La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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Driving Dead Girl

Il est plus difficile de se produire en Belgique qu'à l'étranger…

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La Maison des Jeunes de Sambreville fêtait, en 2014, ses 40 années d'existence. Quatre décennies déjà que l'institution se décarcasse pour dynamiser la région de Sambreville. Et tout particulièrement dans le domaine de la musique. Nous sommes le 6 septembre 2014, soit le deuxième jour du festival organisé par cette MJ. Driving Dead Girl est un quatuor réunissant le chanteur/guitariste Dim Wild, le second gratteur Ronald Dondez, le bassiste Ruggero Catania et le drummer Vincenzo Capizzi. Ces trois derniers se sont volontiers prêtés au feu de nos questions.

Est-il exact que le festival de Dour a servi de détonateur au groupe ?

Ronald : Dour a été très important pour nous. C’est là que nous avons entamé notre aventure. Nous avions gagné le concours 'tremplin', ce qui nous avait permis de participer au festival. Je suis issu de Mons, donc un peu le régional de l'étape ; aussi se produire lors d’un tel événement alternatif était une aubaine pour nous.

Pourriez-vous nous relater la genèse de Driving Dead Girl ?

Ronald : En fait, Dim et moi étions amis depuis très longtemps. Au départ il évoluait dans l’univers du punk. Nous avons ainsi joué ensemble, brièvement, dans le même groupe. Puis nous avons monté Driving Dead Girl. Qui a vécu de nombreux changements de line up. Vincenzo y milite depuis pas mal de temps. Ruggero vient de débarquer. Il est vrai que plusieurs bassistes se sont succédé, avant son arrivée. Nous comptons 10 ans d’existence. Et Dan Diaz y a milité 4 ans. Pour tout savoir, si je suis montois et les 3 autres sont issus de Bruxelles.
Vincenzo : J’ai débarqué au sein du groupe, il y a 6 ans.

D'où vient le nom du groupe ? Driving Dead Girl signifie ‘conduire les filles mortes’. Ce patronyme a-t-il une signification particulière ?

Ronald : Aucune, en fait. Nous aimions ces mots-là et nous les avons réunis. En même temps, tout n'est pas faux non plus. Quelques anglophones nous ont avoué qu’il sonnait bien. Nous voulions simplement en dénicher un qui tienne la route.

Votre musique est souvent qualifiée de rock/garage. Une réaction ?

Ronald : J'allais justement t’en parler. Ce style de musique en englobe d'autres. Nous, on y a ajouté un zeste de psyché. Mais on pratique du rock pur et dur, tout simplement. On ne prétend pas émarger au garage, ce sont les autres qui le déclarent.
Vincenzo : On a déjà du mal à trouve notre place. On ne joue pas du punk, mais du rock. Energique.
Ruggero : Quand j’ai débarqué au sein du groupe, je n’ai pas pensé au genre de musique pratiqué ou que j’allais jouer. Je me suis amusé et c'est le but que je continue à poursuivre.

Avez-vous suivi une formation académique ou êtes vous autodidactes ?

Vincenzo : Pendant une année, j’ai fréquenté le Jazz Studio d'Anvers. Je n'ai pas d'autre formation particulière. On joue instinctivement.

Par quel hasard êtes-vous atterris sur le label at(h)ome ?

Ronald : En fait, c'est notre manager Bertrand qui s'est occupé de ce deal. Au début, nous étions hébergés chez Bad Reputation, un label français. On n’y a pas rencontré de problème majeur. Mais on ne peut pas dire que la communication et la promotion étaient optimales. On a alors décidé de changer. Bertrand a entrepris les démarches et a contacté at(h)ome qui était emballé par le projet.

Parmi les artistes belges sur se label, il n'y a que vous et MLCD ?

Ronald : En fait MLCD est chez notre tourneur. Il booke nos concerts et ceux de MLCD en France.
Vincenzo : Mais, il y a aussi un autre groupe belge…

Vous comptez 10 ans d'existence et avez gravé 3 elpees dont le dernier est paru l'année passée. Vous carburez au diesel ?

Ronald : Carrément oui. On est un peu fainéants, On se laisse bien vivre. Mais quand il faut, il faut.

Envisagez-vous de publier prochainement un nouvel album ?

Ronald : On a composé de nouveaux morceaux et on bosse dessus. Nous ne sommes qu’aux balbutiements de l’écriture. On a prévu sa sortie en 2015 ; mais il faudra mettre la gomme. Il devrait paraître au plus tard, fin décembre.

Vous avez prévu de nouveaux morceaux, dans la set list de votre concert ?   

Vincenzo : Du futur album ? Non. On en a composé quelques- uns, mais ils ne sont pas encore finalisés. Du troisième, oui c’est prévu. Mais, comme on ne t'a jamais vu à nos concerts, tu vas découvrir les plages du troisième.

Bie sûr que je vous ai déjà vu en concert, et il n'y a pas très longtemps. A l'Ancienne Belgique. Vous vous produisiez au club, juste après Alter Bridge, une formation de métal. Etre programmé après Von Durden et avant The Experimental Tropic Blues Band, c’est une belle opportunité ?

Vincenzo : On a déjà partagé la même affiche. Ce sont tous des amis. C'est chouette, on est très contents et impatients de se revoir. Et puis Von Durden remplace au pied levé Vegas. D'habitude, on les précède. Ils ont davantage de notoriété que nous. Nous avons tourné en compagnie d’Experimental, en France et aux Pays-Bas.

Eprouvez-vous davantage de difficultés à vous produire en Belgique plutôt qu’à l’étranger ?

Ronald : Dans notre cas, il est vrai qu’il est plus difficile de se produire en Belgique qu'à l'étranger. S’exporter est donc une obligation.
Vincenzo : Nous avons effectué des tournées en Tchéquie, en Slovénie, en Slovaquie et en Italie. Après avoir accompli le tour des maisons de jeunes branchées et transité par quelques salles de concert, tu as vite fait le tour de Belgique.

Sur les planches, vous vous montrez particulièrement dynamiques. Accordez-vous une grande importance au ‘live’ ?

Ronald : C'est ce que je préfère dans la vie d'un groupe.
Vincenzo : Monter directement sur scène, sans répéter à chaque fois, me procure un tas de bonnes sensations. Mais les répètes sont nécessaires, sinon on s'éclate systématiquement. Quand je reviens de tournée, je me sens mal dans la peau. Après deux ou trois jours, j'ai le cafard, je suis crevé, mais j’aimerais bien reprendre la route.

Entre les Ramones, Pearl Jam, Nirvana et John Spencer, vous avez une préférence ?

Vincenzo : Spencer et Ramones. Et Pearl Jam quand on est bourrés.
Ronald : John Spencer.
Ruggero : Certainement pas Pearl Jam.

Quelle est la décennie musicale la plus riche, dans l’histoire du rock, pour Driving Dead Girl ?

En chœur : Les sixties !

(Photo : Lara Herbinia)

 

Von Durden

On a bénéficié d’une presse de dingue…

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C’est à l’issue de leur concert accordé à la Rotonde du Botanique, dans le cadre de leur ‘Release Party’, que Nicolas Scamardi et Elliott Charlier, respectivement drummer et chanteur de Von Durden, nous ont accordé cette interview. Elliott va entreprendre un tour du monde, à partir du mois de février. Un rêve d’enfant qui se réalise. On en parle…

Elliott : Le départ est fixé au 8 février 2015. J'avais envie de faire ce voyage. J’ai toujours aimé voyager. Comme mes parents. Et je les accompagnais dès mon plus jeune âge. Ce que je n’ai plus fait depuis mes 18 ans. Je ne m’en plains pas, car mon agenda débordait de concerts. J'aurais bientôt 30 ans, et si je décide de fonder une famille, il faudra que je me fixe. Partir à l’aventure deviendrait alors plus compliqué. C’est donc le bon moment.

Dès lors, toute la tournée va se dérouler avant ton départ. N’est-ce pas un peu précipité, 3 mois juste après la sortie de l'album ?

Elliott : C’est selon le point de vue. Si tu envisages la stratégie promotionnelle, c’est un peu court. Mais à mon avis, l’industrie du disque réfléchit beaucoup trop. Elle se prend la tête avec des tas de méthodologies. Nous, on veut simplement prendre du plaisir. Et jouer de la musique, avant tout. Finalement, on est ravi du déroulement des événements.

Christine Verschorren est une pointure dans le milieu de la musique. N’est-ce pas trop difficile de travailler sous sa houlette ?

Nicolas : Nous l'avons choisie pour produire notre album, car elle bosse d’une manière très particulière, hors des sentiers battus. On a pourtant l’habitude de travailler en compagnie de pros. Nous ne souhaitions pas être aidés, mais accompagnés différemment, par un(e) ingé son. Elle a une approche différente de la mise en forme. Et se distingue par sa capacité à te plonger dans un autre univers…

La voix d’Elliott colle bien au style hard. Dans les moments les plus paisibles des compos, elle me fait parfois penser à celle de Lenny Kravitz. Vous partagez mon point de vue ?

Elliott : C’est cool, deux fois aujourd’hui qu’on me le dit.

Elle est travaillée ou naturelle ?

Elliott : Je ne la travaille pas hors du groupe. Uniquement lors des répètes. Je ne prends pas de cours de chant. Je n'ai pas de projet parallèle. Je ne participe qu’à l’aventure de Von Durden.

Et Fabrice ? Il me semble qu’il développe plusieurs projets?

Nicolas : Fabrice est capable de maîtriser tous les genres de musique. Il considère son implication comme un job. Il joue merveilleusement bien de la basse. Son background est impressionnant. Et pourtant, il ne participe au projet que depuis trois ans. Il est polyvalent. Il peut intégrer n’importe quel line up et apprendre leurs morceaux en deux semaines. C'est un mec sur lequel on peut compter. Il adore l’aspect familial de la vie d’un groupe. Il a besoin de bien s’y sentir. Il peut également devenir un mercenaire. Il connaît son truc. Il ne joue plus chez Ozvald.

« Lucky In Love » est le titre le plus funk de votre répertoire ? On n’est pas loin de Jessie J. C’est une référence pour Gladys, la bassiste ?

Nicolas : Absolument ! Elle est fan de toute la production américaine : Pink, Katy Perry, Jessie J, c'est vrai. C’est une géniale ‘performeuse’ qui communique à nos compos un sacré groove.

Les medias décrivent votre musique comme ‘Brute de décoffrage’. Une explication ?

