Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

logo_musiczine

Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Viagra Boys
Editors
Concerts

The Maccabees

Un retour gagnant…

Écrit par

Séparé en 2017, The Maccabees s’est reformé en 2024 pour accorder une prestation en tête d'affiche à All Points East, dans la banlieue londonienne. Ce set a marqué le début d'une série de concerts préparatoires à travers l'Europe avant son passage à Glastonbury.

Originaire du sud de Londres, le band est devenu notoire pour sa narration émotive et sa musicalité ciselée. The Maccabees a durablement marqué la scène rock indépendante britannique à travers ses quatre elpee sculptés dans un post punk, qu’il teinte parfois de folk.

La première partie est assurée par le jeune troubadour anglais, Willie J. Healey. A son actif, trois opus, dont le dernier, « Bunny », remonte à 2023.

Il est seul sur les planches, armé d’une guitare semi-acoustique. Et pas de boîte à rythmes, comme il a pourtant l’habitude de se servir.

Impossible de ne pas aimer Willie J. Healey. Sa musique est vive et facile à écouter, relevant vaguement du genre indie/folk alternatif. Son style n'est pas vraiment révolutionnaire, mais ne manque pas de charme et surtout passe bien la rampe : ses paroles et sa musique sont bien écrites, et il compose d'excellents morceaux

Il combine avec brio l’esprit de Neil Young, des Beatles et d'Elvis Costello, tout en ajoutant une touche contemporaine de funk, probablement empruntée à David Bowie. Willie J Healey chante l’amour sous toutes ses formes et il est parvenu à dispenser un set sympa, malgré la chaleur étouffante qui règne dans la salle (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « She's Heroin », « Little Sister », « True Stereo », « Sure Feels Good », « Heavy 94 », « My Room », « The Apple », « Songs For Joanna », « Fashun »

Les fans se pressent contre le podium, en attendant son groupe fétiche. Dès son entrée en scène, The Maccabees est vivement acclamé, et notamment, son chanteur compositeur Orlando Weeks. Le line up implique les frères Hugo et Felix White à la guitare, Rupert Jarvis à la basse et Sam Doyleaux aux drums. Depuis 2010, Will White les accompagne en ‘live’, aux synthés.

Puissant mais contrôlé, le light show souligne la présence scénique du combo et immerge immédiatement les premiers rangs dans une ambiance électrique.

La formation ouvre son concert par « Latchmere » et « Lego », extraits de son premier long playing, paru en 2017, « Colour It In », suscitant une vague de nostalgie instantanée. Felix White, visiblement exalté, enflamme la foule en hurlant : ‘On est les putains de Maccabees !’ D’ailleurs, tout au long de la performance, interactif, il n’a de cesse d’entretenir une connexion intense avec le public, l’incitant à chanter fort sur « Precious Time » ou à donner le meilleur pour fêter ce grand retour.

L’accueil de l’auditoire est à la hauteur de l’événement : enthousiaste, ému, profondément reconnaissant. Orlando, de sa voix aérienne et maîtrisée, s’accompagne à la gratte semi-acoustique sur plusieurs morceaux.

Subtilement construite, la setlist propose un bel équilibre entre extraits des quatre albums et titres phares. Les tubes s’enchaînent, portés par l’alchimie redoutable des deux sixcordes et pimentés par la voix magnétique d’Orlando. Au fil du temps, l’intensité du show ne fait que croître, le groupe démontrant une efficacité redoutable, tant sur le plan sonore que scénique.

Le son, fidèle à la réputation du groupe, est impeccable. « Kamakura » nous réserve un moment de grâce. En retrait, Orlando laisse les guitares apaisées envelopper l’auditoire dans une atmosphère envoûtante. Un instant suspendu, comme un souffle retenu au cœur d’un concert incandescent. Le titre éponyme du dernier elpee, « Marks To Prove it », fait mouche. Le band a visé juste. Les sixcordes sont furieuses et les chœurs s’envolent. Un petit bijou qui nous entraîne dans une danse déchaînée. Jusqu’à l’explosion des drums. Cette chanson frôle la perfection, alors que la voix d’Orlando guide les siens à travers toutes les dissonances.

« Pelican » achève brillamment le show. Moment choisi par les guitares pour décoller, à nouveau.

On regrettera, néanmoins, la pop mièvre de « Feel To Follow », qui a dû ravir, cependant, les fans de… Coldplay voire de Foals.

Cette célébration de la joie s’est transformée en fête vibrante de la musique, de l’amitié et de la communauté fidèle qui s’est formée autour de la formation au fil des ans. Un rendez-vous rare, chargé d’émotion, pour raviver la magie d’un groupe qui a marqué au fer rouge toute une génération de rock indépendant…

Setlist : « Latchmere », « Lego », « X-Ray », « Feel To Follow », « Kamakura », « Wall Of Arms », « First Love », « Precious Time », « Can You Give It », « Spit It Out », « No Kind Words », « Marks To Prove It », « Grew Up At Midnight », « Something Like Happiness ».

Rappel : « Toothpaste Kisses », « Love You Better », « Pelican »

(Organisation : Live Nation)

TVOD

Un show rock’n’roll, bordélique, énergique et rafraîchissant…

Écrit par

La copieuse tournée de TVOD transitait, ce mercredi 11 juin, par le club de l’Aéronef.

TVOD (pour Television Overdose et pas pour la vidéo transactionnelle à la demande) est une formation new-yorkaise, issue de Brooklyn, très exactement, dont le premier opus, « Party time », est paru en mai dernier. Il fait suite à deux mini-elpees, « Daisy », gravé en 2020, et « Victory Garden », en 2021.

Fusionnant les influences post-punk, dance punk et krautrock, non seulement la formation bouscule les genres, mais elle s’est forgé une fameuse réputation pour ses concerts incroyablement imprévisibles où personne ne sait trop ce qui va se passer, y compris le groupe.

Le sextuor grimpe sur les planches dont deux blacks : une claviériste (aux cheveux roses/orangés) et un guitariste à la longue chevelure coiffée en rasta. Le line up compte également un second sixcordiste, un drummer (planté en retrait), une bassiste, et le chanteur Tyler Wright (il a enfilé un vieux t-shirt déformé par le temps et les lessives, on suppose) qui dès le premier morceau, « Clorox », ne tient pas en place. Dynamisé par les mélodies nerveuses, survolté, anarchique, le set entre alors dans une forme de chaos, mais sans pour autant perdre le fil.

