Né à Canton, dans le Mississippi, Sonny Landreth compte aujourd’hui 55 ans au compteur. Il était encore très jeune, lorsque sa famille s'est établie à Lafayette, en Louisiane. Il vit d’ailleurs toujours à Breaux Bridge, au cœur du pays cajun. Ce chanteur/compositeur/producteur est avant tout un musicien exceptionnel. Un surdoué de la slide guitar qui est parvenu progressivement à se forger un univers musical très personnel : le ‘Slydeco’. Soit un savant mélange de zydeco, de swamp, de pop et de valse cajun. Avant de driver son propre groupe, Sonny a longtemps milité au sein du Red Hot Louisiana Band de Clifton Chenier. Il a également participé à de multiples sessions d’enregistrement. Et notamment pour Beausoleil, Michael Doucet, John Hiatt et Zachary Richard ; sans oublier John Mayall et Junior Wells. Mais ses premières expériences individuelles en studio remontent aux années 70. Elles ont été rééditées sur trois collections : "Crazy cajun recordings" (chez Edsel), "Prodigal son" (pour Westside) et "Prodigal son : the Collection" (sur Music Club). Son premier album officiel a été concocté en 1981 : "Blues attack". Un elpee qui recèle quelques classiques du blues, comme "Key to the highway", "Baby please don't go" ou "I'm ready". En 85, il commet "Down in Louisiana", une oeuvre qui recèle deux de ses meilleures compositions : "Sugarcane" et "Congo square". Il se signale encore par la sortie d’"Outward bound" en 92, de "South of I-10" en 95, de "Levee town" en 2000 et de "The road we're on" en 2003, sur le label Sugar Hill.
Nous sommes en avril 2004, au Dancehall de Grant Street, à Lafayette. Et accrochez bien vos ceintures ! Sonny saisit sa slide et s'installe derrière le micro. Respectivement bassiste et drummer, Dave Ranson et Kenneth Bevins forment la section rythmique. La slide ouvre le feu sur "Native stepson". Le tempo est contagieux. Le public est déjà invité à se trémousser sur le dance-floor. Une plage instrumentale de rêve pour ouvrir un concert. Le rythme ralentit pour aborder "Broken hearted room". Sonny chante avec beaucoup de conviction ce blues authentique, bien senti. La sonorité de la slide accentue le caractère volontairement dramatique du chant! Et lorsque le bottleneck frétille sur le manche, le charme opère. "Gone pecan" marque un changement radical. Extrait de son dernier opus, "The road we're on" concède un rock'n'roll teinté de zydeco d’une grande pureté. Une plage qui démontre que l’artiste est à l'aise quelque soit le tempo. Ballade instrumentale, "Port of calling" est une nouvelle chanson, une compo qui baigne au sein d’une atmosphère propice à l’exploration de nouvelles sonorités. Une perspective qu’il prolonge tout au long d’un autre inédit : "Pedal to metal". Sonny embraie par un de ses titres-phare : "Blues attack". Blues rock rapide, ce titre manifeste une grande efficacité sur les planches. Le trio passe au grand galop pour "Z rider", un autre instrumental mouvementé au cours duquel la slide témoigne d’une férocité certaine. Sonny n’en oublie pas pour autant la culture locale. A l’instar de "USS Zydecoldsmobile", un zydeco chargé d'électricité. Poussée dans ses derniers retranchements, la slide émet des cris bestiaux. Autre inédit, "Wind in Denver" permet quelque peu de souffler. Un slow blues programmé judicieusement à ce stade du concert. La slide, de nouveau majestueuse, domine le chant sans éclat de Landreth. "All about you" prend les allures d'un shuffle. Le leader est soutenu par sa section rythmique. Une occasion propice pour laisser délirer ses cordes. Elles sont même ici prises d'une frénésie irrésistible. Le concert s’achève par une version kilométrique de "Congo square", son titre fétiche. Au cours de cette superbe composition, Kenneth Blevins obtient son billet de sortie. Nonobstant certaines lacunes dans le domaine du vocal, Sonny est un instrumentiste exceptionnel ; et incontestablement un des meilleurs sliders de la musique roots contemporaine.