La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

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The Young Gods

Notre musique s’adresse plutôt à l’arrière du cerveau

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Futur du rock façon métal ou empereurs d'un concept mélodico-visuel minimaliste ? L'avenir nous dira ce qu'il faut voir en ces Young Gods aujourd'hui. Quelle est la vraie substance de ce trio d'Helvètes esthètes? Leur rock impulsif et scientifique est coincé entre le barbare (agressivité brute) et le progressif (recherche incessante de la confrontation avec des éléments intérieurs ou extérieurs). Une chose est sûre : les Young Gods sont un des groupes les plus passionnants du moment, qu'ils provoquent l'extase ou la déception. Néanmoins, ils se moquent un peu de leur statut actuel, pourtant enviable, de groupe à qui on accorde un crédit certain. Franz Treichler, le leader/chanteur s’explique…

L'important n'est pas vraiment dans le jugement des uns et des autres. La façon dont nous sommes perçus par ceux qui nous abordent relève, à chaque fois, d'un processus individuel établi à partir d'éléments différents comme les goûts, la culture, la sensibilité. Chacun se fait donc sa propre opinion et tout le monde peut avoir raison. Nous nous basons, pour estimer notre musique, sur nos propres sentiments par rapport à nos ambitions, que nous sommes bien sûr les seuls à pouvoir fixer et évaluer. Je ne pense pas que nous soyons le meilleur groupe du monde, ni le pire. Notre but est d'être le plus conséquent possible par rapport à nos idées, le plus proche de notre projet. Je ne vois, de toute façon, pas quel besoin il pourrait y avoir d'instaurer une sorte de compétition à notre niveau, par rapport à qui ou à quoi que ce soit.

Vous avez le sentiment de progresser ?

Oui.

De quelle manière ? Vous améliorez-vous sur le plan technique, matérialisez-vous mieux vos idées ou en avez-vous de meilleures ?

Je crois qu'on matérialise mieux, c'est vrai. Au départ, c'était le contraire en ce sens que les possibilités intrinsèques des outils dont nous nous servions nous donnaient des idées. On a inversé ce schéma aujourd'hui et c'est sans doute un bien, même s'il est évident qu'une partie de la spontanéité, de la naïveté de notre travail des débuts a été progressivement gommée par l'apport conscient ou inconscient de l'expérience, de la maturité. A titre d'exemple, je ne pourrais plus jamais refaire « Comme si c'était la dernière fois », de la même façon que nous l'avons réalisé, même si je pense que cette chanson reste l'une de nos meilleures. Notre tactique est d'avoir une vision des choses la plus globale possible, avec tout ce que cela peut comporter comme remises en cause inévitables.

« TV Sky » est votre quatrième album. Quel est sa place dans votre discographie ?

Je pense que c'est notre album qui met le mieux en évidence la puissance du côté atmosphérique de notre musique. Mais c'est normal. C'est normal parce que nous sommes plus forts et que nous gérons de mieux en mieux notre souhait d'arriver à dépasser le stade de la communication classique, d'utiliser un langage qui dépasse celui qui mène au constat logique de la compréhension. Notre musique s'adresse plutôt à l'arrière du cerveau. C'est la raison pour laquelle nous devons aller plus loin.

Vos trois premiers albums vous ont donc servi à apprendre à parler votre propre langage ?

En quelque sorte... Mais bon, on n’est pas partis de rien. Tu peux d'ailleurs constater que chacun de nos albums possédait en même temps que des qualités et des défauts, une identité propre. Notre premier album (« Young Gods ») est très spontané, très avant-gardiste ; notre second (« L'eau rouge/Red Water ») est, par contre, bien plus clinique et le « Kurt Weill » (« The Young Gods Play Kurt Weill ») est comme une sorte de ‘best of’ des Young Gods, mais réunit des chansons écrites par quelqu'un d'autre. On y détecte cependant, sans peine, notre son, notre démarche.

Quelle est votre marge de progression ?

Je ne la connais pas. Je ne pense jamais à cela.

Bien, quelles sont vos limites alors ?

Je crois que tout est un problème de créativité. Notre musique ne naît pas d'un travail mécanique. Or, ta créativité, tu ne la contrôles pas. Tu peux, au mieux, la canaliser, l'apprivoiser, la provoquer mais pas la déclencher.

Sampler des sons de guitare, c'est une attitude créative ?

Pas plus qu'une foule d'autres choses. Sampler une guitare et la rejouer, c'est un peu comme inventer une nouvelle pédale de ‘disto’. Nous considérons que nous donnons un autre niveau à notre son, un autre impact, en utilisant cette technique. Nous nous attribuons d'autres alternatives sonores mais elles ne sont pas sans limites.

Les Young Gods, c'est avant tout un groupe qui produit de l’énergie ?

L'énergie est, c'est sûr, l'aspect primordial de notre travail. Cette énergie n'est, finalement, rien d'autre qu'une réaction chimique par rapport au courant et à l'esprit du moment. Mon discours est peut-être un peu minimaliste, mais il est sincère. En fait, nous adorons surfer sur la tempête (NDR : Franz doit adorer cette formule, il l’utilise constamment), être secoués sans arrêt, tout en gardant le contrôle.

Si tu devais pousser quelqu'un à découvrir les Young Gods, de quelle façon lui conseillerais-tu de s'y prendre ?

De venir à un concert en premier lieu et puis d'écouter un disque ensuite. Un concert, c'est une expérience à première vue éphémère mais qui peut te filer la ‘banane’ (NDR : image utilisée par Treichler pour exprimer la bonne humeur qui entraîne l'énergie positive) et aussi la pêche. C'est un cocktail de fruits, en somme ! Ecouter un disque est une action plus intimiste que tu gères et conduis toi-même puisque tu as les rênes.

« TV Sky » est un album dont les textes sont en anglais. Tu en as marre de t'exprimer en français ?

Pas du tout, il se fait juste que j'ai passé trois mois aux States récemment et que machinalement je me suis mis à penser en anglais puisque je communiquais dans cette langue à ce moment-là. C'est ma perméabilité qui a provoqué ce choix...

A propos de perméabilité, par quel type de musique t'es-tu laissé imprégner avant d'engendrer la tienne ?

Bof, je suis passé par des tas de choses. A 15 ans, j'étais fan de Pink Floyd, des Doors. A 16/17 ans, j’avalais du punk à longueur de journée. Je n'écoutais que les Pistols, les Stranglers… Ensuite, je suis passé à la vague avant-gardiste allemande. Des groupes comme D.A.F. ou Neubauten. J'écoutais tout. Je passais des heures chez les disquaires à écouter des tas de trucs sans rien acheter. Comme un vrai emmerdeur. J'ai aussi beaucoup écouté Hendrix, tout comme Alain, notre guitariste, Lui, il a même fait partie d'un groupe qui ne jouait que du Hendrix et s'appelait Experience. En fait, aujourd'hui, on rend un peu hommage à tout ça. Je ne crois pas qu’en samplant des sons de guitare, on trahisse quoi que ce soit. Sûrement pas!

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.

Manic Street Preachers

Seule une révolution changerait la société

Manic Street Preachers est actuellement un groupe qui déchaîne les passions tout en alimentant régulièrement les colonnes de la presse d'outre-Manche. Au centre de toutes les controverses : des rockers-terroristes gallois qu'on trouve délicieusement arrogants. Tandis que d'autres ne voient en eux que de lamentables marionnettes. James Dean (ça ne s'invente pas !), Richez, Nicky et Sean rejettent le capitalisme, luttent contre l'exploitation et détestent la plupart des autres musiciens. Ce qui ne les empêche pas d'avoir signé chez Columbia, de vouloir vendre plus de disques que Guns 'n 'Roses et d'exécuter des concerts de quarante minutes. Avouez que la suspicion dont ils sont l'objet est légitime. Alors, les M.S.P. sont-ils un produit préfabriqué ou les Stooges des années 90 ? A vous de juger ! C'est Nicky Wire qui répondra à nos questions, dans un hôtel bruxellois. Allions-nous être accueillis à coups d'extincteur ou de tessons de bouteilles ? Surprise : le manager nous sert la main et affirme que la finale de la coupe d'Angleterre opposera Liverpool à Norwich (il s'est trompé). Encore plus fort, le redoutable bassiste porte jogging et baskets, mange du chocolat blanc et sourit timidement. Les journaux racontent vraiment n’importe quoi

Rebel ! Rebel !

Les Manic Street Preachers véhiculent une idéologie sociale et politique rebelle. Les textes traitent de suicide, d’aliénation, de décadence et de rock’n’roll. Reflétez-vous un cliché ou vous nourrissez-vous de la littérature contestataire du XXème siècle ?

Nous sommes un cliché, dans la mesure où depuis le début, nous avons toujours voulu devenir un groupe de grande envergure. A une époque où la télé, les magazines, la littérature occupent ne place de plus en plus importante dans la culture moderne, nos réflexions, réactions deviennent forcément symptomatiques,

Dans la chanson « You need stars… », vous semblez détruire l'idéal punk. Est-ce une négation de vos idées ou une révolte délibérée ?

