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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

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Broken Social Scene

Démocratie à géométrie variable...

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La scène canadienne est en pleine ébullition : The Dears, The Stars, Metric, New Pornographers, Arcade Fire, Treble Charger, A Silver Mt Zion, Mascott, Hot Hot Heat ainsi que Broken Social Scene (NDR : et la liste n'est pas exhaustive) apportent, depuis deux ou trois ans, un véritable vent de fraîcheur à la scène musicale pop rock internationale. Le plus étonnant, c'est que la plupart des musiciens de tous ces groupes se connaissent, se respectent, s'apprécient et parfois même participent aux projets des autres formations. A l'instar d'Arcade Fire, Broken Social Scene est un des fers de lance de ce mouvement. Plus d'une dizaine de musiciens participent à ce collectif à géométrie variable, au sein duquel Brendan Canning, Jason Colett, Andrew Whiteman, Justin Peroff et Kevin Drew forment l'ossature. Kevin (NDR : chanteur/guitariste/claviériste) s'est fait le porte-parole de l'ensemble pour nous accorder cet entretien. Un personnage extrêmement sympathique, profond, humain et très lucide. Jugez vous-mêmes…

Pour Kevin, cette prolifération de groupes n'est pas tout à fait une coïncidence. Il s'explique : " Je pense qu'il souhaitaient tous cette ouverture. Nous n'avons jamais eu la volonté de vivre en vase clos. Hormis Hot Hot Heat - il pratique de la 'dance' et fait un peu bande à part - tous les musiciens se connaissent. Et forment presque une communauté. Depuis la côte est à la côte ouest. Parce que nous avons la volonté de créer quelque chose de bien, d'honnête, de grandiose. La plupart des line up comptent de nombreux membres : Arcade Fire 9 ou 10, les Dears 6 ou 7, les Stars 6, et nous plus d'une dizaine. Qui se défient et se respectent. Le but étant de se surpasser. Et de surpasser les autres. D'être compétitif. On apprécie énormément ce que réalisent les autres. Et on aime assister à leurs concerts. Entrer en communion avec eux. Et quelque part on se soutient. Pour une fois que notre pays décroche cette forme de reconnaissance on ne va pas s'en plaindre… " Curieusement, il n'existe aucune corrélation entre la scène anglophone et francophone au Canada. Kevin se justifie : " Ce sont deux mondes différents. Je ne connais aucun groupe francophone au Québec. Je pense que la sensibilité musicale y est plus proche de celle des Européens. Je n'y ai jamais prêté attention. D'ailleurs, je ne comprends pas la langue française… "

Chez Broken Social Scene, le nombre de musiciens est très variable. Un collectif à géométrie variable ! Kevin n'avait jamais entendu une formule pareille, mais il acquiesce : " C'est la première fois qu'on me fait une semblable réflexion. Il est vrai que le groupe change constamment. Et que l'absence ou la présence d'un musicien influe sur les compositions. Particulièrement en 'live'. " Un collectif au sein duquel règne une véritable démocratie. La patience, la tolérance et le compromis sont d'ailleurs des valeurs cultivées chez B.S.S. Pas tout à fait comme en politique. Kevin s'explique : " Nous essayons de faire en sorte que tout le monde puisse exprimer son opinion. La présence de chaque membre est indispensable. Beaucoup de formations dépendent d'un leader. Nous en comptons plusieurs. Il n'existe pas de dictature chez B.S.S. Le départ ou l'arrivée de musiciens ne pose aucun problème. Parce que tout le monde contribue de manière égale. Et la rétribution financière est partagée de manière équitable. Un équilibre qu'on essaie de préserver par respect mutuel. Ce n'est pas toujours facile, mais tout le monde met de l'eau dans son vin. Ce n'est pas comme en politique… " Un véritable challenge, lorsqu'on sait que tous les membres du groupe participent à la composition. On se demande d'ailleurs comment ils parviennent à composer une chanson, sans sombrer dans l'anarchie. Kevin éclaircit la situation : " Ce travail s'effectue le plus souvent lors de l'enregistrement. Certains arrivent avec des accords, d'autres avec des chansons. Et l'élaboration des compositions germe en studio lorsqu'on est ensemble. Pour l'album ‘You forgot it in people’, on a véritablement squatté le studio. Un jour un des musiciens se pointe. Et on travaille avec lui. Le lendemain, c'est un autre. Et on remet le couvert. Une chanson est un cadeau. Quelque chose qui nous grandit. Elle est le fruit d'un partage… " Cet opus a été produit par un certain David Newfeld. Un type complètement fêlé, suivant les déclarations des membres de B.S.S. Ce qui méritait une explication. " En fait, c'est parce qu'il a un grand cœur. Il est incapable de s'arrêter de travailler. Il bosse comme un malade. Il ne prend même pas le temps de manger. Il recommence 100 fois la prise avant de choisir celle qui lui semble la plus potable. Il n'est jamais satisfait. Un gars intelligent. Un cerveau ! Intelligent mais sensible. Un type adorable ! "

Pour Kevin, la musique contemporaine ne propose plus rien d'original ou de différent. Pour lui, tout a déjà été fait. Seule la présentation change. Mais à ses yeux (NDR : et à ses oreilles) cette situation n'est guère importante : " La scène contemporaine est en perpétuel mouvement. Des nouveaux groupes se forment tous les jours. Il existe plein de Led Zeppelin et de Beatles en herbe actuellement. Mais aussi plein de belles choses. Il ne faut pas constamment regarder dans le passé. Et si tout à été fait des milliers de fois, il y a toujours moyen de découvrir quelque chose de bon et il y a toujours quelqu'un de prêt à s'y consacrer. Maintenant, il faut être fou pour affirmer que les influences n'existent pas. Quoiqu'il arrive tout est influence… " Kevin a des goûts très éclectiques. Il apprécie aussi bien Dinosaur Jr, Tortoise, Modest Mouse que Polyphonic Spree. Mais un musicien a exercé une fascination particulière chez Drew : Jeff Buckley. " Je l'ai découvert à la radio. J'ai alors appris que son album était sorti depuis plus d'un an. J'ai rencontré son groupe. De braves gars ! J'appréciais tout particulièrement l'aspect dramatique de sa voix. J'ai assisté à ses concerts à 4 reprises. Trois fois à Toronto et une fois à Londres. Lorsque j'ai appris la nouvelle de sa disparition, j'ai été bouleversé… Eddie Vedder a également influencé un grand nombre de formations sur cette planète. Sa voix est juste et empreinte de passion. Ce sont des artistes qui comptent dans l'univers de la musique… " Notre interlocuteur est, par contre, agacé par la musique consensuelle : " Je n'aime pas citer de noms, parce qu'en général, ce sont des personnes sympathiques qui jouent cette musique de merde. Je ne comprends pas comment on peut écouter des trucs pareils. Je la déteste parce qu'elle reproduit toujours les mêmes paroles, les mêmes rythmes, les mêmes clichés. Maintenant, il est vrai que si elle n'existait pas nous ne serions peut-être pas aussi bons… "

Kevin a également une vision très sagace sur les questions sociales et politiques. Et lorsqu'on lui reparle des dernières élections présidentielles américaines, c'est un peu comme si on retournait le couteau dans la plaie. " On assiste au retour des principes établis au cours des années 50 : noir/blanc, bon/mauvais, gauche/droite. C'est manifestement un recul de la société. J'ai l'impression que le gouvernement en place cherche asseoir ses idées. A fixer des interdits. A te forcer la main. Pas qu'on veuille te voler tes opinions, mais on te les impose sous une forme légale. L'étiquette de l'écolier blanc hante à nouveau les esprits. Elle vous dicte la façon dont vous devez regarder les événements, la manière dont vous devez les vivre (NDR : le WASP !) Un phénomène qui s'est immiscé dans les foyers, les familles. Sans qu'ils ne s'en rendent compte. A la limite, on te menace de l'enfer si tu n'obéis pas à ces principes. Et chez les personnes crédules, ça marche ! Le message de Broken Social Scene va à contre-courant. Dénonce ce diktat. De quel droit peut-on décréter que telle ou telle chose est bien ou mal. Cherche à éveiller les consciences. Même si ce travail de sensibilisation n'est pas facile. Lorsqu'on monte sur scène, notre discours interpelle. Nous voulons être les gardiens de la conscience éveillée. Nous ne voulons pas dicter cette prise de conscience. Notre musique est très politisée. Qu'est ce qui est bien, qu'est ce qui est mal ? Aux States, le système répond à votre place. Au Canada, la pensée est moins conservatrice, plus libérale. Nous essayons de secouer les gens. Réagir face à la pensée unique. Combattre la pensée discriminatoire. Régénérer, réoxygéner le cerveau des jeunes au bord de l'asphyxie. Leur injecter du nouveau sang. C'est la raison pour laquelle nous faisons de la musique. On y met du sens. Le lendemain d'un concert, ils ne vont peut-être plus le ressentir, mais ils ne vont pas l'oublier… "

