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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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EyeHateGod

Une attitude rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante…

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Avril 2016. Alors qu’EyeHateGod s’apprête à partir en tournée, le vocaliste Mike IX Williams est retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel. Le verdict tombe : après des années d’excès d’alcool et de drogues, le foie de l’artiste est en piteux état. Six mois plus tard, il est à nouveau admis aux urgences. Il vomit du sang, son foie et ses reins ne fonctionnent quasi-plus. Il ne peut dès lors plus quitter l’hôpital, au risque d’y laisser la vie. Pris à la gorge face aux coûts faramineux en soins de santé, sa femme et lui lancent un appel au crowdfunding afin de les aider pour faire face à la cirrhose qui le ronge. Contre toute attente, la mobilisation est massive : plus de 70 000 dollars sont récoltés et permettent au chanteur de recevoir un nouveau foie. Deux ans plus tard, EyeHateGod est de retour en terres belges et a choisi Anvers pour fêter ses trente ans d’existence.

Non loin du port anversois, face à un chancre de plusieurs dizaines de mètres de long –tout en boue, béton et autres tranchées– quelques personnes sombrement vêtues sirotent une pression et bravent la pluie. En pénétrant dans la pénombre du ‘Het Bos’, dont les murs sont recouverts de posters, collages et graffitis, on est plongé dans une ambiance underground similaire à celle du Magasin 4, à Bruxelles. Petit passage par l’étal marchandising de la tête d’affiche du jour. À côté des t-shirts frappés de l’imagerie du groupe, un papier scotché au mur attire l’attention : ‘Weed donations, also adderall or opiates’ (Trad : dons d’herbe, adderall [une forme d’amphétamines]ou opium). Le cadre est planté.

D’une capacité de deux cents personnes, la salle commence peu à peu à se remplir. En guise d’éclairage, seuls deux petits néons portables sont posés sur des amplis, de chaque côté du podium, conférant au lieu une lumière blanchâtre, stérile et froide.

Alkerdeel grimpe sur les planches et donne directement le ton : du primitif aux sonorités old-school, de la colère glacée et de la puissance grinçante. Originaire de Zomelgem, le band milite dans un registre difficile à cerner : alors que le début du set déploie les étendards d’un raw Black Metal darkthronien teinté d’accents punks, les morceaux évoluent ensuite vers un sludge hypnotique, alors que la rythmique hardcore se révèle totalement déconcertante. Lorsqu’il ne psalmodie pas, Pede est traversé par un chant rageur et étouffé, agrippé à son pied de micro. Du moins lorsqu’il est branché… un spectateur proche de la scène n’hésite en effet pas à lui tendre une fiche déconnectée par inadvertance quelques secondes plus tôt. La fosse accompagne la formation de la tête, si pas du corps, dans des mouvements quasi-convulsés. Celles et ceux qui n’attendaient pas le combo semblent pour le moins convaincus par cette généreuse prestation de cinquante minutes, délicieusement poisseuse et ‘crissante’, telle une poignée de sable mise en bouche de force. Une fois de plus, il semble que le label belge Consouling Sounds ait eu du flair en signant ce groupe aux sonorités riches et décloisonnées. Plus qu’un opening act, une véritable découverte…

En toute simplicité, Aaron Hill, batteur d’EyeHateGod, est le premier à fouler l’estrade. Il se place derrière son kit de batterie, ajustant au poil ses différents composants. Bonnet noir vissé sur la tête et t-shirt vert à l’effigie de la ville d’Hambourg, Jimmy Bower installe nonchalamment ses deux pédales d’effets et opère ses derniers réglages de guitare. Le bassiste, Gary Mader, en profite pour griller une clope sur le côté droit de la stage, l’air à moitié encore endormi derrière son épaisse chevelure bouclée lui cachant partiellement le visage. Le rescapé Mike Williams finit par débarquer sur scène, la tignasse en bataille et un gobelet en plastique à la main contenant, au premier abord, de l’eau. Il est 21 h 45, soit un quart d’heure avant le timing prévu, et le vocaliste empoigne le pied de micro avant de le faire voltiger dans les airs. ‘We are EyeHateGod’ clame-t-il, pour donner son habituel coup de départ des hostilités. Peu importe si on commence plus tôt, lorsque tout le monde est prêt, la machine peut démarrer. EyeHateGod célèbre ses trois décennies de carrière et ne change pour autant pas son attitude : rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante. L’extrême n’est pas que musical, mais incarne un style de vie à part entière, sous toutes ses coutures.

Une fois sur les planches, Mike Williams se met à nu et dévoile une âme torturée. Comme l’affirmait Phil Anselmo (Down, Superjoint, Scour, Phil Anselmo & The Illegals et ex-vocaliste de Pantera), ‘Quand il chante, Mike a du fil barbelé en bouche’. Chaque mot est extirpé de son corps frêle, lancé violemment en pâture à la fosse tel un jet de vitriol. Auteur des paroles, il est parfois le seul à les comprendre tant elles lui sont propres et lui collent à la peau. Elles ne sont pas uniquement interprétées en ‘live’… elles sont vécues. Une haine et un dégoût cathartiques, qu’il expulse en balançant son pied de micro et en se martelant le visage. Au grand dam d’un des spectateurs qui en réclamait une à la fin du show, EyeHateGod s'exécute sans setlist. Chaque représentation est différente, que ce soit la liste des titres choisis ou l’ordre dans lequel ils sont interprétés. Bon, il y a évidemment des incontournables tels que « White Nigger », « Sister Fucker Pt.1 », « New Orleans is the New Vietnam » ou encore « Medicine Noose », issu du dernier elpee. Un éponyme. Mais le freestyle connaît aussi ses limites. Preuve en est lorsque Mike Williams s’adresse aux premiers rangs pour savoir ce qu’ils souhaiteraient entendre. Et quand un spectateur lui lâche « Take As Needed for Pain », le chanteur hoche la tête pour lui signifier son refus, en esquissant un sourire dissimulé et plutôt embarrassé. Faut pas déconner, non plus !

Bien que le show soit soldout, l’air ambiant reste tout à fait vivable, comparé à celui respiré lors son dernier concert belge où le Magasin 4 bruxellois s’était rapidement transformé en une fournaise tropicale. Quelques esprits s’échauffent de temps à autre (particulièrement sur le très énervé « Métamphétamine »), jouant des coudes et pratiquant la bousculade amicale. L’un ou l’autre gobelet de bière s’envole, baptisant des chevelures au passage avant de venir s’écraser au sol. Jimmy Bower, clope au bec, se plante à l’avant du podium, à quelques centimètres des premiers rangs. Entre la salle et la fosse, il n’y a aucun garde-fou. Non satisfait du volume sonore ambiant, le musicien se retourne, après quelques morceaux, pour pousser les décibels au maximum. Et d’un coup sec, adressant un clin d’œil amusé à son bassiste. Extrême, quand tu nous tiens. Profitant d’un break entre deux compos, Mike Williams se dirige vers les backstages et chuchote quelques mots à l’un des roadies, qui revient quelques minutes plus tard, avec une bouteille de vin blanc vide aux trois-quarts. Certains démons ont la dent dure et survivent aux expériences passées, quel qu’en soit le degré de gravité. Le chanteur pose la bouteille derrière lui, face à la batterie, et s’en remplit un généreux gobelet en saluant la fosse. Quelques morceaux plus tard, il empoigne son pied de micro et l’abat brutalement. Désormais vide, elle laisse un cadavre de tessons gisant sur les planches. Chacun y lira la métaphore qu’il souhaite.

C’est par une jam improvisée que les Néo-orléanais signent leur prestation. EyeHateGod est typiquement le genre de formations, pas spécialement connue par le ‘grand public’, mais reconnue par le milieu, qui a laissé son ADN chez une multitude de groupes. Trente années passées à écumer les bars, les espaces underground, les petites scènes sans pour autant se hisser sous les feux des projecteurs. Un statut qui ne les a jamais intéressés et qu’ils semblent même fuir. Et vu la prestation de ce soir, roots et résolument brute de décoffrage, on peut se dire que c’est tant mieux.

