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Jean-Claude Mondo

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mardi, 15 août 2006 03:00

Mr Blues

Wes MacKey est originaire du Sud profond. De Yemassee, en Caroline du Sud très exactement. Ce musicien est aujourd’hui âgé de 61 balais et il y a déjà 40 ans qu’il sévit sur les scènes locales, arpentant les vieux juke joints de sa région. Ce qui lui a permis d’accompagner, sur les planches, John Lee Hooker et Muddy Waters à Augusta, en Georgie. Ce chanteur/guitariste s’est quand même produit bien loin de chez lui. Et notamment en Russie, en France, en Islande et même en Asie : à Hong Kong ainsi qu’en Malaisie. Il s’est établi à Vancouver, au Canada, depuis quelques années. Il y a enregistré un premier elpee curieusement baptisé "Second chance", une œuvre nominée par la Toronto Blues Society, en 2003. Il vient donc de commettre son deuxième opus, bien plus judicieusement intitulé "Mr Blues".

Le disque s’ouvre par "Who do ya voodoo?". Le tempo est enlevé. La voix de Wes est feutrée, veloutée ; mais il est capable de la moduler. Et c'est sans douleur aucune qu'il pousse ses vocaux sur cette plage participative. Il tempère son ardeur pour aborder "Baby done gone". La musique est savoureuse. Tout est bien en place. La guitare de Mackay ne distille que les notes nécessaires, celles qui sont au service de son blues. Le piano de Dave Webb suit bien le mouvement. Wes reprend alors une des compositions les plus célèbres de Jimmy Reed : "Baby what you want me to do?". Le rythme est nonchalant. Son timbre se prête admirablement à ce style. De son harmonica, Oliver Conway apporte la petite touche indispensable qui fait la différence. Incontestablement, MacKay est au sommet de son art, lorsqu’il chante le blues lent. A l’instar d’"Angel girl". Une tristesse infinie nous envahit lorsqu’il épanche son émotion contenue. La mélodie de "Blues Boss" est superbe. Elle est entretenue par le son du synthé de Kenny Wayne et parcourue par les petites grappes de notes empreintes de douceur, des notes distillées par les cordes. Wes chante son "Born in Carolina", une compo autobiographique. Il nous raconte sa jeunesse sur un ton allègre. Une impression qu’il communique à la tonalité de ses six cordes. Bien soudée, la petite équipe s'attaque alors au répertoire de Sam Cooke. Et tout d’abord à "Ain't that good news". Le rythme est très enlevé. Tout est mis au service du mouvement : les chœurs gospel, la guitare, le piano de Webb et la section rythmique, que se partagent Bob Popowich à la basse et Chris Nordquist aux drums. Beaucoup plus lent, "A change is gonna come" est un réel bonheur pour les oreilles. Sensuelle, la voix s’enflamme face à l'orgue Hammond qui prend son billet de sortie. MacKay adapte de nouveau Jimmy Reed, en exécutant une version très personnelle de "Shame shame shame". Le tempo est très soutenu, la rythmique débridée. Dave Webb accorde ici son meilleur solo au piano. Wes continue de s’approprier des blues signés par d’autres artistes notoires. Sa relecture du "Nervous" de Willie Dixon est un nouveau moment de bonheur. Webb est parfaitement dans le rythme. Il peut alors sortir le grand jeu. Ses notes sont particulièrement bien senties tout au long de ce downhome blues de grande classe. Et celle du "Bright lights, big city" de Jimmy Reed (NDR : sa dernière signée Mathias James) ne manque pas, non plus, de charme. Il y susurre les lyrics de son timbre envoûtant. Le titre maître nous ramène à "Angel girl". Blues Boss Wayne s'est assis derrière l'orgue Hammond. Mais ce sont les cordes qui sont particulièrement mises en évidence tout au long de cette plage empreinte d’une grande douceur ; des cordes qui accentuent le sentiment de misère véhiculé par cette musique. Wes se fend alors d’une version très personnelle du classique "I'll play the blues for you". L'homme est heureux. Les enfants conjuguent leurs voix en harmonie. Les chiens aboient. Il peut alors chanter en liesse un morceau consacré à son voisinage, "In my neighborhood". Un blues comme on n'en commet plus guère de nos jours. Ce titre clôture, par ailleurs, cet album d’excellente facture…

 

 

mardi, 12 septembre 2006 03:00

He came to play

Originaire du Wisconsin, RJ est âgé de 46 ans. Il a fait ses armes sur les scènes de Minneapolis et St Paul dans le Minnesota ; surtout après avoir assisté à un concert de Muddy Waters. Musicien professionnel depuis 1978, il a accompagné le regretté chanteur Percy Strother. En 1980, il rencontre Mojo Buford, un ancien musicien de Muddy Waters. RJ commet son premier album en 1992. "Ready to go" sur Blue Loon. Le guitariste Teddy Morgan et Percy Strother y participent. Il embraie par "Gonna rock tonight" en 94 et entame alors une tournée en Europe où il est signé par le label allemand Crosscut. Il commet successivement "Rough & tough", un opus immortalisé ‘live’ sur le Vieux Coninent et "Cool disposition" ; tous deux en 1996. "West wind blowin" paraît en 99, "Meet me on the Coast" en 2001 et "In the house", flanqué du Down Home Super Trio en 2004. Il a également enregistré pour le label californien Mountain Top Productions dans la série "Blues Harmonica Meltdown", en compagnie notamment de Mark Hummel.

