L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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La vie explosive de Fine Lame

Groupe de rock poétique incisif, enflammé, tumultueux, exalté, tranchant, Fine Lame convoque le rock français à appétence littéraire et la tradition du spoken word anglo-saxon. Le groupe a sorti un premier Ep 5 titres le 29 novembre 2022 qui évoque tant le…

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Jean-Claude Mondo

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mardi, 31 décembre 2002 01:00

Living in a new world

Cet opus véhicule l'étiquette du blues authentique pratiqué dans le Nord Ouest de l'Alabama, mais transposé à notre XXIème siècle. King est né en 1973. A Prarie Point, dans le Mississippi. Il a passé toute son existence dans le sud profond, au sein des milieux ruraux du Sud. Une région qui n'a guère changée depuis près d'un siècle et demi ; c'est à dire à l'époque des esclaves qui travaillaient dans les champs. On comprend mieux ainsi pourquoi King milite en faveur droits civiques depuis plus de trente ans. En l'an 2000, King avait commis l'excellent "Freedom Creek", sur le même label. Ce nouvel elpee a été enregistré à Memphis, dans le Tennessee. Willie est entouré de ses Liberators ; mais a également reçu le concours d'un second vocaliste qui répond au nom de Willie Lee Halbert, du guitariste Aaron Hodge, du drummer Willie Williams et du bassiste Robert Corbett.

Le titre maître ouvre la plaque. Répétitif, le rythme est souligné par le saxophone de Kevin Hayes, pendant que les deux Willie se réservent des échanges complices au chant. "Crawlin' blues" s'inspire nettement du blues de John Lee Hooker. A cause du timbre vocal grave de Willie. Très proche du maître. Et les échanges opérés avec son partenaire au chant, Halbert, sont très réussis. Un downhome blues comme on les apprécie ! "The stomper" baigne toujours dans l'univers musical de Hooker, mais pour la circonstance il est sculpté dans le boogie hypnotique, obsessionnel, même si l'instrumentation reste de haut vol. Et au cœur de cet univers restrictif, la guitare inventive et le sax de Hayes (NDR : un chauffeur de poids lourds venu de Louisville) tirent leur épingle du jeu. "America" est une ballade qui réalise la communion entre le saxophone et la guitare. Ce qui n'est pas nécessairement évident et s'avère même plutôt rarissime dans le domaine du blues typiquement classique. Une compo dont le sujet ne peut évidemment pas vous échapper... King est aussi largement inspiré par Howlin' Wolf. Il le manifeste sans aucune ambiguïté, lorsqu'il administre un riff mid tempo à "You so evil". Toute la machine des Liberators est parfaitement huilée pour cet exercice de style : la section rythmique, le piano de Henry Smith, le sax et les guitares. Pour la circonstance, Willie accentue ses basses vocales, histoire de bien nous orienter vers l'univers de Wolf! "All tied up" est une ballade rythmée, illuminée par le saxophone alto de Hayes. King clame son combat pour la justice, la vérité, l'amour et le respect des autres, ainsi que pour l'arrêt de toute forme de violence. "You got to have love" campe un blues rythmé de nouveau classique, pas tellement éloigné du Chicago blues urbain. "Is it my imagination" évolue sur un mode similaire, mais inspiré davantage par Willie Dixon. Longue litanie de plus de 8', "Terrorized" épouse le profil dépouillé de John Lee Hooker. Un fragment dramatique dans le ton, inspiré par les événements du 11 septembre 2001. Mais le terrorisme n'était-il pas déjà présent dans les plantations ; là où naître afro-américain vous exclut des humains ? Cet excellent album s'achève par "The blues life", un monologue que Willie King nous confesse, en parlant de la vie du bluesman…

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Bad machine

L'ange de l'enfer n'a guère changé de look depuis qu'il a effectué ses débuts dans les seventies. La crinière au vent, la slide menaçante, Katon avoue pour influences majeures Otis Rush, Albert, BB et Freddie King ainsi qu'Elmore James. J'avoue qu'elles ne sont pas toujours faciles à détecter. " Bad machine " constitue son 8ème album.

