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New Brutalism est un groupe de rock minimaliste formé à Knoxville, Tennessee, en 1998. Le groupe est composé de Shane Elliott (chant), Matt Hall (guitare/chant), David Basford (basse/chant) et Carey Balch (batterie). Son nouvel Ep, « Requiescat Record »,…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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The Fleshtones

Manitou nous sortira du trou

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Distribué chez nous mais privé de la moindre promo, "Laboratory of Sound" n'a pas fait beaucoup couler d’encre. Et pourtant, produit par Steve Albini, il couronne les 20 ans de carrière du plus culte des vieux groupes new-yorkais (en vie). A cet égard, il aurait mérité un peu plus d’attention de la part de son label distributeur. Cette absence de soutien alimente le début de l’entretien. Peter Zaremba, Keith Streng et Bill Milhizer se disputent même pour répondre.

Bill: C'est d'autant plus dommage qu'une reproduction de l'Atomium figure à l'intérieur du booklet !
Peter: La prochaine fois, on fraudera des centaines d'exemplaires de l'album, en passant la douane belge. Pour les donner aux pauvres... Non, sérieusement, j'aime beaucoup ce disque. Il faudra se débrouiller pour que ces albums soient disponibles à plus grande échelle en Belgique. En plus, comme celui marque un changement de cap ou une sorte de retour aux sources, il s'agit de ne pas le rater. Depuis plusieurs années, on nous demande pourquoi les disques des Fleshtones ne sonnent plus comme les Fleshtones. Et bien, c'est ce que fait celui-ci. C'est dit!

- Vous enregistrez aujourd'hui pour le label Ichiban, après en avoir fréquenté pas mal d'autres. Ca ne facilite rien?

Peter: C'est une véritable malédiction! Elle doit être inévitable, mais je ne comprends pas. Sans doute s'entoure-t-on de personnes incompétentes. Peut-être parce qu'on aime ça... je ne sais pas! Ces gens sont censés contrôler nos affaires et faire connaître le groupe dans le monde. A la place, ils s’évertuent à nous rendre encore plus inaccessibles. Mais crois-moi, les responsables payeront un jour! Ils vont m'entendre, même si pour cela il faut que j'aille trouver le grand Manitou.

Steve Albini

Puisqu'elle est inévitable, évacuons la question tout de suite: pourquoi avoir choisi Steve Albini comme producteur?

Keith: Steve n'est pas vraiment producteur, mais plutôt ingénieur du son. Il aime être comparé à un ‘enregistreur’. Quand nous avons travaillé avec lui (dans son studio de Chicago), nous avions l'impression d'être dans un laboratoire de sons. Ce qui explique le titre de l'album. Steve un est véritable chercheur, un scientifique. Il accorde une grande importance à la technique. En même temps, c'est aussi un puriste dans son approche du rock.
Peter: Au départ, nous pensions enregistrer le disque sous la houlette de Butch Vig ou Scott Litt. Tous deux étaient intéressés, mais indisponibles. Et en fait, c'est Vig qui nous a proposé d'aller voir Steve, qui rapidement s’est réservé un peu de temps pour s'occuper de nous. Nous avons vécu deux semaines à Chicago, et sommes restés tout le temps auprès de lui, même hors des studios.
Keith: Steve nous a expliqué que c'est un groupe canadien, les Shadowy Men ou Shadowy Planet, quelque chose comme ça, qui lui avaient beaucoup parlé de nous. Ce sont eux qui l'ont convaincu de nous rencontrer. Steve utilise une formule personnelle pour enregistrer. Il demande au groupe de tout faire en une seule prise. Ensuite, il garde tout. Enfin, du moment que c'est enregistré proprement, je suppose.
Peter: Le destin a joué pour nous car il était le producteur idéal. Pas le genre à sortir un son bien produit. Steve joue le jeu du groupe. Il s'occupe plus des gens que de la technologie ou d'une manière qu'il aurait de concevoir un enregistrement. Il est parfait!
Bill: En tout cas, il n'apprécie pas qu'on retouche ses œuvres. Du moins pas n'importe qui. Scott Litt avait été choisi par exemple pour retravailler plusieurs des chansons qu'Albini avaient produites pour Nirvana.

- Un musicien de Shellac, le groupe d'Albini, joue de la trompette sur votre album. Mais on retrouve aussi Gordon Spaeth, votre ancien saxophoniste...

Keith: Il joue d'une façon ridicule, mais géniale. Il était le seul à pouvoir faire ça. C'est une chance qu'il soit venu! On a fait appel aussi à trois autres musiciens qui se chargent des cuivres. L'un d'entre eux milite dans un groupe de Chicago qui s'appelle les Cocktails.
Peter: Keith, de son côté, assure toutes les parties de guitare. J’ai pourtant essayé de convaincre Steve Albini de s’y mettre un peu. Il a refusé.

- Hormis le producteur, quelles sont les grandes différences entre "Laboratory of Sound" et "Forever Fleshtones", votre elpee précédent?

Peter: La différence est énorme. "Laboratory of Sound" est plus direct. Il a un feeling plus live, plus agressif, alors que "Forever Fleshtones" était assez introspectif
Keith: Oui, c'est un peu un retour à l'esprit de "Roman Gods", alors que sur "Forever Fleshtones", il y avait plein d'instruments différents. C'était la première fois que nous utilisions de la pedal-steel guitar d'une manière aussi intéressante...

- Le come-back de la surf music, popularisée par des gens comme Dick Dale, est-ce une bonne nouvelle pour les Fleshtones?

Keith: Non. On aimerait bien, mais il n'a aucune répercussion sur notre parcours. Sans doute avons-nous joué un rôle dans le regain d'intérêt pour cette musique. Mais finalement on a aussi participé au retour du rock garage, du trash, du rock instrumental, du rock bourré, du rock à boire...

Groupe de bal ?

- Le New-York Times vous décrit comme le groupe ‘idéal pour soirées’ ?      

Keith: C'est dit de façon un peu superficielle, mais c'est juste. Nous sommes bien le groupe idéal pour vos soirées. Si on gratte un peu, nous sommes aussi plus que ça. En fait, notre musique est très réfléchie, mais elle passe souvent au-dessus de la tête des gens. Je pense sincèrement qu’elle contient beaucoup de bonnes choses. Elle recèle une multitude d'aspects quant au fait d'être un être humain, de vivre, de toucher à la vie, aux sentiments... C'est ça aussi, notre musique. Bien-sûr, quand on est superficiel, pas de problème, on ne regarde pas plus loin, c'est pour les soirées.

- Etes-vous toujours des passionnés du rock australien?

Peter: C'est en allant sur place qu'on a découvert que la scène rock y était vraiment fantastique, mais plutôt inaccessible à l'observateur moyen. Plein de groupes australiens sont d'ailleurs des fans des Fleshtones!
Keith: J’adore, par exemple, tout spécialement l'album des City Doll ou les trucs de Christ Avenue et de Cruel Sea dont le dernier album n’est pas disponible aux Etats-Unis. Pour un pays aussi peu peuplé que l'Australie, il est presque étonnant d'y rencontrer autant de bons groupes.

- A propos de l'Australie aussi, avez-vous des nouvelles des Hoodoo Gurus? Le groupe devait venir en Belgique l'an dernier, mais la tournée a été annulée...

Peter: Oui, Keith a la réponse.
Keith: Hé, ho, non, je ne sais pas pourquoi la tournée a été annulée...
Peter: Si, il sait pourquoi! C'est parce qu'ils ont perdu leur distributeur. Enfin, non ils ne l'ont pas perdu. BMG, qui s'occupe d'eux aux Etats-Unis, ne voulait simplement plus les distribuer. Ils se sont fait complètement jeter en Amérique. En Europe aussi je pense. Ils ont donc annulé la plupart des dates de leurs tournées.
Keith: Mais les événements vont peut-être évoluer favorablement. Il y a huit jours, Dave m'a téléphoné pout me dire qu'il venait de terminer un nouvel album, enregistré à Sydney. J’ignore qui le produit, mais Dave est très heureux, parce qu’il va sortir... Je ne sais pas davantage qui va se charger de la distribution en Europe et aux States. Ce qui est sûr, c'est qu'ils vont repartir en tournée.

- Un mot à propos d'un vieux groupe, qui doit bien vous avoir influencés: quelle place occupent les Flamin' Groovies dans le cœur des Fleshtones?

Keith: Ah, c'est amusant, Roy Loney est venu nous voir en concert à San Francisco, il y a deux mois. C'est sûr que son ancien groupe tient une grande place dans nos cœurs. C'est un groupe fantastique, non?
Peter: Absolument génial! Ces gens ont entretenu la flamme, comme l'ont fait aussi les Stooges et MC5. Personne ne remplacera jamais les Groovies. Il y a 10 ans, ils nous avaient invités à jouer pour leur quinzième anniversaire...
Keith: Mais non, c'était il y a quinze ans!

Article paru dans le n°41 du magazine Mofo de mars 1996

Blood Red Shoes

Tout feu tout flamme!

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Le second album de Blood Red Shoes est paru ce 1er mars 2010. Et il s’intitule « Fire Like This ». Réputé pour ses prestations incendiaires, le duo de Brighton est réduit à un couple. A l’instar des Kills et des White Stripes. Steven Ansell se charge de la batterie et Laura-Mary Carter, la guitare. Ils se partagent les parties vocales. Steven et Laura-Mary (NDR : très belle fille !) se sont prêtés volontiers au feu des questions allumé par Musiczine…

Apparemment, vous êtes passionnés par le cinéma. Votre nouvel album s’intitule « Fire Like this », une référence, je suppose, au film de David Lynch, « Twin Peaks ». Est-ce que ce long métrage constitue un symbole pour vous ?

S. : En partie. Mais c’est une des raisons pour laquelle nous avons choisi ce titre. Il en existe cependant 25 autres. Le feu, c’est comme une passion créatrice. De la création et en même temps de la destruction. De l’excitation et du danger, aussi.
L-M. : Cette notion est illustrée par l’image reproduite sur la pochette ; une sensation de fièvre lorsqu’on se brûle les mains…

Vous aimez, semble-t-il, également les films d’horreur et les thrillers. ‘Jack l’éventreur’ et les histoires de vampires, je suppose. Bref, où il y a du sang, des couteaux, de la terreur et des meurtres. Etes-vous des disciples des Cramps ?