Serge Zbrizher tient sa guitare très haut, quand il ne la brandit pas vers le plafond ou la foule, comme une arme, tout en déménageant sur toute la largeur de l’estrade, alors que son compère, Denim Casimir, se distingue surtout par sa technique et son feeling.

Une forme de paso doble berce « Boo » tandis que le single, « Car wreck » libère un bon groove, entretenu par la ligne de basse hypnotique et le drumming solide.

Pendant « Alcohol », Tyler sort une drôle de bouteille et en boit une lampée au goulot.

« Mud » trahit des réminiscences empruntées aux B-52’s. Wright mime des gestes de boxeur sur un ring. Sa voix mi-parlée, mi-chantée me fait penser à celle de James Cox (Crows). Régulièrement, il se cache le visage en soulevant son t-shirt, un peu comme un footballeur pro qui vient de manquer la conversion d’un penalty ou une occasion en or. Avant d’attaquer « Poppies », il se lâche sur le président des States : ‘Fuck Trump’. ‘Fuck the IUSA’. Depuis son élection, la plupart des groupes et artistes indés américains ressentent une aversion profonde pour leur dictateur.

Il y a un bon bout de temps que dans la fosse, les premiers rangs s’agitent. Très concentrée sur son instrument, la bassiste a du retard à l’allumage, mais finit par se mettre au diapason des autres musicos, en remuant la tête et le corps.

En se tortillant et assurant les backing vocaux (rôle partagé avec le batteur, Mem Pahl), Jenna Mark, de son clavier, diffuse des sonorités vintages et spectrales. Et elle passe au lead vocal sur « Ex-Boyfriend Beat ».

Au cours de « PIT », les spectateurs répondent aux slogans prononcés par les musicos. Tout comme sur « Party time », le titre maître du nouvel album, une compo au cours de laquelle les guitares se révèlent joyeusement discordantes.

Le rappel est accordé très rapidement et s’ouvre par « Alien », avant de s’achever sur « Mantis ». Tyler lance son fil de micro au-dessus d’une barre de support du light show, rattache le microphone, et après avoir réussi son troisième essai, recommence à chanter…

Après un show aussi rock’n’roll, bordélique, énergique et rafraîchissant, il est évident que TVOD est prêt à enflammer les grands festivals. Il doit, peut-être, encore mieux canaliser son énergie. Mais votre serviteur et votre photographe partagent un même point de vue. Ils ont l’impression d’avoir assisté à la naissance d’un futur grand groupe de scène… (photos Ludovic Vandenweghe, ici)

Setlist

Clorox
Pool House
Bend
Car Wreck
Alcohol
MUD
Super Spy
Uniform
Poppies
Ex-Boyfriend Beat
PIT
Goldfish
Wet Brain
Party Time
Alien

Rappel

Wells Fargo Bank Account
Mantis

The 113 assurait le supporting act. Issu de Leeds, ce quatuor constitue une bonne surprise pour une première partie. Plus classique, son post punk est fédéré par le tempo new wave, syncopé, imprimé par le drummer. La musique est ténébreuse et viscérale. Malgré un accent local typique bien prononcé, Frank, le chanteur/guitariste, possède une bonne voix aux intonations hip hop. Lui et le second sixcordiste assènent des riffs impeccables et bien tranchants, alors que cotonneuse, la ligne de basse s’avère rapidement hypnotique.  Le band n’a pas encore sorti d’album, mais suivant la formule usuelle, il est à suivre de très près… (page ‘Artistes’ là et photos Ludovic Vandenweghe ici) 

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Millie Hopes

Une artiste vraie, vulnérable et déjà singulière…

Écrit par

Ce soir à l’AB Club, l’ambiance est presque à guichets fermés. Deux jeunes artistes en devenir, Lilly et Millie Hopes, vont y livrer des sets courts mais prometteurs, à l’instar de leur carrière encore au stade de ses prémices. Un format condensé — environ 20 minutes pour Lilly et 45 minutes pour Millie — qui laisse entrevoir un avenir musical des plus lumineux.

Anciennement connue sous le pseudonyme Noa Sans H, Noa De Sutter, alias Millie Hopes, s’impose comme l’une des voix les plus prometteuses de la scène pop belge. Originaire de la région de Charleroi, elle présente son tout premier Ep 4 titres, paru ce 23 mai 2025, sur scène. Sa pop aux influences indie et électro est marquée par une sincérité touchante et une maîtrise de l’écriture. En live, Millie Hopes offre une performance habitée, portée par une émotion brute et des mélodies envoûtantes. Un bel équilibre entre vulnérabilité et assurance artistique.

Originaire de Ronquières et désormais installée à Bruxelles, Lilly Michotte, aka Lilly, conjugue études de droit et passion musicale avec une étonnante maturité. Formée au chant, au piano et au solfège dès son plus jeune âge, elle se produit sur les planches depuis ses 12 ans et a déjà ouvert pour plusieurs artistes. Ce soir, elle monte seule sur l’estrade, sans musiciens, avec pour seul soutien des bandes instrumentales. Si l’on aurait aimé la voir entourée d’un vrai groupe, sa prestation n’en reste pas moins marquante. Chaussée de bottes noires et vêtue d’un short à pois, elle affiche une présence scénique nerveuse et captivante. Sa famille, installée au premier rang, l’applaudit non sans fierté. Le set démarre par « Don’t Kill My Vibe », une ballade en anglais aux accents feutrés, portée par une guitare douce bientôt rejointe par des claviers plus affirmés. « La Raison » embraie, une compo électro/pop à texte bien assumé qui évoque l’univers de Suzane. « Clôture », confirme à la fois son potentiel et sa sensibilité artistique. Un premier Ep est en préparation. Il devrait sortir prochainement. De son concert, on épinglera notamment « L’amour est + fort », dont les paroles, très intimistes, marquent les esprits. Un set court, mais convaincant. À revoir (page ‘Artistes’ là) !