Une révolte délibérée ! Un jeune a besoin de vedettes, de modèles. Personnellement, j'étais autant influencé par les écrits de Jack Kerouac (NDR : guide spirituel du mouvement ‘beatnik’) que par le rock'n’roll. Aujourd’hui, les kids doivent terriblement souffrir de l’extinction de la bonne littérature. La musique est trop indulgente vis-à-vis d'elle-même. La politique nous casse les pieds. Les grands leaders ont disparu. Le commun des mortels pense que l'ouverture de l'Europe vers le capitalisme est un bien. Dorénavant, cette population fréquentera le Mc Donald et rencontrera une autre forme de pauvreté. Rien de bien réjouissant ne se profile pour eux à l’horizon.

Si les socialistes prennent le pouvoir en Grande-Bretagne, le labour party a raté un rendez-vous…

Aucun parti britannique n’offre la moindre alternative. Les socialistes copient de plus en plus les libéraux. L’idée de nationalisation ne les effleure même pas. Et puis il faudrait changer le système. La monarchie ne sert à rien, ne représente plus rien à notre époque. Seule une bonne révolution pourrait véritablement changer la société. Au Pays de Galles, les charbonnages ferment les uns après les autres, Il y a cinq ans, on y dénombrait encore 30 000 mineurs. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 2 000 ! La région est rongée par près de 55% de chômage. Si les femmes parviennent à dénicher un emploi, c'est parce que les employeurs peuvent se permettre de leur accorder des salaires de misère. Blackwood, notre ville natale, ressemble aujourd'hui à un musée vivant, les usines sont pratiquement toutes fermées. Il n'y a même pas de cinéma. Quant aux perspectives d'avenir, n'en parlons pas… Avant de fonder M.S.P. nous étions tous chômeurs. Ce n'était pas la joie. Pourtant, aujourd'hui, je reviens volontiers chez moi. Ce retour au bercail me permet de rester les pieds sur terre. Finalement, j'y suis mieux qu'à Londres. Dans cette ville, les gens sont tellement hypocrites ; ils ressemblent à des robots, des snobs qui ont perdu tout sens de la communication.

It’s only Rock’n’Roll

Quelle est la définition de la jeunesse ?

L’éclat, le sexe, la mort, la violence.

Vous dites que votre musique n’est pas punk. Avez-vous peur des fantômes ?

Non, mais les Sex Pistols et les Clash constituent les seuls groupes punk qui ont exercé une certaine influence sur nous. J’aime également les bons groupes de rock’n’roll tels que les Stones et les Who. Avec le recul, le punk n’était rien d’autre que du rock. Nous en avons conservé l’esprit, l’attitude, mais nous ne voulons pas être étiquetés ‘punk’. Le punk, c’était en 77. Aujourd’hui, c’est fini. Nous sommes un groupe de rock. C’est tout.

Est-il exact que vous détestez tous les autres groupes ?

Oui, à part Clash, Who, Stones et Pistols, les autres groupes ne nous intéressent pas.

Vous semblez ne pas apprécier l’avant-garde. L’originalité est-elle un mythe ?

Je le crois sincèrement. Dans ce siècle, rien ne peut être original. Tout est triste, y compris la musique. C’est prétentieux de vouloir expérimenter de nouveaux sons. Les nouveaux sons n’existent pas. La musique de My Bloody Valentine est comparable au bruit que produit le train. A quoi ça sert de reproduire ces sons sur un disque ? C’est de l’autosatisfaction ; d’autant plus que leurs paroles sont stériles. Ils me font penser à Emerson Lake & Palmer ou à Yes. Leur public est constitué d’étudiants issus de la classe moyenne qui n’ont rien d’autre à faire que d’écouter ce style de musique. Les gens de la rue n’aiment pas cette musique.

Etes-vous des ‘Working class heroes’ ?

Nous sommes de souche ouvrière, mais pas des héros ; pas encore…

Etes-vous attachés à la vielle imagerie du rock’n’roll, celle de la décadence, de l’autodestruction, incarnée par Bolan, Bowie et d’une manière plus contemporaine par Morrissey ?

Au cours de notre jeunesse, nous aimions bien Morrissey. Mais ses textes n'ont jamais évolué. Il est devenu de plus en plus décevant. Bolan, Bowie et Reed n'ont jamais vraiment véhiculé de message. Ce qu'ils racontaient est toujours demeuré vague. Il m'est impossible d'admirer quelqu'un, simplement parce qu'il se détruit à l'aide de drogues. La plupart de ces soi-disant héros sont des imposteurs. Par contre, Keith Richards est toujours resté authentique et sincère à mes yeux. Il a toujours respecté sa ligne de conduite. Lou Reed ne veut même plus se souvenir de son passé...

Croyez-vous à la doctrine autodidactique ?

Ritchey et moi avons fréquenté l’université pour y étudier la politique. Plus tu lis, plus tu apprends, mais plus tu te rends compte que tu as été manipulé, exploité. Les livres sont parfois plus enrichissants que les disques. Mais la conscience en prend un coup. Le gouvernement anglais a ruiné tout notre système d’éducation.

Parvenez-vous à établir des limites entre votre vie professionnelle et votre vie privée ?

Plus maintenant. Tout s’emmêle. Nous ne disposons plus de temps libre. Cette année a vraiment été folle. Nous ne sommes pas rentrés à la maison. Nous vivons dans un vase clos et perdons le sens des réalités. C’est le danger de faire partie d’un groupe rock. Partout où on va, on a l’impression d’être investi d’un droit divin ; on se croit tout permis et on fait des conneries. Tu ne peux pas t’imaginer les changements qui influent sur ta personnalité lorsque tu pénètres dans le monde du rock. C’est terrifiant !

En voulant changer le monde, ne pensez-vous pas reprendre les idées d’un certain Jim Morrison ?

Jim Morrison était un con, un alcoolique. Je n’ai aucun point commun avec lui. Ce n’est pas avec sa cervelle d’oiseau qu’il aurait pu changer le monde ! Lorsque l’aventure du groupe a commencé, nous aspirions naïvement à changer le monde. Nous y croyons toujours, mais notre idéal s’est quelque peu dilué. Lorsque tu appartiens à une firme de disques, il y a de réalités dont tu dois tenir compte.

Que peut-on encore attendre du rock’n’roll, alors ?

Plus grand-chose, malheureusement. Les Stones, au cours des sixties et les Pistols, fin des seventies, symbolisaient pour les teenagers, des groupes qui allaient changer le monde. De nos jours, la culture est tellement stylisée, indolente, que les gens attendent d’un artiste soit musicalement excellent plutôt qu’il ne manifeste une conscience sociale. C’est décevant ! Le message d’un groupe est aussi important que sa musique. Nous n’écrivons jamais des chansons romantiques, par exemple. C’est un choix que nous avons défini lors de la formation de M.S.P. Les groupes devraient davantage s’adresser à tous ces jeunes qui en ont marre de toutes les conneries qu’on leur bassine…

Vous avez déclaré vouloir vendre plus de disques que Guns’n Roses, pourquoi ?

Si 10 millions de personnes pouvaient écouter notre disque, et surtout le message qu'il véhicule, je pense que quelque chose de positif pourrait se produire. Nos paroles renferment autant d'alternatives à un autre mode de vie. Je suis encore assez naïf pour croire que le rock'n'roll peut améliorer l'existence des gens. Le but du rock'n'roll, c'est d'apporter un peu de chaleur à l'être humain, de le rendre moins solitaire...

L'album a coûté beaucoup d'argent. Est-ce une forme d'exploitation?

Une crasse! Tout est de notre faute. Nous avons consacré trop de temps à l'enregistrement. Il y avait trop de pression sur nous. Dès la signature, nous savions que nous allions être exploités. Mais nous allons récupérer l'argent ; alors on s'en fout!

Que répondez-vous à ceux qui prétendent que vous faites l'objet d'un coup médiatique ?

Ca m'est égal ! Ce qui est sûr, c'est que nous réalisons tout, nous-mêmes ; aussi bien la musique, les paroles que la pochette. Notre origine galloise fait rire pas mal de monde. Ceux qui pensent que nous ne sommes qu'un coup monté n'ont rien compris. Nous n'attachons pas d'importance à ce qui est raconté à notre sujet dans les journaux. On est toujours obligé de se prostituer face aux médias. Tous les groupes sont des produits de consommation, mais peu le reconnaissent.

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.
 
 

Clichés

God Save The Queen !
Le meilleur single de tous les temps

The Queen is dead !
Inutile, nul

Margaret Thatcher
Notre mère à tous

Manic
Stupide

Street
Classe ouvrière (working class)

Preachers
Des escrocs

No future
Ma phrase préférée

L’argent
Je n’ai pas bien compris la question

 


 

Super Furry Animals

Le rock (des nineties) est mort

Écrit par

Si des prénoms comme Gruff, Guto ou Huw libèrent pour vous un parfum d'exotisme plus appuyé que d'autres comme Liam, Noel ou Damon, ne changez rien, vous avez zappé sur la bonne chaîne. Le rock anglais ne se limite heureusement pas à la Britpop et à ceux que le NME ou le Melody Maker décrivent comme incontournables. Les plateaux et les vallées du Pays de Galles abritent en effet quelques groupes précieux, comme les Super Furry Animals par exemple, dont les Gruff, Guto et autres Huw sont justement les principaux membres...

Etait-ce la bière belge, la chaleur, la fatigue ou autre chose de plus répréhensible, toujours est-il qu'au moment où Gruff le chanteur et Daffyd le batteur nous ont rejoints après avoir assuré la première partie d'Echo And The Bunnymen sur la scène de l’AB, en février dernier, ils étaient tous deux bien explosés. Par charité, l'interview a donc démarré par quelques questions simples...