Pour ce nouvel elpee, il a reçu le concours de son ami français, Frank Goldwasser, de musiciens du groupe de Charlie Musselwhite, du guitariste norvégien Chris "Kid" Andersen, du batteur June Core, du pianiste Sid Morris ainsi que du bassiste Marcus Carino (ex-Fabulous Thunderbirds). L'album a été enregistré en prise directe au sein des studios Wally Sound. A Oakland en Californie. Signé Mr Bo, "The train " est une ouverture de choc très jump. La section rythmique assure le tempo. L'harmonica de RJ est doublé par le honky sax de Barry Shulman. Ce dernier hurle pour prendre l’ascendant, mais RJ veille au grain! Les musiciens maintiennent un tempo très vif mais dans un style très différent, proche du Chicago Southside, pour attaquer la cover du "20% alcohol" de J.B Hutto. Le piano barrelhouse de Sid Morris soutient l’ensemble en arrière-plan, pendant que Goldwasser sort le grand jeu de manière très agressive. "Mojo lounge" est du pur Mischo. Il amorce ses interventions, l’esprit hanté par Big Walter Horton. Les poumons dilatés, il souffle dans son harmo qui gémit, se plaint, hurle au loup. Un solo étincelant, saturé de ‘wailing’ harp, qui force vraiment l'admiration. Percutant, "The switch" est un petit joyau. Probablement l’exercice instrumental le plus impressionnant de l'album. La partie rythmique est assurée par June et Marcus. La puissance et la cohésion des guitares démoniaques impressionnent. Le piano de Morris virevolte. L'harmonica s'envole dans les aigus lorsque soudainement, une autre râpe fait son apparition dans le décor sonore. Probablement celle de Kid Andersen. La sortie très atmosphérique, libre de toute contrainte, sort des canons habituels du blues. Superbe! "Telephone drive" relate un fait divers dramatique. L’histoire d’un accident grave causé par l’utilisation abusive d’un mobile dans un véhicule. Musicalement, la transposition est réussie. Les guitares et le piano sont parfaitement complémentaires. June Core entretient le groove. L'harmonica de Mr Mischo fait le reste. Du bien bel ouvrage! Autre instrumental ravageur, "The pull" évolue au sein d’un univers proche des thèmes abordés naguère par Freddie King ; mais en plus riche encore. Le piano est insatiable. Le sax de Shulman soutient une nouvelle fois l'harmo. Classique, le "Bluebird blues" de John Lee "Sonny Boy" Williamson permet aux musiciens de faire un break. Le tempo se complait dans l’indolence. C’est le moment d’éteindre les lumières… Mais la frénésie refait rapidement surface lors d’une seconde cover de JB Hutto : "Please help". Goldwasser saisit l’occasion pour faire glisser son bottleneck le long de ses six cordes. Elles semblent même souffrir le martyre. Une agitation intense envahit le "Hippie's playground" de Jimmy Dawkins. Les musiciens sont très nerveux. Les deux guitares sont incapables de se contenir et dominent finalement cette plage. Frank opère une sortie très sèche alors que Chris fait vibrer ses cordes comme un Otis Rush des grands jours. La cohésion et la puissance conjuguées par June et Marcus sont impressionnantes. Et ils le démontrent une nouvelle fois lors d’un autre instrumental intitulé "The waddle". L’énergie dispensée par les ivoires de Sid est destinée à sublimer le jeu du maître RJ. Bref interlude, "RJ come and get it" est emprunté à la mélodie de "My Babe". RJ est uniquement soutenu par les baguettes de June et le sax de Shulman. La fin de parcours s’avère cependant moins intéressante ; mais globalement ce "He came to play" constitue certainement l'un des meilleurs albums de R.J Mischo.

 

 

lundi, 23 janvier 2006 02:00

The Sound of

Fondé par les frères Bill et John Clifton en 1989, le Mofo Party Band est établi en Californie. Dans la Central Valley, du côté de Modesto et de Fresno. Bill se réserve la guitare : une Telecaster ! John, le chant et l'harmonica. Le line up implique également Jake ‘Cobra’ Finney à la basse et Brian Bishel à la batterie. Leur carte de visite mentionne quelques collaborations auprès d’artistes notoires ; et en particulier Luther Tucker, James Harman et Johnny Dyer. Avant de commettre « The Sound of », il avait déjà concocté quelques albums : "Ten dynamite hits" en 1995, "Call the doctor" en 99 et "Voodoo dolls and jungle drums" en 2001. Sans oublier "Black Market Live", enregistré à Fresno en 2002 ; mais ce disque est devenu une pièce de collection.

