La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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The Cure

Marilyn Manson

Au bord du précipice…

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que 2017 a été une année rock’n’roll pour Marilyn Manson. Quelques mois après avoir perdu son père, l’homme qui terrorise toujours les Etats-Unis sort son dixième opus studio, « Heaven Upside Down ». Ce dernier a été reçu tièdement par les critiques et surtout va largement en deçà des espoirs de renaissance formulés par un « The Pale Emperor » prometteur, publié en 2015. Mais c’est un Manson amoché qui a assisté à la sortie de son nouvel elpee. Son décor de scène s’est en effet effondré sur lui, quelques jours plus tôt. Une jambe doublement cassée a entraîné un gros retard dans la tournée. Ainsi, neuf dates ont été postposées. Le 20 octobre, Twiggy Ramirez, son ami et bassiste, est accusé de viol par une ancienne petite amie. Manson prend de suite la décision de l’exclure du band et de le remplacer par Juan Alderte, qui milite alors chez The Mars Volta. Bref, en cette soirée de décembre, Forest National accueille un Marilyn Manson affaibli.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Maître de la provocation attire aujourd’hui toutes tranches d’âges et tous styles confondus. Les éternel·le·s gothiques en cuir et latex croisent des quadras et quinquas en tenues civiles. Quelques motards sirotent une bière, à deux pas d’un père et sa fille qui ont l’air d’assister à un concert pour leur première fois. Manson n’incarne plus uniquement l’icône d’une jeunesse révoltée mais a visiblement engendré, en plus de deux décennies, quelques générations d’anticonformistes. Mais… pas autant que nécessaire afin de remplir totalement la salle bruxelloise. Certains gradins sont bâchés, les rangées de sièges les plus hautes resteront inoccupées. Idem pour la fosse, où le peuple se concentre véritablement aux abords de la scène, laissant l’arrière pour le moins aérée. La salle baigne dans l’obscurité, seules les lumières de GSM éclairent des visages d’une lueur blafarde. Sur les planches, six faisceaux bleus illuminent une table.

Marilyn Manson a toujours cultivé l’art de surprendre là où on ne l’attendait pas. Cette soirée ne figurera pas parmi les exceptions. Alors qu’une myriade de groupes rêveraient d’arracher quelques headbangings en jouant les ‘opening acts’, le trublion grandiloquent a préféré faire appel à un DJ, en l’occurrence Dinos Chapman, afin d’ouvrir son show. On pourrait dès lors espérer un mix nourri de Rock, de Metal ou autres styles proches. Que nenni ! Une demi-heure d’électro ambiant. Tomorrowland parachuté au pays des clous et des riffs. Un étonnement qui se muera très rapidement en lassitude. La linéarité du set finit par avoir raison de ma bonne conscience, qui m’avait alors poussé jusque là à rester sur place, intimement convaincu que l’atmosphère allait s’enflammer d’un moment à l’autre. Niet popov. Une décision s’impose donc : direction le bar.

La salle est à présent voilée et laisse apparaître sur les côtés ce qui pourrait s’apparenter à des croix orthodoxes renversées. L’hémicycle est plongé dans le noir. Les baffles crachent du Cure, puis les Doors avant de s’envoler sur du Mozart. Le rideau finit par tomber, deux énormes pistolets croisés et posés sur leur crosse envahissent l’arrière du podium. Un véritable stéréotype de Rap US (et ces mêmes pistolets qui avaient eu raison de la gambette de Manson, deux mois plus tôt !) Originalité : au lieu d’être rejetée en fond de scène, la batterie du groupe est disposée à l’extrême droite, perpendiculairement à la stage. Tyler Bates et Paul Wiley, grimés, sont accrochés à leur guitare. Il en va de même pour la toute nouvelle recrue, Juan Alderte, de plus petite carrure et dont la basse paraît donc exagérément grande pour lui. Derrière, on remarque la présence d’un siège hybride ; il est effilé au-dessus, à mi-chemin entre la chaise roulante et électrique. Tel un empereur, Marilyn Manson y repose et entame « Revelation #12 », titre d’ouverture du dernier LP, « Heaven Upside Down ». Alors qu’on pourrait croire à un effet de scène, fréquemment usité par le Révérend, ce dernier demeure immobile dans son fauteuil, se contentant de le faire rouler sur l’estrade de quelques mètres ou de tourner sur lui-même. Le constat est implacable : Manson souffre encore bel et bien de sa jambe. Une suspicion qui se transforme en certitude lorsque le vocaliste balance un ‘This is the New Shit’, toujours bien ankylosé sur sa Manson-Mobile tunée. Les bras se lèvent, certains crient, le morceau commence à sortir timidement la fosse de sa léthargie. Ce n’est plus un secret : on est aujourd’hui loin des déchaînements de foule de la période « Antichrist Superstar ». Fin du morceau, l’obscurité retombe et deux faire-valoir du musicien, habillés pour l’occasion en médecins, viennent l’aider à se placer à l’avant du podium. Tel un Ozzy Osbourne dernière mouture, Manson ne lâchera plus son pied de micro, cloué au sol par une jambe encaquée dans une grosse botte médicale.