Beau ? Qui ?

Que pensez-vous de votre prestation accordée ce soir?

Gruff : Je suis très content d'avoir pu jouer ici. Ce n'est pas toujours facile de devoir assurer une première partie et de ne pouvoir dispenser que des sets réduits ; mais le public était assez réceptif. Une situation agréable.

Qu’est-ce qui est essentiel chez Super Furry Animals et dans sa musique?

G. : Sans vouloir faire de généralisation hâtive, euh....
Dafydd : Nous nous intéressons aux sons, à leurs fréquences, aux mots....
G. : Aux textes aussi, aux mélodies, aux harmonies vocales....

Certaines de vos chansons me rappellent les premiers disques de David Bowie...

G. : Tu sais, je pourrais te citer une quinzaine d'artistes qui nous ont influencés. Nous n'idolâtrons pas David Bowie. Je dois avoir deux ou trois de ses albums des années 70, dans ma collection ; mais j'en possède aussi de Lou Reed, John Cale, des New York Dolls, d'Iggy Pop. Cette période nous intéresse beaucoup.

Et Tom Jones, alors ?

Certaines de vos chansons sont écrites en gallois; vous les jouez parfois quand vous êtes en tournée hors de chez vous?

G. : Oui, absolument. Il arrive parfois que nous modifiions notre set et qu'accidentellement, il n'en comporte aucune ; mais ce phénomène ne se produit pas souvent. A tout casser, je dirais que nous avons dû accorder cinq ou six concerts sans aucune chanson en gallois. Evidemment, c'est cool pour nous de pouvoir chanter dans notre langue, mais il n'y a rien de particulier qui nous pousse à le faire ou non.

Vous êtes célèbres au Pays de Galles?

D. : Ça dépend de ce que tu entends par célèbres. Tom Jones est célèbre au Pays de Galles, oui.
G. : Nous avons déjà joué dans de grands festivals, chez nous comme en Angleterre.

Qu'avez-vous de plus original que d'autres groupes britanniques?

G. : Ce n'est pas le genre de question que nous nous posons. Nous raisonnons plutôt en termes de musique. Nous ne nous voyons pas comme un groupe britannique ou gallois, même si nous avons le sentiment d'appartenir à notre communauté. Nous aurions pu venir de Belgique, du Japon ou même d'ailleurs et sortir des disques similaires ou posséder des collections de disques semblables à celles d'autres gens de par le monde. Nous avons grandi avec des disques que bien d'autres gens possèdent: de la musique anglaise, américaine, française, même belge, pourquoi pas?

Vous connaissez la musique belge?

G. : Oui, de l'industriel, Front 242 et des trucs du style…

Vous sentez-vous proches de groupes essentiels issus des années 80?

G. : Pas psychologiquement. Disons que s'il fallait faire un lien, ce serait plutôt au niveau des mélodies pop. Mais ce qui nous plaît le plus, c'est de pouvoir jouer devant un public qui n'a jamais entendu parler de nous et voir ce qu'il en pense. Dire que nous pratiquons une musique britannique, est quelque peu offensant. La musique est la musique, d'où qu'elle provienne. Elle ne doit rien aux nationalismes. C'est ce qui pourrait faire sa force, motiver les gens. Il y a des mélodies, des rythmes qui te font bouger, des émotions, ça oui.

A écouter vos disques et vos concerts, on dirait que vous accordez de l'importance aux sons bizarres que vous pouvez tirer de vos claviers...

G. : Je ne dirai pas ‘bizarres’.

Mais vous n'êtes pas seulement un guitar band ?

G. : Exactement! Nous sommes intéressés par tous les sons. Le bizarre n'a rien à voir là-dedans. Pour nous, tous les sons sont valables. Nous essayons simplement d'être inventifs, de faire fonctionner notre imagination. Il y a tellement de guitar bands chiants, des chansons qui n'en finissent plus, qui se ressemblent toutes, tu vois ce que je veux dire? On dirait qu'il y a une formule nineties, un rock nineties. Nous essayons d'écouter tout ce qui nous passe entre les mains. C'est chouette de pouvoir jouer à l’aide de différents instruments, de recourir à différentes techniques et de les pousser le plus loin possible, de mixer des idées pour notre seul plaisir.

Quel est le disque le plus chiant que vous ayez entendu ces dernières semaines?

D. : Pfff, il y en a des tonnes, tu sais.
G. : Je préfère essayer de penser aux bons trucs que nous avons entendus. Disons que la proportion de bon par rapport aux conneries doit être de 20/80. Cette semaine, j'ai entendu un auteur/compositeur américain dont le nom m'échappe à l'instant mais qui joue des trucs acoustiques vraiment accrocheurs. Ryuichi Sakamoto, c'est pas mal non plus. Je suis tombé l'autre jour sur un groupe de Bruges qui s'appelle Khon, tu connais?
D. : Ce sont vraiment des aliens. Ils jouent des trucs bizarres, très lents comme ça, plein de bruits étranges... Manifestement, ils doivent avoir une bonne raison. C'est le genre d'attitude que nous voulons aussi manifester. Habituellement, nos concerts ont un peu plus de sens parce que nous pouvons les mener à terme.

C'est frustrant de devoir assurer une première partie?

G. : Ce n’est déjà pas mal. Mais un supporting act ne peut s’exprimer qu’à moitié.

Sacrés Anglais!

A quoi peut-on s'attendre de votre part, au cours des prochaines semaines ?

G. : Je ne sais pas exactement ce qui est déjà disponible ici en Belgique. Ce mois-ci (NDLR : en mai) nous sortirons un nouvel Ep, un peu différent de ce que nous avons enregistré jusqu'ici. En septembre devrait paraître une compilation de singles devenus difficiles à se procurer. Et ensuite, nous commencerons à travailler sur notre nouvel album.

Avec une idée particulière derrière la tête?

G. : Nous aimerions pouvoir nous exprimer de manière plus ambitieuse, surtout en dehors de la Grande-Bretagne. L'Angleterre n'est jamais qu'une île à la con plantée à quelques kilomètres de 1’Europe et complètement obsédée par elle-même.

Comment jugez-vous cette manie, dont souffre la presse britannique, d'encenser tout ce qui vient d'Angleterre?

G. : Tu sais, la presse britannique a besoin de créer une nouvelle scène chaque semaine. C'est comme dans un comics: vite, il faut imaginer l'épisode suivant. Il ne faut pas prendre tout ce que les journalistes écrivent au sérieux. Mais elle manifeste quand même un certain sens de l'humour. C'est très amusant de lire toutes ces conneries.
D. : Bien sûr, nous avons eu droit à de bons articles dans cette même presse, mais ça ne veut pas tout dire. L'important reste de pouvoir se faire une opinion personnelle de ce qu’on écoute…

(Interview parue dans le n°64 du Magazine Mofo de Juin/Juillet 1998).

 

Biohazard

Humanistes et extrêmes

Écrit par

Biohazard respire la grande forme. ‘New World Disorder’, le dernier Cd studio en date, tend en tout cas à prouver que le groupe a clairement retrouvé toutes ses ‘ressources’. Pas mal pour un combo extrême annoncé plus d’une fois à la dérive...

« Je partage ton avis! Ce cd-là est vraiment une bombe », nous lance gaillardement Billy Graziadei (guitariste furieux de métier). « J’estime d'ailleurs qu'on n'avait jamais réussi aussi fort. ‘New World Disorder’ c'est vraiment Biohazard à son meilleur niveau. Cet album nous pose d'ailleurs un problème, car nous nous demandons franchement comment nous allons pouvoir faire mieux » (NDR : affirmation suivie d'un rire gras). Il est vrai que des titres tels que ‘Resist’ (rien à voir avec feu Sepultura), ‘Salvation’, ‘Skin’ ou ‘Dogs Of War’ constituent de véritables ‘missiles’ de hardcore métallisé et flambé de la plus virulente espèce. Pas de doute, Biohazard a repris le mors aux dents avec rage, après un ‘Mata Leao’ qui en a laissé pas mal sur leur faim.

Faire Big mais pas simple

« Nous avons abordé l'album avec l'envie de réaliser quelque chose de grand, mais aussi de simple », explique Billy. « En fait, nous tenions absolument à bénéficier du son le plus live, le plus net, le plus direct et le plus percutant possible. Nous avons donc tout simplifié au maximum. Peu de temps en studio, pas de fioritures, juste la hargne de nos compos et un son qui canonne un maximum. Biohazard, c'est ça. Notre meilleur visage, il est là. Nous n'avons besoin de rien d'autre. Notre énergie est notre meilleur message et notre meilleur moyen de communication. En concert, j'adore ressentir les vibrations qui animent le public lorsque nous passons la surmultipliée. C'est géant, c'est grandiose. C'est ce que nous avons voulu approcher sur disque, au maximum: le contact direct en moins, bien évidemment... Je conseille donc vraiment à ceux qui veulent ‘ronronner’ d'écouter autre chose !» Billy se marre, à nouveau, toujours délicatement. Ceci dit, son discours est sans doute adéquat. D'une part, il est vrai que Biohazard n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il preste en toute simplicité mais fermeté. Et, d'autre part, la production de l'album, signée Ed Stasium, est adroite de discrétion et de justesse. Juste les paramètres essentiels, et on y va ‘à fond les manettes’. « Ed nous a bien compris, il a bien pigé qu'il devait juste bien nous ‘rendre’. Il avait affaire à des fauves et il devait juste capter leur énergie ». Pari tenu, sans aucun doute...