Intitulé "Boogie all over your head", son premier opus remonte à 1984. Des albums souvent sculptés dans le hard, aux titres évocateurs : "Proud to be loud" en 87, "Rip it hard" en 94 et "The rage called rock'n'roll" plus près de nous. Personnellement, j'estime que son meilleur opus demeure "Rub", paru en 96.

L'ouverture évolue sous des cieux peu rassurants, bien sombres, en laissant la slide rugir dès les premières notes du boogie ravageur, lourd et écrasant, "American McMofo"."Rock'n'roll, whiskey, blood 'n' guts" est une plage plus rock, basée sur un riff. Afin de se mesurer à ses accompagnateurs Michael donne un coup d'accélérateur sur "The pierced, tatooed and twenty somethin' boogie". Quelle furie ! Il monte sur l'autoroute quelque part entre Detroit et Milwaukee, pied au plancher, pour aborder sa "Bad machine". Il empoigne sa slide pour déguster une "Sugar Pie" bien croustillante, toujours truffée de vibrations rock. Un riff sourd, proche du 'Goin' down' de Don Nix, domine "Red moon risin". Katon navigue dans son élément de prédilection. Il tire les notes attendues de ses cordes en y injectant une puissance inouïe. Il chante "The man from Hell is on his way, gimme that bottleneck". Le tempo se calme enfin pour aborder "The lost TV Clicker blues". Un blues plus classique (NDR : quoique le terme classique ne soit pas tellement adapté), bien ficelé, dont les effets dramatiques sont bien mis en évidence. 'The Boogie-Man from Hell' a retrouvé son inspiration pour interpréter "Lowdown in Swamptown". Un boogie balayé par un harmonica et inspiré par les climats louisianais. "Boogie field" est un boogie qui tourne au ralenti, mais combien électrique. Et ce n'est certes pas la finale "The Detroit River dirty blues" qui ramènera le calme. Un album aussi puissant qu'électrique pour l'homme du Michigan.

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Comin´ alive!

Willie Kent est le bassiste le plus célèbre du blues contemporain pratiqué à Chicago. Pas pour rien que de 96 à 98, ainsi qu'en 2000 et 2001, il a cumulé les WC Handy Awards. Il a déjà commis quatre albums solo pour Delmark ainsi que "Who's been talking", en compagnie de Lil' Ed Williams. Willie est aujourd'hui âgé de 66 ans. Il est en effet né à Inverness, dans le Mississippi, en février 1936. Il a joué avec tous les grands de Chicago : de Muddy à Howlin' Wolf, en passant par Little Walter, Magic Sam, Junior Parker, Bobby "Blue" Bland et j'en passe. Ce nouvel opus est donc paru sur le label du célèbre club Blue Chicago. Nonobstant son titre ("Comin' alive"), il n'a pas été enregistré en public, mais dans les studios de Twist Turner.

L'album débute par "Lonely streets". Inspiré par Albert King, le jeune Haguy F. King s'acquitte admirablement de son rôle de 1er guitariste. Autobiographique, "Born in the Delta" est un splendide blues lent. "Check it out" est un blues rythmé qui rocke dans la plus pure tradition du terme. Une excellente plage marquée par le piano de Batts et une nouvelle intervention brillante de Haguy. "Look like it's gonna rain" font le plein de cuivres funkysants. La voix de Willie est délicieuse, très soul. Cette composition aurait pu figurer dans le répertoire d'un Fenton Robinson. Caractérisé par une brillante intervention du nouveau King, "Lonesome whistle blow" est un autre blues lent. Très nerveux et si proche d'Albert King, "Someone like you" est une bonne composition maison. Même scénario pour "Bad luck". Sans doute la meilleure plage de l'album qui bénéficie d'une assise rythmique impressionnante. Blues rythmé, "Sittin' here thinkin" permet aux ivoires de Batts de se mettre en vedette. La cohésion des Gents y est, en outre, remarquable. Dans un registre semblable, Don't tell me your trouble", permet à Haguy King de tirer le maximum de ses cordes. Quel bonheur ! Allen Batts se déchaîne sur le boogie au tempo enlevé "Something new". Indispensable finale gospel, "Someone you should know" bénéficie des chœurs de l'ensemble Gospel Supremez. Un album classique, mais surtout une agréable tranche de Chicago blues.