Nicolas : C'est parce qu’elle est dispensée ‘live’, sans artifice. Christine y est pour quelque chose. La musique n’est ni léchée, ni assujettie au clic. Si certaines fréquences sont susceptibles de te casser les couilles, mais qu’elles sont bonnes, on les laisse. Nous avons la totale liberté de création. Nous avons réalisé notre album en 2 ou trois semaines. Le mix et tout le reste y compris.

Quel est vraiment le style de votre musique ?

Elliott : C'est du Rock.
Nicolas : On ne peut rien dire d'autre. C'est du rock, malgré ses multiples influences. Qu’on digère progressivement. Celle qui te fait penser à Kravitz est certainement due à la mélodie.  

Le Grand Jojo, Queens Of The Stone Age, Pearl Jam, Stromae, Beatles, Arno et les Sex Pistols. Au sein de cette liste, vous avez détecté des intrus ?

Nicolas : Le Grand Jojo. Pas vraiment mon truc. Mais il donne du bonheur à des tas de gens. Faut surtout pas qu'il arrête.
Elliott : Rien. Même pas le Grand Jojo. C'est du talent qui ne me parle pas.

Vous semblez bénéficier d’une bonne équipe pour assurer la promo…

Elliott : La promo doit passer par toutes les formes de medias. Que ce soit sur papier ou via Internet. C’est indispensable pour être visible. Si tu ne l’es pas, les gens pensent que tu n'existes plus. Oui, c'est important et c'est la raison pour laquelle nous avons choisi Olivier Biron, comme attaché de presse. Il est particulièrement compétent. C’est même le meilleur avec lequel nous ayons eu la chance de bosser. On se sert également des réseaux sociaux comme une majorité d’autres artistes. C'est important.
Nicolas : La plupart de nos connaissances estiment que bénéficions d’une presse de dingue. Depuis un mois, les articles pleuvent, grâce à son implication. C'est un tueur et il abat un boulot monstre.

Continuez-vous à collaborer avec Julien Henry de ‘Film Fabrique’ ? Il apporte son concours aux projets de The Experimental Tropic Blues Band, il me semble ?

Nicolas : C'est lui qui se charge du visuel d'Experimental. Il est doué et adorable. On s'est entendu sur le projet et on a décidé de poursuivre notre collaboration.
Elliott : On n'en trouve pas des centaines comme lui dans le métier. Il accomplit un boulot remarquable…

Le patronyme de Von Durden Party Project s’est réduit à Von Durden. Pourquoi ?

Nico : Parce qu’au départ, je drivais un autre groupe, Melchior. Je voulais faire la distinction entre ce band et le projet Von Duden. Quant au mot Party, c’est parce qu’on voulait mettre l'accent sur le côté festif et ‘dance’ de notre musique. Puis nous avons abandonné ces épithètes...

 

 

The Subs

Difficile de décompresser, quand on a fait la fête…

Écrit par

Cet entretien s’est déroulé le 30 août 2014, dans le cadre du festival des Barges à Scène sur Sambre. Pour répondre à nos questions, The Subs a délégué Jeroen ‘Papillon’ De Pessemier  et Wiebe ‘Tonic’ Loccufier. Il y a un bon bout de temps que votre serviteur souhaitait rencontrer les musiciens de cette formation gantoise. Jeroen est une véritable bête de scène. L’énergie qu’il y libère est fascinante. Pourtant, malgré leur réputation internationale et leur professionnalisme, les musicos sont demeurés humbles. Ils sont peu notoires en Wallifornie. C'est le moment de les faire connaître…

Entre vous et les Lokerse Feesten, n'y a-t-il pas un peu, une histoire d'amour ?

Jeroen : On aime bien y jouer. Le public est bon. Il y a toujours de chouettes têtes d'affiche. L’équilibre entre nouveaux et anciens groupes y est parfait et se manifeste à travers la programmation.
Wiebe Loccufier: C'est la cinquième fois consécutive que l'on y joue. Le public de Lokeren vient d’un peu partout. Et pas seulement de Lokeren. Ce sont 10 jours de fête. Il y règne une ambiance particulière. Lokeren est situé juste à mi-chemin entre Gand et Anvers et ce n'est pas loin pour nous.

Jeroen déborde d’énergie sur les planches. Tu prends les mêmes vitamines que Ricky Wilson de Kaiser Chiefs ?

Jeroen : Oui, je pense bien. Je prends des vitamines tout le temps. J'adore bouger. C'est ma manière d'avoir un contact avec le public. De communiquer. Je pense qu'il existe deux types de performances. Soit tu te montres arrogant ou généreux. Et les deux formules fonctionnent. Elles sont pourtant extrêmes. Regarde le chanteur d'Artic Monkey. Le gars, il ne donne rien. Enfin, quand même sa musique. Il n'y fait passer aucune émotion. D'une autre manière, il donne beaucoup, c'est du minimalisme. Ou alors tu prends l'autre extrême et c'est du maximalisme. Tu essais de livrer tout ce que tu as dans le ventre. C'est intéressant pour moi. Car je ne comprends pas pourquoi l'autre manière fonctionne aussi bien. J’incarne mon propre personnage sur scène. Il est difficile de comprendre parfois, pourquoi des performances peu intéressantes, ne sont pas généreuses. Pourquoi elles marchent. C'est quoi ce truc ? Le gars ne donne rien et le public renvoie, simplement à cause de la musique. C’est comme il existe également deux manières de séduire une femme. Tu la joues cool. Tu ne donnes rien et elle te saute dessus. Tu peux faire le bulldozer et tu donnes tout ce que tu as. Tu fonces et ça marche aussi. Moi je ferais plutôt le bulldozer, c'est plutôt dans mon caractère.
Wiebe : Il saute partout.

Lors des concerts, votre public s’agenouille. C'est intentionnel ?

Jeroen : Oui, c'est voulu. C'est drôle d’y parvenir. Quand j’ai essayé pour la première fois, il a accepté de prendre cette posture. La chanson y était propice. Ce moment particulier, on l’a maintenu au cours du set et on l’a perpétué, d’autant plus que le public adhère. C’est une petite ‘joke’ personnelle. Mais c'est cool. C'est dû à l'énergie libérée par la musique ; et à ce moment-là, je descends toujours dans la foule. Pour être directement en contact avec elle. Et quand elle est conséquente, c'est alors comme plonger dans une piscine. La mer qui crée des vagues humaines.
Wiebe : Moi, j'ose pas trop le regarder dans ces moments-là.

Répétez-vous un rituel avant de monter sur l’estrade ? Et puis, en la quittant ?

Wiebe : Je bois du coca. Je pense que notre rituel se produit lors du soundcheck.
Jeroen : On n’a pas vraiment de rituel. Maintenant, nous portons tous les costards. Et enfiler un costume est une forme de rituel.
Jeroen : Après un concert, on bavarde tout simplement avec les gens qui sont venus nous y voir. On souffle et on décompresse. Tu ne sais jamais dire. Quand c'est un grand et bon show comme à Dour et que tu as vraiment senti que l'énergie du public était vraiment forte, on a davantage de difficultés à décompresser.
Wiebe : Quand je rentre à la maison, j’ai besoin d’une heure pour reprendre mes esprits. J’essaye de dormir un peu. Car si je repars directement, je ne pourrais plus dormir après. C'est exactement le même phénomène qui se produit, quand je conduis 90 minutes. C'est bizarre…

The Subs, une réunion de Dj's ou de musiciens ?

Jeroen : Les deux, nous comptons au sein du line up un Dj et deux musiciens. C'est le mix.

Eclectique est incroyablement prolifique, la scène gantoise regorge d’excellents groupes. Une explication ?

Jeroen : À Gand, la scène électro est toujours en ébullition. Depuis au moins 15, si pas 20 ans. Avant ? Je ne sais pas. Tout a commencé par The Glimmers, Two Many Dj's et puis nous. J’ignore pourquoi ? Peut-être y a-t-il des vitamines dans l'eau potable. Ce mouvement s’est finalement ancré dans une forme de tradition. Quand quelqu'un entame un projet, d’autres veulent lui emboîter le pas, mais en mieux. Et finalement, c’est devenu une marque de fabrique. La nouvelle génération est prête à prendre le relais. Une nouvelle vague en route vers le succès.

Vous êtes gantois et pourtant surtout notoires à l'étranger ?

Jeroen: Oui, il faut bien vivre quelque part.
Wiebe : Quand on se produit en Wallonie, c’est un peu comme si on se produisait dans un pays étranger. S’y imposer est parfois difficile pour les groupes flamands.

D’où vient votre passion pour la musique ?

Jeroen : Nous y baignons depuis que nous sommes tout gosses. C’est plus facile quand tes parents sont musiciens. C’est une passion qui se transmet de père ou de mère en fils ou fille. Quand tu viens d’une famille qui n’a pas cette passion, c’est plus difficile de faire le pas et ton parcours est jalonné d’incertitudes. C’est un job stimulant. Si tu décides de reprendre la friterie familiale, c’est différent. Et bien moins attrayant.
Wiebe : J’ai d’abord été Dj. Je pense que quand tes parents sont musiciens, tu évites de te lancer dans la musique.

Parallèlement à The Subs, développez-vous également d’autres projets ?

Jeroen : Plein ! Je milite chez Friends In Paris. J'y bosse en compagnie d’un gars de Londres, où je vis. On est occupé de monter un concept quelque peu secret. On n'a pas encore discuté de ce qu'on allait réaliser ensemble et on n’a pas encore signé de contrat. Mon collègue Wiebe cherche à créer un label. Et nous proposons à d’autres artistes de le rejoindre…

Est-ce qu'il vous arrive de remixer des chansons d'autres groupes ?

Jeroen : On l’a fait pour Alt-J et La Roux. Nous y consacrons moins de temps, aujourd’hui. Comme notre album est plus pop, il y aura moins d'intérêt pour les clubbers à le remixer. Nous allons donc réaliser nos propres remixes de ce disque Ainsi, The Subs va remixer The Subs. Parce qu'on a voulu enregistrer un long playing pop…

Dr Lektroluv, vous êtes sur son label, est-ce une référence ou un ami pour vous ?

Jeroen : Un peu des deux.

Selah Sue a collaboré à votre album. Comment la rencontre s'est-elle opérée ?

Jeroen : J'envoie des petites démos et parfois nous travaillons ensemble. Je la connais, nous avons déjà travaillé ensemble. Nous partageons le même management et nous appartenons au  même cercle d'artistes.

Et par quel hasard avez-vous reçu le concours de Jean-Pierre Castaldi?