 Il va de soi que cette immobilité du chanteur, d’ordinaire beaucoup plus amène à arpenter les planches de long en large, ne manquant jamais l’une ou l’autre pose suggestive avant de ramper par terre, finira par rapidement infecter la foule. C’est mou, très mou, trop mou ! Quelques jeunes éméché·e·s sautent quand même en l’air sur « Disposable Teens », mais sont bien esseulé·e·s. L’arrière-plan arbore à présent le faciès du chanteur, mais de profil. Il ne faut pas attendre le quatrième morceau pour qu’un moment de gêne, plutôt embarrassant, engourdisse la salle : « Mobscene » est complètement massacré. Conscient que l’interprétation part en eau de boudin, Manson stoppe la machine au beau milieu du parcours et convoque Tyler Bates à ses côtés, qui se prend pour l’occasion une remontrance publique. Tant bien que mal, Manson et son gratteur le clôtureront à deux. Alors qu’une majorité de formations auraient tout simplement repris le morceau –tout le monde peut se planter– Manson préfère embrayer sur la suite. Je-m’en-foutisme, quand tu nous tiens…

Il en remettra d’ailleurs une couche quelques minutes plus tard, en interrompant « The Dope Show », sous prétexte que des personnes dans le public le filment. ‘A chaque fois que je vois une lumière rouge’, prévient-il les premiers rangs, ‘je stoppe et chante le refrain de « I don’t like the drugs but the drugs like me »…’ Une mise en garde qu’il met évidemment en application, menaçant même de vider les lieux si les spectatrices et spectateurs ne mettent pas leur poing dans la figure –mais de manière douce, précise-t-il quand même– à celles et ceux qui s’amuseraient à l’enregistrer. De longues minutes d’attente avant que la Diva Manson ne daigne quand même poursuivre. Dur d’accepter de se faire filmer quand on est plus que l’ombre de soi-même…

Même si la soirée peut être globalement créditée d’un flop, il faut néanmoins reconnaître que Manson maîtrise aujourd’hui davantage ses nouvelles compositions. « Third Day of a Seven Day Binge » et « Deep Six » permettent au chanteur d’exploiter une énième facette de sa palette vocale, chargée en émotions et qui ne manquera pas d’électriser la foule. Il en va de même pour « Say 10 », qui envoûte graduellement l’audience jusqu’à l’inciter à crier, comme un seul homme : ‘You say God and I say Say 10’. Un lointain arrière goût de ce qu’ont pu incarner ses anciennes messes révolutionnaires de la fin des années 90…