L-M. : A une certaine époque, j’étais vraiment une fan. Au fil du temps j’ai un peu décroché (NDR : Lux Interior est décédé l’an dernier)
S. : Ce qui m’a toujours plu chez eux, c’est leur attitude malsaine, sordide, agressive, un peu perverse…

Que représente le mouvement ‘Riot Grrrrl’ pour Laura ? Et je pense plus particulièrement à des groupes comme Blake Babes, Breeders ou Babes In Toyland ? 

L-M. : Notre démarche n’a jamais été politique, ni féministe. Nous sommes davantage orientés vers la recherche des émotions.
S. : Bikini Kill était vraiment féministe. On est plus proche d’un Babes In Toyland. Un peu dans l’esprit ‘fuck you’.
L-M. : Leur attitude était vraiment punk ; mais je ne pense pas qu’elles se tracassaient beaucoup pour les lyrics. Elles privilégiaient le feeling…

Vous avez déclaré que vous véhiculiez une énergie destructrice en vous. Prôneriez-vous le nihilisme ?

S. : (rires). Mais non ! Par contre on pourrait trouver une explication dans le style du jeu de guitare, car notre inspiration vient du punk, du hardcore US des eighties ; et puis de groupes comme les Stooges, Nirvana ou encore Babes In Toyland. C’est notre musique qui libère cette énergie agressive et destructrice. Briser, fracasser, sont des actes cruciaux du concert. Et puis, nous sommes aussi prédateurs, parce que nous sabotons nos propres chansons. Certaines de nos mélodies sont contagieuses, accrocheuses, accessibles même ; mais nous ne voulons jamais qu’elles sombrent dans la facilité. Et c’est alors qu’intervient le carnage à la guitare. Et qu’on rentre dedans. On ne veut pas la perfection. C’est un peu comme si on voulait foutre la merde…

Oui mais pensez-vous que vous pourrez reproduire une telle énergie, en ‘live’, toute votre vie ?

M-L. : Ce n’est pas possible !
S. : L’être humain n’est pas capable de produire ce flux d’énergie éternellement. Mais comment fait-il Iggy Pop ? Je me vois mal tenir le coup aussi longtemps que lui, à ce régime…
M-L. : Il n’est pas si vieux !
S. : J’aimerais bien, à 60 ans, pouvoir continuer à faire du rock sur scène. Il faut donc l’imiter et continuer à boire…

Mais dans l’histoire du rock’n roll, quelle grande chanson symbolise le mieux Blood Red Shoes, le « Fire » de Jimi Hendrix, d’Arthur Brown, « I’m on fire » de Bruce Springsteen ou encore le « Light my fire » des Doors ?

S. : « I’m on fire » de Bruce Springsteeen ». Très évocateur pour moi. C’est une chanson à la fois belle et triste. Quand j’avais 7 ou 8 ans je voulais devenir Bruce Springsteen. Mon père était un fan et écoutait beaucoup sa musique. Dont le fameux « Born in the USA ». Cette chanson est sans doute mon premier souvenir d’enfance. Quand au « Fire » de Jimi Hendrix », son impact est plus émotionnel…

Mais au sein du couple, qui est l’eau et qui est le feu ? (rires et hésitations)

S. : Qui est froid et humide et qui est bouillant et dangereux ? On est un peu les deux. En fait quand je suis le feu elle est l’eau et inversement. Car on réagit chaque fois l’un à l’autre…

Mike Crossey se consacre à nouveau de la production. Apparemment, il est devenu un ami. Se chargera-t-il encore de la mise en forme des prochains albums ?

S. : C’est devenu un ami, c’est vrai. Il fait partie de notre cercle. Mais nous ne savons pas encore si nous allons poursuivre l’aventure ensemble.
L-M. : Ce n’est pas impossible. Mais rien n’a été décidé encore à ce sujet.
S. : Nous n’avons même pas encore écrit de nouvelles chansons. Il comprend bien la situation, d’autant plus que dans le passé, il n’a jamais accompli ce boulot pour deux albums d’un même artiste. Et il en a assuré des tonnes.
L-M. : La porte reste néanmoins ouverte…

Quelle est la différence majeure entre « Box of Secrets » et « Fire like this » ?

L-M. : L’écriture. On l’a améliorée. Puis on a acquis une certaine expérience depuis la sortie du premier. On a appris à devenir un groupe. On s’est bonifié au niveau des arrangements, des compos, de la maîtrise de nos instruments. C’est là que se situe la différence principale.
S. : C’est surtout notre compréhension de la musique qui a changé. Et ce nouvel album reflète très bien notre progression. Il y a plus de variation dans la chanson, dans les sonorités. Nos voix se sont également améliorées.
L-M. : Pour cet album, on a été beaucoup plus attentif aux détails.
S. : Lors du premier, c’était comme si on avait enregistré des chansons en ‘live’. Tandis que pour celui-ci on a accordé davantage d’attention aux atmosphères, au feeling, à la capture des émotions…

Etes-vous ouverts aux autres styles musicaux ?

 S. : Oui, je l’ai déjà déclaré, nous sommes en pleine phase d’expérimentation. Nous cherchons à faire reculer les limites du genre, en incorporant de nouvelles idées. Maintenant, on n’enregistrera jamais un disque de reggae, ni de ‘fucking’ world music impliquant quarante drummers africains. Juste pour le fun. Ce serait stupide. Cela ne correspond pas à notre démarche.
L-M. : L’art musical consiste à absorber d’autres éléments…
S. : Mais nous on crée de nouvelles sensations, de nouvelles émotions. Elles viennent de manière naturelle. On ne peut pas tout contrôler. On ne se pose pas la question de savoir si c’est différent. Il faut laisser la musique arriver à maturation. Elle doit évoluer naturellement et on doit simplement s’appliquer à devenir meilleur musicien. A ce que l’album sonne mieux. Tu dois laisser grandir la musique dans son propre espace. On n’appartient pas à ces groupes qui pour se démarquer des autres, ajoutent un petit truc, mettent des chœurs, par exemple. Ca, c’est du calcul. Nous on ne calcule pas.

Apparemment, vous improvisez constamment. Rien n’est préétabli ? Est-ce le même processus en ‘live’ ?

L-M : Tout à fait !
S. : Une compo est davantage le résultat d’un accident ou d’un événement fortuit. On déconne ou on bricole, et puis c’est le hasard qui guide nos choix.
L-M. : Rien n’a jamais été balisé. Nous ne sommes pas déterministes.  

Parlons un peu de votre nouvel album. J’ai remarqué la présence d’un violoncelle sur « Follow the line » ; et puis il y a ces ‘wow wow’ qui me rappellent quelque part Siouxsie & The Banshees. Tout comme lors de l’hymnique « One empty chair ». Des coïncidences ?

L-M. : Nous avons partagé la même affiche.
S. : Je connais très peu son répertoire, mais elle est vachement cool.
L-M. : Au sein de mon premier groupe, on disait que je chantais comme elle…

« Don’t ask » et « Colours fade » sont les deux chansons les plus pop de l’album. Soit la première et la dernière du cd. Vous envisagez de les sortir en singles ?

S. : Oui.
L-M. : Le premier morceau est déjà sorti en single et le second est prévu pour le printemps.
S. : Enfin, c’est plus que probable, mais rien n’a encore été décidé.

« When we wake » est une méditation sombre sur la mort. Que représente la mort pour vous. La fin ? Une nouvelle vie ? Croyez-vous à la lumière après la mort ? A un dieu ? Aux esprits ?

S. : Putain, c’est une question vachement profonde !
L-M. : Je ne crois pas en Dieu, mais je pense qu’il existe quelque chose après la mort. Je prie, mais pas de manière consciente. Je ne crois pas à l’influence divine. Ni à un quelconque sauveur. J’ai suivi une éducation dans un milieu catholique. Et on m’a enfoncé tous ces principes dans le crâne. Maintenant, je crois qu’il existe un état de conscience après la mort ; mais lequel ?

Vous ne disposez pas seulement de la musique comme corde à votre art. Vous vous intéressez également à l’art sous toutes ses formes. Dont la photo. A l’instar de PJ Harvey, vous avez ainsi posé nus. Partagez-vous le même concept ?

S. et M-L. (en chœur) : Wow !
S. : Justement j’en parlais hier à Laura hier soir, lorsqu’elle se déshabillait.
L-M. : Oui, on parlait de l’opportunité pour les pop stars de poser nus.
S. : Cette démarche peut être artistique, mais aussi commerciale, et une manière détournée de vendre son produit. On ne joue pas à poils sur scène ! Dans le monde musical, la nudité est plus commerciale qu’artistique. Il y a bien un album des Pixies dont la pochette est vraiment arty ; mais en ce qui concerne PJ Harvey, sa nudité était surtout destinée à promouvoir son album.
L-M. : C’est une véritable icône, mais elle est bizarre. Et puis tellement maigre.
S. : La nudité peut être artistique, mais la majorité du temps, elle ne l’est pas.

J’ai lu un article marrant racontant qu’à l’instar de Peaches, porter une fausse barbe était un phantasme pour Laura. Vous partagez les mêmes obsessions que la Canadienne ? (fou rire !)

