Day 4
Enfin un temps propice et idéal pour profiter pleinement de la journée. Ce samedi, une conférence de presse internationale évoque le parcours des vingt ans du festival, son évolution, ses mutations ainsi que sa croissance atypique depuis la mythique et fondatrice réunion de jeunes Hongrois jusqu’à son extraordinaire métamorphose en un évènement international majeur. Une affluence record de 380 000 spectateurs sont venus du monde entier pour, lors d’une semaine fraternelle, devenir les citoyens de l’île de la Liberté. Un beau rêve qui s’est pleinement réalisé.
Alors que l’orage et le vent ont frappé la capitale hongroise la veille, une journée plus respirable nous attend sur l’Ile d’Óbudai. Une île qui, sur papier, doit résonner d’accents locaux, une journée où les musiques de l’Est et d’Europe centrale seront mises à l’honneur. Certainement le jour où l’assistance se révèlera la plus dense aux alentours des scènes pour accueillir les deux événements du jour, le ska-punk–rock des Russes de Leningrad et le nu jazz des Autrichiens de Parov Stelar Band. Une journée aux couleurs hautement exotiques !
La revue de presse se poursuit alors que commence le concert d’Enter Shikari. Le groupe britannique se produit, cette année, sur le podium principal devant un public impatient de retrouver les membres hyperactifs du combo de Hertfordshire. Encore un croisement insolite entre le post-hardcore, le screamo, le punk et l'electro. Décidément, les temps sont aux chimères mythologiques, vous savez bien, ces créatures improbables à tête d’homme, aux ailes d’aigle, au corps de lion… Bref, les comparses sont increvables. Leur énergie volcanique dynamise la foule. Une excellente option pour faire le plein d’énergie et poursuivre en pleine forme cet avant-dernier jour du festival.
Sur le podium A38, c’est une force d’un tout autre type qui prend corps en la présence et médiation de Nneka, la minuscule chanteuse nigérienne qui réside à Hambourg. Une énergie plus subtile mais infrangible ; celle qui émeut jusqu’aux tréfonds, remue les cœurs et les âmes. Cette puissance intérieure touche infailliblement les milliers de spectateurs qui ont le privilège d’assister à chacun de ses concerts. Probablement le type d’artiste sur lequel repose le futur de la World Music. Créer son propre style en combinant les sons et les rythmes distincts de la musique noire : Soul, Jazz, Reggae, Dub, Afrobeat, R’n’B, Hip-Hop... sans heurts et sans fractures ; ce qui tient de la gageure. Nneka y parvient aisément et magistralement.
Journée, comme je l’ai évoqué, consacrée essentiellement aux musiques de l’Europe Centrale et de l’Est.
Ce sont pourtant des Britanniques qui ouvrent les hostilités sur la main stage : Editors. Sans surprise, sa prestation souffre cruellement d’un manque d’originalité et nous offre une setlist habituelle. Elle fait la part belle à un dernier album bien trop conventionnel tout en s’éloignant de la beauté obscure des premiers opus. Quelques titres comme « An End Has A Start » ou encore « Papillon », qui avaient littéralement squatté le cœur des Belges en 2009, viennent trop rarement chatouiller les sensibilités ou secouer le public. On a même l’impression que le combo insulaire navigue à mille lieues de son auditoire. Un concert fatigué qui peine à franchir le mur du frontstage.
Changement de décor pour se rendre rapidement sous l’A38, la tente voisine du podium principal qui accueille généralement les groupes les plus alternatifs du festival. Un décor soyeux, cotonneux dans lequel peu de festivaliers sont venus se frotter. Celui du monde trip hop de l’Islandaise Emilíana Torrini. Notamment connue pour son tube « Jungle Drum » et le morceau « Gollum's Song », le thème final du film de Peter Jackson, ‘Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours’. L’auteure-compositrice-interprète va nous livrer un set sans prétention mais totalement efficace. Un moment de pure tendresse intemporel qui ravira de son miel les papilles auditives des mélomanes extatiques.
A peine la séance de Yoga islandaise terminée, il est temps de s’attaquer à du lourd, du très lourd même : Leningrad. Légendaire, le groupe Ska-rock issu de Saint-Pétersbourg a longtemps été censuré dans son pays pour son langage graveleux et ses opinions anarchistes (‘sex, drugs and punk-rock’). Il a même été crédité du surnom de Sex Pistols russes, ni plus ni moins, exotisme en plus. Une expérience inédite qui vaut franchement le détour, mais… pas plus de dix minutes. Un groupe chantant en russe qui a pourtant eu le mérite de remplir une Main Stage World Music en furie.
Mika, passons ! Une mise en scène plutôt soignée. Sur l’île, après tout, le public, sans prétention et sans complexe, n’a d’autre objectif que de se divertir.
Autre sensation du jour, le Parov Stelar Band. Un groupe autrichien. A peine le temps de rebrousser chemin que l’on aperçoit une marée humaine se dirigeant vers la ‘A38’ pour accueillir la référence incontestée du nu jazz d’Europe centrale. Pour la première fois de tout le festival, impossible d’avancer, impossible d’approcher la tente à moins de 100 mètres. Véritable star dans son pays, Parov Stelar devait être pour nous une vraie découverte. Impossible pourtant de vous en toucher mot. Nous étions bien trop loin de l’estrade pour entendre le moindre son. Grande frustration. A revoir dans d’autres circonstances.
Une fois encore, la ‘Yenki Raki Roma Tent’ reste certainement l’une des scènes les plus festives et les plus conviviales du Sziget. Un lieu incontournable qui laisse s’exprimer les plus belles musiques tziganes.
Quant au Balkan Khans bulgare et au Baltic Balkan lituanien, ils vous convient à une folie proche du voyage chamanique. Fermez les yeux. Imaginez-vous acteurs des plus beaux plateaux des films d’Emir Kusturica. Laissez vos pas suivre le son ; laissez-vous emporter par les rythmes déments des cordes et des cuivres venus de l’Est. L’alcool coule à flots. La musique redémarre de plus belle. La valse des sons s’énerve, crève le plafond. Le ciel est ouvert. Les corps vacillent, les mains s’enlacent, les corps s’enchevêtrent. Ils se sentent léger et entrent dans un tourbillon sans fin. Le sol tremble terriblement de bonheur sous vos pieds. Le son devenu tellurique prend corps. La foule ne fait qu’un. Une expérience Underground inédite !!!
Enfin, profitant de l’éclectisme offert par le Sziget, nous nous sommes offerts un ultime dessert : le spectacle de Circus in the Night qu’offrait la compagnie hongroise Recirquel, un show d’acrobaties chorographiques à vous couper le souffle qui nous ont rendu, pendant un moment suspendu hors du temps, la magie de l’enfance. Tout simplement sublime…
(Voir aussi notre section photos ici)

Nederlands
Français 