C’est finalement par le très émouvant « Coma White » que l’Antéchrist prend congé. Une fois de plus, typiquement du Manson : après avoir énervé, déçu ou lassé son public, l’artiste finit par une très belle interprétation de ce langoureux morceau. Un dernier ‘fuck’ adressé à l’auditoire, qui adoucit néanmoins ce goût amer, devenu de plus en plus prononcé au fur et à mesure que le show s’est déroulé. Il n’empêche que de ce concert émanait le dérangeant fumet d’une prestation bâclée. Pourquoi persister à poursuivre son périple alors qu’il n’est pour le moment pas capable d’offrir un show digne de sa réputation ? Il s’agit certes d’un détail, mais en jetant un bref coup d’œil au merchandising on se rend compte que des t-shirts sont vendus à des prix exorbitants, alors qu’on aurait presque pu dire qu’il s’agissait de transferts faits maisons (Manson ?). Un détail, évidemment, mais qui dénote du peu de respect que l’artiste réserve à ses fans. Il se permet de vivre de son aura, et devrait certainement en profiter pendant encore de nombreuses années ; cependant, son public finira bien par s’éroder s’il poursuit dans la même voie. De cette soirée en ressort en tout cas un triste constat : le Révérend glisse dangereusement vers le précipice… déjà qu’il s’est brisé la jambe…

(Voir aussi notre section photos ici)

Organisation : Live Nation Belgium

Témé Tan

La machine n’a toujours pas d’âme…

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De son véritable nom Tanguy Haesevoets, Témé Tan est impliqué dans différents projets. Dont Goulash, un duo qu’il partage en compagnie de Noza et le sien en solo. Son 'one man show' avait réalisé le ‘buzz’, lors de son passage au dernier festival Esperanzah. Son coeur balance entre Kinshasa et Bruxelles. Faut dire qu’il a grandi entre les deux villes. Sa musique est le fruit d’un cocktail entre soul ‘motownesque’, world latino et surtout congolaise (pensez à Kasai Allstars, Konono n°1, Staff Benda Bilili ou encore Jupiter & Okwess International). Il vient de publier son premier elpee.

Youri assure le supporting act. Il y a déjà bien du peuple dans la salle. Très interactif, l’artiste signale être blanc, mais avoir longtemps vécu au Congo. En outre qu’il va nous montrer ce qu’est la musique africaine. Il a donc des racines black. Sur les planches, il se sert d’une guitare, d’une basse, d’un iPad et d’une loop machine.

« Chem Chem  » ouvre le set. Youri est plutôt doué pour créer ses boucles. Ce qui engendre parfois des moments vraiment magiques. Il est particulièrement interactif. Ses morceaux oscillent entre la world, le reggae, le jazz et l’électro. Dans ce dernier cas de figure, il nous bombarde d’infra-basses. Heureusement, le pilonnage ne dure que trois à quatre minutes. Et le set de s’achever dans un climat réminiscent des eighties. Pas mal du tout pour une première partie !

La Rotonde est pleine comme un œuf. Témé Tan va également nous proposer un 'one man show'. Un artiste plutôt sympathique et également très interactif. Pas besoin de se prendre la tête, cependant, pour assister à ses spectacles. Il ne transporte pas tous ses instruments, à l’instar de Rémy Bricka, mais les garde à portée de main. Soit deux machines et un ukulélé. Les compos sont rythmées. Et l’artiste semble prendre son pied sur les planches. Mais laisser des machines diriger la manœuvre déshumanise les sonorités. La machine n’a toujours pas d’âme. Bien sûr, il tripote de temps à autre ses curseurs, pour modifier les courbes musicales. Mais ces manipulations méthodiques finissent rapidement par lasser. Sous cette approche, la sueur et l’émotion sont les parents pauvres. De l’émotion, il y en aura quand même lorsque l’artiste se servira de son ukulélé. Au bout d’une demi-heure, quand même. Mais la transition sera de courte durée, Témé Tan en revenant à ses machines. Dans ces conditions, votre serviteur préfère alors s’éclipser…

(Organisation : Botanique)

 

Mac DeMarco

En marche vers la gloire…

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Il y a un peu plus de 3 ans, Mac DeMarco se produisait au Witloof Bar du Botanique. Il n’y avait qu’une trentaine de personnes, y compris votre serviteur, dans la salle. L’artiste avait accordé son set en solo, uniquement armé de sa gratte semi-acoustique. Assis, au milieu de l’auditoire. Un moment véritablement magique. Il revient ce soir dans la capitale, mais à l’Ancienne Belgique, en compagnie d’un groupe électrique, et le concert est soldout.

