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(The) Nits

Dans la machine à remonter le temps…

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The Nits, c’est un peu le groupe qui a donné le goût de la musique, à votre serviteur. Inconsciemment d’ailleurs. C’est une certitude. Car les Bataves figuraient parmi les petits favoris de mon paternel, qui ne cessait d’écouter leurs nombreux albums, durant mon enfance. Aussi, lorsque je me suis penché davantage sur la discographie du band, il y a six bons mois, la plupart de leurs chansons, je les connaissais. En outre, j’éprouvais un grand plaisir à les réécouter. Une magnifique redécouverte. Et j’ai ressenti une irrésistible envie d’aller revoir la formation en concert. Comme elle se produisait à Ath, l’occasion était donc belle... Un concert programmé dans le cadre d’une tournée, mise sur pied, peu de temps après avoir soufflé ses 40 bougies. C’était en 2014.

Le Palace est d’ailleurs copieusement garni ce vendredi 3 avril. Mais je dois rapidement constater que je suis le plus jeune dans la salle. Enfin presque, car à l’instar de mon paternel, début des années 2 000, lors de leur passage à l’AB, des parents ont également emmené leur progéniture. Je prends donc place au troisième rang, en espérant voir rejaillir certains souvenirs. D’habitude, je n’aime pas trop m’asseoir pour assister à un concert ; mais ce soir, c’est obligatoire. Il faudra donc s’adapter.

Aucune première partie n’est prévue ; et vers 20h10 les Amstellodamois montent sur l’estrade et attaquent « dA dA dA ». Une chanson qui date du début des années 90 et qui lève le voile sur l’orientation de la set list, très rétro, alors que le trio vient de publier un nouvel elpee, en 2012. Mais c’est après les premières notes du superbe « Nescio » que le public se rend enfin compte du voyage qu’il va effectuer dans le temps. Les acclamations sont vives et le morceau, chanté en italien, rappelle à quel point les Nits sont doués pour innover. Aucun album ne sonne comme un autre. Et ils en ont gravé une vingtaine. Pour de nombreux morceaux, le jeu opéré par Henk Hofstede sur les langues, en est une des preuves les plus flagrantes. Et si au départ, le band surfait sur la vague de la new wave, au fil des années, sa palette sonore s’est considérablement enrichie.

Mais revenons à nos Oranges. Les trois compères sont radieux. Aucune lassitude ne se lit sur leurs visages. Henk aime toujours autant se poser entre deux titres, afin de raconter une anecdote, souvent croustillante ; ce qui provoque régulièrement de petits éclats de rire, parmi l’assistance.

Manière originale d’encourager la participation de leur audience, les Nits proposent, plusieurs fois durant le spectacle, le choix entre deux chansons de leur répertoire. C’est ainsi que des compos comme « The Bauhaus Chair » ou mon petit préféré, « Adieu, Sweet Bahnof », trouvent finalement leur place dans la set list.

Dommage quand même cette pause d’une demi-heure, imposée en plein milieu du show. Si on peut comprendre cet entracte, nécessité par l’âge des musiciens, il m’a complètement sorti du concert ; et j’ai éprouvé les pires difficultés à m’y replonger. Ne parvenant d’ailleurs plus à apprécier la suite, de la même manière… 

Après 1h45 de prestation et 30 minutes de break, le combo se retire, avant de revenir pour interpréter deux titres-phares oubliés jusqu’alors : « In The Dutch Mountains » d’abord et « JOS Days » pour conclure.

Nous avons accompli un voyage de deux heures, dans la machine à remonter le temps, en compagnie des Nits. De quoi convaincre l’auditoire qui leur a réservé une longue ‘standing ovation’ de plus de cinq minutes. Malgré leurs 4 décennies de carrière, leur public est demeuré fidèle. Et après ce spectacle, la situation n’est pas prête de changer…

(Organisation CC Ath)

Steel Panther

Des bêtes de sexe, peut-être… de scène, sûrement !

Écrit par

Après avoir écumé les bars américains à coups de reprises de Glam Metal des années 80, les amis d’école de Metal Skool décident de composer leurs propres morceaux et deviennent, en 2008, les Steel Panther. Reconnus pour leur humour franchement décalé, portant essentiellement sur leur côté festif, la drogue et le sexe à outrance, les Américains ont la réputation de dispenser des shows explosifs et totalement déjantés. Ils avaient mis une fameuse ambiance, lors de leur dernier passage en Belgique, au Graspop Metal Meeting, en 2014 ; mais quid de leur première date à l’Ancienne Belgique ? Immersion au cœur des paillettes et du troisième degré en dessous de la ceinture.

Alors que je m’attendais à croiser un public plus âgé, nostalgique de l’âge d’or du Glam Metal de la fin des 70 et du début des années 80, marquées par Twisted Sister, Mötley Crue ou encore W.A.S.P., c’est au contraire un public majoritairement dans la vingtaine qui a répondu ce soir à l’appel des glammers. Deuxième surprise : il y a très peu de monde à l’ouverture des portes. Impossible pourtant que la foule ne se soit pas déplacée pour applaudir les Yankees potaches… La raison procède peut-être de l’absence d’une première partie ‘consistante’. D’ailleurs, le public va affluer progressivement jusqu’à finalement transformer le show en spectacle sold-out. Mission réussie.

Sur l’estrade, sont disposées deux toiles tendues sur des armatures métalliques. Sur l’une d’elle figure l’inscription ‘The Lounge Kittens’ en lettres néon multicolores ; sur l’autre, les initiales ‘TLK’, toutes aussi bariolées. Trois femmes montent sur les planches, vêtues d’une tenue moulante rayée verte et noire. Seul un petit piano trône sur l’estrade. Et là… surprise : sur une rythmique digne d’un twist complètement déjanté, les trois demoiselles vont reprendre pendant une demi-heure des classiques du Metal ; depuis Slipknot à Iron Maiden, en passant par Metallica, Limp Bizkit, Papa Roach, System of a Down, mais aussi Queen, Bob Marley ou encore Prodigy. De véritables ovnis. Se réappropriant totalement les chansons, toutes trois ont chauffé l’ambiance à coups d’humour, de stéréotypes et de folie, le tout dans un style cabaret décalé. Une ouverture de show atypique, dont la sauce a peut-être eu du mal à prendre au début tant ce genre d’‘opening act’ est unique en son genre. Mais au final, un bon moment de bonne humeur. De quoi mettre en appétit avant un show qui va glisser directement à la troisième vitesse, en matière de facéties décalées.

Un voile bleu, similaire à de la soie, cache l’ensemble de la scène de l’Ancienne Belgique. La fosse, mais également les gradins, sont à présent bien remplis. La salle est plongée dans le noir lorsque retentit « Runnin’ with the Devil » de Van Halen. L’ambiance monte crescendo, atteignant son apogée à la fin du morceau, lorsque retentissent des coups de batterie. Les premières notes de « Pussywhipped » s’envolent et font tomber le voile, laissant apparaître les membres du band en grande forme. Vous voyez Slayer ? Faites-en un cliché en négatif et vous obtiendrez l’image qui correspond le mieux à Steel Panther. A la virilité exacerbée à coups de laque, pantalon moulant, lifting et gestes obscènes à outrance, les membres n’hésitent pas à stéréotyper et à amplifier le mouvement Glam. Tout sourire et les yeux un peu plus ouverts que la normale, vêtu d’un pantalon noir ultra serrant étoilé et d’un t-shirt à tête de chat, Michael Starr enflamme directement le public. Et le band d’attaquer « Party Like Tomorrow Is the End of the World », issu de son dernier opus, « All You Can Eat » (qui est en outre l’appellation de la tournée). Michael exécute ses mimiques, en triturant son micro, tel un phallus en érection. Le bassiste, Lexxi Foxx, le plus efféminé des rockers, se dandine dans son cuir pailleté et lance des regards appuyés à la foule, tenant sa bouche en cul de poule. Satchel, quant à lui, le guitariste musclé, légèrement vêtu d’un treillis déchiré de partout, manie sa guitare vigoureusement, tout en lançant des clins d’œil aux premiers rangs, pour le bonheur de ces dames médusées. Plus discret, le puissant Stix Zadinia, bandeau autour de la tête pour tenir ses cheveux, se contente de marteler les fûts de sa batterie, élevée sur un podium.