(Organisation : Ondergronds + Het Bos)

Typh Barrow

Une voix taillée pour le blues et la soul…

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Typh Barrow se produit, ce samedi 28 avril, au Salon de Silly, et le concert est sold out depuis un bon bout de temps. Comme la plupart de ses shows, par ailleurs. On la compare parfois à Selah Sue. Sans doute à cause de sa voix savoureusement éraillée. Mais également à Janis Joplin voire Amy Winehouse, sans le côté tragique. Son deuxième opus, « Raw », est paru en janvier 2017

Lillie Raphaele assure le supporting act. Un petit bout de femme originaire de la région de Mons. Si son père lui fait découvrir la batterie, à l’âge de 3 ans, adolescente, elle milite au sein d’un groupe. Une aventure qui va durer huit longues années. Mais après avoir rencontré des problèmes de santé et vécu une longue convalescence, elle se met à l’écriture, passe à la guitare et suit des cours de chant. La musique devient alors pour elle, une véritable thérapie. Elle a publié un Ep 5 titres, « Au naturel », dont elle va nous proposer de larges extraits. En extrapolant, elle pourrait être la fille naturelle issue d’une liaison hypothétique entre Cédric Gervy et GiédDré. A cause de sa justesse du verbe, de son humour, de son attitude plutôt déjantée. Bref, elle sort vraiment des sentiers battus.

Sur les planches, elle est flanquée du sympathique François Delmotte, à la basse. Il n’a débarqué que depuis quelques mois, mais il se débrouille plutôt bien dans son rôle. Marrant, mais la setlist est gribouillée sur un sous-verre en carton. « A Toi » ouvre le set. Une compo dédiée au commun des mortels qui traite de l’amour torturé, lorsque la relation n’est pas toujours facile. Puis, on pénètre dans l’univers de la femme orchestre. Après avoir ôté ses chaussures, elle frappe du pied sur sa grosse caisse placée devant elle. De quoi la mettre en confiance. Un zeste de gratte invite « La fée verte », un morceau dont le discours environnemental est particulièrement engagé. « Ode pour Gaïa » nous transporte vers les plages ensoleillées de Kingston. Lillie parle de sa maladie et de la musique qui lui a permis de remonter la pente. Après « Goumiche » (NDR : une femme pas vraiment idéale, mais qui ne craint pas d’afficher sa sensualité…), la prestation s’achève par l’intimiste « C’est Toi Et Moi », une nouvelle composition…

Setlist : « A Toi », « La fée verte », « Citoyen », « Ode pour Gaïa », « Je Suis Une Goumiche », « Ce soir, c’est toi et moi ».

Souriante, élégamment vêtue d’une tenue de couleur fuchsia, Typh Barrow grimpe sur l’estrade. Elle est flanquée d’un guitariste et d’une solide section rythmique basse/batterie. Elle se consacre aux claviers, et bien sûr, au chant. Le matos installé sur le podium est imposant. « Floating » et « Time » sont interprétés en mode piano/voix. Sableuse, sa voix est taillée pour le blues et la soul. C’est dans ce style qu’elle se révèle d’ailleurs la plus convaincante. Coloré par un orgue vintage, « Please Mam » lorgne manifestement vers le « Please Mama Please » des Go Go Cat ; et il aurait pu être enregistré aux Studios Sun de Memphis. Une chanson belle mais dépouillée, magnifiée par les chœurs des autres musicos. Digne d’une chorale ! Découpé par les accords de gratte rythmiques, « Yellow Eyes » brille sous le soleil de Kingston, sur la plage de sable fin et à l’ombre des palmiers. Un moment propice à l’interaction avec le public. Et « To Those Who Waits » est de la même veine. Typh lui demande d’ailleurs si tout va bien et remercie l’accueil que lui réserve le Salon. Tout au long de « The Whispers », sa voix est aussi tourmentée que celle de Beth Hart. Un peu coincé, l’auditoire reprend quand même le refrain, mais sur l’insistance de la Bruxelloise. Le gratteur en profite pour dispenser un petit solo… presque métallique. Typh dédie « Hold You Sister » à sa petite sœur qui vit dans un pays lointain, une chanson chargée d’émotion et empreinte de délicatesse. Et dans un même registre, « Hurt » et « The Absence » épanchent une intense mélancolie.

Elle nous réserve un medley incluant le « Back To Black » d’Amy Winehouse, le « Gangsta’s Paradise » de Coolio (NDR : le Californien l’avait félicitée pour sa cover, via un tweet) et surtout « No Diggity », un classique adapté par Blackstreet Boys et Dr Dre. La version se base sur un sample du « Grandma's Hands » de Bill Withers.

Elle concurrence Selah Sue dans le domaine du raggamuffin, tout au long de « Taboo », avant de clore le set par « Daddy’s Not Comming Back », au bout de 90 minutes…

Typh Barrow se produira à l’Ancienne Belgique, le 5 octobre prochain…

Setlist : « Floating », « Please Mam », « Yellow Eyes », « The Whispers », « Time », « To Those Who Waits », « Your Turn », They’Re Calling Your Name », « Hold You Sister », « Hurt », The Absence », « Medley (BTB, Gang, No Diggity) », « Craving », « Replace », « Taboo », « If I Ruled The World », « To Say Goodbye », « Daddy’s Not Coming Back ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Calum Scott

L’émotion à fleur de peau…

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Calum Scott entame sa tournée européenne, un périple destiné à promouvoir son premier elpee, « Only Human », paru en mars dernier. Un disque enregistré sous la houlette des producteurs Fraser T Smith (Adele, Ellie Goulding), Jayson DeZuzio (Skylar Grey, Imagine Dragons) et Oscar Görres (Taylor Swift, Britney Spears). Scott est considéré comme un véritable phénomène au Royaume-Uni.

Mais la véritable surprise va nous venir du supporting act. En l’occurrence Daniel Docherty. A cause de sa technique en picking et de sa voix à l’accent scottish qui sent bon les Highlands. Les sonorités de sa gratte sont tellement cristallines que vous en avez des frissons partout. Il se produit seul, armé de sa semi-acoustique et d’une loop machine qu’il maîtrise à merveille. Même les tapotements sur le corps de son instrument servent à créer des boucles et surtout le rythme. Et c’est en superposant ces différentes couches sonores, qu’il élabore ses mélodies. Trempée dans le folk, sa musique est plutôt vivifiante et me fait penser tour à tour à celles de The Passenger, Ed Sheeran, Jeff Buckley, Matt Simons ou encore Mumford and Sons. Conteur et troubadour des temps modernes, ce natif de Glasgow a un énorme potentiel. Qu’il est possible de discerner sur ses deux Eps, gravés à ce jour « This Holy Fire » (2016) et « Life Is What Make Of It » (2017), et surtout son hit « Hold Me », une véritable petite perle…  

Place ensuite, à la tête d’affiche. Sur les planches Calum Scott est soutenu par un bassiste, un drummer, un claviériste/pianiste et un guitariste/claviériste. Il débarque vêtu d’une veste cintrée de couleur noire, jaquette qu’il laissera rapidement tomber. Et il salue d’emblée le public.

Sa voix est particulièrement émouvante, une émotion décuplée suivant les morceaux choisis, et tout particulièrement lors de la chanson dédiée à sa sœur. 

Le set s’ouvre par le hit « Come Back Home ». Calum joint le geste à la parole et tend régulièrement la main gauche vers la foule. Il saute sur place lorsque le rythme s’accélère. Son timbre devient carrément soul tout au long de « Only Human », un titre au cours duquel il ouvre son cœur, même si la section rythmique finit par s’imposer pour libérer un solide groove. Et dans le même esprit, caractérisé par ses beats électro, « Rhythm Inside » est destiné au dancefloor.