 

mercredi, 21 septembre 2011 19:44

Unconditional

Ana Popovic est issue de Belgrade, en Serbie. Agée de 35 ans, affriolante, elle ne manque pas de charme, il faut le reconnaître. Le blues, c’est son père, Milutin, également musicien, qui lui a communiqué le goût et la passion. Fin des années 90, elle fonde son groupe Hush. A cette époque, elle étudie les arts graphiques, un cycle qui l'emmène à Utrecht, aux Pays-Bas. C’est d’ailleurs là qu’elle fonde son Ana Popovic Band!

Pour enregistrer son sixième elpee, le troisième essai chez Eclecto Groove, elle s’est rendue à la Nouvelle Orléans. La mise à feu est très roots. Les grattes acoustiques nous invitent à pénétrer dans l’univers du blues de la demoiselle. Elle chante ce "Fearless blues", telle une féline. Elle nous communique cette volonté de se battre dans ce monde sans doute plus difficile, à affronter, pour une femme. Sa voix passe bien la rampe. Et ce style lui colle à la peau. Les amplis sont branchés et le tempo décolle lors d’un boogie intitulé "Count me in", une compo au cours de laquelle elle est armée de sa slide et bénéficie de la participation de son compagnon d’écurie, le redoutable harmoniciste Jason Ricci. Cette rencontre a le don de déchaîner son bottleneck et d'engager une lutte fratricide, sans concession, entre les deux protagonistes. Ballade, le titre maître est une plage particulièrement solide, un blues qu’elle alimente de sa slide si bien maîtrisée, face au piano de John Cleary, l'un des meilleurs claviéristes de la Crescent City, invité pour la circonstance. Sur ce titre, ni conditions, ni réserves, elle laisse simplement éclater toute sa sensibilité. Et "Reset rewind" embraie dans le même registre. Lady Popovic et Sonny Landreth, musico louisianais notoire, cosignent "Slideshow". Une piste instrumentale qui fixe le dialogue entre les deux doigts d'acier glissant frénétiquement le long des cordes. La voix et la guitare sont bien d’attaque sur "Business as usual", un blues paradoxalement lent ; un morceau au cours duquel Cleary double au piano et à l'orgue. David Torkanowski se réserve l’orgue Hammond lors de la cover bien saignante du "Work song" de Nat Adderley. Ce rockin' R&B libère énormément de groove et de bonnes vibrations. Ana en profite pour décocher une envolée meurtrière. Excellent ! Popovic partage l’écriture de "Summer rain" avec son manager et copain Mark van Meurs, une ballade funkysante qui ne manque pas de charme. "Voodoo woman" déménage littéralement. La slide hurle à l’agonie, lors de cette plage qui invite à se déhancher devant la scène. Mais la meilleure compo de l’opus est sans doute "One room country shack", un blues lent issu de la plume de Mercy Walton ; Cleary s’y réserve une intervention bouleversante. "Soulful dress" achève cet elpee. Un gospel blues bien rythmé, très cuivré et caractérisé par des vocaux impeccables. Et pour que votre info soit complète, sachez que la production a été assurée conjointement par Ana et John Porter.