Le supporting act est assuré par Montero, un Australien établi en Grèce. Il et flanqué d’un backing group. Tour à tour un sextuor ou un septuor, dont trois guitaristes, un drummer, un claviériste et deux préposés aux cuivres et flûtes traversières.

Pop, élégante, subtilement psyché, la musique proposée nous replonge dans les 60’s et même les seventies. Et on ne peut s’empêcher de penser aux Beatles. A cause du soin apporté aux harmonies vocales. Mais aussi à Pond, une autre formation aussie pour laquelle Montero avait réalisé l’illustration de la pochette de l’album « Man It Feels Like Space Again ». Faut dire que l’artiste est devenu notoire pour son graphisme surréaliste…

Mac s’est installé depuis peu à Los Angeles. Agé de 27 balais, il vient de graver son nouvel opus studio, « This old dog », un disque pour lequel il a joué à l’homme-orchestre ; depuis la batterie à l’harmonica, en passant par sa célèbre gratte déglinguée qu’il avait achetée pour une poignée de dollars, mais qui sonne comme aucune autre.

Le show commence à 20h15 précise. Une intro présente chaque musico de manière humoristique. « On The Level », un des singles de son dernier long playing, ouvre le bal. La scène baigne dans les teintes bleues. Mac a revêtu un tee-shirt de couleur orange et est coiffé d’une casquette retournée. Extraits de « 2 », « Ode To Viceroy » et « Freaking Out The Neighborhood » incitent la foule à danser. La version acoustique de l’indolent « My Kind Of Woman » est splendide.

L’auditoire reprend régulièrement les chansons en chœur, qu’il connaît… par cœur… Le natif de Duncan est particulièrement interactif. Sa voix est douce et bouleversante. Le concert va alterner titres énergiques, explosifs même et morceaux plus lounge voire jazzyfiants. Mais la fosse est réceptive à l’ensemble de son répertoire, et ovationne régulièrement la bande au Canadien. En fin de set, il prend la place de son drummer, qui en profite pour avancer en première ligne, afin de livrer une version plutôt burnée du « Californication » de Red Hot Chili Peppers. Manifestement, la route du succès est toute tracée pour Mac DeMarco…

(Organisation : AB + Live Nation)

 

Wolf Parade

Il ne faut pas deux loups pour diriger une meute…

Écrit par

Il y a déjà quelques années qu’on n’entend plus guère parler de Wolf Parade. Faut dire que depuis la pause que s’est réservée le band Canadien, en 2011, les deux chanteurs, Dan Boeckner et Spencer Krug ont développé ou participé à des projets parallèles. Le premier a notamment milité chez Divine Fits et Operators, alors que le second s’est essentiellement focalisé sur son aventure en solitaire, baptisée Moonface. Ce n’est qu’en 2016, que le groupe a repris le collier, publiant alors un Ep. Et dans la foulée, il a enregistré un excellent nouvel elpee, intitulé « Cry, cry, cry » Il se produisait au Botanique, dans le cadre de l’édition 2017 de l’Autumn Falls 2017. Il était donc intéressant de voir et surtout d’écouter la transposition en live de ce dernier opus…  