L-M. : Et m****, qui a écrit un truc pareil ?
S. : Tu vois, on fait des tas d’interviews, on boit un coup de trop, on rigole et puis on raconte des conneries…

(Merci à Vincent Devos)

 

Lonelady

Le goût de l’extrême…

Écrit par

De son véritable nom Julie Campbell, Lonelady est une passionnée de new wave et de post punk. Pas étonnant lorsqu’on sait quelle est issue de Manchester. Et pourtant, ce n’est pas en fouillant dans les vieux vinyles de ses parents, qu’elle a acquis cette culture. Simplement, en s’intéressant à l’histoire de la musique de sa ville de naissance. Progressivement. A un tel point qu’actuellement, sa musique en est profondément imprégnée. Et « Nerve up », son premier elpee en est la plus belle illustration. Pourtant au cours de sa jeunesse, elle écoutait surtout la musique américaine des 90’s ; entre autres REM, Nirvana et Hole…

Julie confirme : « Effectivement. En fait, ce sont ces formations qui m’ont incité à acheter ma première guitare » Parmi ses influences américaines, elle cite encore Pylon ainsi qu’Emerald, Sapphire and Gold (NDR : dites ESG), deux combos américains qui ont marqué le début des eighties. Elle est un peu surprise de la formulation de la question, marque une pause, puis réagit : « Ah, c’est ce que signifiait le sigle ESG ? » Puis embraie : « Ces deux groupes pratiquaient une musique minimaliste, entrecoupée de longs silences, à l’instrumentation très parcimonieuse. Et on retrouve dans mes nouvelles chansons, ces formes de vide. Mais si la palette de sonorités était minimale, les compos étaient très énergiques et imprimées sur un rythme saccadé, funky ». Mais retraversons l’Atlantique pour revenir aux Iles Britanniques. Trois décennies plus tôt. Soit à une époque marquée par Throbbing Gristle, XTC, John Foxx, An Clark, Cure, The Smiths, Gang of Four, Joy Division et quelques autres. Et qui constituent quelque part une source d’inspiration majeure pour Julie : « Tous ces groupes et artistes ont eu une influence sur ma création. Mais il n’entre pas dans mon intention de me réapproprier leur musique. Cela n’aurait aucun sens. J’essaie de créer mon propre univers sonore, notamment en me servant de ma voix. Parfois les influences peuvent devenir un fardeau. Il faut savoir faire la part des choses. » Ecouter Joy Division est, en outre, une expérience quasi religieuse pour mon interlocutrice. Elle avoue : « Leur musique se détache de la vie quotidienne. Elle me fascine. Elle est intemporelle. Un peu comme si on figeait le temps à travers l’espace. Et il ne faut pas oublier d’y associer le producteur Martin Hannett, également responsable du son ». Vu sa fascination exercée pour les eighties, on pourrait facilement imaginer que l’artiste reprenne, de temps à autre, des morceaux composés par ses maîtres. La réponse fuse : « Non ! On a juste enregistré sur une flip side, la reprise d’un single très peu connu de The Fall. Et c’est vrai que dans le passé, on l’a jouée en ‘live’. Mais depuis, elle ne fait plus partie de mon répertoire, sur scène ». Vu le come-back de la new wave, illustré notamment par des formations comme Editors et Interpol, une question me brûlait les lèvres. Celle de ces fameux cycles dans l’histoire du rock’n roll. Elle argumente : (rires) « C’est une approche intéressante. Personnellement, je pense plutôt qu’il s’agit du fruit du hasard. C’est plutôt aléatoire que cyclique. D’ailleurs je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe sur la scène musicale contemporaine. Et puis, l’important c’est plutôt l’aspect tridimensionnel (NDR : la musique, la parole, l’interprétation) qui compte quand on revisite une époque. »

Le parcours musical de Lonelady a commencé en 2004, un itinéraire jalonné d’une poignée de singles. Qu’elle produisait elle-même. Elle a même aménagé un studio dans une ancienne filature. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle s’est forgé une solide expérience. Mais comment a-t-elle réussi à se faire signer par Warp ? Julie raconte : « L’histoire et un long processus. Au départ c’était du D.I.Y. ; puis en 2007, Jason (NDR : White) de Too Pure a agi comme catalyseur pour que je puisse franchir une étape. Il m’a permis de rencontrer Steve Beckett. Et puis de fil en aiguille, il s’est intéressé à ma musique, puis nous a signés ».

Julie estime que la plupart des critiques de disques et même de concerts sont rarement pertinents. Pourquoi donc ? « La manière de me poser cette question implique que tout est noir ou blanc. Personnellement, l’écriture est un acte privé, individuel. Et mon but n’est pas de faire l’objet d’un article dans un magazine. Or une majorité de journalistes essaie de tout traduire en mode et en courants. Ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse… » Parlons quand même un peu de ‘Nerve’, son premier opus. Et tout d’abord de cette compo baptisée ‘Army’, caractérisée par des riffs de guitare très effilés, comme chez Gang Of Four. Or, un des titres les plus notoires du band de Leeds s’intitule ‘I love a man in a uniform’. (Eclats de rires). C’est peut-être une coïncidence… « Et ça te fait rire ! J’adore ce groupe. Il véhiculait une énergie funkysante incroyable. Andy Gill est un guitariste génial. Et leur musique était à la fois brutale et fragmentée… » A contrario le morceau maître de l’elpee est beaucoup plus soul/funk disco. Davantage dans l’esprit de Madonna. Mais était-ce intentionnel ? « J’apprécie beaucoup Madonna. Elle est une de mes influences. Et sur cette compo, plus précisément, c’est vrai. En fait, mes prochaines adopteront un profil plus funky… »

Julie a déclaré beaucoup aimer la poésie et le cinéma extrêmes. Souhaiterait-elle mener une vie extrême ? Serait-elle blasée par la vie quotidienne ? (Eclats de rires…) Elle réplique : « Ca, c’est la meilleure question qui m’ait été posée aujourd’hui. Oui, j’éprouve le désir de ne pas mener une vie ordinaire. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis attirée par les idées extrêmes. Et je suis particulièrement fascinée par les films d’Ingmar Bergman ; et notamment par ‘7th Seal’ (NDR : le titre –en français ‘Le Septième Sceau’– provient d'une phrase de l'Apocalypse selon Saint Jean l'Évangéliste, chapitre 8 ; voir Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Septi%C3%A8me_Sceau». Dans le même esprit, sur la homepage de son site Web on peut lire ‘La brutalité a une place dans la pop. La férocité et le secret, également’. Ce qui méritait quand même un complément d’explications » Elle clarifie : « Il serait peut-être judicieux de demander des explications à Paul Morley. C’est un journaliste (NDR : plume brillante qui a longtemps sévi au New Musical Express), mais aussi un écrivain qui jouit d’une belle popularité aux Royaume-Uni. Au cours des dernières années, il a aussi composé pas mal de musique. C’est lui qui a rédigé ce texte sur le site. Je l’avais contacté pour qu’il consacre quelques lignes sur Lonelady, parce que j’aime bien la façon dont il formule ses impressions au sujet de la musique. Ce texte n’est pas linéaire, mais plutôt abstrait… »

Après avoir abordé tant de sujets sérieux (NDR : quoique), rien de tel que de terminer un entretien par une boutade… Mancunienne, Julie n’a pas son permis de conduire. Ni son drummer. Pas évident quand on doit se déplacer pour jouer en ‘live’. Or dernièrement, elle a engagé un claviériste, qui lui est détenteur du permis de conduire. Ce critère était sans doute indispensable avant qu’il ne soit engagé. Elle se défend : « Une manière très intéressante d’aborder le problème (rires). Le claviériste est autorisé à circuler en automobile sur la voie publique. Quelle belle coïncidence ! Vous savez j’habite au centre-ville. Je me déplace donc à pied. Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’apprendre à conduire. C’est vrai qu’il n’est pas évident de se produire en concert dans ces circonstances. Et avant qu’il ne rejoigne le band, on sollicitait un proche ou un ami pour nous véhiculer… »

Merci à Vincent Devos

Unbelievable Truth

La mélancolie, un passage obligé…

Écrit par

Chez Unbelievable Truth milite un certain Andy Yorke, le frère de Thom, leader de Radiohead. Une formation née en 1993 et responsable d’une pop pleine de douceur et de mélancolie. Un peu à la manière des si belles ballades dispensées par REM ou Radiohead. Une musique imprégnée d’émotions, de fragilité et de chaleur que le trio tente de faire partager avec son public. L’an dernier sortait « Almost here », un premier album tout simplement splendide. Une des nombreuses raisons qui nous ont poussés à s’intéresser de plus près à une future locomotive de la pop anglaise et qui est déjà une révélation à nos yeux. Nigel, batteur et producteur du groupe nous donne ses impressions quelques mois après la sortie de l’album.

-  Sur certaines compositions de votre premier album, "Atmosphere", vous avez introduit une section à cordes. Pourquoi avoir opté pour de tels arrangements?

J'aime ce type de formule, même si je ne suis pas enclin à en abuser. Pour certaines chansons, le violon semblait être la meilleure solution. Une section à cordes procure une atmosphère à la fois étrange et délicate…

-  Pourquoi la mélancolie est-elle considérée de manière si positive chez Unbelievable Truth?

Je crois que tous les membres du groupe partagent ce sentiment. Nous avons tous eu des expériences quelque peu douloureuses. La mélancolie n'est pas négative. C'est davantage une émotion qui vous en procure d'autres... encore plus intenses. Je pense malgré tout qu'il y a une différence entre la mélancolie et la tristesse. Les sentiments de faiblesse, de pessimisme, de tristesse, d'impuissance, sont assez particuliers. Ils n'ont rien à voir avec la mélancolie qui est plutôt un passage, un processus que l'on traverse. Selon moi, la tristesse, la déprime, c'est comme une sorte de piège, de cul de sac.

-  Le nom de votre groupe, Unbelievable Truth (NDR : traduisez ‘vérité incroyable’) a-t-il une signification particulière ? Penses-tu qu’il soit impossible de découvrir la vérité ? Et cette vérité est-elle unique ?

Je suis incapable de répondre à la question. Pas mal de gens nous ont demandé des renseignements sur le nom du groupe. Unbelievable Truth, ce sont deux mots qui sonnaient bien. C'est pour cette raison qu'on s'appelle ainsi. Parfois, je me pose quand même des questions sur ce sujet... mais je n'ai pas encore trouvé de réponse. (NDR : en fait, il s’agit tout simplement du titre d’un film de Hal Hartley, sorti en 1989)

-  Apparemment, vous ne voulez pas devenir des rock-stars. Un choix délibéré?

Nous nous concentrons sur ce que nous faisons. Il y a des formations qui ne visent qu'un seul objectif, devenir d'énormes célébrités, sans aucun souci artistique. Actuellement, des groupes comme les Spice Girls ou les boys band illustrent bien cet état d’esprit. Je ne suis pas convaincu de leur souci artistique. Je pense aussi à des formations pop qui sont uniquement capables de reproduire les B-sides d'Oasis. C'est aussi une question d'argent. On veut être riche. Et un des moyens pour arriver à ses fins est de former un groupe, de sortir un disque et de se remplir les poches, si ça marche... mais après?

-  REM, Jeff Buckley, Crowded House, Nick Drake. De bonnes références pour vous?

REM a eu beaucoup d'influence sur nous. Les 3 autres un peu moins. En fait, nos références proviennent de différentes sources. Throwing Muses, par exemple, et toute la musique acoustique des USA nous ont beaucoup marqués. Le son du groupe est une combinaison de trois expériences individuelles. J'aimais écouter la musique progressive des 70's. Jason était plutôt branché ‘hip hop’. Quant à Andy, il était habitué à écouter des groupes postcard comme les Smiths, James ou Orange Juice.

-  Qu'est-ce que représente Talk Talk pour U.T.?