Les Steel Panther sont également reconnus pour leurs blagues commises pendant leur show, prenant le temps de se vanner l’un l’autre tout le long du set. Exprimant la plupart du temps des propos à connotations sexuelles, ils se plaisent à évoquer la taille de leur sexe, se rappeler qui ils ont baisé la nuit dernière ou encore savoir qui s’est envoyé la mère, la fille ou la grand-mère des filles qu’ils ont connues. Finesse, quand tu nous tiens. Une part belle du concert sera consacrée à leur second LP, paru en 2009, « Feel The Steel », à travers les tubes tels que « Asian Hooker », « Eyes of a Panther » ou encore « Death to All but Metal ». Récemment questionné pour savoir si, vu leur renommée importante, le groupe allait enfin écrire des chansons un peu sérieuses, la réponse de Michael Starr avait été très explicite : ‘Non ! On veut uniquement se marrer et on va toujours plus loin. On a décidé qu’on prendrait toujours notre pied et qu’on ne se prendrait jamais au sérieux’. Du fun à la Steel Panther, c’est aussi inviter un maximum de filles sur le podium lors du morceau évocateur « 17 Girls in a Row », où les plus aventureuses (et plantureuses) se sont ruées sur la stage afin de rejoindre, parfois de manière très proche, les Américains. Les plus échauffées ont atteint Michael Starr, s’y frottant de manière suggestive avant de dévoiler leur poitrine, pour le plus grand plaisir des mâles, dans la fosse. Le chanteur va même comparer les nichons des deux nanas, présentant l’une comme la version post-chirurgie esthétique de l’autre. Une attitude stéréotypée qui s’assoit parfois sur le respect et glorifie pompeusement le machisme, mais ne semble pas affecter les donzelles montées sur l’estrade.

Steel Panther ne manque également pas de régler ses comptes avec le rappeur Kanye West. Car ce dernier leur aurait manqué de respect lors de la remise d’un Grammy Awards. Avant de démarrer le morceau « Kanye », les artistes invitent la foule à entonner en chœur un ‘Fuck Kanye’ tout à fait suggestif. Cette revanche passée, les glammers poursuivent par « Weenie Ride » ou encore « Why Can’t You Trust Me », issus de leur elpee « Balls Out », au cours duquel Michael Starr s’amuse à lancer son chapeau que rattrape au vol Stix Zadinia, de sa baguette. Les filles de The Lounge Kittens –qui terminent le supporting act de la tournée Steel Panther, ce soir– sont conviées à rallier la tête d’affiche pour attaquer « Girl From Oklahoma », et de poursuivre par la reprise du « Ain't Talkin' 'Bout Love » de Van Halen.

‘You’re absolutely amazing tonight, Belgium. I must admit, it’s the best show of our career’. Bon, on continuera à prendre sa déclaration au troisième degré, en évitant de penser que le frontman doit certainement avoir le même discours lors de chaque prestation. La scène est plongée dans le noir, seul le backflag à l’effigie du band reste éclairé par des spots de couleur bleue. Les spectateurs en redemandent, hurlant un ‘We want more’ avant de reprendre tel un seul homme le refrain de « Party All Day (Fuck All Night) ». Après un long moment d’attente, Michael Starr et Satchel finissent par réapparaître et abordent « Community Property », puis leur tube réclamé par la foule pendant le rappel, laissant un auditoire désormais rassasié après quasi deux heures de show explosif. Vu le niveau des lyrics et l’attitude qu’on qualifiera sans limite dans l’obscénité, ce type de projet n’aurait jamais dû dépasser le stade de la reconnaissance locale. Mais comme les membres de Steel Panther sont de redoutables musicos, ils parviennent à relever le défi d’enchaîner les bêtises et les blagues potaches en se servant de compositions puissantes et accrocheuses. Personne (ou du moins, peu de monde) ne peut vraiment confirmer qu’ils sont, comme ils le prétendent, des bêtes de sexe. Mais toute l’Ancienne Belgique a bien conclu, jeudi soir, que les Steel Panther étaient définitivement des bêtes de scène. (Voir aussi la section photos ici)

Tracklist : Pussywhipped, Party Like Tomorrow Is the End of the World, Fat Girl (Thar She Blows), Tomorrow Night, The Shocker, 17 Girls in a Row , Gloryhole , If I Was the King, Ten Strikes You're Out, Kanye, Weenie Ride, Stripper Girl, Why Can't You Trust Me, Girl From Oklahoma, Ain't Talkin' 'Bout Love, Asian Hooker, Eyes of a Panthers, Death to All but Metal, Community Property, Party All Day (Fuck All Night)

(Organisation : Ancienne Belgique)

U.D.O.

Flash-back sur 29 ans de carrière !

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Grosse affluence, ce mercredi soir, en la salle De Kreun, à Courtrai. Et pour cause, l’Alcatraz Club Show a programmé U.D.O., une grosse pointure du Heavy Metal. Suite à un virage musical opéré par Accept en 1987, son fondateur et chanteur Udo Dirkschneider quitte le navire et fonde un groupe qui portera son nom, U.D.O.. Des vieux de la vieille à qui il ne faut certainement plus la raconter. Immersion dans les champs de bataille du Heavy Metal.

La progression dans les tranchées commence dès que je pénètre dans la Cité des Eperons d’Or. Manque de bol : la kermesse foraine annuelle squatte la Place du Conservatoire, me contraignant à rechercher une place de parking dans les environs. Après avoir tourné, tourné et encore tourné, je parviens enfin à dénicher une aire de stationnement. Résultat : dix minutes de retard par rapport au timing prévu. Je parviens enfin à rejoindre ma destination, surpris par la belle affluence. Vu le nombre de tempes grises croisées, les enfants sont restés à la maison.

Quatre hommes longuement chevelus squattent l’estrade, vêtus de pantalons en cuir, denims et t-shirts ou gilets sans manche. Du haut de leur stature de conquérants typés old-school, headbanging de rigueur, les membres de Garagedays ont insufflé un premier souffle de Heavy pêchu et rentre-dedans. Pendant quarante minutes, les Autrichiens, responsables de deux opus studio, ont effectué un premier tour de chauffe des metalheads présents, fans des sonorités du triton de la première heure. ‘We had fun tonight, it’s now time to drink some beers with you’, lance Marco Kern à l’auditoire, avant que l’ensemble du groupe ne le salue tout en promettant de revenir bientôt.