Jeroen : Jean-Pierre chante sur notre album. Je l'ai appelé. Il était très sympa. Il n'avait pas entendu le morceau avant. Je lui ai fait écouter le titre au téléphone et il a accepté immédiatement.

Faire la fête, c'est important pour vous ou est-ce tout simplement rock'n'roll ?

Jeroen : Faire la fête, c'est basique pour moi. C'est important et tout le monde doit faire la fête le plus possible. Quand tu es trop fatigué, tu ne sais pas faire la fête.

(Photo : Hanse Cora and Uber&Kosher)

 

 

 

 

The Soft Moon

L’esprit de contradiction…

Le troisième album de The Soft Moon, ‘Deeper’, paraîtra le 30 mars prochain. Créé en 2009 par le Californien d'origine cubaine Luis Vasquez, ce projet américain est devenu le fer de lance d'une nouvelle génération de groupes alternatifs. Consécration suprême : il accède même aux programmations d'un niveau supérieur, comme en témoigne le concert prévu le 17 mai prochain à Bruxelles, qu’il accordera dans le cadre des Nuits Botanique. Nous avons rencontré Luis Vasquez, à Bruxelles, le 18 février dernier, dans le cadre de sa tournée de promotion.

A l’instar du premier opus éponyme de The Soft Moon, ‘Deeper’ a été concocté par Luis Vasquez dans un isolement presque total ; ce qui a conféré à l'oeuvre une dimension très introspective. Il confirme : « L'album reflète essentiellement mon évolution comme compositeur. Je voulais explorer plus profondément mon fors intérieur, ce qui explique le titre ‘Deeper’, et expérimenter à travers des compositions davantage structurées, des mélodies vocales plus élaborées, alors qu'auparavant, ma musique reposait surtout sur des sons et des expérimentations. »

Pour y parvenir, il a choisi de s'isoler en Italie. « Je voulais me rendre en territoire inconnu. Me mettre en danger, afin de me surpasser et dépendre de mon art pour survivre. Je me suis donc installé pendant plusieurs mois à Venise, à 10 minutes de l'île, en pleine campagne. Je voulais être aussi pur et honnête que possible dans mon expression, sans influences extérieures... » Comme dans la plupart des compos de The Soft Moon, les thèmes récurrents tournent autour du mal de vivre. Dans ‘Feel’, notamment, Vasquez s'exclame : ‘Why Am I Alive, Why Are We Alive’. Dans ‘Being’, il murmure : ‘I Can't See My Face, I Don't Know Who I Am’. Il confesse : « Oui, il y a juste quelques thèmes que je régurgite chaque fois. »

A propos des influences.

Dans certaines plages de ‘Deeper’, on découvre une similitude avec Nine Inch Nails, tant dans les inflexions de voix que les arrangements et les sujets abordés. « Ce n'est pas voulu », précise-t-il. « D'ailleurs, je ne connais pas bien NIN. Je possède seulement deux albums, ‘Downward Spiral’ et ‘The Fragile’. Mais je crois qu'on doit être deux âmes sœurs, Trent Reznor et moi. On a ce sentiment de colère, le côté ‘Fuck You’. Nous chantons tous les deux sur le fil du rasoir, en puisant dans nos vulnérabilités. En fait, lui aussi considère que son pire ennemi, c'est lui-même. Il faut se battre contre la dépression, pour survivre et être heureux. »

Mais connaît-il des groupes belges ? La réponse fuse : « Bien sûr ! Front 242, The Klinik... Snowy Red est aussi belge, je crois ? » Of course, voyons ! « J'ai acheté un de ses disques récemment parce qu'il y avait une réédition. Il y a aussi Neon Judgement : j'ai un ami, chez Dark Entries, qui a réédité leurs premiers morceaux » (NDR : l'album 'Early Tapes', paru en 2010).

Concernant les influences extérieures, on ne peut ignorer John Foxx, le légendaire pionnier de la new wave, en compagnie duquel Vasquez a enregistré un titre, ‘Evidence’. « On s'est rencontré à Londres », raconte-t-il. « C'est un très chouette gars ». Après avoir interviewé Foxx, je ne peux que confirmer. En outre, c'est un génie mais il est très modeste, un vrai gentleman. « Oui, on a envie de l'appeler 'Sir' », conclut le musicien en souriant.

La rencontre la plus importante qui soit arrivée à Vasquez, au cours des dernières années, c'est sans nul doute celle de Depeche Mode. The Soft Moon a en effet eu la chance inouïe d’assurer la première partie de la formation anglaise pendant une partie de la tournée ‘Delta Machine’. « Une expérience révélatrice, émotionnelle et très amusante! », raconte-t-il. « Pour moi, passer de la petite chambre de mon appart’, en 2009, à des salles de 20 000 personnes chaque soir, c'était juste fou. Je reste très reconnaissant et humble par rapport à cette opportunité unique. Chaque soir, je devais me pincer pour y croire. Ce qui a soulevé encore plus de questions existentielles au fond de moi-même ! »

La complicité entre Luis et Martin Gore semble s’être parfaitement déroulée. « Martin a beaucoup d'humour ! Une nuit où nous avions pas mal bu, je lui ai confié que je pleurais très facilement en regardant des films tristes. A partir de ce moment-là, chaque fois que je relatais un événement qui m'était arrivé, il répliquait en riant : ‘Oh et tu as pleuré alors ?’, ce qui déclenchait l'hilarité générale. »

Les origines

Les expériences musicales originelles vécues par notre interlocuteur remontent à son enfance et appartiennent à l'univers du heavy metal et du punk. « La première cassette que je ai achetée était ‘Seventh Son of a Seventh Son’ d'Iron Maiden (1988). Puis celles de Slayer et de groupes comme Bad Religion. » Ce n'est que plus tard qu'il découvrira la musique new wave, grâce à The Cure.

En 2010, quand il publie son premier opus, il contribue à l'émergence d'un nouveau style musical, quelque part entre postpunk, shoegaze, darkwave, électro et psychédélisme. Les exégètes de la musique alternative, dont votre serviteur, se demandent si c'est The Soft Moon (en Californie) ou plutôt The KVB (en Angleterre) qui a lancé ce mouvement. Pour Luis Vasquez, « C'est un produit de l'inconscient collectif. Des événements peuvent se produire en même temps à des milliers de kilomètres. Evidemment, mon ego se plait à récupérer la paternité du mouvement ; mais je crois tout simplement que c'est un synchronisme. Je me souviens qu'à cette époque, une vague 'dark' a envahi la scène musicale et cette vague est toujours active aujourd'hui. »

Berlin

Après son aventure italienne, il s'est installé à Berlin. Un très gros changement d'atmosphère par rapport à San Francisco ! Il argumente « Berlin m’inspire. Quand j’y suis, ma créativité est optimale. Cette ville libère un sentiment de tristesse et en même temps, les gens essaient de vivre et de s'amuser. » On se souvient que, quand il était à San Francisco, il ressentait le besoin de s'opposer à son environnement en composant de la musique triste et obscure. « En fait, je suis ce qu'on appelle en anglais un 'antiloquist' (celui qui a l’esprit de contradiction). Je veux toujours faire ou dire le contraire de ce que quelqu'un d'autre fait ou dit. Si j'allais vivre sur la plage, je serais habillé comme un gothique, par exemple. » (Rires)

En toute logique, maintenant qu'il s’est établi à Berlin, doit-on s'attendre à ce qu'il joue à l'avenir de la musique 'surf' genre The Beach Boys ? « Ha Ha Ha ! Very funny ! », conclut Luis en dégustant sa bière belge...

La suite de la conversation avec ce musicien attachant se poursuivra ‘off the record’. J'apprendrai, entre autres, qu'il travaille sur un nouveau projet en compagnie de John Foxx et qu'il va en monter un autre en solo, plus 'noise', parallèlement à The Soft Moon. A suivre !!

The Soft Moon se produira au Botanique le 17 mai dans le cadre des Nuits Botaniques. Pour plus d’infos voir ici 

Merci à Geert (Konkurrent) pour cette interview.

 

The Scrap Dealers

Marre du garage…

Écrit par

Ce 13 décembre 2014, la formation liégeoise The Scrap Dealers se produisait au Water Moulin de Tournai. Précédant le set de The Marvin Gayes et The Shivas. Avant de monter sur les planches, le quintet nous a accordé une interview. Au grand complet. Pendant leur collation. Seul souci au moment de rédiger cet article, c’est qu’en retranscrivant cet entretien, difficile de déterminer si les propos émanent de Hugues (guitare, chant), Régis (guitare, chant), Justin (basse), Cédric (guitare) ou Antoine (drums). Heureusement la plupart de leurs avis sont partagés. Et quand ils sont plus nuancés, votre serviteur tachera de le préciser.

La conversation débute par une boutade, puisque ‘The Scrap Dealers’ se traduit par ‘les ferrailleurs’. Or, à Kain, près de Tournai, le long de l’Escaut, est implanté, un énorme chantier de recyclage de métaux. Je leur demande donc si avant de débarquer au Water Moulin, ils y ont fait un crochet. L’allusion semble les perturber avant que l’un d’entre eux ne retombe sur ses pattes : « Faut demander à Hughes. Fallait trouver un nom. Ben, c’est vrai qu’il n’est pas très intelligent, alors on ne préfère pas en parler… » L’occasion d’embrayer par une question bateau (?!?!?), pour connaître le parcours musical des membres du groupe. Ainsi, Antoine a milité au sein de Pirato Ketchup et les autres, Local Fourmost Band, qu’ils ont quitté pour raisons personnelles, afin de rebondir chez The Scrap Dealers. « Un nom plus intelligent », embraie le même interlocuteur… Et en remontant ce nouveau projet, les musicos ont décidé d’y insuffler un nouvel esprit et d’écrire de nouvelles compos.  