Andy est un grand fan des deux premiers albums de Talk Talk. Et lorsque nous avons produit ce disque nous nous sommes demandé comment ils auraient fait à notre place. Nous avons essayé d'éviter une construction trop traditionnelle des chansons, et opté pour l'introduction de petits éléments qui donnent au disque une atmosphère toute particulière.

-  Peut-on dire qu’« Amost here » soit un concept album ?

Non, ce n'est pas vraiment comme dans la musique progressive. Nous nous sommes concentrés sur la place à donner à chaque composition de l'opus. Mais je parlerais plutôt d’enchaînement plutôt que d’élaboration d'une œuvre entreprise avec l’intention d’en faire un concept album. Lorsque vous écoutez les Pixies, c'est un peu la même chose. Sans le vouloir, lorsqu'on met bout à bout chacune de leurs compositions, en partant de leur première chanson à la toute dernière de leur carrière, on a l'impression que cela forme un tout. Nous voudrions faire quelque chose de semblable. Mais je ne suis pas convaincu que cela soit une réussite totale.

-  N’est-il pas trop difficile, pour un jeune groupe, de compter pour chanteur, le frère de Thom Yorke ?

Non, pas vraiment. En fait, c’est surtout la presse anglaise qui y fait allusion. Même si Andy est le frère de Thom, nous ne faisons pas vraiment la même chose que Radiohead. Le public qui vient nous voir n’est d’ailleurs pas celui qui achète les disques de Radiohead.

-  Unbelievable Truth est un groupe plutôt intellectuel. Une attitude qui va à contresens des ensembles issus de l’actuelle scène britannique. Un commentaire ?

C’est sûr, nous sommes plus intellectuels que bon nombre de groupes anglophones. Et nous avons d’ailleurs été fortement critiqués à ce sujet. C’est une caractéristique très particulière de la Grande-Bretagne. La plupart des Anglais considèrent l’intellect comme quelque chose de mauvais. Pourtant, je crois que la qualité musicale n’a rien à voir avec le niveau d’éducation. Dans la musique, tu peux venir de n’importe quel milieu et faire quelque chose de très bien. Il n’y a pas d’obstacle pour faire de la bonne musique.

(Article paru dans le n° 70 du magazine Mofo de février 1999)

 

Luna

Le jour et la nuit

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Mercury Rev, House Of Love... les références évoquées par "The Days Of Our Nights", le nouvel album des Américains, sont toutes de cette veine doucement mélancolique où les chansons trahissent une émotion à fleur de peau... Malgré cette cinquième plaque fort réussie, le groupe mené par Dean Wareham, l'ex-Galaxie 500, vient néanmoins de se faire jeter par sa firme de disques aux States. Une injustice qu'évoque, entre autres, le guitariste Sean Eden.

Ce nouvel album, produit par Paul Kimble (Grant Lee Buffalo), fait une fois encore la part belle aux guitares et aux textures musicales ; tu les travailles beaucoup au préalable?

Certaines d'entre elles en tout cas. Aux sons les plus bizarres et les plus complexes auxquels nous voulons arriver, nous consacrons bien sûr un peu plus de temps. Pendant l'enregistrement, je me retrouve parfois avec une vingtaine d'effets différents à traiter ; c'est plutôt long et parfois même, je n'arrive pas au résultat escompté, mais ce que j'obtiens est intéressant aussi. Evidemment, nos albums ne sont pas de ceux qui accrochent dès les premières secondes, surtout le dernier ; ils nécessitent quelques écoutes répétées.

Est-ce qu'un guitariste peut avoir les mêmes sources d'inspiration qu'un auteur ?

Je suis en général plutôt impulsif. C'est de la musique du groupe que je m'inspire le plus souvent, jamais des textes. Tout dépend de ce qui m'entoure. Quand je suis dans ma chambre à travailler sur une idée, je tombe parfois sur une ligne dont je deviens... amoureux, et je la développe. Mais ce travail reste instinctif, ce n'est jamais étudié ou préparé. Quand je fais des prises, je garde toujours celle qui m'inspire le plus. En studio, je travaille de la même manière, que je joue un solo ou un rythme basique. On sent tout de suite ce qu'on aime le mieux, sans y penser vraiment, instinctivement. C'est le plus important à mes yeux : une fois sur bande, on entend tout de suite dans quel état d'esprit le morceau a été joué, même s'il ne s'agit que de deux notes. Certains guitaristes sont trop réfléchis, je trouve, et ça s'entend aussi.

A quel genre d'activité peut-on dès lors se livrer en écoutant ce disque? Quelque chose d'impulsif également?

Peut-être (rires). Une chose est certaine : ce n'est pas un album de rock. Nous ne sommes plus rock que sur scène. C'est un disque à écouter en nocturne, éventuellement dans un état second, qui a du sex-appeal aussi. Il ne faut pas forcément l'écouter en faisant l'amour... Disons qu'il circule dans une certaine veine romantique...

Vous être romantiques?

Non, enfin d'une certaine manière... Je ne sais pas. Je crois que nous sommes surtout cyniques. Et romantiques d'une certaine manière? Qui sait? D'une manière compliquée, parce que la vie est compliquée (rires).

Pourquoi tant de différence chez vous entre le disque et la scène?

D'une certaine façon, c'est naturel : les choses ont toujours tendance à être un peu plus brutes et énergiques sur scène. Je crois que c'est autant dû au groupe lui-même qu'aux gens qui l'entourent. Je me suis parfois dit que les chansons que nous avons enregistrées auraient pu être plus agressives, mais quand nous sommes en studio, nous avons une sorte de tendance naturelle à être plus profonds, plus... propres. Il y a tellement d'occasions en studio de se lancer sur des pistes très différentes, d'en faire toujours plus, parfois trop... Nous sommes différents selon les circonstances, ce qui est appréciable, du moins à mon avis.

Vous avez opté pour un producteur pas forcément réputé... mais vous en êtes manifestement contents!

L'enregistrement s'est effectivement très, très bien passé. Même parfois trop bien, dirais-je. Paul Kimble est un type qui ne traîne pas en route. Avec lui, pas la peine de multiplier les prises. Avec moi qui suis probablement le plus perfectionniste du groupe, ça aurait pu se passer nettement plus mal. J'ai juste été frustré de ne pas pouvoir accorder une ou deux heures de plus à l'une ou l'autre chanson...

Au rayon des comparaisons entre Luna et d'autres groupes, on cite parfois Mercury Rev...

Ce sont des amis à nous. Nous avons tourné ensemble, mais nous sommes différents. Ils sont plus psychédéliques que nous ; sauf peut-être sur "Deserter's Song", que je trouve plus romantiquement grandiose, avec plus de claviers et de cordes. Ceci dit, c'est un excellent disque...

Pourquoi cette étonnante cover de Guns N'Roses sur "The Days Of Our Nights"?

A l'origine, elle ne devait être qu'une face B. Puis, Elektra, notre firme de disques aux States, nous a demandé de l'inclure sur cet album. Et ensuite, ils nous ont virés (rires)... L'actuel président a dû décréter qu'il avait fait assez de fric sur notre dos et qu'il était temps pour lui de redevenir un peu plus conservateur! C'est un peu le cas chez toutes les majors, pour l’instant, du moins aux Etats-Unis. Bref, cette cover était au départ une petite plaisanterie faite en répétition. A force, on s'est mis à l'aimer.

Des commentaires de la part d'Axl Rose?

Je ne connais pas ce type, à mon avis, il doit être con... Je ne pense pas que Guns N'Roses soit un grand groupe, mais c'est une bonne chanson. Je ne suis même pas sûr qu'il soit au courant que nous l'ayons reprise...

Et cette chanson, plus ancienne, que vous avez intitulée "23 Minutes In Brussels", elle parle de quoi?

Elle fait référence à un disque de Suicide qui s'intitulait "14 Minutes In..." quelque chose... Je crois qu'à l'époque, ils avaient dû se faire jeter d'une scène à Bruxelles... C'est un peu vague comme réponse, désolé de ne pas pouvoir être plus précis!

 (Article paru dans le n° 73 du magazine Mofo de mai 1999)

Warpath

Trasheurs anglais sur le sentier de la guerre

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Nous avons récemment découvert les trashers anglais de Warpath lors de la sortie de leur album « Damnation ». Leur voyage aux sources du Trash métal original a été pour nous une véritable cure de jouvence. Interview de ces guerriers britanniques quelques semaines avant leur grand voyage à la conquête du Pays du Soleil Levant.

Quelques mots de présentation tout d’abord, pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore…

Rich : Warpath est un groupe Heavy/Trash métal basé en Angleterre. Notre premier album « Damnation » est sorti en 2008 après avoir été mastérisé par James Murphy (Testament).

Vous avez été élu ‘Meilleur Groupe Non Signé de l’Année’ par les lecteurs de Terrorizer Magazine pour la seconde année consécutive. N’est-il pas un peu frustrant de ne pas être sous contrat, alors que vous êtes soutenus par tant de fans?

Rich : Oui et non. Nous ne voudrions pas conclure un mauvais deal. Nous allons patienter jusqu’au moment où nous recevrons une offre à la fois satisfaisante pour nous ainsi que pour le label, afin de pouvoir donner à nos fans ce qu’ils méritent. D’un autre côté, c’est génial d’avoir une fan-base aussi importante qui nous soutient même si nous n’avons pas de label.
Pete : Oui, et qu’un groupe de métal parvienne à prendre de l’amplitude par ses propres moyens, est vraiment fantastique. En tout cas, ne pas être sous contrat nous encourage à travailler dur pour encore progresser.

James : Aussi, c’est génial de savoir que tant de monde aime ce que nous faisons !

Certains artistes préfèrent écouler leurs albums directement auprès de leurs fans sans passer par l’intermédiaire d’un label. Est-ce aussi le choix de Warpath ?

Rich : Jusqu’à présent, personne ne nous a offert de deal qui vaille la peine d’être accepté ; aussi nous avons choisi de ne rien signer tant qu’un label ne nous fasse pas une proposition intéressante. Les temps sont en train de changer pour les compagnies discographiques et pas question de se faire entuber ! A l’heure actuelle, notre contact auprès des fans est direct ; et c’est plutôt génial.
James: J’adore discuter de notre musique et de tout ce qui s’y rapporte avec les gens qui nous apprécient. Nos fans comptent parmi les gens les plus sincères que j’ai pu rencontrer.