Après un premier accord, le départ est donné. La basse acoustique cède rapidement le relais à la guitare allumée de Bill Clifton. Le ton est très rockabilly. La musique évolue dans un univers sonore assez proche des Nightcats de Little Charlie Baty. La voix de John est un tantinet fragile ; mais il manifeste énormément de punch à l'harmonica! Bien nerveuse, la machine attaque "One fine chick". David "Big D" Fields y injecte ses congas. Bill est parfait dans ce style. Son solo est très personnel, même si les références à Dave Gonzales ou à Jimmie Vaughan – mais lors de ses débuts chez les Fabulous Thunderbirds à Austin - ne sont pas dénuées de sens. Le MPB déborde d’énergie. L’approche du son est très primaire. Le dynamisme omniprésent. Emouvant, "Travelling" emprunte un schéma musical immortalisé par Howlin' Wolf. Il nous entraîne sur les routes californiennes. Peut-être bien cette Highway 99 qui traverse l'Etat de l'Ouest. Bill plaque ses accords. John souffle rageusement et généreusement dans son instrument. Sa voix n’est guère puissante, mais il la rend la plus vivante possible. "Horrible mess" baigne au sein d’un climat proche du géant noir de Chicago. John est passé à l'harmonica chromatique. Il en extrait un son très californien naguère popularisé par George Smith. Bill démontre toute sa dextérité sur les cordes en mêlant accents latinos du Mexique (NDR : la frontière est à deux pas !) et sonorités californiennes, tout au long de l’instrumental "El Paso Boogaloo". Le jeu de guitare dispensé lors de "You're a liar" est manifestement inspiré par le Westside de Chicago, et tout particulièrement par celui de Mr Magic Sam Maghett. Imprimé sur un tempo très élevé, "Blues and trouble" nous guide plein sud. Vers le delta. La rage hante toujours l'attaque des cordes, le chant et l'harmo du frère. "Country girl" émarge au rockabilly blues funk. John ne laisse échapper que peu de notes. Mais elles sont rythmiques et un rien réverbérées. John s'anime et souffle dans les aigus. Le monde des swamps de Slim Harpo n’est plus très loin. John hausse la voix pour présenter "One more time", un slow blues de très bonne facture. Le style est sensiblement plus proche de Chicago, mais l’attitude demeure très personnelle. Bill s'efforce de combler tous les espaces libres. L'intensité est ici volontairement dramatique ; et lorsqu’il prend son billet de sortie, c’est pour faire glisser son bottleneck le long des cordes, dans l’esprit du Southside si cher à Muddy Waters. "Sunday driver" nous replonge dans une atmosphère latino. Le tempo est alerte. Les cordes acoustiques et électriques se mêlent pour mieux galoper entre country & western et tex-mex. Particulièrement tonique, cet opus a été enregistré aux studios Wolf Sound de Fresno. Mais nous réserve quand même une plage ‘live’. La dernière : "The sound". Un fragment qui restitue l'ambiance d'un concert accordé en public à Hitsville West. Soit près de dix minutes de fête, de folie même. Le quatuor y est absolument déchaîné, chauffé à blanc. Plongé dans un véritable chaudron incandescent, il finit même par exploser. Et le public est aux anges. Ce Mofo Party Band doit faire un malheur sur les planches. Tout simplement en fricotant des sonorités modernes à l’aide de recettes vieilles d'un demi-siècle!

 

 

mardi, 03 octobre 2006 03:00

Get out blues

Le Mojo Blues Band est une des plus anciennes formations européennes de blues. Elle compte déjà trente années d’existence. Ce groupe autrichien a été fondé en 1977 par le chanteur/guitariste Erik Trauner et l'excellent pianiste de boogie woogie Joachim Palden. Son premier elpee, "Shake that boogie" est paru en 1978. Puis "Hey bartender" en 1980. Le combo se met alors à tourner régulièrement en compagnie de la chanteuse anglaise Dana Gillespie. Elle participe d’ailleurs à la confection de leur 3ème opus, "…and the boogie woogie flu". En 1982. Deux ans plus tard, le MBB commet "Hot bricks" et se produit pour la première fois en Belgique. Joachim Palden vient de partir. Il est alors remplacé par le longiligne Christian Dozzler, une forte personnalité qui joue du piano, de l'accordéon et de l'harmonica. Le groupe tourne beaucoup en compagnie d’artistes de boogie woogie : Axel Zwingerberger, Little Willie Littlefield et Katie Webster. Un excellent elpee ‘live’ paraît en 1987 : "Midnight in Swampland". En 1989, le band revient en Belgique. Et se produit notamment au Banana Peel. La même année, il se rend à Chicago pour concocter l'album "The wild taste of Chicago". AC Reed, Taildragger et Willie Kent y participent. En 1990, ils participent au Spring Blues festival d'Ecaussinnes. En 91, ils enregistrent "Alligator walk", un elpee recelant - oh surprise !- un remarquable morceau instrumental intitulé "Banana Peel slide". Très boogie, il adresse un clin d’œil au plus célèbre des clubs belges de blues. A cette époque, ce titre figurait en flip side du 45 tours "Rosa Lee", un single alors disponible au Banana Peel. En 92, paraît un triple album ambitieux : "Super blues news. Ce sera le dernier auquel participera Chistian Dozzler. Ce qui n’a pas empêché le Mojo Blues Band de continuer à jouer son Chicago blues universel et bien sût de graver régulièrement des long playings. Notamment "20 years in the blues jungle" en 97, "A Chicago blues night live" (NDR: leur ami Taildragger y participe) en 99, et le double "Mojo Blues Band Blues Parade 2000", l’année suivante ; un disque qui bénéficie notamment du concours de Jimmy McCracklin, Nappy Brown, AC Reed et Little Mack Simmons. Depuis, le MMB avait quelque peu disparu de la circulation.