 

mercredi, 21 septembre 2011 19:36

Sister Vagabond

Cette chanteuse californienne véhicule une image très caractéristique, depuis de nombreuses années. A cause de sa corpulence et de ses formes opulentes. Bien qu’âgée seulement de 45 ans, sa carrière est déjà bien conséquente. Elle compte ainsi une douzaine d’albums à son actif. Et son premier opus officiel, "Home Cookin" remonte d’ailleurs à 1994. A cette époque elle n’avait pas encore fêté ses 30 balais. Et était encore mariée au bassiste des Paladins, Thomas Yearsley. Atteinte d’un cancer du pancréas, elle a été opérée avec succès.

Pour enregistrer cet elpee, elle a reçu le concours de son backing band, formation au sein de laquelle figure, au premier rang, la jeune sixcordiste Laura Chavez. Mais également une ribambelle d’invités. Candye excelle dans l’écriture ; mais 9 titres de son opus sont cosignés par sa guitariste.

Le long playing s’ouvre par "I love to love you", une compo imprimée sur un mid tempo. Le premier cri d’amour de Candy est particulièrement convainquant. Son chant est serré de très près par les cordes de Laura. Plage trempée dans le soul/blues, "Love insurance " recommande la souscription d'assurances pour les cœurs brisés. "Sweet nothin’s" est un des sommets de l’œuvre. Une ballade indolente que Brenda Lee a interprétée dans le passé. Un blues caractérisé par la voix autoritaire voire agressive de Lee. Miss Chavez est impériale sur ses cordes. Elle n’en rajoute jamais une couche et ne dispense que les notes nécessaires. L'intro de "Walkin', talkin' haunted house" évoque le Chicago Westside. Tout au long de cette ballade, nous ne sommes pas loin du climat entretenu, à son époque, par Otis Rush. Nous sommes invités à visiter une maison hantée, atmosphère alimentée par les percus de Stephen Hodges. "You never cross my mind" marque enfin le retour au west coast jump. Assurée par Paul Fasulo et Kennan Shaw, la section rythmique déborde de swing. L’ex-partenaire de Miss Kane, Sue Palmer, siège derrière le piano. Shuffle passionné mais réaliste, "Everybody's gonna love somebody tonight" bénéficie de la participation amicale de James Harman à l'harmonica. J'apprécie tout particulièrement "You can"t take it back from her". A cause de la structure de la compo, sise à mi parcours entre le Chicago Westside et les swamps louisianais. La gratte réverbérée de Laura et la basse acoustique de Thomas Yearsley nourrissent cette ambiance. Epaulée par les chœurs délicieusement surannés des sœurs Boswell, Candye chante encore "You can't hurt me anymore". Les interventions de Laura sur son manche, sont véritablement magiques. Balayé par les accordéons d'Eddie Baytos et de Matt Hensley, "Have a nice day" nous entraîne du côté de la frontière mexicaine, près de San Diego. Nathan James se réserve la sèche sur la ballade ténébreuse "Down with the blues". "I deserve love" clôt l’elpee. L’harmo de Billy Watson nous emporte sur les pistes du Far West, tout au long de cette curieuse chanson au format country gospel. La collaboration entre Laura et Candye est une véritable réussite !

   

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Blues is in the house

Jones est né en 1936. Sa famille se fixe à Memphis en 49 ; à une époque où il est de bon ton d'écouter Joe Hill Louis. Au début des 50s, les Jones émigrent à Chicago. Là, Johnny peut y voir et entendre les plus grands musiciens de blues. Et notamment Muddy Waters et Howlin' Wolf. Il retourne ensuite dans le Tennessee. A Nashville, très exactement. Où il monte dans les 60s différents groupes, comme the Imperial Seven et les King Casuals. Fin des 70s, il se retire de toute activité musicale. Heureusement, il est revenu depuis sur la scène du blues. Et avec un réel bonheur !