Changement de décor, à l’exception de la batterie qui reste en place. Deux roll-ups sont placées de part et d’autre de la scène, représentant un squelette drapé, mains jointes et tenant sous le coude un obus sur lequel est inscrit : ‘God forgives… I don’t’. Tout un programme ! Les musiciens prennent petit à petit place sur l’estrade. Yeux maquillés et t-shirt déchiré à l’effigie du groupe, le bodybuildé batteur (de remplacement, apparemment) du band prend place derrière ses fûts, suivi du géant suédois Andreas Strandh et de Jimmy Hitula, respectivement bassiste et guitariste de Sister Sin. « Food for Worms », titre d’ouverture de leur dernier elpee, « Black Lotus », démarre par la même occasion ce set et Liv Jagrell, toute de cuir et de résille vêtue, opère son entrée et agrippe son pied de micro. Quelle voix et quelle hargne ! Un show dense d’une quarantaine de minute de Heavy musclé et percutant, auquel le public répondra très favorablement. ‘Fight Song, Fight Song’, lance un spectateur, quelque peu invasif, entre chaque morceau. Un titre qu’il finira par obtenir à la fin du show, avant que Liv s’en aille rapidement en coulisse afin de prendre son téléphone portable et faire un selfie avec la fosse. La setlist s’ouvre et s’achève par des titres de leur dernier opus, « Sail North », clôturant cette prestation haute en couleurs des Suédois. Un très bon moment et une agréable découverte (photos ici)

A peine les dernières notes de sa partition exécutée, le guitariste de Sister s’empresse de déposer son matériel et de déplier le roll-up à l’effigie du groupe, qui le suit. Tout doit être rapidement prêt pour accueillir les icônes de ce soir, U.D.O.. Un podium aménagé pour l’occasion tel un baraquement militaire, du filet camouflage recouvrant les murs et les planches sur lesquelles est posée l’impressionnante batterie de Sven Dirkschneider, qui n’est autre que… le jeune fils de 21 ans d’Udo, vocaliste et fondateur du band. Comme quoi, il n’y a pas que Max Cavalera qui recrute au sein de sa famille… Côté mise en scène, c’est la première fois que sont installées des barrières Nadar entre la ‘stage’ et le public. Et c’est bien dommage, car ce dispositif n’avait pas été dressé lors des deux show précédents. Pourquoi établir cette distance, quand on sait que le Heavy pratiqué par Udo, certes pourtant direct et puissant, n’invite pas spécialement à se lancer dans le crowd surfing ?

Bière à la main, les nombreux spectateurs sont à présent plongés dans le noir. Des spots bleus tournoient dans les airs et des bruits de sirène mêlés aux vrombissements d’avions de guerre envahissent l’espace sonore. Le fils Schneider prend possession de sa batterie et flagelle ses cymbales, sous les éclairs des stroboscopes aveuglants. Le guitariste Kasperi Heikkinen et le bassiste Fitty Wienhold (plus ancien du band, actif depuis le break de la formation entre 1992 et 1996), montent sur le podium et occupent la moitié gauche de la scène, Andrey Smirnov, second guitariste, s’appropriant celle de droite. Harrison Young, également nouvelle recrue d’U.D.O., siège derrière son clavier, à côté de la batterie. Une proximité apparemment autant physique qu’affective, car les deux nouveaux venus vont prendre un malin plaisir à se taquiner tout au long du concert. « Speeder », titre d’ouverture de leur dernier opus, publié au début de cette année 2015, lance les hostilités. Udo Dirkschneider fait son apparition –veste, pantalon et chaussures militaires de rigueur– et vient se planter à droite, en retrait. Place qu’il ne quittera guère, car manifestement, ce n’est pas le type de frontman à arpenter l’espace scénique pendant le show. Une disposition des artistes quelque peu atypique, mais bon, why not ? Petit par la taille mais réellement impressionnant par sa puissance vocale, Udo fait claquer sa voix rauque et aigue. Du haut de ses soixante-deux balais, l’homme respecté du Heavy Metal n’a rien perdu de sa superbe. Il suffit d’observer les chanteurs pendant leurs concerts pour se rendre compte que quelques-uns ont fréquemment besoin de sprays ou autre remèdes magiques pour pouvoir tenir le coup. Udo, quant à lui, n’aura recours pendant son set (de plus de nonante minutes) qu’à… deux gorgées d’eau. Respect !

A peine le premier morceau terminé que s’opère un brusque retour vingt-cinq ans en arrière, grâce à « Blitz of Lightning », tiré de « Faceless World », paru en 1990. Kasperi Heikkinen, fermement agrippé à sa gratte, ne cesse de fixer le public, en affichant un sourire mi-fou, mi-démoniaque (un peu à la Joker, dans Batman, vous voyez ?) et de pointer de son index toute personne le photographiant, n’hésitant pas à jouer le jeu en prenant des poses stéréotypées, au grand bonheur des photographes présents. On revient ensuite aux compositions contemporaines, et notamment « King of Mean » ainsi que « Decadent ». Le combo ne fait pas dans la dentelle. C’est lourd, c’est rapide et ça flaire le cuir et la testostérone. Tout est précis et calculé. Ces gars-là ne sont pas venus pour rigoler, non plus. Autant l’aspect visuel que musical reflète un aspect martial. Autre fait intéressant à remarquer : Udo Dirkschneider est un artiste qui vit sa musique. Quand il chante, c’est tout son corps qui se contracte sur lui-même, fermant la plupart du temps les yeux, comme pour procurer le max d’énergie à sa voix. Et quand il se tait, ce sont ses muscles du visage qui se contractent au rythme des riffs Heavy. A de nombreuses reprises, il va se planter auprès de ses musiciens, scrutant les va-et-vient sur les manches de guitare tout en effectuant des mimiques, telles que la déformation des traits de la bouche ou des plissements d’yeux on ne peut plus expressifs. Une complicité qu’il partage également quelquefois avec son fils, de manière quasi pudique, en lui envoyant notamment à la figure son bouchon de bouteille d’eau, provoquant l’hilarité des deux compères. 

Les spots s’éteignent et deux pieds sont placés à l’avant de l’estrade, sur lesquels reposent deux guitares sèches. La scène se rallume dans un halo bleu et Harrison Young démarre au piano « Tears of a Clown ». Udo vient y poser une voix grave, calme et posée, démontrant par la même occasion une nouvelle facette de ses capacités vocales. Une parenthèse forte en émotions, véritable parenthèse sur le champ de bataille, accompagnée de douces mélodies à la guitare sèche. Et s’ensuit un second morceau plus calme, « Secrets in Paradise », profitant d’un switch justement dosé, signant le retour aux notes électriques.

Neuf long playings parmi les quinze que compte la discographie seront ainsi visités par les Allemands durant leur long set, passant en revue à la fin du show, « Pain », « Untouchable » et « Metal Machine ». Le groupe s’éclipse en coulisse et laisse le public le rappeler afin de lui accorder une dernière salve. Un rappel qui opère un retour dans le temps. Et tout d’abord, à travers « Break the Rules », issu de leur second LP, gravé en 1988. On aura ensuite droit à quelques reprises d’Accept, dont Udo, faut-il le rappeler, était le membre fondateur. Kasperi Heikkinen prend plaisir à se mettre à l’avant de la scène, démarrant chacune de ces compositions, entraînant à chaque fois une vive acclamation de la part de l’auditoire. « Princess of the Dawn », « I’m a Rebel » et « Fast as Sharks » viennent clôturer cette très belle prestation. ‘Thank you Belgium, you were amazing tonight’, proclame le vocaliste, en s’adressant à la fosse, avant de se pencher et de lancer un long cri aigu, venu de nulle part, en guise de signature d’icône du Heavy. L’emblématique et incontournable « Balls to the Wall » finira de mettre d’accord les fans d’old-school venus ce soir. Une prestation qui ne restera certes pas dans les annales pour son interactivité entre les musicos et la foule, mais bien parce qu’elle a brossé une carrière vertigineuse de vingt-neuf années, quasi sans interruption, de Heavy Metal dans toute sa noblesse. (photos là)

Setlist : Speeder, Blitz of Lightning, King of Mean, Decadent, Independence Day, Black Widow, Never Cross My Way, The Bullet and the Bomb, Under Your Skin, Tears of a Clown, Secrets in Paradise, Faceless World, Pain, Untouchable, Let Me Out, Metal Machine, Metal Eater, Break the Rules, Princess of the Dawn, I'm a Rebel, Fast as a Shark, Balls to the Wall.