Depuis la fin de la guerre en Irak, les Américains doivent se poser des questions. Il y a eu plus de morts de soldats yankees suite aux attaques terroristes que lors du conflit. L'Amérique profonde devrait quand même réagir. Ne plus nécessairement partager les opinions de Bush. Craindre le spectre d'un nouveau Vietnam. Kevin réagit : " Je m'attendais à la question ! En Irak, c'est un bordel inimaginable. Il faut savoir que tout le monde ne partage pas l'opinion de Bush. Mais Bush parle tellement fort, qu'on n'entend que lui. Malheureusement, il est occupé de détruire son pays. Un beau pays comme les Etats-Unis. Je ne crois pas qu'il faille blâmer les Américains. Il y a des tas de gens qui veulent faire entendre leur voix aux States, mais ils sont battus par ceux qui ont plus d'argent qu'eux. En outre, les médias font le jeu de la politique en place. Les Européens ont une vision très stéréotypée des Etats-Unis. Il faut s'y rendre pour mieux comprendre sa population. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait inverser le cours les choses ; car il existe deux systèmes de pensée qui cohabitent. Tu choisis ton camp : soit tu optes pour le diable, soit tu crèves. Que choisir ? Personne ne sait ! Tout ce que je peux dire c'est qu'il y a des tas de gens qui boivent les paroles de ces barjots… Plus personne n'a d'opinion. Notamment les jeunes. Tout va trop vite. Il y a le SIDA, Internet, etc. Plus rien ne dure. La sécurité n'est même plus assurée. On en arrive même à donner de l'argent aux pays en voie de développement - et ce n'est même pas sûr que ta participation arrive à destination - tout en buvant du coca-cola et en consommant du porno. Cela n'a pas de sens. C'est comme dans le domaine de l'éducation. Comment éduquer tes enfants lorsqu'il n'existe plus de repères ? J'en reviens à ton allusion au Vietnam. En parler à nos parents. Pas la peine d'y penser. Aborder le sujet de la deuxième guerre mondiale en compagnie de nos grands-parents ? C'est toujours aussi tabou ! Et en Europe, c'est pareil. C'est même offensant ! Faut faire gaffe à ce qu'on dit. Maintenant, les Européens ont beau jeu de critiquer la politique menée par les Américains, ils traînent également leurs casseroles. Si je viens en Belgique pour parler du génocide au Rwanda, je vais être bien reçu. Et en Allemagne pour soulever la question de l'Holocauste, tu peux imaginer le tableau. Tous les pays concèdent un lourd héritage au passé, et je ne me permettrai jamais de hiérarchiser les tranches de l'histoire. Je ne suis pas ici pour cette raison, mais pour vivre et exister. Pas refaire le monde… "

Broken Social Scene vient d'enregistrer deux nouveaux albums. Mais pas moyen d'en savoir davantage. C'est top secret ! Par contre, Kevin confirme que tous les musiciens du groupe bossent sur leurs projets personnels : Apostle of Hustle, Do Make Say Think, etc. Il a même l'intention de concocter un album solo. Et de conclure " On n'arrête jamais. C'est infernal ! On a tellement de boulot qu'on a même plus le temps d'accorder ces putains d'interviews au cours desquelles on peut parler de nos aïeux ou des Beatles. D'essayer de vivre, d'exister. De se donner du bon temps… "

Merci à Vincent Devos

 

Machiavel

On a enterré la hache de guerre...

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Si Machiavel a été marqué en 2004 par la disparition d'Albert Letecheur, c'est également l'année au cours de laquelle la formation s'est consacrée à l'écriture et à l'enregistrement d'un nouvel album. Un disque qui vient juste de sortir. Son titre ? " 2005 ". Marc Ysaye, André Borbé, Roland De Greef et Thierry Plas sont toujours de la partie. Et puis surtout Mario Guccio, autour duquel le line up s'est recentré. Thierry, le guitariste, commente le nouvel album d'un groupe qui reste un phénomène en Belgique francophone...

L'album s'appelle " 2005 "? Pour bien dire qu'il est actuel?

Oui, Ces derniers temps, à chaque fois que nous avons sorti un nouvel album, notre firme précédente en a profité pour sortir un best of ou un coffret... Donc, on a choisi " 2005 ", d'autant que ce disque marque un certain tournant dans notre carrière, dans nos vies, dans nos affaires personnelles.

Ah oui, ça veut dire quoi, ça?

Que certaines 'guerres' sont passées. On a tous entre 40 et 50 ans. On n'essaie plus de faire passer l'ego en premier. On a retrouvé une unité. On n'a pas fait une thérapie de groupe, mais on s'est en quelque sorte assis par terre et fait un pow-pow.

Pour décider quoi?

De faire un album fort basé sur les mélodies. Et pour y arriver on a écouté Mario, le chanteur. C'est normal que ce soit lui qui s'occupe vocalement du bazar! On s'est concentrés autour de son travail.

Ce n'était pas le cas avant?

Disons qu'on a chacun nos vieux démons. Mario est sicilien. Pour une raison ou une autre. Moi, par exemple, j'ai toujours été réfractaire aux mélodies disons napolitaines. Mon démon à moi, c'était peut-être assouvir mon trip 'Etre Jimmy Page à la place de Jimmy Page'...

Vous parliez aussi de tournant dans vos affaires personnelles. Vous parliez aussi de votre vie privée?

En ce qui me concerne, je ne suis plus avec Dani (NDR : Dani Klein, la chanteuse de Vaya Con Dios). On s'est quittés en excellents termes. Elle reste dans mon cœur et dans ma tête. J'ai d'ailleurs participé à la confection de son dernier album.

Combien de nouveaux CD Machiavel parvient-il à écouler?

Un peu moins de 10.000 pour le précédent. Nous ne sommes pas un groupe à la mode qu'il faut absolument acheter... Ce qui n'est pas vraiment grave. Même si notre public est plus âgé, nous ne sommes pas à l'abri du phénomène des CD gravés... C'est sur scène que nous devons convaincre les gens de ne pas graver mais d'acheter nos disques.

Le DVD, c'est pour quand?

On n'en est pas encore tout à fait là. D'autant qu'on n'a jamais été le genre de groupe qui fonctionne avec des subsides culturels. On a toujours tout financé de nos propres deniers...

Hard-Fi

On perd son âme dans un grand studio...