Leur premier Ep s’étale sur plus de 33 minutes. Pourquoi donc n’a-t-il pas été considéré comme album ? Le groupe le considère comme tel, mais c’est JauneOrange qui a décidé de lui coller l’étiquette d’Ep. La plupart des critiques du disque que le band a pu lire soulèvent la même remarque. « On pense que la manière et la longueur y sont. On ne croit pas qu’il soit vraiment courant qu’un Ep réunisse 8 titres en près de 35 minutes. C’est même plutôt rare… » Un disque qui recèle un morceau caché. Comme pas mal de cds gravés au cours des nineties. Mais dans un style différent. Plus folk. Minimaliste même. Et sans titre. C’est Hugues qui s’exprime : « Il nous a quand même demandé une journée d’enregistrement. En fait, je voulais composer une chanson pendant les sessions et la travailler en compagnie du groupe. Mais cela n’a pas marché. Comme je l’avais écrite, on l’a enregistrée uniquement avec une guitare et quelques effets et on l’a ajoutée au tracklisting… » Une compo beaucoup plus paisible. « Effectivement, on voulait calmer le jeu. Que ce morceau surprenne. Et on l’assume à 200%. On est satisfait du choix d’ailleurs. » Oui mais alors pourquoi trois guitares sur scène ? « Parce que s’il ne tenait qu’à nous, on en mettrait davantage. Le problème en ‘live’, c’est qu’il faut de la place pour les caser. Et en général, sur les planches, il manque d’espace… »

Etonnant, mais vu leur jeune âge, les musiciens n’ont pas une mauvaise connaissance de l’histoire de la musique pop/rock. Et surtout sont conscients de leurs influences. Intentionnelles ou pas. Un titre comme ‘No sense in your eyes’ est imprimé sur une rythmique hypnotique qui pourrait faire penser aux débuts de Hawkwind. Ou alors a des combos issus du mouvement krautock comme Can ou Faust. Hugues reconnaît écouter beaucoup de rock allemand. Et bien sûr apprécier ce style musical. « On voulait créer un mur de son, en y ajoutant de la distorsion. Mais que ce soit en même temps ‘motorik’. Et c’est facile à jouer tout en y injectant de l’énergie afin de faire passer un simple message. Nous ne sommes pas des rockeurs progressifs comme Hawkwind. D’ailleurs on est moins doués. On essaie cependant de rester cohérents dans la structure des morceaux. Et puis, on ne connaît pas trop bien Hawkwind. M’enfin chacun a le droit de discerner, dans notre musique, ce qu’il ressent. Certains y décèlent du Count Five, du Blue Cheer ou du Blues Magoos… » Avis qui n’engage que votre serviteur, les mélodies d’‘Im so proud’ et de ‘For another day’ lui semblent aussi hymniques que chez les Dandy Warhols. « Davantage dans l’esprit de Brian Jonestown Massacre », me rétorque-t-on. Pourquoi pas ?

Abordons maintenant l’aspect plus garage de leur musique. A l’instar du morceau ‘I need you tonight’. Plus aride, plus malsain, mais dans l’esprit des Pink Fairies, voire des Deviants, deux groupes énormément portés sur les excès en tous genre. Justin prend la parole : « Deviants, j’adore. C’est même carrément mon groupe préféré. A cause du climat au sein duquel leur musique baigne. Sur cette chanson, la voix est particulièrement torturée. Et c’est en même temps lo fi. Très lo fi. Mais le thème de la chanson n’est pas particulièrement ‘harshé’. Elle demeure malgré tout sentimentale. Mais on a mixé très, très vite. Peut-être un peu trop. Pink Fairies ? J’aime un peu moins. Toujours aussi garage, mais plus pop… » Quant à ‘Evil ride’, il affiche une très jolie ligne mélodique. On pourrait même ajouter dans l’esprit du garage sixties cher aux compiles ‘Peebles’ et ‘Nuggets’. Ces anthologies figurent-t-elles dans leur discothèque ? « En fait, c’est une de nos plus vieilles chansons. Elle a même un petit côté post punk. La mélodie accroche facilement, c’est vrai. C’est aussi une des plus courtes. Une ballade de 2’30. » Mais le garage, ils en en ont tous un peu marre qu’on leur en parle et surtout qu’on les enferme constamment dans ce cadre. « Il faut savoir que depuis le début, on nous confine dans une cave. En nous comparant aux Black Lips, par exemple. On en a plein le c** ! Nous ne souhaitons pas être cloîtrés dans un genre,  à tout prix. Correspondre à une image prédéfinie. On a commencé comme formation de garage punk. La critique a essentiellement retenu cet épisode. Et elle continue à nous comparer aux Black Lips, aux Seagulls ou encore à Oh Sees. Ces analogies nous collent encore à la peau comme un chewing-gum pourri. Notre musique est en évolution constante ! Et le public est étonné de voir que le nouveau répertoire est totalement différent du single. En fait nous sommes encore un jeune groupe. Il n’a pas trois ans d’existence. Et au début, on a dû cravacher pour écrire des morceaux. Il était donc plus simple d’adopter le punk garage. Aujourd’hui, on a un peu plus de disponibilité pour travailler notre musique et rendre nos compos plus élaborées. Ce n’est pas qu’on change vraiment de style, mais on consacre plus de temps à les réaliser. Et puis on n’a pas envie de toujours reproduire la même chose. On a envie de toucher à des tas d’autres trucs. En fonction des humeurs… »

Inévitablement, quand on touche au psychédélisme, on pense au recours à des instruments insolites, indiens ou orientaux, notamment. Ou alors à l’utilisation de l’électronique comme Animal Collective, MGMT et il y a quelques années Ozric Tentacles. Alors, tenté par cette vision plus électro ? « On verra bien. Dans le futur, on va essayer de nouveaux types de synthés. Il y aura certainement des choix à poser. Ce sera une décision commune. Si tout le monde est d’accord, pourquoi pas ? Sans culpabilité aucune. On ne va cependant pas aller sur la voie du rock expérimental électronique ou post rock avec énormément de moog. Mais en ce qui concerne un tel recours, dans certains morceaux, à l’avenir, c’est possible. Tout est envisageable. On n’est fermé à rien du tout. Mais ce n’est pas sûr que ce soit en live. Plutôt en studio. Et puis on est plutôt réticent par rapport à l’électro pure. On veut conserver l’aspect hypnotique et psychédélique de notre rock alternatif. Ce qui ne nous empêchera pas d’évoluer. » Un concept hypnotique qui soudain évoque pour votre serviteur –et je me lance alors sans filet–Loop et Spiritualized... En plein dans le mille ! Surtout pour Hugues. « Personnellement que ce soit à travers Spacemen 3 ou Spiritualized, Jason Pierce est un dieu. A cause de la personnalité et de la sensibilité de sa musique. Bien sûr, je ne cautionne pas tout ce qu’il a fait, mais pour moi son œuvre est remarquable. Par contre, Loop adopte un profil plus aride et nonchalant. Plus shoegaze… » Comme Jesus & Mary Chain et Black Rebel Motorcycle Club ? « On apprécie la musique de Jesus & Mary Chain, mais pas vraiment l’attitude de poseurs des frère Reid. BRMC est responsable de quelques bons titres, mais les ¾ ne nous accrochent pas vraiment. Le leader joue bien de la guitare, il chante bien, il est beau, et il le sait. C’est une attitude qui fait c*****… »

Intéressant de savoir quand même si un nouvel et véritable elpee (?!?!?) serait en chantier. « Il est terminé. Il est au mixing. Mais il n’a plus rien à voir avec ce qu’on a fait sur le premier. Pas mal de monde va se poser des questions… »  

 

Danko Jones

Un retour aux sources

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Dix-huit ans que Danko Jones nous balance son Rock explosif aux multiples influences. Il est peine perdue de tenter de les ranger dans tel ou tel style. Leur but : traduire en musique le feu intérieur qui ne cesse de les consumer. ‘Fire Music’, son onzième album studio, enregistré sous un nouveau line-up et marqué par un retour aux sources, sortira au début du mois de février 2015. Rencontre avec Danko Jones et John Calabrese, respectivement chanteur/guitariste et bassiste de la formation.

C’est à Bruxelles, dans un hôtel situé à côté de la Gare de Bruxelles Midi, que la rencontre s’est déroulée. La formation canadienne y était venue nous parler de leurs nouvelles compos. Le précédent elpee, ‘Rock and Roll is Black and Blue’, était paru il y a trois ans. Le groupe a depuis lors sillonné les routes et mis le feu à bon nombre de festivals. On se souviendra notamment du set endiablé accordé lors de leur dernier passage en Belgique, dans le cadre de l’édition 2013 du Festival de Dour.

Le temps d’avaler leur repas et ils me rejoignent, autour d’un verre, pour débattre de leur nouvelle production. « Il n’y a pas de concept au-delà des chansons elles-mêmes » explique Danko, chanteur de la formation. « On voulait tout simplement apporter de nouveaux morceaux au public. Comme à chaque fois, on a tenté de rassembler l’énergie qui était en nous et de la transposer en musique ». Ce qui explique d’ailleurs le choix du titre du nouveau CD, ‘Fire Music’, un brasier musical retranscrit en onze morceaux, certains plus calmes, d’autres carrément déchaînés. « On pourrait qualifier notre album de Fast and Furious », ajoute en rigolant le bassiste John Calabrese.

Ce nouvel opus célèbre également le retour du producteur de leurs débuts, Eric Ratz. C’est lui qui était derrière les manettes pour le premier opus intitulé ‘My Love is Bold’. Le groupe et lui s’étaient ensuite perdus de vue, chacun poursuivant son chemin. Et ce, jusqu’à ces dernières années où Danko et lui avaient fini par se recroiser de temps à autre. Se rendant compte que le courant passait toujours aussi bien, Danko n’a pas hésité à lui confier une nouvelle collaboration. « Eric a de suite accepté de devenir à nouveau notre producteur, en adoptant la même méthode de travail que celle qu’il avait appliquée en ’99. On avait beaucoup aimé ce qu’il avait réalisé à cette époque. C’était quelque chose d’important pour nous qu’il accepte à nouveau de collaborer. C’est comme si on revenait à cette phase initiale où tout a débuté pour nous. C’était un retour aux sources ».