Premier single issu de l’opus, « You Are The Reason » évoque la douleur dans l’amour. Grâce à sa voix, il parvient à transformer cette souffrance en beauté positive. Interactif, il va expliquer, pendant 5 bonnes minutes, sa démarche artistique et sa conception de l’écriture de son album. La musique est devenue, en quelque sorte, une thérapie qui lui a permet de contrôler ses émotions...

Il dédicace « Good To You » à la ville de Bruxelles. Agglutiné devant le podium, le public féminin réagit et pousse des cris. Une des filles lui adresse un ‘I love You’. Il répond dans un français presque parfait ‘Moi aussi, je vous aime tous’.

Il interprète « Not Dark Yet » armé de sa sèche, mais uniquement accompagné du pianiste. Et c’est limité aux ivoires et à sa voix, qu’il attaque « Hotel Room », tout au long duquel on n’entend pas une mouche voler. Le public boit littéralement ses paroles. Les autres musicos deviennent alors spectateurs en regardant Calum dans son exercice vocal. Et suivant la même formule, « Won’t Let You Down » est enrichi par les chœurs de ses musicos.  Des chœurs ‘cathédralesques’ ! Dans ces circonstances, le travail opéré par l’ingé son est primordial, et à cet égard, il est à féliciter. « Won’t Let You Down » est la fameuse compo écrite pour sa frangine qui a lancé sa carrière. Et l’artiste est tellement ému qu’il ne peut retenir ses larmes en fin de parcours. Il lui faudra quelques secondes pour reprendre ses esprits, avant qu’il ne s’excuse auprès du public de cet épanchement de sensibilité, qui l’applaudit chaleureusement. Manifestement, on peut affirmer qu’il s’agit d’un artiste à taille humaine. Electro/pop nerveux, « Give Me Something » clôt une jolie prestation d’une bonne heure ; mais en quittant l’estrade, Scott signale qu’il accordera un rappel.

Un encore au cours duquel il est en parfaite communion avec la fosse, tout au long de « If Our Love Is Wrong », qui connaît les paroles par chœur ; et qu’il ponctue par la somptueuse cover du  « Dancing On My Own » de Robyn, à nouveau abordée en mode piano/voix. Tout au long de ce set chargé d’émotion, l’artiste s’est mis à nu en vidant son cœur et son âme.  

Setlist : « Come Back Home », « Only Human », « Rhythm Inside », « You Are The Reason », « Good To You », « Not Dark Yet », « Hotel Room », « No Matter What », «Won’t Let You Down », « What I Miss Most », « Give Me Something ».

Rappel : « If Our Love Is Wrong », « Dancing On My Own ».

(Organisation : Live Nation)

 

 

G3

G3 = 3 + 1

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Joe Satriani a décidé de remonter son G3, un projet à géométrie variable, fondé en 1996. Une quinzaine de musiciens ont déjà transité par le trio, dont les plus notoires sont Steve Vai, Brian May, Robert Fripp, Eric Johnson et Steve Lukather. Ce sont tous des guitaristes. La nouvelle mouture implique celui de Dream Theater, John Petrucci (NDR : ce n’est pas sa première collaboration), et l’ex-Scorpions (NDR : il a quitté la formation allemande, en 1978, quand même), Uli Jon Roth. Six concerts ont été programmés dans l’Hexagone, y compris celui de ce soir, qu’accueille le Zénith de Lille, et un en Belgique, au Stadsgebouw d’Anvers (voir les photos ici). Le spectacle est divisé en quatre parties, dont trois sont réservées à chaque gratteur et la dernière fédérant la triplette. La salle n’est pas comble, mais bien remplie d’une foule dont la majorité est constituée de quadras, quinquas et sexagénaires.

Habituellement logée dans les gradins, la console des jeux de lumières a été déménagée dans la fosse afin de laisser place à trois énormes projecteurs vintage qui vont se focaliser sur les membres du G3. Et ce sont trois malabars qui les manipulent. La mise en scène est dépouillée : une estrade centrale pour le drummer et une autre, à droite pour les claviers. Enfin, un écran est placé à l’arrière-plan, sur lequel seront projetées des vidéos. Petite précision, un bassiste va se placer sur la même ligne que la ou les têtes d’affiche…

Uli Jon Roth fait cavalier seul depuis qu'il a quitté les Scorpions. Il a cependant participé à une partie de la tournée du band allemand. Guidé par une certaine forme de spiritualité, il reconnaît pour influence majeures, Jimi Hendrix et la musique classique. Yngwie Malmsteen et Edward Van Halen le considèrent comme un de leurs maîtres…

Bandana pour retenir sa longue chevelure, son look rappelle celui des artistes glam rock du début des seventies. Sur les planches, il est flanqué, outre le batteur et le claviériste, de trois gratteurs. Il dispose de trois guitares ornées de plumes sur le haut du manche. Dès « Sky Ouverture », il démontre toute sa virtuosité sur le manche. On est en admiration devant ses doigts qui y glissent, avec une aisance remarquable. Il dédie « Sun In My Hand » à son frère, Zéono Roth, décédé en février dernier. Les cinq morceaux proposés sont issus du répertoire des Scorpions, mais il prend soin de les revisiter à sa sauce personnelle. Et le résultat est épatant. Dommage que sa voix ait tant perdu de son éclat…

Setlist : « Sky Ouverture », « Sun In My Hand », « We'll Burn The Sky », « Fly To The Rainbow », « The Sails Of Charon ».

John Petrucci débarque en compagnie d’un préposé aux fûts et d’un bassiste. Il s’agit de Dave LaRue. Faut croire qu’au cours de sa tendre enfance, John avait une Gibson à la place d’un hochet. Physiquement, il ressemble à Sébastien Chabal, le célèbre rugbyman français et pourrait servir de modèle au dessin animé les Pierrafeu. Bref, il a une bonne bouille et est particulièrement interactif. Ses interventions aux cordes sont sauvages, nerveuses, huileuses, graisseuses même. Sur le podium, ce véritable guerrier des temps modernes se transforme en bête de scène ; et ses acolytes ne sont pas en reste. L’expression sonore varie entre métal mélodique et black métal. Le volume des grattes domine l’instrumentation, mais les compos prennent littéralement aux tripes. Les projos accentuent le climat mystérieux, parfois ténébreux du concert. Du pain béni pour les photographes ! Bref, c’est la partie du set qui a le plus botté votre serviteur.

Setlist : « Wrath Of The Amazone », « Jaw Of Life », « The Happy Song », « Damage Control », « Glassy-Eyed Zombies », Glasgow Kiss ».

Ancien professeur de guitare –il compte parmi ses anciens élèves, Steve Vai, Kirk Hammett (Metallica), Alex Skolnick (Testament) et Larry Lalonde– Joe Satriani puise essentiellement ses sources chez Jimi Hendrix. Pourtant, il pratique une forme de hard rock instrumental. Pour l’anecdote, il a également été le soliste de Mick Jagger.

Dans le cadre du G3, la setlist de Joe Satriani est alterne invariablement reprises et compos personnelles. Il n’est laissé guère de répit à l’auditoire, qui va encaisser un déluge de décibels et assister à une multitude de soli administré par Joe, à la six cordes. 