(Organisation : Alcatraz Clubshows)

Fuzati

Le plus philanthrope des misanthropes

Écrit par

Alors que la pluie reprend ses droits, soufflant par bourrasques, Bruxelles s’éteint en se calfeutrant face à ces ennemis climatiques. Et pourtant, l’Orangerie accueille Fuzati, le félon du rap hexagonal. Une bonne occasion pour simplement se réchauffer et même davantage, car le Français va asséner une fameuse gifle à son auditoire, en le plongeant au sein d’un climat digne d’un sauna scandinave… 

Elvis Romeo assure le supporting act. Et il faudra certainement compter sur lui, dans le futur. Il a un fameux charisme. Tout en restant humble. Et nous livre des textes drôles et décapants, avec un accent bien bruxellois.

Quelques semaines plus tôt, il avait été programmé en première partie de Fauve, à l’AB. Et aujourd’hui, il a pour mission de chauffer la salle pour l’une de ses idoles. Même bagout, même esprit, même envie de communiquer sa joie de rapper. Il nous a tellement tapés dans l’œil (et l’oreille) que Musizcine vous proposera son interview, tout prochainement.

Pendant le premier quart d’heure du set, Junior Godfellaz balance une prod tranquille en mixant quelques bons morceaux (« As The World Turns », notamment) afin de faire monter progressivement la température. Faute de balcon, Romeo monte sur l’estrade et s’empare du micro, qu’il ne lâchera plus avant 20 bonnes minutes.

Il enchaîne « Mon Cousin Dégueulasse », « Le Capitaine », « Poignée de Punchlines », « Bruxelles c’est devenu la Jungle », « Nostalgie », et se paye même le luxe d’exécuter « Drôle de Décision », un morceau qui fait justement référence à Fuzati.

Mise en abîme, marque de respect, le show s’achève sur le coup de 20h40 alors qu’une première question me traverse l’esprit : pourquoi ces instruments sur l’estrade ???

25 minutes plus tard, la réponse tombe tel un couperet. Il n’y aura pas de Dj, mais 4 musicos. Ce petit enfoiré de Fuzati s’était bien gardé de nous prévenir de la surprise.

Si le loustic est là, c’est pour fêter le dixième anniversaire de la sortie de son premier elpee, « Vive la Vie ». Une ode frénétique au mépris, à la misogynie, la déprime, la solitude et l’onanisme.

Une décennie plus tard, il affiche toujours cette même désinvolture et manifeste encore cet éternel dégoût de l’être humain. Tant mieux, c’est sous cet aspect qu’il est le meilleur.

Le même masque blanc pour cacher son visage, il va nous proposer un spectacle de plus ou moins une heure, flanqué de son orchestre, nous replongeant dans une relation originelle, qui le liait à son public, en revisitant quelques uns de ses grands classiques (« Dead Hip-Hop », « Toute la Vérité », « Le Manège des Vanités », « Pas Stable », …)

Mais l’artiste ne s’est pas contenté de nous accorder la prod synthétique et basique de sa première galette. Il a voulu que le set prenne une excellente tournure organique. Son backing group se chargeant de l’aider à atteindre cet objectif. Tout en épinglant des plages issues de ses différents projets et long playings. Dont « Fin de L’Espèce», « Grand Siècle », « le Klub des 7 » et « L’Eponge ».

Le flow de Fuzati est impressionnant. Les musiciens s’éclatent, s’autorisent des solos à vous couper le souffle. Celui consacré par le claviériste au funky « Dead Hip Hop » est à tomber sur le cul.

Bouillant, l’auditoire se trémousse et reprend en chœur les abominations de l’artiste. Certains aficionados sont pratiquement en transe. De quoi presque vous foutre la trouille.

Fuzati démontre également qu’il a du talent comme instrumentiste, en nous réservant également son petit solo de clavier, avant d’entamer un freestyle croquignole issu de la track list d’Elvis Romeo qui était restée collée sur le plancher. Genre, rien à foutre, du moment qu’il y a des mots, on envoie le bois. Une autre manière de démontrer qu’il maîtrise ses textes à la perfection. 

Le rappel tombe vers 22h15 ; et 25 minutes plus tard, l’éclairage de la salle se rallume pour de bon.

C’était la première visite de Fuzati à Bruxelles. Il témoignera même de son étonnement de n’y avoir jamais mis les pieds. Et on espère que ce ne sera pas la première et la dernière fois.

Fuzati a autant surpris par ses qualités artistiques qu’humaines. En fait Fuzati est le plus philanthrope des misanthropes…

Set List :

Le Manège des Vanités (« Vive la Vie »)
Pas Stable («  Vive la Vie »)
Depuis que j’Etais Enfant (« Vive la Vie »)
L’Indien (« La Fin de l’Espèce »)
Un Peu Seul (« Vive la Vie »)
Dead Hip Hop (« Vive la Vie »)
Avec Les Larmes (« Vive la Vie »)
Sous le Signe du V (« Vive la Vie »)
Toute la Vérité (« Vive la Vie »)
Sinok (« Grand Siècle »)
Volutes (« La Fin de l’Espèce »)
L’Eponge (« Le Klub des 7 »)
-Freestyle-
Planetarium (« Grand Siècle »)
De l’Amour à la Haine (« Vive la Vie »)
Perspectives (« Vive la Vie »)

Rappel :

La Chute (« La Fin de l’Espèce »)
La Violence (« Grand Siècle »)
La Fin de l’Espèce (« La Fin de l’Espèce »)
Le Parapluie (« Le Klub des 7 »)
Destin d’Hymen (« La Fin de l’Espèce »)
Baise les Gens (« Vive la Vie »)

(Organisation: Botanique + Back In The Dayz)

 

Sean Rowe

Dans un monde parfait, cet homme serait une star…

Écrit par

Responsable d’un dernier album particulièrement réussi –et ce n’est pas une première– le bûcheron new-yorkais se produisait, ce jeudi 26 mars, à l’ABBox. Il y venait défendre son quatrième opus solo, un disque dont les compos se nourrissent autant de rock, de folk, de soul, que d’americana pur jus. 

Vu l’excellence de ses chansons, manifestement des tubes en puissance, l’artiste deviendrait une star, au sein d’un monde parfait. Et son titre, « Desiree », parfait exemple empreint d’une sensualité indicible, trusterait les charts pendant des mois, délogeant même, et sans difficulté, des hits aussi insipides que le surfait « Happy » de Pharrell Williams. Aussi, on a envie de crier à l’injustice, quand on constate que le natif de Troy (NDR : c’est dans l’Etat de New York) n’attire qu’un auditoire aussi famélique. Néanmoins, cette situation permettra au spectateur lambda de profiter le plus confortablement du concert.