Du premier jet

Au niveau de ‘l'expression’, le groupe n'a pas fait dans la dentelle non plus, comme d'habitude: « Notre but n'a jamais été de révolutionner le monde, ni même de donner des leçons. Nous livrons nos sentiments, nos sensations, nos perceptions. A l'auditeur d'en faire ce qu'il veut. Nous nous sentons concernés par ce qui se passe autour de nous, comme tout un chacun je crois. Nous livrons donc nos états d'âme. A notre avis, nous vivons une époque très désordonnée, avec son lot imposant d'inepties. Il faut en parler, car les gens doivent être conscients. Or, on les incite à ronronner et s'isoler. On les pousse vers des cultures de masse et, dans le même temps, on perd le respect de l'individu. J'ai, pour ma part, vraiment horreur de ce système. Ce n'est pas normal. Nous en parlons, nous nous exprimons sur ces sujets. C'est important pour nous ». Côté textes, Biohazard travaille également dans la simplicité et la netteté. « Le premier jet est toujours le meilleur », prétend Billy. « C'est comme pour les lignes principales des compos en général. Pas besoin de tourner autour du pot, de faire et de refaire les prises ; le message principal est souvent livré en l’état, sans qu'on y repense et qu'on y repense, qu'on le retravaille dix fois. En fait, dans notre genre, nous sommes des humanistes », explique-t-il encore. « Nous sommes très concernés par ce qui touche à l'espèce humaine, aux individus en général. Nous n'avons aucun pouvoir à faire valoir, mais nous parlons de ce qui les concerne. En voyageant à travers le monde, nous avons découvert des situations dramatiques. A l’origine, nous ne connaissions que celles qui sévissent à Brooklyn! Aujourd'hui, notre vision des événements, sur cette planète, est bien plus large ».

Bye Bob!

Dans son fonctionnement, Biohazard est un groupe terriblement démocratique et il le revendique. « Nous travaillons vraiment très fort en commun », affirme le guitariste. « Nous ne pourrions pas œuvrer autrement. Le groupe rencontre richesse dans l'apport de chacun. Nous composons, nous développons nos chansons ensemble, chacun trouvant la place nécessaire à son expression dans le répertoire du groupe. Nous nous sentons vraiment à l'aise au sein de cette formation, surtout depuis le départ de Bobby (NDLR : Bobby Hambell, parti il y a trois ans) ». Tout baigne donc pour un Biohazard qui, plus que jamais, s'érige en véritable empereur de son registre. « Nous n'avons pas besoin de dominer qui que ce soit », clame pourtant Billy Graziadei. « Nous voulons juste être très forts pour notre public et lui apporter ce qu'il est en droit d’attendre de nous ». A l’écoute de ce nouvel album, il est servi. C'est une évidence!

Article paru dans le n° 78 de novembre 99 du magazine Mofo.

Duke Special

Ambitieux, pas suicidaire…

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Peu d’artistes sont capables d’adapter des œuvres aussi obscures que celles de Brecht et Kurt Weill. Peter Wilson, alias Duke Special, s’y est frotté ; et ma foi, a fort bien réussi son challenge. D’autant plus qu’il se traduit par la sortie d’un triple cd baptisé ‘The stage, A book & The silver screen’. Un box luxueux incluant deux elpees et un Ep. Peter est un personnage fort sympathique, loquace. Et n’élude aucune question. Dès la première, il se lance même dans une sorte de monologue pour bien expliquer ce qui l’a poussé à se lancer dans cette aventure…  

Le premier disque s’intitule ‘Mother Courage and her children’. C’est aussi le plus théâtral, dramatique et ambitieux. Il s’agit de la bande-son d’une des neuf pièces de Berthold Brecht. Signée Paul Dessa, elle a été revue et corrigée par Wilson, en 2009, après une nouvelle traduction opérée par Tony Kushner. 100 000 personnes ont assisté à la représentation de ce spectacle au Théâtre National irlandais. Et l’an prochain, elle sera jouée à Broadway. « Non seulement on m’a demandé d’écrire la musique, mais on m’a taillé un rôle sur mesure : celui d’un hybride entre un cheval et un cavalier grec. J’ai joué cette pièce, l’automne dernier. Une expérience qui a duré 4 mois… » Oui mais lorsque Brecht a écrit ces vaudevilles, c’était pour stigmatiser la montée du fascisme et du nazisme. « Mon job était de mettre en musique, des lyrics existants. Il fallait que je sois en parfaite adéquation avec les paroles. De nombreuses compos parlent de personnages qui ont vécu avant la guerre, alors qu’ils étaient encore purs, intègres. Les textes sont empreints de nostalgie. Par exemple sur ‘Yvette’, on y parle d’une femme qui sortait en compagnie d’un militaire. Il la battait. Elle l’a quitté. Et a voulu se suicider. Puis s’est tournée vers la prostitution, pour pouvoir protéger, élever ses enfants. C’est la guerre, mais il existe également un conflit entre les individus, à l’échelle sociale, humaine. Une tension entre l’égoïsme et l’amour, le don de soi. C’est cette étude conflictuelle, qui est la plus intéressante… »    

‘Huckleberry Finn’ est un Ep partagé en cinq titres, un disque plus léger consacré à des chansons inachevées de Kurt Weill. Le compositeur allemand s’était inspiré du chef-d'œuvre de Mark Twain, pour les écrire, mais elles n’avaient jamais été traduites en musique, ni enregistrées. « J’ai travaillé sur ce projet pendant un an et demi, en plusieurs étapes. Je suis tombé sous le charme de ‘Catfish song’, qu’il avait composée. C’est ainsi que j’ai découvert son œuvre. Et cette comédie inachevée. J’y ai ajouté des cuivres et du piano. Les morceaux ont été enregistrés à la maison. Les paroles, à Belfast. Et les cordes à New York… » Des chansons enjouées, insouciantes, susceptibles de nous replonger dans le rêve américain… Peter précise : « Oui, c’est quelque chose de beau et d’innocent à la fois. Quand j’ai écrit ‘Mother Courage’, je baignais dans l’univers musical de Kurt Weill. ‘Huckleberry Finn’ était une sorte de récréation. Weill était capable d’écrire des mélodies simples, malgré les aspects dramatiques de la pièce. Ces compos coulent de source. C’est le plus candide des trois enregistrements… » Et le plus amusant. La mélodie d’‘Apple Jack’ aurait pu servir de B.O. à un dessin animé de Walt Disney. Dans le ‘Livre de la Jungle’, certainement. « Elle est facile à chanter. Mais elle raconte d’une manière imagée, l’addiction à l’alcoolisme du père d’Huckelberry, et la difficulté d’en sortir… Kurt écrivait cette autre comédie musicale, quand il est mort. Je suis allé visiter le studio d’enregistrement où il travaillait. C’est devenu un musée. Il y a encore sa chaise. Des lettres. Des compos en friche. Quelque part, c’est un hommage à ce mythe ; et en même temps cette expérience m’effraie. Je porte une forme de responsabilité dans cette aventure… »

Mais le plus fort et le plus cohérent des concepts est manifestement ‘The Silent World of Hector Mann’. Mann était un obscur acteur de cinéma muet mis en scène par le romancier Paul Auster, dans son livre ‘The book of Illusions’. Wilson a composé la première chanson, inspirée par le titre du film ‘Mister Nobody’. Puis, il a eu l’idée de transmettre le bouquin à onze amis musiciens, pour les inviter à écrire une chanson sur un des autres titres de films, au sein duquel figurait Mann. Leur précisant que ces compos étaient destinées à être interprétées par trois stars de la musique rock. Ce processus a très bien fonctionné, puisqu’elles sont rentrées en un laps de temps assez court. Trois jours, suivant les déclarations de Peter. Et finalement, chacune d’entre-elles est marquée par la plume de chaque collaborateur.

