Méfiez-vous de l’eau qui dort ! Une expression singulière pleine de sens pour l’un des groupes belges les plus prolifiques de sa génération, Hollywood Porn Stars !
Le combo s’est reformé quasi de manière inattendue dans le cadre du vingtième anniversaire de son premier opus et ce pour quelques dates.
A travers un concert à l’énergie brute dans le cadre du festival Les Solidarités, Anthony Sinatra et Michael Larivière (alias Redboy) ont une nouvelle fois prouvé à toute une génération de fans qu’ils avaient gardé l’insouciance de leurs débuts par le biais d’une salve de titres parfaitement dans l’air du temps, malgré le poids des années.
Alors qu’ils viennent de quitter leur public, les deux chevilles ouvrières sont à pied d’œuvre pour une série d’interviews, preuve que leur popularité n’a pas changé d’un iota.
Anthony Sinitra s’entretient auprès d’un confrère ; donc, seul Michael Larivière – alias Redboy, se chargera de répondre aux questions de Musiczine.
Michael, vous revenez en force grâce à de nouveaux singles (« 6th of October » en 2024 et « Peach Bomb » en 2025). Comment définirais-tu le groupe artistiquement par rapport aux débuts de Hollywood Porn Stars ?
Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes ! Nous sommes ici pour fêter les vingt ans de notre premier album (NDR : « Year Of The Tiger »). Nous ne souhaitions pas revenir sur le devant de la scène les mains vides. Accomplir une tournée best-of et ne proposer que des titres anciens, n’est pas une démarche dans laquelle nous souhaitons nous inscrire. Nous avons donc effectivement composé deux nouveaux titres. Pour ta parfaite information, nous travaillons en ce moment sur quelques nouvelles compos. Au niveau du style, je ne sais pas. Tout ce que je peux te dire, c’est que les retours du public sont très positifs, ce qui procure évidemment un plaisir immense. Artistiquement, je crois que nous sommes restés assez contemporains. A vrai dire, à aucun moment, nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir sous quel angle nous allions aborder ces chansons. Nous avons fait ce que nous sentions !
J’imagine que le succès, la sortie de disques, les tournées et vos expériences passées modifient la manière de concevoir les évènements ? Dirais-tu que vous baignez l’un et l’autre dans une forme d’insouciance comme à vos débuts ?
Durant 15 ans, nous n’avons fait qu'enchaîner disques et tournées. Nous abordons la quarantaine aujourd’hui ! Ce rythme effréné nous a conduit à arrêter il y a quelques années déjà. Nous n’avons jamais vraiment splitté, mais l’idée de passer de salles en salles, ne nous convenait plus. Nous ressentions le besoin de passer autre chose, tout en restant dans le domaine musical. Anthony travaille comme éditeur pour un label. Moi, je fais du coaching pour des concerts. Puis, petit à petit, l’envie de se produire s’est doucement fait sentir à nouveau. Et afin de marquer le coup du vingtième anniversaire de notre premier album, l’idée de remonter sur scène est alors apparue. Nous avions alors booké une seule date à Liège. Le public s’est déplacé en masse puisque 1 500 personnes se sont donné rendez-vous. Ensuite, naturellement, les demandes de nous produire en festival se sont enchaînées. Mais, je te confirme que nous ne sommes plus du tout dans la même optique qu’autrefois. Ce n'est plus notre vie aujourd’hui !
Les titres de vos précédents albums n’ont pas pris une ride et s’inscrivent même dans l’air du temps, entre électricité et émotion. Peut-on affirmer qu’HPS est un groupe taillé pour traverser les âges et les générations ?
Nous avons passé du temps au stand merchandising juste après le concert afin d’y rencontrer le public. Si certains découvraient notre univers, d’autres, au contraire, connaissaient parfaitement le groupe. Pas mal de Français ont effectué le déplacement car nous y avions joué en son temps. Nous avons été surpris de voir les enfants accompagner des parents qui, jadis, constituaient notre public. A titre anecdotique, nous avons joué cet été au Ronquières Festival. L'éclairagiste de Zaho de Sagazan est fan de notre musique depuis qu’il est adolescent. Il nous a avoué qu’il avait réalisé un rêve de gosse en regardant notre concert. Les gens qui assistent à l’une de nos prestations passent un bon moment, c’est l’essentiel. On mouille notre chemise ! Il faut pouvoir profiter de l’instant présent. Nous sommes et avons toujours été un groupe de scène.