Sur le podium, il est soutenu par un drummer, un claviériste/gratteur (NDR : il est coiffé d’un Stetson) et d’un bassiste. Joe change de gratte avant d’attaquer chaque nouvelle compo. Sous le feu des projecteurs, sa silhouette brille de milles éclats. Crâne rasé, chaussé de grosses lunettes noires, cool, il fait son show. Suivant les sonorités de son instrument, il agite tous les membres de son corps et adopte des mimiques différentes, suivant son feeling. Il fait corps avec sa gratte et accompagne ces exercices de style de déhanchements. Il ne chante pas, et n’ouvre la bouche que pour respirer ou s’adresser à la foule, notamment pour la remercier. Il nous réserve de larges extraits de son dernier opus, « What Happens Next ». Et ne concède qu’un seul titre plus calme, dispensé dans l’esprit de Carlos Santana. Le second gratteur s’installe derrière les claviers pour aborder « Cherry Blossoms » ; le natif de Westbury (NDR : c’est dans l’Etat de New York) le talonne à la note près. Il est totalement hanté par Hendrix quand il mord dans ses cordes. « Catachysmic » est le cataclysme attendu. Debout comme un seul homme, le public jubile. Les riffs sont dévastateurs. Une déferlante qui va s’achever par « Summer Song », au bout d’une heure…

Setlist : « Energy », « Catbot », « Satch Boogie »/ « Cherry Blossoms », « Thunder High On The Mountain », « Super Funky Badass », « Catachysmic », « Circles », « Always With Me, Always With You », « Summer Song »

Maintenant, les maîtres sont au  nombre de 3 : le G3 ! Le grand père Uli, le grand frère Joe et le petit frère John. 30 minutes de pure jouissance traduite par 3 reprises. Tout d’abord le « Highway Star » de Deep Purple, au cours duquel un chanteur débarque pour se consacrer au micro. Mais c’est Petrucci qui tire ici son épingle du jeu. De quoi en attraper des frissons partout, alors que l’histoire du rock défile dans votre imaginaire. La cover du « All Along The Watchtower » de Dylan, ensuite. Cuisinée à la mode Hendrix, elle est caractérisée par un crescendo opéré à tour de rôle sur un même riff, avant que les trois ne l’exécutent ensemble. Et enfin une version d’« Immigrant song » de Led Zeppelin. Et c’est Uli qui se consacre au chant. Pour avoir eu la chance d’assister au concert du célèbre dirigeable en 1979 et Plant à plus d’une dizaine de reprises, un sentiment de douce nostalgie commence à envahir l’esprit de votre serviteur. Mais quel bonheur d’avoir pu assister à un tel show !

(Organisation : Gérard Drout Productions et Verone productions)

 

 

 

(The) Nits

Un groupe intemporel

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The Nits a publié son 23ème album, « Angst », l’an dernier. Un trio amstellodamois né en 1974, et qui réunit aujourd’hui Henk Hofstede, Rob Kloet et Robert Jan Stips. Compositeur, le premier se consacre à la guitare, le second aux drums et percus, le troisième aux claviers. Les trois participent aux vocaux, même si c’est Henk qui se réserve le lead.

Quasi-soldout, l’AB est en configuration ‘Théâtre’. Le set est partagé en deux parties, séparé par un entracte de 30 minutes.

Le décor est simple et dépouillé. A 20 heures piles, le combo grimpe sur l’estrade. Et il est accueilli par de chaleureux applaudissements. Faut dire que sa fanbase est nombreuse et particulièrement fidèle. Il y a même des aficionados qui ont fait le déplacement depuis Nantes ! Au cours de ce concert, le band va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, un concept album qui évoque l’héritage d’après-guerre aux Pays-Bas. ‘Que nous reste-t-il’, s’interroge Henk, ‘des souvenirs de nos parents pris dans la tourmente de l’occupation nazie puis de la libération ? N’avons-nous pas déjà tout oublié, nous condamnant dans un avenir proche, à de nouveaux drames ?’

Le band n’a pourtant pas perdu son légendaire humour. « Oom-Pah-Pah » ouvre le show en douceur. Discrète l’instrumentation est guidée par le vocal sombre, qui en prenant son envol emprunte un ton mélodieux. Tour à tour blanc ou bleu, le light show entretient une forme de mystère. « Les Nuits » est interprété alternativement en français ou anglais. Percus réverbérées, ligne de guitare claire, piano et synthés atmosphériques qui entrent ensuite dans les perturbations, alimentent ce morceau chanté par Henk d’une voix, ma foi, très ‘beatlenesque’… Faut dire que greffer à un style classiquement pop, des tas de claviers, des bruitages surprenants et des sonorités bigarrées, afin de communiquer une touche originale à sa musique, est une des caractéristiques essentielles du band. « Flowershop Forget-Me-Not » est un extrait du dernier opus, « Angst ». La voix suave de Henk se pose sur un filet de gratte. Pendant « J.O.S. Days », il souffle dans son harmo.  

Autre extrait du nouvel elpee, « Radio Orange » baigne au sein d’un climat électro/jazz ouaté, une plage réminiscente du long playing expérimental, « Tin ». Une voix déclame un texte poétique, empreint de douceur. Serait-ce des vers de Bertolt Brecht ? Avant d’attaquer « Lits Jumeaux », Hofstede empoigne une sorte de luth. Sa voix frise la perfection. Et le premier acte de s’achever par « Along A German River », moment choisi par les trois artistes pour marteler généreusement les cymbales mises à leur disposition.

Paisible et subtilement syncopé, « Breitner On A Kreidler » (Angst ») entame le deuxième volet. Une vache déprime. C’est sans doute de l’humour bovin. Alors pourquoi ne pas administrer un peu de XTC à cette « Cow with Spleen » ? Sur fond de bruitages, Henk va chercher des mobiles de différentes grandeurs pour meubler progressivement l’arrière-scène, et un collaborateur vient lui filer un coup de main. Et pendant que le décor prend forme, des images défilent sur une toile tendue dans le dos des musicos alors que des jeux d’ombres et de lumières sont projetées sur ces mobiles, créant ainsi une ambiance étrange. Chanson à la fois belle et envoûtante, « Two Sisters » raconte l’histoire de deux sœurs qui ont vécu la seconde guerre mondiale, à Amsterdam. Place ensuite au hit lumineux, « Cars & Cars ». De quoi rassurer les fans de la première heure. Percus et claviers entretiennent l’effervescence, tout au long de « No Man’s Land ». « Omsk » est un titre qui figure sur l’album « A Touch Of Henry Moore ». Parue en 1983, c’est une des œuvres préférées de votre serviteur. A l’époque, la formation s’était démarquée de son influence new wave, pour adopter une forme plus pop, mais avant-gardiste. Le martèlement métallique qui ouvre la compo est hypnotique et ravive le souvenir du célèbre sculpteur anglais. « Port Of Amsterdam » clôt le spectacle. On y retrouve cette ambiance portuaire spécifique : bruits, cris ou encore brouhaha qui règne dans les bars… En parvenant à traverser un peu plus de quatre décennies, The Nits peut revendiquer le statut de groupe intemporel…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Setlist 1 : « Oom-Pah-Pah », « Les Nuits », « Flowershop Forget-Me-Not », « J.O.S. Days », « Soap Bubble Box », « Nescio », « Yellow Socks & Angst », « Radio Orange », « Lits Jumeaux », « Along A German River ».

Setlist 2 : « Breitner On A Kreidler », « Cow with Spleen », « Sketches Of Spain », « Two Sisters », « Cars & Cars », « No Man’s Land », « A Touch Of Henry Moore » , « Pockets Of Rain », « Port Of Amsterdam ».

Rappel 1 : « Zündapp Nach Oberheim », « Giant Normal Dwarf ».

Rappel 2 : « Adieu Sweet Bahnhof », « In the Dutch Mountains ». 

 

Antwon

Set enflammé pour public riquiqui…

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En débarquant vers 19h45 à l’AB, on me signale, à l’entrée, être le premier arrivé et que seuls 30 tickets ont été vendus. C’est le nombre de spectateurs qui assisteront au set de Rozz Dyliams, programmé en supporting act. Et on n’en dénombrera qu’une cinquantaine, lorsque Antwon, la tête d’affiche, entamera sa prestation. Soirée cependant hip hop, ce soir, au Club de l’Ancienne Belgique.