Votre biographie sur MySpace vous décrit comme un groupe ‘Métal’. Cette appellation ne décrit pas vraiment très bien votre style. ‘Trash Métal Old School’ serait une bien meilleure définition. Votre musique me fait penser aux vieux Metallica, Testament, Megadeth ou Exodus. Dans le processus de composition, avez-vous déjà décidé d’écarter tel ou tel riff parce qu’il ne sonnait pas comme du Trash Old School ?

Rich : Nous essayons de prendre un peu de recul par rapport aux autres combos trash anglais, parce qu’il y se produit tellement de merdes entre la plupart d’entre eux que nous préférons ne pas être impliqués. Nous ne nous forçons pas à ressembler à quelqu’un d’autre. Nous sommes des fans de heavy/trash métal et si un riff sonne bien, il sonne bien. Nous le conservons et nous l’insérons dans une chanson. Nous ne penserons jamais quelque chose comme : ‘Ce riff ne sonne pas comme Exodus, abandonnons le !’ ; ce serait complètement ridicule.
Pete : Nous détesterions écrire de cette manière. De nos jours, il existe tellement de groupes trash qui veulent marcher sur les traces des vieux Overkill ou comme les autres ensembles trash issus de cette période. Ils se baladent en baskets blanches et portent des cartouchières comme s’ils vivaient encore en 1987. Pour moi, ce n’est vraiment pas très original et je commence à trouver cette attitude très agaçante…
James : Personnellement, je n’ai jamais entendu une seule chanson d’Exodus. De plus, je méprise vraiment les bandes dessinées, les déchets nucléaires et les autres conneries que tous ces nouveaux combos trash semblent glorifier religieusement.

Quel est votre background musical ? Avez-vous milité au sein d’autres formations avant Warpath ? Quel genre de musique écoutez-vous ? Qui sont vos groupes favoris et vos héros ?

Rich : J’ai commencé à jouer de la musique à l’âge de 5 ans. J’ai étudié le classique et la théorie musicale. Je suis passé au heavy métal à 16 ans. Mes groupes favoris et mes influences sont Dave Mustaine, Megadeth, James Hetfield, Metallica, Axl Rose, Guns’n’Roses, Marty Friedman, Pantera et tout un tas de choses en musique classique. J’aime aussi les bandes originales de films, la musique latino et quelques trucs pop/rock des seventies et des eighties.
Pete : J’ai commencé à apprendre la guitare à 10 ans, mais ce n’est qu’à 14, lorsque j’ai découvert le clip vidéo d’Iron Maiden « Stranger in A Strange Land » que j’ai pris la musique –et particulièrement le heavy métal– au sérieux et que je m’y suis consacré entièrement. J’écoute à peu près tout. De King Diamond à Primal Fear en passant par Nile et Hypocrisy. Dans un autre style, j’aime aussi Sarah Brightman et même Norah Jones ! Mais ne le dis à personne (NDR : Tu peux compter sur moi). Mes plus grands ‘guitar heroes’ sont Doug Aldrich (Whitesnake), Glen Drover (King Diamond, Megadeth), Jeff Waters (Annihilator), Dave Murray (Iron Maiden) et Tony Macalpine, qui sont tous des guitaristes fantastiques.
James : En écoutant notre album « Damnation », tu peux remarquer la grande variété de rythmes et l’abondante utilisation de la grosse caisse. Le métal que j’écoute est vraiment d’une autre génération que celui qu’écoute Rich. Je suis influencé par tout ce qui est sorti entre la moitié des nineties et aujourd’hui car, à partir de cette époque, la manière de jouer de la batterie a commencé à évoluer et même à s’améliorer. Mes groupes préférés sont Fear Factory, Devildriver, Static X, Dagoba, Divine Heresy et presque tout ce qui relève de la scène extrême et industrielle de Los Angeles, San Francisco et de la Floride. Je suis un fan absolu du travail de Derek Roddy (Hate Eternal, Nile), George Kollias (Nile) et Tim Yeung (Hate Eternal, Divine Heresy).

Au cours des eighties, les leaders de la scène trash metal anglaise étaient Onslaught et Sabbat. Vous sentez vous proches de ces groupes? Ont-ils influencé votre musique? 

Rich : Non, en aucune manière.
Pete : Personnellement, je n’aime que l’album « In Search Of Sanity » d’Onslaught. Je pense que les titres qui y figurent sont meilleurs que tout ce qu’ils ont pu faire et ce, parce que Steve Grimmet (ex- Grim Reaper) y assure les vocaux. Sans quoi, je n’aime rien de la scène trash anglaise.

Comment avez-vous rencontré James Murphy ? A-t-il été difficile de le convaincre de masteriser votre album ? Etes-vous toujours en contact avec lui ?

Rich : Je lui ai envoyé quelques e-mails, nous avons discuté un peu au téléphone et il a accepté de masteriser l’album. Il a été génial sur ce coup là. C’était un très grand honneur pour nous qu’il accepte de travailler sur notre album. La dernière fois que nous avons parlé ensemble, cela devait être l’année dernière. C’est un mec très occupé !

Vous semblez attirer un public conséquent au Japon. Toutes les copies de votre album y ont été vendues en deux jours. De plus, votre participation au True Trash Festival d’Osaka en mars 2010 a été confirmée. Pourquoi êtes-vous aussi populaires au pays du soleil levant ?

Rich : Les gens sont fous de heavy métal au Japon. En plus, l’organisateur du True Trash Festival est notre distributeur dans ce pays. Il nous aide constamment à faire la promotion de Warpath au Japon. C’est un grand fan du groupe.
Pete : Il existe quelques groupes heavy géniaux au Japon : Anthem, Loudness, Earthshaker. D’excellentes formations trash aussi comme Sabbrabells et Crowley pour n’en citer que quelques unes. Donc, ce n’est probablement pas seulement parce que nous sommes anglais et que nous jouons du métal qu’ils nous apprécient. Ils adorent la musique en général et sont très fidèles aux artistes qu’ils aiment.

Etes-vous excités à l’idée de jouer au Japon?

Rich : Enormément ! Dès que nous y serons, je crains qu’on ne veuille plus revenir chez nous…
Pete : C’est un honneur et un ‘rêve métal’ devenu réalité de pouvoir se rendre là-bas !
James : P… oui ! Ça va être une expérience unique et en plus, nous sommes très emballés de savoir que nous allons travailler en compagnie de toute l’équipe de l’organisation. Ces shows vont être de véritables tueries.

De nombreux albums live géniaux ont été enregistrés au Japon. Est-on en droit d’espérer un « Warpath Made In Japan » ou un « Warpath at Budokan » ?

Rich : Budokan dans quelques années peut-être ! Mais pour l’instant, l’organisateur à l’intention de sortir le show complet en Cd et en Dvd. Donc, il y aura bien de l’audio et de la vidéo à se mettre sous les oreilles et les yeux. Nous filmerons aussi notre voyage dans son entièreté afin de réaliser un Dvd.
Pete: Arch Enemy a filmé son dernier Dvd au Japon et le résultat est incroyable ! Les fans sont à la fois sauvages et respectueux du groupe. Ils rentrent vraiment dans la musique et semblent reconnaissants envers les artistes qui jouent dans leur pays. Je suis tellement excité de vivre une telle aventure.

Si vous aviez le choix, de quel groupe célèbre voudriez vous assurer la première partie ?

Rich : Metallica, Megadeth ou Testament!
Pete : Je ne sais pas. Ca ne me dérangerait pas de tourner avec les Pussycat Dolls!
Rich : En fait oui, les Pussycat Dolls aussi pour moi!
James: Slayer.

Vous vivez au Pays de Galles. Parlez-nous un peu de la scène métal galloise. Y dénombre-t-on des groupes intéressants? Quels sont les rapports entre les groupes gallois ? Amicaux ou source de compétition ?

Rich : Il y a longtemps que j’ai cessé de prêter attention aux groupes issus de ma ville d’origine (NDR : Swansea). Cependant, à Cardiff, il y a un excellent groupe appelé Hunted. Nous avons aussi joué en compagnie d’excellentes formations de la région de Newport.
Pete : Je viens de Coventry, dans la région des West Midlands, où le groupe le plus célèbre jouait du ska/punk dans les années quatre vingt. En fait, c’était plutôt de la merde. Ceci dit, cette ville est très proche de Birmingham d’où sont originaires des groupes géniaux comme Judas Priest, Black Sabbath et Diamond Head et ça, c’est plutôt cool.

Les fans de métal sont collectionneurs dans l’âme. Même s’il y a beaucoup de moyens différents d’acheter de la musique de nos jours, ils préfèrent toujours tenir un véritable Cd entre leurs mains. Est-ce également le cas pour votre album ? Vendez-vous toujours plus de compact discs que de fichiers mp3 ?

Rich : Je partage ton avis. Les MP3’s c’est de la merde comparé au vrai Cd. Jusqu'à présent, nous avons vendus plus de cds que de téléchargements digitaux, cependant, depuis peu, les téléchargements digitaux semblent s’intensifier.
Pete : J’aime tenir un véritable Cd dans les mains et lire les paroles des chansons en même temps que j’écoute la musique. Un Cd est quelque chose de beaucoup moins impersonnel qu’un fichier Mp3. Et puis, j’adore signer notre album pour les fans. C’est quelque chose que tu ne peux pas faire sur des MP3s.

En tant que groupe, quelle est votre opinion à propos des téléchargements illégaux ? (*)

Rich : J’y suis opposé à 100%. Il n’y a absolument aucune justification à cette pratique. C’est du vol pur et simple. De nos jours, tu peux écouter des albums entiers sur MySpace, YouTube, etc. et les téléchargements légaux coûtent moins d’une livre sterling par chanson. Je pouvais comprendre les téléchargements illégaux il y a dix ans, quand les gens étaient obligés de payer très cher pour des Cds alors qu’ils n’aimaient qu’une chanson ou deux. Mais, ce n’est plus le cas depuis qu’iTunes existe. Le téléchargement illégal doit être réprimé car il cause énormément de tort aux artistes.
James : Tu ne volerais pas un CD à quelqu’un dans la rue, n’est-ce pas ? Et tu ne piquerais pas un Cd sur notre stand pendant un concert ? Pourtant, c’est exactement la même chose pour le téléchargement illégal. Que ce soit au niveau de la musique, de la vidéo, des livres et même des pochettes de Cd, cette pratique doit cesser.

Pensez-vous qu’en programmant un de vos titres le ‘Bruce Dickinson BBC Rock Show’ a accentué votre popularité en Angleterre? Avez-vous constaté un ‘rush’ sur votre web shop après la diffusion d’une de votre chanson, par le chanteur d’Iron Maiden, dans son émission ?