Après une première partie assurée par le groupe torontois, FRIGS, les membres de Wolf Parade débarquent sur les planches. Le public qui a rejoint l’Orangerie, est plutôt clairsemé.  Armé de sa gratte, Dan Boeckner se plante à gauche, et siégeant derrière son piano, Spencer Krug, a opté pour le côté droit. Le chanteur s’installe au milieu. Pas un inconnu, puisqu’il s’agit de l’ex-chanteur de Hot Hot Heat, Dante DeCaro. Après avoir participé aux sessions d’enregistrement pour plusieurs albums, il a rejoint définitivement le line up. En arrière plan, Arlen Thompson campe derrière ses fûts. Sous les applaudissements, le groupe entame le set par le single issu du dernier opus, « Lazarus Online ». Krug se concentre sur ses ivoires, tout en chantant de sa voix si caractéristique ce morceau qu’il a composé dans son style lyrique. Et les autres instrumentistes, lui emboîtent aussitôt le pas. Boeckner reprend ensuite le flambeau. Echafaudées sur les lignes de gratte, ses compositions adoptent un profil davantage punk et direct. A l’instar du dernier LP, que la formation va reprendre quasiment dans son intégralité, les deux leaders prennent la direction des événements, à tour de rôle. Malheureusement, malgré le talent des musicos et des titres, il faut bien reconnaître que les deux artistes ne parviennent pas à entrer en osmose. Y compris sur le répertoire précédent. Ainsi, la magie ne parvient pas à opérer pour les, pourtant superbes, « You are a runner and I am my fathers son » et « Modern World ». Wolf Parade est confronté à un problème de luxe : il a deux chefs de meute, et aussi talentueux soient-ils, il ne sont pas complémentaires, en ‘live’. De quoi susciter une déception bien légitime, quand on connaît le potentiel du combo. Le concert aurait pu ou dû être exceptionnel, il n’a été que satisfaisant…

(Organisation : Botanique)

Julien Doré

Maturité acquise au détriment du grain de folie…

Écrit par

Après avoir vécu intensément, pendant trois années, son « LØVE » album, accordé une multitude de concerts, été certifié quadruple disque de platine en France et d’or en Belgique et auréolé d’une Victoire de la Musique comme Artiste de l’année, Julien Doré a eu besoin de se ressourcer. Avec lui-même et les autres. Avec la Nature et le Monde. Et c’est dans cet état d’esprit, qu’il a imaginé "&", quatrième elpee, une œuvre cocoon, solaire, humaine, caractérisée par son écriture unique, entière et poétique, et dont les mélodies transpercent, brûlent ou caressent. Ce soir, le Palais 12 est sold out. 20 000 personnes attendent le natif d’Alès. Un public multigénérationnel. Et le mot est faible !

Le supporting act est assuré par Fùgù Mango. Une prestation qui ne durera que 20 minutes. Votre serviteur a déjà assisté aux shows de cette formation à plus de dix reprises. Difficile dans ces conditions d’en relater davantage. D’autant plus que durant ce set, le son n’a jamais vraiment été au top. Pas sympa pour une première partie ! Dommage ! En outre, le band n’a pu interpréter sa cover du « Golden Brown » des Stranglers, un titre devenu pourtant son cheval de bataille…

Le backing group de Julien réunit deux guitaristes (NDR : dont Roland Mélies), un bassiste, un drummer et deux claviéristes ; ces trois derniers plantés sur leur estrade. En arrière-plan, un écran est frappé du sigle « & »… d’où sort JD et qui projettera de temps à autre des vidéos. Le concert s’ouvre par « Le Lac ». Et déjà la foule l’ovationne. Ce qu’elle va d’ailleurs faire tout le concert. Et quarante mille mains qui battent la mesure, ça fait du bruit ! La scène baigne alors dans le bleu azur. Plus rock, « Moonlight Serenade » est dynamisé par les percus. Les grattes galopent et les claviers les talonnent. « Beyrouth Plage » est découpé dans des riffs funkysants. « Les Limites » met le feu dans l’auditoire. Faut dire que le public connaît le refrain par chœur. Julien veut entendre tout le monde. Et il le signale. Avant qu’une nuée de confettis ne tombe généreusement du toit. Agée de 4 ans, la petite voisine de votre serviteur rayonne de bonheur, mais elle attend impatiemment « Chou Wasabi ». Les jeux de lumières épousent les beats électro. Moment de tendresse et larmes pendant « Coco Caline ». C’est l’instant ‘panda’ qui s’est évadé de Pairi Daiza. L’ursidé fait autant le pitre que Julien. Un grand moment ! La chanson terminée, des roadies apportent un piano. Panda s’installe derrière et joue quelques notes. Julien lui demande de quitter les planches. Madame Panda s’exécute et salue le public. Elle l’attend alors en petite tenue, backstage.