‘Fire Music’ est également marqué par l’arrivée de Rich Knox, nouveau batteur au sein du trio. Un changement bénéfique pour le band, où chacun peut apparemment désormais se concentrer uniquement sur son instrument. « C’est le premier drummer à rejoindre le line up pour lequel je n’ai absolument rien à dire concernant son jeu. Ce n’était pas le cas de nos deux précédents, car je devais fréquemment vocaliser la batterie pour qu’ils comprennent. Rich est un peu comme Damon Richardson (NDR : derrière les fûts jusqu’en 2005). Aussi, je peux à nouveau me concentrer sur mes vocaux et ma guitare sans avoir à me soucier des drums. » Une osmose qui, selon le groupe, s’étend également au niveau relationnel. Après avoir sillonné bon nombre de routes l’année dernière, le nouveau trio n’hésite pas à parler de symbiose entre eux trois. Une ambiance qui facilite le quotidien, particulièrement lors du récent passage en studio. « Tout a immédiatement bien fonctionné. Rich est entré dans le studio et a géré totalement l’affaire. A un certain moment, lors de l’enregistrement, Eric (NDR : le producteur) s’est tourné vers nous et a déclaré ‘Vous l’avez trouvé où ce mec ?!’. Ses parties de batterie ont été magnifiquement exécutées, sans que nous en ayons particulièrement discuté auparavant. Le genre de détail qui facilite la vie… »

L’adage est bien connu : qui dit sortie d’album dit nouvelle tournée. Même si les dates n’ont pas encore été toutes dévoilées, les Canadiens ont d’ores et déjà confirmé leur présence en Belgique en juin prochain, au Graspop Metal Meeting. « C’est un peu bizarre pour nous de jouer au Graspop car c’est un festival de Metal, et on se demande si on est vraiment en phase pour jouer là, aux côtés de Slipknot ou encore d’In Flames. Une situation qui nous laisse un peu perplexes. Mais on verra bien ! », lance Danko. Le groupe est d’ailleurs un habitué de nos festivals. Outre celui de Dour en 2013, le band s’est déjà affiché à Werchter ainsi qu’au Pukkelpop. « Les festivals belges sont incroyables. Je me souviens que lorsqu’on s’y est produit, le Pukkelpop programmait en tête d’affiche Iron Maiden. On jouait évidemment sur la scène voisine et il n’y avait que quelques personnes pour nous regarder, mais c’était très intense. On ne pouvait s’empêcher de penser, pendant notre set, qu’Iron Maiden allait embrayer à côté de nous juste après… », raconte en souriant le bassiste John Calabrese.

L’occasion de revenir sur leur participation au ‘Motörhead’s Motörboat Cruise’ à la fin du mois de septembre 2014. Une expérience particulière de cinq jours, sur un bateau de croisière, où se sont succédés des groupes invités par Motörhead. « Cette invitation a vraiment été un honneur pour nous. Ce périple nous a permis de jouer parmi d’autres groupes comme Down, Anthrax ou encore Testament. Sans oublier les gars de Ministry, pour qui on avait déjà ouvert le show à Los Angeles. Ce sont des amis. On s’est vraiment bien amusés ! » Ce n’est pas non plus la première fois que Danko Jones figure sur la même affiche que Mötörhead. On se souviendra notamment de leur set en 2008, à l’Ancienne Belgique, où les Canadiens avaient ouvert pour la bande à Lemmy, avant de rejoindre ce dernier sur les planches, un peu plus tard, sur le morceau ‘Killed By Death’.

Danko se remémore : « Je pense qu’on a joué ensemble à une vingtaine de reprises. J’ai eu l’occasion de voir Lemmy deux fois sur le Motörboat, dont une fois où on a pu parler entre quatre yeux, ce qui n’était pas facile car il y avait toujours une vingtaine de personnes autour de lui. Je dois dire que c’était quand même intimidant de se retrouver face à lui. Il est ce qu’il est ! Il a une aura. Il dégage quelque chose de particulier. J’ai d’ailleurs une bonne anecdote… Lemmy savait que je ne buvais pas beaucoup d’alcool mais il a quand même tenu à m’offrir à boire un whisky coca. Mais je ne savais pas qu’un whisky coca à la Lemmy, c’était autant de coca et autant de whisky (NDR : il mime un dosage dans un verre où le whisky est largement dominant…) Et moi, évidemment, j’ai bu ça comme si c’était de la bière. J’ai bien failli m’étaler. Lemmy a rigolé et m’a rattrapé par le bras en me disant ‘Sit down man, take it easy…’ On a bien rigolé ! »

C’est d’ailleurs à l’occasion de cette croisière que le groupe a partiellement tourné le clip de ‘Gonna Be a Fight Tonight’ (pour le visionner, c’est ici), single du nouvel album, histoire de se mettre l’eau à la bouche avant la sortie officielle de ‘Fire Music’ le 6 février prochain. A bon entendeur : outre leur concert prévu au Graspop Metal Meering en juin, il est probable que Danko Jones revienne  à l’Ancienne Belgique, après l’été.


 

The Legendary Pink Dots

Plus visionnaire que prophète…

Julian Cope et Edward Ka Spel sont, en quelque sorte, les héritiers naturels du psychédélisme. Pour le leader de Legendary Pink Dots, plus personne ne sait très bien s'il appartient au passé, au présent ou au futur. Peut être existe-t-il hors du temps! A l’issue de son concert accordé au Limetlight de Courtrai, nous avons donc demandé à cet artiste avant-gardiste, saturé de références baroques, quelle était sa conception du psychédélisme, et ce qu'il pensait de son rôle de prophète...

Le profil de Legendary Pink Dots, est-il néo progressif ou néo psychédélique? Te sens-tu inspiré, quelque part, par des artistes comme Stockhausen, Syd Barrett, Kevin Ayers ou des groupes tels que Tuxedo Moon et Vander Graaf Generator?

Edward: Notre musique est intemporelle. Elle n'appartient ni au sixties, ni aux seventies. Il n'est pas davantage nécessaire de l'enfermer dans un carcan classique ou progressif. C'est une projection d'idées dans l'inconscient musical. Legendary Pink Dots est l'antithèse du revivalisme, ce qui ne m'empêche pas d'avoir beaucoup apprécié, à une certaine époque, Tuxedo Moon et Vander Graaf Generator.

Ta musique est quand même psychédélique?

Absolument! Mais dans le véritable sens du terme. Le psychédélisme est un état d'esprit qui permet d'imaginer de nouvelles tonalités, d'élaborer de nouvelles textures, de peindre les sons avec de nouveaux coloris. Au cours des sixties, le psychédélisme a permis la multiplication  des formes musicales. Une expansion dont nous tentons de conserver l'esprit. C'est la seule chose dont LPD a hérité du passé. Le psychédélisme rend créatif et me permet d'explorer de nouveaux territoires sonores...

Comme au début des eighties en Californie?

Pas du tout! Le ‘paisley underground’ n'est que du revivalisme, pas du psychédélisme! Il ne mène nulle part! Il est le résultat de distorsions de guitares dans les haut-parleurs. Il ne possède aucune vision kaléidoscopique ; je n'aime pas du tout ce style de musique!

Certains de tes albums sont quand même ouverts à la musique contemporaine et au jazz?

Au jazz? Oui, je suis inconsciemment imprégné de cette forme musicale. Mais l'important n'est-il pas de se faire plaisir en créant quelque chose de différent? De produire des sonorités neuves et réellement excitantes? Cela ne m'intéresse pas de prendre le train en marche. Alors, parfois, je préfère en revenir au jazz...

Tes textes semblent développer des thèmes visionnaires. Lesquels?

C'est trop long à expliquer!

Mais encore! Te considères-tu comme un prophète?

Parfois oui... parfois non... C'est une plaisanterie! Quoiqu'il existe un tas de monde qui y croit dur comme fer. Je ne suis pas un prophète. Si je l'étais, la terre serait alors peuplée de prophètes. Disons simplement que j'accomplis des prédictions, en fonction de mon feeling et de mes expériences personnelles. Ou si tu préfères, j'accomplis des prémonitions qui reposent sur un certain recul que je prends par rapport au monde contemporain. Mais, je ne suis pas un prophète parce que j'annonce l'apocalypse sur la planète terre ou que je pense que l'être humain est devenu un mutant...

N'as-tu pas envie de retourner en Grande-Bretagne?

Pas du tout! C'est un pays dégoûtant! C'est pourquoi je l'ai quitté. Je vis aux Pays-Bas depuis plusieurs années. La Grande-Bretagne est rangée dans le tiroir aux mauvais souvenirs ; je ne souhaite plus y remettre les pieds!

Article paru dans le n°12 du magazine Mofo d’avril 1993

 

Fastlane Candies

C’est l’énergie qui fait la différence…

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C'est dans le cadre des Francofolies de Spa que Fastlane Candies a eu l’amabilité de nous accorder cette interview. Soit ce 18 juillet 2014. En fin de soirée, après une journée torride. L’entrevue s’est déroulée dans le hall d'entrée de l'Hôtel Radisson Blu Palace. En délégation, le guitariste Laurent, aka Krispy Velours, et la claviériste Sandy C.

D'où vient le patronyme Fastlane Candies ?

Sandy C : Perso, je ne participais pas encore à l’aventure. Mais quand Alexis et Laurent l’ont entamée, ils cherchaient un nom qui sorte de l’ordinaire. Ils ont commencé à feuilleter les magazines de PMU et leur esprit a été attiré par celui d’une jument. Elle s'appelait ‘Fastlane Candy' et était encore à débourrer. Elle empruntait toujours la voie rapide. Le choix venait d’être établi.
Laurent : Nous ne voulions pas d’un nom qui représente quelque chose de spécifique. Qui définisse notre style. On l’a plutôt choisi pour sa consonance. Les mots correspondaient bien à l'esprit de notre projet. Le plus marrant, c’est que quand certaines formations américaines ou anglaises en adoptent un, ils cherchent à lui donner plusieurs sens. Parfois secrets. Nous avions côtoyé un groupe australien qui avait déclaré que le sien, Oh Drug's, en suggérait bien d’autres. Un but que nous ne poursuivions pas au départ. En fait, nous souhaitions simplement que le public y trouve ce dont il avait envie. C'est un concept intéressant. Il n'existe pas qu’une seule dimension dans un nom ou dans la musique. Chacun a le droit de s'y plonger et s'y retrouver à sa manière.

Candies, en français, se traduit par bonbons. Ce qui explique pourquoi votre pop est plutôt sucrée ?

Laurent : Oui, c'est sucré. C'est clairement dans cet esprit que notre musique évolue. Pour nous, Candies est un nom qui sonne pop. Il est pétillant et lolipop. Il est toujours difficile de déterminer l’origine de notre musique. Quand on a entamé ce projet, on n’était pas nécessairement attirés par ce style. Perso, j'écoute pas mal de trucs différents. Du psychédélisme. Du rock. Parfois plus dur, plus complexe. Au départ on a voulu emprunter une voie pop et directe. Positive, même. Certainement pas nous enfoncer dans un univers sombre. Et après l’avoir développée, elle est devenue un peu ‘sucrée’.

Sucrée, mais également colorée, comme « La Chica » ?