En 1998, il commet son premier album solo. Intitulé "I was raised on the blues", il est paru sur le label hollandais Black Magic. Un autre vétéran de la scène blues de Nashville participe à l'enregistrement de cet album : Earl Gaines. L'année suivante, un album live sort sur le label allemand Crosscut, "In the house : Live at Lucerne : volume 2". Il est cependant attribué à Johnny Jones et Charles Walker. Point commun aux trois albums : la collaboration de Fred James, un des musiciens blancs considéré aujourd'hui comme un des plus notoires de Nashville. A la production et à la guitare.

Excellente plage d'ouverture, "A fool never learns" a été écrite par Fred James. Une ballade bluesy, mélodique et précieuse à la fois, enrichie par les chœurs féminins de Mary-Ann Brandon et infectée par les riffs de sax de Dennis Taylor. "Girlfriend blues" est un blues très paresseux. Il se déploie de manière très décontractée. Les instruments sont bien en place. En particulier les cordes ; mais également l'orgue chaleureux de Billy Earheart. Le tempo est maintenu tout au long d'"I'm gonna love you" ; mais la ligne mélodique est préservée. Johnny chante divinement ce blues largement teinté de soul. Changement de registre avec "Stacked in the back", signé par son ami Clifford Curry. Le rythme est autoritaire, la guitare très versatile. Tous les muscles sont en agitation. Il reprend un autre titre de Curry : le blues traînant "Love recession". Ces deux compositions figuraient sur l'album "Clifford's blues" de Clifford Curry, paru sur Appaloosa en 1995. Même tempo pour "I'll be the judge of that". Plus percussif et louisianais chez "Good idea at the time". Vif sur "Your stuff is rough", pendant que la guitare mesurée de Jones nous ravit sur cette rythmique rock. Johnny se fait proche de la Nouvelle Orléans sur "Why can't we be alone". Earheart est passé au piano avant de retrouver l'orgue. Ce bon album se termine de manière royale, très enlevée, par le meilleur du style coulé de Johnny Jones, "The blues is in the house".

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Bogart´s bounce

JW Jones est un jeune chanteur guitariste. Agé de 21 ans, ce Canadien vit aujourd'hui à Ottawa. Je l'avais découvert lors de la sortie de son précédent album, "Defibrillatin".