Si je peux me permettre, je dirais que le pont commun entre les nouveaux et anciens titres, réside dans la spontanéité, l’énergie et l’instant. Est-ce que je me trompe ?
Oui, c’est exact ! Nous avons toujours baigné dans cette dynamique, entre rock puissant, sans être très dur, et indie, tout en ajoutant cette pointe mélodique qui fédère auprès des puristes.
J’ai constaté peu de changement dans le line-up, si ce n’est le remplacement du drummer originel Benoît Damoiseau…
Oui, c’est exact ! Notre premier batteur est impliqué dans un autre projet. Nous pensions tourner avec lui, mais c'était trop compliqué. Le drummer actuel appartenait à notre entourage.
Qu’apporte-t-il de plus ou de différent par rapport à Damoiseau ?
Il est à nos côtés depuis la naissance d’Hollywood Porn Stars. Je ne le comparerais pas au batteur originel, mais on se comprend très vite, il y a un vrai feeling. Il suffit de jeter un regard pour être synchro sur les intensités ou les dynamiques. Si on vrille dans un truc totalement improvisé, il parvient à nous suivre sans aucun problème. On est sur la même longueur d’onde. On se connaît par cœur.
Si le retour d’HPS coïncide avec le vingtième anniversaire de votre premier long playing, le public est-il le même aujourd’hui qu’il ne l’était à l’époque ?
Ceux qui assistent à nos concerts peuvent être d’anciens fans. D’autres, sont nouveaux. Certains viennent en compagnie de leurs enfants. Quel bonheur de voir tous ces gens accrocher de nouveau à l’univers musical de Hollywood Porn Stars. Nous injectons beaucoup d'énergie et le public nous la renvoie. C’était encore le cas cet après-midi lorsque nous avons joué sur la scène P&V.
Craigniez-vous la réaction du public face au retour de HPS ?
Lorsque nous avons rejoué à Liège pour la première fois, l’interrogation était légitime. Depuis, quelques dates se sont enchaînées et tout se passe bien. Nous pouvons donc être rassurés à ce niveau.
Les attentes des mélomanes ont évolué depuis vos premiers essais. Vu l’émergence des plates-formes de streaming et des diktats de l’industrie musicale, comment HPS se positionne-t-il aujourd’hui par rapport à ces nouvelles contraintes ?
Nous avons baigné dans le milieu musical durant de nombreuses années. C’était notre métier. Nous avions le statut d'artiste et nous ne faisions qu'enchaîner les concerts. En ce qui me concerne, je jouais u sein de deux groupes et j’étais constamment sur les routes. Ce n’est plus notre moyen de gagner notre vie maintenant. Nous nous produisons davantage pour le plaisir. Les contraintes sont donc moins nombreuses qu’auparavant. Pareil pour les frustrations. Développer notre carrière et continuer à remplir des salles ne sont plus des objectifs prioritaires. Notre ambition première est de prendre du plaisir.
Etrangement, vous n'apparaissez pas ou très peu, sur les réseaux sociaux alors que les médias, au sens le plus large du terme, constituent un moyen privilégié pour réseauter efficacement et partager avec son public…
A l’époque, ce genre de réseaux n’existait pas. On n’a pas envie d’adopter ce type de démarche, comme ouvrir un compte Instagram ou TikTok. Lorsqu’il s’agit de communiquer, on utilise la page Facebook du groupe, voire nos pages personnelles si besoin. Loin de nous l’idée de dénigrer ces nouvelles formes de communication, mais nous préférons les utiliser avec parcimonie.
Je me suis amusé à taper ‘Hollywood Porn Stars’ dans différents moteurs de recherche et je suis tombé, dans une majorité de cas, sur des sites à caractère pornographiques. Si je peux comprendre qu’à l’époque, vous cherchiez à vous singulariser en adoptant un patronyme qui dénote, n’est-il pas plus difficile à porter aujourd’hui, soit à une époque du politiquement correct ?