Les deux artistes prévus à l’affiche sont américains. Etabli à Seattle, Dylan Ross est à la fois producteur et rappeur. Le décor est plutôt dépouillé. Seule une table campe sur les planches. En arrière-plan, une toile représentant un Antown rageur et guerrier a été tendue. Sans adresser le moindre regard à l’auditoire, un Dj vient se planer derrière les platines et commence immédiatement à mixer le son. Puis, Dylan le suit. Coiffé d’un durag, les oreilles percées, il est vêtu d’un jogging dont le pantalon est prêt à tomber. Il a une bonne bouille (NDR : pas le froc !) et dépose deux bouteilles de pinard sur le bord de la table. Micro en mains, il invite le public à se rapprocher du podium et déclare : ‘Let’s go to the party’. A l’instar de tout Mc’s digne de ce nom, il occupe tout l’espace scénique, en déambulant de gauche à droite et vice-versa. Son flow est, en général, rapide. Son hip hop old school est teinté de funk. L’atmosphère devient plus lourde, lorsqu’il agrège drum&bass et emorap (NDR : populaire aux States, depuis 2010, l’emorap est le fruit d’un mélange entre rap classique et punk ; en outre, il touche une génération de rappeurs nés dans les années 90 qui n'hésitent pas à reprendre tous les codes de la période punk, comme les piercings, les tatouages faciaux tout en se livrant à une consommation excessive de drogues). La voix est entraînante et parfaitement mélodieuse. Ce qui n’est pas le lot de tous les rappeurs. A la manière d’un certain Russ, il a un don pour faire grimper la température. Et ce malgré la présence d’un public aussi réduit.

De son véritable nom Antonio Williams, Antwon est né en Californie. Agé de 32 ans, il doit son style unique à sa voix caractéristique et son passé punk. Précurseur de la génération 2.0 de rappeurs, nés sur YouTube ou SoundCloud, il est influencé par la rage de Death Grips tout autant que par la rêverie de Cocteau Twins. Parue l’an dernier, sa dernière mixtape, « Sunnyvale Gardens », se la joue éclectique grâce à la collaboration du producteur Kaytranada, du rappeur Matt Ox et de Lil Peep, le (défunt) prince du sombre genre de l’émo-rap.

C’est le même Dj qui soutient Antwon dont la tenue est plutôt cool : coiffé d’une casquette, il a enfilé un short et un tee-shirt de couleur verte. Ce qui permet de percevoir ses tatouages. Et ils sont impressionnants. Il invite également le public à se rapprocher et va nous proposer des extraits de ses deux derniers opus. Des vinyles d’ailleurs en vente, au stand merchandising. En début de parcours, son flow est assez rapide, presque a capella, avant que de grosses basses viennent laminer le tout. La musique est d’ailleurs écrasante, et évolue au rythme du pas lourd et calibré imprimé par l’artiste. En outre, sa voix de baryton accentue cette sensation. Véritable bête de scène, il parvient à manipuler un auditoire, pourtant réduit à sa plus simple expression. Il libère une énergie phénoménale, et le public lui rend bien, un public qui tout au long du spectacle a dansé, jumpé, levé les bras au ciel, chanté à tue-tête, en oubliant les soucis du quotidien ; car il s’est bien amusé. 

Déjà qu’il prenait des selfies au sein de la fosse, pendant le set de Dylan Ross, mais à la fin du show, chaque spectateur a eu droit à sa poignée de main...

(Organisation : Ancienne Belgique)

Lana Del Rey

Rétro, cool, sexy, troublant et parfois improvisé…

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Dans le cadre de sa ‘LA to the moon tour’ (Trad : ‘Depuis Los Angeles jusqu’à la lune’), Lana del Rey se produisait, ce mardi 17 avril, au Sportpaleis d’Anvers. La salle est presque comble pour accueillir la New-yorkaise. Le public français s’est déplacé en nombre, l’artiste ayant décidé de boycotter l’Hexagone.

Le supporting act est assuré par Cat Power. Etonnant quand on sait qu’elle a entamé sa carrière à la mi-nineties. Mais il est vrai que confinée dans l’underground, elle n’a jamais rencontré de succès qu’auprès d’un public averti. Faut dire que son cocktail de punk, blues et folk, parfois teinté de soul, est particulièrement intimiste et surtout dépouillé. Vêtue d’une longue robe noire à volants, elle grimpe sur l’estrade sans adresser le moindre mot à la foule. Elle est soutenue par un préposé à la guitare, un multi-instrumentiste (gratte, basse, claviers) et un drummer, installé de biais, sur la gauche. Une toile protège le matos de Lana. Il ne reste donc guère d’espace pour Chan et sa troupe. Bien que douce et paisible, sa voix semble habitée, et elle l’accompagne de gestes, un peu comme Joe Cocker. Elle demande à la régie de monter le son de son micro. On l’entend donc maintenant parfaitement. Guère de remue-ménage jusqu’au moment où un épouvantable larsen a failli déchirer les tympans des spectateurs. Petit problème technique, heureusement rapidement résolu. Lorsque le multi-instrumentiste revient aux claviers, c’est pour nous réserver une bouffée de country et d’americana. Après 40 minutes de concert, Cat remercie Lana, le public, et présente ses musicos, d’un accent sudiste, à couper au couteau… 

Lana Del Rey a donc publié son dernier elpee, « Lust for life », en juillet dernier. Et c’est à la suite de cette sortie qu’elle a entamé ce périple de 37 dates, qui s’achève dans trois jours, à Madrid. Filmique, mélancolique, sa musique nous replonge dans une ambiance qui sent bon les 50’s voire les 60’s. Les médias ont décrit son style comme du ‘Hollywood Sadcore’, un genre au cours duquel elle décrit des romances tragiques, mais plutôt glamoureuses. Elle a composé toute une série de titres destinés au grand écran, dont « Young and Beautiful », qui a servi au long métrage « Gatsby le magnifique » et adapté « Once Upon A Dream » pour le dessin animé « Maléfique » de Disney. La Belgique lui a forgé son succès et Lana confirme qu’elle porte ce pays dans son cœur.

Le rideau dissimulant le matos en arrière-plan tombe et on découvre le décor prévu pour le show. Un cadre où sont représentés des rochers, des palmiers et autres plantes indigènes susceptibles de nous nous transporter, dans l’imaginaire, sur une plage sise quelque part sur l’île Hawaii. De chaque côté de l’estrade, deux petits écrans ont été installés. Et un grand, en fond de scène.

Les baffles crachent une intro puisée dans le répertoire d’Henry Mancini, « Experiment in terror ». Ce qui permet à la troupe de s’installer sur le podium. Deux immenses triangles, pointes vers le bas, sont suspendus au-dessus des artistes. La scène est structurée en escaliers. La plupart des musicos disposent de leur propre estrade. Devant celle du claviériste, Byron Thomas, trône un piano à queue. Tom Marsh dispose d’une batterie classique et d’une électronique, dont il va se servir plus régulièrement. Tout en haut et au centre, on remarque la présence de fauteuils de plage, en velours vintage. Ils sont destinés essentiellement à la paire de choristes/danseuses Ashley Rodriguez et Alexandria Kaye. Blake Stranathan se consacre à la guitare et Kevin McPherson à la basse ou la contrebasse, lorsque les deux gratteurs ne jouent pas des claviers. Le light show est particulièrement luxuriant.

Lana débarque sous un tonnerre d’applaudissements. Sexy, elle est vêtue d’un simple tee-shirt à l’effigie ‘Malibu’, d’une minijupe de couleur brune à paillettes, et est chaussée de bottes de même teinte grimpant jusqu’aux genoux. Les choristes ne le sont pas moins, et s’installent dans les chaises longues.