Écrit par

Hard-Fi est un quatuor issu de la banlieue ouest de Londres. De Staines près de Heathrow, très exactement. Un patelin qui n'a rien de bien excitant, puisqu'on n'y trouve pas de pub décent, pas de magasin de disques, pas de salle de concert, pas de discothèque, pas de boîte de nuit, pas de bonne librairie, pas de magasin de vêtements pour jeunes. Pas de bus ni de train de nuit. Même le week-end. Aussi si vous voulez vous rendre dans la capitale londonienne, pas de problème. Mais pour en revenir, vous avez tout intérêt à ne pas manquer la dernière correspondance. Bref, c'est dans ce trou perdu qu'est née cette formation. Avec la volonté de s'en sortir. Parce que la musique est la seule alternative pour les jeunes qui veulent échapper aux petits boulots minables. Après avoir commis un mini elpee, Hard-Fi vient d'enregistrer son premier véritable album : " Stars of CCTV ". Richard Archer, le chanteur/lyriciste, nous a confié tout ce qu'il avait sur le cœur…

En parlant tout d'abord de Staines : " Comme dans toutes les banlieues des métropoles, les choses intéressantes sont récupérées par la cité. Et Staines ressemble à toutes les autres villes de banlieue. C'est suffocant. On s'y emmerde, mais on y a des amis. J'ai toujours eu une relation amour/haine avec elle. Et si de nombreuses chansons sont le produit de cet environnement ; elles le sont de manière générale et pourraient facilement correspondre à d'autres bleds du style. En fait, elles traitent plutôt d'une volonté de fuir cette fatalité. Ce quotidien. Afin de trouver quelque chose de plus enrichissant. Bien sûr, si nous n'avions pas été de cet endroit, nous n'aurions sans doute pas concocté ce type d'album. Ceux qui y vivent se sont reconnus immédiatement. Parce que le son est très particulier. " Pourtant, en signant chez Atlantic, le groupe disposait d'un budget conséquent susceptible de lui permettre d'enregistrer dans des conditions bien plus professionnelles ; mais il a préféré le réaliser dans le studio de leur quartier : le Cherry Lips. Archer se justifie : " Lorsqu'on a commis notre Ep, 'Cash machine', c'est ce son si particulier qui faisait notre originalité. Aussi nous craignions qu'en changeant de studio, on changerait de sonorité. Nous y ressentons les bonnes vibrations et puis il y existe une ambiance comme nulle part ailleurs. C'est beaucoup plus convivial que dans un grand studio. Et moins anonyme. Tu as le sentiment que le son reste brut. Qu'il n'est pas poli. On aurait pu se permettre d'aller dans un studio réputé ; mais pourquoi changer lorsque tu es satisfait du résultat ? On perd son âme dans un grand studio. Et pour nous le résultat obtenu est bien plus important que le budget accordé. Tu n'as pas besoin de millions de livres pour réaliser un disque (NDR : lors d'une interview accordée à un magazine britannique, Richard avait même déclaré que par rapport à celui de Coldplay, leur budget était celui d'un yoghourt macrobiotique ; ce qui a bien fait rire notre interlocuteur). Aujourd'hui tu peux l'enregistrer sur un PC, et même le mettre à disposition sur Internet ". Ce qui n'empêche pas la formation d'être ambitieuse. Richard confirme : " Ce n'est un secret pour personne que nous voulons avoir du succès. Mes parents m'ont transmis un message : celui d'aller de l'avant. Ne pas se morfondre. On avait un choix : persévérer dans la musique ou nous contenter de boulots de merde. Comme mes parents ont toujours accomplis. Mais pour y parvenir, il faut être original. Ne pas faire ce que les autres font… "

Dans ce contexte, vous imaginez bien que les lyrics ont une grande importance chez Hard-Fi. On pourrait même ajouter que leur démarche est plus rock que pop. Richard nuance : " Pour moi la pop n'est pas un genre musical. Elle peut alimenter, simplement, une chanson rock qui interpelle. Une chanson rock ne devient pas pop lorsqu'elle s'adresse à un public plus large. L'important, c'est qu'elle garde ses racines. 'Rock the Cashbah' du Clash est toujours une chanson roots. Mais beaucoup de gens se retrouvent dedans. Le rock et le folk sont des musiques du peuple ". Rock, pop ou folk, une chose est sûre : Hard-Fi est aussi bien capable de briller dans l'univers de l'underground indie que dans les charts. Richard donne un début d'explication : " C'est peut-être parce qu'on écrit de bonnes chansons. Au cours de notre jeunesse, nous jouions un peu tous les styles en compagnie de nos amis : du punk, de la house, du rock, de la soul,… Nous interprétions aussi bien du New Order, du Beyoncé que du Jacky Wilson. Mais tout en demeurant ouverte, notre démarche demeurait fondamentalement insulaire. Un aspect très british que nous avons voulu styliser chez Hard-Fi. Lorsqu'on s'engage dans cette voie, il y a beaucoup de substance. Inévitablement, tu arrives à la chanson pop. Un peu à la manière de Police, de Blondie, des Stones ou du Clash. Lorsque la mélodie accroche et que ça marche, la réaction des gens est identique dans tous les pays du monde. Je chante les choses de ma vie. Mais à partir du moment où la chanson devient populaire, la chanson ne t'appartient plus. Elle fait partie d'un patrimoine mondial… "

On y arrive. Les musiciens de Hard-Fi sont de grands admirateurs du Clash. Contempo, le groupe au sein duquel sévissait autrefois Richard, avait même reçu le concours de Mick Jones, à la production. Richard réagit : " Nous ne jouons pas du Clash. Nous avons joué un titre avec Mick Jones lors d'un spectacle. Cependant, il est exact que nous sommes tous de grands fans de ce groupe. En quelque sorte, nous ajoutons notre touche personnelle à un concentré de 25 ans du Clash. Nous ne regardons pas dans le passé. Nous nous comportons comme si le Clash faisait toujours partie de la scène contemporaine. Ce n'est pas une démarche passéiste. " En quelque sorte, Hard-Fi pourrait être à la classe ouvrière ce que les Libertines sont aux poètes sous influence. Richard nuance : " Possible, mais nous ne nous considérons pas uniquement comme un groupe déterminé à représenter la classe ouvrière. Nous nous adressons à un public hétéroclite, ayant vécu des tas d'expériences dans la vie. Nous sommes fondamentalement ouverts, même si ce n'est pas l'objectif premier. Nous ne sommes pas un groupe britpop, mais une formation qui véhicule un message universel. "

CCTV est le circuit de vidéo surveillance installé dans les rues de Londres. C'est ce qui a permis à Scotland Yard de retrouver la trace des terroristes lors du dernier attentat perpétré par les intégristes. Mais ce système soulève également la polémique. Pas seulement parce qu'il remet en cause le respect de la vie privée ; mais parce que - suivant ses censeurs - il est le responsable de nombreuses dérives dans la lutte anti-terroriste. En choisissant 'Stars of CCTV' pour titre de leur album et comme morceau maître, Hard-Fi ne cherche-t-il pas à vilipender l'administration Blair ? Richard nuance : " Nous ne visons par spécifiquement Blair. Vous avez certainement déjà entendu parler que des choses extraordinaires se produisent en Angleterre. Mais pour le petit peuple, rien n'a changé. Suffit de regarder son voisin pour s'en rendre compte. Le but est de demander aux politiciens de se reconnecter avec les gens. De faire face aux problèmes. De ne plus nous raconter des bobards. Je ne me souviens plus lorsque Blair a été élu pour la première fois, mais je me rappelle que c'était excitant. Un jeune mec parlait d'opportunités pour tout le monde. A l'époque, je me disais que c'était génial. Mais finalement, tout n'est que big business. Que ce soit de droite ou de gauche… " Autre chanson qui suscite la polémique dans les familles de l'Albion : 'Middle Eastern holiday'. Elle évoque le drame de la disparition de policiers britanniques lors de la dernière guerre en Irak. Richard confesse : " Des jeunes compatriotes ont été tués à Bassora. Ils avaient autre chose à foutre que se faire tuer là-bas. A cet âge, tu penses à sortir, à t'amuser, à danser, à draguer les filles… J'aurais pu être à leur place. Et ce drame me permet de regarder les événements avec un certain recul. Donc, c'est une espèce de monde parallèle au sein duquel tu mets de chaque côté de la balance Grande Bretagne et Irak, paradis et enfer. Et tu remercies Dieu que ce n'était pas toi la victime… "

Les musiciens apprécient tout particulièrement Lee Scratch Perry, New Order, Happy Mondays, Massive Attack et puis surtout les Specials. Richard confirme : " C'était un des premiers ensembles multiraciaux. A cette époque, cette situation était assez extraordinaire. Importante d'un point de vue musical, mais aussi sociopolitique. Nous avions effectué quelques répétitions en compagnie de Jerry Dammers que l'on considère comme un héros ; et nous devions enregistrer un titre ensemble. Pour un spectacle qui s'intitulait 'Love Music Hate Racism show'. Mais malheureusement, nous n'avons pu y participer (NDR : et pour cause, c'est à cette époque que la mère de Richard est décédée) Bien qu'appréciant le Clash, le groupe n'interprète pas de titres du mythique combo 'live'. En répétition uniquement : 'London Calling', 'The Guns of Brighton', notamment. Mais pas sur scène. Enfin, pas pour l'instant… " A contrario, Hard-Fi a repris le 'Seven nation army' des White Stripes. Richard avoue : " C'est exact. Pour nous cette chanson est devenue un classique. On l'a d'abord reprise en 'répète' et on la sentait bien et puis on avait la certitude qu'on pourrait en faire une version épatante. Nous ne voulions pas en faire un clone, mais ajouter une touche très personnelle. Et finalement le public l'apprécie beaucoup. C'est un moment important de nos prestations 'live'… "

Merci à Vincent Devos

 

Archive

Archive en pleine lumière !