Parmi les artistes qui ont coopéré à ce dernier projet, figurent Neil Hannon, le leader de The Divine Comedy et le Londonien, Ed Harcourt. En ce qui concerne le premier, on devine que c’est parce qu’il partage les mêmes sensibilités musicales. Pour les compositeurs allemands du XXème siècle comme Kurt Weill. Mais aussi Scott Walker, Burt Bacharach, le music-hall et le cabaret. Chez le second, on imagine, qu’il doit apprécier sa vision du romantisme. Peter s’explique : « J’ai effectué une tournée en compagnie de Neil, en 2006. Qui est passée par la France, l’Angleterre et la Belgique. J’admire cet artiste depuis longtemps. Il vit à l’extérieur des courants et des modes ; et c’est ce que j’aime chez lui. C’est d’ailleurs ce que j’apprécie toujours chez les artistes. Il est intemporel comme Jacques Brel ou Scott Walker. Je pense que nous partageons les mêmes influences. Et le goût de cette musique d’une autre époque. Mais l’essentiel, c’est qu’il fait ce qu’il a envie et aime. Qu’il reste lui-même. Tous les compositeurs qui ont participé à l’écriture de ‘The Silent World of Hector Mann’, je les ai choisis, parce que je savais qu’ils étaient capables de composer à l’ancienne et comprenaient ce que j’attendais d’eux. Comme Ed Harcourt, qui a écrit ‘Jumpin’ Jack’… » Certaines plages de cet elpee épousent même la forme dansante de l’époque : tango, valse ou charleston. Un feeling qui reflète parfaitement les années 20. Peter admet : « C’est un peu comme si ces artisans peignaient un tableau de l’époque. Mais le plus passionnant, c’est que chaque chanson recèle l’ADN de son compositeur… J’ai demandé à Bob Weston de tout mettre en forme, afin que l’ensemble sonne comme du Duke Special. Car le but, c’était que le mélomane ait l’illusion d’écouter du Peter Wilson… »

Les sessions d’enregistrement de ‘The Silent World of Hector Mann’ se sont déroulées sous la houlette de Steve Albini. Etonnant pour ce type de projet, quand on sait que le producteur fait pratiquement tout en une seule prise. Peter clarifie : « C’est vrai qu’il est plus notoire dans l’univers du rock. Au service de groupes ou d’artistes qui privilégient la guitare. Comme chez Shellac. Finalement, on pensait que le choix n’était pas si insensé, car c’est avant tout un remarquable ingénieur du son. Il n’est pas vraiment producteur. Nous étions trois. Un joueur de banjo et de mellotron. Et moi. Puis on a loué les services d’une section rythmique à Chicago. On a tout exécuté. N’ont été overdubbées que les paroles. Le reste était en ‘live’. C’est la meilleure méthode d’enregistrement, car elle te force à bien jouer. Et ces compos ont été mise en boîte rapidement. Les sessions étaient très intensives. Mais j’ai apprécié cette manière de travailler… »

A premier abord, on pourrait penser que ce concept est un véritable suicide commercial. Pas tant que ça. En fait, Peter s’est tourné vers ‘Pledge music’ pour le financer. Oui, mais ‘quekcèqça’ ? « Traditionnellement, un groupe ou un artiste signe chez un label. Il dispose d’un budget pour l’enregistrement. La maison de disques doit payer les salaires et prendre sa marge bénéficiaire. ‘Pledge Music’ est un nouveau système pour recueillir des fonds. Les gens achètent les œuvres avant qu’elles ne sortent. J’ai réussi à récolter entre 42 et 43 000£ (+ ou - 40 000€), lors de cette prévente. J’ai aussi écrit des poèmes pour les souscripteurs. Certains d’entre eux m’ont demandé de leur consacrer des covers. Et je me suis fait rétribuer pour ce boulot. Tout un arsenal de moyens pour lever des fonds. L’industrie du disque est en pleine tourmente et chacun essaie de trouver des idées et des solutions. Il y a tellement de gens qui écoutent de la musique gratuitement. Comment voulez-vous gagner votre vie ? »

En 2006, j’avais eu le plaisir d’assister à un concert de Duke Special. A l’Aéronef de Lille, très exactement. Un chouette concert, amusant même, qui m’avait également permis de découvrir un fantastique percussionniste (NDR : il n’hésite pas à se servir de toute une batterie de cuisine, comme instruments de musique) répondant au nom Chip Bailey Wilson. Sera-t-il de la prochaine tournée ? « Il s’agira d’un autre spectacle impliquant d’autres partenaires. Je bosse en compagnie d’une dizaine de musiciens différents. Donc il ne participera pas à cette nouvelle tournée… Et on va d’abord se concentrer sur ‘The silent world of Hector Man’. Puis ‘Mother courage’. On va y ajouter des éléments visuels, des interviews qu’on projettera lors des intermèdes, etc. »

Dernière question qui s’écarte complètement du sujet, mais qui méritait d’être posée, qu’est ce que Wilson aime chez les Dresden Dolls ? Et la réponse reflète parfaitement l’état d’esprit de notre interlocuteur. « En fait, j’étais en tournée, quand j’ai découvert ce groupe. J’aime beaucoup le concept cabaret de leur spectacle. Leurs déguisements, leur maquillage, le chapeau melon de Brian… sans oublier le talent de pianiste, de compositrice et de chanteuse d’Amanda. Mais j’apprécie aussi leur manière indépendante de gérer leur carrière. Tant d’un point de vue artistique que financier. A l’écart du circuit conventionnel des labels » (NDR : on y revient…)

Merci à Vincent Devos

 

Born Ruffians

Du rythme et des voix…

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Interviewer Luke LaLonde, le chanteur de Born Ruffians, relevait, pour votre serviteur, de l’enchantement. Et pour cause, le dernier opus de la formation canadienne, « Red, Yellow & Blue », était manifestement celui qui avait le plus tourné dans mon IPod, en 2008. Faut dire que cette rencontre entre le sens mélodique de Franck Black et le profil rythmique de Talking Heads, parcouru par le feeling unique du vocaliste, avait de quoi séduire. Luke est venu défendre le nouvel elpee du trio, « Say It ». Ses arguments ne manquent pas de conviction, mais le disque risque fort de décevoir les fidèles aficionados. A contrario, il pourrait conquérir de nouveaux fans. Motif ? « Say It » recèle bien moins de hits que le précédent opus ; mais il est bien plus cohérent. De quoi alimenter notre conversation…

Luke, tu ne débarques pas en Belgique, pour la première fois. Content de revenir à Bruxelles ?

Absolument ! Malheureusement nous ne disposons que de trop peu de temps libre pour visiter la capitale. En outre, aucun concert n’a été programmé dans l’immédiat. Faut absolument que j’en parle à notre manager, pour rectifier le tir…  

Les origines de Born Ruffians seraient très secrètes. Possible de lever un coin du voile ?

Pour être honnête, elles n’ont vraiment rien de bien secrètes (rires)… Notre aventure a commencé alors que nous n’avions que 16 ans. Au sein d’une petite ville sise dans Ontario (NDR : c’est au Canada), répondant au nom de Midland. Après avoir ramé pendant des années, s’être obstiné à répéter des compos bancales, on a décidé de déménager à Toronto. Où nous avons opté pour le patronyme de Born Ruffians. C’était en 2004. Deux ans plus tard, après y avoir accordé quelques shows, un manager mandaté par Warp est venu nous voir et nous a proposé de rejoindre leur label. D’abord pour enregistrer un Ep ; et puis accomplir une tournée américaine. Le reste appartient à l’histoire… 

Oui mais Warp est un label surtout notoire pour ses artistes électro. Il y a bien quelques exceptions comme !!!, Battles, Maxïmo Park, Gravenhurst et Grizzly Bear. Mais ils ne sont pas légion. Et puis, il faut croire que pour rejoindre cette section indie, il faut quand même respecter certains critères. Vous aviez l’impression de faire partie de leurs desseins ?

Warp était le label qui semblait le plus croire en nous à l’époque. Peu importe qu’il soit considéré comme électro ou pas. Je suis d’ailleurs grand fan des Boards Of Canada et de Jamie Liddle ! Je pense que Warp cherchait tout simplement à élargir son champ d’action, sur la scène pop/rock. Et nous ne pouvons que nous réjouir de leur soutien jusqu’à présent.

Pourquoi avoir confié à Rusty Santos (NDR : Animal Collective, Panda Bear, Owen Pallett) la production de votre nouvel album ?

Nous étions réellement satisfaits de son travail sur « Red, Yellow & Blue ». Rusty apporte une perspective unique à notre musique et nous pousse jusque dans nos derniers retranchements, en studio. Nous ne souhaitons pas une production standardisée et son approche non-conventionnelle nous convient parfaitement.

Qu’y a-t-il de fondamentalement différent entre « Red, Yellow & Blue » et « Say It » ?

Je pense que nous étions plus relax, mais aussi concentrés lors de la confection de « Say It ». Nous disposions de plus de temps (2 semaines !) et avions une meilleure idée de ce que nous voulions. Chaque morceau devait être construit lors des répétitions en studio. Il était important pour nous de ne pas se baser sur une démo préalablement enregistrée, mais de tout composer en live. L’évolution de jeunes gens d’à peine 20 ans est également un facteur important … (rires). Au cours des derniers mois, le line up de la formation a dû faire face à de nombreux changements. Une situation qui finalement nous a beaucoup rapprochés et même soudés ! Je crois que chaque petit changement dans la vie d’un artiste influe sur son art…

En enregistrant ce nouvel opus, aviez-vous, consciemment ou pas, une idée de votre nouvelle orientation musicale. Certaines découvertes récentes vous ont-elles influencées?

Nous désirions communiquer davantage d’émotion dans nos compos et écrire de véritables chansons pop dont les refrains seraient hérités en ligne droite de la fin des années 70 et du début des années 80. Nous les avons composées en nous imprégnant de l’esprit d’artistes comme Van Morrison, Amon Düül, les Beach Boys, Roy Orbison ou encore Tom Petty...

A l’instar des Talking Heads, la plupart de vos morceaux sont basés sur les rythmes. Une ligne de conduite ?