Le concert s’ouvre par « 13 Beaches ». Première constatation, Lana a pris de l’assurance. Tant derrière le micro que dans son attitude. Elle salue le public. Le set baigne au sein d’une ambiance rétro et cool. Même si sa musique libère des ondes davantage positives, l’artiste tient néanmoins à préserver son image de starlette hippie hollywoodienne des années 60 qui l’a rendu célèbre. Elle s’autorise quelques pas de danse qui vont même jusqu’à la dévergonder. Elle est d’ailleurs accompagnée de danseuses en ‘live’, avec qui elle entreprend des chorégraphies sensuelles, notamment sur la chanson « Cherry ». D’autre part, désireuse d’en finir avec son habituel spleen sentimental, Lana Del Rey a choisi de modifier certaines de ses chansons en live. Elle a affirmé qu’elle ne voulait plus chanter la partie ‘He hit me and it felt like a kiss’ qui figure dans le texte d’« Ultraviolence ». Suite au scandale qui a mis en cause le réalisateur Harvey Weinstein, Miss Del Rey a décidé de ne plus chanter son titre « Cola », dans lequel elle y faisait référence. Pendant « Pretty When You Cry », la chanteuse et ses 2 performeuses se couchent sur le sol. C’est sexy, sensuel et troublant. Ce qui n’empêche pas Lana de continuer à chanter d’une belle voix vintage. « White Mustang » est balisé par les ivoires. Elle regarde le public dans les yeux. La folie envahit alors la foule qui reprend à l’unisson les paroles. Les choristes viennent placer deux sièges haut devant la scène et s’en servent comme des ‘go go dancers’. Et les synthés traitent le tout à la sauce électro. Lana chamboule sa setlist, interprète ses succès, et nous réserve même un medley. Elle descend du podium et va à la rencontre des premiers rangs. Tout en continuant de chanter, elle réalise des selfies, signe des pochettes de cd’s et, en retour, reçoit des cadeaux de la part de ses fans, présents qu’elle dépose en bord de scène. Lana est touchée, sensible, pleine d’humilité. Elle casse les codes et devient aux yeux du public quelqu’un d’humble qui a des valeurs. Place ensuite au hit, « Vidéo Games », traduit en morceau electro/pop burné. Le titre achevé, elle demande à l’auditoire ce qu’il a envie d’entendre. Comme le boss, elle assure. L’auditoire a choisi « Gods & Monsters » et « High By The Beach ». Elle se dirige vers le pianiste qui semble incarner le rôle de chef d’orchestre. Grâce à la technique, l’avant-scène se transforme en mer bleue au sein de laquelle Lana, ses choristes et ses musiciens vont évoluer, et tout particulièrement pendant « Summertime Sadness » et « West Coast ». Au cours de ce dernier morceau, Lana va jouer en picking sur une gratte électrique, alors que les choristes distribuent des fleurs à la foule. Marilyn Monroe apparaît en hologramme derrière le band, tout au long de la cover du « Happy Birthday Mr. President ». Le show s’achève par « Off To The Races ». Pas de rappel, mais au bout de 100 minutes de prestation généreuse en émotions, l’auditoire n’avait pas de raison d’être déçu.

Setlist : « Intro » (Experiment In Terror) (Henri Mancini song), « 13 Beaches », « Cherry » (Scarborough Fair by Simon & Garfunkel outro), « Pretty When You Cry », « White Mustang », « Born to Die », « Blue Jeans », « Lust for Life », « Change, Black Beauty, Young and Beautiful », « Ride », « Vidéo Games », « Gods & Monsters » (demande public), «High By The Beach » (demande public), « Honeymoon », « Yayo », « Ultraviolence »,« Summertime Sadness », « West Coast », « Happy Birthday Mr. President » (Marilyn Monroe song), « National Anthem », « Off To The Races ».

(Organisation : Live Nation)

 

 

Ben Harper with Charlie Musselwhite

Un set qui nous a laissé des poussières d’étoiles dans les mirettes

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Ben Harper, 48 ans, et Charlie Musselwhite, 74 balais, se produisaient à la Madeleine de Bruxelles, ces 13 et 14 avril. Votre serviteur a été accrédité pour le deuxième jour. Né dans le Delta du Mississippi, Charlie a publié 35 albums. Et Ben, tour à tour flanqué de The Innocent Criminals, The Blind Boys of Alabama ou Relentless Seven, une bonne quinzaine, sans compter ses collaborations. Dont celle que les deux artistes ont entamée en 2013 et qu’ils ont traduite par deux elpees, « Get up », paru il y a quatre ans, et « No Mercy In This Land », en mars dernier. Harmoniciste légendaire, Musselwhite a notamment bossé en compagnie de Bonnie Raitt, The Blind Boys Of Alabama, Tom Waits, INXS et Neil Young. Harper se sert très souvent d’une Weissenborn électrifiée ou pas (NDR : une gratte d’origine hawaïenne), qu’il pose sur les genoux. Mais également d’autres guitares, dont la plupart sont de véritables objets de collection. Particulière, sa technique à la slap slide, caractérisée par un appui sur les cordes à l’aide d’une tige en acier, est héritée des joueurs de blues du Mississippi.

Le duo est soutenu par Jimmy Paxson, aux drums, planté sur une estrade, Jesse Ingalls à la basse et Jason Mozersky, à la seconde gratte. La déco est intimiste. Dès que les musicos débarquent sur le podium, Ben lève les bras au ciel, et salue l’auditoire. Charlie sourit. Il a emmené une valise qui doit contenir au moins une douzaine d’harmos. Il y plonge la main et en extrait un exemplaire. Et déjà les applaudissements fusent. Blues plutôt classique, « When I Go » ouvre le set. Les sonorités des cymbales suggèrent une poursuite exécutée par des alligators. Une voix semble émerger des marais humides du Bayou. Ben troque sa sèche contre une électrique pour « Bad Habits ». Si depuis le début du concert, la paire est assise, elle se lève pour attaquer ce blues classique. Un style au sein duquel le Californien excelle, même si en général, il ne pratique pas un blues pur et dur. En outre, on peut affirmer qu’il a de la présence sur les planches. Il se rassied et attaque « The Blues Overtook Me », à la lap slide, alors que debout, derrière le micro, Charlie signale ‘que le blues est dans la maison ‘. Et il chante. Un rôle qu’il ne se réservera qu’à trois reprises

Tout au long de « I Ride At Dawn », Harper et Charlie opèrent une rencontre subtile entre le Delta du Mississippi et le blues chicagoan. La gratte du premier cité semble hantée à la fois par Robert Johnson, John Lee Hooker et Lightning Hopkins, pendant « Get Up », alors que l’harmo du second, l’est plutôt par Sonny Boy Williamson et Little Walter. Et son souffle enveloppe les riffs bien mélodiques tracés par Ben à la six cordes. Lorsque l’harmonica est mis en exergue, le natif de Calremont prend un peu du recul pour laisser son compère totalement s’exprimer. Le show recèle cependant des moments plus rock, comme « Found The One ». Lors de la ballade instrumentale, « Nothing At All » Harper siège derrière le piano, alors que les interventions à l’harmo de Musselwhite s’intègrent naturellement à l’ensemble. La voix de Ben est empreinte de mélancolie tout au long de la reprise du « When Love Not Enough » de Memphis Minnie et Kansas Joe McCoy. Et le show s’achève par « Levee Breaks ».

Après 10 minutes d’interruption, le team remonte sur l’estrade pour accorder 5 titres. Tout d’abord le burné « The Bottle Wins Again ». Puis, une version du « Yer Blues » des Beatles. Mais surtout « All That Matters Now », que chante Ben a cappella, face à un auditoire silencieux et sous le charme. De quoi en avoir les larmes aux yeux. Un concert de 120 minutes qui nous a laissé des poussières d’étoiles dans les mirettes. Si vous avez encore l’occasion d’assister à un concert de Ben Harper et Charlie Musselwhite, ne manquez pas l’aubaine ; car Charlie n’est plus de première jeunesse… 

(Organisation : Live Nation)

Setlist : « When I Go », « Bad Habits », « The Blues Overtook Me », « Love And Trust », « I Ride At Dawn », « Get Up », « I Don’T Believe A Word To Say », « Movie On », « I'm in I'm Out and I'm Gone », « Nothing At All », « Trust You To Dig My Grave », « Found The One », « I’m Going Home », « Bloodside Out », « When Love Not Enough » (Memphis Minnie & Kansas Joe McCoy cover), « Levee Breacks ».