Barbu, le troubadour déboule seul sur les planches. Ses cheveux sont retenus par un catogan. Il est armé d’une guitare semi-acoustique et se sert d’une pédale de distorsion. Il nous confie avoir brisé sa seconde gratte lors de son arrivée en Belgique, et explique que pour accorder sa nouvelle, il a décidé de diviser son set en deux parties. Malgré des cernes impressionnants autour des yeux, il déclare être heureux de se produire en Europe. Il est même très à l’aise. Sa voix de stentor est particulièrement profonde. Son répertoire puise au sein des trois derniers opus. Des compos qu’il interprète énergiquement et avec une sincérité réconfortante. Affichant un fameux charisme, il parvient à séduire son auditoire en variant les climats, parvenant même à faire oublier qu’il est venu, ce soir, sans le moindre musico pour l’accompagner. Le deuxième titre de sa setlist, le fameux « Desirree » est ainsi proposé dans une version épurée, bien loin de la luxuriance du morceau enregistré en studio. Le climax du spectacle est atteint lors du bouleversant « My Little Man », une chanson dédiée à son fils et la superbe reprise de « The River », issue de la plume de son mentor Bruce Springsteen. A cet instant, on a l’impression que le Yankee joue en compagnie d’un groupe. La fin du concert est proche. Et vu la performance on a le droit d’en vouloir davantage. Une petite heure d’un tel spectacle, ce n’est quand même pas suffisant. Il nous accordera quand même deux beaux titres, au cours du rappel, dont la cover du « A Girl Like You » d’Edwyn Collins et du « Chelsea Hotel » de Leonard Cohen, dont Rowe partage manifestement, certaines affinités vocales…  

Un show parfait, de bout en bout. Et un nouveau et simple précepte va dès aujourd’hui guider ma vie : ne plus jamais manquer un concert de Sean Rowe !

(Organisation Ancienne Belgique)

Virginia Wing

Comme un long fleuve trop tranquille…

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Détenteur d’un sésame, gagné haut la main chez nos amis de Rifraf (ben quoi, Noel Gallagher et Damon Albarn ne sont-ils pas copains comme cochons, à présent ?), je monte sur le pont de la péniche baptisée ‘Inside Out’, une embarcation amarrée depuis quelques années, sous la passerelle liégeoise.
Endroit insolite et au demeurant fort agréable pour assister circonstanciellement à une soirée endiablée ou comme c’est le cas ce soir, un concert au sein d’un climat feutré et quelque peu… tanguant.
Hélas ! Appelé à lever l’ancre prochainement, de manière définitive, le navire livre ses dernières représentations.
Mais pour l’heure, la jeune et prometteuse organisation PopKatari envahissait les lieux (elle remettra le couvert le 20 avril prochain et on vous en reparlera), pour une triple affiche aux douces effluves de champignons acidulés.
Capitaine ! Prêt à larguer les amarres ?

Accroché au bastingage, je prête une oreille aux premiers accents musicaux qui émanent du fond de la cale.

Intrigué, je descends les marches et me retrouve face à un quartet dont les musicos doivent avoir à peine dix-sept ans de moyenne, mais dont la gouaille et le talent efface vite toute trace d’immaturité prépubère.

Épatants de maîtrise pour l’un de leurs premiers concerts, les enfants de la région me font forte impression.

Si la somme de leurs influences semble confinée à un seul groupe, gageons qu’ils ne tarderont pas à se détacher de cette fratrie, même si fort élogieuse, elles sont encore un peu trop prononcées pour asseoir leur future réputation.

Bosko, dont le leader a une voix vraiment épatante, devrait donc bientôt percer au travers de la brume locale et dériver vers des eaux plus riches, en éveillant d’abord l’intérêt des fans d’Arctic Monkeys.

Puisque de singe il est question, commençons par celui qui dédaigne le dos de Willo, combo rouennais venu déposer ses rêves hallucinés, le temps de cette croisière, sur la Meuse.

« There’s No Monkey On My Back » ouvre en effet le set et démontre rapidement les limites du band, surtout sur le plan vocal. On cherche vainement l’émotion et rapidement l’ennui commence à vous envahir, comme un singe en hiver.

Les compositions sans réelle inspiration ne parvenant pas relever la sauce, le concert finit par provoquer ma fuite sur le ponton.

Peu de vent, pas d’embrun, ce groupe dont le style était annoncé quelque part entre celui de Grandaddy et des Flaming Lips, pour ses prestations énergiques, ne soulève guère de vagues.

Battant pavillon anglais, Virginia Wing approche enfin de l’embarcadère.

Escale portuaire avant de s’engager auprès de Notwist pour quelques dates outre-Rhin.

Placée en figure de proue, Alice Merida Richards et ses espadrilles (!) se fondent rapidement derrière ses synthés Korg ; mais sa voix trouve immédiatement place au milieu de réglages techniques imposés par un soundcheck hâtif.

Le psychédélisme post-kraut-pop parfumé d’essence nineties (oui, on pense effectivement à Stereolab), d’une belle efficacité sur disque (« Measures Of Joy » paru en novembre dernier) est censé prouver son potentiel sur scène, dépouillé des artifices du studio.

Si on ne tiendra pas trop rigueur à la formation pour les quelques approximations, notamment rythmiques dues, sans doute, à leur première date de leur tournée, on relèvera tout de même une sacrée perte de vitesse sur la longueur d’un set… qui n’aura duré que trente cinq minutes montre en main.

Plutôt emprunté et ne dégageant pas spécialement d’aura (le bassiste semblant si dépressif qu’on avait pris soin de retirer tout nœud marin des environs), la solution sonore s’enlise après le single « Marnie » et ne ressurgit des profondeurs du bassin liégeois que sur un final qui s’achève abruptement.

Sans l’ombre d’un rappel, les Londoniens filent alors en douce vers leur prochaine destination, nous laissant sur notre faim.

Si la péniche reste à quai, on attendait certainement que les artistes programmés ce soir, nous emmènent vers d’autres horizons.

Au final, ce sont les enfants du pays qui nous ont emportés au-delà de l’estuaire…

(Organisation : PopKatari)

 

Of Mice and Men

La révolution est en marche

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Considéré par le magazine anglais Metal Hammer, comme un des groupes phares de la nouvelle génération du Metal, Of Mice and Men se produisait ce mardi 24 mars, à l’Ancienne Belgique. Sa popularité n’est certainement plus à mettre en doute aux Etats-Unis, car il est considéré comme une des valeurs sûres de la scène californienne contemporaine ; cependant, il reste encore bon bout de chemin à accomplir pour s’imposer sur le Vieux Continent. C’est donc en toute curiosité (existentielle) que je me suis rendu au show des Américains, afin de constater le bien fondé des articles consacrés à un de ces piliers de cette nouvelle vague… Verdict.

C’est désormais devenu une habitude : si vous voulez assister à un show à l’AB et dégoter une bonne place, il faut patienter et faire la fille, vu que les portes ne n’ouvrent désormais plus qu’un quart d’heure avant le spectacle. Inutile de préciser que vous avez intérêt à vous dépêcher si vous voulez mettre vos effets personnel dans les casiers et arriver à temps pour voir le ou les groupe(s) d’ouverture. Pas de chance aujourd’hui : il pleut. Histoire de tuer le temps, j’observe la foule qui patiente à l’entrée. Manifestement, une majorité de jeunes sont venus, ce soir, supporter les Californiens. La ‘New Metal Revolution’ (dixit Metal Hammer) passe apparemment par de nouvelles recrues.

