judicieusement remarquer que si l’on rabote deux lettres au mot Serum, et qu’on bascule le 4 de 114, on obtient Sum 411 ! Il est vrai que le combo n’a rien inventé et qu’il devient vite très ennuyeux.

Même si le chanteur du groupe fusion hardcore Stuck Mojo est soutenu par d’excellents musiciens, nous préférons prendre un rafraîchissement et fouiner dans les bacs à CD’s de l’échoppe de Metalzone. Le chant ‘rapé’ n’est décidément pas notre tasse de thé.

En insufflant un brin de country façon Johnny Cash et quelques touches de rockabilly à son metal lourd, Volbeat est devenu le phénomène à la page ! Comment résister et rester de marbre face à ce cocktail détonnant. On parle même d’‘Elvis metal’ tant l’organe de Michael Poulsen évoque celui du ‘king’, dont il reprend les intonations pour exécuter un metal à la limite du thrash, particulièrement teinté de Misfits et de Metallica.

Dans la salle, l’ambiance est survoltée et ne faiblira pas jusqu’au monumental « Still Counting ». Si la recette était rôdée dès le premier album de ces Danois atypiques, elle est ici encore améliorée ; et le public s’enflamme dès les premiers accords de « Guitars, Gangsters and Cadillac Blood ». Belle entrée en matière ! Le son est monumental. Les lights sobres ; et il est incontestable que l’atout principal du band demeure le timbre vocal de Poulsen. Tandis que « My Believe » s’enchaîne à « Sad Man’s Tongue », le service de sécurité n’en finit pas de réceptionner les nombreux ‘stagedivers’ qui participent joyeusement à cette soirée endiablée aux allures de grande fête du rock’n’roll !

Volbeat s’avère être un excellent remède contre la morosité. Il suffisait d’observer les mines réjouies des spectateurs qui ne sont pas près d’oublier cette prestation incandescente d’un groupe avec lequel il faudra désormais compter.

 

 

Madonna

Madonna souffle le show et le froid…

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Entendez-vous rugir ces féroces soldats ? Ils viennent des campagnes, du centre ou d’horizons plus lointains. Ils sont de France ou d’ailleurs en Europe. Ce sont les soldats, de l’armée des fans de Madonna.

Paris 21 septembre, 19h. La gare du Nord est assiégée. On se faufile entre les touristes, les autochtones et les contrôles musclés de CRS. Ce lieu est constamment assiégé de jour comme de nuit, du 1er janvier au 31 décembre. Mais en ce début de soirée, un endroit stratégique est sur toutes les lèvres : ‘Stade de France’. Pour certains, ce parcours correspond à un exercice de routine. Pour d’autres, comme nous par exemple, on est vite dépassé par les événements, et on tente de s’y retrouver. Et pourtant, le chemin est fléché. Mais en lieu et place de jolis placards, il n’y a qu’à suivre la masse qui se presse aux escalators et sur les deux quais que ces derniers desservent. La ligne 41 débarque à 15 minutes du stade. La 43 juste aux pieds. Bon, ben, on va prendre la 43 hein… Entassés dans les wagons du RER, c’est collé contre les vitres embuées, que l’on se farcit les 5 minutes de trajet. ‘Stade de France’ annonce l’hôtesse bionique à travers les hauts parleurs du train. Tout le monde descend, en même temps et en meute, bien entendu. Entre le petit trajet qui relie la station et le stade, on croise beaucoup de policiers, armés jusqu’aux dents ; des revendeurs à la sauvette venus rentabiliser leur turbin au marché noir, c’est-à-dire le sésame tant convoité pour la soirée. Il y a aussi les fans qui chantent et dansent déjà, les bimbos attifées comme pour sortir en club échangistes, des marchands de tee-shirts et des vendeurs de hot-dogs aux prix tellement hallucinants qu’il ferait rougir les 2 grammes de choucroute qu’il contient. Face au stade, on se sent tout à coup petit, très petit. Après avoir trouvé la bonne porte, passé le barrage des tourniquets, subi le service contrôle du billet et la fouille en bonne et du forme, rencontré une hôtesse sympa et un steward compétent, on prend enfin place sur nos sièges réservés. Ouufff, on souffle un peu… A l’intérieur du stade, on se sent encore plus petit que de l’extérieur. Surtout face à deux ‘M’ gigantesques situés de chaque coté de la scène, preuve que la Madonne, reine mégalo, va faire parler la poudre en ces lieux sous peu.

Mais avant,…

Bob Sinclar, le truculent dandy des platines a pour tâche de faire le tour du stade pour allumer le public. Equipé de ses platines et épaulé par Big Ali, il va essayer de chauffer la salle.