Sous-titré "Live at Jazzland", cette nouvelle plaque a été immortalisée à Vienne. En 2003 et 2004. Erik est soutenu par le second chanteur guitariste Siggi Fassl, le bassiste Georg Weghofer, le drummer Silvio Berger et le pianiste Charlie Furthner. Tous ces musiciens se lancent dans un boogie blues bien tonique : "Ain't it good to know, baby". Siggi se réserve le rôle de soliste à la guitare. De son jeu talentueux aux ivoires, Charlie perpétue la marque de fabrique du MBB. "You done a number on me" entre déjà dans le monde du boogie woogie. Erik souffle dans l’harmonica pour conduire "I'm down in the dumps", un Chicago blues dynamique. Le Chicago southside blues est un style au sein duquel les musiciens se révèlent les plus brillants. A l’instar de "Don't talk about the blues", un blues lent digne de Muddy Waters. La technique d’Erik à la slide est assez impressionnante. L’elpee nous réserve un instrumental boogie : "Masada". Au cours de cet excellent concert la formation reprend le "When I'm drinking" de Big Bill Broonzy et le "Danger zone" de Mercy Dee Walton. Siggi s’y réserve les vocaux pendant que Charlie sort le grand jeu au piano. Erik Trauner est passé à la guitare solo pour "Get out blues", une superbe plage qui ne maque pas d’énergie. Le blues louisianais domine "Cold hearted woman" et "Snake of a woman" ; le pur boogie woogie, "The mayor's players". La slide d’Erik gémit tout au long de "Wintertime is coming", elle émet les gloussements d’une poule en souffrance. Longue plage, "Superstitious blues" est manifestement inspirée par le Delta du Mississippi... J'ose espérer encore assister à un de leurs concerts dans le futur. Un univers au sein duquel le MBB excelle. Je me demande aussi comment Erik Trauner se débrouille pour dénicher ses remarquables pianistes. Une chose est sûre, l'Autriche semble être une terre fertile au boogie woogie!

lundi, 20 février 2006 02:00

Grant street

Né à Canton, dans le Mississippi, Sonny Landreth compte aujourd’hui 55 ans au compteur. Il était encore très jeune, lorsque sa famille s'est établie à Lafayette, en Louisiane. Il vit d’ailleurs toujours à Breaux Bridge, au cœur du pays cajun. Ce chanteur/compositeur/producteur est avant tout un musicien exceptionnel. Un surdoué de la slide guitar qui est parvenu progressivement à se forger un univers musical très personnel : le ‘Slydeco’. Soit un savant mélange de zydeco, de swamp, de pop et de valse cajun. Avant de driver son propre groupe, Sonny a longtemps milité au sein du Red Hot Louisiana Band de Clifton Chenier. Il a également participé à de multiples sessions d’enregistrement. Et notamment pour Beausoleil, Michael Doucet, John Hiatt et Zachary Richard ; sans oublier John Mayall et Junior Wells. Mais ses premières expériences individuelles en studio remontent aux années 70. Elles ont été rééditées sur trois collections : "Crazy cajun recordings" (chez Edsel), "Prodigal son" (pour Westside) et "Prodigal son : the Collection" (sur Music Club). Son premier album officiel a été concocté en 1981 : "Blues attack". Un elpee qui recèle quelques classiques du blues, comme "Key to the highway", "Baby please don't go" ou "I'm ready". En 85, il commet "Down in Louisiana", une oeuvre qui recèle deux de ses meilleures compositions : "Sugarcane" et "Congo square". Il se signale encore par la sortie d’"Outward bound" en 92, de "South of I-10" en 95, de "Levee town" en 2000 et de "The road we're on" en 2003, sur le label Sugar Hill.

Nous sommes en avril 2004, au Dancehall de Grant Street, à Lafayette. Et accrochez bien vos ceintures ! Sonny saisit sa slide et s'installe derrière le micro. Respectivement bassiste et drummer, Dave Ranson et Kenneth Bevins forment la section rythmique. La slide ouvre le feu sur "Native stepson". Le tempo est contagieux. Le public est déjà invité à se trémousser sur le dance-floor. Une plage instrumentale de rêve pour ouvrir un concert. Le rythme ralentit pour aborder "Broken hearted room". Sonny chante avec beaucoup de conviction ce blues authentique, bien senti. La sonorité de la slide accentue le caractère volontairement dramatique du chant! Et lorsque le bottleneck frétille sur le manche, le charme opère. "Gone pecan" marque un changement radical. Extrait de son dernier opus, "The road we're on" concède un rock'n'roll teinté de zydeco d’une grande pureté. Une plage qui démontre que l’artiste est à l'aise quelque soit le tempo. Ballade instrumentale, "Port of calling" est une nouvelle chanson, une compo qui baigne au sein d’une atmosphère propice à l’exploration de nouvelles sonorités. Une perspective qu’il prolonge tout au long d’un autre inédit : "Pedal to metal". Sonny embraie par un de ses titres-phare : "Blues attack". Blues rock rapide, ce titre manifeste une grande efficacité sur les planches. Le trio passe au grand galop pour "Z rider", un autre instrumental mouvementé au cours duquel la slide témoigne d’une férocité certaine. Sonny n’en oublie pas pour autant la culture locale. A l’instar de "USS Zydecoldsmobile", un zydeco chargé d'électricité. Poussée dans ses derniers retranchements, la slide émet des cris bestiaux. Autre inédit, "Wind in Denver" permet quelque peu de souffler. Un slow blues programmé judicieusement à ce stade du concert. La slide, de nouveau majestueuse, domine le chant sans éclat de Landreth. "All about you" prend les allures d'un shuffle. Le leader est soutenu par sa section rythmique. Une occasion propice pour laisser délirer ses cordes. Elles sont même ici prises d'une frénésie irrésistible. Le concert s’achève par une version kilométrique de "Congo square", son titre fétiche. Au cours de cette superbe composition, Kenneth Blevins obtient son billet de sortie. Nonobstant certaines lacunes dans le domaine du vocal, Sonny est un instrumentiste exceptionnel ; et incontestablement un des meilleurs sliders de la musique roots contemporaine.