Les premières balles de cette soirée sont tirées par Volumes, band de Metalcore originaire de Los Angeles. Leur Hardcore est éclaboussé de sonorités Neo-Metal. Tout en empruntant des rythmiques vocales au rap, le chant est caractérisé par une alternance entre chant hurlé et clair. Les Yankees vont rapidement chauffer les premiers spectateurs présents. Il faut aussi avouer que ce n’est pas non plus l’affluence des grosses affiches. Pas de place assise et les balcons sont fermés. En outre, la fosse n’est remplie qu’à moitié. Il n’empêche que l’assemblée répond positivement et s’exécute lorsque le groupe l’inviter jumper, sur le rythme des djent riffs (type de riff particulier, initié par Messhugah et son guitariste Fredrik Thordendal ), propres à ce nouveau type de groupe de Metalcore. Pas de mise en scène particulière, les deux chanteurs emplissent l’espace et délivrent un set dense et musclé, à l’exception d’un morceau perdu en milieu de set, où le chant clair dominant vient quelque peu briser la tension communiquée au show. Saluons au passage cet instant intéressant où Volumes demande d’éteindre les lumières de la salle afin que le groupe ne soit plus éclairé que par les lampes de poche dont sont équipés la plupart des smartphones (nouvelle génération, je vous le disais, où la lumière des briquets fait place désormais à celle des portables). La salle s’illumine donc désormais d’une lumière blanchâtre, mouvant au rythme des headbangings, tel un gros spot qui serait actionné de haut en bas. Une bonne entrée en matière, certes pas révolutionnaire, mais qui a le mérite de planter le décor de la soirée. (Pour les photos, c’est ici)

Rechargez, armes ! Au tour de The Amity Affliction de prendre d’assaut la scène bruxelloise. Un large backflag, composé d’un cœur en cordes tressées et entouré du nom du groupe, tapisse l’arrière de la scène. Deux représentations de squelettes occupés à prier, drapés de noir, sont disposées de part et d’autre de l’espace. Issue de Brisbane, la formation australienne va nous proposer un set de Metalcore ultra mélodique, au chant clair prédominant, parsemé çà et là de touches électros. Malgré leurs douze années d’expérience, le quatuor va nous imposer un show répétitif, dont le calme des morceaux, lorgnant quelque fois vers le post-hardcore, viendra dégonfler l’ambiance insufflée par leurs prédécesseurs. ‘Belgium, you’re the best show of this tour’ balance Joel Birch, un des deux chanteurs du combo. Formulé sans grande conviction, cet éloge tombe un peu à plat. Il en ira de même pour le bravehart de faible intensité lancé quelques minutes plus tard, le style de musique se prêtant peu à ce type de rencontre musclée. Le public se réveille néanmoins, un peu (trop) tard, lors de l’avant-dernier morceau « Open Letter », extrait de l’LP « Chasing Ghosts ». Les deux chanteurs invitent l’auditoire à reprendre le refrain en chœur. Les spectateurs ne se feront pas prier deux fois et donnent de la voix. Une prestation en demi-teinte qui non seulement m’a laissé sur ma faim, mais surtout a fait redescendre l’ambiance de quelques degrés. (Pour les photos c’est là)

Fini de rigoler à présent. L’étrange masse placée en hauteur à l’arrière-plan, recouverte d’un tissu noir, est à présent dénudée, laissant apparaître la batterie de Valentino Arteaga aux deux grosses caisses frappées du logo du groupe. La salle est plongée dans l’obscurité, simplement éclairée par une lumière bleutée. Tel un coup de fusil, le backflag à l’arrière du podium se déroule, dévoilant une esperluette au milieu cercle. Des bruits d’ondes résonnent avant que ne déboule Austin Carlile, chanteur charismatique d’Of Mice and Men, qui hurle les premières paroles du morceau « Public Service Annoucement » : ‘You all have something to say - or something to ask – I don't live in a cage…’ Le public embraie directement et crie d’une même voix avec le vocaliste.  ‘… it's none of your business’. Ca y est, le coup d’envoi est donné et la machine se met en route.

Première impression : l’artillerie lourde est sortie, le son est percutant, propre, net et précis. Vêtu d’une chemise blanche recouverte d’une veste noire, Austin Carlile se débat comme un beau diable, déployant le registre de ses impressionnantes capacités vocales. Il faut attendre le second morceau, « Glass Hearts », pour qu’Aaron Pauley, bassiste et chanteur à la voix claire du band, ne s’avance jusqu’au bord de l’estrade. De nombreux groupes de Metalcore ou de Deathcore ont aujourd’hui recours à la voix claire, sans pour autant disposer d’un vocaliste capable de chanter juste. Facile de palier cette carence, à coups d’auto-tune, lors de séances d’enregistrement en studio. L’expérience se révèle par contre sans pitié lorsqu’il s’agit d’un live. Et force est de constater que si Aaron Pauley a une très belle voix, il la maîtrise parfaitement. Tout en épanchant une palette d’émotions particulièrement riche. En outre, elle est capable de monter facilement dans aigus. Franchement, c’est d’ailleurs la première fois que j’entends pareil organe, chez ce type de combo.

Aaron et Austin constituent par ailleurs un excellent duo, crevant la scène pratiquement rien qu’à eux deux, les autres membres du quintet se révélant plus discrets. Autant Aaron, au chant hurlé, possède un physique anguleux et marqué, autant Austin revêt une apparence plus ronde, tant au niveau de la voix que des traits. Une rencontre entre le dur et le doux. Et paradoxalement parfaitement complémentaire, procurant un agréable relief. Les trois elpees du band seront revisités, tout au long du show, en chronologie inversée, par ‘pack’ de chansons. Un concert intense, où le public ne pourra reprendre son souffle que pendant les noirs entre le passage d’un album à l’autre. ‘Belgium, you’re really incredible. Show us that you’re going to do the party with us. Show us !’, met au défi, pointant son index, le frontman du groupe, redoublant par la même occasion la frénésie ambiante dans la fosse.

Of Mice and Men ne bénéficie certes pas (encore) de la même popularité qu’aux Etats-Unis, mais l’auditoire est totalement dédié à leur cause. A voir le large sourire affiché par les musiciens, cette ferveur semble les toucher. Plus d’une fois, les fans montreront au quintet que leurs morceaux ne leur sont pas inconnus, s’époumonant sur les plus gros titres tels que « Broken Generation », « Feels Like Forever » et « Would You Still Be There ». Les spots s’éteignent, les artistes quittent l’estrade, en n’oubliant pas de saluer leur public. Tous ne sont pas encore partis que les fans réclament déjà leur retour. Toute en testostérone, une dernière salve est entamée par un « The Depths » ravageur, issu du deuxième long playing, « The Flood », un disque paru en 2011. ‘Peu importe la langue ou le pays, tout le monde sait maintenant ce qu’on va faire…  Je veux que tout le monde s’asseye par terre et attendez mon signal…’, s’adresse Austin Carlile à la foule consentante. Les premières notes de « You’re not alone » résonnent et toute l’Ancienne Belgique se dresse tel un seul homme, continuant à jumper jusqu’à la fin du morceau. C’est donc dans une atmosphère de sueur que les Américains se retirent, promettant de revenir bientôt.

Malgré un set un peu court –à peine un peu plus d’une heure– Of Mice and Men a confirmé sa réputation de tête de file d’un nouveau genre qui ne demande qu’à susciter la curiosité et surtout à se propager. En esquivant les recettes faciles et le symptôme du récurrent, dont souffrent parfois les adeptes de cette nouvelle forme de Metalcore, les Californiens ont donné, ce mardi soir, une leçon de style tout en ouvrant la voie à un boulevard de possibles. La révolution est certes en marche, reste maintenant à voir jusqu’où les rebelles voudront mener le combat. (Pour les photos, c’est ici)

Setlist : Public Service Announcement - Glass Hearts - Broken Generation  - OG Loko  - Let Live  - You Make Me Sick - This One's for You - Feels Like Forever - Bones Exposed - Would You Still Be There - Another You - Identity Disorder - The Ballad of Tommy Clayton & The Rawdawg Millionaire- Second & Sebring - The Depths - You're Not Alone

(Organisation : Ancienne Belgique)

Soko

She is so-cold-wave… mais pourtant si chaleureuse !