Oui mais voilà …

Le Stade de France ce n’est pas de la gnognotte, on lui souhaite bonne chance. 19.45, le set commence. La foule qui s’est agglutinée aux abords de la scène est toute chaude, les tribunes beaucoup moins. Sinclar s’éclate. Big Ali fait résonner sa voix contre l’enchevêtrement des milliers de tubes et de sièges disposés dans la salle de concert, ce soir. Mais perdus sur une scène gigantesque, les deux lascars ont bien du mal à y déposer un quelconque cachet. Big Ali –il porte bien son nom et doit dépasser les 200 kilos– ne bouge pas. Il reste collé aux platines du DJ. L’image vue de loin évoque rapidement ces communions où le DJ officiant, s’est fait piquer le micro au profit du papa beurré qui balance des vannes à 3 balles pour la famille. C’est mou, c’est lourd. Ca ne vaut pas grand chose. Même si les quelques grands classiques de Sinclar sont interprétés, les basses assourdissantes et le peu de vie sur scène transforme le set en attente pénible. 20.30. 45 minutes –et 10 litres de sueur en moins pour Big Ali– plus tard, le set prend fin. ‘Bob Sinclar is in the house !!’ S’il pouvait éteindre la lumière en sortant ça serait sympa.

21.30 !! La Madonne décide enfin, en accusant quand même 30 minutes de retard sur le programme, de monter sur les planches.

Une projection sur les écrans géants et les panneaux de la scène, propose une vidéo en images de synthèse. On y découvre une bille qui roule… Etrange ! Pas trop le temps de réfléchir sur la signification de l’intro, que « Candy Shop » entame les festivités. Aaaaah la boule c’était un bonbon. Ok ! Madonna est sexy. Habillée de transparence Givenchy, elle donne le ton. Arrive derrière elle le cabriolet blanc immaculé qui entoure « Beat Goes On ». La salle hurle.  Vient ensuite « Human Nature » au cours duquel l’artiste enfourche une guitare et hurle dans le micro ‘Je veux vous entendre crier !’. En français SVP... Tout tourne autour de Madonna, les danseurs, les lumières, les effets. On assiste à un show assez incroyable, il faut le reconnaître. Les chorégraphies sont parfaites, ajustées au centième de seconde. Les équipes techniques font monter, descendre les acteurs différents. On se surprend à les voir disparaitre et réapparaitre comme par enchantement. Les costumes sublimes offrent à la grâce des danseuses, un « Vogue » ultra érotique. Les premiers doutes sur la voix en direct se confirment. Une solide erreur de ‘lipping’ nous démontre sur écran géant, que Madonna chante bel et bien en playback. On le savait, mais le voir de ses yeux est surprenant. Quand on désire la perfection autour de soi, il faut savoir aussi la proposer aux autres. Trêve de critiques sur la qualité de la voix, restons-en à l’essentiel : le show. Seul intérêt vraiment de cette soirée. Le premier tableau est terminé.

Le temps pour la chanteuse de se changer est comblé par une vidéo de « Die Another Day ». Juste le temps que les hystériques du premier rang se calment un bref instant. Quand la Madonne revient, c’est sur une table de DJ qu’elle se trémousse en balançant un « Into The Groove » bien 80’s. Avec en prime sur les écrans géants, des illustrations de Keith Harring bien flashis. Tout est pimpant. Tout vibre dans tous les sens. La température monte encore d’un cran. Malheureusement, boum patatras, quand le titre « Bordeline » arrive, on sombre presque dans le pathétique. Madonna est debout et a empoigné une guitare. Elle essaie de nous fait croire qu’elle en joue. Jusque là on reste dans le show. Mais quand elle massacre la chanson en chantant faux, on en devient presque gêné pour elle. Tout n’est donc pas en playback, mais on va différencier le direct de la présonorisation, tant la qualité est diamétralement différente. Une moue significative de mécontentement s’est d’ailleurs dessinée sur le visage de la chanteuse, et là à nouveau, les écrans géants le prouvent. Pour ne pas se gâcher la soirée, de notre place, on fait mine de ne pas avoir repéré les bavures. Et on partage la mauvaise foi du public envers son icône. « She's Not Me”, “Music” revisité style fluo sur un sample de "Last Night A DJ Saved My Life" et une vidéo qui échantillonne cette fois une chanson d’Eurythmics, “Here Comes The Rain Again”, termine le deuxième tableau de la soirée.

C’est sous cage dans un style noir et ténébreux, que les festivités reprennent. « Devil Wouldn't Recognize You » apporte un peu de souffre supplémentaire à l’ambiance. Les danseurs sont en aube noire, version moines, tout est solennel. ‘Parlez-vous français ?’ nous demande la Miss. Certains idiots lui répondent. « Spanish Lesson » décape les moines pour les transformer en danseurs de flamenco aux couleurs roses flash. Reprise de la guitare en main pour la chanteuse, afin d’exécuter « Miles Away ». Tout va très vite et tout s’emballe ensuite sur « La Isla Bonita ». Violon tziganes et gypsies sur scène viennent y mettre un peu de piment manouche. Une véritable explosion de couleurs et de danse nous apporte ici sans aucun doute, le meilleur moment de la soirée. Avant que ne survienne le pathétique « You Must Love Me », c’est si je veux d’abord. Suivi d’un entracte : la vidéo « Gets Stupid » qui a déjà pas mal fait parler d’elle en d’autres lieux. Les images de Mc Cain, Hitler et d’horreurs de guerre, croisent celles d’Obama de Nelson Mandela et Martin Luther King. Vachement engagée la nana.