Au départ, ce choix était né d’une blague. Alors que nous n’avions que 20 ans, nous nous sommes inscrits sur un coup de tête au concours Circuit. En une après-midi, nous avons composé trois morceaux. Restait alors à choisir un nom. On venait de voir un reportage sur le côté sombre de l'industrie porno d'Hollywood. L’idée de s’appeler ‘Hollywood Porn Stars’ nous est alors venue à l’esprit. Nous y avions vu une bonne idée pour nous démarquer du reste, puisque très second degré. Nous avons finalement remporté ce concours quelques mois plus tard et nous avons immédiatement signé pour une maison de disques. Ensuite, les concerts se sont enchaînés durant des années. Hollywood Porn Stars était né. En réalité, le nom correspondait davantage à l'état d'esprit dans lequel nous étions, d’une part, et sur les clichés du rock'n'roll et du hard rock avec lesquels nous jouions, un monde très éloigné du nôtre. C’est un choix que nous assumons totalement. On ne va pas le changer 20 ans plus tard, uniquement parce que le band s’est reformé. Mais, il est clair que sur le net, c'est loin d’être facile. A titre d’exemple, quand on a voulu sortir un nouveau titre sur Spotify, la tâche n’a pas été facile pour le rendre accessible. En prenant du recul, toute cette histoire nous fait rire.
« Peach Bomb » est un nouveau titre plein de fraicheur. Il décrit avec beaucoup de légèreté la métaphore de la dangerosité des décisions prises par les dirigeants de ce monde et de leurs conséquences, à l’instar de querelles entre gosses dans une cour d’école. A l’échelle nationale, comment percevez-vous la politique, en général, et par rapport au monde culturel, en particulier ?
Très franchement, nous ne sommes pas très à l’aise avec tout ce qui se passe pour le moment. Faire le parallèle de la case politique avec celle d’une cour d’école était une manière d’avertir du danger que nous courons. Une bombe atomique se trouve sous nos pieds et elle peut exploser à tout moment. Nous vivons une époque étrange et difficile. A nos débuts, nos morceaux n’étaient pas toujours empreints de messages politiques. L’âge et la maturité aidant, on ne peut plus rester insensible face à ce genre de situations, tout en essayant de garder cette légèreté qui nous caractérise. On aborde donc les événements différemment. Nous avons également enregistré « 6th of october » il y a quelque temps. Ironie du sort, il est paru la veille des ignominies qui se sont produites à Gaza ; et ce morceau résume très justement la manière dont nous percevons une époque où nous ne nous sentons pas toujours très à l’aise. Aujourd’hui, les libertés sont nettement plus restreintes que lorsque nous étions jeunes. Je n’aimerais pas avoir 20 ans aujourd’hui, ce serait trop lourd à porter…
Ce morceau a été enregistré en live. Ces conditions nécessitent-elle davantage de préparation ?
Le live est l’ADN du groupe ! Pour le concours Circuit, nous n’avions rien prémédité. Le premier concert est arrivé. Instinctivement, l’énergie s’est emparée de nous. Il y avait quelque chose de fusionnel. Je crois que c’est la raison pour laquelle nous existons encore aujourd’hui. Et lorsque nous enregistrons en live, le naturel revient au galop. Pour l’enregistrement de ce titre, peu de prises ont été réalisées, car la majeure partie du temps a été consacrée à régler les sons. Si ma mémoire est bonne, je crois même que nous avons conservé la toute première prise. Le dernier album de Hollywood Porn Stars « Satellites » a été enregistré dans ces mêmes conditions.
Vous avez collaboré une nouvelle fois avec John Goodmanson qui a mixé et produit plusieurs opus culte, dont ceux de Nada Surf et Sun Garden, notamment. Quelle est la plus-value apportée par cet ingénieur du son en particulier ?