"Flattine" ouvre l'elpee. Une plage qui met en vitrine les atouts musicaux de tous les membres de cette formation. Constituée de Matt Sobb aux drums et de Nathan Morris à la basse acoustique, la section rythmique est la hauteur. Vive, rythmée, elle swingue. JW Jones se révèle assez exceptionnel à la six cordes. Faut dire qu'il a beaucoup appris en écoutant de nombreux guitaristes californiens talentueux tels que Junior Watson, Kid Ramos, Rusty Zinn et Rick Estrin. Et au milieu du jeu de quilles de cette intro percutante, vient se mêler le piano virevoltant de Gene Taylor, des Fabulous Thunderbirds. "Jump tonight" persiste est signe un West Coast blues de classe. JW chante d'une manière sobre, sans trop de puissance ni de grand relief dans la voix. Mais lorsque South Steve Marriner fait son entrée, c'est avec force et fracas. Le souffleur du Band n'a même pas 18 ans, et il tire ici son épingle du jeu. "Ain't soon enough" combine boogie et rock. La guitare imprime le rythme. Taylor reçoit son billet de sortie au piano ; et il profite de cette liberté avec beaucoup de bonheur. Marriner embraie pour un exercice individuel, et confirme tout le bien que l'on pense de lui. "Sweet sugar Mama" puise son inspiration dans les rythmes syncopés de la Nouvelle Orléans. Les ivoires de Gene Taylor impriment le tempo. La guitare libère un son complètement pourri, presque impossible à décrire, dans un style finalement pas tellement éloigné de celui du gratteur des Mighty Flyers, Rick Holmstrom.. Les variations de rythme mettent en valeur cette composition, au cours de laquelle Marriner chante, lorsqu'il ne souffle pas avec vigueur et virulence dans son harmonica. La voix caractéristique, chaude et puissante de Kim Wilson réchauffe généreusement "Time to move on". L'atmosphère est sereine. Tortoise Blue (NDR : un compatriote préposé aux claviers et à l'harmonica au sein du band de Big Daddy G) se réserve l'orgue Hammond. Nouvelle tranche instrumentale de choix, la plage titulaire démontre les profondes affinités de JW pour les styles de Junior Watson et consorts. "Without you" sent bon le sud profond. Celui de la Louisiane ; et en particulier celui qui est pratiqué dans les quartiers chauds de Baton Rouge. La simplicité, la nonchalance et la sérénité du piano et de l'orgue Hammond colorent le jeu brillant de Jones. "Don't tease me" est un titre nerveux. La trame funky. Southside Steve prend son pied à l'harmo. Son souffle est puissant et vindicatif. L'instrumentation brille avec une égal bonheur, tout au long de l'opus. La guitare très west coast, mais aussi fort personnelle alimente "Understanding a woman". "Don't sugar coat it" atteint le sommet. Kim Wilson se démène à l'harmo. Il va même au delà d'une petite participation amicale, car au sommet de son art, il module avec générosité et originalité, ses phrases à la perfection. Pendant tout ce temps, South Side Steve se limite aux vocaux. Il y prend même la leçon. "Heard the news" épouse un swing naturel. Gene Taylor est brillant derrière son piano. La section rythmique lui emboîte le pas. Marriner est passé à l'instrument chromatique. Ces jeunes gens sont vraiment doués ! "You forgot to come back" marque le retour à l'ambiance paresseuse des swamps. Pour la circonstance, Miss Roxanne Potvin, une jeune copine de moins de vingt ans, est passée au chant. Sa voix claire, excellente, est capable de monter en puissance, avec une facilité déconcertante. L'insatiable Kim Wilson revient chanter le rapide "Blind date woman". Le jeune Marriner profite de l'occasion pour prononcer quelques phrases à l'harmo. Avec sobriété. Question d'impressionner le maître ! Cet excellent album s'achève par une tranche instrumentale bien jazzy. Un exercice de style au cours duquel JW se sent alors hanté par Charlie Christian. Mais dans un style jump, devant basse, drums et piano. Chapeau bas jeunes gens !

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Live in Ireland

Cette formation écume les scènes hollandaises et autres depuis près de vingt ans. Issue de Zélande (NDR : donc pas loin de chez nous !), elle est drivée par le sympathique Peter Kempe. Un chanteur/batteur flanqué de ses fidèles Sonny Boy Vanden Broek à l'harmonica et à l'accordéon, Peter Van Merode à la basse, ainsi que Mike Staat à la guitare. Les Juke Joints sont réputés pour le dynamisme de leurs prestations. Ils ne font guère dans la dentelle. Leur répertoire est sculpté dans un blues rock direct, sans artifices. Ils comptent déjà plusieurs albums live à leur actif : "Live in Brogum" en 89, "One, two, five… live" en 96, ainsi qu'un opus commis en compagnie de l'harmoniciste Willie Foster en 99, tout simplement intitulé "Live!". Ils affichent également cinq albums studio au compteur. Le premier, "Dancing shoes", remonte à 86 ; alors que le dernier, l'excellent "Walking down Memphis", en 99.

Ce nouvel opus est donc le quatrième enregistré en public. Et c'est bien ainsi, car les Joints sont un véritable groupe de scène. Cet elpee a été immortalisé en Irlande. Ce qui n'est pas étonnant lorsqu'on sait que les musiciens sont des fans indécrottables du regretté guitariste irlandais, Rory Gallagher. Il devient même difficile de compter leurs participations aux Gallagher Tributes.