Le quatrième et dernier tableau se profile, et c’est sous le style ‘Mad Max revival’ que Madonna apparaît pour la dernière fois. « Like A Prayer” » est proposé sur un remix de 2Unlimited (si je ne me trompe pas) et consigne sur les écrans des phrases pieuses en hébreu ou en anglais. « Ray Of Light » est massacré. Et pour cause, c’est encore du ‘live’ ! ‘French Do it better !!’ nous balance-t-elle à présent, ‘Do you Love Me ??’ s’inquiète t’elle... aaaaah d’accord, le compliment était intéressé. A nouveau certains lui répondent ‘yeeesss’. Entre nous, celui qui répondrait ‘non !’ au prix du billet, aurait été masochiste, il y a des donjons plus appropriés pour ça. Pour clore le set, nous aurons droit à un « Hung Up » bien rock et saturé où les riffs lancinants sont un peu ‘too much’. On pense à ce moment que le concert est fini. C’est compter sans « Give It 2 Me », que les radios nous matraquent à longueur de journée et que l’ensemble des danseurs vient rejoindre. C’est l’orgie finale. Game Over ! Il est 23.20, il fait froid et noir.

Le stade se vide à une vitesse VV’. Toute cette masse va rejoindre les RER avoisinants. En 40 minutes montre en main, on a quitté le stade, pris l’un des trains qui s’enfilent les uns derrières les autres, repris le métro jusque République et rejoint la chambre d’hôtel. La soirée nous aura donc surtout marqués par son incroyable organisation tant sur la scène que pour y accéder. Et puis, boah il faut le dire, voir Madonna en vrai, ça fait quelque chose quand même.

31 Knots

Comité réduit pour show exceptionnel

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Aaah, la rentrée. Une nouvelle saison qui commence, d’innombrables concerts qui se profilent à l’horizon… Et, surtout, la joie de retrouver le Botanique, sa serre surchauffée, son bar design et son ambiance inimitable. Ce soir, direction l’Orangerie où 31Knots vient présenter son dernier bébé, « Worried Well ».

On ne se bouscule pas à la porte de l’Orangerie. A l’intérieur, la salle est quasi déserte. Effet amplifié par un rideau déployé au fond de la salle. Il dérobe un tiers de sa capacité. Un public plus ou moins enthousiaste salue la prestation des Canadiens de Ladyhawk. Une ouverture dont je n’ai pas pu voir grand-chose, arrivée tardive oblige.

Quelques minutes plus tard, The Constantines prend place sur le podium. Un set légèrement brouillon et trop long pour une première partie. La prestation manque de cohérence. Ce qui n’a pas empêché cette dernière d’être acclamée par ses fans et les autres.

22h. Enfin. Le trio à l’honneur ce soir fait finalement son apparition. Tandis que ses deux comparses entament l’intro de « The Breaks », Joe Haege chantonne les premiers vers. Caché. A genoux. Derrière son laptop. Un sac brun sur la tête. 31Knots enchaîne ensuite par  quelques extraits de « Worried Well », son dernier opus, ainsi que les excellents « Talk Like Blood », « Polemics » ou encore « It Was High Time To Escape ». Le temps de se rechausser, d’arracher son horrible chemise, ses bretelles et son pantalon, pour dévoiler une tenue plus décontractée, Joe adresse quelques mots à son public. Le meilleur moment de la soirée sera atteint lors d’un extraordinaire « Man Become Me », extrait de l’indispensable « The Days And Nights Of Everything Anywhere ». La formation affiche une assurance sans faille. Le leader arpente toute la largeur du podium, communiquant une énergie incroyable à son public. Le combo avait déjà tout fracassé lors de sa prestation, à Dour. En 2006. Aujourd’hui, les trois prodigieux musiciens de 31Knots ont confirmé leur statut de bêtes de scène. A cause de leur prestation magistrale, quasi théâtrale. Dommage que le public n’a pas été au rendez-vous. Il aurait même été judicieux de déménager le spectacle à la Rotonde. Elle aurait été remplie…

Organisation Botanique

 

The Charlatans

Un final explosif!

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Il y a belle lurette que je n’avais plus assisté à un set des Charlatans. Si mes souvenirs sont exacts, c’était en 1990. Le 5 décembre très exactement. A l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Un show époustouflant auquel participaient encore l’organiste, feu Rob Collins, et le guitariste John Baker ; mais qui avait surtout mis en exergue l’immense talent du drummer John Brookes. A cette époque, la formation était en plein boom, notamment à cause de son Ep, « The only one I know ». Depuis, le groupe a quand même aligné 10 albums, connu deux changements de line up importants (c’est Mark Collins qui se charge des parties de guitare dès 1991 et Tony Rodgers des claviers depuis 1999) et perdu progressivement de sa popularité. Ainsi, au cours de la première moitié des nineties, les Charlatans attiraient un bon millier de personnes en Belgique, lors de leurs concerts. Ce soir, au Handelsbeurs, on devait en recenser entre 300 et 400. Dont un fort contingent de Britanniques. Une chose est sûre, ce n’est pas sold out. Et puis, la moitié du public est constituée de quadragénaires. Signe des temps…