Écrit par

Sans verser dans le tragique à deux balles, on peut dire que le futur d'Archive semblait relativement compromis, suite au départ du vocaliste Craig Walker. On connaissait l'importance que celui-ci avait prise au sein de ce groupe qui, en quelques années, est passé par toutes les couleurs (musicales, s'entend !). Heureusement, et le nouveau cd « Lights » est là pour le démontrer, il n'en est rien. Au contraire même, le collectif Archive, recentré autour du noyau initial Darius Keeler / Danny Griffiths, semble se porter mieux que jamais et son nouvel album n'est vraiment pas loin d'atteindre les sommets d'un « You All Look The Same To Me ». En plein forme et de passage à Bruxelles, Danny Griffiths nous confirme d'emblée qu'Archive n'est pas mort, très très loin de là même…

Non, nous n'avons jamais pensé à arrêter le groupe après le départ de Craig. D'ailleurs pourquoi aurions nous dû le faire ? Depuis que nous avons lancé le groupe (NDR : il y a douze ans déjà !), nous avons toujours travaillé en compagnie de personnes différentes ; et il ne fait aucun doute que c'est ce que nous continuerons de faire. Archive n'est pas la propriété créative d'une seule, ni même de deux personnes. Nous fonctionnons même de manière complètement opposée à ce concept. Nous sommes très ouverts et tout ce qui peut apporter quelque chose de vraiment positif au groupe est le bienvenu.

C'est clairement le cas de Pollard Berrier, ex-vocaliste au sein du groupe autrichien Bauchklang, un jeune type originaire des USA et dont les prestations vocales sur « Lights » sont remarquables…

Je trouve aussi. Ceci dit, Dave Penney et Maria Q sont excellents, également, sur certains titres de l'album. Mais il est vrai qu'avec Pollard on s'est vraiment trouvés très très vite et c'est réellement de ce genre de symbiose, de déclic dont profite Archive pour avancer au niveau créatif.

Sans faire de mauvais jeu de mots, « Lights » est un album sensiblement plus lumineux que ses prédécesseurs.  Vous avez voulu tabler sur le contraste ?

Nous souhaitions en tout cas proposer un album plus positif, plus clair que « Noise » et notre cd « Unplugged ».  Sur ces deux disques, nous avons bien abordé le côté tortueux et sombre d'Archive. Il aurait été inutile, je pense, de pousser le bouchon encore plus loin. Pour « Lights », nous voulions laisser s'exprimer à nouveau la dynamique, l'énergie positive qui est aussi en nous, forcément. Pollard nous a bien aidé à y parvenir.

Il y a tout de même encore des moments très profonds, intérieurs et mélancoliques sur l'album ; comme la plage titulaire, longue de plus de dix-huit minutes ou le « I Will Fade », magnifiquement chanté par Maria Q.

Bien sûr, mais d'un autre côté, il y a de nombreux titres plus pop, plus toniques (comme la plage initiale « Sane », par exemple), et ils confèrent une coloration très contrastée à l'album, c'est vrai. « Lights » est un cd qui nous a autorisé à expérimenter pas mal de choses ; mais aussi imposé de travailler parfois sur des bases inconfortables.  Nous avons eu du mal à élaborer de vraies compositions au départ de certains rythmes. Mais c'est ce qui a, aussi, rendu l'exercice intéressant. En tout cas, on a pris un sacré pied en bossant sur l'album.

Vos textes restent, globalement, assez troublés, tristes parfois…

C'est vrai. Les chansons de l'album sont, pour la plupart, des petits témoignages des comportements des gens, dans des domaines divers. Leurs actes, leurs sensations, leurs états d'esprits sont abordés de manière très naturelle ; sans voyeurisme mais sans complaisance non plus. L'expression était notre priorité ; ce n'était pas un travail sociologique.

Comme toujours, il y a un côté visuel très imposant et complémentaire aux (magnifiques) mélodies…

Exact. Mais nous-mêmes fonctionnons ainsi. Quand on travaille sur des chansons, on voit des images qui vont avec. C'est une dimension qui nous attire beaucoup et qui donne, je pense, plus de relief encore à nos compos.

Est-ce la raison pour laquelle quelqu'un comme Luc Besson vous a proposé de travailler sur la bande son de 'Michel Vaillant' ?

Sans doute, oui. Cet exercice a été intéressant pour nous. Ce fut un bon apprentissage, en fait, de travailler en fonction d'un certain contexte ; de devoir observer une discipline. Jusqu'alors nous avions toujours bossé de façon très libre. On aimerait bien refaire quelque chose du genre mais pour un meilleur film, si possible… (il rigole)

Vous vous lancez dans une vaste tournée. En ce qui nous concerne, vous participerez à différents festivals cet été, en Belgique, et puis on vous retrouvera aussi en salle, le 6 octobre à l'Ancienne Belgique de Bruxelles.

On se produira au festival de Dour et puis aussi à l'Octopus festival, en effet. On participera à toute une série de festivals cet été ; un peu partout. On apprécie ce type d'exercice. Plus tard, vers l'automne, on accomplira une tournée des salles. Ce sera la plus longue qu'on ait entreprise. On est ravis. On a une pêche d'enfer et une envie furieuse de la partager… 

Catherine Feeny

Séduction: mode d'emploi

Écrit par

Originaire des plaines de Pennsylvanie, Catherine Feeny revient en Belgique pour nous présenter « Hurricane Glass », son deuxième album. Cette fois, la charmante demoiselle dépasse les clichés associés à l'imagerie du folk. Désormais, Catherine Feeny n'est plus seul avec sa guitare. Accompagnée de ses musiciens, elle nous livre un disque fragile, à classer entre Norah Jones et Joni Mitchell. Attachée à la Belgique par d'inextricables liens, Catherine Feeny n'a donc pas terminé de séduire son auditoire... 

Quelles sont les principales différences entre ton premier album et « Hurricane Glass » ?

Il y a énormément de différences. Mon nouvel album jouit d'une production plus fouillée. Ces deux disques correspondent à deux expériences fondamentalement différentes. Sur mon nouvel album, il y a davantage de variations entre les chansons. Ainsi, nous avons opté pour l'utilisation de plusieurs instruments afin de créer des ambiances éclectiques. Mais si quelqu'un me demandait de choisir entre mon premier album et « Hurricane Glass », je me contenterai de lui répondre par cette question : « Quelqu'un vous a-t-il déjà demandé de choisir entre vos enfants ? ». Pour l'instant, j'accorde peut-être plus d'importance à « Hurricane Glass ». Pourquoi ? Essentiellement, parce qu'il s'agit d'un tout nouvel enregistrement : un disque dans lequel je me suis fortement impliquée et ce, à tous les niveaux de la prise de décisions. 

En prenant une tournure plus orchestrée, ton nouvel album s'éloigne des clichés associés à la musique folk. Etait-ce ta volonté de départ ?

Sur « Hurricane Glass », les chansons sont plus lyriques, moins orientées vers la musique folk. Quand j'ai composé mon premier album, il n'était pas impératif de réaliser un album folk. Au final, le disque s'est ancré dans la tradition de ce genre musical car, à l'époque, nous nous étions limités à des choses rudimentaires. La simplicité dans l'instrumentation et dans la production a dessiné les contours d'un enregistrement typiquement folk. Avec du recul, je dois admettre que les chansons du premier album sont moins contemporaines, l'orchestration est dépouillée. Je ne rejette pas les ambiances folks sur « Hurricane Glass ». Mais on y retrouve un côté plus moderne. Ce qui explique sans doute cette dissipation du folk... Pourtant, il est toujours bien présent.