Setlist : « Don’t Kill My Vibe », « La Raison », « Clôture », « L’amour est + fort », « Chrysalide «, « La Folle »

À seulement 25 ans, Millie Hopes s’offre un moment de vérité. Seule sur le podium, comme d’habitude, la jeune artiste belge présente résolument son tout premier Ep, « No Boy’s Club », dans le cadre de sa release party, à l’Ancienne Belgique. Ces quatre titres, intégralement interprétés en live, révèlent déjà une voix singulière, à la fois douce et puissante, portée par des textes d’une honnêteté désarmante. Millie a choisi le français pour s’exprimer — une langue qu’elle manie avec justesse, entre poésie et frontalité. Aucun artifice : un décor épuré, une simple caisse en bois pour seule scénographie, sur laquelle elle s’assied parfois entre deux morceaux. C’est dans ce dépouillement qu’elle brille le plus, mettant en avant ce qui compte vraiment : ses mots, ses mélodies, et cette émotion brute qui touche en plein cœur.

Vêtue d’une jupette noire plissée et d’un t-shirt blanc orné d’inscriptions, elle incarne une pop authentique, sincère, libre. Une esthétique assumée, à l’image de son projet : No Boy’s Club — un manifeste personnel autant qu’un espace d’expression, affranchi des regards et des codes imposés. Sur scène, Millie se livre.

Elle ouvre le bal par « Dans Ma Boucle », un morceau intime où elle explore ses émotions sans détour. Sa voix tremble à peine, mais sa présence est forte. Elle parle d’amour, de doutes, d’élan, avec une franchise rare. Le public, lui, découvre une artiste vraie, vulnérable et déjà singulière. Millie remercie les spectateurs pudiquement, les yeux brillants d’émotion. Ce soir, elle ne fait pas qu’interpréter des chansons : elle partage un bout d’elle-même. Et c’est peut-être cela, la promesse la plus précieuse de ses chansons.

Elle quitte la scène à deux reprises pour aller au contact d’un public attentif et présent. Finalement, « No Boys » déchaîne les corps, entraînant la foule dans une danse collective. Le set, bien que court (45 minutes), est d’une intensité remarquable. Par moments, le volume sonore frôle l’excès, mais on pardonnera facilement cette fougue juvénile.

Setlist : « Dans Ma Boucle », « A Tes Côtés », « Bonne Soirée », « Non », « Cheveux Blond Très Long », « M’Avouer », « Depuis Ton Départ », « J’ai Tout Gâché », « Miette », « A Travers Les Nuages », « Emmène-moi », « Pour De Faux », « No Boys »

Rappel : « No boys »

(Organisation : Intersection)

Jon Spencer

Le diable en cité ardente

Écrit par

Ce mardi soir, c’était le rendez-vous des éternels jouvenceaux liégeois (et d’ailleurs), venus –en petit nombre malheureusement– acclamer Jon Spencer et sa nouvelle bande.

Inusable, l’homme semble avoir pactisé avec le diable pour conserver intact son légendaire dynamisme scénique. Costume gris élégant, chemise à fleurs décontractée et creepers blanches bondissantes : dès les premiers riffs, le ton est donné.

Le concert, délivré d’un seul bloc, se révèle beaucoup plus digeste que lors de sa dernière apparition en terre principautaire (NDR : on se souvient encore du live des Ardentes, aussi lourd qu’indigeste).

Ici, en alternant nouveaux titres et valeurs sûres de son imposant répertoire, Spencer tisse une tension électrique, suspendue à une rythmique sans faille.

Parlons-en, de cette section rythmique ! Toute droite sortie des enfers, la basse de Kendall Wind et la batterie de Macky Spider Bowman (NDR : originaires de Woodstock, ils militent chez The Bobby Lees, mais ne sont pas du genre à tremper dans la flower power) martèlent avec puissance et panache.

Wind tire de sa basse des lignes fuzz ensorcelantes et virtuoses, pendant que Bowman, au vu du détachement espiègle des jeunes prodiges, grimace et s’agite dans une chorégraphie nerveuse du plus bel effet.

Ce groove infernal propulse Jon Spencer au sommet de son art, cabotin juste ce qu’il faut, mais toujours profondément communicatif.

Face à lui, un public un brin mollasson mais sincèrement heureux d’être là, et qui doit s’armer de patience pour acclamer son héros, tant les morceaux s’enchaînent sans relâche, comme un train lancé à pleine vitesse.

Car peu importe l’assistance modeste : généreux et excentrique comme on l’aime, Spencer se donne corps et âme, avec une jubilation évidente. Lui qui a jadis enflammé les plus grandes scènes, offre désormais son boogie endiablé à des salles plus intimes, sans jamais rien céder de sa fougue.

Le rappel, tout aussi tonitruant, culmine lors de l’incontournable « Wail », glissé malicieusement entre deux cassures rythmiques. Puis, rideau.

Une excellente soirée sous le signe du bon vieux rock’n’roll.

Décidément, certaines choses ne vieillissent pas. Et tant mieux.

 

 

IAMX

L’alchimiste des âmes…

Il est de ces artistes qui sculptent des univers, des refuges où les âmes égarées se retrouvent, frémissantes, pour communier dans une transe collective. Chris Corner, l’âme tourmentée d’IAMX, est de ceux-là. Depuis 2002, cet alchimiste tisse une toile sonore singulière, mêlant dark synthpop, électro hypnotique, darkwave envoûtante, burlesque décadent et indus rageur. Enfant prodige, il n’a que quinze ans lorsqu’il intègre Sneaker Pimps, avant de s’émanciper pour donner naissance à IAMX, son projet solo, son laboratoire d’émotions brutes. En 2006, grâce à « Spit It Out », il déchaîne une ‘IAMX-mania’ qui, on s'en souvient encore, a fait trembler les murs de l’auditoire Paul-Émile Janson, à Bruxelles. Mais Corner n’est pas homme à se reposer sur les lauriers d’un succès facile. Il a choisi l’exil volontaire dans un univers autistique, un refuge d’expérimentations audacieuses où il célèbre sa singularité aux côtés d’une tribu fidèle, disséminée aux quatre coins du globe.

Ce soir, dans l’antre mythique de l’Ancienne Belgique, le prince noir de l’électro-rock opère son retour. Il y a dix ans, votre serviteur a eu l’honneur de fouler cette même scène à l’invitation de l’artiste, un souvenir gravé dans l’éternité. Ce soir, l’AB, en configuration ‘box’, vibre d’une ferveur palpable. Les premiers rangs frémissent, les cris fusent comme des éclairs avant l’orage. La salle, presque comble, retient son souffle.