En première partie, le quatuor louvaniste Starfucker ne nous a guère convaincus. Longiligne, la chanteuse affiche un physique qui me fait un peu penser à Chrissie Hynde des Pretenders. Elle joue d’ailleurs aussi de la rythmique. Il y a une drummeuse. Ce n’est pas courant. Et puis, le soliste joue à l’aide d’une ‘Flying V’. Musicalement, leur garage est assez brouillon, même s’il ne manque pas d’énergie. Après trois morceaux, on a préféré aller prendre un rafraîchissement.

Les Charlatans montent sur les planches et entament directement leur set par « You cross my path », le titre maître de leur dernier opus. Vêtu, de noir, la coupe baggy très caractéristique, souriant, Tim Burgess semble ne pas avoir pris une ride en près de 20 ans. Tout comme la musique des Charlatans, par ailleurs. Mais c’est toujours lorsque le combo parvient à mêler le groove hypnotique au psychédélisme sixties qu’il demeure le plus performant. Ce sont d’ailleurs les chansons les plus pop qui dénotent le plus au sein du tracklisting. Heureusement, on peut les compter sur les doits d’une seule main. Certaines compos cherchent manifestement une autre orientation. Et je pense tout particulièrement au funkysant « Judas », au cours duquel Tim emprunte un timbre falsetto. Sans quoi sa voix est claire, vibrante et les mélodies contagieuses, parfois même hymniques. Une belle opportunité pour permettre alors aux fans de reprendre les paroles en chœur. On a aussi droit à quelques clins d’œil adressés à l’un ou l’autre artiste de l’histoire du rock. Ainsi « One to another » transpire le « Sympathy for the devil » des Stones, alors que la guitare emprunte un riff au « Fearless » (NDR : si, si, souvenez vous de cette chanson qui s’achevait par le « You'll Never Walk Alone » chanté par les supporters de Liverpool) du Floyd, tout au long de « Soul saver ». Enfin, « You’re so pretty » semble parfaitement calqué sur le « Fade to grey » de Visage. Etonnant ! Bien sûr, les moments forts du concert resteront les indémodables « The only one I know » et puis le très psyché « My name is despair », qu’ils interprètent dans la pénombre, le frénétique « Ignition » et le chaloupé « Then ». C’est d’ailleurs le moment choisi par les claviers pour rogner davantage la mélodie.

On ne passera pas sous silence l’efficacité et la sobriété du guitariste Mark Collins, ainsi que les lignes de basse rebondissantes injectées par Martin Blunt. Mais encore une fois, c’est sur le drummer que vont à nouveau se focaliser les regards. Notamment lors du rappel. Son amplitude et sa dextérité font merveille. Stéphane, qui m’avait d’ailleurs accompagné (NDR : allez donc voir ses photos dans la rubrique ad hoc) a même déclaré qu’il mériterait de jouer au sein d’un groupe de métal. Et quand on sait ce que ce type de musique exige en matière de technique, c’est un fameux compliment. Un final donc explosif, au cours duquel les Charlatans vont interpréter « A day for letting go », « How High » et un « Sposton Green » digne de la meilleure période des Stone Roses. D’ailleurs l’attitude de Burgess y contribue. Lorsqu’il est face au micro il prend tantôt les poses de Ian Brown ou alors, les mains dans le dos, en courtisant le micro, d’un certain Liam Gallagher.

Tracklisting :

1) You cross my path
2) Weirdo
3) Bad days
4) Black’n’blue eyes
5) Judas
6) Mis-takes
7) Then
8) One to another
9) Soul saver
10) My name is despair
11) Bird
12) Misbegotten
13) The only one I know
14) Oh vanity
15) If I fall
16) Ignition
17) You’re so pretty
18) This is the end

Rappel :

19) A day for letting go
20) How high

21) Sposton green

Organisation Handelbeurs

Queensrÿche

(Mind)crime et châtiment…

Écrit par

Vingt ans après sa sortie, « Operation Mindcrime » constitue toujours le chef-d’œuvre absolu de Queensrÿche. Non seulement les arrangements sont d'une précision chirurgicale, mais les compositions sont superbes et les lignes mélodiques vocales parfaites.

Mais avant toute chose, commençons par analyser les aspects négatifs de ce type de musique, pour mieux les balayer ensuite :

- Le heavy métal, sauce opéra rock affiche un côté kitch sur scène. C'est vrai ! Mais le show est tellement impressionnant qu'il est difficile de ne pas être précipité dans de l’univers de Nikki, Mary et du Dr.X,

- Les membres du groupe ne communiquent pas avec le public. Quelle autre solution adopter, lorsqu’on sait qu’ils jouent une intrigue devant nous. D'une rare cohérence, cette histoire ne peut être interrompue à aucun moment.