Laurent : Ce n'est pas incompatible. Certaine sucreries sont multicolores. Un peu comme chez Badbadnotgood, un trio de jazz/rock vraiment génial. Notre musique est colorée, mais nous voulons encore y amener d'autres teintes. En y apportant des éléments différents et en explorant d’autres sources. Nous essayons de rendre nos disques les plus cohérents possible. Davantage que les albums. Pour se forger un propre style. Sur le cd, on a voulu développer de nouvelles idées, comme sur « Charm » qui est un peu plus électronique. Dans le passé, j’avais un petit problème avec les cuivres. Mais depuis, j’ai écouté pas mal de bands qui y ont recours, et dont la section pète littéralement des flammes. Ces instruments sont plus classiques et permettent de générer des ambiances ou des nappes sonores. Ce qui me plaît beaucoup. Nous ne sommes pas assez compétents pour les développer nous-mêmes. On doit faire appel à des collectifs spécifiques. Mais c’est envisageable. On pourrait les utiliser d’une manière mélancolique, atmosphérique, comme Beirut. Miles Davis est aussi un musicien que j’adore…
Sandy C : Alexis est d’origine espagnole. J’apprécie des formations plus latino. Calexico, par exemple

Peut-on également qualifier votre musique de légère ?

Laurent : Difficile à dire ! Sur scène, c’est différent, on libère davantage d’énergie. On essaie de provoquer un déclic. Mais aujourd'hui, ce n'était pas évident. La salle était très belle, mais ce Théâtre Découverte est en configuration assise. Le public n’était pas très nombreux. Donc, au début, quand tu commences à jouer, tu as une drôle d’impression. Tu te sens un peu mou. Puis progressivement, tu entres dans ton trip. Surtout quand les spectateurs commencent à réagir. C’est à partir de ce moment que tu peux commencer à libérer l’énergie. Il n’y a pas de secret, c'est l'énergie qui fait la différence. Et cette interactivité entre l’artiste et le public. Mais ce n’est pas quelque chose qui soit prévisible. Parfois ça marche, parfois pas. Bien sûr, dans notre setlist, on glisse des titres qui ont de la pêche, au bon moment. Pour permettre au concert de décoller…  

Vous comptez beaucoup sur le collectif JauneOrange ?

Laurent : Oui, c'est important pour nous. Si nous avons atteint ce stade, c'est parce que nous appartenons à ce collectif qui se charge aussi de  notre booking. Ses relations nous permettent de se produire dans pas mal d'endroits. Il héberge plusieurs groupes liégeois qui s’entraident de manière générale. Et pas seulement pour la promo et le booking. La semaine dernière, nous avions besoin d'un van. Nous nous sommes adressés à notre label et The Feather nous a prêté le sien. C’est une forme de solidarité. Notre album a été produit par Xavier Guinotte, membre de MLCD et du collectif depuis le début. My Little Cheap Dictaphone, je les avais vus en concert, dès l’âge de 15 ans.

Question bateau, mais nécessaire pour mieux connaître Fastlane Candies. Quelles sont vos influences ?

Sandy C. : C'est assez marrant. Elles partent dans tous les sens. Même vers l’électro. J’aime beaucoup Django Django, par exemple…
Laurent : Elles sont multiples. Comme les comparaisons. Celle qui revient le plus souvent concerne Clap Your Hands Say Yeah. La voix du chanteur est particulière. Spécifique et immédiatement identifiable. Un peu comme celle d’Alexis. Et puis on aime bien ce groupe. Leur indie/rock n'est pas complètement calibré. Il est mélancolique, mais très susceptible de partir dans toutes les directions. Et c’est ce côté un peu 'fou, fou' qui peut contribue à mettre la pêche. A nos débuts, on aimait bien inclure des percussions, des couleurs exotiques, tropicales, et puiser dans d’autres cultures. Comme Django Django. Moins aujourd’hui. Perso mes goûts sont assez éclectiques. J’appréciais beaucoup Madrugada, dont la structure reposait davantage sur les guitares. Ce band norvégien s’est séparé. J’affectionne autant l'indie/rock américain et anglais en général que l’électronique. Je suis également un fan des Doors…

Et les Beatles ?

Laurent : Je ne crois pas qu’ils soient une source d’inspiration immédiate. Mais mon père était fan des Beatles. Il avait tous leurs vinyles et au cours de mon enfance, forcément je les ai écoutés. Tout comme Sandra, d’ailleurs. Nos parents sont également musiciens. Ce qui nous a permis de découvrir un tas d’artistes différents. Mais manifestement, les Beatles demeurent une référence imparable.

Le vinyle et la bonne vieille cassette audio, ringard ou un effet de mode ?

Laurent : Je ne peux pas en dire du mal, car je possède une platine vinyle depuis longtemps et je rachète des disques de ce type. J’en possède beaucoup. J'aime les écouter. Ce qui ne m’empêche pas de me poser des questions. Il y a, en effet, peut-être aussi un effet de mode. J’ai écouté ceux de mon père, tout petit, puis on est passé au cd. Après, on n'a juré que par le cd parce que c'était cool à ce moment-là. Maintenant le vinyle revient et c'est un son différent. C’est quand même en vogue. Les gens ont besoin d'un nouveau support et d'une nouvelle motivation. Le vinyle sonne bien et est plus chaleureux. La pochette est plus belle que cette du cd. C'est bien, mais ce n'est pas forcément l'essentiel. Bien que collectionneur de disques, j’avoue que ce comportement, cette envie d'accumuler un maximum de disques, ce n'est pas l'essentiel dans la musique. L'essentiel, c'est quand même de l’écouter. Pourquoi acheter ce que tu ne vas pas écouter ? Je me procure les disques qui me plaisent vraiment et j'essaye de rentrer dedans et de vivre vraiment la musique. Maintenant, si on peut l'auditionner dans de bonnes conditions sur une bonne chaîne hi-fi qui diffuse un son chaleureux, tant mieux ! Tout dépend aussi de la qualité du vinyle. Certains ne sont pas bien masterisés. Et il y en a plein. C’est pourtant indispensable. Pourquoi graver un cd en vinyle s’il sonne à l’identique ? Il est alors préférable de le laisser en cd. J'organise parfois des soirées 45 tours. Et je peux t'assurer que je suis dedans…

Trois albums cultes ?

Laurent : J’hésite entre « Trompe Le Monde » et « Bossanova » des Pixies. En fait, j'aime bien ces deux-là, car ils ont un gros son. Le public préfère, en général, leurs premiers. L’album éponyme de Suede. Je suis un grand fan de ce groupe. « Wish » de Cure, ensuite. C’est l’œuvre majeure de leur carrière. Elle m’a particulièrement frappée. Je l’ai beaucoup écoutée à l'époque. Mais « Disintegration » me plaît également. Il recèle davantage de diversité et renoue avec les débuts. 
Sandy C : Je ne vais pas te citer des titres d’albums, mais plutôt des artistes qui m'ont marqué. The Cure, Clap Your Hands Say Yeah dont je suis fan. Wampire également, dont on a assuré la première partie.

Vous avez participé à la plupart des festivals d'été ?

Laurent : En Wallonie, on en a assurés quelques uns…

Lors de votre concert accordé au Salon de Silly, vous avez rencontré un problème de claviers. Finalement, vous vous en êtes bien tirés ?

Laurent : Oui, c’est vrai. Pour ces Francos, on a joué sous un line up plus restreint. En formule acoustique avec un synthé. Ce n’est pas un problème pour nous. A la base, nous écrivons nos chansons suivant un profil guitare/voix. Mais elles sont adaptables. Pour l’album, on les a étoffées afin de leur communiquer une sonorité davantage pop/rock. On peut également leur donner une autre dimension. Il n'est pas impossible qu’à l'avenir on se serve uniquement de synthés et ou de boîtes à rythmes. Nous n’avons pas peur d’expérimenter et aimons emprunter de nouvelles directions…

Votre setlist est-elle immuable ou la modifiez-vous en fonction des circonstances ?

Laurent : Certains enchaînements entre morceaux fonctionnent bien. On a donc envie de les conserver. Parfois on opère la transition entre les compos à l’aide de passages aux synthés. Ce n’est pas une formule que nous avons adoptée aujourd’hui, car nous ne disposions pas des machines et nous produisions en ‘light’. Dans une setlist, certains titres sont prévus pour le début et d’autres pour la fin. Pour le reste, on essaye de varier quelque peu. Lors d’un festival, on n'a pas beaucoup de temps pour mettre en place une telle structure, et on privilégie ce qui accroche. Pendant un concert, j’aime qu’il se déroule par vagues. Une alternance entre moments plus énergiques et plus paisibles. Pour ne pas lasser…

Un nouvel album ou un Ep en préparation ?

Laurent : Pas pour l’instant. Mais Sandra bosse également sur son projet baptisé Telegraph. Alexis et moi-même avons le nôtre qui mêle musique et littérature. Alexis a publié un bouquin. Il a écrit les textes. Nous y travaillons. La lecture de ce livre est entrecoupée de fragments musicaux.
Sandy C : Oui, quand je disposerai d’un peu plus de temps disponible, je me focaliserai davantage sur mon projet. Pour l’instant, c’est assez difficile, car il demande trop d’application et de travail. Mais dès que possible il va se concrétiser. Et on va alors sortir quelque chose…
Laurent : Il est normal que de temps à autre, on prenne du recul par rapport au groupe. Qu’on s’aère l’esprit. Perso, j’aime bien m’aventurer dans l’électro. Et c’est en expérimentant qu’on trouve de nouvelles directions. J’imagine, qu’après avoir exploré d’autres horizons, on va remettre son métier sur l’ouvrage. Probablement en automne. Je ne pense pas qu’il faille écrire tout le temps et ramer encore et toujours dans la même direction. A un moment, il faut un peu s’arrêter. Ce qu’on vient de faire, mais pour se produire en concert. Mais ensuite, il va falloir se changer les idées, écouter d’autres trucs, se remettre en question, et reprendre alors notre route…

 

BirdPen

Même s’il faut soulever des montagnes…

Birdpen est une formation anglaise drivée par le chanteur/guitariste d’Archive, David Penney, et le guitariste/claviériste Mike Bird, roadie au sein du même collectif. C’est à l'hôtel Bloom, situé à deux pas du Botanique, que le tandem nous a accordé cette interview, juste avant son concert à l’Orangerie. Après avoir publié 5 Eps (autoproduits) depuis 2003, BirdPen a gravé « On/Off/Safety/Danger » en 2009, « Global Lows » en 2012 et « In The Company Of Imaginary Friends », cette année. Mais intéressons-nous d’abord à l’opération ‘Trekstock’ à laquelle participent les membres d’Archive, et Dave, notamment…

Dave : « Trekstock » est un projet caritatif qui vient en aide aux enfants atteints du cancer. Mais également qui se préoccupe de la jeune enfance, afin de prévenir cette maladie. En l’invitant à adopter une vie et une alimentation plus saines, notamment. Un projet qui a démarré, il y a plus ou moins 18 mois. C’est Alex, notre tour manager, qui nous a sensibilisé à cette question. Nous avons rencontré des membres de l'organisation et nous sommes avons projeté de réaliser l'ascension du Mont Blanc, pour lui donner une impulsion. Nous ne sommes pas parvenus au sommet, mais au moins au dôme, dernier niveau avant l'ascension finale. Nous étions presque arrivés au but, mais le temps s'est un dégradé vers 5 heures du matin. Nous étions accompagnés de guides chevronnés. Nous avons donc dû rebrousser chemin. On a quand même réussi à collecter 13 mille livres. Puis on a accordé quelques concerts au cours desquels on a accompli quelques DJ sets. Toutes ces initiatives nous ont permis de collecter des fonds. C'était une superbe aventure qu’on a vraiment appréciée. Et le dessein nous tenait vraiment à coeur.