Le disque s'ouvre par des plages imprimées sur un tempo élevé : "Soul on fire" et le zydeco "Don't give it up". Les deux solistes peuvent s'y mettre en évidence. Mike à la guitare (NDR : un tantinet trop hard !), et surtout Sonny Boy à l'harmonica et à l'accordéon. Le blues n'est pas oublié chez lez J.J.. A l'instar de la version très rude du "Blues had a baby" de Muddy Waters. Non seulement ils puisent dans le répertoire scénique de Gallagher, mais ils réalisent des versions acoustiques du "Bankers blues" de Big Bill Broonzy et d'"Out on the Western plain" de Leadbelly. Peter Kempe délaisse même sa batterie et empoigne une mandoline pour chanter sur le devant de la scène "Going to my hometown". Une interprétation qui ne pouvait que faire plaisir au public irlandais. Il adapte aussi "Calling Card" de Rory. Les Juke Joints sont au sommet de leur art, lorsqu'ils attaquent le superbe "Mojo hand". Un fragment qui était la meilleure plage de leur dernier album studio. En fin de parcours, le boogie "My baby" fait la loi. Et pour clore leur set, Sonny Boy reprend l'accordéon, instrument de prédilection en terre irlandaise, pour enlever "So long, baby, goodbye", de Dave Alvin. Un bon album!

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Stuck on the way back

Les chasseurs de tête de chez NorthernBlues ont le nez fin. Après avoir débusqué Otis Taylor et Harry Manx, ils viennent de signer un nouveau grand talent du blues acoustique : David Jacobs-Strain. Il n'a pas encore vingt ans. Né en 1983 à New Haven, dans le Connecticut, il s'est fixé par la suite à Eugene, dans l'Oregon. Il joue de la guitare depuis l'âge de 9 ans. Dans le domaine du blues, ses premières influences répondent aux noms de Taj Mahal, Skip James, Fred McDowell et Lightnin' Hopkins. C'est en écoutant Bob Brozman qu'il a appris à jouer du bottleneck. En 1996. Au cours de ces dernières années, il a été davantage réceptif aux différents styles pratiqués par John Cepahs, Steve James, Alvin Youngblood Hart ou encore Otis Taylor. Son père, Michael Strain, a pris en charge sa carrière.

David compte déjà plusieurs albums à son actif : "First Friday live - Tra ditional acoustic blues" en 1997 (NDR : il avait 14 ans !), "Skin and Bones" en 1999 et en 2001, un 'live' intitulé "Longest road I know". Paru chez NorthernBlues, son premier opus a bénéficié de l'excellente mise en forme de Kenny Passarelli, un producteur qui avait réalisé un superbe travail sur l'elpee d'Otis Taylor, "White African". Dans le passé, Kenny a joué de la basse pour de multiples artistes ; et en particulier pour Elton John et Stephen Stills. Il apporte sa collaboration sur cinq plages de ce disque. A la basse et à l'orgue Hammond B3. Peter Joseph Burtt s'y réservant les percussions africaines.