Le rideau s’ouvre sur « The Ocean », joyau tiré du dernier opus, « Fault Lines² ». La voix éthérée d’Hafdís Huld, la chanteuse islandaise, absente physiquement mais présente grâce à une bande-son, flotte comme un spectre bienveillant, tandis que des images en noir et blanc, d’une beauté austère, dansent sur trois écrans dressés sur l’estrade. La scène s’anime, et Chris Corner surgit, figure chamanique drapée de noir, le visage orné d’un masque surmonté d’une couronne d’épines mystiques, tel un succube post-apocalyptique. À sa gauche, Sarah Pray, dont la voix cristalline et la présence magnétique (connue sous son excellent projet solo Carrellee) captent la lumière. À droite, Janine Gezang, fidèle bassiste et choriste, ancre le son dans une énergie sensuelle. Derrière, Jon Siren, batteur aguerri aux accents heavy metal et indus, martèle le rythme avec une précision féroce, fort de son passé auprès de formations comme FrontLine Assembly ou Psyclon Nine.

À peine le concert s’élance-t-il que l’énergie explose. Sur les planches, c’est une chorégraphie de chaos maîtrisé ; dans la fosse, une marée humaine s’agite, électrisée. Les titres prennent une ampleur nouvelle, transfigurés par une patine électro-indus. Sailor, née en 2004, se mue en un monstre rythmique. Ses pulsations implacables sont accompagnées d’une vidéo aux accents fétichistes délicieusement provocateurs. « Aphrodisiac », réverbérant des échos d’Obsession d’Animotion, révèle la complicité entre Corner et ses deux muses. « After Every Party I Die » embraie, déferlante qui embrase la foule. Corner, possédé, se jette dans un stage diving sauvage, porté par une vague humaine.

L’atmosphère s’apaise un instant, grâce aux mélodies introspectives de « Grass Before The Scythe » et « Break The Chain », mais la machine électro reprend vite ses droits. « I Come With Knives » et « Neurosymphony » électrisent, cette dernière prouvant que les nouvelles compositions d’IAMX passent bien la rampe. Puis arrive l’inévitable « Spit It Out », apogée de la soirée. La foule, emportée par un raz-de-marée électronique, chante à l’unisson : ‘And it breaks my heart…’ Corner, tel un sorcier magnétique, règne sur l’assemblée. Sa présence androgyne, son chant d’une précision tranchante et son charisme brut captivent. ‘Vous êtes magnifiques ! Et très érotiques !’ lance-t-il, malicieux, avant d’enchaîner par « The Great Shipwreck of Life ». La salle se transforme en un dancefloor tribal, où les stroboscopes tailladent l’obscurité, plongeant le public dans une transe collective.

Le rappel, hélas, prive les fidèles de « Kiss + Swallow », mais « The Alternative » et le burlesque « Bernadette » font monter la fièvre d’un cran. « Mercy » conclut la cérémonie, comme un ‘merci’ murmuré par une foule reconnaissante.

Une fois encore, IAMX a conjugué virtuosité musicale, performance scénique et intensité émotionnelle. Si Chris Corner ne soulève plus les foules avec la même frénésie qu’il y a dix ans, il demeure un alchimiste des âmes, capable de tisser une communion presque mystique avec son public. Ce soir, il a prouvé qu’il reste, indéniablement, IAMX-traordinaire.

Setlist :

The Ocean

Disciple

The X ID

Sailor

Aphrodisiac

After Every Party I Die

Grass Before the Scythe

Break the Chain

I Come With Knives

Neurosymphony

Exit

Spit It Out

The Great Shipwreck of Life

Rappel :

The Alternative

No Maker Made Me

Bernadette

Mercy

En première partie, le duo Ductape, originaire de Turquie, a enchanté le public grâce à une darkwave évoquant Siouxsie, Lene Lovitch et Sisters of Mercy. La chanteuse, Çağla Güleray, possède une voix grave et envoûtante, tandis que son acolyte, Furkan, tisse de belles arabesques mélodiques à la guitare électrique. Un projet prometteur, qui sera de retour à Bruxelles le 12 juin prochain (infos ici et page ‘Artistes’ là)

(Organisation : FKP Scorpio)

Photo : Thomas Jansson (Instagram)

The Bug Club

Back to the seventies…

Écrit par

The Bug Club se produisait au club de l’Aéronef, à Lille, ce mercredi 14 mai. Un duo gallois, réunissant Sam Willmett et Tilly Harris, qui compte 5 elpees à son actif, et dont le sixième, « Very human features », paraitra ce 13 juin.

Sur disque, et notamment sur le dernier opus, « On The Intricate Inner Workings Of The System », gravé en 2024, ainsi que la plupart de ses singles, sa musique trempe dans une forme de pop/rock énergique aux harmonies vocales soignées et le tout est emballé dans des chansons qui dépassent rarement les 3 minutes.

Lorsqu’on débarque, le concert va bientôt commencer, et il doit y avoir plus ou moins 200 personnes dans la salle. C’est un trio qui monte sur les planches, soit Sam, qui s’est coupé les tifs, Tilly, qui ne manque pas de charme, ainsi qu’un drummer ; et pas n’importe qui, puisqu’il est aussi producteur (notamment de The Bug Club) tout en militant chez Buzzard Buzzard Buzzard. Et dès le premier morceau, il nous réserve un solo de batterie, comme dans les seventies…

La setlist embraie par les singles « War Movies » et le plus radiophonique « Pop Single ». Petit souci, quand même, les balances sont approximatives. En outre, le volume sonore dépasse déjà allègrement les 100db. Mais on sent que les trois musicos prennent beaucoup de plaisir à se produire sur scène. A partir de « Best Looking Strangers in the Cemetery », le problème de balances s’estompe : mais on est loin du niveau de sophistication atteint sur disque. Et si les harmonies vocales échangées entre Sam et Tilly sont une des forces de The Bug Club, en ‘live’, elles sont plus brutes. On retrouve cependant, le style de questions/réponses échangé entre les deux membres du groupe. A l’instar de « Suck it », lors d’une joute déclamatoire, avant d’assister à une orgie instrumentale. Et non seulement ils partagent le chant, mais leurs interactions sont ponctuées de sourires et de regards complices.