- L'AB était loin d'être comble, mais les tentures noires tirées devant les balcons et les gradins rendaient les lieux beaucoup plus intimes. On avait même l’impression que la salle était pleine à craquer.

- Enfin, comment analyser un tel show, lorsqu’on sait que les musiciens ont composé cet « Operation Mindcrime », en 1988. Et en précisant que les 3/4 du public qui ont acheté ce disque –à l’époque, ils avaient alors 15 ou 20ans– ont vieilli eux aussi. Peu de gamins, d'ailleurs, pour ce concert conceptuel, exercice auquel finalement peu de groupes osent se frotter.

Le concert démarre dès 19h00 par l'intégrale d'« Operation Mindcrime », volume I. Introductions bien entendu suivies par "Revolution Calling" et "Operation Mindcrime" qui nous plongent tout de suite dans l'ambiance : un rock déchaîné caractérisé par ses guitares acérées, et une mise en scène digne de cette épopée, alimentées d’intrigues sociales, politiques et religieuses, racontant le récit du mystérieux Dr. X qui cherche à conquérir le monde. Pour atteindre son but, il prend le pouvoir sur le naïf junkie Nikki, qu'il remodèle jusqu'à en faire une machine à tuer. L'histoire se déroule sur les planches, comme sur l'album ; à une différence près : Mary, l'ange gardien de Nikki, jouée par Pamela Moore, se suicide sur scène suite à un appel téléphonique de Dr.X ; et son corps disparaît dans les flammes au terme d'un "Needle Lies" d'une puissance incroyable (NDR : malgré les quelques imperfections vocales manifestées par Geoff Tate). Signalons quand même qu’hormis l’un ou l’autre détail, le son est tout bonnement magistral. L'alternance entre les passages chantés et les riffs sont remarquables. Les duels entre les guitares d'anthologie. Les figurants sont présents sur la moitié des titres afin d'illustrer le propos des chansons. Un écran géant a été placé en hauteur. Des images relayant les titres y sont projetées ; mais également captées en live durant le concert. Histoire de parachever l'impression d'assister tant à un spectacle qu'à un concert de heavy metal.

Détail piquant, mais totalement inhabituel aujourd’hui : ce sont les deux mêmes guitares qui sont utilisées tout au long du set... Quand on pense que des groupes de gamins comptant à peine un disque à leur actif en consomment parfois une kyrielle, pour une heure de show....

Les dernières notes de "Eyes of a Stranger" ont à peine fini de résonner que les musiciens quittent la scène. Les lumières de la salle se rallument. Les Queensrÿche méritent en effet bien une pause ; ne fût-ce que pour permettre à Geoff Tate de se refaire une ‘beauté’ : son maquillage a eu le temps de couler ; à un tel point que son regard en devenait inquiétant sur les derniers titres. Outre ses capacités de vocaliste de haut vol en matière de metal, il a un don inné pour mimer son show.....

Retour en salle sur une bonne nouvelle. Alors que les photos n'étaient usuellement autorisées que sur les 3 premières chansons (NDR : lors du premier « OM »), le second opus est ouvert aux courageux photographes qui le souhaitent. Une condition : rester dans la salle. Frontstage interdit. Je dois reconnaître qu'excepté votre serviteur, il ne doit pas y en avoir eu d’autre. Ce deuxième tome d’« Operation Mindcrime » a tellement été décrié à sa sortie. Notamment par les fans de la première heure. Normal, ils l'ont plus que probablement trop comparé à son homonyme de 1988. Aussi, je n'en attendais pas beaucoup sur scène. Grave erreur : Geoff revient vêtu d’un superbe costume noir. Il assiste à son procès sur les notes de "I'm American" qui trouve en live toute sa dimension hardeuse. Suivent différents épisodes consacrés à la vengeance de Nikki. Après sa descente aux enfers traduite par 18 ans en prison, il cherche à retrouver le Dr.X pour lui faire regretter tout le mal qu’il lui a fait et venger Mary. C'est sur "The Chase", lors de la confrontation entre Nikki et le Dr.X, qu’intervient la grosse déception de la soirée. Dans la version studio, c'est Ronnie James Dio qui tient le rôle du Dr.X. Je n’imaginais même pas entendre Dio chanter sa partie vocale. Mais quelle déception de devoir se contenter d’un enregistrement de sa voix… et aussi de celle de Geoff Tate ; alors que les quatre musiciens continuaient à jouer en live. Et ils remettront le couvert, même si Geoff assurera alors quand même sa propre partie.

