Si les habitués ne seront pas étonnés de croiser au détour d’une nuit filante, un cachalot (« Antilopes »), des écrevisses (le sublime « Carquois »), ou des Mome Raths (l’euphorisant « Canon-Fleur »), ils frissonneront sûrement quand Nesles tombera l’un de ses masques pour se dévoiler à mots découverts. Pour solder quelques comptes au cours d’une autopsie sans concession (« Anatomie/Rien à foutre »). Pour feuilleter des albums de vacances remplis de polaroïds jaunis (« 1976 »). Ou pour marteler son manifeste artistique (« Beckett »).
Coïncidence ? Évidemment non. Beckett a choisi le français contre sa langue maternelle pour mieux s’approcher de l’essentiel. Alors Nesles fait comme le père de Malone. Car s’il chante en français, sa grammaire musicale originelle n’est pas hexagonale. Hanté par les assauts tendus du post-punk, biberonné aux vapeurs éthérées de la dream/cold/new wave, shooté aux accords écorchés des seigneurs du songwriting d’outre-Manche façon Barrett ou Drake, Nesles ne cesse de recommencer pour ne pas se répéter.
Sur cet opus, il décide de revenir aux sources : la chanson. La chanson qui doit tenir toute seule comme une grande, portée par la seule voix du chanteur et quelques accords de piano ou de guitare. La chanson qui pourra ensuite se parer de quelques atours sans perdre son intégrité. Ici, les chœurs célestes de Blaubird (« Carquois », « Anatomie/Rien à foutre ») ou les ondes harmoniques d’un synthé semi-modulaire. Là, le featuring joyeusement décalé de Dominique A (« 1976 ») ou celui vibrant de la comédienne Juliette Plumecocq-Mech (« Agfa Chromes »).
Sur « Barocco », Nesles ouvre une nouvelle brèche dans notre routine apathique et morne. En se recentrant sur ce qui l’habite, il nous invite à le suivre sur une route aussi surréaliste qu’intimiste, familière qu’étonnante. Et si sa gueule est pleine de pensées obscures et obscènes, il le sait : ‘même à la mine quelque chose brille’. Ce quelque chose, c’est souvent une chanson. Comme celles de cet opus à la beauté enivrante, bande-son idéale d’un monde lui-même sacrément baroque.
Le clip de « 1976 » est à voir et écouter là

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