Si le groove de basse implacable dispensé par Tilly ne faiblit jamais une seconde, Sam s’autorise régulièrement des solos de guitare, comme c’était courant au cours des années 70. On sent même qu’ils sont régulièrement improvisés. Le final bruitiste de « Can Ya Change A Thing Like This ? » accentue même cette impression de revivre ces épilogues exécutés fréquemment, un demi-siècle plus tôt. Et le plus glam « We Don't Care About That » adresse carrément un clin d’œil à T. Rex, même si le solo de sixcordes dispensé en fin de parcours semble plutôt s’inspirer de Bill Gibbons (ZZ Top). Dans le même esprit, le plus lent « Short and Round » véhicule d’ailleurs des accents bluesy. Le spectre de Rory Gallagher ne plane pas encore, mais son souvenir traverse l’esprit de votre serviteur…

Les deux gratteurs abandonnent souvent leurs micros respectifs pour jouer en face-à-face, au centre du podium, se délectant clairement de leurs duels sonores.

Le trio enchaîne « Little Coy Space Boy » et « The Intricate Inner Workings of the System », comme s’il s’agissait du même morceau.

Et après le ‘pixiesque’ « It's Art », le combo achève son set par l’échevelé « Quality Pints ».

Les 21 morceaux ont défilé à une vitesse vertigineuse, mais seuls deux compos du nouveau long playing, « Jealous Boy » et « How to Be a Confidante », ont été interprétées.

Le trio salue la foule et commence à regagne les coulisses. Les haut-parleurs crachent déjà une musique d’ambiance, mais le public en veut encore, et The Bug Club vient rapidement accorder un rappel de deux titres.

Malgré le mixing imparfait, le public semblait ravi du concert au cours duquel The Bug Club, responsable d’un punk lo-fi joyeux, ludique, non dénué d’humour et parfois suranné, imprimé sur un rythme rapide, a libéré une énergie réminiscente des seventies, mais dans l’esprit du Fuzz de Ty Segall, voire de Jack White…

Back to the seventies !

(Photos Ludovic Vandenweghe ici)

(Organisation : Aéronef, Lille)

Setlist

Soundcheck

War Movies

Pop Single

Best Looking Strangers in the Cemetery

Marriage

Jealous Boy *

A Bit Like James Bond

Four Sisters

Can Ya Change A Thing Like This ?

We Don't Care About That

Lonsdale Slipons

Better Than Good

Suck it

Short and Round

How to Be a Confidante *

Cheap Linen

Actual Pain

Little Coy Space Boy

The Intricate Inner Workings of the System

It's Art

Quality Pints

Encore :

(Unknown)

(Unknown)

[* nouveaux titres]

Steven Wilson

Une odyssée cosmique et introspective…

Ce soir, Bruxelles s’illumine sous l’éclat d’une étoile rare : Steven Wilson, souverain incontesté du rock progressif, est de retour au Cirque Royal pour dévoiler “The Overview”, son dernier opus solo, une œuvre aussi ambitieuse qu’astrale. Six ans se sont écoulés depuis sa dernière apparition en Belgique, une absence que la tournée 2023 de Porcupine Tree, cruellement dépourvue de halte belge, n’a fait qu’amplifier. L’attente, presque palpable, des aficionados a transformé ce concert en une célébration à guichets fermés.

Par sa voûte circulaire évoquant un dôme céleste, le Cirque Royal se prête à merveille à l’univers de Wilson. “The Overview”, concept-album inspiré par l’’effet de vue d'ensemble’ – cette sidération contemplative éprouvée par les astronautes face à la Terre vue de l’espace – métamorphose la salle en un planétarium. Les projections stellaires, cascades d’étoiles et de nébuleuses, enveloppent les spectateurs, tandis que la musique, aux accents floydiens, tisse une toile sonore où s’entrelacent méditation et voyage interstellaire. Les deux suites épiques, de 23 et 18 minutes, divisées en mouvements comme autant de constellations (huit pour la première, six pour la seconde), imposent un silence quasi sacré. Ce ne sont pas de simples chansons, mais des fresques mouvantes, des spirales de notes qui oscillent entre introspection et infini.

Un film d’animation de Miles Skarin accompagne cette odyssée : un extraterrestre gris émerge d’un marais primordial, des nébuleuses annulaires palpitent à des années-lumière, des visions cosmiques dansent sous les yeux ébahis. L’effet est envoûtant, une immersion totale où le spectateur, suspendu entre la Terre et l’éther, se perd dans l’immensité.

Vêtu de noir, pieds nus et arborant un look d'éternel étudiant, Steven Wilson orchestre ce voyage avec aisance. Passant de la guitare aux claviers, il guide une formation d’exception : Adam Holzman, sorcier des synthétiseurs, Randy McStine, prodige des six cordes, Nick Beggs, ancre rythmique à la basse, et Craig Blundell, maître des percussions. McStine, benjamin de la troupe, brille malgré une entrée légèrement ternie par un réglage maladroit. Ses solos, échos vibrants de David Gilmour, s’élèvent en arabesques stratosphériques, mêlant virtuosité et émotion. Blundell, en revanche, pèche par excès de puissance : son jeu, parfois trop massif, écrase la délicatesse des autres instruments. N'est pas Gavin Harrison qui veut...

Dans "Objects Outlive Us", un riff hypnotique de 19 notes, porté par une rythmique asynchrone, évoque les spirales envoûtantes de Happy The Man (“Carousel”). Pas étonnant, quand on sait qu'Adam Holzman est un grand fan du groupe américain, comme il nous l'avait confié dans les coulisses du Trix, à Anvers, il y a quelques années.  Mais Wilson ne se contente pas de rendre hommage au passé. "No Monkey’s Paw" s’ouvre sur des textures 'ambient' dignes de Brian Eno, avant que "The Cicerones" n’ose des dissonances électroniques aux accents d’Aphex Twin. Cette fusion audacieuse entre progressif et avant-garde atteint ici une cohérence rare, un équilibre entre héritage et exploration.