 

 

 

 

lundi, 09 janvier 2006 02:00

Too many hats

Kenny Lavitz est issu de la scène de Portland, dans l’Oregon. Une scène fort dynamique au sein de laquelle il exerce ses talents de guitariste aussi bien dans le domaine du blues, du jazz que du rock. Il a fait ses débuts dans le New Jersey et à New York avant d’émigrer à Miami, en Floride, en profitant pour introduire des éléments latins dans sa musique. Il met ensuite le cap sur Los Angeles avant de terminer son parcours de globe trotter à Portland, où il a fondé son Kenny Lavitz Kombo, un projet de Bluesjam et de funk blues. Pour le concrétiser, il engage Rudy Battjes à la batterie, Jon Hughes à la basse et Tim Bly au saxophone. Kenny avait déjà commis un premier album en compagnie de Scott White : "Muddy Water".

Ce nouvel opus s'ouvre sous les accents métalliques, bruts et primaires dispensés par la slide de Lavitz. Il y impose un tempo puissant et enlevé. L'orgue Hammond de Dave Fleishner tapisse le décor. Naturelle et légèrement rauque, la voix s'engage dès ces premiers instants. "Frogs feet" emprunte un profil funky. Le rythme est assuré ici par Rudy, Jon et les claviers de Dave. Soutenu par cette solide assise, Kenny concède même des accords très rythmiques. Tim Bly se libère au saxophone tandis que la guitare égrène quelques petites phrases particulièrement jazzyfiante. Le rythme accélère pour affronter le boogie léger "No lake". Mais qu'est-ce que la guitare de Lavitz peut dégager comme énergie ! Il semble planer dans son propre univers ; lorsque soudain, un harmonica survient d’on ne sait où. Et devinez qui vient de pousser les porters du Westside studio ? Le souffleur northwest américain par excellence : Paul deLay. Le Kombo souffle quelque peu et Kenny épingle une très belle ballade à la mélodie généreuse : "Stumblin". Il semble jouer sur un dobro acoustique. L'orgue est toujours bien présent. "Religion of the rhythm" bénéficie d’excellents arrangements. Au sein de cette mélodie féconde se pose la voix féminine de Pam Baker. Mais également le dobro, la guitare bien amplifiée mais parcimonieuse, l'orgue et le chant paresseux. Et le résultat est étonnant ! Battjes martèle ses peaux sur un tempo lent, délicatement funky tout au long de "Low blood brothers". Une compo qui ne manque pas d’allure et qui permet à Kenny de se réserver un solo équilibré tout en libérant le sax. La slide opère son retour lors de "Thru the night", un superbe blues frappé d’indolence. Mais chaque phrase vocale est ponctuée par les accents toniques de la slide. Courte plage instrumentale, "Birdscraps" est un exercice très technique, purement jazz, au cours duquel Kenny peut rendre hommage à Charlie Parker. R&B tonique, "Fried fish" aligne des changements de rythmes entrecoupés de très jolis passages instrumentaux. De nouveau jazz mais amusante, "Out of my head" est une plage presque dixieland. La clarinette de Madison Lavitz s’y révèle très présente ; mais on y décèle surtout les brèves interventions empreintes de virtuosité sur les cordes. Lavitz est seul pour interpréter "Another day". Il y célèbre le country/blues en s’accompagnant uniquement d’une guitare sèche, sur laquelle il fait glisser son bottleneck. Insolite, cet opus ne semble pas avoir de fil conducteur. Cependant, il permet à l'artiste d’afficher différentes facettes de son talent. Les idées y foisonnent. Et le jazz refait constamment surface. A l’instar de "Conversation", un fragment qui permet à la guitare de disserter tout en choisissant pour trait d'union, l'orgue Hammond de Fleishner. L’elpee s’achève officiellement par "Going fishing". De sa voix légèrement fausset, Kenny entonne une ballade blues du sud. Il sera rejoint par son voisin, Paul deLay. N’éteignez pas votre lecteur Cd, car le disque recèle encore une plage cachée. Kenny y chante à nouveau seul. En s’accompagnant à la guitare sèche, le bottleneck au doigt…

mardi, 05 septembre 2006 03:00

Rattleshake

Le petit Ed Williams est né dans le Chicago Westside. En 1955. Instruit par son célèbre oncle, JB Hutto, il joue de la guitare depuis l’âge de douze ans. Il fonde en compagnie de son frère Pookie, la première incarnation des Blues Imperials. En 1975. Le combo se met alors à fréquenter tous les clubs du Westside. Sauvage, leur musique parvient aux oreilles de Bruce Iglauer, le boss d'Alligator. Il leur offre une session de studio. En trois heures, ils mettent en boîte trente chansons. Et concrétisent cet effort sur l'elpee "Rough housin", qui sort en 1986. Le petit homme est alors occupé de ressusciter le fantôme de Hound Dog Taylor et de ses Houserockers. Sa notoriété commence à croître. Il se produit désormais dans les salles de concert aux USA et à l'étranger. Les deux albums suivants sont très bien accueillis par la critique : "Chicken, gravy & biscuits" en 1989 et "What you see is what you get" en 1992. Mais Lil' Ed décide alors, d’une manière surprenante, d’arrêter son aventure musicale pour se consacrer à sa famille. Il faudra donc attendre 1998, pour qu’il opère son retour. Et commet déjà un nouvel opus l’année suivante : "Get wild", une œuvre suivie par "Heads up!", en 2002.