Rappel : « No Mercy In This Land », « The Bottle Wins Again », « Long Legged Woman », « Yer Blues » (Beatles cover), « All That Matters Now ».

Pour les photos, c’est ici (CréditLéonce Collet)

 

 

 

 

Amenra

Au-delà des mots et des sens…

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C’était à Charleroi qu’il fallait se rendre en cette douce soirée de printemps. Et pour cause, le combo courtraisien Amenra, auteur l’unanimement reconnu « Mass VI », s’apprête ébranler autant les murs de l’Eden que les âmes et les cœurs de près de 500 metalheads réunis pour l’occasion. Plus qu’un concert, on va assister à une expérimentation des sens où une myriade de pensées et de ressentis vous prennent à la gorge pendant un peu plus d’une heure. Ou quand la musique devient spirituelle.

Hormis quelques dates de plus en plus sporadiques programmées au Coliseum, Charleroi n’incarne pas, dans l’imaginaire collectif de l’amateur de musique lourde, la ville belge par excellence qui accueille le plus de concerts de Metal. En apprenant que le Centre Culturel de la ville, décide d’accueillir Amenra à l’Eden, on a donc le droit d’être étonné. Mais un étonnement qui vire rapidement à la satisfaction. Caractérisée par son esthétique raffinée –une élégante brasserie aux urinoirs à gueules de requin– cette salle à taille humaine peut accueillir jusqu’à 600 personnes tout en se prévalant d’une excellente acoustique. À peine le temps de savourer une ou deux pressions servies dans des gobelets frappés du logo des lieux que s’ouvrent les portes de l’arène du jour. Le Paradis va devoir remiser ses couleurs en coulisses et laisser place à la palette de gris.

Il revient à Fär d’immerger lentement le public dans l’obscurité. Originaires de Brakel, ce duo réunissant An-Sofie De Meyer au chant et Tim De Gieter au synthé et aux beats, est pour l’occasion flanqué, derrière son kit de batterie, de Sigfried Burroughs, échappé du groupe electro Onmens. De l’electro dark, c’est également ce que propose Fär. Ces trois lettres, à la graphie gothique, sont projetées en blanc sur l’écran géant tendu à l’arrière du podium. Face à elles, de noir vêtue et à la chevelure blonde tombant sur les épaules, An-Sofie envoûte le public de sa voix claire et robotique, portée par les nappes froides et aseptisées émanant des synthés de Tim, au t-shirt amplement déchiré sur les côtés et littéralement déchaîné sur ses instruments. Sigfried, penché sur ses fûts, contribue à la séance d’hypnose collective. Ce band originaire de Flandre-Orientale va nous accorder un généreux set d’un peu plus d’une demi-heure. Et son expression sonore procure un effet semblable à celui d’un bon verre de whisky : une progressive inhibition des sens et une mise à l’aise où l’environnement se transforme en chez soi. Un grain de folie aurait néanmoins permis au show de véritablement décoller, se contentant ici de garder pied alors qu’on aurait clairement pu planer.

Le stand de merchandising, situé à l’arrière de la salle, est à présent pris d’assaut. Il faut dire qu’il est particulièrement achalandé : t-shirts, pulls, casquettes, bonnets, vinyles, cd’s, affiches, livres, calepins et autres raretés frappées de la touche artistique du band. De quoi amaigrir quelques portefeuilles. Un étal qui illustre parfaitement le concept incarné par la formation : Amenra est certes un groupe de musique, mais il se situe bien au-delà. C’est un univers, un vecteur de sentiments qui passe par l’oreille, la vue, l’esprit et son inconscient. Une lecture par la lorgnette d’une face plutôt sombre de la réalité et des sensations. Une expérience de l’obscurité.

Les lumières s’éteignent. Le logo est projeté sur un écran disposé à l’arrière du podium, une espèce de triskèle terminée par des serres de rapace. La fosse commence à s’emplir d’une envoûtante odeur d’encens. Une épaisse fumée blanche occupe l’espace. Les membres du groupe pénètrent silencieusement sur les planches, le visage fermé. Ils sont tapis dans l’obscurité, à l’exception de Colin H. Van Eeckhout, vocaliste de la formation. Il s’agenouille dans un faisceau de lumière, dos au public. Puis s’empare du long cylindre ainsi que de la barre métallique placés devant lui et les fait tinter par série de deux coups. Une fois, deux fois, trois fois… Le temps se dilate, plus un bruit ne s’échappe de l’auditoire. Un silence religieux. Les yeux perdus dans le vague et vêtu d’un t-shirt noir où figure comme seule inscription la marque de skateboard ‘AntiHero’, Matthieu Vandekerckhove commence à glisser son plectre sur les cordes de sa gratte. La tension monte. Levy Seynaeve et Lennart Bossu, respectivement bassiste et guitariste, quittent leur face-à-face avec leur ampli pour se planter au bord de l’estrade. Bjorn Lebon donne le la d’un gros coup de cymbale et « Boden » entame la Messe. Le son est assurément lourd, pesant et fort, mais pas saturé. Autant les murs de l’Eden que les cages thoraciques se mettent à vibrer. La voix hurlée, aiguë et plaintive de Colin déchire l’espace. La fosse, constituée majoritairement de trentenaires et de quadras, est soudainement prise d’un spasme, balançant la tête et même le haut du corps au rythme hypnotique de la batterie. La transe opère.

Une salve d’applaudissements clôture la fin du premier morceau, suivi d’un retour au silence arraché par quelques ‘chut’ de part et d’autre de la foule. Silence, le souffle se bloque. Le très mélancolique « Plus près de toi », issu du dernier LP d’Amenra, « Mass VI », poursuit l’office. Aucune fausse note, le set est carré, les extrémités en sont même ciselées. Autant les parties lourdes et violentes arrachent tout sur leur passage, autant les instants plus calmes sont d’une absolue fragilité, telle une feuille morte prête à s’envoler de l’arbre au premier coup de vent. Colin ôte sa chemise noire et dévoile son t-shirt tout en demeurant toujours de dos face à son audience. Une habitude du vocaliste. Plus les morceaux s’égrènent, plus il semble habité par les compositions. Les veines de ses bras deviennent de plus en plus apparentes, gonflées à bloc. Chaque hurlement lui est arraché, propulsant son corps vers l’avant. Ses mains acérées fendent l’espace, quand elles ne viennent pas agripper ses flancs ou son dos, dans une torsion de bras digne d’un envoûtement. Il faudra attendre la moitié du set pour finalement apercevoir son visage pendant quelques secondes, les yeux ulcérés et plongés dans l’horizon, comme s’il lui était vital de déverser sur son auditoire un trop-plein d’énergie accumulé depuis le début du concert. Retour ensuite dans sa bulle de violence intérieure, tel un métal en fusion qui s’écoule sans aucun filtre. L’homme finira par faire tomber le t-shirt, laissant apercevoir cette immense potence inversée en traits pleins lui recouvrant le dos.