Rich : Tout à fait ! C’est Bruce Dickinson ! Qu’une légende comme lui qualifie notre musique de ‘classic trash metal’ est tout à fait incroyable. C’est comme un véritable cachet d’approbation de la part des autorités du métal !
Pete : Comme je l’ai dit, je suis un véritable fan d’Iron Maiden. C’est, sans doute possible, mon groupe préféré et ma plus grande influence. Que Bruce passe un de nos titres et fasse un commentaire aussi incroyable était pour moi une véritable joie et un immense honneur. Si je n’étais pas membre de Warpath et que j’étais simplement un fan de métal, j’aurais à coup sûr essayé d’en savoir un peu plus sur ce groupe dont Bruce Dickinson a dit du bien.

“Damnation” est sorti en mai 2008. C’était il y a presque 2 ans. Bossez-vous actuellement sur la confection d’un nouvel album ? Si oui, avez-vous une idée de la date de sa sortie et de ce à quoi on doit s’attendre ?

Rich : Nous avons composé quelques nouvelles chansons. Nous commencerons probablement à les travailler dans quelques mois. « Damnation » se vend encore bien et nous recevons toujours de nouvelles chroniques deux ans après sa sortie. Dès lors, nous allons continuer à en faire la promotion avant de commencer à travailler à plein temps sur un nouveau Cd.

Personnellement, j’ai découvert Warpath via MySpace. Que pensez-vous de ces ‘sites web de réseaux sociaux’ ? Est-ce le meilleur moyen pour un groupe non signé comme le vôtre de faire connaître son nom dans le monde entier ?

Rich : Oui, sans aucun doute. C’est le meilleur moyen pour un groupe non signé et ne disposant d’aucun budget pour promouvoir sa musique.

Bien que je sois vraiment impressionné par toute cette histoire de ‘Meilleur Groupe Non Signé de l’Année’, je souhaite vraiment que vous n’obteniez pas ce titre une troisième année de suite. C’est pourquoi, hormis un contrat discographique chez un bon label, j’aimerais vous demander ce que nous pouvons vous souhaiter pour l’année 2010 ?

Rich : Merci ! Je crois que certains groupes en voudraient à notre vie si nous obtenions ce titre pour la troisième fois consécutive. Donc, si vous travaillez pour un label et que vous lisez cet article, sachez que cette décision ne dépend plus que de vous ! Outre notre périple au Hammerfest et au Japon, nous allons accorder d’autres shows en Angleterre et en Europe. Nous préparons aussi notre future invasion de l’Amérique et un autre clip vidéo. Nous étudions également une nouvelle ligne de merchandising.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Rich : Merci pour la lecture et le support. Rendez-vous sur scène !
Pete : Merci pour cette chouette interview Michel. Salut à toi, à tes lecteurs et à tous ceux qui supportent les vrais groupes et le métal véritable.
James : Salut à tous et continuez à supporter le métal et Warpath !

*(NDLR : ayant réalisé un mémoire sur le marché du disque, à une certaine époque, je me permets de mentionner quelques remarques. Car le débat bien est plus complexe qu’il n’y paraît. Et évitons de se voiler la face derrière des arguments simplistes. D’ailleurs, rien qu’en posant les bonnes questions, il est facile de les démonter. Lesquelles ? Tout d’abord pourquoi le téléchargement illégal est-il né ? Qui en est le véritable responsable ? Pourquoi lors de son lancement sur le marché, le compact-disc coûtait presque trois fois plus cher qu’un vinyle, alors que le prix de revient du cd était trois fois moindre que celui du 33 tours. A qui a profité cette arnaque ? Pas aux artistes, c’est une certitude. Ou alors aux plus fortunés. Et quand ces responsables, qui aujourd’hui se plaignent du manque à gagner, ont cherché à rectifier le tir, il était déjà trop tard. Le mal était déjà fait. Et pour faire marche arrière… On appelle cette pratique, scier la branche sur laquelle on est assis. Ou ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Et pour élargir le débat, on pourrait transposer, voire même lier, le chapitre au prix des places de (certains) concerts et festivals. On peut même encore soulever la nouvelle philosophie de certains artistes (surtout alternatifs !) qui préfèrent être téléchargés (il)légalement pour mieux se faire connaître et ainsi tirer parti de cette popularité pour remplir les salles, lors de leurs tournées. A méditer ! B.D.)

Plaid

Electronica pour rire

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Pour enregistrer "Rest Proof Clockwork", le duo britannique explique avoir concocté une sorte de ‘funky music pour gamins’. Electronique, chaud, accessible, traditionnel dans un certain sens et non dépourvu d'humour, ce disque a même failli emprunter une orientation plus clubby. Ed Handley et Andy Turner sont étonnés que ce phénomène ne se soit pas produit. C'est qu'ils adorent les surprises dans le travail!

Ce nouvel album porte-t-il la griffe ‘Warp’, d'après toi?

Ed Handley : je n'irais pas jusqu'à le prétendre. Nous aimons certains artistes qui ont signé sur Warp et nous nous tenons au courant de leurs travaux. Certains nous ressemblent peut-être un peu plus que d'autres ; mais en général, chaque signature sur Warp a son identité propre. Dès lors, ce disque n'est pas identifiable immédiatement comme un album Warp ; je ne crois pas.

Votre griffe, c'est quoi alors? L'expérimentation?

Hum, pas vraiment. Je crois que ce domaine est plutôt exploré par des gens comme Autechre ou Squarepusher. Nous sommes plus traditionnels dans pas mal de domaines. Par exemple, nous utilisons de bons vieux synthés pour développer des harmonies et des mélodies.

Vous êtes plutôt des compositeurs?

Oui, même si ce terme peut véhiculer un sens un peu pompeux, nous sommes des compositeurs. En fait, nous ne sommes pas de super instrumentistes. Sur cet album, nous avons d'ailleurs travaillé en compagnie de vocalistes, d’un guitariste, un bassiste, un percussionniste et des dj's. Nous sommes aussi déjà occupés de bosser sur de nouveaux morceaux avec un type qui fait du rap et de la poésie. Il sera probablement sur le prochain album. Mais c'est normal : puisque nous faisons pratiquement tout nous-mêmes, nous ne manions pas un instrument mieux qu'un autre.

Premières fois

La première fois qu'Ed et toi vous vous êtes croisés...

Andy Turner : c'était à l'école, dans l'est de l'Angleterre. Quand nous étions ados, nous écoutions les premiers disques de hip hop. C'est aussi sur la scène hip hop que nous effectué nos premiers pas. C'est ainsi que j'ai vraiment connu Ed. De là, nous nous sommes intéressés à une certaine soul, au funk et au jazz. C'est peut-être la raison pour laquelle aujourd'hui, nous sommes très ouverts à tant de genres différents.

Avant de vous cacher sous Plaid, un pseudo avec lequel vous avez notamment épaulé Björk lors d'une tournée, vous étiez les deux tiers de Black Dog...

Nous avons produit des disques pendant 6 ou 7 ans sous ce nom. Nous avons enregistré 4 albums, réalisé pas mal de remixes et quelques Ep's. Il y a trois ou quatre ans, nous nous sommes séparés de Ken Downie qui a continué sous ce nom et a même sorti un album, je crois, intitulé "Music For Adverts And Short Films". Nous ne partagions plus la même conception de l'évolution musicale du projet. Au départ, Ed et moi voulions que le patronyme disparaisse aussi ; mais après mûre réflexion, nous ne nous sommes plus opposés à la poursuite de l’aventure Black Dog, menée par Ken…

Vous expliquez ne pas collectionner les disques ; d'où vous viennent vos influences dans ce cas ou du moins votre inspiration?

C'est vrai, comme nous ne faisons plus des masses de ‘dj'ing,’ nous n'achetons pas des tonnes de disques. Notre inspiration vient dès lors des situations que nous vivons dans la vie de tous les jours. Manifestement, notre musique est plus issue d'émotions que d'autres styles de musique que nous aurions voulu adapter à notre sauce. Bien sûr, ces influences sont présentes, mais nous ne sommes des émules de personne.

Comment en êtes-vous arrivés à ce ‘funk pour gamins’?

A l'origine, nous pratiquions la musique comme hobby. J'étais dj et Ed écrivait déjà un peu, à partir de beats hip hop. Quand nous avons commencé ensemble, nous nous intéressions à pas mal de styles, sur la scène britannique et sur celle de Detroit. Mais la musique électronique nous semblait manquer cruellement de mélodies. Tout était fort basé sur les éléments rythmiques. L'acid, les raves... C’est ce qui nous a poussé à opter pour cette direction…

Vous travaillez toujours en duo?

Nous travaillons souvent séparément, en fait. J'imagine que c'est le cas pour nombre de formations électroniques. Notre studio commun est articulé autour d'un gros ordinateur ; dès lors, on ne peut pas vraiment y travailler à deux en même temps. Certains titres sont le fruit de collaborations, d'autres sont le résultat d'idées développées séparément. Chacun dispose de son matériel, ce qui nous facilite le boulot. Et puis, on peut plus facilement se laisser aller à la fantaisie ; quand on collabore, il y a toujours des compromis à faire...

Et après?

Déjà une idée du prochain album?

Andy Turner : Il devrait comprendre du matériel audio-visuel. Nous travaillons aussi sur des animations et l'idée est de sortir un Dvd par exemple.

Vous n'enregistrerez donc jamais de dance ?

Nous avons vaguement essayé, mais c'est vraiment pas notre truc. Quand nous optons pour une orientation précise, systématiquement, on emprunte la tangente. C'est assez difficile à faire d'une part, et ça mène rarement à la musique la plus originale ensuite.

Vos sets ne sont donc pas particulièrement dansants!

Parfois quand nous jouons live, nos sets plus abstraits provoquent un peu de confusion dans l'esprit des gens. C'est compréhensible, d'autant que nous en avons déjà joués en club. Actuellement, nous sommes très attentifs aux endroits où nous nous produisons, et nous adaptons notre setlist en conséquence.

Vous l'emmèneriez où, votre musique?

Sur un site ensoleillé, genre une île des Caraïbes. Dans un endroit pas trop peuplé... Avec du soleil en tout cas. Nous attendons toujours qu'on nous propose un gig dans un coin comme celui-là. En Jamaïque par exemple ou à la Barbade, mais nous n'avons pas encore eu cette chance...

(Article paru dans le n° 75 du magazine Mofo d’août 99).