En studio, lorsque nous travaillons sur un morceau, nous précisons bien nos rôles. Sauf pour l’aspect rythmique dont nous partageons la même passion. Steve ne bosse pas beaucoup sur le sens mélodique, mais bien le rythme, la précision et la concision des morceaux. La mélodie est plutôt du ressort de Mitch ; mais il participe également à l’empreinte rythmique. Perso, je me concentre sur les harmonies vocales, qui elles aussi, sont fortement marquées par le rythme ! Lors des répétitions, nous ressentons instinctivement lorsqu’il est nécessaire de renforcer la ligne vocale et quel instrument doit mener le tempo. Néanmoins, malgré l’omniprésence de ces rythmes, je pense que « Say It » met surtout l’accent sur le travail des voix, tout en permettant aux chansons d’être fredonnées. Mais chassez le naturel…

Quels sont les artistes ou groupes que vous appréciez le plus, sur la scène contemporaine ?

J’avoue avoir beaucoup écouté le dernier album de Caribou… que j’ai eu la chance de recevoir avant tout le monde, car je chante le dernier morceau ! Mon ami Dave, de Tokyo Police Club, m’a également récemment envoyé son dernier cd et je le trouve superbe. J’adore aussi les Nurses de Portland. Nous allons d’ailleurs tourner avec eux, dès septembre. Je vous conseille l’écoute de Magic et des Slim Twig. Ils sont issus de Toronto. A côté de ces récentes découvertes, j’écoute surtout James Holden, Four Tet et Joy Orbison…

La communauté artistique de Toronto, c’est toujours d’actualité ?

En fait, j’ai déménagé. J’ai quitté Toronto pour Montréal! Mais j’y retourne bien entendu régulièrement ; non, non, rien n’y a changé !

 

Henry Rollins

J’ai l’air d’une brute, mais…

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Lorsque nous taillons une bavette ensemble, quelques heures avant son fantastique concert à l'Ancienne Belgique, le 24 mars, Henry Rollins en et encore à pester contre Oasis. Ses nouveaux musicos (les trois ex-Mother Superior) lui ont élaboré une description de la prestation accordée la veille –également à l’AB– de la troupe aux frères Gallagher ; et ce n’était pas très avantageux.

« Moi ça me fout les boules d’entendre un gars toiser son public sur scène » assène le tonique Henry. « Surtout que celui-ci a payé pour le voir. J'aime bien les compos d'Oasis mais je ne supporterais pas de me retrouver dans la foule devant un mec qui chante en mâchant son chewing-gum et reste quasi-immobile, les mains dans le dos, pendant tout le concert. Il prend les gens pour quoi? »

Evidemment, et sans du tout vouloir lui cirer les pompes, Rollins, quand il se produit en ‘live’, c'est toujours pour offrir un maximum aux gens qui viennent le voir. Donc, il se défonce, il donne tout ce qu'il a dans le ventre. « Si je ne fais pas comme ça, j'ai l'impression de me planter, de filer à côté de mes pompes et, à la limite, de tromper les gens. Et ça, purée, ça me ferait mal »

On n'a pas cru déceler la moindre démagogie dans ce genre de propos. Le mec a toujours été du genre réglo –et il est quand même là depuis vingt balais. Il n'a jamais accepté de s'asseoir sur ses valeurs pour faire du beurre. « Ce qui me branche, c'est la création et la réalisation d'un album ou d'un bouquin, pas le résultat final. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je passe sans cesse de l'un à l'autre, mais que je ‘produis’ sans arrêt... »

Très expansif et percutant sur les planches, Rollins est pourtant un type très renfermé. « J'aime la solitude. C'est mon équilibre. J'ai besoin d'être seul quand je bosse, j'ai besoin de ce calme : de cette espèce de recueillement qui permet d'aller au fond de soi. J'ai l'air d'une brute mais je suis un type qui analyse tout, qui décortique son comportement et démonte ses propres mécanismes. Pouvoir être très spontané et très réfléchi à la fois, c’est l'attitude que globalement, j'aime bien ».

On le sait, Rollins se multiplie. Quand il ne donne pas dans le hardcore furieux (NDR : cf. son dernier cd, une vraie bombe !) il écrit des bouquins, des poésies (intenses, hein, mais faut vraiment avaler...) ou il se commet dans des séances de ‘Spoken words’. Et, quand il en a l'occasion, il joue la comédie au cinéma (un rôle très concluant dans le ‘Lost Highway’ de David Lynch). « Je ne me pose même pas la question de savoir si j'ai raison. Je le fais, c'est tout. Simplement, j'en ai envie et ça me ressemble. Incompatible de jouer du hardcore et d'écrire des poèmes? Ce serait débile de le prétendre. Au contraire, c'est très complémentaire. Moi, ça me fait du bien et ça me libère de ce que j'ai ‘dedans’. Si ça branche aussi les gens de marcher avec moi, tant mieux! »

Article paru dans le n° 82 du magazine Mofo d’avril 2000.

(The) Nits

La grande aventure d’une vie…

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Malgré le départ de Robert Jan Stips, leur claviériste fou, les Nits persistent et signent un nouvel album. Et l'an prochain, le groupe amstellodamois fêtera son quart de siècle d’existence. Malgré quelques succès fugaces, cette formation modeste et parfois brillante n'a vraiment jamais reçu la consécration populaire. L'occasion était donc belle de recueillir les propose de Henk Hofstede, leur chanteur et porte-parole…

- Les Nits, c’est devenu toi et seulement toi, non?

Non, nous ne sommes plus que deux, mais d’autres personnes gravitent autour de nous. Je ne me suis jamais senti seul leader. Lors du tournage d’un film, il y a un réalisateur, mais aussi différents collaborateurs, dont des acteurs, des producteurs et des techniciens. C'est un peu pareil. Plutôt que leader, je dirais que je suis un porte-parole des Nits, ça oui.

- Que signifie "Alankomaat'; le titre du Cd?

C'est la traduction finnoise de ‘Pays-Bas' ; nous entretenons des relations privilégiées depuis longtemps avec la Finlande. Depuis 83, je crois. J'y ai beaucoup d'amis. J'y connais des musiciens. Certains nous ont aidé pour réaliser ce disque, et j’estimais que c'était un bel hommage d'intituler ainsi notre album. Parmi les musiciens, figure notamment Kimmo Kajasto, un claviériste qui a repris le rôle abandonné par Robert Jan Stips. Mais en principe, il n'est pas impliqué à temps plein : les Nits pour l'instant, c'est moi et le percussionniste Rob Kloet. Mais cc n'est probablement qu'une étape. Normalement, l'un ou l'autre membre qui nous accompagne sur scène devrait progressivement entrer au sein du line up, à titre définitif.

- Sur la pochette, vous êtes représentés par des figurines en miniature. Une explication?

Je n'ai pas trop envie de m'étendre là-dessus. Mais la maison, qu'on y voit est celle de ma mère (également reproduite au verso de la pochette). Cette demeure représente un endroit important de mon passé. Ma mère y vit toujours. Moi aussi, j’habite toujours à Amsterdam, mais à l’autre bout de la ville. C’est un ancien immeuble que j’occupe depuis 10 ans et où il y a une très belle vue sur le parc…

Clin d’œil à Simon & Gardfunkel

- Tout album nouveau est censé apporter quelque chose de neuf. De quoi s’agit-il, cette fois-ci?

C'est le genre de question à laquelle il m'est vraiment difficile de répondre. Je peux juste enregistrer les réactions des gens. A mon estime, cet album propose plusieurs ambiances différentes, il est plus pop, il y a des aspects folk, la fin de l'album est mélancolique et concerne les personnes que je connais. Aller plus loin dans l’analyse, sans recul, je n’y parviens pas.

- Sur la chanson « 3 Sisters », le mot ‘frightened"’(‘effrayé’) revient sans cesse. Est-ce un sentiment que personnellement, tu éprouves souvent?

J'aime le sujet, même s'il ne s'agit pas exactement de moi. Ici, c'est l'histoire de trois petites filles égarées dans un zoo, à la recherche de leurs parents…

- L’album recèle aussi une chanson intitulée "Robinson" qui fait une référence évidente à « Mrs Robinson »; le célèbre hit de Simon & Garfunkel et donc au film "Le lauréat" (sorti en 67). Quel était le but?

L’idée de cette chanson m'est venue en réalisant une maquette à la maison. J'ai imaginé aujourd'hui que le gars qu'interprétait Dustin Hoffman se souvenait... J'ai donc emprunté les paroles de la chanson originale, mais en utilisant une autre mélodie. J'ai envoyé une lettre à Paul Simon pour avoir son accord, mais apparemment cette autorisation soulève des problèmes juridiques! Bref, reprendre une chanson ne pose pas de problèmes ; mais uniquement les paroles, ce n'est pas permis... C'est logique? L'affaire est toujours en discussion par avocats interposés.

La Grande Aventure

- Comment les plus jeunes, Hollandais ou non, évaluent-ils ton travail?

Aucune idée, je dois avouer que je ne vais pas à la rencontre des jeunes, et n'aime pas trop assister aux concerts... Et je dirais d'ailleurs, qu'en règle générale, j'ai très peu d'amis dans le monde de la musique.

- Les Nits se sont formés en 1974 ; ce qui fera donc 25 ans de carrière, l'an prochain. Avez-vous prévu de marquer le coup?

Non, je ne suis pas sûr qu'on aille célébrer cet anniversaire. Mais peut-être devrais-je y penser? On pourrait sortir un nouvel album, peut-être? Ce serait une idée constructive, ça, non? Une grande fête? Non, c'est pas trop notre genre.

- Comment considères-tu ta carrière en cette fin de siècle?

