Bon nombre de festivaliers anticipent déjà le rush des départs prévu ce lundi. Sacs à la main, certains gagnent leur véhicule dans l’espoir de quitter le site plus calmement. Ils se souviennent sans doute de ces années où il fallait patienter des heures, sous un soleil de plomb, avant de retrouver le bitume.
Votre serviteur doit malheureusement écourter sa journée, pour raison familiale. Dommage, car ce clap de fin aligne encore de belles affiches, dont Ghinzu, The Experimental Tropic Blues Band ou Interpol. Sur le papier, il s’agit même sans doute de la journée la plus riche musicalement.
À la suite de la défection d’Odezene, Eosine se produit à 18 heures. Une bonne nouvelle : programmée en début d’après-midi, la formation aurait probablement attiré moins de monde.
En attendant, cap sur la Boombox pour découvrir Elea.
Jeune pousse de la pop francophone, Elea s’est fait remarquer par des compositions introspectives et une sensibilité artistique immédiate. Entre mélodies accrocheuses et confidences intimes, la chanteuse s’est frayé un chemin jusqu’aux grands festivals, séduisant un auditoire sensible à sa sincérité.
Sous ses airs parfois fragiles, Elea affirme une identité visuelle claire. Sur les planches, elle a enfilé un pantalon trop court, un bonnet qui lui donne un petit côté écolier et, détail plus inattendu, une cravate.
Au fond du podium, son nom s’affiche en grand, ponctué de clins d’œil pleins d’autodérision : un bonnet rose posé sur le ‘E’ et le ‘A’, une cravate sur le ‘L’. Ces signes distinctifs renforcent l’univers graphique de la tournée. La jeune artiste maîtrise déjà quelques recettes du marketing.
Côté line-up, elle est épaulée par un bassiste et un batteur, tandis qu’un DJ, installé au centre de l’estrade, soigne l’habillage sonore et les rythmiques du set.
Dès les premières notes de titres entraînants comme « Nouveau départ » ou « Tout recommencer », le ton est donné. Elea se livre au fil du concert, évoquant auprès de la foule son goût pour la musique classique et Eddy de Pretto. Pour lui rendre hommage, elle interprète une version très personnelle de « Random », exercice qu’elle aborde avec assurance.
C’est toutefois sa reprise de « Creep » de Radiohead qui surprend le plus. Elle y mêle français, anglais et incursions rap dans une version ample, efficace, qui réveille la fosse. La tension grimpe encore au son de « Briller » et de « Passionnée de toi ».
Pour remercier les aficionados venus nombreux, elle présente en exclusivité « Pour moi », un titre inédit annoncé pour le mois d’août. Plus ambiancé et rythmé que ses morceaux habituels, il laisse entendre une orientation plus marquée vers le rap.
Enfin, pour prendre congé de ses hôtes, elle propose une relecture d’un titre de Maître Gims, moins spectaculaire que les moments précédents, mais assez légère pour refermer la prestation sans lourdeur.
L’Atelier accueille ensuite Kaat Van Straelen.
Figure montante du paysage musical, Kaat Van Straelen séduit par un univers situé entre pop organique, mélodies soignées et textes intimistes. Grâce à des compositions ciselées et une présence lumineuse, l’artiste s’est peu à peu imposée sur des affiches plus exposées, affirmant une signature singulière.
Sur les planches, la formule reste épurée, efficace et résolument rock. Le combo réunit un bassiste, une chanteuse, un guitariste et un drummer. Le bassiste, chevelu comme un lion, imprime une présence visuelle sauvage qui contraste agréablement avec la finesse des mélodies.
Devant une salle pleine à craquer, l’échange fonctionne bien. Au fil du set, la formation alterne rythmes accrocheurs et chansons plus douces, mettant en valeur la voix poignante et cristalline de la chanteuse.
Si la connexion semble réelle entre Kaat Van Straelen et la fosse, votre serviteur, lui, n’accroche pas. Une proposition plus appétissante attend peut-être du côté de la Petite Maison dans la Prairie : High Vis s’y colle.