Ozric Tentacles

Les accidents utiles…

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Des néo baba cools qui jouent une musique atmosphérique préparée à base de rock, de jazz, de new age, de reggae, de techno, de world et de psychédélisme. Ils aiment le Floyd, Spacemen 3, Yes, Gong et The Orb et accordent une grande importance à l'improvisation. Ils ont multiplié les concerts depuis 1982 ; si bien qu'aujourd'hui, leurs prestations ‘live’ sont absolument stupéfiantes, comme celle accordée au festival de Dour en juillet dernier.

Rencontre avec Ed Wynne, le guitariste, John Egan, le flûtiste, et Joie Hinton, le claviériste, deux heures avant leur set mémorable...

Combien de concerts avez-vous joué depuis ‘Stonehage’, en 1983? (rires)

Ed : Approximativement, une bonne centaine. Peut-être plus!
Joie : Si notre mémoire est bonne!

Est-ce que jouer ‘live’ est un peu votre vie ?

Joie : J'y consacre un tiers de ma vie. La seconde est réservée au studio. Et la troisième à ne pas jouer de la musique. La vie familiale revêt également une certaine importance pour chacun d'entre nous. Même si une partie de mon habitation a été transformée en studio. Un amour de studio d'enregistrement ! Mais nous ne jouons pas 365 jours par an. Voilà la description de mon emploi du temps.

Le clan Ozric Tentacles vit-il en communauté ? Partagez-vous les idées de la génération hippie des seventies ?

Joie : Non, nous ne vivons pas ensemble et ne souhaitons pas fonder une communauté. Nous avons chacun notre chez soi.
Ed : Nous ne partageons pas les idées des hippies et n'essayons pas davantage de les propager auprès de notre public.

Pensez-vous qu'Ozric Tentacles appartient à un monde où le punk n'était rien d'autre qu'un mauvais voyage à l'acide ?

Joie : Effectivement. Pourtant, notre drummer, Merv, a sévi au sein d'un ensemble punk. Mais il avait les cheveux trop longs pour y végéter. Sans quoi je partage totalement ce point de vue.

Zia est impliqué chez Union, alors que Joie et Merv participent aux expérimentations d'Eat Static. Quel est l'intérêt de cette dispersion?

Joie : Le plaisir, l'amusement. Découvrir de nouvelles perspectives sonores.

Est-il exact qu'en public, lorsqu'un musicien commet une erreur, le groupe la répète quatre fois, de manière à marquer un nouveau point de départ pour la suite des événements? Quelle est la part d'improvisation dans votre musique? Vos compositions arrivent-elles par accident?

Joie : Oui, de nombreuses compositions arrivent par accident. Et nous commettons de nombreuses erreurs (rires). Il est exact que lorsque quelqu'un d'entre nous se fourvoie, nous reproduisons quatre fois son erreur pour indiquer une nouvelle orientation musicale à suivre. Une justification pour multiplier les erreurs (rires). Elles sont très utiles, je les affectionne...
Ed : Près de cinquante pour cent de notre musique est improvisé. Nous structurons une base à nos compositions qui se retrouve sur disque. Mais elle doit être susceptible d'être retravaillée. Ce qui nous permet de nous rendre où bon nous semble... Deux à trois titres interprétés ce soir iront certainement dans ce sens...

Les parties vocales sont pratiquement inexistantes dans la musique d'Ozric Tentacles. Pensez-vous que le chant soit un mauvais instrument ? Et pourquoi ?

Ed : Non, pas du tout. La voix est un merveilleux instrument. Mais nous avons opté pour une musique essentiellement instrumentale, parce qu'elle permet de communiquer davantage de feelings. J'aime la voix humaine. Cependant chez la plupart des groupes, je suis incapable de comprendre ce qu'elle exprime. Evidemment, des paroles permettent de soulever des questions sur la vie politique ou les problèmes rencontrés par notre société. Mais ces questions, je préfère me les poser, voire en discuter. Pas m'en servir comme message idéologique. Jon chante un peu sur l'une ou l'autre chanson.
Jon : Oui, quelques mots. Mais ils restent très vagues. Ils servent à la texture musicale, et l'auditeur est libre d'en faire sa propre interprétation.

Ozric Tentacles prône-t-il les vertus du psychédélisme spatial comme le Floyd, Spacemen 3, Gong et Hawkwind ?

Joie : Nous partageons des perspectives similaires. Notamment l'évasion dans l'infini spatial comme chez Pink Floyd, Spacemen 3 et Yes.

Gong n'a-t-il pas exercé une influence majeure sur le groupe ?

Ed : Oui, mais lorsqu'il était au sommet de son art. C'est-à dire lorsque Daevid Allen et Steve Hillage l'administraient. Nous avons surtout absorbé son feeling. Et puis la sonorité très cosmique des guitares.

Qu'est-ce que le psychédélisme pour Ozric Tentacles ? (long silence)

Joie : Quelle est la question?
Ed : Euh! Euh! Euh ! Qu'est ce que le psychédélisme ? Euh! Euh! Euh !...

Une musique pour l'esprit ?

Ed : Oui, pour l'esprit et le corps !

Source d'inspiration ?

Ed : Susceptible de l'être ! Je n'ai jamais abordé ce sujet en profondeur. Personne ne sait réellement ce que le terme psychédélisme veut dire. Si tu le traduis littéralement, tu obtiens ‘couleur de l'esprit’. Une explication comme une autre. Personne n'est jamais parvenu à m'en donner une signification exacte. Certaines formes de drogues sont psychédéliques... Je ne sais pas vraiment... Une forme de musique destinée à pénétrer dans le labyrinthe du subconscient, sans doute.

Oui, mais n'est-ce pas trop dangereux de s'y aventurer ? La folie ne guette-t-elle pas au bout du périple?

Ed : Dangereux ? Peut-être ! C'est fascinant en tous cas. Mais si tu entraînes l'auditeur dans ce voyage étrange, tu dois être sûr qu’il soit confortable. Et choisir le secteur précis à explorer. Ce que nous proposons de lui faire découvrir n'est pas dangereux. Nous ne voulons pas le conduire à la folie, mais simplement l'inviter à ressentir une bonne vibration, le rendre heureux...
Joie : De très étranges questions!

Kevin Ayers estime que la musique psychédélique est devenue pornographique parce qu'elle s'est prostituée au graphisme. Il cite le cas de The Orb, en exemple. Qu'en pensez-vous?

Ed : J'aime beaucoup The Orb. De la musique porno ? Qu'est-ce qu'il sous-entend ? Ce n'est pas mon avis. Nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d'ondes. Sensuelle oui, mais certainement pas porno !

La musique d'Ozric Tentacles, c'est une bonne potion pour élaborer les bandes sonores cinématographiques ?

Joie : A une certaine époque, j'ai composé des ‘soundtracks’ pour la télévision. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en adapter pour le cinéma. J'aimerais vivre cette aventure. Ce serait formidable!

Bernard Dagnies.

Article paru dans le n° 26 du magazine Mofo de septembre 94

 

Violent Femmes

Faire partie de l’histoire du rock n’ roll.

Le trio de Milwaukee (Wisconsin) est de retour, après de longs palabres contractuels qui ont failli tuer le groupe. Les Violent Femmes, dont Moe Tucker n'a pas hésité à dire qu'ils étaient les Velvet Underground d'aujourd'hui, ont perdu leur batteur original. Le nouveau chapitre commence par un "New Times" étonnamment bien titré...

- Nouveau batteur, nouveau label, nouvel album qui s'appelle "New Times": ça fait beaucoup de nouveautés, non?

Gordon Gano : C’est surtout notre nouveau contrat qui est important à nos yeux ; le nouveau batteur représente un nouveau tiers dans le groupe, mais ce remaniement s’est opéré le plus naturellement du monde. "New times" fait évidemment référence à tous ces changements ; mais bon, le titre est très sobre, très simple, en deux syllabes, pas d’hésitation. Dans le passé nous avions parfois choisi des titres compliqués comme "The Blind leading the naked" ou "Why do birds sing ? ". C'était plus coloré, mais était-ce nécessairement meilleur ?

- Slash, votre ancien label, ne voulait plus de vous?

GG : C’est plus compliqué que tu ne penses ! Non seulement, ils ne nous aimaient plus, mais ils nous empêchaient de sortir des disques ailleurs. Donc, il y a un moment où c'est devenu d'interminables discussions d'avocats… Ce qui a mis forcément notre carrière entre parenthèses. En fait, je crois que chez Slash, ils n’ont jamais vraiment apprécié notre musique. La preuve: ils nous demandaient constamment des reprises ; ils voulaient toujours que nous sonnions comme un autre groupe. Ils ont toujours voulu que nous imitions les artistes les plus populaires. Dans les derniers moments, ils voulaient faire de nous des clones de REM...

- Les Violents Femmes ne vendaient pas assez à leurs yeux?

GG : En fait, nous vendions trop pour qu’ils se débarrassent de nous sans autre forme de procès ; mais pas assez pour qu'ils soient contents ! Très étrange. Nos rapports ont, de toute façon, toujours été conflictuels. Aujourd'hui, nous avons signé un bien meilleur contrat chez Elektra. La situation est claire: on leur donne un produit fini, c'est inscrit noir sur blanc.

- C'est pour mettre un terme à votre collaboration qu’est sortie cette compilation, « Add it up (1981-1993) » ?

GG : Une très bonne chose pour nous. Nous étions absents (pour les raisons contractuelles expliquées plus haut) depuis un bon moment quand elle est sortie, et on nous a laissé choisir le programme… Nous avons notamment inclus ce message sur le répondeur téléphonique que j’avais laissé à Brian et Victor. C’était juste avant l'enregistrement de notre première démo: mes parents m'avaient enfermé chez moi! Mais c'était par mégarde, il n'y avait, chez eux, aucune intention méchante... Enfin bon, elle est chouette cette compilation ; et elle a mis un terme à la première époque du groupe, celle avec Victor Di Lorenzo, comme batteur.

- La question est inévitable: pourquoi le départ de Victor?

GG : Il voulait se consacrer à autre chose. Les Femmes, c'était devenu ennuyeux pour lui. Au sein de la formation, on a toujours été libres. Chacun d'entre nous a eu la possibilité de réaliser un ou plusieurs albums solo ; mais la préoccupation majeure devait rester le groupe! Depuis un certain temps, notre projet commun lui pesait visiblement. Pas grand-chose à dire d'autre : il n'y a pas une explication rationnelle à ce départ. Aujourd'hui, nous parlons d'une séparation amicale ; mais il y a eu, je ne le cache pas, beaucoup de problèmes avec Victor, à la fin : des problèmes personnels, professionnels et musicaux. Il est parti ; mais je ne dis pas non plus que nous ne l'avons pas aussi un peu poussé dehors.