De son véritable nom Stéphanie Alexandra Mina Sokolinski, Soko est originaire de Bordeaux et est apparue un peu comme un(e) ovni dans le paysage musical. C'était en 2007, grâce à un hit involontaire et 100% viral, « I'll Kill Her ». Plus tard, elle s'est également illustrée lors de ses prestations d'actrice dans des films comme ‘Bye Bye Blondie’ de Virginie Despentes et ‘Augustine’ d'Alice Winocour. En 2012, elle a gravé « I Thought I Was An Alien », sur lequel figure le hit « We Might Be Dead by Tomorrow », qui, lui aussi, a vécu un rayonnement viral grâce à ce clip où des étrangers s'embrassaient pour la première fois.

Aujourd'hui, Soko est en tournée pour promouvoir son tout nouvel opus, « My Dreams Dictate My Reality », un pur chef-d'oeuvre de dark pop orientée postpunk, qui rappelle The Cure et Siouxsie & The Banshees, sans oublier cette petite touche empruntée à Ariel Pink (qui chante sur deux chansons). La salle de l'Orangerie est presque pleine lorsque Soko monte sur l’estrade, accompagnée d'un groupe au grand complet. Il implique Max Sokolinski et Edible Kate aux guitares, Nico Musset aux drums ainsi que Christine Owman à la basse et au violoncelle.

Pour être honnête, j'avais un peu peur du son de Soko en live. La mise en forme de Ross Robinson, ex-producteur de Cure, est tellement énorme sur le disque qu'il me semblait impossible de reproduire ces sonorités en ‘live’. Et bien, que nenni ! Ces artistes sont des perfectionnistes ! Ayant pu assister au soundcheck, j'ai constaté qu'ils sont prêts à y passer des heures. Et le résultat dépasse toutes les espérances : un son ample, précis et puissant !

Dès le premier titre, la plage titulaire de sa dernière plaque, Soko s'affirme sur scène comme une artiste pleine d'énergie et considérablement déjantée. Son visage de gamine espiègle suscite aussitôt la sympathie et son contact avec le public est immédiat et impressionnant.

Pour « I Thought I Was An Alien », elle convie une de ses fans sur le podium et lui demande d'incarner la 'dancing coach' du public. Avant « Bad Poetry », c'est une autre fan qui est invitée à déclamer un poème en... flamand. Sur son dernier single, « Who Wears The Pants ? », Soko s'adonne sans hésiter au 'stage diving'. En fait, avec Soko, il se passe toujours quelque chose ; et donc on ne s'ennuie à aucun moment !

Après des instants de folie, elle sait aussi jouer sur nos sentiments, notamment grâce au merveilleux titre « Forgive The Ones You Hate », qui donne la chair de poule en ‘live’. Autres grands moments : « Peter Pan Syndrome », une ode au refus de vieillir et « First Love Never Dies », à la fin duquel la formation quitte l’estrade.

En rappel, Soko nous gratifie d'un titre atypique qu'elle interprète seule en s'accompagnant à la batterie : « Nervous Breakdown » : fun ! Le set se termine ensuite tout en douceur. Pendant « Keaton’s Song », on entend les mouches voler, tant l'émotion est palpable, surtout grâce aux sons étranges dispensés par le violoncelle. Et sur « We Might Be Dead By Tomorrow », la voix ingénue et craquante de Soko parvient à nous achever...

Au final, on déduit qu'on a peut-être vu éclore une super star de demain ? Soko a tout pour réussir : talent, simplicité, énergie, personnalité et surtout authenticité. Et c'est très réconfortant pour nous, qui sommes de la génération de Robert Smith, de voir une jeune pousse comme elle, remettre le postpunk et la cold-wave au goût du jour. Soko is so-cold-wave mais pourtant si chaleureuse !

En première partie, votre serviteur a eu l'honneur de s'acquitter d'un DJ set en 'warm-up'. La setlist, qui avait été approuvée par Soko en personne, proposait une sélection de classiques anciens et plus récents de post punk et de new-wave.

Organisation : Botanique

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 

 

Lemon Straw

Un set empreint d’une grande sensibilité…

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L’Alhambra ! C’est le troisième week-end consécutif que j’y mets les pieds.
Ce vendredi avait une saveur particulière pour votre serviteur. Peut-être a cause du calendrier. En effet, c’est la première journée du printemps. Ou encore, des effets de l’éclipse solaire tant médiatisée et aux résultats plus qu’improbables…
Je ne sais pourquoi, mais, durant cette soirée, mes pensées vaguaient vers une personne très chère à mon cœur… Sans doute parce qu’il s’agissait de la journée du bonheur ; sentiment qu’elle peine à connaître. La vie peut parfois être injuste !
Pour une fois, j’arrive pile à l’heure. 20h00 pétantes. Je remarque la présence d’à peine une petite dizaine de personnes dans la salle. C’est une blague ou quoi ? Quelle tristesse ! Pourtant, l’entrée n’était fixée qu’à quelques euros. Donc a priori très accessible ! Les gens peinent de plus en plus à se déplacer alors que la mixité des activités culturelles y est légion !
Parmi cette poignée de badauds, je croise deux de mes anciens professeurs du supérieur. Il y a belle lurette que nous nous étions vus. Toutes ces années n’ont pas égratigné mon capital sympathie à leur égard. Nous nous échangeons nos différents parcours en prenant un godet.
Au cours de la conversation, mes comparses d’un soir avouent être venus voir Giani Sabia, le chanteur du groupe Lemon Straw. Ils lui ont donné cours il y a une quinzaine d’années. Drôle de coïncidence, je fréquentais aussi cette école, à cette période.
Je dois réaliser son interview. Mais vu le changement d’horaire du spectacle, il est reporté après celui-ci…

Une marée humaine envahit tout à coup l’hémicycle. Il est 21 heures. Gonzo assure le support act. Je ne parle évidemment pas du personnage du Muppet Show, casse-cou qui fait tout pour se faire remarquer en soufflant dans sa trompette mal embouchée.

Non ! Le Gonzo dont il est question aujourd’hui est un groupe ‘multivitaminé’ aux genres très différents : il y a du rock, du punk, du hip-hop, de l'afro-pop et même de la country. De quoi procurer un cocktail explosif !

Ces 5 mecs ont déjà bien bourlingué : Baptiste (Saule), Vinc' (Fugu Mango, Bikinians), Simon (Hibou, Le Yeti), Nico (Eleven) et Joe (A Mute).

Dès les premiers riffs de guitare, Baptiste Lalieu met une ambiance de feu. Un vrai boute-en-train ! On n’est pas là pour s’emmerder après tout ! Les titres s’enchaînent à une cadence hors du commun. Le gars invite même deux jolies filles à venir se trémousser le popotin sur un titre qui leur est dédié. Quelques mains se lèvent. Deux demoiselles s’avancent et s’exécutent. Elles se font plaisir ! A mes mirettes aussi !

Lors de la chanson suivante, les gays sont mis à l’honneur ! Personne ne lève la main. Pas peur ou par pudeur. Tant pis, le show continue. L’ambiance n’a rien perdu de son amplitude !

On rigole ! On s’amuse ! On pinte ! Tous les ingrédients d’un bon concert festif sont réunis !

A 21 heures 45, le combo tire sa révérence !

Une quinzaine de minutes plus tard, changement de style, et place à Lemon Straw.

Le band réunit Giani Sabia (Chant & Guitare), Boris Iori (Dobro, Harmo, Lap steel Guitare) et Xavier Bouillon (Piano). Ils sont venus défendre, ce soir, les couleurs de leur deuxième LP, « Running Home », tout fraîchement tombé dans les bacs.

Le parcours de Giani est assez atypique. Il quitte l’usine en 2002 abandonnant un système prolétaire dont il semble n’avoir tourné aujourd’hui qu’une demi page. Au cours de notre interview, lorsqu’il évoque son passé, il subsiste une certaine nostalgie mêlée à une rancune difficilement dissimulable.

Il décide alors d’apprendre la guitare et compose ses propres chansons.