Julien récupère les ivoires pour « Magnolia », une chanson d’amour chargée de spleen. La compo repose sur trois accords. Il invite la fosse à reprendre, et dans la langue de Shakespeare, le refrain : ‘Don’t be Afraid’…

Julien sort de nouveau de l’écran, avant « Porto Vecchio », et traverse la fumée. Il nous réserve alors quelques morceaux au cours desquels il susurre ses tourments, sur fond d’arrangements veloutés, d’une voix de crooner. Il prend un bain de foule pendant le très dansant « Kiss Me Forever ». Et invite la foule à lever les mains et à les balancer. Le loup apparaît sur l’écran et Julien imite son cri.

La set list n’en oublie pas le notoire « Winnipeg ». Et armé de son ukulélé, il incite derechef l’auditoire à reprendre le refrain en choeur. Un petit moment de folie ! Il noue ses cheveux et retourne derrière le piano pour plonger dans « Sublime & Silence ». Un moment de solitude à partager ! Mais c’est le calme avant tempête. D’une durée de 7 minutes, « De mes sombres archives » clôt le set. Une compo caractérisée par une envolée magistrale. L’artiste accordera encore deux rappels. Malheureusement, votre serviteur doit s’éclipser, c’est le salon ‘Cocoon’ à Bruxelles, et le plateau du Heysel est full. Il lui reste 15 minutes de marche et 30 minutes de métro avant de récupérer son véhicule.

Bref, Julien Doré a acquis une nouvelle maturité. Il a certainement accordé un excellent concert, mais qui a singulièrement manqué de folie. De cette euphorie, dont il faisait encore preuve, il y a trois ans, à l’Ancienne Belgique…

(Organisation : Nada Booking)

Protomartyr

La crucifixion selon Protomartyr…

Jolie double affiche, ce soir, au Botanique. Heimat et Protomartyr partagent la Rotonde. Un enchaînement insolite entre deux formations résolument orientée du côté obscur de la musique alternative... Pour notre plus grand bonheur !

C'est Heimat qui, en toute logique, ouvre les hostilités. Le duo réunit Armelle Oberle et Olivier Demeaux, qui militent par ailleurs au sein des prolifiques Cheveu et Badaboum, mais aussi Accident du Travail et The Dreams. Heimat, qui signifie 'maison' et 'mère patrie', c'est un peu comme si Nico faisait un boeuf avec le Yellow Magic Orchestra. Comme si Bettina Köster, époque Malaria!, se produisait dans un cabaret allemand plongé dans des sonorités électroniques minimales krautrock aux accents japonisants...

Sur les planches, le look d'Armelle évoque plutôt Catherine Ringer, pour le côté désinvolte. Celui d’Olivier Demeaux est assez discret. Il trône derrière ses contrôleurs, son clavier Nord et sa table de mixage Soundcraft. Les deux artistes s'appliquent à distiller leurs titres sans fioritures particulières. La setlist se focalise sur le premier elpee éponyme du duo, paru sur l'excellent label belgo-français Teenage Menopause. Véritables hymnes pop/punk robotiques, rehaussés par le chant lyrique, un peu grandiloquent, d'Armelle, « Tot und Hoch » et « Pompei » sont particulièrement impressionnants. ‘Prost !’, proclame Armelle en goûtant sa bière. Le dernier morceau est un inédit, très martial et ma foi, aussi intéressant. Vu qu'il reste deux minutes, le duo clôture son set par « Wek », une lente mélopée enfantine gonflée par une basse synthé ronflante et superbement 'dark'. Très belle prestation même si on aurait aimé que le duo offre un peu plus au niveau du 'show'.

Une demi-heure plus tard, Protomartyr prend possession de la Rotonde. Issu de Detroit, le quatuor pratique un post-punk propre, précis et subtilement puissant. Mais ne vous méprenez pas : sueur, guitare crachotante et roulements de batterie sont au rendez-vous! Ce qui fait surtout la spécificité du combo, c'est sans nul doute le chanteur, Joe Casey. Quand il débarque sur le podium, pendant l'intro de « My Children », on sait d'emblée que l'on est face à un fameux personnage. Affichant un look de fonctionnaire désabusé, bedonnant et le regard déjà embué par de nombreuses chopes, on dirait un croisement entre Joe Cocker et Ian Dury, en plus jeune. Dans les poches de sa veste sombre, il cache 4 bouteilles de bière qu'il décapsulera et éclusera avec délectation pendant tout le concert.