Ton nouvel album a été mixé par Dave Way. Par le passé, il a travaillé avec Sheryl Crow, Fiona Apple, Macy Gray et Paul Mc Cartney. Cette collaboration a-t-elle changé ta propre façon de travailler ?

Pas dans ma façon de composer puisque le mixage des chansons intervient toujours dans les dernières étapes de la création discographique. Néanmoins, je pense que son apport a été essentiel dans la tenue définitive de certaines chansons. Dave Way a apporté un regard extérieur, une indubitable fraîcheur. C'est un expert du son. Et puis, c'est fascinant de le voir à l'œuvre. Quand d'autres professionnels essaient de vous faire converger vers un son déterminé, Dave Way ne modifie pas l'essence première de votre son. Il ne tente jamais de changer l'image associée à votre musique. Il a un sens incroyable du détail ! 

Tes chansons parlent des gens, évoquent les aléas des relations humaines. Pourquoi fais-tu de ces thèmes ton sujet de prédilection ?

J'ose espérer qu'en vieillissant, mes textes prendront une nouvelle tournure. Il faut pouvoir évoluer, c'est important. Mais les relations humaines sont interdépendantes de la vie. Et, en ce sens, je n'arrêterai jamais d'écrire sur les relations humaines. Elles présentent tant de facettes différentes qu'il me semble impossible d'épuiser cette thématique. Parler des gens, des liens qu'ils entretiennent entre eux, c'est une part non négligeable du quotidien de chacun. Ne pas en parler me paraît impossible...

Doit-on chercher une signification dans l'intitulé de « Hurricane Glass » ?

« Hurricane Glass » renvoie l'auditeur à quelque chose de très doux. Nous cherchions un titre marquant. Un « hurricane glass » est une sorte de verre à cocktail. Ce verre ne présente pas la même taille que les autres verres, il est très différent. Ce verre, c'est aussi notre carapace, l'obstacle qui protège notre cœur et nos rêves du monde extérieur. Il est très difficile de trouver un titre adéquat à son album. Ce choix doit faire l'objet de multiples discussions et de nombreuses propositions.

Tu es américaine. Pourtant, tu joues régulièrement en Belgique. Comment expliques-tu ce lien particulier avec notre pays ?

La Belgique a été le tout premier pays européen à accorder une attention particulière à ma musique. J'explique très difficilement l'engouement suscité par ma musique en Belgique. C'est assez particulier et symptomatique de la configuration de votre pays. Ma musique plaît essentiellement à la partie francophone du pays et ce, sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi. En Wallonie, les gens semblent plus sensibles aux voix féminines. Vos radios passent mes chansons, les quotidiens nationaux me proposent des interviews. C'est un peu surréaliste... Aux Etats-Unis, ma musique ne touche qu'une minorité de mélomanes, essentiellement dans la région de Los Angeles. Dans mon cœur, la Belgique restera toujours le premier pays à être venu vers ma musique. C'est une relation très forte, toujours plus intense...

Ta musique se veut intimiste. Pourtant, tu ne joues pas que dans des petits clubs. Il t'arrive de jouer en plein air lors des festivals d'été. Quel est le lieu idéal pour la musique de Catherine Feeny ?

J'aime me produire dans les salles de concerts. Mais l'idée de focaliser l'attention des festivaliers ne me déplaît pas. Dans les deux cas, le partage de la musique est essentiel. A première vue, l'atmosphère de mes chansons se prête mieux à l'ambiance des petits clubs. Je me sens à l'aise quand je joue dans ces endroits. Mais cela ne veut pas dire que c'est mieux ! En jouant, j'essaie toujours de captiver mon auditoire et ce, aussi bien en salle qu'en plein air.

 

 

Tool

Tool : intense et magnétique !

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La principale qualité de Tool procède de sa capacité à rassembler en un seul groupe un nombre considérable d'approches musicales et d'éléments sonores divers qui lui confèrent une identité aussi étendue qu'impressionnante. Au gré de ses albums, on le découvre successivement alternatif, sombre, trashy, complexe, pointu, esthétique, progressif, mélodique, percutant, visuel, aéré,... Et si on doit le rapprocher à des références connues, on pense à King Crimson (dont Maynard Keenan, le mentor du groupe est d'ailleurs un fan avéré) ; mais aussi à Jane's Addiction pour le côté troublé, ainsi qu'à Korn pour les aspects métalliques épais et noirs qui nappent le tout. Ce qui explique peut-être pourquoi, à sa façon et sans faire énormément de remous, Tool parvient à captiver autant de monde et à créer, à chaque sortie d'album, une saine curiosité et une sensation d'urgence. Et probablement également pourquoi il vend autant de disques ; même si ceux-ci sont livrés avec énormément de parcimonie : quatre albums en treize années de carrière, ce n'est tout de même pas un rythme frénétique (en fait, Tool a sorti un nouveau cd tous les cinq ans depuis « Aenima » en 1996). Lors d'un récent passage de Tool à Luxembourg, Justin Chancellor, le bassiste du groupe, nous a confirmé :

Nous tournons beaucoup. Cela prend du temps. Et nous ne sortons un album que lorsque nous en sommes vraiment satisfaits. L'important pour nous n'est pas d'être présents coûte que coûte mais d'apporter quelque chose et de concocter des disques qui valent la peine d'être entendus.

Et vus aussi ! « 10.000 Days », votre dernier cd, est un véritable modèle à ce propos (NDR : on raconte même que le groupe a poussé l'industrie du disque dans ses derniers retranchements pour fabriquer un boîtier de cd aussi magnifique que complexe. Rien que sa paire de lunettes intégrée et son feuillet peuplé de magnifiques images à découvrir en 3D valent le coup d'oeil). Souhaitiez-vous voulu marquer les esprits ?

On cherchait surtout à proposer autre chose que nos têtes pour illustrer le disque ! Non, sérieusement, on a voulu créer à travers ce digipack, une sorte de relation particulière avec la musique, via une expérience visuelle sensiblement élaborée et fine. En réalité, c'est Adam (Jones, le guitariste du groupe) qui a imaginé ce concept (il est d'ailleurs crédité en tant que 'art director' pour l'album). Nous avons toujours eu, néanmoins, un penchant pour les côtés visuels associables à notre musique. L'un de nos plus grands souhaits est d'ailleurs d'avoir, un jour, l'occasion de travailler sur une bande son pour un film. Je pense que ce serait un exercice très intéressant pour le groupe.

Revenons en à la musique : comme toujours, vous avez enregistré un disque à la fois conforme à ce que l'on peut attendre de vous ; c'est-à-dire susceptible d'aller plus loin et destiné à surprendre ; mais également hors normes dans la mesure où ce que vous jouez ne peut l'être que par Tool et ne s'entend que grâce à vous...

L'essentiel pour nous, quand nous travaillons sur un nouvel album, est de pouvoir matérialiser ce que nous avons en tête et qui est le résultat, à la fois de ce que nous avons appris et de ce que nous avons envie de découvrir et de développer. C'est la raison pour laquelle « 10.000 Days » est aussi bien un album qui contient quelques bases de Tool entendues sur les premiers albums ; mais aussi des éléments différents, dans la mesure où nous avons pu oeuvrer dans de très bonnes conditions, entre nous, et que cela a certainement favorisé le foisonnement d'idées. Nous étions tous dans un excellent état d'esprit, lorsque nous avons élaboré l'album ; et la communication au sein du groupe n'a jamais été aussi bonne...

« 10.000 Days » est un disque très intense...

C'est un bon terme pour qualifier l'album. Nous avons, nous, ressenti à l'intérieur, en tout cas, cette sorte d'intensité et ce 'magnétisme' qu'on nous rapporte aussi souvent. On ne peut qu'en être satisfaits, évidemment...

On sait que vous vous remettez invariablement et régulièrement en question. Est-ce un mode de fonctionnement élaboré ou un processus plus naturel ?