L'album a été enregistré à Santa Fé, en novembre dernier. Il s'ouvre par "River was green". David est seul au chant et à la guitare. Son attaque sur les cordes est particulièrement percutante. Et on est pris instantanément à la gorge. La voix est très musicale. Elle se fond parfaitement dans l'environnement musical. C'est assez naturellement que David vient interpréter "Bowlegged Charlie". Une composition signée par son complice d'écurie, Otis Taylor. Il ne relâche pas son acharnement sur les cordes. Le chant est nerveux : peut-être pour marquer l'injustice qui marque le pauvre Charlie. L'adaptation du "Poor Black Mattie" de R.L Burnside, constitue ma plage préférée. La guitare embrasse une trame rythmique intense, obsessionnelle. Le chant de David est très assuré. Son percussionniste, Peter, lui répond dans l'ombre. Le rythme nous possède et ne nous lâche plus. La slide et David et le kora de Peter se rencontrent et s'unissent pour créer des reflets hypnotiques. Un grand moment! Parenthèse instrumentale, "Sidewalk rag" est une occasion idéale pour démontrer tout son talent dans le style en pickin ; un style qu'il a emprunté à Skip James, mais qu'il a tellement personnalisé. Le medley "Poor boy/Nobody's fault" s'étale sur plus de 8'. L'obsession est omniprésente. Une atmosphère qui évolue à la manière des mantras et des ragas indiens. Le son est impressionnant. Dans son style répétitif, "Black and blues" cultive une ambiance dramatique. Un climat justifié par les lyrics de cette chanson racontant l'histoire d'une jeune femme qui devient accro à l'héroïne, et dont le vieil amant la laisse pantelante et violée. Reste donc deux excellentes plages : le très lent "Wild Bill Jones", au cours duquel on entend perceptiblement ses doigts qu'il frotte sur les cordes métalliques, à la manière du meilleur John Campbell ; et enfin "Linin' track", dont les motifs hypnotiques sont entretenus par la guitare Reso-Phonic, le cajon et le djembe de Peter. Dans le style, cet opus me semble indispensable. Je vous le recommande donc vivement…

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

The Memphis Barbecue sessions

"The Memphis Barbecue sessions" constitue le 4ème album de Big Jack pour le label MC. Il fait suite à "We got to stop that feelin", paru en 96, "All the way back", en 98, et "Roots stew", en 2000. Le 1er sans ses fidèles Oilers ! Jack est né en 1940, dans le Mississippi. Un état qu'il n'a guère déserté au cours de son existence. D'ailleurs, aujourd'hui, il vit toujours à Clarskdale, à deux pas du Delta Blues Museum.

Il s'est fait connaître au cours des 60's, en sévissant chez Frank Frost and the Nighthawks et les Jellyroll Kings. Chaque fois avec Frank Frost et Sam Carr. Il est surnommé ‘The Oilman’, depuis qu'il a gravé un album du même nom. Un elpee paru en 1987, sur Earwig. Marc Carpentieri, le patron du label MC souhaitait un enregistrement acoustique de Johnson. Mais à travers un duo. Il réussira à débaucher Kim Wilson, pour assurer le rôle de partenaire. Un excellent souvenir pour Carpentieri, car en 1979, il avait acheté pour premier album de blues: "Girls go wild" des Fabulous Thunderbirds. Le répertoire réunit quelques compositions de Big Jack et des classiques.

L'album démarre par le nerveux "Oh baby". Jack murmure avec douceur devant l'harmo pour interpréter le lent "Humming blues". Au bout de quelques instants, un piano s'installe distinctement dans le décor sonore : celui du légendaire Pinetop Perkins. Un personnage que l'on retrouve plus tard sur "Lonesome road". Toujours avec modération dans la voix, il entame "Don't care nothing", de Little Walter, la mandoline en bandoulière. Le dialogue se poursuit au sein de ce climat fort dépouillé, digne des vieux juke joints du Mississippi. Jack se met à chanter en ioulant, à la manière du géant Howlin' Wolf, pour attaquer "Smokestack lightning". Ecrit par Johnson lui-même, "I'm going out walking" est une superbe réussite. Big Jack et Kim sont tous deux à la guitare et s'échangent les vocaux, non sans un frémissement. Au cours de "My babe" de Little Walter, c'est sans surprise que Kim obtient un billet de sortie pour briller de mille feux à l'harmo. Johnson se fait minimaliste mais combien efficace pour aborder le "Blue Bird" de John Lee Hooker. "Get along little Cindy" nous replonge au cœur de cette atmosphère d'avant-guerre. Un fragment qui remporte le prix de l'authenticité et de la simplicité. L'album s'achève par de superbes classiques du blues : "Big boss man", "Things I used to do" et "Dust my broom", au cours desquels Wilson est au sommet de son art. "The Memphis Barbecue sessions": une heure bien agréable à baigner dans le Delta.