Très Buzzcocks, « Ain't So Simple » nous plonge immédiatement dans le passé ; et tout particulièrement en 1978-79, soit la période d'âge d'or du post-punk anglais quand il était plus proche du punk que de la new wave. Les compositions sont courtes et énergiques. Les paroles sont tranchantes et le chant ressemble à un cri. Joe Casey éructe ‘Everything's Fine’ dans « Windsor Hum » et la plupart des textes possèdent une forte dimension sociale. On ne comprend pas tout ce que Casey raconte, mais son souffle lyrique lui permet d’être considéré parmi les plus grands poètes du rock.

La setlist se promène entre « Under Color Of Official Right », « The Agent Intellect » et la dernière production, « Relatives In Descent », un des albums de l'année. « Up The Tower » et « Male Plague », par exemple, sont des véritables coups de poing et le public accuse le coup en dodelinant de la tête. Bizarrement, aucun pogo ni de 'circle pit' ne se déclenche. C’est sans doute dû à l'atmosphère intimiste de la Rotonde. Mais la puissance et la violence sont bien présentes, retenues mais non moins intenses. On passe d'une lenteur marécageuse à un emballement frénétique en moins d'une seconde.

La fin du show conduit à l'apothéose, grâce à « Here Is The Thing », « Don't Go To Anacita » et « Dope Cloud ». ‘Can you light up the mirror ball ?’ demande Casey, en pointant le doigt vers la grosse boule à facettes pendue très haut dans le dôme de la Rotonde. Exécution : le préposé aux lumières dirige 3 faisceaux blancs sur la sphère, transformant la salle en discothèque pour le reste du concert : fun ! « Half Sister » clôture officiellement le set, mais les musiciens reviennent bien vite pour interpréter deux bombes : « Why Does It Shake? » et surtout « Scum, Rise! ».

En un mot, un concert en forme d'uppercut, incandescent et carrément jouissif. On aurait juste voulu qu’il dure plus longtemps mais en une heure, on a quand même eu droit à pas moins de 18 titres ! Aucun doute : Protomartyr nous a... crucifiés !

Setlist :

My Children
Ain't So Simple
Corpses in Regalia
Windsor
Hum
I Stare at Floors
Up the Tower
Male Plague
Cowards Starve
The Devil in His Youth
3 Swallows
A Private Understanding
Here Is The Thing
What the Wall Said
Don't Go To Anacita
Dope Cloud
Half Sister

Rappel:

Why Does It Shake?
Scum, Rise!

(Organisation : Botanique)

Moses Sumney

Une voix hors du commun !

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S'il est un artiste à suivre en cette fin d’année, c'est sans conteste Moses Sumney. Non seulement il est le petit protégé de Solange Knowles, mais il suscite l’admiration de David Byrne ainsi que de Sufjan Stevens. Originaire de Los Angeles, il a aussi reçu la collaboration d’Andrew Bird et de Beck. Il lui aura fallu trois ans pour écrire son premier essai. Un opus intitulé « Aromanticism ». On avait hâte de le découvrir en ‘live,’ ce lundi soir, au Botanique. Preuve de l’engouement provoqué par l’artiste, la Rotonde est pleine à craquer.