Hormis cette remarque, « OM2 » prend tout son sens sur scène. L'atmosphère est manifestement impitoyable, ténébreuse et glauque (Geoff exécute un prisonnier d'une balle dans la tête, envisage de mettre un terme à ses jours, s'abandonne aux drogues et à l’alcool). L'absence de claviers sur scène renforce encore cette impression et les interventions nombreuses de Pamela Moore –qui tenait le rôle de Mary une heure plus tôt– apportent une touche plus lyrique aux chansons. Bref, une version ‘live’ qui prend largement le pas sur la ‘studio’. "All the Promices" clôt ce second volet. Rejoints par Pamela, les musiciens viennent saluer et remercier le public. Geoff sourit enfin ; après avoir joué pendant deux heures un rôle de sinistre personnage…

Les Queensrÿche remontent sur le podium quelques minutes plus tard pour accorder pour un rappel de 3 titres, au cours duquel ils peuvent enfin partager avec le public leur joie, voire leur bonheur, d'être sur ces planches. Et franchement, ce bonheur est communicatif. Et tant pis si la voix de Geoff a pris un coup dans l’aile ; il assure encore, le bougre.

Dommage que la salle n'était pas comble ; comme aux grandes heures où Queensrÿche remplissait des temples de la taille de Forest National. Mais comme je le rappelais en début de compte-rendu, nombre de fils du métal sont maintenant pères de famille ; et la nouvelle génération a l’embarras du choix, quand elle souhaite se déplacer pour un concert… même de métal.

 

Tokyo Police Club

En perte d’efficacité…

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La Rotonde se remplit difficilement. Tokyo Police Club avait pourtant séduit par son premier EP, assurant admirablement la succession des Strokes de leurs débuts. « A lesson in crime », en condensé de guitares explosives mais mélodiques, annonçait un avenir radieux pour les quatre Canadiens.

D’observer la salle aussi aérée soulève quelque scepticisme ; et la première partie, The Moebius Band, est accueilli avec la plus grande réserve. Pourtant le trio new-yorkais déjanté fait tout son possible pour égayer l’atmosphère. Les compositions partent dans tous les sens, dégagées de tout conformisme, au risque de sacrifier la cohérence et la structure. Batterie, basse et guitare sont soutenues pas des machines, dans une formule électropop qui, malheureusement, ne couve plus beaucoup de mystères. La performance s’écoulera finalement sans heurts, comme sans véritable accroche malgré le bon esprit et la qualité de l’instrumentation. Il manque l’assaisonnement pour s’émoustiller. Pas de rappel ; les applaudissements s’éteignent rapidement et le ton hagard s’installe, qui ne quittera plus la soirée. Les Nuits du Botanique ont-elles épuisé tous les mélomanes ?

L’énergie de Tokyo Police Club fera à peine sourciller. Les guitares s’affolent toujours autant sur les premiers morceaux, tirés de leur dernier « Elephant Shell ». Mais l’urgence n’est plus fondue dans les mélodies croustillantes qu’on leur connaissait. Les visages s’animent surtout lors de l’interprétation de morceaux plus anciens, comme « Nature of the experiment » ou « If it works » ; mais davantage d’efforts sont nécessaires pour adhérer aux nouvelles créations. Seul le single "Your English Is Good" ranime spontanément l’effervescence du public. Pour le reste,  la formule, toujours aussi brute et en puissance, a malheureusement perdu en efficacité. Les rythmes s’effilochent, la mélodie est moins perceptible, le son moins franc, le tout moins échevelé. Pourtant, la mise à l’honneur du synthé ajoute une consistance bienvenue et on ne devrait que se réjouir de voir ainsi s’émietter la parenté avec les Strokes. Malheureusement, ce qu’« Elephant Shell » gagne en singularité, semble fondre dans une power pop encore en cheminement et sans grande conviction.

L’indécision du public signe l’absence de rappel. Légère déception pour ce (très) jeune quatuor sur qui la presse et le buzz avaient peut-être simplement misé trop d’attentes.

Organisation Botanique

Explosions In The Sky

Orage sur Lausanne…

Ce mercredi soir, dans les rues de Lausanne, le temps est lourd, orageux. De gros nuages se profilent à l’horizon. Pourtant, c’est du Romandie qu’éclatera le tonnerre. La salle lausannoise accueille en effet le groupe Explosions in the Sky. En supporting act : l’artiste américain Eluvium. Un événement très attendu, vu l’engouement du public pour ce spectacle.  

La foule commence à se presser contre la scène. La chaleur monte et devient bientôt à la limite du supportable. Eluvium monte sur les planches, le show commence. Le multi-instrumentiste parvient à focaliser l’attention de l’auditoire pendant la trentaine de minutes qui lui sont imparties. Il y dispensera un rock expérimental et instrumental, passant allègrement du piano électrique à la guitare, tout en gérant les pédales de répétition de boucles et les pistes préenregistrées, programmées par son ordinateur.

Le set achevé, le ‘changement de scène’ est opéré assez rapidement, afin de laisser la place à l’événement pour lequel 300 personnes se sont agglutinées jusque dans les escaliers de la salle. Et elles ne seront pas déçues par cet orage sonore. Hors pair, le quatuor joue pendant plus d’une heure, faisant déferler tantôt avec puissance, tantôt douceur, mais toujours une grande implication émotionnelle et physique, son rock indie instrumental. C’est clair, les musiciens vivent leur musique. Et ils ne sont pas les seuls. Car de nombreux spectateurs ferment les yeux, essaient tant bien que mal –vu le peu d’espace disponible– de danser ou se balancent au rythme de la musique. Tout le monde cherche à se connecter au groupe. Le combo texan est l’exemple vivant qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir recours aux paroles pour communiquer.