La seconde pièce, "The Overview", invite à la contemplation. "Perspective" s’élève comme une aube fragile, portée par des synthétiseurs éthérés, avant que "Borrowed Atoms" ne déploie une mélancolie toute romantique. Le final, "Permanence", s’évanouit dans un murmure ambient, un écho suspendu qui semble flotter dans l’infini, abandonnant l’auditeur à la solitude majestueuse de l’univers.

Après une pause, le groupe revient pour un second acte, une plongée dans le très riche répertoire solo de Wilson. Par son aspect cosmique, “The Harmony Codex” permet de faire le lien avec la première partie mais dès les premières notes de “Luminol”, le contraste est total : fini les bidouillages électroniques et retour au bon vieux rock progressif. Les musiciens semblent apprécier ce moment, et interagissent comme s'ils étaient en pleine répétition. Le riff de basse, parfaitement interprété par un Nicky Beggs au sommet de son art, fait exploser de bonheur l'auditoire, qui manifeste son enthousiasme en tapant dans les mains. “What Life Brings” prouve, comme le dit Steven en introduction, que ses morceaux ne sont pas tous des épopées de 9 minutes et qu'il est capable d'écrire des chansons 'indie-pop' courtes et simples. Un défi largement réussi et dans le solo qui clôture la composition, Wilson prouve à tout un chacun qu'il est aussi un remarquable guitariste. Et sa PRS Singlecut Trem dorée produit un son d'une pureté hallucinante. Un grand moment.

Comme on pouvait s'y attendre, c'est la reprise de Porcupine Tree, “Dislocated Day”, qui remporte le plus franc succès. Son côté plus ‘metal’ envoie le public au 7ème ciel, la majorité des fans ondulant doucement dans un lent mouvement de 'headbanging’.

‘La prochaine chanson est la plus difficile’, annonce d'emblée Wilson... ‘So, guys, don't f*ck up!’ C'est en effet une ‘impossible corde raide’ (“Impossible Tightrope”) que les musiciens franchissent avec maestria. On aurait peut-être préféré un autre titre que celui-là, vu qu'il présente des redites par rapport à “The Overview” (la vidéo) et qu'il manque de véritables mélodies. Heureusement, Wilson se rattrape, et de merveilleuse façon, grâce à “Harmony Korine”, une composition issue de son premier opus solo, “Insurgentes”: ‘Un album très important pour moi’, précise l'artiste. Le concert s’achève par "Vermillioncore", un instrumental jubilatoire, une apothéose incandescente.

Au moment du rappel, Wilson souligne qu'il ne possède pas de véritables hits, mais introduit quand même “Pariah” comme une chanson qui ‘aurait pu devenir un hit dans un univers parallèle’. Il faut dire que tout prédisposait la compo à faire mouche dans les charts. Car elle est basée sur la même série d'accords que “Purple Rain” et lorgne efficacement sur le “Don't Give Up” de Peter Gabriel, la chanteuse israélienne Ninet Tayeb apparaissant sur l'écran pour le 'contre-chant'. "Ancestral" clôture la soirée, bien que certains auraient préféré l’éclat tragique de "The Raven That Refused to Sing", que Wilson lui-même considère comme sa plus belle composition.

Finalement, ce qui frappe dans ce concert, c’est la capacité de Wilson à condenser les différentes périodes de la carrière en une encyclopédie sonore. On y retrouve les crescendos dramatiques de Porcupine Tree, des échos spatiaux, une touche d’indie-pop, mais jamais l’ombre du passéisme. Wilson ne regarde pas en arrière ; il projette sa musique vers un futur incertain, où le rock progressif devient un miroir de notre place dans l’univers, un chant fragile face à l’immensité cosmique…

Setlist :

Set 1 - The Overview :

Objects Outlive Us

The Overview

Set 2 :

The Harmony Codex

King Ghost

Luminol

What Life Brings

No Part of Me

Dislocated Day (Porcupine Tree song)

Impossible Tightrope

Harmony Korine

Vermillioncore

Encore :

Pariah

Ancestral

(Organisation : Live Nation - Accréditation: Cirque Royal)

Linea Aspera

La nouvelle ‘new-wave’ de Linea Aspera fait de belles vagues au Botanique…

Par un doux vendredi printanier, le Botanique dévoile une superbe affiche, où s’entrelacent les volutes sombres et envoûtantes de la new-wave, de la darkwave et de la synthpop. En cette soirée riche de promesses, votre chroniqueur, humble serviteur du webzine qui vous est cher, peut afficher une discrète fierté : il a eu l’honneur de contribuer, en tant que conseiller, à l’élaboration de ce programme d’exception.

Les premières notes résonnent à 20 heures précises dans la salle du Musée, déjà nimbée d’une foule attentive. C’est Luminance, projet porté par le talentueux DA, qui ouvre le bal. Ce Français, établi depuis plus d’une décennie dans notre capitale bruxelloise, tisse une toile sonore d’une richesse captivante, où la synthpop s’habille d’échos ténébreux. On y perçoit les ombres de Depeche Mode, les harmonies de Martial Canterel ou encore la pop fiévreuse de Taxi Girl, le tout relevé d’un chant onirique, parfois teinté d’une mysticité troublante.

Ce soir, DA présente « Dragon Reine », son cinquième opus, à paraître sous peu chez Objetrouvé, label du Français Stéphane Argillet. Solitaire sur scène, entouré de ses synthétiseurs et de sa guitare, le musicien livre une prestation d’une intensité saisissante.

Des rythmes électroniques, d’une précision ciselée, enveloppent une voix travaillée par des effets multiples, alternant avec des nappes de synthés analogiques qui semblent flotter dans l’éther. Si la scénographie demeure sobre, DA, lui, s’affirme avec une aisance croissante. Sa présence, empreinte d’une subtile androgynie, évoque Automelodi, tout en élégance contenue. Parmi les joyaux de la soirée, la pièce éponyme « Dragon Reine » se distingue, flirtant avec les accents d’Indochine, mais dépouillée de toute arrogance. « Trop Fragile » et « Butterflies Someday » confirment la promesse d’un album d’exception : une musique aérienne, d’une finesse exquise, portée par une voix ensorcelante. Le son, d’une clarté irréprochable, doit autant au pré-mix réalisé par l’artiste sur scène qu’au travail magistral de Jeremie Bezier à la table de mixage. Durant ces trente minutes, hélas trop brèves, l’auditoire est transporté dans un univers de pur ravissement. Luminance, grâce à cet art qu’il peaufine à chaque opus, s’impose comme une figure majeure de la scène dark belge, un alchimiste des ombres et des sons (page ‘Artistes’ ici).