Ce sont des gens comme toi qui permettent de se mobiliser contre cette maladie, surtout quand elle touche les plus jeunes. Quand on est passé par là, on sait de quoi il en retourne. Et la musique devient alors pour toi, une véritable drogue.

Dave : Oui en effet, la musique est toujours un bon moyen de s'évader et de prendre du recul par rapport à la maladie. Je te remercie pour le compliment.

Gravir le Mont-blanc, c’était un fameux défi, quand même ?

Dave : Je n'avais jamais osé me lancer dans une telle aventure auparavant. J'avais bien réalisé quelques petites ascensions, dans d’autres régions, mais jamais je n’avais eu recours à des équipements aussi spécifiques que des pics à glace ou des casques. Il a fallu que me fasse violence pour sortir de mon confort quotidien. C'était un challenge à la fois relativement neuf et effrayant en même temps. Mais, ce défi m’a permis de donner un autre sens à la vie…

Vous tenteriez à nouveau l’expérience ?

Dave : Oui, car je sais maintenant à quoi m'attendre.

En insistant davantage sur la préparation ?

Dave : Oui, principalement mentale. Nous vivons dans un une région peu accidentée. Pour s’entraîner, on est obligé de se rendre au Pays de Galles ou dans les Midlands. Donc il est relativement difficile de pouvoir s'exercer. J’ai un peu fréquenté les salles où on pratique l’escalade. Mais cela n'a rien à voir. Physiquement, j'étais prêt. Mais mentalement, c'était une autre paire de manches…

Pourquoi avoir fondé Birdpen ? Surtout quand on est impliqué dans un groupe qui possède déjà une telle notoriété. Vous avez dû sortir de votre cocon ?

Dave : Mickael va répondre…
Mickael : Les événements se sont déroulés différemment. Birdpen est un projet que nous menions, bien avant de nous investir chez Archive. En 2002, nous réalisions déjà des vidéos pour d'autres groupes, que nous signions Birdpen. Puis on a commencé à se produire en concert et développé d’autres concepts…

Vous parvenez à gérer deux groupes ? N'est-ce pas, parfois, un peu schizophrène ?

Dave : Complètement. Actuellement je suis impliqué dans 3 projets. Je bosse également dans l'industrie musicale. Tout dépend de la nature de ton job. On pourrait se contenter de s’exprimer uniquement à travers Archive ; mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Parfois, on veut développer d’autres trucs, différents du collectif Archive. Archive est le fruit de l’imagination de différents musiciens. Aux idées différentes. Ce qui le rend billant et unique en son genre. Birdpen se limite à celles de Mickael et des miennes. Et c'est vraiment très bien ainsi. Le troisième plan auquel je participe, c’est celui de Robin Foster. Mais il se charge de la musique, et moi des paroles. Ces trois projets me tiennent vraiment à cœur. Le plus important est de rester actif. Chaque fois, ce sont des moyens qui permettent d'exprimer tes idées, tes opinions et de solliciter ton inspiration. Nous avons beaucoup de chance que le public apprécie notre création. Mais pour y parvenir, tu dois t’impliquer à fond et montrer ce dont tu es capable.

Et en même temps, te permettre de t'échapper d’Archive ?

Dave : Absolument ! Même s’il est parfois plus difficile de les mener à bien que de participer au collectif. Mais l’inverse est également vrai. Quand je me retrouve au sein d’Archive, je peux également m’évader des autres projets. Et je le reconnais, c’est une énorme opportunité de pouvoir disposer de plusieurs cordes à ton arc, et de vivre ta vie comme tu souhaites la vivre. Ce qui te permet d'acquérir de l'expérience, d’emmagasiner des connaissances, trouver de l’inspiration pour écrire et t’ouvrir l'esprit.

Vous semblez très proche du public belge ?

Dave : C’est sans doute dû au fait qu’on y accorde le plus de spectacles, depuis un bon bout de temps. Les Belges et les Anglais ont pas mal de points communs. Chaque fois qu’on se produit en Belgique, sa réaction est vraiment surprenante. Que ce soit lors des festivals ou au Botanique, elle est même fantastique. Au fil du temps, les représentations se sont enchaînées et l’accueil est toujours aussi bon.

Il sert de test pour vos nouveaux shows, avant de partir en tournée ?

Dave : On a déjà joué nos nouvelles chansons dans d’autres pays. C’est la première fois qu’on les interprète, ici en Belgique. On avait inversé le processus, lors de la sortie du précédent album. On avait inauguré nos compos sur le sol belge. Mais pas cette fois-ci. Nous ne pouvions pas attendre avant de les dispenser. Mais je pense que certains fans ont déjà entendu nos nouvelles chansons. Donc, ils savent, je pense, plus ou moins à quoi le nouvel album ressemblera…  

C’est votre troisième. Il s’intitule « In The Company Of Imagining Friends ». On peut en savoir davantage?

Dave : Oui, bien sûr. L’an dernier, nous avions composé deux morceaux et nous voulions approfondir le sujet. Le concept repose sur la perte de conscience. Pense aux alcooliques ou aux drogués. Ils s’enfoncent progressivement dans le côté obscur de l’existence. Et quand ils sont dans les ténèbres, il faut pouvoir s’en sortir. De nombreux êtres humains traversent des épreuves dans la vie. Cela m'affecte. Elle est relativement clémente pour moi ; mais ce n’est le cas pour tout le monde. Des tas de mésaventures peuvent s’y produire. Mais au mieux on peut les analyser, au plus elle deviennent claires et au mieux on peut les combattre. Ce disque est une porte ouverte qui laisse les gens entrer. C'est un album très personnel. Mais, aussi une libération pour pouvoir exprimer et évacuer sa détresse. Il reflète ce que l'on fait dans sa propre vie…

Est-ce une forme de thérapie qui vous a été nécessaire ?

Dave : Nous l’avons enregistré. Nous l’avons mixé ; une tâche que nous n’avions jamais exécutée auparavant. Mickael y a passé beaucoup de temps. Quand on l'écoute, les sonorités sont tout simplement incroyables. On l'a conçu et on l'a produit. C’est du 100% Birdpen. Autrefois, on devait avoir recours à un producteur et à un mixeur. Nous sommes relativement fiers du résultat.

L’accouchement a été difficile ?

Dave : Pas vraiment ! Nous connaissions parfaitement le sujet. Nous savions ce qu’on voulait faire. Ce qui est plus facile que lorsque tu ne sais pas exactement ce que tu veux. Nous étions très confiants. Nous étions conscient qu’on pouvait y parvenir ensemble. Et on y est arrivé…

Qui se charge des textes ?

Dave : Je les ai tous écrits !

Et de la musique ?

Dave : Mickael et moi, ensemble !

En général, le troisième album constitue un tournant dans la carrière d'un groupe. Etiez-vous conscients de cette situation, quand vous avez décidé de le produire et de le mixer vous-mêmes ? N’avez-vous pas l’impression d’avoir pris des risques ?

Dave : On a accompli un grand pas en avant en se chargeant à deux de cette tâche. Et si on est capable de l’accomplir, je ne vois pas de raison de changer notre fusil d’épaule, dans le futur. Il ne s’agit pas vraiment d’un changement ou un tournant, mais plutôt d’une progression naturelle dans la manière de travailler ensemble et d'écrire. De toutes manières, le résultat correspond exactement à ce que nous souhaitions entendre. Et puis Birdpen n’était pas très connu et il ne l’est pas beaucoup plus aujourd’hui. Au départ, tu enregistres toujours un album pour toi-même ; mais lorsqu’il sort, un tas de monde s’y intéresse et passe son temps à creuser le contenu…  

« I Like A Mountain », c’est la première plage de l’elpee. On en revient à l’ascension du Mont Blanc ?

Dave : J'avais écrit cette chanson avant d’entamer cette aventure. « I Like A Mountain » n’évoque pas l’escalade d'une montagne, mais un état d’esprit. Il faut prendre ce titre au sens figuré. Mon message c’est quelle que soient les épreuves de la vie, il faut juste les affronter comme elles sont. Même si on a l’impression de devoir soulever des montagnes pour trouver une solution. J'aime cette métaphore…

Quelques mots sur le nouvel album d'Archive ?

Dave : Il s’intitule « Restriction » et on vient de publier 3 singles en même temps. C'est encore le fruit d’idées fraîches et novatrices. On a de nouveau essayé de repousser les limites. Nous avons réalisé ensemble et simultanément toute une collection de vidéos aux visuels différents. Nous allons les faire vivre. On a beaucoup expérimenté. On s’est ouvert de nouvelles perspectives. Je pense que le public va vraiment apprécier. Une longue tournée suivra. On prie pour que tout se passe bien. Je touche du bois (NDR : il joint le geste à la parole).

Antoine Chance

De Geluck à Chance, il n’y a qu’un ‘c’ de différence…

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C’est dans le cadre du Brussels Summer Fetival que nous avons rencontré Antoine Chance, juste avant le concert qu’il a accordé au Magic Mirror. Nous sommes dans les loges, devant un petit rafraîchissement. Antoine, c’est le fils de Philippe Geluck, le célèbre dessinateur du ‘Chat’. Il a la même bouille. Même calvitie naissante, même sourire enjôleur, même répartie, même bonne humeur. Et puis le mot néerlandais ‘Geluk’ ne se traduit-il pas en français, par chance ? C’est un clone presque parfait. En 2013, il assurait l’ouverture au même endroit. Aujourd’hui, il est programmé en tête d’affiche. Quel parcours accompli depuis les Nuits du Soir, auquel il avait participé l’an dernier !

C'est drôle quand même. Il y a un an pile poil, je jouais ici en première partie des Innocents et aujourd'hui, je me retrouve en tête d'affiche. Depuis, il y a eu la sortie du single et de l’album.