Il est vrai que nous prenons soin de nous 'challenger' nous-mêmes mais nous avons, aussi, c'est clair, des attraits innés pour ce genre de pratique. Je pense également que, comme nous ne sommes pas à la base des gens prétentieux, nous nous posons facilement des questions sur la valeur et les contours de ce que nous réalisons. Ce qui est toujours très sain. Quoi qu'il en soit, cela nous pousse à aller de l'avant et nous réussit bien.

On parle beaucoup de vous en Europe, en ce moment : d'une part parce que vous êtes à l'affiche de quelques gros festivals (dont le Rock Werchter, où le groupe se produira le 29 juin, juste avant les Red Hot Chilli Peppers et...  Manu Chao !) ; mais aussi parce que votre firme de disques à mis la gomme pour la promotion de l'album.

Nous sommes venus passer trois semaines en Europe, en février, pour nous présenter et exposer l'album aux gens de SonyBmg. Cette rencontre a eu des effets bénéfiques : ils ont bien compris qui nous sommes et ce que nous pouvons faire. Tant mieux pour nous, donc, s'ils 'poussent' Tool aujourd'hui.

Votre programme des prochains mois, ce sont ces festivals d'été en Europe et puis des shows aux States ?

Exact. Et puis nous reviendrons ici pour tourner en salle. Nous adorons les concerts car ce sont, à chaque fois, de vrais moments de vie, de partage. Nous sentons les gens de près, c'est enthousiasmant. A l'inverse, une phase d'enregistrement d'album est assez statique et ne permet aucun retour en arrière à partir du moment où tout est mis en boîte. Quand tu joues tes morceaux en concert, même dix ans après, tu peux encore les faire évoluer ! 

 

 

Montevideo

Plus sexy que Malibu Stacy !

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Le nom est sur toutes les lèvres : Montevideo. Assurément, LA révélation 2006 de notre contrée. Fort d'une réputation scénique qui n'est plus à refaire, le quatuor le plus en vue du moment se confie à l'occasion de la sortie d'un disque éponyme risquant fort bien de secouer les fondations du rock belge actuel.

Pouvez-vous nous raconter comment Montevideo est né et quel a été son parcours jusqu'aujourd'hui ?

Manu : Montevideo s'est formé en décembre 2003. Auparavant, Julien et moi jouions dans un groupe qui s'appelait Sherlock. Jean et Pierre, respectivement chanteur et batteur, sont venus nous rejoindre. Au départ, c'était moi qui chantais avant que Jean ne m'usurpe ce rôle ! Et de son côté, Pierre a viré le batteur de Sherlock...

Pierre : Ca s'est un peu fait dans la violence !

Manu : ... Donc on a commencé à bosser. Jean avait un vrai potentiel vocal et il a pris la voix 'lead'. Puis, il y eu une démo sur laquelle on a enregistré « Groovy Station », également premier morceau de notre album. C'est ce titre qui a été décisif pour l'évolution du groupe. On a continué dans la voie qui a été tracée par « Groovy Station ». C'est à ce moment là que Sherlock est devenu Montevideo.

Pourquoi avoir choisi ce nom là ? (NDR : ils détestent la question mais nous n'avons pu nous en empêcher !) Vous avez également une chanson qui s'intitule « Boys From Brazil ». Une affinité avec l'Amérique du Sud ?

Julien : C'est juste une question de sonorité, rien de plus. Tu ne trouves pas que ça sonne bien ? Ensuite, « Boys From Brazil », c'est une référence cinématographique et littéraire. C'est l'histoire d'un nazi réfugié au Brésil (NDR : Dr Mengele) clonant des petits Hitler afin de les envoyer un peu partout en Europe pour qu'ils créent le mal (NDR : « Ces garçons qui venaient du Brésil », film de Franklin J. Schaffner, 1978) !

Manu : Pour 'Montevideo', on s'imagine aussi une ville ultramoderne au milieu d'une jungle sauvage...

Julien : ...C'est cette tension nature/culture qui est intéressante.

Comment vous vous situez dans le paysage rock belge actuel ? Qu'est ce qui vous distingue des autres ?

Jean : A priori on ne se situe pas trop, ce qui nous a valu des soucis au début puisque, au moment de la création du groupe, on ne s'identifiait en rien avec le courant rock belge du moment. On était un peu isolé, en tentant tant bien que mal de produire un disque et de se faire un nom. C'est par la scène que Montevideo est devenu ce qu'il est aujourd'hui. D'ailleurs, la grosse difficulté était de reproduire sur l'album l'énergie libérée uniquement en ‘live’, mais jamais expérimentée en studio. Je n'ai pas l'impression que beaucoup de formations belges actuelles fonctionnent de la même manière. On a eu la chance d'appartenir à un groupe bien avant la création de l'album. Il y a trois ans, il existait déjà un projet. On disposait d’un répertoire ; on manifestait une énergie scénique… C’est un peu la raison pour laquelle John Stargasm (Ghinzu) a signé Montevideo.

D’où la question : comment s'est passé votre collaboration entre lui et vous en studio ? Avez-vous dû faire des concessions ou aviez-vous une totale liberté créative ?

Jean : Absolument aucune concession. C'est ce qui a été agréable avec John. Il a vraiment respecté l'identité du groupe du début à la fin, en demandant l'avis et l'aval de chacun d'entre-nous afin que Montevideo reste ce qu'il est. Les deux mois de studio qu'on a vécus ont été assez intenses. Maintenant, Ghinzu, c'est devenu en quelque sorte une famille et jouer le titre ensemble a été un réel plaisir. En compagnie de Mika et John, il a un petit côté fraternel qui s'est installé...

Manu : Faut pas oublier non plus le travail de Christine ‘Strawberry Girl’ et de Mika qui nous ont beaucoup aidé lors des arrangements...

Jean : Ils ont eu un rôle majeur dans la production du disque. Christine avait déjà travaillé sur les deux albums de Ghinzu. C'est une femme d'expérience qui, pour moi, est en train de devenir une solide référence en Belgique.

Si vous deviez convaincre quelqu'un qui n'a jamais écouté votre musique d'acheter votre album, quels seraient vos arguments ?

Pierre : De venir nous voir en concert.

Jean : Ouais, effectivement, de venir nous voir en concert...

Julien : Par exemple si on rencontrait cette personne devant le rayon et qu'elle hésitait entre Malibu Stacy et Montevideo, on lui dirait que notre album est quand même vachement plus sexy !

Jean : Voilà, excellent ! C'est la phrase du jour ! (rires)

On vous compare un peu facilement à The Rapture ou encore The Strokes, mais quelles sont vos véritables influences ?

Jean : Moi, je trouve ça bien qu'on nous compare à The Rapture, c'est un bon groupe. Du côté de nos premières influences, je crois que chacun a individuellement apporté les siennes. Chacun a ainsi amené sa touche personnelle au groupe, c'est ça qui est chouette.

Manu : Ados, on écoutait des choses très différentes. Jean était plutôt funk jazz, Julien plutôt brit-rock. On écoutait The Smiths, Velvet Underground, Pixies, The Cure, etc.

Jean : Il est normal de coller une étiquette. Maintenant, il est agréable de ne pas se voir comparer à des mauvais groupes.

Manu : Ce sont des formations qu'on apprécie, en plus.

Jean : Artistiquement, on a quand même fait attention à ne pas tomber dans les clichés du rock anglais actuel.

Sur scène, vous reprenez The Clash. On sent bien leur influence sur votre son.

Jean : Absolument...

Manu : The Clash est une influence majeure et commune à chacun des membres de Montevideo.

Julien : C'est un grand modèle. Il y a ce côté punk, dansant, expérimental, bruitiste et un chanteur un peu arrogant...

Jean : Ils ont aussi un côté ska. Les premiers morceaux de Montevideo étaient un compromis entre cet aspect ska et la forme plus rock.

Vous composez tous ensemble au même moment ou est-ce que chacun amène des éléments au fur et a mesure ?

Julien : Tous ensemble. Chacun amène son truc, en répétition. On fait ça sur le tas.

Jean : Au début, généralement, le texte était un détail sur lequel on ne s'attardait pas. On n'essaie pas de faire passer un message en particulier. C'est plutôt impulsif. Pour le reste, on compose à quatre. C'est assez éprouvant mais le résultat en vaut la chandelle.