Explosions in the Sky est vraiment à voir et à revoir. Le seul regret procède de l’exiguïté des lieux. Lorsqu’ils sont combles, le mercure grimpe rapidement dans les thermomètres. Mais lorsqu’en plus à l’extérieur, la météo s’en mêle, la température devient très vite étouffante. Hormis cette réserve, la soirée est réussie. Bien que puissant, le son –la loi suisse oblige les organisateurs à fournir gratuitement des boules-Quiès ; une initiative à souligner– est de bonne qualité, et le personnel organisateur ainsi que préposé à la sécurité est accueillant. En outre, il se distingue par sa bonne humeur.

 

 

 

Willard Grant Conspiracy

Symphonie pour un pèlerin

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Robert Fischer est imprévisible. Après avoir écouté son dernier album, « Pilgrim road », je me suis demandé quelle mouche l’avait donc bien piqué pour accoucher d’une musique aussi orchestrale. D’ailleurs, je dois avouer avoir imaginé que cet opus était un projet sans lendemain. Et je me suis lourdement trompé. La plus belle preuve par son set accordé ce samedi 24 mai au Handelbeurs de Gand.

Howe Gelb assure le supporting act de la nouvelle tournée de WGC. Il joue même sur le piano d’un des musiciens du groupe, alors que son compère emprunte la contrebasse d’Eric Van Loo. Au milieu de sa prestation, le drummer de la bande à Fischer vient même donner quelques coups de balais. Mais venons-en à la prestation de Gelb. Il joue des ivoires sur la moitié de son set. Ses chansons baignent manifestement dans le jazz. Aussi bien allègre que mélancolique. Et les accords tout en nuances accordés par le contrebassiste accentuent cette impression d’intimisme syncopé. Heureusement, Gelb parsème sa prestation de traits d’humour. Il se lève régulièrement de son tabouret pour aller pincer les cordes à l’intérieur du piano à queue. Fait craquer son support de micro lorsqu’il achève ses morceaux. Balance l’une ou l’autre plaisanterie. Converse parfois avec le public. Après 7 ou 8 titres, il passe à la guitare à 12 cordes dont il parvient à sortir des sonorités incroyables, tout en recadrant constamment une ligne de conduite essentiellement semi-acoustique. Et en fin de parcours, il revient siéger derrière le piano pour interpréter une compo à la limite du dixieland. On est quand même très loin de ses expérimentations extrêmes opérées au sein de Giant Sand, voici plus de 10 ans. L’homme à mûri. Seules ses expressions du visage trahissent encore son esprit malicieux.

Pas le temps d’avaler sa blanche (NDR : un petit quart d’heure !) et Willard Grant Conspiracy monte sur le podium. Ils sont onze sur scène (*)! Tous assis, sauf le contrebassiste Eric Van Loo, légèrement en retrait, sur la gauche. En fait de contrebasse, il s’agit réellement d’une double basse. En front de scène et de gauche à droite s’installent un pianiste (guitariste aussi, mais surtout à mi-parcours), Robert (il ne jouera pas de gratte avant le 11ème morceau), une charmante vocaliste (dès son arrivée, elle a planté une fleur sur son pied de micro) douée d’un timbre vocal exceptionnel rappelant Joan Baez (elle n’assure pourtant que la contre voix), un guitariste (et pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Chris Eckman !) et le drummer. Derrière, dans le même ordre, campent une claviériste (toute menue, d’origine asiatique, elle viendra prendre place derrière les ivoires lors du tout dernier morceau, « Distant shore »), un violoncelliste coiffé d’un drôle de chapeau, un violoniste, un trompettiste/accordéoniste et un tromboniste. Le compte est bon ! Et surtout le team prêt à jouer son « Pilgrim road ». Robert (il est imberbe !) se concentre sur ses vocaux. Et son baryton sensible, chaleureux, est souvent proche de celui de Neil Diamond, même lorsqu’il s’exprime à travers une forme de prière (le très beau « Painter blue »), alors que la musique majestueuse, belle, luxuriante rappelle plutôt le Divine Comedy. Aussi lorsque l’orchestration monte en intensité, on en attrape des frissons dans le dos. La fin du set est plus électrique. Robert à empoigné sa sèche. Certains musiciens changent de rôle. Un ballet décrit par Robert comme de la chorégraphie. C’est le moment choisi par les deux gratteurs pour injecter leur dose maximale d’électricité dans les compos, parfois même en se servant du bottleneck, mais surtout de pédales de distorsion. On aura ainsi droit à une version fabuleuse de « Let it roll », proche de l’envoûtement. Mais sous cette forme, lorsque les arrangements orchestraux viennent enrichir la solution sonore, je ne peux m’empêcher de penser à Sophia. Un seul rappel consacré à une seule chanson. Encore plus rock. D’ailleurs le drummer a alors changé ses balais contre des baguettes. Mais franchement, ce set m’a véritablement impressionné, même s’il n’a duré qu’une heure et une bonne quinzaine de minutes…

(*)

Malcolm Lindsay - piano et guitare
Erik Van Loo - double basse
Yuko Murata - claviers et piano
Peter Harvey - violoncelle
Josh Hillman - alto
Dennis Hillman - trompette et accordéon
Tom King - drums

Chris Eckman - guitare acoustique et électique
John Songdahl - trombone and orgue
Iona MacDonald - chant
Et bien sûr Robert Fischer au chant et à la guitare.