Il t’a fallu 10 ans avant de sortir ton premier album. Un bail quand même ?

Effectivement. J'ai développé des projets, sans forcément attendre un certain résultat. Ensuite, j’ai voulu qu’ils soient bien ficelés. Et dix ans se sont écoulés. Mais le disque a du succès. En même temps, je me sens en phase avec ce que j'ai fait. Il aurait pu totalement se planter. Alors j’aurais vraiment été mal dans ma peau. Je pense que j’aurais eu du mal à encaisser le coup. Même si je ne me serais pas entièrement remis en question. Je ne vais plus patienter 10 ans avant de graver un nouvel album. « Fou » est vraiment le premier. Si j’en sors un par décennie, je ne vais pas en enregistrer beaucoup. Et si je meurs à 81 ans, j’en réaliserai donc huit.

Peux-tu nous parler de ton parcours musical, en quelques mots ?

J'ai commencé à jouer du piano classique à l'âge de six ans. A douze, j’ai opté pour la guitare. Et j’ai délaissé le piano, avant d’y revenir vers 18. C’est à cette époque, que je suis parti étudier la musique, en Angleterre, près de Brighton. Puis, je suis rentré en Belgique et je me suis posé des milliers de questions. Envisageant alors de commencer à écrire des chansons. Je me suis lancé. Il a fallu de temps. Et le résultat est là.

Tu me fais penser à un moteur diesel, il te faut du temps pour te mettre en route…

C’est exact, j’ai un petit côté diesel.

Te sens-tu soutenu par ton label ?

Ma firme de disques est très présente et croit à mon projet. Elle m’a habitué à un gros ‘taff’ et c'est super. On bosse comme des tarés. On a bénéficié d’énormément de promo. En fait, c’est la même équipe qui me suit depuis longtemps. Et on obtient des résultats.

« Fou » est produit par Renaud Létang. Une raison ?

Je suis signé chez Mercury en France. On s'est posé la question avec mon équipe là-bas. Qui serait le gars ou la personne idéale pour assurer la production ? On est vite arrivé sur son nom. On lui a passé un coup de fil, il est venu, on s'est rencontré et tout s'est très bien passé. C'était finalement assez simple. J’ai été très impressionné, car je pensais que dans ma carrière, je ne travaillerai jamais avec quelqu'un de cette envergure. Et capable de concrétiser autant de projets qui lui plaisent. Ce qui me rassurait quand même. Je souhaitais bosser sous la houlette d’un pro qui me dise ce qui allait et n'allait pas. Et finalement si j’ai travaillé tous les jours dans son studio, j'étais parfaitement à l'aise. Renaud Létang a réussi à mettre de l'ordre dans mes idées. Il a sollicité le concours de deux musiciens de studio ; en l’occurrence Ludovic Bruni et Vincent Taeger. Qui ont abattu un fameux boulot. Le son est bon, assez brut, dépouillé. Peut-être un peu trop. Il est vrai que parfois, j’aime bien en remettre une couche. Il faut cependant savoir dire 'Stop'. Mais quelquefois, on a dit 'Stop' un peu trop tôt. Mais bon, sans quoi c’est un disque pour lequel je reste en phase. Dont je suis fier. Cependant, à la fin des sessions, je me suis rendu compte qu’il n’avait pas de fil conducteur. Que c’était une sélection de titres réalisés par une équipe. Ce qui explique pourquoi, en bout de course, on a dû mettre de l’ordre entre les bonnes idées et les moins bonnes. Et finalement, on a seulement conservé les morceaux les plus simples.

Le concert que tu as accordé à la Rotonde était blindé de chez blindé. Satisfait ? Surpris ?

Oui, c'était impressionnant. J'ai vu les vidéos, par la suite, et elles m’ont quelque peu bouleversé. Sur scène j’étais également assez ému. J'avais dur à tenir ma voix. Un tiers de l’auditoire était constitué de membres de la famille et d’amis. Sympa, car ce sont les personnes qui m’ont toujours encouragé à poursuivre ma carrière. Perso, cette date est importante et restera gravée dans ma mémoire. La salle est superbe et on peut en tirer un son impeccable. Faut dire que derrière les manettes, il y avait un expert (NDR : il s’agit de Benoît, l’ingé son de Puggy ; il n’est pas loin d’Antoine…)  

Ton planning de concerts en Belgique est bien fourni. As-tu prévu de partir à l’étranger ?

J’ai appris que Montréal se profilait ; notamment dans le cadre des ‘coups de cœur francophones’. Les Québécois ont reçu mon album ; et apparemment, ils l’apprécient. En outre, je ne connais pas le Canada et j’ai envie de m’y rendre.

Coco Royal, c'est de l’histoire ancienne ?

Pour l’instant, ce n'est plus du tout à l’ordre du jour. C'était la concrétisation de mon premier projet. On a accompli un bout de chemin ensemble et nous avons expérimenté un tas de formules. Nous étions encore à la recherche de la meilleure. Mais j’ai aussi vécu de très bons moments. Oui, en effet, j’ai mis Coco Royal, entre parenthèses…

Qui t’accompagne en tournée ?

Yannic Dupont se consacre à la batterie. Quand on s’est produit aux Nuits du Soir, c’était Ziggy de Puggy qui s’y collait. Il a un même talent. Il est cependant plus petit et affiche un physique moins suédois. On d'abord bossé en duo. C'était cool. Au départ, il est percussionniste, mais c’est un multi-instrumentiste. Il est également excellent arrangeur. Et puis, il a vraiment de bonnes idées. Geoffrey est arrivé ensuite. Il joue aussi bien de la basse que de la guitare et possède un fameux vécu dans l’univers musical. J'aime beaucoup mon groupe. On forme une belle équipe. On bosse énormément, et on s’entend très bien. Et puis, il y a pas mal de concerts. C'est vraiment chouette aussi.

Souchon et Voulzy, des références pour toi ?

Plus Alain Souchon, mais j'écoute aussi Voulzy. C'est un peu plus sucré et kitsch. J'aime bien Renaud aussi. Renaud et Souchon abordent l’écriture d’une manière totalement différente. Souchon utilise une forme poétique quand il raconte une histoire. Dans le domaine, c’est vraiment le maître. On attribue toujours la mélodie à Voulzy. Voulzy se chargerait de la musique et Souchon des paroles ? Ce n'est pas vrai ! Souchon est un grand mélodiste et j’en suis un grand fan…

Tu es très attentif au sens mélodique. Une conséquence de tes influences ?

En tout cas, c'est ce qui me préoccupe le plus. Après, je ne promets rien. J'essaye d'écrire un peu plus de textes. Et puis, je veux tout contrôler. Pour que tout soit parfait. Je suis aidé pour les textes de mes chansons. Effectivement, je passe beaucoup de temps à travailler les mélodies. C’est ce qui me passionne, en fait. De nouvelles chansons sont en chantier…

Ton single « Fou » est diffusé sur toutes les ondes. Ton nom est sur toutes les lèvres. L'année 2014 sera celle d’Antoine Chance ?

Je n’en sais rien. Ou alors, tous les gens que je rencontre sont soit des amis ou des ennemis. On me dit souvent que je cartonne et qu’on m’entend partout. Effectivement, le disque marche plutôt bien. Mais en même temps, depuis 2010, j’espère chaque fois que ce sera la bonne année. Et finalement, nous sommes déjà en 2014…

« Fou d'Amour », s'adresse-t-il à ton épouse ? Es-tu fidèle ? Es-tu un grand sentimental ?

Je ne suis pas fidèle du tout. Ainsi, elle va apprendre aujourd'hui. Je ne voulais pas lui annoncer. Je plaisante bien sûr. Oui, je suis extrêmement fidèle. Je suis plutôt un sentimental, quelque part, un romantique.

C’est la lune qui t’a inspiré pour « La Nuit Interpelle » ?

Que veux-tu que je réponde à cette question ? La  lune est toujours une source d’inspiration. Mais je n’ai jamais écrit de chanson au sujet de la lune.

Sur la nuit, oui !

« La Nuit A Ses Défauts » est une belle chanson. Je ne signe pas les textes ; mais c’est une belle chanson.

« Sur l'Asphalte » raconte ton parcours, ton histoire…

Je ne suis pas non plus responsable des paroles. En fait, c’est assez amusant, pour cette compo, j’ai envoyé à Marcel Khange, le parolier, quelques indications personnelles. Et résultat, elle colle parfaitement à mon parcours. L’autre jour, j’ai écrit le texte d’une chanson, en m’imposant de ne pas parler de ce dont je te parle ; et j'en parle quand même. Parfois, on se laisse un peu embarquer. Lors d’une émission, dernièrement, j’ai entendu Gainsbourg déclarer que c'est le mot qui donne l'idée ou l'idée qui donne le mot. Pour lui, c'est le mot qui donne l'idée. C'est donc ainsi. Chacun a sa vision des choses. Je suis assez d'accord à ce sujet.

Cette compo me fait quelque part, penser à Coldplay…

La démo, au départ, évoquait un peu Agnès Obel. Coldplay ? Peut-être. J'aimais vraiment bien. Mais aujourd’hui, c'est devenu une grosse machine. Il y a un bout de temps d’ailleurs. Ce qui est sujet à la critique, évidemment. Chris Martin est un poète. Il a quelque chose dans la voix et dans son écriture qui me touche.

« Qui c'est » adresse-t-il un clin d’œil à Bowie ?

Oui. Bowie est une sacrée référence. L'idée est venue naturellement. L'histoire de la guitare, c'est celle du batteur en studio. Il ne joue pas de guitare. Elle est drôle cette chanson. Mais au fil du temps, on l’a remaniée. Au départ, elle était plus mélo, plus Coldplay. C'est devenu un truc un peu rigolo, où on a ajouté des ‘claps’, aussi.

As-tu prévu de sortir un second single ?

Oui et c'est « Parader En Enfer ». On s’est rendu compte qu’elle avait une certaine pêche, qu’on ne retrouve pas sur disque. On l'a donc retravaillé. Pour l’adapter à la scène.

Antoine, la toile et les réseaux sociaux, est-ce important pour toi ?

Oui, très important. Essentiel, même. Je ne suis pas accro à Facebook. Mais je me suis inscrit sur des tas de réseaux sociaux. Je dispose même, depuis peu, d’un compte Twitter, que je n'utilise presque jamais.

Espères-tu décrocher un prix aux Victoires de la Musique ?

Un paquet ! Je ne sais pas… A vrai dire, l'album n’est pas distribué en France. En Belgique, on peut toujours espérer un ‘Octave de La Musique'. Peut-être…

 

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