Pénétrer dans le monde de "Rattleshake" est un acte redoutable et dangereux. Pas question de compromission ! Puissante, débridée, la slide rugit instantanément, tel un animal blessé. Mais son maître, Lil' Ed, parvient à la dompter, même si ce numéro est parfois périlleux. Signée Holland-Dozier-Holland, trio qui a fait les beaux jours de la Tamla Motown, "Leaving here" met déjà nos enceintes à feu et à sang ! Juste avant d’entrer dans le blues de "Tired of crying". En toile de fond, le piano est bien distinct. Ed chante, shoute. Il ne fait qu'un avec son instrument qui crache constamment des flammes. Le même topo est reproduit tout au long de "Golden rule", une invitation à se secouer devant la scène. Ed y libère ses notes par courtes phrases nerveuses et saccadées. Le tempo ralentit pour "You weren't just there" ; mais l’exécution demeure toujours aussi primaire, directe, âpre. Il chante et joue face à un orgue Hammond. Ses cordes son largement amplifiées. Elles hurlent dans le décor sonore. Nous ne sommes d’ailleurs pas tellement loin de ce que pouvait accomplir, dans les mêmes studios, le regretté Son Seals. Et notre Ed de rock'n'roller de la plus belle des manières en attaquant le galopant "Icicles in my meatloaf". Soutenu par la trame rythmique infernale des Blues Imperials, il se déchaîne sur la slide. Un véritable rouleau compresseur écrase tout sur son passage. Des cris déchirants et inhumains nous retournent les tripes! "Broken promises" est un bon Chicago shuffle. Le jeu d’Ed est à haut niveau. La compo débute sur un mode mineur avant de monter progressivement en puissance jusqu'à l'explosion finale. Son second guitariste James Young a composé deux plages : "Maybe another time" et "Spend some time with me", deux fragments qui font bien ressortir la richesse du timbre d'Ed. Ed dialogue avec la slide tout au long de "Nobody's fault but mine", un merveilleux slow blues brûlant. Elle ronronne devant la rythmique de Young qui marque au fer blanc l'appellation Chicago contrôlée. L’opus recèle deux reprises de choix. Tout d’abord le "You know you're wrong" d'Elmore James. Les accents métalliques de la slide se dressent face au barrelhouse piano de Johnny Iguana. Et puis "That's the truth". Imprimée sur un tempo vivace, cette plage a été composée par son oncle JB Hutto. En finale, "It's a beautiful world" entretient jusqu'à son terme, la folie de Lil' Ed et de ses Blues Imperials!

mardi, 18 avril 2006 03:00

Pilgrimage

Le boss Thomas Ruf a eu la bonne idée d’envoyer trois jeunes artistes européens dans le sud des Etats-Unis, afin de leur permettre de retrouver l’inspiration. Et puis, bien sûr, d’enregistrer. Trois chanteurs/guitaristes. Deux anglais : Aynsley Lister et Ian Parker ; et une Finnoise : Miss Erja Lyytinen. Au programme : un pèlerinage (Pilgrimage) vers trois capitales prestigieuses du blues : la Nouvelle Orléans (en Louisiane), Clarksdale (dans le Mississippi) et Memphis (au Tennessee). Mais à cette époque, l'ouragan Katrina a malheureusement détruit une bonne partie de New Orleans ; dès lors, seules les deux autres destinations seront retenues. Ils ont donc séjourné quatre jours au Delta Recording studio de Clarksdale, sous la houlette de Jimbo Mathus (neuf plages) et les trois jours suivants dans les studios Ardent de Memphis, sous celle de Jim Gaines (4 plages). Sous-titré "Mississippi to Memphis", "Pilgrimage" en est donc le résultat.

Aynsley Lister est sans aucun doute le musicien le plus notoire. Il a déjà commis cinq albums pour le label Ruf depuis 1999, dont le dernier "Live!", est paru en 2004. Ian Parker n'a pas encore trente ans. Ce jeune diplômé en psychologie a drivé différentes formations : Strange Brew, Blue Horizon en 98, Ian Parker's Alibi en 2002 et le Ian Parker Band en 2003. Il a commis deux albums signé chez Ruf : "Thirteen tracks" et le live "Whilst the wind" en 2005. Erja est très jolie. Mais cette Finlandaise n'est pas une débutante, car elle compte trois albums à son actif : "Attention!" en 2002, "Wildflower" en 2003 et "It's a blessing" en 2005, un elpee qu’elle a concocté en compagnie de Davide Floreno. Tels des larrons en foire, Aynsley, Ian et Erja se sont partagé l'écriture des différentes plages, n’autorisant qu’une seule reprise. "Heal me love" est une ballade fort agréable. Le trio aime chanter en chœur. Une guitare se déchaîne en fin de parcours. Serait-ce celle de Ian ? Erja chante son "You don't know", une autre ballade très douce, dépouillée, face au piano de Tim Hinkley. Les voix masculines lui répondent pendant que les cordes font progressivement leur entrée. Le trio attaque la seule cover : le "You don't know" de Luther Allison. Le rythme est soutenu. Les efforts sont encore partagés. Une guitare réverbère des sonorités proches de Luther, l’autre en picking lorgne vers Albert Collins, pendant que la dernière se montre plus réservée. Blues rock séduisant, le "Too much to hide" de Ian Parker est illuminé par des cordes éclatantes. Et la voix passe bien la rampe. Nous sommes au cœur de Clarksdale, non loin du Blues Museum et pas davantage du fameux Crossroads où Robert Johnson rencontra le diable. Le climat passe au roots. Les guitares acoustiques suivent respectueusement le chant d'Aynsley sur son "Mississippi Lawnmower blues". La bande des trois a cosigné un entraînant "Blues Caravan". Balisé par un riff de basse imaginé par Steve Malcom, il vire au délire rap et hip hop! Le "Dreamland blues" d'Erja est un nouvel interlude très roots. Le trio se partage équitablement la tâche. Miss Erja y manifeste une félinité suave. Lister a composé "Twinkle Toes Willie", une plage balayée par une slide exquise. Parker est sans doute le compositeur le plus fécond, original et inspiré ; mais il n’est guère imprégné du blues. Ballade de bonne facture, mélodieuse et élégante, "Time bares witness" est hydratée par les claviers de Hinkley. L’opus recèle un morceau caché. Enfin, pas tout à fait, puisque le bonus track est annoncé comme "Jam with Mister Tater" et il me fait furieusement penser aux sonorités du British Blues Boom des 60s ; en particulier celles que cultivaient Peter Green et surtout Stan Webb. Tout d’abord dans la manière de chanter et puis de libérer de courtes phrases de la guitare. Quoique pas exceptionnelle, cette plaque tient bien la route. Cette Blues Caravan est d’ailleurs actuellement en tournée européenne ; et passera par le Banana Peel de Ruiselede le 8 mai prochain!