Originaire de Grande-Bretagne, High Vis s’est rapidement imposé parmi les formations marquantes du punk et du post-hardcore actuels. Entre urgence abrasive, mélodies directes et textes ancrés dans la réalité de la classe ouvrière, le band a gagné une solide réputation sur les circuits alternatifs internationaux.
Sur l’estrade, le line-up va droit au but : deux guitares, un préposé au chant et un batteur redoutablement nerveux.
Dès l’intro et le brûlot « Drop Me Out », l’énergie jaillit. Ça part dans tous les sens, et la foule réagit immédiatement. Le combo enchaîne les salves sonores, traversant des morceaux tendus comme « Walking Wires », « Altitude » et l’implacable « Out Cold ».
Le frontman se dépense sans compter, harangue l’auditoire et accentue la tension de chaque titre. À sa droite, le guitariste ne ménage pas non plus ses efforts : ses gestes amples martèlent les accords et donnent du relief à « Mob DLA », « 0151 » ou encore « Guided Tour ».
La tension ne retombe pas lorsque surgissent les riffs incisifs de « Choose to Lose » et la charge de « Mind’s a Lie ».
Guidé par une voix âpre, le set s’achève sur « Trauma Bonds ». La foule ressort secouée, mais convaincue par une prestation viscérale et sans concession. De la rage, de la sueur et peu de place pour le compromis.
Il est 18 heures : Eosine peut entrer en piste.
Lorsque les musiciens d’Eosine grimpent sur l’estrade, on mesure à peine qu’un combo aussi jeune puisse déjà bénéficier d’une telle popularité. Emmenée par Elena Lacroix, à la guitare électrique et au chant, la formation compte quelques EP à son actif, dont « Obsidian » (2021) et « Carolline » (2023), mixés et masterisés par Mark Gardener himself, l’un des chanteurs-guitaristes du légendaire Ride.
Entre dreampop et shoegaze, Eosine esquisse un univers qui évoque Slowdive ou Cocteau Twins, tout en cherchant à s’en distinguer par une couleur sonore propre.
Toute l’équipe est vêtue de blanc. Serait-ce l’immaculée conception ? Elena Lacroix s’installe d’un pas sûr, entourée d’un batteur, d’un second guitariste et d’un bassiste chevronné. Au milieu de cette esthétique vaporeuse, un détail plus décalé attire l’œil : le second guitariste arbore une coupe mulet, touche amusante dans ce tableau soigneusement composé.
La voix peine à se dégager en début de set, mais la chanteuse corrige rapidement le tir et trouve sa place dans le mix.
Entre les morceaux, Elena s’adresse à l’auditoire en français, en néerlandais puis en anglais, chaque fois sans hésitation, ce qui crée une proximité immédiate.
Le combo dégage une belle énergie, taillée pour le live. Dès les premières notes de « Digitaline » ou de « A Scent », la voix laisse entendre des intonations qui rappellent Björk, tandis que les guitares oscillent entre reverb, chorus et delay.
Les compositions flirtent avec une abstraction sidérale et entraînent l’auditoire dans un climat presque cosmique. Le set gagne peu à peu en intensité avant de se refermer sur des vagues hypnotiques, marque de fabrique du combo.
Elena Lacroix manie sa guitare avec précision, tandis que la frappe du batteur alterne souplesse et rigueur.
Eosine signe ainsi un show carré et maîtrisé, confirmant son aisance sur les planches. Vaporeux, précis et cosmique : un triptyque idéal pour clore cette édition.
L’édition 2026 du festival de Dour s’achève ici. Entre le départ de son organisateur historique, Damien Dufrasne, lié au festival depuis 35 ans, un déficit structurel et les stratégies financières des actionnaires, l’édition 2027 pourrait réserver bien des surprises. Et pas forcément les meilleures.
(Organisation : Dour festival)

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