Lors d’un stage musical, il rencontre Boris, son futur acolyte.

Il jouera dans quelques groupes de la région. Souhaitant perfectionner son anglais, il part vivre à Londres, Dublin et ensuite New York.

A son retour, Boris et lui montent alors Lemon Straw. Renaud Lhoest (Arrangeur et Violoniste) les rejoint quelques mois plus tard. Ainsi, est née la légende !

Le groupe belge s’était révélé grâce à « See You On The Other Side », titre éponyme de leur premier album, sorti en mars 2010.

Produit en collaboration avec Dada (guitariste du groupe Suarez), ce long format s’inscrit dans une certaine symbolique de changement tout en conservant à la fois les belles mélodies et un côté dépouillé.

Cousu de fil blanc, l’approche est plus pop, plus contemporaine. Plus radiophonique aussi. Le synthé atmosphérique de Xavier et la boîte à rythmes communiquent une certaine énergie à l’ensemble.

Les titres s’enchaînent autour de la voix émouvante et chaude de Giani. Ce type est à fleur de peau ! Complètement humain ! Je ressens une certaine fragilité en lui ! Une réelle sensibilité ! C’est plutôt rare chez un homme !

La set list est bien pensée. Comme si les membres du groupe avaient voulu nous raconter une histoire ; leur histoire. Les titres se suivent et parviennent chaque fois à générer une émotion intense. Les chansons touchent véritablement l’affect !

L’intimité entre le groupe et le public s’intensifie. L’environnement, assez feutré de la salle, y est sans doute pour quelque chose. C’est l’apanage des endroits de taille modeste. Ils permettent ces moments privilégiés !

Plus le temps passe, plus j’ai d’ailleurs l’impression d’être au milieu de mon salon, joint entre les lèvres et verre de whisky à la main, en train d’écouter une bande de potes !

Cet opus rend clairement un hommage appuyé à Renaud Lhoest, violoniste et pianiste décédé trop tôt à la suite d’une longue maladie, en décembre 2014. L’excellent et puissant « See you on the other side » lui est d’ailleurs spécialement dédié. Joué ce soir, il prend encore une dimension toute particulière ! Je sens mes yeux embués. La fragilité qui est la mienne en ce moment y est sans doute pour quelque chose…

Ce que je retiendrai de cette soirée, c’est le talent et charisme qui émanent de cet individu plutôt réservé…

J’irai les revoir, c’est sûr ! En attendant, place à l’interview…

Set list

Air
Does anyone feel like me
What’s going on
Out of time
Which side are you on
See you on the other side
Chapel
I’m gonna crawl
I don’t care
Running Home

Rappel :

The walls
Run

 

Lola Colt

Un trip cosmique et extatique…

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Lola Colt est un groupe londonien partagé entre 3 filles et trois mecs ? Un sextuor qui a publié son premier album, en 2014. Intitulé « Away from the water », il a reçu d’excellentes critiques en Grande-Bretagne, mais n’a guère suscité d’intérêt sur le Vieux Continent. Curieux quand même qu’en 2015, il suffit qu’un groupe injecte un zeste d’électro dans sa solution sonore, pour voir toute la presse conventionnelle et même soi-disant alternative s’extasier. Alors que lorsqu’un artiste ou un groupe a du potentiel ou est authentique, curieusement il est snobé. Parce qu’il n’est pas dans l’air du temps. Bref, on ne refera pas le monde, mais ce manque d’esprit critique commence à m’inquiéter. Ou alors, certains journalistes ont peut-être capitulé, face au pouvoir de l’industrie musicale... Mais revenons à nos moutons ; c’est-à-dire le concert que Lola Colt accordait ce mardi 17 mars au Witloof Bar du Botanique.

On dénombre une centaine de personnes dans le sous-sol, pour accueillir le combo. Si l’acoustique est excellente, il faut reconnaître que la vision n’est pas idéale. Et ce n’est pas Béber, un de mes collaborateurs, qui me contredira…

Bref, à 20h20, Lola Colt monte sur le podium. Martin P Scott, le drummer est bien installé à l’arrière-plan. Son kit de batterie comprend une grosse caisse située à sa droite, à mi-hauteur. Régulièrement, il remplace un de ses sticks par une maraca pour frapper les peaux de ses fûts. Ce qui donne une caisse de résonance particulièrement profonde à son drumming. Gun Overbye a enfilé une sorte de poncho à rayures obliques sur lesquelles sont imprimés des fleurs. Ce qui communique un effet psychédélique assez étonnant lorsque le light show, créant des zébrures, se met à tournoyer en spirale, autour d’elle.

Le concert s’ouvre par une de leurs premières compos, « Boom boom blasphemy », un titre aux sonorités sixties. Kitty s’est emparée du tambour et le martèle sauvagement et en cadence, tout en remuant le corps sensuellement et par mouvement syncopés. Un véritable top model, à la coupe de cheveux singulière. Des cheveux de couleur jais, qui lui cachent le plus souvent la moitié de son beau visage. Elle se charge des claviers et notamment d’un orgue à soufflets. Mais aussi parfois du tambourin, des maracas et des backing vocals. La troisième fille se consacre à la basse. Il s’agit de Sinah Blohberger. Les deux autres grattes sont assumées par James Hurst, dont la pilosité est digne des Magic Numbers et Matt Loft, barbe bien taillée, vêtu de noir, le look mexicano.

La voix de Gun est puissante et rappelle immédiatement celle de Grace Slick. Les musicos sont parfaitement dans leur trip. Peu loquace, Overby a pourtant un fameux charisme, il faut le reconnaître. Sa six cordes scintille de mille feux. Matt s’y révèle aussi sobre qu’efficace. Il se consacre au shahi baaja (NDR : un instrument à cordes pincées indien de la famille des cithares) sur « Moonlight ». Gun a opté pour la sèche lorsque le band attaque « Time to burn ». Après l’indolent et lancinant « White lane », on a droit au superbe « Vacant hearts », caractérisé par ses sonorités de guitare tintinambulantes. « Heartbreaker » baigne au sein d’un climat énigmatique, ‘doorsien’. C’est à partir de « Diamonds » que le climat va devenir transique. Gun a récupéré le tambour et imprime un rythme hypnotique. « Jaguar » clôt le set. Le morceau débute en douceur. James à la crécelle et Gun à la maraca produisent des bruitages rappelant la cascabelle du serpent à sonnettes. Puis, évoluant sur un tempo tribal, la compo va s’enfoncer dans un long développement psychédélique structuré. Les trois guitares libèrent tout leur feedback. Le son est à la limite de la saturation, mais le climat est particulièrement envoûtant et plonge l’auditoire dans un trip cosmique et extatique. Ovation !

Et finalement, alors qu’il n’était pas prévu, le band va nous accorder un rappel dans le style du dernier titre. Soit « Away from the water », le morceau maître de l’opus. Près de 20 minutes de délire et de délice psyché. Acclamations nourries et remerciements des musicos. Ils ne reviendront plus. Mais franchement, on espère les revoir bientôt dans une salle plus adaptée. Notamment pour pouvoir bénéficier de toutes les facettes de leur light show, décrit par la presse insulaire, comme un paradis kaléidoscopique, mais ce soir réduit à sa plus simple expression. Car sous son aspect simplement musical, Lola Colt pourrait devenir énorme. C’est votre serviteur qui l’affirme. On en reparlera…

(Organisation : Botanique)

Set list

Boom Boom Blasphemy
Rings Of Ghosts
Highway
Moonlight
Time To Burn
I Get High if You Get High
White Horse
Vacant Hearts
Heartbreaker
Diamonds
Jaguar

Rappel

Away from the water

(Organisation Botanique)

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