Avant tout, comme une grande aventure. On a enregistré de bons disques, on n’a pas suscité que de l'indifférence. On a pu se produire sur scène, et les concerts, j'adore ça. Et puis, c'est un métier où on voyage beaucoup ; ce qui rend déjà la vie moins prévisible et plus passionnante. Je considère les Nits comme une grande aventure, la grande aventure de ma vie. Je ne retiens que des points positifs. On est à notre niveau et je ne voudrais pas, en définitive, qu'il en soit autrement. Si je devais donner deux cents concerts par an, je crois que le rythme finirait par me dégoûter.

Article paru dans le n°98 du Magazine Mofo d’avril 1998.

 

Field Music

Nous sommes producteurs avant d’être musiciens…

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Ne pas confondre The Field et Field Music. Le premier est le pseudo d’un artiste techno suédois, répondant au nom d’Axel Willner. Le second, un quatuor insulaire drivé par les frangins Brewis, Peter et David. C’est cette formation issue de Sunderland qui nous intéresse ici. Et pour cause, elle vient de sortir un nouvel album. Un disque très riche. Et pas seulement parce qu’il est double ! Leur tournée transitait par la Belgique. Le combo en a profité pour accorder quelques interviews. David s’est prêté à cet exercice de style, en toute sincérité, pour Musiczine. Et à l’instar de la musique dispensée, tout au long de leur elpee éponyme, les réponses ont fusé dans tous les sens…

Je présume que vous ne débarquez pas pour la première fois en Belgique. Heureux de revenir dans notre pays ?

En fait, nous ne nous sommes produits, qu’une seule fois en Belgique. Au Pukkelpop, en 2006, si mes souvenirs sont bons. Une très belle expérience même si elle a été de courte durée ; car nous devions accorder un show à Sunderland, le lendemain. C’est donc avec grand plaisir que nous retrouvons la Belgique ! C’est une chance de pouvoir y jouer à nouveau (NDR : les Anglais avaient accordé deux concerts, chez nous, à Ostende et Anvers, respectivement ces 22 et 23 avril).

Vous avez êtes accordé un break de 3 ans, à l’issue de la publication de votre album précédent (NDR : l’excellent « Tones of Town »). Certaines rumeurs de split ont forcément circulé. Etaient-elles fondées ?

Nous ne prenions plus beaucoup de plaisir au sein du groupe, à l’époque. La décision la plus logique a donc été de se séparer et de nous consacrer à nos projets solos (The Week That Wasn’t pour Peter et School Of Language pour David). Nous ne savions pas si nous allions un jour nous remettre à composer sous le nom de Field Music. Mais comme nous sommes frères ; nous ne pourrons de toute façon, jamais réellement nous séparer !

Aviez-vous besoin de ces expériences en solo ? Y avait-il certaines idées qui ne convenaient tout simplement pas à l’univers de Field Music ?

Il existait pas mal de choses que nous pensions à l’époque ne pas convenir à Field Music. Comme, par exemple, des chansons construites autour de samples de batterie de The Week That Wasn’t ou des morceaux sans claviers pour School Of Languages. Mais en tournant pour ces albums, nous nous sommes rendu compte que nous devions élargir la palette de Field Music et cesser de nous imposer des barrières et des règles. Bon nombre de nouvelles compos de « Field Music » découlent donc de nos expériences vécues en solo.

Ce nouvel elpee regorge d’influences. Lesquelles aviez-vous en tête lors des sessions d’enregistrement ?

Difficile à dire… j’écoutais en tout cas David Bowie. Et puis nous étions en pleine phase de redécouverte de la musique qui avait bercé notre enfance. Comme celle du Led Zeppelin, qui était le premier groupe que nous avons réellement aimé. Et puis également, d’autres artistes, que nous avions repérés dans la collection de disques de nos parents, comme ceux de 10CC ou The Cream.

Quelle direction désiriez-vous explorer, lors de la confection de ce nouvel elpee ? Certaines de vos nouvelles découvertes vous ont-elles influencées?

Nous voulions créer une œuvre longue et variée, afin de donner une image plus complète de ce que nous sommes et aimons réellement. Nous refusions de nous engager dans une seule direction de bout en bout. Nous souhaitions emprunter toutes les directions à la fois, sans aucune limite !

Vous produisez toujours vos albums. Ne pensez-vous pas que vous pourriez puiser de nouvelles idées, en confiant ce rôle à quelqu’un d’extérieur au groupe ? Ou estimez-vous que vous en développez suffisamment ?

Il est très difficile pour nous de séparer les arrangements de la composition. Nous avons de plus des idées très précises du son que nous voulons recréer ; donc je ne vois pas comment nous pourrions travailler sous la houlette d’un producteur. En studio, Peter et moi sommes producteurs, avant d’être musiciens d’ailleurs…

Quels sont vos rôles en studio?

Nous écrivons chacun de notre côté et nous occupons tous les deux d’un peu de tout. Une véritable équipe !

Vous disputez-vous comme de véritables frères lors des sessions d’enregistrement ?

Pas vraiment. Nous avons une règle d’or : celui qui a composé la chanson prend les décisions finales quant à sa réalisation. Nous sommes dictateurs chacun à notre tour ; donc pas de disputes possible !

L’opus contient 20 chansons et s’étale sur plus de 70 minutes. Avez-vous réussi à inclure toutes les chansons composées ou certaines ont-elles été éliminées ?

Pratiquement toutes nos compositions s’y trouvent. Nous en avions, en fait, écrites 23 ! Mais les 3 qui ne se figurent pas sur l’album n’étaient pas terminées…

Ce disque est très éclectique. On a parfois l’impression que ce sont des groupes différents qui ont concocté des morceaux comme « Let’s Write A Book », « Choosing Numbers » ou « You And I ». Ne craigniez-vous pas un manque de cohérence ?

Nous étions au contraire très excités par cette absence de cohérence ! Les changements de style faisaient partie de notre nouvelle philosophie. Mais comme Peter et moi chantons à notre tour, je pense que notre musique sonne tout de même toujours comme du Field Music.

Il recèle aussi quelques chansons quasiment pop, comme « Them That Do Nothing » ou encore « You And I » ; mais elles figurent parmi les 18 autres, plus riches et complexes. Vous ne semblez pas particulièrement obnubilés par la recherche d’un succès populaire.

Notre seul but est de créer la meilleure musique possible et le seul moyen pour y parvenir est de tenter de composer celle que nous aimerions écouter. C’est aussi simple que ça. Je n’écrirai jamais une chanson pour qu’elle rencontre un succès commercial. J’aime beaucoup trop la musique pour ça.

Quels sont vos groupes favoris du moment ?        

Ils sont principalement américains : Deerhof, The Fiery Furnaces et Joanna Newsom. Mais je vous conseille également de tendre l’oreille à Frankie and The Heartstrings. Ce sont nos amis. Ils sont issus de la scène de Sunderland et composent des hymnes indie-pop très sexy.

Habitez-vous toujours Sunderland? Pourriez-vous décrire cette ville à nos lecteurs ?

Et oui ! J’habite toujours cette ville du Nord-est de l’Angleterre de plus ou moins 250 000 habitants. Elle se situe non loin de Newcastle, à plus ou moins 6 heures de route de Londres. Hormis son glorieux passé, illustré par l’essor de l’industrie maritime et charbonnière, Sunderland ne jouit pas d’une grande notoriété. En outre, les habitants ont été particulièrement touchés par la disparition de ces secteurs d’activité économique. Aujourd’hui, elle est pauvre et souffre d’un taux de chômage très élevé. Sunderland n’est pas une ville très culturelle ; sauf si l’on considère le foot comme de la culture. Une situation parfois fort déprimante. Mais c’est chez moi et je n’ai aucune intention de la quitter, car je l’aime, malgré tout…

 

 

My Little Cheap Dictaphone (MLCD)

Une œuvre totale !

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Vraisemblablement responsable de la confection d’un des meilleurs albums pop-rock de cette année 2010 (« The Tragic Tales of a Genius »), « MLCD » (feu « My Little Cheap Dictaphone ») s’explique. Discussion relative à un opéra pop soigné pendant trois longues années, traçant l’ébauche d’un bateau ivre sillonnant prodigieusement tous les grands fleuves artistiques : la musique, le théâtre, le cinéma, la littérature… Une schizophrénie musico-visuelle qui prendra vie sur les planches du Cirque Royal, ce 8 mai prochain, dans le cadre des Nuits Botanique. Concert à ne rater sous aucun prétexte !

- Votre nouvel album s’intitule « The Tragic Tale of a Genius ». Qui est ce mystérieux génie ?

- En fait, j’ai lu plusieurs autobiographies d’artistes qui m’ont inspiré un peu l’histoire. Il y avait, parmi d’autres, celle de Tom Waits, Johnny Cash et de Brian Wilson. L’important n’est pas tant de s’attacher à un personnage précis que de raconter le parcours d’un artiste. Cependant, c’est indéniablement Brian Wilson qui colle le plus à ce que je raconte.

- Pourquoi aborder la vie de Brian Wilson ? Quel regard portez-vous sur cet artiste ?

- C’est en lisant son autobiographie que j’ai eu réellement l’idée de réaliser cet album. L’histoire se déroule au début des années 80. Il est cloué sur son fauteuil, pèse 150 kg et n’est plus sorti de chez lui depuis un an… Il nous confie, au début du bouquin, qu’il s’est fait virer des Beach Boys, a tout perdu.