Oui, c’est exact ! John Goodmanson est un producteur américain dont on est très fan. Il a collaboré notamment pour Nada Surf ou encore Blondie. Quand on a bossé avec lui pour le deuxième album, il mixait la moitié des disques qu'on écoutait à l'époque, des trucs plus indés comme Blonde Redhead, Blood Brothers, etc. C'était vraiment le son idéal. On l’a recontacté pour lui dire que HPS se reformait. Il était ravi. Il écoutait toujours le disque que nous avons enregistré à ses côtés. Et ironie du sort, il fait aujourd’hui écouter cet opus à des groupes avec lesquels il bosse désormais. Notre collaboration s’est donc déroulée rapidement et naturellement.
Vous avez été tous deux dans diverses formations qui ont connu un succès d’estime et de critique. Je pense à My Little Cheap Dictaphone ou encore Piano Club. Au même titre qu’HPS, pourrait-on imaginer la résurrection de ces deux monstres sacrés du rock belge ?
Il n’a jamais été question de tourner la page définitivement. Ce sont des épisodes que nous avons mis entre parenthèse depuis environ 4-5 ans. Anthony n’est pas présent, je ne vais donc pas parler pour lui et Piano Club. Mais, en ce qui me concerne, les gens viennent souvent vers moi dans le cadre d’une reformation éventuelle. Disons que nous sommes au stade de la réflexion. Il n’y a rien de très concret pour l’heure.
Anthony a fondé, il y a quelques années déjà, l’ASBL Young Rock. Il a lancé le Liège Rock Festival, un événement organisé pendant cinq ans à la Soundstation et qui a mis en lumière des talents confirmés (Dionysos, Das Pop, ...), mais aussi des formations émergentes telles que Girls In Hawaii. Le modèle économique des festivals peine à perdurer, à cause, notamment, des cachets excessifs réclamés par des artistes confirmés alors que les évènements pourraient être de très bonne qualité en proposant davantage d’artistes émergents. Vous possédez tous deux une longue carrière dans ce domaine, mais comment perçois-tu ce modèle dans vingt ans ?
Je n’en sais trop rien ! J’en ai discuté avec différents organisateurs de festival qui m’ont tous confirmé que le modèle économique actuel était en passe de changer. Il y a clairement des choses à réinventer. Certains festivals connaissent des difficultés pour vendre la totalité des places disponibles. Quant à ceux qui parviennent à faire ‘sold out’, on n’y voit pas toujours les artistes les plus indépendants et les plus locaux. Les contraintes économiques sont telles qu’il va falloir faire cohabiter les grosses têtes d'affiches avec des artistes issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou belges, en général. Aujourd’hui, les programmateurs de festivals souhaitent aller en ce sens. Mais, il est vrai, que ce n’est pas facile à concilier.
Pour terminer quels sont vos projets ? Avez-vous l’intention d’enregistrer un nouvel elpee ?
Pas vraiment ! Nous n’avons aucun plan, nous vivons plutôt au jour le jour, comme à nos débuts. Mais, nous sommes sollicités, je dois l’avouer. Nous avons sorti deux nouveaux titres et un troisième est en préparation. L’idée était de pouvoir se produire dans quelques festivals cet été. Comme nous l’avions signalé un peu plus tôt, nous avons pas mal tourné en France dans le passé, le public français serait désireux de nous revoir. Très honnêtement, aussi longtemps que l’envie et le plaisir y sont, on continue. Mais plus question de bourlinguer durant des centaines de kilomètres dans un van. On pourrait imaginer y consacrer quelques dates, afin de revoir quelques amis, par exemple, mais rien de concret pour l’instant. Après la saison d’été, nous avons encore quelques concerts sur le feu. Mais dans un an, je suis incapable de te dire si nous serons toujours là.
Les artistes français déclarent souvent que le public belge est le meilleur. Je me demande si le public français est aussi réceptif à votre égard que nous pouvons l’être…
Nous n’y sommes pas encore retournés ! Ce sont essentiellement les programmateurs de l'époque qui aimeraient nous y faire jouer. Nous devons y avoir accompli quelques 200 à 300 concerts et nous y comptons donc quelques fans. Justement, notre label est français (NDR : Naïve). Lorsque nous y serons, on verra si le public est toujours aussi réceptif.