Après un entracte fugace, Linea Aspera prend possession des planches. Ce duo, formé par Alison Lewis, alias Zanias, chanteuse australienne établie à Berlin, et Ryan Ambridge, compositeur et claviériste anglais, incarne l’une des forces vives du renouveau de la vague 'wave' depuis 2010. En seulement deux elpees et quelques Eps, il a façonné un univers singulier, mêlant la froideur des sons analogiques à des harmonies d’une profondeur sidérante, sublimées par une voix féminine envoûtante, sensible et sensuelle. Notons, au passage, qu'Alison explore aussi des contrées plus intimes à la tête de son projet solo Zanias, où se croisent avant-pop et trance.

Ce soir, la chanteuse irradie dans un ensemble noir scintillant, tandis que Ryan, barbe fournie rappelant Rick Davies (de Supertramp), orchestre avec maestria un ballet de synthétiseurs et d’arpégiateurs. Le répertoire, véritable florilège de leurs plus belles compositions, met à l’honneur leur second opus à travers des titres tels que « Red Shift », « Solar Flare » et « Entropy », dont les accents cosmiques transportent l’auditoire dans des galaxies sonores. La voix d’Alison Lewis, d’une justesse irréprochable, s’élève avec une clarté cristalline, chaque note frappant l’âme avec une précision d’orfèvre. Absorbée par ses chants aux textes d’une intelligence rare, Zanias se métamorphose dès qu’elle le peut en une prêtresse frénétique, dansant avec une énergie sauvage de part et autre de la scène. Pendant Solar Flare, une compo dédiée à sa sœur, elle atteint un paroxysme d’émotion, se roulant au sol dans une transe incantatoire, tel un succube habité par ses démons intérieurs.

Le public, ensorcelé, ondoie au gré des nappes synthétiques, frissonnant à chaque inflexion de cette voix magnétique. « Attica » s’aventure brièvement sur les terres de l’EBM, avant que « Malarone » et « Reunion » concluent le concert dans une apothéose synth-pop. À l’issue de cette performance, comblé, l’auditoire quitte la salle, non sans un léger regret : une telle affiche aurait mérité une foule plus vaste, dans une enceinte comme l’Orangerie. La ‘nouvelle new-wave’, malgré ses charmes, demeure l’apanage d’une niche de passionnés, trop peu nombreux. Puisse une nouvelle génération de 'wavers' raviver la flamme de ce genre qui, depuis plus de quarante-cinq ans, continue d’enchanter les âmes sensibles à la beauté de l’ombre…

Setlist Luminance :

Seigneur du Soleil Noir

Un Soupir de Trop (Crystal Magic 2021)

Trop Fragile

Dragon Reine

Butterflies Someday

 

Setlist Linea Aspera :

Preservation Bias

Red Shift

Hinterland

Entropy

Decoherence

Lamanai

Mycelium

Attica

Event Horizon

Malarone

Solar Flare

Reunion

Crédit photos : Ivo Moeys (Groovylinepics - Facebook)

Catherine Graindorge

Aux confins de la musique contemporaine, dans le sens le plus pur du terme…

Écrit par

Triple affiche, ce mercredi 30 avril, à l’Aéronef de Lille, puisque vont se succéder Catherine Graindorge, entourée d’invités, dont le chanteur d’And Also The Trees, Simon Huw Jones, puis le projet de l’ex-drummer de Cure, Lol Tolhurst, et enfin le Miki Berenyi Trio, soit le dernier groupe de l’ancienne chanteuse de Lush et de Piroshka.

Réunissant des quinquas, des sexas, mais également des spectateurs de moins de 20 ans, le club est bien garni.

Violoniste et chanteuse, Catherine Graindorge poursuit donc son périple, entamé en 2023, dans le cadre de sa création, ‘Songs From The Dead’.

Ce soir, elle est épaulée par un préposé à l’harmonium à soufflet, au piano et aux synthés, un contrebassiste/violoncelliste/bassiste, un drummer, sa fille aux chœurs (en début et en fin de set) ainsi que de Simon Huw Jones au micro.

Et l’entrée en matière est magnifiée par les superbes harmonies vocales. Catherine se crée régulièrement des boucles à l’aide de sa voix ou de son instrument, dont elle pince les cordes, alors que Simon vient tour à tour déclamer ou chanter des textes poétiques empreints de romantisme. Pourtant, en milieu de parcours, elle loupe (NDR : oui, le jeu de mots est facile…) une boucle. Ce qui déclenche l’hilarité chez les musicos.

Les compos sont raffinées, souvent cinématographiques, mais complexes. Elles varient au gré des fluctuations chatoyantes ou stridulantes de l’archet. L’expression sonore navigue même parfois aux confins de la musique contemporaine, dans le sens le plus pur du terme.

Mais l’apothéose viendra du final, au cours duquel, tramé sur des accords de piano, et avec le retour de la fille de Catherine, les trois voix vont se conjuguer en une harmonie presque céleste…

Après le concert, votre serviteur a eu l’opportunité d’échanger quelques mots avec Simon (Justin son frère était également présent dans la salle). On a ainsi appris qu’un nouvel album d’And Also The Trees était en préparation et qu’il devrait sortir début 2026. (Photos Ludovic Vandenweghe ici)

Place ensuite au projet de Lol Tolhurst. Un trio qui implique un bassiste et son fils Gray (NDR : il milite aussi chez Topographies) au chant et à la guitare.

La setlist enchaîne huit reprises dont une du Miki Berenyi Trio, à laquelle participe la chanteuse et le sixcordiste (NDR : pour être précis, il collabore à deux morceaux de la setlist), et sept de The Cure. Ce qui provoque un bel enthousiasme chez les nostalgiques, qui se lancent même, en fin de parcours, dans un pogo. 

Gray (NDR : on dirait un frère à Sean ou Julian Lennon) ne se débrouille pas trop mal à la gratte. Ses envolées atmosphériques voire filandreuses sont susceptibles de rappeler celles de Robert Smith, mais pas sa voix, trop mielleuse.