- C’est le personnage qui t’inspire de la tendresse ou plutôt la musique ?

- Les deux. Son parcours nous bouleverse pour les raisons que je viens d’évoquer. Alors on s’interroge : comment après avoir été le plus grand créateur de la pop, chez les Beach Boys, peut-on en arriver à ce stade ? C’est ça qui m’intéressait. La lecture de son livre a été réellement décisive et a inspiré l’orientation particulière de mon récit.

- Tu t’arrêtes sur la biographie de Brian Wilson et il y a deux ans d’écriture, ensuite…

- Plus ou moins… En fait, tout le processus, s’est fait en parallèle : le texte, l’histoire, la musique... Et a évolué au fil du temps. 

- Quel parcours avez-vous suivi avant que l’album-spectacle ne tombe dans les bacs ? (l’écriture, les studios…)

- De nouveau, tout s’est fait en parallèle. Il y a eu cette idée de concept ; mais, au début, nous ne pensions pas à un opéra rock ou plutôt, pop, comme il est décrit. Au départ, on voulait juste créer un univers, un concert un peu ‘scénographié’, y inclure un peu de visuel pour guider le spectateur, l’introduire dans un univers singulier. Alors, nous avons fait quelques rencontres décisives. Dont celle d’Eve Martin qui s’est chargée de réaliser le spectacle. Elle nous a demandé : ‘Alors, comment est-ce qu’on va raconter cette histoire ?’ Et, comme il n’était pas question pour nous de jouer –on voulait juste que ce soit leur concert tout de même– alors, on s’est dit qu’on allait tourner des vidéos pour raconter l’histoire, puisque c’est un langage universel…

- Comment pouvez-vous décrire cet univers musical ? Ce nouveau MLCD ?

- Je ne sais pas comment décrire notre musique… On a voulu sortir du schéma habituel, de la façon dont on compose d’ordinaire de la musique. Avant, c’était généralement moi qui arrivais avec une chanson que j’avais déjà écrite en grande partie à la maison. Ensuite, on la travaillait en groupe. Dans ce cas précis, on a commencé de bosser, un peu de la même manière. Puis, Louis nous a rejoints au piano. Peu à peu, on a ressenti une envie impérieuse de sortir de ce canevas classique guitare/piano/batterie ; et en ce qui me concerne, de cesser d’écrire de mon côté. Le nouveau concept qui s’est ainsi profilé, insinué au sein du groupe, impliquait une réponse radicalement collective. Alors, pour créer collectivement ce nouvel album, on a loué des chalets dans les Ardennes, du côté de Vielsalm.

- Et l’enregistrement s’est réalisé aux Etats-Unis, c’est ça ?

- A Amsterdam. C’est le mixage qui a été effectué aux Etats-Unis.

- Où précisément ?

- Au Texas, à Dallas, en compagnie de John Congleton, dans son studio à Austin (et à Liège aussi). 

- Comment parvient-on à rencontrer et à collaborer avec Jonathan Donahue ?

- Tout simplement. Je lui ai envoyé un mail, en y joignant ma chanson et voilà…

- Tu m’as dit que tout s’était fabriqué en parallèle mais ce projet présente une véritable trame narrative, je trouve… Il y a le titre (…), était-ce étudié ?  

- Oui, bien sûr, c’était un peu voulu que soit un tout. Tout y contribue : aussi bien la musique, que le décor, la façon dont on est habillé, les vidéos, le clip vidéo… Il est important que tous les éléments s’inscrivent dans une continuité.

- La pochette de l’album et les affiches évoquent le cinéma US des 50’s-60’s. Tout particulièrement la période américaine Hitchcock, que je ressens très fort. Et plus précisément encore, du long métrage « La mort aux Trousses ». Mais quel rapport MLCD et le cinéma entretiennent-ils, au juste ?

- Oui, Alfred Hitchcock, notamment, dont on a parlé tout à l’heure. C’est quand même l’une des influences majeures pour tout ce qui était visuel justement… « La mort aux Trousses » ? Par exemple. Ou « Vertigo ». Il est vrai qu’on est déjà fan du 7ème art, à l’origine. C’est pour cette raison qu’on s’est dirigé vers une équipe de cinéma pour travailler, plutôt que de théâtre. On se sent plus proche de cet univers filmique que du monde de la comédie, peut-être un peu plus statique, où la possibilité de montrer, de jouer sur les images, justement, est plus restreinte. Le théâtre repose davantage sur un jeu d’acteur, talent que nous n’avons précisément pas.

- Pouvez-vous nous donner un descriptif de votre ‘concert-spectacle’ programmé ce 8 mai prochain au Cirque Royal, dans le cadre des Nuits Botanique. Y aura-t-il une réelle synchronisation entre musique et images ?

- Oui, bien sûr, c’est exactement ça. On joue les morceaux et, simultanément, pendant qu’on les interprète, les vidéos sont projetées. Pas sur toute la longueur du morceau mais… En fait, les clips ont été conçus pour permettre au public de comprendre les thèmes généraux abordés dans les morceaux, pour qu’il puisse suivre le fil l’histoire et se laisser imprégner de l’atmosphère de l’album.   

- En vrai schéma narratif, donc …

- Oui, oui, bien sûr… D’ailleurs, tous les arrangements symphoniques utilisés ont précisément été conçus pour narrer l’histoire, pour renforcer les moments dramatiques ou joyeux ou…

- D’autres surprises pour le premier concert… ?

- Il y aura l’orchestre déjà.

- Combien serez-vous sur scène ?

- Une quinzaine de musiciens, les voix … en tout, une vingtaine.

- C’est le ‘combo’, quoi ! Et, principalement, quoi ? Des cordes, des cuivres … ?

- Essentiellement les cordes : 6 violons, 3 altos, 2 violoncelles, 4 harmoniums. 

- Quelles sont vos attentes …

- On ne sait pas exactement. On a réellement vécu la conception de cet album comme un nouveau départ. Nous avons même songé à changer le nom du groupe. C’est un peu une renaissance au niveau du style, de l’équipe, de tout. Notre travail s’est déroulé suivant un rythme propre. On a essayé de soigner chaque point, chaque détail sans se fixer de délai. On a décidé de prendre le temps qu’il fallait pour arriver au bout du projet, que ce soit dans l’écriture des textes, l’enregistrement en studio, la préparation du spectacle… et voilà ! On se rend compte, enfin, nous, My Little Cheap Dictaphone, qu’on a bossé presque 3 ans dessus quasiment tous les jours. On était un peu découragé parfois mais, bon, on espère que l’accueil sera positif, que le public comprenne un peu ce qu’on a voulu faire, qu’il y ait de l’engouement… (?) les projets semblent se développer…

- Et vous avez collaboré avec qui, justement, pour les vidéos, etc. ?

- Et bien, Eve Martin et Nico Bueno se sont chargé des vidéos, sous le nom de Bubble Duchese… Eve, également de la mise en scène. Elle a constamment collaboré à mon travail d’écriture. Je me suis rendu également en Norvège pour travailler sur l’histoire, en compagnie d’une écrivaine norvégienne qui s’appelle Yan Vatnoy… Durant ce séjour, nous nous sommes longuement penchés sur les chansons, sur le récit. A vrai dire, ce n’est pas vraiment une histoire qui retrace la vie d’un personnage. Ce qui importe réellement, c’est son évolution psychologique. C’est de ce point de vue que l’on a concrétisé le projet. Il s’agit de saisir le ressenti psychologique du personnage. Cette fêlure qui lui vient de l’enfance, comment va-t-il en faire un don ? Et, comment définir son pôle artistique par rapport à ce contexte ? Comprendre pourquoi et comment, tout au long de sa vie, il va se sentir sans cesse mal à l’aise dans ses baskets, toujours un peu en marge de la société. Comment il va évoluer à travers le succès, la déchéance, les excès de rock-en-roll, etc.   

- Peut-on facilement raconter la vie chaotique de Brian Wilson en un récit linéaire ?

- Oui, c’est un peu chaotique. Mais le récit respecte tout de même le fil chronologique de toute destinée : d’abord l’enfance, puis la création du groupe, puis le succès, les excès ; ensuite le pétage de plombs… enfin, dans la deuxième partie de l’album, le passage à vide, la nausée, le naufrage dans la folie, la schizophrénie… Nous avons voulu capter le chaos qui le cerne, rendre audible et visible la déchirure éblouissante qui le disloque, draguer le fond vertigineux de ses luttes intestines. Car telle est la question : comment peut-il affronter ses démons intérieurs ? On incarne cette descente aux enfers à l’écran par la représentation du combat avec le diable. C’est un peu lui-même, son ombre obscure qu’il combat. Il se livre à une lutte sans merci contre lui-même pour vaincre l’armée des démons intérieurs.

- (…) vous, comment définissez-vous votre opéra pop ?

- Il m’est difficile de le définir précisément… On avait juste envie que le spectateur plonge dans un univers pendant une heure comme s’il allait au cinéma, qu’il rentre dans notre histoire, vibre au son de la destinée du personnage, soit touché par les chansons, ressente des émotions à travers ce personnage, la mise en scène, les vidéos, à travers nous… C’est surtout ça qui nous guidait.

- Encore un mot, quelle est la participation exacte de Jonathan Donahue  sur le dernier LP ?

- Il chante sur une chanson, on se partage le chant…

 

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