Julien : On n'est pas un groupe à message mais on va le devenir. Sinon on ne sera jamais engagé au Band-Aid ! (rires)

La compo à 4, ça implique beaucoup de prises de tête ?

Jean : Si si, on a eu beaucoup de prises de tête mais maintenant ça va un peu mieux...

Julien : Là, c'est parce qu'on est plus en compo mais ça recommencera.

Jean : Ouais, ça recommencera mais au moins là, on aura une expérience de studio derrière nous. On fonctionnera beaucoup plus dans l'optique 'album'. Ce qui n'a pas été le cas au début.

Manu : Le studio nous a permis de réaliser pas mal de choses quant à notre fonctionnement, à déceler nos avantages, nos défauts. On est maintenant beaucoup plus lucides ; alors qu'avant c'était très instinctif, ce qui provoquait parfois des problèmes de gestion.

Votre meilleur souvenir scénique ?

Jean : Difficile à dire... Il existe beaucoup de bons souvenirs.

Julien : Moi, le premier soir à Cannes, j'ai bien aimé. Je me demande même si cet événement n'a pas dépassé la fête du progrès...

Manu : Les Nuits Botanique cette année, c'était pas mal, non ? (Ils acquiescent tous) La fin du concert, c'était quand même quelque chose !

Jean : Et aussi la première partie de Supergrass. Rencontrer le groupe et, surtout, le fait de se retrouver devant un public attendant la tête d’affiche qui reste dans la salle, écoute très attentivement et applaudit sincèrement.

Vous jouez de plus en plus en France. Comment ça se passe pour vous, de l'autre côté de la frontière ?

Jean : Très bien ! En fait, on réitère ce que Montevideo réalise en Belgique jusqu'à présent ; c'est-à-dire tenter de faire perdurer un 'buzz', qui démarre depuis quelques mois à Paris. Mais c'est évidemment sur scène que le groupe fait ses preuves. Il est clair également que le parrainage de Ghinzu facilite les choses pour le démarchage auprès des labels...

Manu : Oui, mais au niveau de ce qui se passe en France, côté 'buzz' et 'live', ça n'a rien à voir avec John, en fait. Le point de départ a été un concert accordé au 'Festival des inaperçus' où Montevideo a remplacé Starving au pied levé.

Jean : Mais ça nous fait quand même une référence en plus. On a un album auquel Ghinzu a participé et tout le monde en France n'a pas été indifférent à leur succès. Et pour le disque, on est encore en période de démarchage là-bas. Il n'y a rien d'officiel mais quelques maisons de disques sont intéressées.

Vous ouvrez le bal à Dour, en partageant la scène pour des artistes tels que Primal Scream, Maxïmo Park ou Infadels...

Jean : Art Brut, Maxïmo Park et Infadels, surtout. Et bien, ça nous excite comme n'importe quel concert mais ce n'est pas celui qu'on attend le plus ...

Julien : En backstage, il ne se passe pas grand-chose généralement. On ne se parle pas beaucoup entre artistes. Chacun à sa manière de préparer son concert et tu n'as pas vraiment le temps d'en profiter. Tu dois absolument assurer ton concert.

Jean : Mais comme disait Christophe, notre ingénieur son, cette grande scène, ça va être la plus grosse sur laquelle a joué Montevideo jusqu'ici.

Quel est le plus beau compliment et, à contrario, la pire insulte qu'on pourrait proférer envers votre musique ?

Julien : La pire insulte ? Qu'on nous dise que l'on fait du sous-Franz Ferdinand !

Jean : Oui, tout à fait. Et le plus beau compliment, je sais pas...

Manu : Simplement, 'j'ai vraiment adoré'...

Jean : ... Ou qu'on révolutionne le rock ?

Julien : Bé oui, tout à fait. C'est ce que tous les groupes rock veulent. L'autre jour, il y a un DJ parisien qui m'a dit que j'étais un bassiste hors-pair. Cette déclaration m'a tellement fait plaisir que j'ai failli en pisser dans mon froc ! (rires) 

Pearl Jam

Eddie Vedder : gloire immense mais esprit torturé ?

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Dans le sillage de Nirvana et en compagnie de groupes comme Soundargen ou Alice In Chains, Pearl Jam restera, à coup sûr, un combo dont l'aura sera associée à celle de la vague 'grunge'. Même si le groupe mérite sans doute plus que cela. Son vocaliste, Eddie Vedder, n'a eu de cesse de vouloir 'casser le moule'. La preuve encore aujourd'hui via un nouveau cd éponyme tranchant à tous les points de vue... 

Alive ! 

Alors que le balancier rock amorçait son mouvement de retour, au tout début des nineties, secouant au passage des ténors tels que Simple Minds ou The Cure, Eddie Vedder (de son vrai nom Edward Louis Seversen, né le 23 décembre 1964 à Evanston, dans la banlieue de Chicago) bossait comme pompiste dans une station service à San Diego, en Calfornie. Un pote à lui avec lequel il vide des verres, Jack Irons, par ailleurs batteur de Red Hot Chilli Peppers (NDR : le monde est p'tit, hein ! Surtout qu'on le retrouvera plus tard chez Pearl Jam), lui file une cassette d'un type nommé Stone Gossard et lui dit sans doute quelque chose du genre : "Tiens mec, ça c'est bon pour tes insomnies !" (car Vedder souffre déjà de ce mal chronique). Vedder écoute la bande, qui contient cinq instrumentaux, dont un certain 'Dollar Shot' l'inspire plus particulièrement. Il colle un texte dessus, y plaque sa voix et renvoie le truc à Gossard, dont le groupe, Mother Love Bone, vient de splitter, suite à la disparition de son vocaliste, Andrew Wood, décédé des suites d'une overdose. De 'Dollar Shot', Vedder a fait 'Alive', en racontant son histoire, à savoir celle d'un gosse qui apprend sur le tard qui est son vrai père (un ami de la famille qui s'est tiré sans demander son reste) et voit ce père biologique mourir (d'une sclérose en plaques). Un gosse sur lequel sa mère reporte toute son affection car la ressemblance entre le fils et le père est énorme. En entendant "Alive", Gossard tombe de son sofa et appelle illico cet inconnu providentiel, Eddie Vedder, pour lui demander de rappliquer aussi sec à Seattle. Vedder accepte mais prévient qu'il n'a pas beaucoup de temps à perdre et qu'il viendra directement au local de répet'. Une semaine plus tard, Pearl Jam est devenu un vrai groupe et Gossard, le bassiste Jef Ament, l'autre guitariste Mike McCready et le batteur Dave Kruse, flanqués de Vedder donc, se mettent au boulot. En quelques mois, le groupe s'est taillé un album et a fait 'flamber' quelques clubs. A Seattle, un label, Sub Pop, fait solidement parler de lui. Evidemment attentives, les 'grosses pointures' suivent 'l'affaire' et Epic fait rapidement les yeux doux à Pearl Jam. Mi 91, le groupe sort son premier album, 'Ten', sur ce label.  Au début, le succès commercial n'est guère au rendez-vous. Il faudra, en fait, qu'un certain Nirvana sorte son 'Smells Like Teen Spirit' pour que la vague grunge se transforme en raz de marée véritable et qu'elle emmène Pearl Jam dans son sillage.  Du coup, début 92, "Alive" se retrouve catapulté dans les charts et, dans la foulée, 'Ten' se met à cumuler les ventes pour finalement culminer à près de treize millions d'exemplaires ! 

L'histoire de Pearl Jam a commencé ainsi. La suite sera à l'image du groupe : remarquable, inégale, sincère, faite de luttes et de combats. En 93, Pearl Jam est un groupe énorme. Son second cd, 'VS', se vend à plus d'un million d'exemplaires dès sa sortie, aux States, en une... semaine ! Tout lui réussit et même Kurt Cobain semble jaloux de ce succès (il allume Pearl Jam dans la presse, lui dont le 'In Utero', sorti quasi en même temps, n'a guère marqué les esprits). Par contre, "No Code", paru en 96, passe (relativement) à travers, comme on dit.   

'I fought the business and...' 