mardi, 12 septembre 2006 03:00

Lost & Found

Avant sa mort, Muddy Waters avait déclaré que John Long était le meilleur jeune artiste de country blues encore en vie. Considéré par les spécialistes comme un véritable trésor national, John est né à St Louis, dans le Missouri. En 1950. Très jeune, il écoutait déjà les 78 tours de jazz et R&B de sa mère ou se postait devant sa radio pour écouter les programmes consacrés à la musique noire. Au début des années 60, il milite au sein d’un groupe de rock’n’roll et de R&B, en compagnie de son frère : les Mystics. Mais il séjourne régulièrement à St Louis où il côtoie de vieux bluesmen comme Big Joe Williams et Doc Terry. A l’aube des seventies, il atterrit à Chicago où il fréquente assidûment Homesick James Williamson. Ce dernier lui enseigne pas mal de ficelles. Il existe très peu de témoignages enregistrés de John Long. Ce qui explique pourquoi il est demeuré si longtemps méconnu. Il aura fallu qu'une de ses démos tombe dans les mains d'Al Blake, le chanteur/harmoniciste du Hollywood Fats Band et des Hollywood Blue Flames, pour le sortir de l’anonymat. Mis au parfum, Randy Chortkoff, boss de Delta Groove (NDR : dynamique label blues de Los Angeles), lui offre enfin l’opportunité de graver un album éponyme. Sous le charme, Chortkoff a le sentiment que cette découverte est semblable à celle d'Alan Lomax, lorsqu'il a invité Muddy Waters à entrer en studio, pour la toute première fois. John Long semble sorti tout droit des années glorieuses d'avant-guerre. Un bluesman pur et dur qui évolue sur le même terrain que Tampa Red, Scrapper Blackwell ou Peetie Wheatstraw. L'elpee a été concocté en une journée. A Burbank, en Californie. Long a composé la plupart des compos du disque. Il a cependant reçu le concours de son frère Claude pour quatre plages. A l’écriture. John chante, joue de la guitare et de l'harmonica. Fred Kaplan (NDR : un acolyte de longue date d'Al Blake) le soutient au piano pour trois morceaux.

Entièrement respectueux du blues ancestral, John chante "Hokum town" d’une voix vivace. Il la met cependant au service de la composition. Expert dans le traitement des cordes, ses attaques sont sans fioritures. Il les place pourtant au coeur de la tradition musicale. Et on ne peut alors s’empêcher de penser aux créateurs depuis longtemps disparus tels que Charlie Patton, Son House ou Willie Brown. "Pressure cooker ('bout to blow)" est imprimé sur un tempo bien marqué. John y ajoute l'harmonica ; mais il évolue ici dans un registre rythmique bien plus proche d’un Jimmy Reed. Fred Kaplan le rejoint au piano pour "Hell cat". Long manifeste une authenticité stupéfiante lors de léger blues alliant guitare et piano. Imaginez-vous soixante ans plus tôt à l’écoute de Leroy Carr et Scrapper Blackwell, Big Bill Broonzy ou encore de Big Maceo Merryweather, un peu plus tard. Authentique, il l’est tout autant sur "Blues and boogie woogie". Ce chanteur/guitariste se met dans la peau des artistes delta blues les plus significatifs. Et je pense tout particulièrement à Robert Johnson. Voire à Tommy Johnson. D’ailleurs cette compo aurait fait un malheur si elle avait été interprétée par le Canned Heat de Bob Hite et Alan Wilson! "Foot stompin' daddy" est de la même trempe. Et signé par son frangin, "Greyhound diver" joue les prolongations. Nuance : la présence d’un bottleneck ; et puis la voix est bien plus mâle que celle du légendaire Johnson! "Stranglevine" constitue un des meilleurs moments de l’elpee. Kaplan s’y réserve le piano. Long gratte en soufflant dans son harmo posé sur le rack. Nous ne sommes alors plus très loin d’un classique du blues comme "It hurts me too". A moins que ce ne soit de Big Bill Broonzy. A cause de la sobriété et de la facilité manifestées dans l’interprétation. Déconcertant ! Il remet le couvert lors du séduisant "Mean ole rootin' ground sloth". Un fragment bouleversant d'authenticité et de sincérité! John cumule guitare, harmonica et percussions sur le boogie instrumental "Johnnie's jump". Secondé par une guitare aux accords jazzyfiants, Long chante d’un timbre intimiste et chaleureux "Healin' touch". On ressent très fort sa présence. A un tel point que parfois, on a l’impression qu’il est assis près de vous. Impressionnant! Lost & found" s’achève par deux versions différentes de "Leavin' St Louis". Tout d’abord en solo : John, son chant volontaire, ses cordes, l'harmonica fragile et acéré comme un Jimmy Reed au sommet de son art. Assurément, Jon vit son blues. A un tel point que son inspiration, sa créativité, se fondent dans son art. Trop peu d’artistes contemporains manifestent une telle passion. Ce n’est donc pas une surprise lorsqu’il adapte ce thème, flanqué de Fred Kaplan aux ivoires. Difficile alors de ne pas penser au grand Otis Spann et aux belles années qu’il nous a gratifiées. On comprend mieux pourquoi, Jon impressionna en son temps une légende comme Muddy Waters! Cet homme attachant vient de commettre un album tout bonnement remarquable.