Il est 21h lorsque les lumières s’éteignent. Deux musiciens viennent s’asseoir aux extrémités du podium et plantent le décor sonore, en superposant les lignes de cordes. Quelques minutes plus tard, Moses Sumney grimpe à son tour sur l’estrade et s’installe derrière les trois micros posés au milieu de la scène. Il est vêtu d’amples vêtements de couleur noire et sa carrure en impose. Dès les premières paroles, il confirme tout le bien que l’on pouvait penser de lui. Sa voix est un instrument à part entière ; et elle est même capable de monter dans les aigus avec une aisance déconcertante. Il s’en sert également pour construire des boucles. Et semble même y prendre du plaisir. Une technique qui crée inévitablement une certaine ambiance. Il enchaîne les morceaux de son premier et seul elpee, en n’oubliant pas le superbe « Lonely World ». Mais nous réserve également quelques nouveaux morceaux, ainsi qu’une reprise du « Come to me » de Björk. Si on a pu lire dans certaines interviews qu’il était timide, sur les planches, il est vraiment cool. Il n’hésite d’ailleurs pas chambrer le public, notamment lorsqu’il l’invite à chanter. Les deux musicos qui l’accompagnent affichent une belle maîtrise de leurs instruments. Le bassiste troque circonstanciellement le sien contre un saxophone. Et le guitariste brille sur ses cordes, en jonglant littéralement entre ses pédales d’effets. En l’absence de section rythmique et vu la complexité des morceaux, la performance des deux acolytes a de quoi impressionner.  Au bout d’une heure, ils laissent Moses Summey seul sur les planches. Armé de sa gratte, il attaque alors « Man on the Moon », un titre qui figurait sur l’album « Mid-City Island », paru en 2014, avant d’embrayer par le superbe « Plastic ». Enfin, il conclut le concert par « Doomed », assis derrière un piano à queue, démontrant ainsi toute sa polyvalence…

En l’espace d’une heure et demie, Moses Sumney n’a pas failli à sa notoriété nouvelle acquise. Rarement, on a entendu une voix pareille. Elle est même hors du commun. Une chose est certaine, on devrait encore entendre parler du Californien, au cours des prochains mois.

(Organisation : Botanique)

Fink

Un artiste à suivre de très près…

Écrit par

Ce soir, l’Ancienne Belgique est en mode Box. Pas ce qui était prévu au départ. Mais vu le manque de réservations, cette disposition s’imposait. N’empêche, il doit bien y avoir 900 personnes pour accueillir Fink.
Chanteur, guitariste, compositeur et producteur anglais, Fin Greenall, aka Fink, compte huit albums à son actif, publiés en 20 années de carrière (NDR : au départ, il était dj). Et son dernier, « Resurgam », est paru en septembre dernier. Un disque pour lequel il est revenu à un élecro/folk plus classique.
Pas de supporting act, mais un film projeté sur un grand écran partagé entre séquences assez différentes, parmi lesquelles on épinglera les étapes de la fabrication d’un vinyle et des extraits de concerts notoires, qui se sont produits en Grande-Bretagne, depuis les 60’s jusque l’an 2000. 

Vers 20h45, les lumières s’éteignent. On remarque la présence des fidèles acolytes de Tim ; en l’occurrence le drummer/guitariste Tim Thornton et le bassiste Guy Whittaker, un musicien atypique, particulièrement doué, qui va se servir de trois basses différentes, une à 6 cordes, une à 5 et une autre à quatre, montée sur une énorme caisse électro-acoustique. Le line up est enrichi d’un second gratteur et d’un deuxième drummer, qui va également se consacrer aux claviers. Fink est coiffé d’un petit chapeau mou.

Le light show est constitué de 3 grillages garnis de spots placés derrière chaque artiste et d’autres assemblages réunissant de petites lampes leds montées sur des supports qui ressemblent à des trépieds de claviers. Le light show ne va pas seulement se focaliser sur les artistes, mais également la fosse.

Le set s’ouvre par « Warm Shadow ». Puissante ou tendre, mais bien maîtrisée et chargée d’émotion, la voix de Tim est impeccable. En outre, il est particulièrement interactif avec la foule. Et percutant, son toucher de gratte est à la fois hanté par JJ Cale et Keziah Jones. Le backing group affiche une technique irréprochable. Et tout particulièrement la section rythmique. Caractérisée par ses mélodies envoûtantes, la musique oscille entre folk’n’blues austère, trip hop brumeux et dub aérien. Lors des morceaux les plus intenses, quatre des musicos se consacrent à la gratte électrique. Fink s’est aussi réservé l’une ou l’autre compo, en solo, en s’accompagnant aux ivoires. Et le résultat s’est révélé savoureux. Un artiste à suivre de très près…

(Organisation : Live Nation)

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