A ses débuts, en tout cas, Pearl Jam a, immédiatement, voulu prendre ses distances avec certains aspects du business qui ne cadraient pas avec sa philosophie (quand il parle de l'évolution du groupe, Vedder met toujours en avant le fait que "Ce band est sincère et que c'est ça qui compte !"). Depuis quelques années, il semble s'être 'un peu calmé', à ce propos; on le sent en tout cas moins vindicatif et rebelle concernant certaines pratiques... Il a, en tout cas, clairement, trouvé sur sa route, plus fort que lui !  Découragé ?  

- les abus du business 

Pearl Jam n'a jamais apprécié les abus commerciaux qui eurent lieu dans son dos. Ainsi, en pleine gloire, en 94, le groupe annule sa tournée US d'été et poursuit la société Ticketmaster, initialement en charge de la tournée, en justice parce que celle-ci profite de manière abusive, selon le groupe, de son statut pour faire pression sur les promoteurs locaux pour qu'ils augmentent le prix des tickets. Le combat est beau, mais la justice américaine refuse, un an et demi plus tard, de condamner Ticketmaster pour ses pratiques commerciales. N'empêche, Pearl Jam a clairement affirmé sa philosophie. "Je suis un fan de musique, moi aussi, et je n'ai pas toujours eu du fric. Je sais ce que c'est de devoir sortir vingt dollars pour acheter un ticket de concert" (Vedder). 

Le groupe avait aussi refusé que le moindre 'single' soit extrait de l'album 'VS', avant la sortie du disque, en 93. Il avait aussi insisté pour jouer dans des salles de taille raisonnable, début 94, troquant même des concerts dans des stades contre des shows organisés sur des campus universitaires ! 

- la surexposition médiatique 

Contrairement à un paquet d'autres, les mecs de Pearl Jam n'ont jamais cherché à défrayer la chronique, à profiter de leur gloire pour prendre des attitudes de divas. Au contraire, même. "J'en ai vraiment marre de voir ma tronche partout  et je suis certain que plein de gens partagent ce sentiment. Ce business ne devrait pas se focaliser autant sur les personnalités mais plutôt se concentrer d'avantage sur l'apport musical des groupes. C'est cela qui compte. On ne devrait pas vénérer des personnalités. Malheureusement, certains fans sont déçus lorsque je leur dis que je ne suis pas un messie" (Vedder) ou encore "Je suis un fan absolu des Who, mais il ne me serait jamais venu à l'idée de demander un poil du nez de Pete Townsend ! " 

Le groupe semble même entretenir une sorte de relation amour/haine avec son propre succès. "J'aurais préféré que nos vidéos ne soient jamais passées sur MTV", assène Vedder, en 94. Quelques semaines plus tôt, le groupe avait obtenu quatre MTV Videos Awards, au cours d'un grand show, à Los Angeles.

Vedder s'en est même pris à Bono, de U2, sur scène, lors d'un concert à Rome, en support-act des Irlandais.  Agacé par le 'gigantisme' de l'organisation, Vedder était monté sur scène affublé d'un tee-shirt sur lequel il était écrit 'Paul Is Dead' (Paul est le vrai prénom de Bono qui, parait-il, n'a pas trouvé cela drôle !). 

Près de quinze ans après l'avènement de Pearl Jam, le business a encore accentué sa 'pression commerciale' sur les fans de musique (le prix d'un ticket de concert n'a cessé d'augmenter, le prix des cds est resté élevé), MTV reste un must pour se payer une tranche de succès et le culte de la personnalité des musicos n'a certainement pas diminué. Seul le MP3 et le piratage dans son ensemble font trembler le business de la musique, aujourd'hui. Les efforts du groupe n'ont donc pas été payants. Mais, au moins, il a dit ce qu'il avait à dire...

Torturé, Vedder ? 

Le rock des années nonante a été plutôt sombre; normal puisque les leaders de la scène ont tous - ou presque - bouffé du malaise sans ketch up ! Trent Reznor, Jonathan Davis, Eddie Vedder, pas vraiment des 'foldinguos' et on sait ce qui est arrivé à Kurt Cobain. A croire que distribuer les décibels, ça rend vraiment malheureux ou névrosé...  

A Encinitas, son bled, Vedder était connu comme 'the man who doesn't sleep'. Insomniaque chronique, Vedder a passé, ado, énormément de temps à développer sa culture et son âme musicale. Fan des Jackson 5 quand il était gamin, il a découvert le rock via les Who et est toujours resté un énorme admirateur du groupe.  Par la suite, il s'est tourné vers des personnages comme Henry Rollins ou Ian MacKaye (Fugazi) qu'il respecte énormément pour leur volonté à sortir des sentiers balisés du business musical. Il apprécie aussi beaucoup quelqu'un comme Neil Young, avec lequel, faut-il le rappeler, Pearl Jam œuvra en véritable partenariat pour l'abum "Mirror Ball". Ses potes l'ont souvent d'écrit comme un type ayant deux facettes bien distinctes : l'une assez cool du gars timide, réservé, qui s'exprime en parlant très bas ; l'autre version âme torturée, supra-réaliste, incapable de supporter l'injustice et qui n'hésitera pas à affronter des moulins de face s'il le faut (on a pu le constater !). 

Eddie Vedder s'est méfié du succès, tout de suite ! "Ce n'est pas facile d'avoir de l'argent", a-t-il expliqué; "Cela peut être tentant d'en donner à des amis pour les aider, mais tu ne peux pas donner comme ça, sans quoi tu finis par entretenir une centaine de personnes qui arrêtent de se débrouiller par eux-mêmes et comptent seulement sur toi. L'argent peut créer davantage de problèmes qu'il en résout". 

Vedder reconnaît qu'il n'est pas quelqu'un qui est 'facilement heureux'. "Et la popularité n'aide pas", a-t-il expliqué; "Tu restes le même et tu n'es certainement pas mieux dans ta peau parce que tu es connu. Les autres membres du groupe parviennent à tirer profit de la situation, d'une certaine manière, c'est bien plus compliqué pour moi". 

Le drame de Roskilde 

Cet épisode là de la vie du groupe n'a évidemment rien amené de positif. Neuf morts dans une bousculade, en plein festival, cela ne peut évidemment pas laisser indifférent. Le groupe a très mal vécu cette tragédie. On se souvient que, à l'époque, il a annulé son passage prévu au Rock Werchter, deux jours plus tard. Au moment des faits, des rumeurs de responsabilités du groupe dans l'incident avaient été largement répercutées dans les médias.  Les conclusions tirées par la justice danoises balayeront tout cela. Mais il est évident que le 'Roskilde' aura, à jamais, marqué l'esprit du groupe. Dans "Love Boat Captain", sur "Riot Act" (sorti en 2002), Eddie Vedder a écrit ces mots : "Its an art to live with pain / Mix the light into grey / Lost 9 friends well never know / 2 years ago today / And if our lives became too long / Would it add to our regret ?" 

Engagé 

Eddie Vedder supporte activement diverses causes à travers diverses associations. Et notamment "Not In Our Name", qui mène un combat contre la peine de mort, "Surfrider Foundation USA", qui milite pour des plages propres aux Etats Unis, ainsi que "Home Alive" qui forme les femmes à l'autodéfense. 

Discographie 

Pearl Jam a sorti huit albums studio : 

"Ten" ("Alive", "Jeremy", "Black") en  1991 (Epic)

"VS" ("Go", "Animal") en 1993 (Epic)

"Vitalogy" ("Spin the Black Circle", "Not For You") en 1994 (Epic)

"No Code" ("Sometimes", "In My Tree") en 1996 (Epic)

"Yield" ("No Way", "Faithfull") en 1998 (Epic)

"Binaural" ("Breakerfalls", "Light Years") en 2001 (Epic)

"Riot Act" ("Ghost", "You Are") en 2002

et "Pearl Jam", donc, qui vient tout juste de sortir 

Citons encore quelques sorties annexes comme un très bon EP quatre titres ("Oceans"), paru en 92 et comprenant trois titres live (dont "Alive") enregistrés au Pinkpop); le live "Dissident", enregistré à Atlanta en avril 94, une collection d'inédits ("Lost Dogs", toujours chez Epic, en 2003) et le double best of "Rearviewmirror", paru en 2004. 

 

 

 

 

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