 

 

mardi, 26 septembre 2006 03:00

The town and the city

Les Chicanos de l'est de Los Angeles sont de retour ! Fondée en 1973, cette formation pratique depuis toujours un cocktail de rock, de blues et de jazz ; une sorte de roots qui respecte les racines et traditions latines puisées dans leur héritage mexicain. Le groupe est invariablement drivé par les guitaristes/chanteurs David Hidalgo et César Rosas. Ils sont soutenus par Louie Perez, Conrad Lozano et le très anglais Steve Berlin aux claviers, au saxophone et à la flûte. Leur dernier véritable album studio, "The ride", était paru en 2004. Ce qui ne veut pas dire que le combo s’était tourné les pouces. D’ailleurs, il avait aligné depuis un Dvd ("Live at the Fillmore"), un opus acoustique et traditionnel ("Acoustic En Vico") et une compile ("Wolf tracks", paru début de cette année).

"The Valley" ouvre le disque. Les cordes sont torturées, mais les voix chantent dans la quiétude d’une verte vallée à la nuit bleue. Elles imaginent l'espoir de vivre libre et heureux sur une terre promise. Les guitares semblent lutter contre le charme désuet manifesté par la compo. Un conflit perpétuel. Un peu comme si c’était une invitation permanente au voyage difficile. "Hold on" est imprimé sur un tempo modéré. Dave Hidalgo murmure ce chant bluesy au cœur d’un univers cadencé par le flux et le reflux de sonorités étranges, de bruitages synthétiques épars, destinés à accentuer ce sentiment d’inquiétude et d'émoi. Sentiment qui transparaît dans la voix. Elle invite à tenir bon, à vivre, voire à survivre! Le rythme s'accélère pour emprunter "The road to Gila Bend". Cette route mène au désert de l'Arizona. Elle est difficile. A l’instar du monde étrange et ingrat au sein duquel nous plonge Los Lobos. Les cordes de guitares sont tranchantes, écorchées. La rythmique puissante. "Chuco's Cumbia" pend la direction plein Sud pour célébrer une première fois les traditions mexicaines. Cordes et percussions croisent le saxophone de Berlin. Des chants traditionnels qui réapparaissent sur "Luna". Le cœur chargé de tristesse et empreint d’émotion, Dave chante "If you were only here tonight". La solitude d’une nuit sans fin. Solide shuffle, "Two dogs and a bone" mélange vigoureusement rock et blues, dans un style, ma foi, fort classique chez les Lobos. "Little things" affiche une grande richesse mélodique. Une ballade tendre soulignée par l'orgue de Berlin. Le chant est empreint de tristesse, de cette tristesse qui accable les immigrés dans le grand pays où les différences sont si marquées. "The city" invite à sortir dans la ville. Une nouvelle fois le théâtre de sentiments divers est bien mis en évidence par les changements de rythme : depuis le timide Bo Diddley beat aux climats étranges synthétisés par les claviers. Tout est d'une évidente complexité dans la tête de ces immigrés du sud. Ces questions sans réponses inspirent encore "Don't ask why", un blues contemporain qui reflète le mal de vivre. Aucun instrument n'exprime le moindre sentiment de joie. Paradoxalement, la musique rayonne, nonobstant l’atmosphère lugubre et blafarde. Chanté dans la langue de Cervantès, "No puedo mas" (NDR : vous l’auriez deviné !) adopte un rythme contaminé à la fois par les influences latines et caraïbes. Une plage bien électrique rappelant la quintessence de Santana. Mais abordée dans l’esprit de Los Lobos. Probablement la plage au sein de laquelle les guitares sont les mieux mises en évidence. Parfumé d’exotisme, "Free up" est imprimé sur un rythme hypnotique. Une supplique formulée sur un funk léger. "The town" conclut cet opus. Derechef très riche musicalement, cette chanson épanche une mélancolie inconsolable, le regard rivé sur la ville de l'enfance. Le traitement nonchalant de cordes est un véritable moment de magie. Cet excellent album est digne des œuvre intemporelles "Colossal head" et "Kiko" ; en outre, il rappelle le projet des Latin Playboys monté naguère par Perez et Hidalgo, un projet au cours duquel ils étaient alors déjà parvenus à faire cohabiter racines et avant-garde…