Les autres musiciens demeurent, a contrario, dans la retenue, chacun enfermé sur lui-même, n’ayant pour échange avec le public que de rares contacts visuels. Une profonde introspection dont la somme de ces bulles, pourtant d’apparence hermétique, finit par englober chaque recoin de la salle. Un vaste mouvement circulaire, une tempête d’émotions à laquelle il devient impossible de résister. Les âmes sont également tantôt bercées, tantôt bousculées, si pas heurtées, par ces projections en noir et blanc de ruines, de visages, de paysages, de torrents d’eau ou encore d’animaux aux contrastes accentués. « Nowena », issu de « Mass V », permet à Levy Seynaeve, à la chevelure pour le moins ébouriffée, de s’approcher du pied de micro planté au milieu de l’estrade et d’imposer sa voix gutturale, conjointement à celle de Colin. Le temps n’est plus qu’une perception théorique ; il se dilate, se reforme sur lui-même, se détend à nouveau. « . Silver Needle. Golden Nail. » devient apocalyptique. Les sonorités se fondent les unes dans les autres puis s’arrêtent sans crier gare. Abruptement. Huit morceaux plus tard, le cérémonial prend fin. Les musiciens déposent leur instrument sans un mot et disparaissent en coulisses. Hébétée, la foule comprend petit à petit que le rituel est achevé. Les lumières se rallument dans la salle, toujours sans bruit. Les consciences se réactivent, retissent des liens avec la réalité. Un arrière-goût de trop peu envahit le corps, telle une sensation de manque après de longs mois d’abstinence. Quelle que soit la durée, l’âme de tout un chacun a été ensorcelée un moment par des sonorités, dont il serait vain d’essayer d’y apposer plus de mots que nécessaire. Une danse folle où la psyché a pris la main des sens et ont, ensemble, tournoyé diaboliquement pendant plus d’une heure.

(Organisation : Eden)

Setlist : “Boden”, “Plus Près De Toi (Closer To You)”, “Razoreater”, “Diaken”, “Nowena | 9.10”, “Terziele”, “Am Kreuz”, “Silver Needle. Golden Nail”

Daan

Avec des bouchons Daan les oreilles…

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C’est la première fois que Daan se produit au Salon de Silly. Son dernier elpee, « Nada » remonte déjà à novembre 2016. Et il va nous en proposer de larges extraits. Un disque qui a pour cadre l’arrière-pays catalan ; et pour cause, il a servi de documentaire pour le photographe Peter De Bruyne. Mais c’est le producteur Stef Van Alsenoy qui a permis au son et à l’image de se conjuguer, afin de transformer ce concept en chansons. Le concert est sold out depuis plus de deux mois. L’un des artistes les plus francophiles du Nord de la Belgique a attiré, ce soir, un public partagé entre francophones et néerlandophones. 

Goodbye Moscow assure le supporting act. Il s’agit du projet de Benjamin Hutter. Votre serviteur avait eu l’opportunité de le découvrir en première partie de Faon Faon, dans le cadre de la ‘Release party’, accordée au Brass, en novembre 2016. Et il avait été séduit.

Ben a posé ses valises à Bruxelles, en 2015, année au cours de laquelle il a publié un premier Ep intitulé « De Rêves Inachevés ». Il vient de lancer une opération de crowdfuning pour tourner un clip à La Rochelle.

Ce soir, il est seul, entouré de ses machines qui restituent la musique, les beats et les samplings ; la voix chaude et éthérée de Benjamin servant alors de fil conducteur. Et il chante dans la langue de Voltaire.

Pas de lampadaires ce soir, juste la TV vintage affichant le logo du soliste d’un jour. Le matos déjà installé de Daan prend énormément de place. Ce qui n’empêche pas Benjamin d’être très à l’aise derrière ses machines.

Devant ses claviers, ses mains ondulent. Manifestement, il maîtrise son sujet. Les Chœurs de l’Armée Rouge résonnent juste avant la pièce d’entrée, « Souvenirs Futurs ». Fondamentalement positif, « Célébrons » évoque le jour, la nuit, les saisons qui défilent et surtout l’amour, la jeunesse, la lumière du soleil, la pluie et les larmes d’un jour. La vie est un jeu. « Reste Avec Moi » constitue un cri du cœur. C’est également la plage d’ouverture de son Ep. Elle incite pourtant la foule à remuer le popotin. Et c’est un des objectifs de Hutter.

Il reprend « Le Courage Des Oiseaux » de Dominique A. Une de ses deux influences majeures ; l’autre, c’est Etienne Daho. Passionné par les étoiles et la conquête spatiale, ce doux rêveur et poète visionnaire nous entraîne progressivement dans sa galaxie. Les étoiles, le cosmos, la voie lactée et les périples lointains qui peuplent notre imaginaire. L’excursion prend son départ à « Moscow », mais s’égare du côté de la Voie Lactée, « Comme Gagarine ». Vantant les vertus de la lumière du soleil, « Si l’Eté » prélude une croisière qui traverse « L’Océan »…

Setlist : « Souvenirs Futurs », « Célébrons », « Reste Avec Moi », « Le Courage Des Oiseaux », « Moscow », « Comme Gagarine », « Si l’Eté », « L’Océan ».

Sur les planches, Daan Stuyven (NDR : qui se consacre au chant et à la gratte), est soutenu par Isolde Lasoen (drums, backing vocals), Steven Janssens (guitare), Otti Van Der Werf (basse) et Jeroen Swinnen (synthés).

Morceau d’ouverture, l’instrumental « Fermavida » nous entraîne au cœur de la Catalogne. Un titre étrange, sombre et beau à la fois. Daan débarque au milieu de la compo et est chaleureusement applaudi par un public acquis à sa cause. Grisonnant, vêtu d’un costard et chaussé de lunettes fumées, il campe un hybride entre Gainsbourg et Arno. Troublante, ténébreuse, sa voix me fait penser à Johnny Cash. Notamment tout au long de « Wrong Heart », une plage colorée par un léger filet de gratte et de claviers. Malgré la chaleur ambiante, on sent alors une légère brise vous caresser le visage. Mais à partir de cet instant, le volume sonore va monter progressivement en puissance. Si bien que, bouchons dans les oreilles, votre serviteur se réfugie au fond de la salle. Petite info, ce n’est pas l’ingé-son du Salon qui est derrière les manettes, mais celui de Daan. Le responsable du light show lui fait la remarque, mais le préposé aux curseurs ne la prend pas très bien. Et pourtant, il serait si facile de solliciter les conseils du personnel attaché aux lieux. Dans l’intérêt des artistes et des spectateurs. Quand on ne roule pas dans sa propre bagnole, on perd facilement ses repères. Puis, on n’est pas dans un festival, que diable. Bref, avec les boules-Quiès dans les portugaises, c’est tolérable. Mais dommage que l’on perde autant de sonorités aigues. Heureusement, il n’y a pas trop d’infrabasses, même si Seven Lives » est particulièrement électro. Interactif, séducteur auprès du public féminin, Daan s’adresse à l’auditoire en signalant qu’il aime bien l’ambiance de village. Comme celle de Silly, dont le Salon vient de fêter ses 20 ans d’existence. Les compos les plus paisibles passent bien mieux la rampe. A l’instar de l’americana « Friend » ou du tendre « Forever Man ». Daan chante une nouvelle fois de sa voix de baryton, « Damaged Goods ». Tout en restant bien concentrée derrière ses fûts, Isolde tempère le vocal du leader de ses chœurs éclairés et judicieux. Caractérisés par ses connotations orientales, « Propellor » en revient à l’électro, mais dans un climat plutôt proche de Bowie…

Extrait de « Simple », « Brand New Truth » réveille en notre for intérieur, un sentiment de nostalgie. La voix du Louvaniste se révèle alors particulièrement bluesy. « La Vraie Decadence » (« Le Franc Belge), en français dans le texte, ce n’est pas dire ce qu’on pense ? Clin d’œil à Gainsbarre qui n’a jamais pratiqué la langue de bois ? Steve Janssens libère ses cordes et dynamite « Everglades » avant que « The Mess » ne termine le show.

En rappel, Daan et sa troupe vont nous réserver deux titres. D’abord « Icon », qu’il chante alors d’une voix de crooner, à la fois hantée par Johnny Cash et Hugo Race. Avant de clore les débats par l’électro jouissif « Exces ».

Setlist : « Fermavida », « Wrong Heart », « Nontrol », « Seven Lives », « King Of Nothing », « Blurred », « Wheel » , « Friend », « Forever Man », « Damaged Goods », « Propellor », « Brand New Truth », « Decisions », « La Vraie Decadence », « Everglades », « The Mess »

Rappel : « Icon », « Exces ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

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