Organisation : Handelsbeurs

Alain Bashung

Bashung, sinon rien !

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Jeudi 29 mai. Bruxelles. Le temps est lourd. Très lourd. Le soleil n’y est pas, mais tout le monde sait où le retrouver : au Cirque Royal. Ce soir, le soleil porte un nom : Alain Bashung. Il est venu présenter son nouvel album, « Bleu Pétrole ». Ce soir, pas de set intimiste ; car le concert affiche complet depuis belle lurette. Mais qu’importe, la présence de Monsieur Bashung est tellement rare qu’on irait le voir n’importe où.

En première partie, Chloé Mons est complètement passée à travers. Elle a même dû quitter le podium après seulement 15 bonnes minutes. Faut dire que pour elle, rien ne collait. On avait même parfois l’impression qu’elle chantait faux. En outre, on ne lui attribuera pas le premier prix d’élégance… Sur scène, la pauvre fille semble abandonnée à son triste sort. Elle n’a pour seul compagnon qu’une guitare. Mais elle ne lui est pas d’un grand secours. Pourtant, elle a quand même enregistré un album en duo avec Bashung (« Cantique des Cantiques »). Mais au sein de cet immense espace, elle semble perdue. Et la foule est impatiente. Elle est venue voir le ténor. Le réclame déjà. Et le folk/blues de la donzelle lui tape rapidement sur le système. C’est donc sous les sifflets et les huées que Chloé Mons a vidé les lieux.

Après cet interlude de mauvais goût, l’auditoire semble soulagé, mais recommence à exiger la présence de Bashung. De plus en plus fort. Il est 21h10. Un homme usé, rongé par la maladie, fait son apparition. Il est tout de noir vêtu, coiffé d’un chapeau, les yeux cachés par des lunettes fumées. Les applaudissements sont déjà nourris. Malgré son teint livide et les moments douloureux qu’il traverse actuellement, Bashung semble d’humeur conquérante. Il prononce quelques mots dont il a le secret, nonchalamment. Mais malgré son attitude ‘je m’enfoutiste’, ont ressent une grande sincérité dans ses propos. Des propos fidèles au personnage qu’il incarne depuis le début de sa carrière. Il entame son set par un extrait de son dernier opus, « Comme un lego ». Assis, en jouant de la guitare. Le public retient son souffle pendant plus de 5 minutes. La voix suave et grave de Bashung augure un spectacle unique, intense et magique. Mais pour y parvenir, il peut compter sur son groupe : guitariste, batteur, bassiste et violoncelliste. Le band soutient magistralement l’homme qui voulait devenir l’Elvis de l’Hexagone. Et ce soir, Bashung joue tous ses plus grands succès pour le plus grand plaisir d’un public multi-générationnel. Un public, en quête de nostalgie. Qui ne se lasse pas d’écouter ou de réécouter l’elpee « Fantaisie Militaire », dont il interprète les compos à la perfection. Et ce ne sont pas les saturations causées par un ingénieur du son, sorti de nulle part, qui y changeront quelque chose. On est même à deux doigts de verser une larme, lorsqu’il entonne « La Nuit Je Mens ». C’est une version dynamique de « Osez Joséphine » qui fera exploser l’ambiance. Après une heure de trente de prestation, au cours de laquelle il n’oubliera pas de nous réserver ses incontournables « Fantaisie Militaire » et « Résident de la République », il décide de se retirer.

Le rappel est inévitable. La clameur ‘hénaurme’. L’homme revient chanter l’inusable « Madame Rêve ». Ravi, le public lui adresse –comme si c’était logique– un ‘Merci Alain !’ Le Français poursuit par un duo auquel participe… Chloé Mons. Paradoxalement, son accueil est plus chaleureux. Après nous avoir réservé quelques compos tantôt douces, tantôt énervées, le chanteur quitte une deuxième fois les planches, sous une salve nourrie d’applaudissements, laissant le soin à ses complices d’achever un spectacle chargé d’une dose d’émotion inouïe.

Et comme pour prolonger cette vive émotion, l’artiste, seul à la guitare, remonte sur le podium partager un dernier moment d’intimité en interprétant « Angora » et la cover du « Night in White Satin » de Procol Harum. Visiblement ému, Monsieur Bashung prend alors congé de son auditoire, en lui adressant un dernier salut. Il laisse alors, après deux heures de prestation, un public charmé, conquis, évacuant le Cirque Royal, des étoiles plein la tête… Merci Alain !

Nouvelle date le 27 novembre 2008 à l’AB.

Organisation Ubu Concerts