Aux drums, Lol ajoute des fioritures à la boîte à rythmes, qui surchargent inutilement la musique…

On est loin du projet expérimental Tolhurst - Budgie - Jacknife Lee qui a accouché du remarquable opus, « Los Angeles », en novembre 2023… (Photos Ludovic Vandenweghe là, page 'Artistes' ici)

Setlist :

The Holy Hour (The Cure song), A Forest (The Cure song), Siamese Twins (The Cure song), A Strange Day (The Cure song) (with Miki Berenyi), Stranger (Miki Berenyi Trio cover), The Hanging Garden (The Cure song), All Cats Are Grey (The Cure song), 10:15 Saturday Night (The Cure song)

La soirée s’achève par le Miki Berenyi Trio. Qui se produit, sans batteur. Cause à effet ? On n’en sait rien, mais faut se rappeler que même s’il s’est brièvement reformé en 2015, c’est le décès du drummer, Chris Acland, en 1996, qui a provoqué la fin de Lush.

Miki se charge du chant et joue sur une guitare à 12 cordes. Le line up est complété par Oliver Cherer à la basse et le mari de Miki, KJ. McKillop, qui a sévi chez Moose, dans les nineties, à la guitare. C’est lui qui déclenche les échantillons et les pièces de la boîte à rythmes.

Shoegaze aux guitares aux sonorités chargées de reverb et aux harmonies vocales éthérées soignées, la musique repose sur une solide structure, mais trop uniforme, elle finit par lasser. Rien à faire, l’apport d’un préposé aux fûts serait salutaire et donnerait aux compos davantage de relief. Et les reprises de Lush ainsi que celle de Piroshka en sont les plus belles démonstrations. En outre, le volume sonore dépasse régulièrement le 100 db. Pas des conditions idéales pour apprécier un concert. Si bien qu’aux trois-quarts du set, on a préféré tirer notre révérence… (Photos Ludovic Vandenweghe ici et page Artistes là)

Setlist :

Hurricane, For Love (Lush cover), Vertigo, A Different Girl, Undertow (Lush cover), Gango, Kinch, Manu, 8th Deadly Sin, Ubique, Leaves Me Cold (Lush cover), Scratching at the Lid, (Piroshka cover), Big I Am, Baby Talk (Lush cover), Ladykillers (Lush cover)

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Giac Taylor

Varié et percutant…

Écrit par

Une petite salle cosy vient de s’implanter dans la cité de La Louve : l’Abtract. Elle est idéalement située le long de la chaussée Paul Houtard, à Houdeng. Ce petit club peut accueillir jusqu’à 150 personnes. Essentiellement destinée aux événements ‘techno’, elle est également susceptible d’accueillir des concerts rock, punk ou garage, régionales.

Une bonne centaine de spectateurs s’y presse ce samedi 19 avril pour assister au concert de Giac Taylor. La première partie est assurée par Dave Gordon. Après le set de la tête d’affiche, un DJ local - déjà passé par Tomorrowland - prendra le relais pour une after-party.

Giac Taylor est le projet solo de Panarisi Giacomo, alias Romano Nervoso, un groupe considéré comme le fondateur du rock spaghetti. Tout commence en janvier 2021, lorsque ‘Il Signore’ Panarisi décide de profiter du confinement et de la crise sanitaire pour s'isoler dans un studio en compagnie de son acolyte, l'ingénieur du son Moorad Agjij. En un sommet de créativité, il réalise le dessein dont il a rêvé depuis longtemps : enregistrer un album solo en moins d'une semaine. Le concept était simple : se lever tôt pour écrire des chansons et les enregistrer le soir, le tout en sept jours Ce qui explique le nom du projet, ‘One Week/One Record’ (une semaine, un disque). De cette expérience sont nés quatre albums : « First Of All... Fuck You » en janvier 2021, « Jesus Loves You But I Don't » en mars 2021, « Dead Man Shoes » en juin 2021 et « The Last Sicilian Standing » en décembre 2021. Enregistré en moins de 24 heures, ce dernier est paru ce 14 février. Un elpee qu’il est venu défendre ce soir.

Place d’abord au supporting act. Dave Gordon. Un quatuor également originaire de La Louvière. Un groupe impliquant un chanteur, un guitariste, un bassiste et un drummer. Un line up classique, pour un combo de rock qui déverse une solution sonore aux sonorités distordues, puisant ses influences dans le punk et le grunge, le tout agrémenté d'un zeste de citron… (page ‘Artistes’ ici) 

Sur scène, le batteur/chanteur Panarisi Giacomo, l’âme de Giac Taylor, est accompagné de quelques amis musiciens expérimentés : le bassiste Diego Di Vito, le sixcordiste Mick Carro Torres et le claviériste/guitariste Angelo Gruttadauria.

Entre le premier morceau du concert, « Armchair Warrior » (également titre d'ouverture de son dernier opus), et les derniers accords féroces de l’avant-dernier titre, une version ‘extended’ de « Italian Abduction », devenue sa signature, Giac Taylor va livrer une expression sonore variée, oscillant du stoner au psychédélisme, en passant par le rock old school, le punk garage, et du spaghetti rock (une bonne ration quand même).

Et notamment le fluctuant « Path Of Love », le percutant « The Witch », « The War Of The World », sculpté dans le trash metal, « Grim Reaper », caractérisé par sa ligne de basse nerveuse et l’incendiaire « The Blame ».

Derrière ses fûts, lorsqu’il n’emprunte pas les intonations de Rob Zombie (Fuzztones), Giacomo hurle à pleins poumons. Une performance réellement aboutie, au cours de laquelle Giac Taylor nos a entraîné dans un voyage imaginaire sis quelque part entre le désert de Californie (et pourquoi pas à Joshua Tree, au studio Rancho de la Luna) et l’univers des films d’horreur des sixties...

En 60 minutes, les compositions se sont succédé à un rythme frénétique.

Une superbe prestation.

Setlist : « Armchair Warrior », « Path Of Love », The Witch », « War Of The World », « The Last Sicilian Standing », « Grem Reaper », « May Satan Blees You », « I Hate Drums », « The Blame », « The Italian Abduction », « Stronger Man ».

(Organisation The Abstract)

Page 5 sur 133