- Le nouveau, Guy Hoffman, comment l'avez-vous recruté ?

GG : On le connaît depuis bien longtemps. Depuis 1979, peut-être ? Bien avant que les Violent Femmes se forment en tous cas. A l'époque, Guy était dans le band le plus populaire de Milwaukee: les Oyal Tasters. Raison principale pour laquelle il n'a pas été notre batteur... Si les événements avaient été un peu différents, il aurait pu l'être dès le début! Je me souviens que Brian et moi, on s'était dit: ‘Comme batteur, ce sera Victor ou Guy’. Il n'y avait que ces deux-là pour jouer notre genre de musique.

- Comment lui avez-vous demandé de vous rejoindre ?

GG : C'est Brian qui s'en est chargé. A Milwaukee, on est des petites stars locales ; ce n'est que là qu'on nous voit à la une des journaux, à côté du président (rires)... Donc, on ne voulait pas passer une petite annonce. On a simplement demandé à Guy de faire un essai, sans parler à qui que ce soit de cette démarche. Nous voulions que tout soit réglé légalement avec Victor. Pour qu'on n’ait pas d'emmerdes après ; parce qu'on avait déjà eu notre compte avec Slash. Tout de suite, ça a collé. Guy fait partie de la même génération. On a grandi à la même époque. On a fait partie de la même scène, celle née directement après le punk. On a aussi un peu le même trajet. Bref, un tas de points communs... Et puis, il connaît l'histoire des Violents Femmes et nos anciennes chansons ; sans oublier qu’il avait déjà joué avec nous à plusieurs reprises. On ne se perd pas en explications pendant les répétitions, quoi !

- Vous teniez absolument à continuer en trio

GG : On a expérimenté une formule à quatre, juste avant d’enregistrer "Why do birds sing?". On avait recruté un percussionniste. C'était intéressant ! Mais plutôt que d'apporter un plus, on avait l'impression de perdre quelque chose en chemin…

- Quand ils parlent de vous, les journalistes font continuellement référence à votre premier opus, sorti en 1982. Pourquoi?

GG : Beaucoup s’y réfèrent, c'est vrai. Notre premier album a connu un succès phénoménal, incroyable. C’est un classique, une sorte de "Dark Side of the moon" alternatif! Le disque de Pink Floyd a été classé dans les charts pendant des années, c'est peut-être encore le cas maintenant. Notre premier album n'y est jamais entré ! Pourtant, il s'est vendu avec une régularité fantastique: on en a écoulé près de deux millions de copies ! A ce titre, c'est le tout premier de l'histoire à devenir ‘disque de platine’ avant d'entrer dans le Top 200 du Billboard. Sans précédent, et à l'encontre de toutes les lois du business.

- Cet elpee est, dit-on, l'‘expression ultime de l'adolescence’... Penses-tu qu'en quelque sorte, il passera à la postérité?

GG : Personnellement, je pense que c'est un classique, mais tout le monde n'est pas de mon avis. Le Rolling Stones Magazine ne l'a pas classé parmi les 100 albums les plus importants des années 80. Je crois que c’est une erreur. Malheureusement, rien ne dit que ce n'est pas moi qui me fous le doigt dans l'œil... Alors, si tu pouvais continuer à l'utiliser comme référence dans tes articles, ce serait chouette (rires). Les Violent Femmes veulent faire partie de l'histoire du rock'n'roll. Aucune discussion.

(Article paru dans le n° 25 de juillet 94 du Magazine Mofo.)

Soundgarden

Pas un cirque !

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Soundgarden a le vent en poupe. Et plutôt deux fois qu’une. Aux States, le groupe devient même carrément énorme. Phénomène confirmé par le gros père Tad Doyle (de Tad), tout heureux d’apprendre, le jour de leur concert belge, que Tad assurerait près de deux mois de tournée d’été US pour la bande à Chris Cornell. « Chez nous, Soundgarden est très populaire », confesse le leader de Tad et ajoute : « Leur cote augmente sans cesse et leur dernier cd, ‘Superunknown’, marche très fort. Tourner avec eux signifie jouer chaque soir devant six à dix mille personnes. C’est géant ! »

En Europe, Soundgarden n’a pas encore atteint le même niveau de popularité, mais on sent bien que la mayonnaise est en train de prendre. Les médias rock européens ont été quasi unanimes à louer les qualités de ‘Superunknown’ et la tournée du groupe sur le Vieux Continent se passe plutôt bien, elle aussi. Le ‘Brielpoort’ de Deinze était, en tout cas bourré comme un œuf, l’autre soir, pour accueillir les quatre de Seattle en qui certains voient le futur du rock, en compagnie des Alice In Chains et autres Pearl Jam.

« Il y a tout dans Soundgarden » explique un fan, barbichette en avant, tee-shirt ‘Louder than love’ usé jusqu’à l’étiquette et jeans-gruyère délavé et d’une extrême pâleur. Il justifie d’ailleurs cet enthousiasme par une déclaration plus que flatteuse : « Il y a la puissance des guitares, un son fort et une force intérieure indéfinissable. Moi, je trouve que c'est le meilleur groupe de rock du moment ». Et ‘Flip’ –c'est son surnom– de s'en retourner admirer un show d'une intensité inouïe mais aussi d'une belle simplicité, d'un grand dépouillement, au sein duquel le jeu des musiciens semble se suffire à lui-même.

Soundgarden paraît en effet être un groupe intègre qui n’apprécie que fort peu, les règles du business. Attitude qu’on retrouve dans leur musique. Quelques heures avant le concert, Kim Thayil, ‘lead guitarist’ de Soundgarden, corroborait ce point de vue…

Presque logiquement

KT : nos concerts ne ressemblent pas à un spectacle de cirque ; nous n'avons pas besoin de ces artifices. Nous communiquons avec notre public à notre manière: franchement, directement, je dirais presque logiquement.

« Superunknown » marche très fort aux States. Et la presse européenne lui a réservé d’excellentes critiques. Confiant pour la suite des événements ?

KT : je ne sais pas encore tout à fait comment les Européens réagiront par rapport à « Superunknown ». Mais je suis très curieux de voir comment le public va l’assimiler, à long terme. Je suis persuadé que ce disque aura un rayonnement de longue durée. Ce n’est pas le genre de truc qu’on écoute et sur lequel on danse, on s’agite, on se défoule et puis basta. C’est plutôt un album dont on s’imprègne et à propos duquel on réagit sans doute plus ‘mentalement’. Il y a beaucoup à découvrir sur ce disque. Nous évoluons sans cesse, et c’est cette évolution qu’on a voulu mettre d’abord en exergue sur « Superunknown ».

Estimes-tu cet elpee tellement différent de « Louder than love » ou de « Badmotorfinger » (NDR : les deux précédents opus parus respectivement chez Polydor en 89 et 91 ?) ?

KT : « Superunknown » ne rompt rien, ne casse rien, mais il va beaucoup plus loin. Il a, à mon sens, plus de profondeur, plus de liberté, dans pas mal de domaines. Les textes de Chris, par exemple, sont les meilleurs qu’il n’ait jamais écrits. Ils sont plus précis, plus intenses. Chris s’exprime aujourd’hui bien mieux qu’il ne le faisait, il y a quatre ou cinq ans. Et musicalement, le groupe a suivi le même tracé.

Marginaux, OK, si tu assimiles le rock à Garth Brooks…

Tu dis que ce disque est plus ‘libre’. Est-ce parce que vous avez accompli des expériences que vous n’auriez pas tentées auparavant ?

KT : En partie. Nous avons, de fait, laissé courir certaines idées que nous n’aurions peut-être pas osé développer dans le passé. Ce qui nous a encore permis d’élargir notre rayon d’action. Tu vois, nous fonctionnons toujours, à la base, de la même manière ; à savoir que nous ne retenons une chanson que si elle nous plaît vraiment. Tout le monde, dans le groupe, compose des chansons et tout le monde a le droit de s’exprimer. Par ce biais, le groupe, dans son intégralité, a fait un pas en avant. Je ne sais pas au juste pourquoi. C’est ainsi.

Les expériences ‘solo’ des différents musiciens du groupe auraient-elles favorisé cette évolution ? Ben Shepherd (bassiste) et Matt Cameron (batteur) se sont bien amusés au sein du projet Hater. Chris a écrit un truc pour la B.O. de ‘Singles’. Il y a eu aussi, avant ça, le projet Temple of The Dog, au sein duquel Chris et Matt étaient accompagnés de Stone Gossard, Eddie Vedder et Jeff Ament (de Pearl Jam). Ces événements, ont-ils, en définitive, servi la cause de Soundgarden ?

KT : Je remarque en tout cas que la musique du groupe est de plus en plus riche. Pas que nous ayons pris une décision consciente de prendre telle ou telle décision. Nous posons des choix en parfaite harmonie, tout naturellement. Bien sûr, ils sont toujours précédés d’une réflexion ; c’est tout de même normal. Mais Soundgarden a toujours fonctionné de façon très émotionnelle, à l’instinct. Et cela continue ainsi.

Si votre musique échappe aux normes, aux clichés, c’est peut-être que votre instinct, comme tu dis, vous y pousse. Vous sentez-vous dans la peau de marginaux ?

KT : Quelle question ! Est-on encore marginal aujourd’hui parce qu’on joue de la musique rock ? Je te dirai que si tu associes Garth Brooks ou MC Hammer au même contexte que nous, alors nous sommes certainement marginaux. De toute manière, est-ce important ? Ce qui compte, c’est de faire ce dont a envie. Nous devons certainement indisposer notre label parce que ses patrons ne parviennent pas à déterminer combien de nouveaux disques on va vendre ! Ils ne savent pas non plus ce qu’on va faire pour le prochain album. D’un point de vue commercial, ils détestent cette situation. Mais on n’est pas là pour faire du chiffre. Cela n’a jamais été notre ambition.

Soundgarden correspond-t-il à la vision que tu avais du groupe lorsque vous avez commencé à enregistrer, il y a 6 ans ?

KT : Pas tout à fait ; et c’est tant mieux. Et j’espère bien que dans six ans elle sera différente. En mieux, bien sûr…

(Article paru dans le n° 23 de mai 94 du magazine Mofo.)

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